Le message du pasteur Laurent Schlumberger, président du Conseil national de l'Eglise réformée de France :
Jalons pour une Eglise d’hospitalités
[RESUME pour l'Eglise réformée de Pentemont-Luxembourg]
Qu’en est-il aujourd’hui de l’Église réformée de France ? Quelle est sa situation ?
Un renouvellement de notre Église est à l’œuvre
Notre Église va plutôt mieux que ce que l’on dit souvent. Il ne faut pas craindre de le constater.
On pourrait donc être Église aujourd’hui sans verser dans la lamentation ou le triomphalisme ?
Le renouvellement des ministres est encourageant
A l’échelle d’une
génération, le nombre des ministres au service de
l’Évangile dans notre Église est stable. Il des
périodes d’expansion et d’autres de tassement, mais
la tendance constatée est à la stricte stabilité.
C’est une réalité
profondément réjouissante surtout si l’on se
rappelle nos craintes d’il y a 20 ou 30 ans, persuadés que
le nombre de ministres ne pourrait que se réduire
dramatiquement. Cette stabilité est d’autant plus
encourageante qu’elle se double d’une diversification des
origines et des parcours. Pour autant, je n’oublie pas
qu’il manque 10% de ministres pour que les postes soient pourvus.
Le renouvellement des membres de notre Église est important
Le fait n’est pas nouveau : le
protestantisme a toujours accueilli des personnes qui
découvraient la foi chrétienne à son contact. Ce
qui est nouveau, c’est l’accentuation de ce
phénomène et sa banalisation.
L’évolution globale ne
doit pas cacher les différences locales. Certaines
communautés ont le sentiment d’être
méconnues, de ne plus se renouveler. Mais ailleurs, le
renouvellement est frappant et il n’est pas rare qu’une
forte minorité ne soit pas d’origine
réformée. Au sein des Conseils presbytéraux, ce
renouvellement est le plus perceptible puisque 40% des conseillers sont
en cours de premier mandat.
Une phase d’élargissement théologique et spirituel
La troisième source de
reconnaissance au sujet du renouvellement de notre Église est la
plus importante : nous sommes dans une phase
d’élargissement théologique et spirituel.
Pendant longtemps, il a fallu choisir
son courant. Aujourd’hui, l’ambiance est plus
détendue et nous vivons nos options moins sur le mode de
l’exclusive et plus sur la complémentarité.
J’observe un renouveau du Christianisme social, une bonne
santé libérale, plutôt une légère
croissance évangélique, un intérêt pour
Calvin qui dure au-delà de l’année 2009…
Complémentarité des
spiritualités, complémentarité des axes selon
lesquels la mission de l’Église se déploie.
L’Église vit sa mission dans trois directions : elle prie,
elle proclame, elle sert. La nécessité d’annoncer
l’Évangile fait désormais l’objet d’un
consensus.
Suis-je trop optimiste ? Il me
semble plus juste de parler de confiance, car dans ses jours plus
clairs ou plus sombres, l’Église est dans la main de Dieu
et de reconnaissance, car tout cela ne tient pas tant à nous
qu’à l’action de l’Esprit. La question,
dès lors, est celle de notre disponibilité à cette
action. Nous quittons progressivement le modèle du petit
troupeau qui cherche son assurance dans un héritage à
conserver sans oser y toucher et nous entrons dans une autre
perspective, qui ne craint pas de laisser l’héritage
être reconfiguré, au gré des besoins et des appels.
Mais des blocages freinent ce renouvellement.
Si ces renouvellements, ces élargissements sont si vrais, pourquoi n’en voit-on pas plus les fruits ?
Une Église parfois orgueilleuse
Nous réformés, sommes
facilement sujets à des poussées d’orgueil. Ne
sommes-nous pas le sel de la terre … et même le poivre,
voire le poil à gratter de la terre ? Lorsque nous consentons
à faire des efforts, par exemple dans les domaines de la
communication ou de l’œcuménisme, c’est
souvent sur le mode de la concession et comme de mauvaise grâce.
Si nous vivons nos particularités si facilement sur le mode de
la supériorité, c’est probablement un
phénomène de défense, c’est une
manière de dissimuler la peur.
Une Église pas assez libre pour accepter d’être attirante
Il est une autre entrave, qui nous tire en arrière. Notre Église perd 1 % de membres chaque année.
Je crois que si notre Église
connaît cette tendance durable, c’est qu’elle
n’est pas suffisamment, attirante. Il y a beaucoup de mouvements,
bien sûr non uniformes, mais il y plus de départs que
d’arrivées.
Je crois que, souvent, cela tient
à ce que les assez nombreuses personnes qui rejoignent notre
Église nous trouvent. Ce n’est pas nous qui allons les
chercher. Pourquoi ne savons-nous pas les attirer ? J’ai
parlé de l’orgueil. J’ajoute que nous proposons une
foi compliquée.
L’alternative n’est pas,
bien entendu, une foi simpliste, un catéchisme à
ingurgiter, un prêt-à-penser. L’alternative,
c’est d’oser nous exposer avec notre foi telle
qu’elle est, qui se donne à percevoir dans nos mots et nos
gestes à nous, des mots et des gestes habités, simples.
Si l’Église est la
communauté de celles et ceux que Dieu appelle pour faire
connaître le nom de Jésus-Christ, non pas pour le
représenter mais pour faire les présentations,
l’Église peut alors être attirante.
Ces renouvellement et blocages nous appellent à une marche en deux étapes
Au regard de la tentation de
l’orgueil, nous sommes appelés à un travail de
dépossession libératrice et au regard du manque
d’attractivité, à un travail d’exposition, de
reformulation audacieuse.
Une dépossession libératrice
L’Église de
Jésus-Christ n’est Église que dans l’exacte
mesure où elle se reçoit de Jésus-Christ.
Ecouter exclut donc se fonder,
puisqu’écouter c’est dépendre radicalement
d’un autre. L’Église est à nouveau
Église chaque fois qu’elle écoute-avec. C’est
l’enjeu profond de la démarche d’animation «
Ecoute ! Dieu nous parle… Elle vise à replacer au
cœur de la vie de l’Eglise cette écoute d’une
parole de Dieu que nul ne saurait arraisonner, fixer ou
posséder, mais qui nous est offerte chaque fois que nous nous
reconnaissons nécessiteux de cette parole. « Ecoute
! Dieu nous parle… c’est une manière de nous
rappeler que nous ne sommes pas maîtres de ce qui nous fait
vivre. Et que cette pauvreté est pour notre bonheur.
Une reformulation audacieuse
En mai 2013, nous serons
rassemblés au sein de l’Eglise protestante unie de France.
Cette Église unie est constituée « en vue
d’un meilleur témoignage de l’Évangile
». Un témoignage vivant, de ce que nous vivons, pas de ce
que d’autres ont vécu, serait-ce de glorieux
ancêtres. En décidant l’union, nous nous sommes mis
au défi d’exposer ce qui nous fait vivre, de reformuler
nos convictions.
