Prédications :

Laïcs

 LA CRÉATION
Prédication J.Ph. Barde ERPL 23 novembre 2008 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ex 15, 26 - Ps 103 - Lc 4, 16-21
Prédication J.Ph. Barde ERPL 28 février 2010

Frères et sœurs, si je vous propose ces trois textes, pour la méditation de ce jour,c’est parce qu’ils représentent pour moi, avec la résurrection du Christ, le cœurmême du message biblique, de l’évangile du Christ.

Je voudrais, brièvement, relever avec vous trois aspects de ce message.
1. D’abord, c’est, le message essentiel, central que Dieu adresse à son peuple, à chacun d’entre nous, un message de libération totale, spirituelle, psychique, physique. Message qui est la bonne nouvelle de l’évangile, message de libération, message de l’amour et de la miséricorde de Dieu, pour chacun, pour toujours, ici et maintenant.

2. Un message, qui traverse la bible tout entière, avec constance et insistance. Et qui traverse toute l’histoire du christianisme, depuis les actes des apôtres.

3. Un message que nous devons non seulement pleinement nous approprier pour nous même ; mais que nous devons également annoncer à temps et à contretemps et mettre en pratique.

Reprenons ces textes.
Dans Ex 15, 26 : « C’est moi le Seigneur YHWH qui te guérit » (Yawhé Rafa).
Dans le Psaume 103, bien connu : « C’est lui qui pardonne toutes tes fautes, qui guérit toutes tes maladies ».
Enfin, Luc 4, Jésus dans le temple, lit le texte du prophète Ésaïe au chapitre 61 : « l’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ; (panser ceux qui ont le cœur brisé – Es 61) il m’a envoyé pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le retour à la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour proclamer une année d’accueil de la part du Seigneur. »

Remarquons d’abord – c’est essentiel - que Jésus se rend à la synagogue pour faire cette annonce fondatrice, après avoir reçu l’onction de l’Esprit Saint, après avoir été tenté au désert et triomphé de Satan. Arrêtons nous un peu sur ceci : Comment, pourquoi Jésus, Fils de Dieu, a-t-il besoin de recevoir cette onction de l’Esprit Saint, d’être soumis à la tentation ? La réponse est simple et lumineuse à la fois : Jésus a totalement épousé notre condition humaine, jusqu’à la mort sur la croix.

Il ne se prévaut d’aucune prérogative divine. Jésus, donc, se dépouille de tout, il va se faire baptiser par Jean le Baptiseur, il reçoit l’onction, l’effusion de l’Esprit Saint, puis est soumis au jeûne, à la tentation, au combat spirituel. Ce don total est magnifiquement résumé par Paul (Ph2, 6) : « Lui qui était vraiment divin, ne s’est pas prévalu d’un rang d’égalité avec Dieu, mais il s’est vidé de lui-même, en se faisant esclave, en devenant semblable aux humains ; reconnu à son aspect comme humain, il s’est abaissé lui même, en devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort sur la croix. »

Jésus se met dans la totale dépendance du Père. Frères et sœurs, n’est-ce pas là notre lot commun de Chrétien ? C’est donc pleinement équipé, revêtu de l’onction, que Jésus va commencer son ministère qu’il annonce et définit à partir d’Ésaïe 61.

Lorsque l’on lit les évangiles, on est frappé de constater que Jésus a passé le plus clair de son temps à prêcher, guérir les malades, chasser les démons, montrant par là que la Parole de Dieu est agissante jusqu’au plus profond de notre être.

Cette Parole est en soi, guérison et libération : ce n’est pas une morale, de bons sentiments, un « ça ira mieux demain, ou après ma mort… ». C’est une totale incarnation dans nos vies, maintenant, tout de suite. Comme le dit Paul, c’est « une puissance ».

Savez-vous ce que signifie en Hébreu le nom de JÉSUS ? « Dieu sauve ». Christ incarne, manifeste, atteste ce que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob n’avait cessé de proclamer : « Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’a libéré de l’esclavage ».

« C’est moi le Seigneur YHWH qui te guérit. (Ex 15, 26)»
« C’est lui qui guérit toutes tes maladies (Ps 103)».

Frères et sœurs, ceci n’est pas une belle histoire ancienne, une fable ou des symboles, comme voudraient le faire croire certains. La puissance de l’amour et de la parole de Dieu n’ont jamais cessé, n’ont jamais fait défaut . Elle est vérité et vie aujourd’hui, pour chacun d’entre nous. Dieu est fidèle.

Or cette puissance de vie, nous sommes tous appelés à en vivre, à la mettre en pratique, à la transmettre.

Que nous dit le texte de Luc 4 / Es 61 : Annoncer la bonne nouvelle : de quoi ? du Royaume de Dieu, de la Parole qui relève, qui guérit et qui sauve (même mot en Grec).