Nous pouvons nous saisir de l’occasion des 500 ans de la Réforme, en 2017, pour nous interroger :
« 1517-2017. Protester pour Dieu,
protester pour l’Homme. Quelles thèses pour
l’Évangile aujourd’hui ? »
Ce que nous proposons, en accord avec
l’Église Luthérienne, c’est de faire de cette
échéance une occasion de communion et de
témoignage. D’ici 2017 chacune et chacun, chaque groupe de
l’Église, serait mobilisé et appelé à
contribuer à ce travail de reformulation et de
réappropriation partagée de nos convictions. On peut
imaginer la publication de ces thèses pour
l’Évangile, par des textes, des films, des livres, des
expositions, une campagne d’affiches … L’une de ces
productions devrait être la déclaration de foi de la toute
jeune Église protestante unie, puisque cette déclaration
n’existe pas encore. Une déclaration solennellement
proclamée à l’occasion d’un congrès
des 5000 conseillers presbytéraux.
Peut-être pourrais-je résumer ce propos sous le terme d’hospitalité.
Construire l’Église
protestante unie, c’est accueillir mutuellement nos traditions
luthériennes et réformées au sein de notre
Église. C’est vivre une hospitalité
réciproque.
Accueillir Dieu dans
l’écoute avec les autres est au cœur de notre vie
d’Église. Et exposer nos thèses pour
l’Évangile procède de notre conviction que le sens
se reçoit et s’éprouve dans la rencontre.
[RESUME paru dans Réforme du 9 juin 2011]
Qu’en est-il aujourd’hui de
l’Eglise réformée de France ? Quelle est sa
situation ? Trois thèses :
- Un renouvellement de notre Église est à l’œuvre.
- Mais des blocages freinent ce renouvellement.
- Ce renouvellement et ces blocages nous appellent à une marche en deux étapes.
1. Un renouvellement de notre Eglise est à l’œuvre
Notre Église va plutôt
mieux que ce que l’on dit souvent. Il ne faut pas craindre de le
constater sereinement.
On pourrait donc être Eglise
aujourd’hui sans verser dans la lamentation d’un
côté ou le triomphalisme de l’autre ? Je le crois.
Et voici trois raisons de le penser.
Le renouvellement des ministres est encourageant
A l’échelle d’une
génération, le nombre des ministres au service de
l’Evangile dans notre Eglise est stable. Il y a des hauts et des
bas, des périodes d’expansion et d’autres de
tassement, mais la tendance constatée est à la stricte
stabilité.
C’est une réalité
profondément réjouissante au regard de ce que l’on
constate dans de nombreuses Églises. Elle est
réjouissante si l’on veut bien se rappeler nos propres
craintes d’il y a 20 ou 30 ans, lorsque nous étions
facilement persuadés que le nombre de ministres ne pourrait que
se réduire dramatiquement.
La stabilité du nombre des
ministres est d’autant plus encourageante qu’elle se double
d’une diversification des origines et des parcours des candidats
aux ministères.
Pour autant, je n’oublie pas un
seul instant qu’il manque environ 10% de ministres pour que les
postes soient correctement pourvus dans notre Eglise.
Je n’oublie pas non plus qu’il est parfois difficile d’être pasteur.
Le renouvellement des membres de notre Eglise est important
Le fait n’est pas en soi nouveau
: le protestantisme a toujours accueilli des personnes qui
découvraient la foi chrétienne à son contact. Ce
qui est nouveau, c’est l’accentuation de ce
phénomène et surtout sa banalisation.
Là encore,
l’évolution globale ne doit pas cacher les
différences locales. Dans certains endroits, des
communautés ont le sentiment d’être
méconnues, de vieillir, de ne plus se renouveler.
Mais ailleurs, le renouvellement est
frappant. Il n’est pas rare, dans une Eglise locale, qu’une
forte minorité ne soit pas d’origine
réformée.
Peut-être est-ce au niveau des
conseils presbytéraux que ce renouvellement est le plus
perceptible. Le nombre de conseillers qui sont en cours de premier
mandat est de l’ordre de 40% et, parmi eux, nombreux sont ceux
qui n’ont pas grandi dans l’ERF.
Une phase d’élargissement théologique et spirituel
La troisième source de
reconnaissance au sujet du renouvellement de notre Eglise est, à
mes yeux, la plus importante : nous sommes dans une phase que je
qualifierais d’élargissement théologique et
spirituel.
Pendant longtemps, il a fallu choisir son courant, son engagement, et donc écarter les autres possibles.
Aujourd’hui, l’ambiance me
paraît plus détendue. Nous vivons nos options et nos
différences moins sur le mode de l’exclusive et plus sur
le mode de la complémentarité.
J’observe un renouveau du
Christianisme social, une bonne santé libérale,
plutôt une légère croissance
évangélique, un intérêt pour Calvin qui dure
au-delà de l’année 2009…
Complémentarité des
spiritualités, complémentarité des axes selon
lesquels la mission de l’Eglise se déploie. L’Eglise
vit sa mission dans trois directions : elle prie, elle proclame, elle
sert. La nécessité d’annoncer
l’Évangile fait désormais l’objet d’un
consensus. Le Synode de l’an dernier a rappelé que la
diaconie est au cœur de la mission de l’Église.
Suis-je trop optimiste ? Plutôt
que de poser les choses en termes de pessimisme ou d’optimisme,
il me semble beaucoup plus juste de parler de confiance, de
reconnaissance. Confiance, car dans ses jours plus clairs comme dans
ses jours plus sombres, l’Eglise est dans la main de Dieu.
Reconnaissance, car tout cela ne tient pas tant à nous
qu’à l’action de l’Esprit.
La question, dès lors, est celle
de notre disponibilité à cette action. C’est
pourquoi il faut lucidement observer que nous quittons un modèle
dominant. Nous quittons, progressivement, le modèle du petit
troupeau, qui cherche son assurance dans un héritage à
conserver sans oser y toucher. Et nous entrons dans une autre
perspective, qui ne craint pas de laisser l’héritage
être reconfiguré, au gré des besoins et des appels.
2. Mais des blocages freinent ce renouvellement.
Si ces renouvellements, ces élargissements sont si vrais, pourquoi n’en voit-on pas plus les fruits ?
J’en vois deux. Deux entraves
articulées l’une à l’autre et profondes, car
d’ordre spirituel.
Une Église parfois orgueilleuse
Nous protestants réformés, nous sommes assez facilement sujets à des poussées d’orgueil.
Et lorsque nous consentons à
faire des efforts, à jouer le jeu par exemple dans les domaines
de la communication ou de l’œcuménisme, c’est
trop souvent sur le mode de la concession et comme de mauvaise
grâce.
Si nous vivons nos
particularités si facilement sur le mode de la
supériorité, c’est probablement un
phénomène de défense, c’est une
manière de dissimuler la peur. Et on peut le comprendre, pour
les raisons que je viens de dire. Mais on peut aussi ne pas s’y
résigner ! Car ce mode de défense entretient la
pathologie.
Une Église pas assez libre pour accepter d’être attirante
Il est une autre entrave, qui nous
freine et nous tire en arrière. Elle se traduit d’une
manière facilement repérable.
Retenons un seul chiffre : 1 %. Notre Église perd 1 % de membres chaque année, depuis des années.
Je crois pour ma part que si notre
Eglise connaît cette tendance durable, c’est qu’elle
n’est pas vraiment, ou pas suffisamment, attirante.
Derrière ce moins 1 %
régulier, il y a beaucoup de mouvements, bien sûr. Ce
n’est pas une tendance uniforme : il y a des arrivées ici,
il y a des départs là ; et il y a donc plus de
départs que d’arrivées.
Je crois que cela tient à ceci :
ces personnes, assez nombreuses, qui rejoignent notre Eglise, le plus
souvent ce sont elles qui nous trouvent, ce n’est pas nous qui
allons les chercher. Pourquoi ne savons-nous pas les attirer ?
J’ai parlé de
l’orgueil qui nous retranche en nous-mêmes. J’ajoute
ceci : nous proposons une foi compliquée.
L’alternative n’est pas,
bien entendu, une foi simpliste, un catéchisme à
ingurgiter, un prêt-à-penser. L’alternative,
c’est d’oser nous exposer avec notre foi telle
qu’elle est. L’alternative, c’est une foi qui se
donne à percevoir dans nos mots et nos gestes à nous, des
mots et des gestes habités, simples.
Si l’on prend au sérieux
que l’Eglise est la communauté de celles et ceux que Dieu
appelle pour faire connaître le nom de Jésus-Christ, non
pas pour le représenter mais pour faire les présentations
en quelque sorte, alors oui, l’Eglise peut assumer
d’être attirante.
3. Ce renouvellement et ces blocages nous appellent à une marche en deux étapes.
Au regard des deux tentations que
j’ai mentionnées, je vois deux étapes devant nous.
Au regard de la tentation de l’orgueil, nous sommes
appelés à un travail de dépossession
libératrice. Au regard de la tentation du manque
d’attractivité, nous sommes appelés à un
travail d’exposition, de reformulation audacieuse.
Une dépossession libératrice
L’Église de
Jésus-Christ n’est Eglise que dans l’exacte mesure
où elle se reçoit de Jésus-Christ.
Ecouter exclut donc se fonder,
puisqu’écouter c’est dépendre radicalement
d’un autre. L’Église est à nouveau Eglise
chaque fois qu’elle écoute-avec. C’est pourquoi nous
sommes toujours à nouveau invités à être
dessaisis de ce que nous croyons être nôtre pour le
recevoir à nouveau.
C’est l’enjeu profond de la
démarche d’animation « Ecoute ! Dieu nous
parle… Elle vise à replacer au cœur de la vie de
l’Eglise cette écoute d’une parole de Dieu que nul
ne saurait arraisonner, fixer ou posséder, mais qui nous est
offerte chaque fois que nous nous reconnaissons nécessiteux de
cette parole
« Ecoute ! Dieu nous
parle… c’est une manière de nous rappeler que nous
ne sommes pas maîtres de ce qui nous fait vivre. Et que cette
pauvreté est pour notre bonheur.
Une reformulation audacieuse
Au lendemain du synode de Lyon, en mai
2013, nous serons rassemblés au sein de l’Eglise
protestante unie de France. Cette Église unie est
constituée « en vue d’un meilleur témoignage
de l’Évangile ».
Un témoignage vivant,
c’est un témoignage de ce que nous vivons, pas de ce que
d’autres vivent ou ont vécu, serait-ce de glorieux
ancêtres. En décidant l’union, nous nous sommes mis
en quelque sorte au défi d’exposer à nouveaux frais
ce qui nous fait vivre, de reformuler nos convictions.
Une échéance peut nous
aider à nous engager résolument dans cette voie. En 2017,
on fêtera les 500 ans de la Réforme. Nous pouvons nous
saisir de cette occasion et, nous interroger : 1517-2017. Protester
pour Dieu, protester pour l’Homme. Quelles sont nos thèses
pour l’Evangile aujourd’hui ?
Ce que le Conseil national propose, en
accord avec le conseil exécutif de l’EELF, c’est de
faire de cette échéance une occasion de communion et de
témoignage. De 2013 à 2017, progressivement, toute
l’Eglise serait mobilisée. Chacune et chacun, chaque
groupe, chaque communauté, chaque œuvre et mouvement,
serait appelé à contribuer à ce travail de
reformulation et de réappropriation partagée de nos
convictions. On peut déjà imaginer que la publication de
ces thèses pour l’Evangile aujourd’hui, pourrait se
faire par des textes mais aussi, par des films, des livres, des expos,
une campagne d’affiches … Et l’on peut bien
sûr envisager que l’une de ces productions devrait
être la déclaration de foi de la toute jeune Eglise
protestante unie, puisque cette déclaration n’existe pas
encore. Une déclaration solennellement proclamée à
l’occasion d’un congrès des 5000 conseillers
presbytéraux.
Peut-être pourrais-je alors résumer ce propos sous le terme d’hospitalité.
Construire l’Église
protestante unie, c’est accueillir la tradition
luthérienne au sein de notre Eglise. Et c’est accepter
d’être accueilli au sein de l’Eglise
évangélique luthérienne. C’est vivre une
hospitalité réciproque.
Accueillir Dieu dans
l’écoute avec les autres est au cœur de notre vie
d’Eglise. Et exposer nos thèses pour l’Evangile
aujourd’hui procède de notre conviction que le sens se
reçoit et s’éprouve dans la rencontre.
[TEXTE INTEGRAL]
Frères et sœurs, voici le premier message que le nouveau président du
conseil national que je suis est amené à donner au Synode national de
l’Eglise réformée de France. En le préparant, j’avais en tête les mêmes
questions que celles que je me posais lors de mes messages au Synode
régional : quel est vraiment le statut de ce message ? Quel est son
objectif réel ? Est-ce une prédication ? Un discours sur l’état de
l’Union ? Une démonstration de virtuosité attendue ? Une réflexion à
haute voix, au croisement de notre vocation d’Eglise et des questions
de société ? Un peu de tout ça ? Autre chose encore ?
Cette
année en tous cas, il me semble que les circonstances conduisent vers
une réponse qui va de soi. Car si c’est le premier message que je donne
au Synode national, c’est aussi le dernier message donné par un
président au Synode national de l’Eglise réformée de France dans sa
formule classique. L’an prochain, à Belfort, le Synode sera conjoint,
luthéro-réformé. Et en 2013, à Lyon, ce sera le premier synode de
l’Eglise unie.
On vérifie ainsi que lorsqu’il se réunit à
Orléans, notre Synode national le fait dans un contexte marquant pour
le protestantisme. Mais, heureusement, un contexte de plus en plus
apaisé ! En 1562, le troisième « Concile général des députés [des
Eglises réformées] de ce Roiaume » se réunit peu après l’échec de
l’Edit de Saint-Germain et le massacre de Wassy ; c’est le début des
Guerres de religion. En 1906, le Synode se réunit un mois après le vote
de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Dans ce nouveau
contexte, il tente de donner une impulsion décisive à l’union, déjà,
mais l’union… de la famille réformée en France ! En 2011, nous sommes à
l’avant-veille de la création de l’Eglise protestante unie. De cette
Eglise unie, nous ne parlerons que peu lors de la présente session, car
nous y avons consacré une session extraordinaire en janvier, et nous y
consacrerons nos rencontres de l’année 2012 : point trop n’en faut !
Vous savez que l’enterrement de vie de garçon ou de jeune fille, avant
un mariage, est un rite qui a repris de la vigueur. Cette année, en
quelque sorte, nous enterrons notre vie de Synode national ERF ! Et je
ne me prive pas d’utiliser l’acronyme ERF car, c’est entendu, avec
l’Eglise protestante unie de France, il faudra éviter !
Dans
cette conjonction particulière, d’un premier et d’un dernier message en
quelque sorte, je vous propose non pas de creuser, d’approfondir un
sillon, une question, une thématique, mais de faire un tour d’horizon
de notre Eglise réformée. C’est aussi une manière de profiter encore un
peu, tant qu’il est encore temps, de la relative nouveauté du regard
que je suis amené à poser sur notre Eglise. Nouveauté du regard, en
raison du point de vue particulier qui est le mien depuis seulement un
an. Nouveauté du regard aussi parce que j’assume ce ministère au sein
du conseil national après quelques années au service de la Mission
populaire évangélique, qui m’ont permis de prendre un certain recul par
rapport à notre Eglise et qui favorisent par conséquent une attention
un peu neuve aux questions qui se posent à elle.
Avec
ce recul, donc, qu’en est-il aujourd’hui de l’Eglise réformée de France
? Quelle est sa situation ? Je résumerai mon propos en trois points,
trois thèses :
- Un renouvellement de notre Eglise est à l’œuvre.
Notre
Eglise ne va pas si mal. Plutôt mieux que ce que je pensais, je l’avoue
! Plutôt mieux que ce que nous pensons et disons trop souvent. Et elle
évolue.
- Mais des blocages freinent ce renouvellement.
Raison
de plus pour être lucides sur certains blocages qui persistent, qui
sont avant tout spirituels et qui nous tirent en arrière.
- Ce renouvellement et ces blocages nous appellent à une marche en deux étapes.
Reconnaître
ces blocages nous encourage à poursuivre notre chemin en deux étapes,
deux échéances, dans un mouvement de dépossession et de réappropriation.
1. Un renouvellement de notre Eglise est à l’œuvre
Notre
Eglise va plutôt mieux que ce que l’on dit souvent. Il ne faut pas
craindre de le constater sereinement. Dire cela atténue peut-être cet
arrière-goût un peu inquiet ou même dramatique qui héroïse parfois
vaguement notre vie d’Eglise, et que nous ne dédaignons pas parce qu’il
renforce notre côté « petit reste » ou village gaulois irréductible.
Mais si je ne craignais pas d’être à tort qualifié d’optimiste –je dis
à tort parce que ce n’est pas la question et je reviendrai tout à
l’heure sur ce mot– je dirais même volontiers que notre Eglise va
plutôt bien.
Ciel ! On pourrait donc être Eglise
aujourd’hui sans verser dans la lamentation d’un côté ou le
triomphalisme de l’autre ? Je le crois. Et voici trois raisons de le
penser, par ordre d’importance croissante.
Le renouvellement des ministres est encourageant
D’abord, le renouvellement des ministres est encourageant.
A
l’échelle d’une génération, le nombre des ministres au service de
l’Evangile dans notre Eglise est stable . Il y a des hauts et des bas,
des périodes d’expansion et d’autres de tassement, mais la tendance
constatée est à la stricte stabilité.
C’est une réalité
profondément réjouissante. Elle est réjouissante au regard de ce que
l’on constate dans de nombreuses Eglises, qui connaissent parfois de
graves « crises de vocations » comme on dit. Elle est réjouissante si
l’on veut bien se rappeler nos propres craintes d’il y a 20 ou 30 ans,
lorsque nous étions facilement persuadés que le nombre de ministres ne
pourrait que se réduire dramatiquement. Nous rendions responsables de
ce sombre pronostic, pêle-mêle, les contraintes financières, le fait
que les Eglises étaient des institutions dépassées et rebutantes, l’air
du temps, ou encore le soupçon, parfois entretenu au sein même de nos
communautés, que dans les Facultés de théologie on apprenait à perdre
la foi. De ce dernier point de vue, il faut souligner la bonne santé de
l’Institut protestant de théologie, non seulement par comparaison avec
les établissements francophones comparables, mais aussi par sa capacité
à se renouveler, à attirer et même, comme des témoignages concordants
permettent de le dire, à évangéliser.
La stabilité du nombre
des ministres est d’autant plus encourageante qu’elle se double d’une
diversification des origines et des parcours des candidats aux
ministères. La Commission des ministères le souligne année après année.
Devenir ministre, devenir pasteur dans l’ERF, est une hypothèse qui a
du sens bien au-delà des limites connues de notre Eglise.
Pour
autant, je n’oublie pas un seul instant qu’il manque environ 10% de
ministres pour que les postes soient correctement pourvus dans notre
Eglise. Lorsqu’un poste n’est pas pourvu, c’est un manque à 100% pour
l’Eglise locale concernée ! Et lorsque cette vacance dure au-delà d’une
année ou revient trop fréquemment, le conseil presbytéral et le conseil
régional sont alors à la peine, et la réalité globale, encourageante,
s’efface devant les difficultés locales, angoissantes.
Je
n’oublie pas non plus un seul instant qu’il est parfois difficile
d’être pasteur. Ce ministère est toujours plus exposé : comme d’autres
professions, il ne peut plus se réclamer d’une autorité a priori qui le
soutiendrait ; il est confronté à des demandes qui se multiplient, se
dispersent et se concurrencent fréquemment ; il est marqué par une
combinaison très spécifique et lourde de contraintes professionnelles .
Ces
limites indiquent suffisamment que je ne minore pas les sujets
d’insatisfaction et parfois de souffrance, une souffrance qui peut être
d’autant plus amère qu’elle peine à se dire ou à se faire entendre avec
justesse. Mais puisque nous répétons depuis bientôt vingt ans que «
Dieu donne à l’Eglise les ministres dont elle a besoin » , alors il
faut au minimum se donner la peine de reconnaître les effets de la
fidélité de Dieu non seulement à son Eglise mais à notre Eglise.
Le renouvellement des membres de notre Eglise est important
Deuxième source de reconnaissance : le renouvellement des membres de notre Eglise est important.
Le
sondage IFOP publié à l’occasion du colloque sur Les protestants en
France à l’automne dernier a indiqué que 11% des protestants
luthéro-réformés ne sont pas d’origine protestante. Pour plusieurs
raisons, que je ne détaille pas ici, et d’accord avec plusieurs des
chercheurs qui ont analysé ce sondage, on peut considérer que ce
chiffre est sous-évalué. Le fait n’est pas en soi nouveau : le
protestantisme a toujours accueilli des personnes qui découvraient la
foi chrétienne à son contact. Ce qui est nouveau, c’est l’accentuation
de ce phénomène et surtout sa banalisation.
Là encore,
l’évolution globale ne doit pas cacher les différences locales. Dans
certains endroits, des communautés ont le sentiment d’être méconnues,
de vieillir, de ne plus se renouveler, parfois de dépérir. Il faut
entendre ces ressentis douloureux, qui se doublent parfois d’une
certaine honte à se dire.
Mais ailleurs, et ces endroits
sont de plus en plus nombreux, le renouvellement est frappant. Il n’est
pas rare, dans une Eglise locale, qu’une forte minorité ne soit pas
d’origine réformée. Tel pasteur me dit ici : « la difficulté, c’est de
faire face à toutes les demandes ». Telle conseillère presbytérale me
dit ailleurs : « on baptise à tour de bras ». Les parcours de formation
initiale ont le vent en poupe. Et la jeunesse est au cœur de ce
renouvellement : le Grand Kiff, la dynamique jeunesse de ces dernières
années, la croissance des mouvements de jeunes, le fait que ce sujet
soit au cœur de notre travail cette année, en sont des signes
convergents.
Peut-être est-ce au niveau des conseils
presbytéraux que ce renouvellement est le plus perceptible. Le nombre
de conseillers qui sont en cours de premier mandat est de l’ordre de
40% et, parmi eux, nombreux sont ceux qui n’ont pas grandi dans l’ERF.
Cela signifie que le renouvellement des membres de notre Eglise n’est
pas marginal, mais qu’il imprime sa marque au cœur de notre vie
commune. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le conseil national a
demandé au Pôle national de formation d’accompagner ce renouvellement,
en renforçant la formation des nouveaux responsables de nos Eglises.
Nous
devons toujours rester attentifs à ne pas nous satisfaire facilement
d’une Eglise à plusieurs vitesses, même si c’est en partie inévitable
et normal. Nous devons veiller aux communautés les plus faibles ou, et
c’est parfois bien différent, à celles qui se croient telles. Mais cela
ne doit pas nous empêcher de nous réjouir des lieux, nombreux et pas
forcément urbains –il faut le souligner– où le renouvellement est
manifeste.
Une phase d’élargissement théologique et spirituel
La
troisième source de reconnaissance au sujet du renouvellement de notre
Eglise est, à mes yeux, la plus importante : nous sommes dans une phase
que je qualifierais d’élargissement théologique et spirituel.
Pendant
longtemps, dans notre Eglise, il a fallu choisir. Choisir son courant,
choisir son engagement, et donc écarter les autres possibles. Il
fallait cliver. Le choix de telle option théologique, l’adhésion à tel
mouvement, la lecture de telle revue ou de tel journal, était un acte
militant. Malheur à qui n’était pas dans la bonne ligne –comprendre :
la mienne–, il était suspect. Du coup, les excès, avec leur dimension
d’exclusive, avaient parfois un effet paralysant. De la spiritualité ?
Oui, mais pas trop : ça fait catholique ! De l’action sociale ? Oui,
mais pas trop : l’Eglise ne fait pas de politique ! De l’évangélisation
? Oui, mais pas trop : on n’est pas des évangéliques !
Aujourd’hui,
l’ambiance me paraît plus détendue. Non pas que nous soyons devenus
mous ou platement consensuels, je ne le crois vraiment pas. Mais nous
vivons nos options et nos différences moins sur le mode de l’exclusive
et plus sur le mode de la complémentarité.
Complémentarité
des courants théologiques : j’observe un renouveau du Christianisme
social, une bonne santé libérale, plutôt une légère croissance
évangélique, un intérêt pour Calvin qui dure au-delà de l’année 2009…
Complémentarité
des spiritualités : communautaire, avec notamment l’impact de la
Fraternité des Veilleurs et l’augmentation des retraites de toutes
natures ; charismatique, comme dans l’ensemble des confessions
chrétiennes d’ailleurs ; monastique, avec par exemple la fréquentation
accrue de Taizé ; et je n’oublie pas la surprise des organisateurs du
Grand Kiff eux-mêmes, devant l’exigence spirituelle du millier de
jeunes qui après avoir fait la fête une partie de la nuit, étaient
présents chaque matin pour les partages bibliques.
Complémentarité,
surtout, des axes selon lesquels la mission de l’Eglise se déploie.
L’Eglise vit sa mission dans trois directions : elle prie, elle
proclame, elle sert. Peu importe l’ordre de ces axes, ils sont
inséparables et l’Eglise ne peut renoncer à aucun. En fonction de notre
sensibilité et des circonstances, il peut nous arriver de nous sentir
plus ou moins à notre place dans telle de ces trois directions. Mais
l’Eglise, pour vivre sa mission, est appelée à servir les hommes, prier
Dieu, proclamer l’Evangile, inséparablement.
Pendant
longtemps, je le disais, les insistances se transformaient facilement
en intolérances. C’est en train de changer. L’ERF prie de nouveau ; la
prière n’est plus un gros mot. La nécessité d’annoncer l’Evangile fait
désormais l’objet d’un consensus et nous mobilise, même si nous avons
encore souvent bien de la peine à passer à l’acte. Le Synode de l’an
dernier a rappelé que la diaconie est au cœur de la mission de l’Eglise
et qu’elle ne saurait être déléguée à des spécialistes.
Bien
sûr, tout reste toujours à faire ! Mais lorsqu’on privilégie à outrance
une seule dimension de la mission de l’Eglise, alors on en reste
souvent à des questions de ligne. Quand on privilégie deux dimensions,
c’est mieux mais c’est encore assez plat. Ce que je pressens, c’est que
nous sommes en quête d’une vie d’Eglise non pas uni ou
bi-dimensionnelle, mais en 3D, et que nous avançons dans ce sens.
Annonce, service, prière s’appellent et se nourrissent mutuellement.
Voilà pourquoi j’employais le mot d’élargissement ; on pourrait aussi
bien parler d’épaisseur ou de relief.
S’il est vrai, et je
le crois, que nous sommes ainsi en chemin dans une vie d’Eglise qui
tend à être plus épanouie, plus équilibrée, plus au large, nous
renouons ainsi avec des périodes fortes et fécondes pour notre Eglise.
Je pense par exemple au Christianisme social, créé par des gens qui
étaient en même temps extrêmement pieux, ou au Renouveau biblique
d’après-guerre, qui s’est enraciné notamment dans l’action de la Cimade.
Le
renouvellement des ministres est encourageant ; le renouvellement des
membres de notre Eglise est important ; nous sommes dans une phase
d’élargissement théologique et spirituel de notre vie ecclésiale.
Suis-je trop optimiste ? D’abord, je n’ai pas manqué d’apporter de
sérieux bémols à chacune de ces affirmations. Ensuite, je dirais que
plutôt que de poser les choses en termes de pessimisme ou d’optimisme,
il me semble beaucoup plus juste de parler de confiance, de
reconnaissance. Confiance, car dans ses jours plus clairs comme dans
ses jours plus sombres, l’Eglise est dans la main de Dieu, c’est aussi
simple que ça. Reconnaissance, car tout cela ne tient pas tant à nous
qu’à l’action de l’Esprit.
La question, dès lors, est
celle de notre disponibilité à cette action. C’est pourquoi il faut
lucidement observer que nous quittons un modèle dominant. Nous
quittons, progressivement, le modèle du petit troupeau, qui cherche son
assurance dans un héritage à conserver sans oser y toucher. Et nous
entrons dans une autre perspective, qui ne craint pas de laisser
l’héritage être reconfiguré, au gré des besoins et des appels.
Plus
exactement, nous y sommes déjà entrés. Depuis une dizaine d’années,
sans doute. Certains se rappelleront que le colloque interrégional de
2002 a été un moment significatif sur ce chemin. Notre Eglise ne le
sait pas toujours, pas assez, mais elle est engagée dans une profonde
évolution. Et c’est une source de joie.
2. Mais des blocages freinent ce renouvellement.
Alors,
pourquoi ça ne va pas mieux ? Pourquoi ce printemps est-il trop timide
? Si ces renouvellements, ces élargissements sont si vrais, pourquoi
n’en voit-on pas plus les fruits ?
D’abord parce que nous
sommes entrés dans cette phase il y a environ une dizaine d’années, je
l’ai dit. C’est une durée courte. Dès lors qu’on est attentif à la
dimension collective, le temps est long. En Eglise, les évolutions qui
comptent se font rarement sur le mode du décret décidé par une
instance, mais sur celui de la maturation collective. Et contrairement
à ce que l’époque pousse à croire –l’époque et sa sensibilité au
spectaculaire, sa fascination pour le changement en soi, la posture de
ses dirigeants– prendre son temps n’est pas nécessairement un handicap.
Mais
il y a aussi une face plus sombre à nos lenteurs, des raisons plus
obscures à nos pesanteurs. J’en vois deux. Deux entraves articulées
l’une à l’autre et profondes, car d’ordre spirituel.
Une Eglise parfois orgueilleuse
Dans
notre corps, il y a des virus dormants qui, de temps à autres,
s’activent. Souvent inaperçue, la maladie est bien là et elle se
manifeste par bouffées. De la même manière, nous protestants réformés,
nous sommes assez facilement sujets à des poussées d’orgueil.
Nous
sommes le sel de la terre, c’est entendu. Mais nous ne sommes pas
fâchés lorsque nous avons le sentiment d’être, en plus, le poivre de la
terre. Et quel bonheur quand nous nous sentons poil à gratter de la
terre !
Car n’est-ce pas, c’est bien connu, les médias ne
connaissent rien au protestantisme, surtout luthéro-réformé ! C’est
bien connu, nous sommes, nous, à l’abri du culte des reliques ou des
pierres, au-dessus de l’attachement aux formes, purs de toute espèce de
superstition ou de ritualisme ! C’est bien connu, nos prises de
position éthiques sont incomprises, voire ignorées ! C’est bien connu,
les organismes ecclésiaux internationaux sont forcément des machines
lourdes et inutiles. Je ne dis pas que tout cela est nécessairement et
entièrement faux. Mais cela se traduit chez nous par une sorte de
sentiment de supériorité, qui fait nos délices. Et lorsque nous
consentons à faire des efforts, à jouer le jeu par exemple dans les
domaines de la communication ou de l’œcuménisme, c’est trop souvent sur
le mode de la concession et comme de mauvaise grâce.
D’où
cela nous vient-il ? Probablement de la conjonction de trois éléments :
l’hyper-minorité, qui induit une sorte de réflexe d’assiégé ; la place
des persécutions dans notre identité historique, qui fait du rejet
comme une confirmation de la vérité ; et la culture française, qui a
tant de peine à imaginer qu’il puisse y avoir d’autres universalismes
que les siens.
Si nous vivons nos particularités si
facilement sur le mode de la supériorité, c’est probablement un
phénomène de défense, c’est une manière de dissimuler la peur. Et on
peut le comprendre, pour les raisons que je viens de dire. Mais on peut
aussi ne pas s’y résigner ! Car ce mode de défense entretient la
pathologie.
J’ai souvent dit que la tentation des
protestants luthéro-réformés est la tentation du club. L’orgueil est la
maladie spirituelle qui est à la source de cette tentation. L’orgueil
nous isole, il nous rend moins adaptables, il nous affaiblit. Il nous
fait croire que nous sommes les maîtres de notre identité,
confessionnelle voire chrétienne. L’orgueil est le contraire de la foi.
Les
effets de cet orgueil sont sans doute en lent reflux, et c’est tant
mieux. Mais ils persistent, tant que nous oublions que l’Eglise, et
donc aussi notre Eglise, n’est propriétaire de rien de ce qui la fait
vivre, qu’elle le reçoit jour après jour. L’orgueil nous bride dans
notre accueil de ce qui vient de Dieu. Il est l’une de nos tentations
collectives spécifiques. Spirituellement, c’est la plus grave.
Une Eglise pas assez libre pour accepter d’être attirante
Il
est une autre entrave, qui nous freine et nous tire en arrière. Elle
est liée à celle que je viens d’évoquer. Mais elle se traduit d’une
manière facilement repérable.
Retenons un seul chiffre : 1 %. Grosso modo, notre Eglise perd 1 % de membres chaque année , depuis des années.
«
On s’en fiche ! L’Eglise n’est pas là pour rencontrer le succès !
Comparé aux cathos, c’est pas si mal ! Small is beautiful ! Moins on
est nombreux, plus c’est signe qu’on est prophétique ! » Etc. Il y a du
vrai dans ces réactions, qui sont souvent les nôtres. Mais ce n’est pas
du tout la question ! La question, c’est : qu’est-ce que ça veut dire,
cette baisse régulière ? Quand nous réagissons si vite, cela signifie
que nous cherchons à nous immuniser contre ce fait pourtant répété et
têtu. Laissons au contraire ce chiffre de 1 % nous interroger : que
veut-il dire ? Que traduit-il ? Et plus précisément : que notre Eglise
voie le nombre de ses membres baisser de 1 % par an, est-ce la volonté
de Dieu ?
C’est au fond la seule question qui vaille. Car
l’existence de notre Eglise est entre les mains de Dieu. Si elle doit
disparaître et laisser la place à autre chose parce qu’il le veut,
alors c’est ce qui nous arrivera de mieux. Donc si nous répondons :
oui, baisser de 1 % c’est la volonté de Dieu pour notre Eglise, alors
prenons-en acte et, sans attendre un siècle, allons voir ailleurs s’il
y est, apportons nos forces à une autre Eglise. Mais si nous répondons
non, alors que faisons-nous ?
Je crois pour ma part que si
notre Eglise connaît cette tendance durable, c’est qu’elle n’est pas
vraiment, ou pas suffisamment, attirante.
Derrière ce moins
1 % régulier, il y a beaucoup de mouvements, bien sûr. Ce n’est pas une
tendance uniforme : il y a des arrivées ici, je l’ai dit ; il y a des
départs là ; et il y a donc plus de départs que d’arrivées. Comment
conjuguer cet apparent paradoxe d’un renouvellement réel et d’une
diminution globale ?
Je crois que cela tient à ceci : ces
personnes, assez nombreuses, qui rejoignent notre Eglise, le plus
souvent ce sont elles qui nous trouvent, ce n’est pas nous qui allons
les chercher.
Pourquoi ? Si nous commençons à savoir mieux
accueillir ces personnes quand elles arrivent, pourquoi ne savons-nous
pas encore aller à leur rencontre ? Pourquoi ne savons-nous pas les
attirer ? Pourquoi notre Eglise n’est-elle pas attirante ?
J’ai
parlé de l’orgueil, il y a un instant, cet orgueil qui nous retranche
en nous-mêmes. J’ajoute maintenant ceci : nous proposons une foi
compliquée.
Notre attitude est si souvent : « ah, mais ce
n’est pas si simple que ça ! On ne peut pas dire ça comme ça ! On
pourrait dire aussi que, il ne faut pas oublier que… » Dans un colloque
ou à la faculté de théologie oui, bien sûr ; c’est le lieu ! Mais quand
cette attitude marque toute notre vie d’Eglise, c’est insupportable. Et
ainsi, quand nous faisons sentir à l’autre que s’il n’a pas saisi
toutes les nuances ou toutes les subtilités c’est qu’il n’a rien
compris, quand nous avons avant tout le souci de bien préciser que
certes on peut dire une chose mais qu’on pourrait aussi dire son
contraire, le vrai message que l’on donne c’est : vous qui cherchez
votre voie, passez votre chemin, il n’est pas sûr que vous ayez votre
place avec nous, revenez plus tard. Nous proposons une foi compliquée.
L’alternative
n’est pas, bien entendu, une foi simpliste, un catéchisme à ingurgiter,
un prêt-à-penser. L’alternative, c’est d’oser nous exposer avec notre
foi telle qu’elle est. L’alternative, c’est une foi qui se donne à
percevoir dans nos mots et nos gestes à nous, des mots et des gestes
habités, simples. Les mots d’un ami qui dit à un ami ce qui est
essentiel dans sa vie, même s’il le dit un peu maladroitement. Les mots
d’un grand-parent qui essaie de dire quelque chose de fondamental à son
petit-enfant. Etre simple, ce n’est pas être primaire, simpliste,
benêt. Etre simple, c’est ne pas être double, triple, quadruple. Car
quand on est double, triple ou quadruple, c’est qu’on n’est pas là dans
la rencontre, c’est qu’on cherche à être ailleurs, insaisissable,
fuyant peut-être.
Notre Eglise n’est guère attirante.
Toute la difficulté, bien sûr, est de ne pas chercher à ce qu’elle soit
attirante pour elle-même ! L’Eglise n’a pas à chercher le succès et
elle doit même s’en méfier, c’est entendu. Mais si l’on prend au
sérieux que l’Eglise est la communauté de celles et ceux que Dieu
appelle pour faire connaître le nom de Jésus-Christ, non pas pour le
représenter mais pour faire les présentations en quelque sorte, alors
oui, l’Eglise peut assumer d’être attirante. Elle peut être
suffisamment libre à l’égard d’elle-même, pour accepter d’être
attirante pour Dieu, vers Dieu, au service de Dieu. Attirante pour des
hommes et des femmes de son temps soient, au-delà d’elle, mis en
contact, en relation avec Dieu.
Je sais bien que nous savons
pas vraiment faire. Que nous avons appris historiquement,
sociologiquement, théologiquement, à être invisibles, à nous
dissimuler, à nous tenir en retrait. Et que pour nous, réformés
français, accepter d’être attirants pour Christ, ça a quelque chose de
l’ordre du bouleversement.
3. Ce renouvellement et ces blocages nous appellent à une marche en deux étapes.
Mais
je crois aussi que nous n’y sommes pas condamnés. Ce que j’ai appelé
l’orgueil et le manque d’attractivité, deux tentations qui se
nourrissent l’une l’autre vous l’avez bien senti, ne sont que des
tentations. Nous sommes appelés à les surmonter. à poursuivre le chemin
de renouvellement, d’élargissement dans lequel nous sommes déjà
engagés, à le poursuivre d’un pas plus assuré, plus ample, plus
affermi.
Au regard des deux tentations que j’ai
mentionnées, je vois deux étapes devant nous. Au regard de la tentation
de l’orgueil, nous sommes appelés à un travail de dépossession
libératrice. Au regard de la tentation du manque d’attractivité, nous
sommes appelés à un travail d’exposition, de reformulation audacieuse.
Et à chacun de ces travaux peut correspondre un projet.
Une dépossession libératrice
Quand
il nous domine, l’orgueil nous retranche en nous-mêmes. Il fait de nous
notre seule référence. Il nous fait croire que nous sommes
dépositaires, voire propriétaires de ce que nous sommes. Il nous donne
l’illusion que nous sommes les gardiens de notre identité. C’est
pourquoi il est spirituellement ravageur. Car le chrétien
individuellement, pas plus que l’Eglise collectivement, ne possèdent ce
qui les constituent.
L’Eglise reçoit de son Seigneur ce qui
la fait Eglise. Elle est fruit d’un appel. Elle est créature de la
parole de Dieu. Non pas une seule fois, comme si après un appel
historiquement repérable, elle avait ensuite à gérer le contenu de cet
appel, sous forme de doctrines, de sacrements ou de prescriptions, par
exemple. C’est l’auteur de l’appel qui la fait vivre, c’est le fait
qu’il s’adresse à elle qui la suscite et la ressuscite. L’Eglise de
Jésus-Christ n’est Eglise que dans l’exacte mesure où elle se reçoit de
Jésus-Christ.
Ecouter exclut donc se fonder, puisqu’écouter
c’est dépendre radicalement d’un autre. Et écouter exclut se compter
puisque si j’écoute, rien ne dit que bien d’autres n’écoutent pas
aussi. L’Eglise n’est donc pas même une communauté d’écoute réservée ou
privilégiée. L’Eglise est à nouveau Eglise chaque fois qu’elle
écoute-avec. C’est pourquoi nous sommes toujours à nouveau invités à
être dessaisis de ce que nous croyons être nôtre pour le recevoir à
nouveau en vérité.
C’est l’enjeu profond de la démarche
d’animation « Ecoute ! Dieu nous parle… Elle a été présentée à chaque
synode régional, l’automne dernier. Elle a été évoquée à la fin du
synode extraordinaire de Paris, en janvier. Elle vise à replacer au
cœur de la vie de l’Eglise cette écoute d’une parole de Dieu que nul ne
saurait arraisonner, fixer ou posséder, mais qui nous est offerte
chaque fois que nous nous reconnaissons nécessiteux de cette parole et
appelés à la recevoir avec d’autres, pour en vivre et pour la vivre.
Les
membres du Synode national recevront dimanche, en avant-première, un
ouvrage qui rassemble 39 animations et quelques textes de fond sur ce
thème. Au cours du mois de juin, ce livre sera gratuitement adressé aux
Eglises locales et aux ministres de l’ERF et de l’EELF, et plus. Cet
envoi marque le début de cette période de deux ans qui, jusqu’en 2013,
nous conduira à mettre en valeur tout ce qui se fait déjà dans ce
domaine et nous invitera à oser des expériences nouvelles, plus larges,
en matière d’écoute partagée de la parole de Dieu. Un site permettra
d’amplifier le nombre des expériences et de les faire connaître. Des
initiatives sur le thème « Ecoute ! Dieu nous parle… sont déjà
annoncées, dans nos deux Eglises mais aussi au-delà. Le premier synode
national de l’Eglise unie, en mai 2013 à Lyon, sera comme un festival
qui donnera l’occasion d’exposer et de partager certaines des plus
significatives de ces expériences, non pas un point final, ce qui
n’aurait donc pas de sens, mais comme un point d’orgue.
«
Ecoute ! Dieu nous parle… c’est une manière de nous rappeler que nous
ne sommes pas maîtres de ce qui nous fait vivre. Et que cette pauvreté
est pour notre bonheur.
Une reformulation audacieuse
Au
lendemain du synode de Lyon, en mai 2013, nous serons rassemblés au
sein de l’Eglise protestante unie de France. Comme nous le répétons
depuis le début du processus d’union, cette Eglise unie est constituée
« en vue d’un meilleur témoignage de l’Evangile » .
Un
témoignage vivant, c’est un témoignage de ce que nous vivons, pas de ce
que d’autres vivent ou ont vécu, serait-ce de glorieux ancêtres. Un
témoignage crédible, c’est un témoignage de ce que nous croyons, pas de
ce que d’autres croient ou ont cru, serait-ce des héros de la foi. En
décidant l’union, nous nous sommes mis en quelque sorte au défi
d’exposer à nouveaux frais ce qui nous fait vivre, d’exprimer ce que
nous recevons, de reformuler nos convictions. A mille lieues d’un
simple effort de comm’, il s’agit de cesser de nous définir par la
négative –« nous ne sommes ni catholiques ni évangéliques, nous ne
croyons pas ceci ou pas cela »– il s’agit d’être attentif aux attentes
de nos contemporains, de puiser librement dans la part vivante de notre
héritage, d’oser ensemble faire confiance à l’Esprit, pour réinvestir
avec nos mots la foi qui nous est donnée.
Une échéance peut
nous aider à nous engager résolument dans cette voie. En 2017, on
fêtera les 500 ans de la Réforme. Pour les historiens, la date est bien
sûr sujette à discussion, l’historicité du fait aussi d’ailleurs, mais
on a pris l’habitude de considérer que l’affichage des 95 thèses par
Luther sur la porte du château de Wittenberg marquait le début de la
Réforme protestante. 2017, dans l’opinion, ce sera donc les 500 ans des
protestants. Nous pouvons nous saisir de cette occasion et, tournant
résolument le dos à toute autocélébration, nous pouvons nous interroger
: quelles sont nos thèses pour l’Evangile aujourd’hui ? 1517-2017.
Protester pour Dieu, protester pour l’Homme. Quelles sont nos thèses
pour l’Evangile aujourd’hui ?
Ce que le conseil national
propose, en accord avec le conseil exécutif de l’EELF, c’est de faire
de cette échéance une occasion de communion et de témoignage. De 2013 à
2017, progressivement, toute l’Eglise serait mobilisée. Chacune et
chacun, chaque groupe, chaque communauté, chaque œuvre et mouvement,
serait invité à entrer dans une sorte de grand brainstorming, de grand
travail coopératif. Nos thèses pour l’Evangile aujourd’hui : de la
monitrice d’école biblique aux facultés de théologie, du groupe de
prière qui se réunit au bout d’un chemin de pierre au rassemblement de
jeunes urbains débridés, de l’organiste jusqu’au diaconat, du cercle
œcuménique jusqu’à la pastorale régionale, en passant bien sûr par les
conseils presbytéraux et toutes les autres instances de notre Eglise,
chacun a quelque chose à dire à ce sujet. Chacun serait appelé à le
faire, à apporter sa pierre à cette grande expression personnelle et
collective.
Sur un tel chemin, la qualité de la marche est
sans doute au moins aussi importante que la ligne d’arrivée, et la
qualité du travail que celle de la production. On ne peut donc pas en
anticiper les résultats. Mais on peut déjà imaginer que la publication
de ces thèses pour l’Evangile aujourd’hui, cette expression reformulée
de la foi que nous avons reçue, pourrait se faire de multiples
manières. Par des textes mais aussi, pourquoi pas, par des films, des
livres, des expos, une campagne d’affiches 4 sur 3… Et l’on peut bien
sûr envisager que l’une de ces productions devrait être la déclaration
de foi de la toute jeune Eglise protestante unie, puisque cette
déclaration n’existe pas encore. Une déclaration solennellement
proclamée à l’occasion d’un congrès des 5000 conseillers presbytéraux.
Dès maintenant, les idées ne manquent pas !
Je
termine cette partie de mon propos en soulignant combien ces deux
projets sont en cohérence l’un avec l’autre, s’articulent l’un à
l’autre. Ecouter et témoigner. Recevoir et partager. Bien sûr, on ne
peut pas tout faire en même temps ; ces projets se succèderont donc.
Mais ils s’appellent l’un l’autre, ils sont d’un même élan. Ecouter
Dieu avec d’autres, c’est témoigner de ce qui nous fait vivre. Et
témoigner de ce que nous croyons, c’est inviter à écouter Dieu.
*
J’ai
parlé d’un renouvellement en cours dans notre Eglise, dont nous n’avons
pas toujours conscience, et qui se manifeste notamment par un
élargissement théologique et spirituel. Au-delà des tentations qui nous
marquent spécifiquement, nous sommes appelés à intensifier ce
renouvellement, à amplifier cet élargissement.
Peut-être pourrais-je alors résumer ce que j’ai
essayé d’exprimer ce soir sous le terme
d’hospitalité.
Avec
ce terme, on rejoint d’ailleurs le sujet principal de notre synode.
Pour que les générations s’accueillent mieux dans l’Eglise, pour que
l’Eglise se construise plus harmonieusement au rythme des âges de la
vie, et la pyramide des âges étant ce qu’elle est dans l’ERF, il nous
faut dégager des perspectives pour l’animation jeunesse, accentuer
notre effort dans ce domaine et nous en donner les moyens.
Le
terme d’hospitalité donne aussi son sens profond à nos perspectives à
moyen terme. Construire l’Eglise protestante unie, c’est accueillir la
tradition luthérienne au sein de notre Eglise. Et c’est accepter d’être
accueilli au sein de l’Eglise évangélique luthérienne. C’est vivre une
hospitalité réciproque.
L’hospitalité est aussi au cœur de
ces projets à plus long terme que je viens d’évoquer. Accueillir Dieu
dans l’écoute avec les autres est au cœur de notre vie d’Eglise. Et
exposer nos thèses pour l’Evangile aujourd’hui procède de notre
conviction que le sens se reçoit et s’éprouve dans la rencontre.
La
foi chrétienne tout entière peut être vue sous l’angle de
l’hospitalité. Ce que Jésus-Christ a annoncé et incarné, c’est que nous
sommes inconditionnellement accueillis par un autre. Il est notre hôte,
dans le sens de : accueillant. Et il est notre hôte, dans l’autre sens
du mot : il se tient à la porte et il frappe.
L’Evangile
place ainsi l’hospitalité au cœur de notre vie commune, et
particulièrement de notre vie d’Eglise. Cette hospitalité nous est
donnée et demandée. Elle est le chemin dans lequel nous sommes engagés.
Pasteur Laurent SCHLUMBERGER
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