La bonne nouvelle à qui ? Aux pauvres, c’est à dire à ceux qui ont en eux l’espace pour recevoir : c’est ce que dit la béatitude : « Heureux les pauvres en Esprit… »

Annoncer la bonne nouvelle, c’est notre ardente obligation. Je me réjouis de voir des Églises se réveiller, face à l’urgence de cette mission ; je me réjouis de voir des communautés nouvelles, des mouvements du renouveau parcourir notre pays et le monde, proclamer cette parole avec les signes qui l’accompagnent ; je me réjouis de voir notre paroisse déployer cette ardente obligation d’évangélisation, par exemple, avec les parcours Alpha, les groupes bibliques etc.

C’est notre ministère à chacun ; mais il faut aller encore plus loin.
Ne soyons pas timides, ni timorés. Ne craignons pas d’annoncer la Parole, de prier pour les malades : Jésus lui-même nous ordonne de le faire, en son nom, par son nom puissant. Il nous envoie, il nous donne l’autorité.

Le texte d’Esaïe, cité dans Luc 4 insiste : Délivrer les captifs…captifs de quoi ? De la maladie, des mauvais esprits, du péché…

Le recouvrement de la vue… des aveugles, physiques, bien sûr, mais aussi spirituels.

Renvoyer libres les opprimés… certes, opprimés par les hommes, mais aussi par le péché, par la maladie...

Ce message d’amour, de guérison, de libération se retrouve dans toute la bible. On pourrait citer de très nombreux exemples. Rappelons simplement le Psaume 103 qui est en résonance frappante avec ces textes d’Esaïe 61 et Luc 4. C’est lui qui pardonne toutes tes fautes (le pardon est guérison), Qui guérit toutes tes maladies, Qui reprend ta vie à la fosse…

Il défend le droit de tous les opprimés… En introduisant cette prédication, je disais aussi que ce message d’amour et de puissance traversait toute l’histoire du christianisme.

Car Dieu n’a jamais cessé de guérir, de libérer,de consoler. Dans le premier Testament, dans les évangiles, les actes des apôtres. Dans toute l’histoire de l’Église ; et cela continue.

Mais que faut-il entendre par libération et guérison ?

Il y a, bien entendu, la guérison des maladies physiques ; mais il y a aussi la guérison de nos maladies intérieures, psychologiques, blessures d’enfance, traumatismes, blessures intérieures infligées par des paroles négatives, haine, absence de pardon ; ce n’est pas pour rien que de nombreux psychiatres et psychanalystes ont analysé le pouvoir de guérison et de libération de la bible (Marie Balmary, Simone Pacot…). Guérison aussi par les pardons donnés et reçus ; par la confession de nos péchés et le pardon de Dieu.

Nous sommes une humanité blessée et malade ; il suffit de regarder autour de nous, et d’écouter nos frères et sœurs. Dieu veut guérir et sauver cette humanité blessée ; « Je ne suis pas venu pour les bien portants, mais pour les malades» nous dit le Christ. Nous sommes corps, âme et esprit : Dieu veut guérir toute notre personne.

Pendant longtemps, je n’imaginais pas que l’on soit envoyé pour prier pour les malades ; encore moins que de telles guérisons puissent avoir lieu de nos jours. Et il m’a fallu du temps pour m’enhardir à prier moi-même pour la guérison. J’ai aussi prié pour des malades qui n’ont pas été guéris. Cela ne m’appartient pas ; je me contente d’obéir, de prier.

Mais je fais désormais souvent l’expérience de contextes variés où les Chrétiens prient pour les malades et où des guérisons et délivrances se produisent.

Certains d’entre vous ont pu voir récemment le ministère de guérison du pasteur Patrick Fontaine lors de la soirée œcuménique du 23 janvier à St Sulpice, à l’occasion de la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens. Il y a eu des témoignages de guérisons sur place ; d’autres nous parviennent encore. Pour autant, Il ne faut pas toujours guetter le prodige. La foi n’exclut en aucune manière l’action de l’homme, de la médecine et de la science. L’intelligence dont Dieu nous a dotés permet bien entendu la guérison. Dieu se sert de la médecine. Dieu guérit avec la coopération des médecins, des infirmières et de tout le corps médical. Prier pour les malades n’exclut surtout pas le recours à la médecine. Dieu bénisse les médecins !

Cela n’empêche pas que le Christ nous envoie et nous équipe : "Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru ; ils chasseront les démons en mon nom ; ils parleront des langues nouvelles ; (ils prendront des serpents dans leurs mains ; quand ils auront bu quelques breuvages mortels, il ne leur fera point de mal) ; ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci seront guéris" (Mc16,17-20).

Nous sommes tous appelés à suivre Jésus, à être ses disciples !

Jésus se sert d'êtres humains faibles et imparfaits : regardez les disciples qu’il avait choisis : des pauvres, des faibles, des peureux, des filous… De même, il veut se servir de nous. Paul nous dit que Christ a choisi ce qu’il y a de fou et de faible dans le monde pour confondre les forts. C’est valable pour nous !

N’ayons donc pas peur et sachons bien cela : Jésus n’envoie pas des personnes qualifiées, il qualifie ceux qu’il envoie.

Il nous faut alors nous placer dans une complète confiance et dépendance de Dieu.

Je soulignais qu’avant de commencer son ministère, Jésus avait reçu l’onction de l’Esprit Saint. Il nous faut de même recevoir cette onction. Ce n’est pas un privilège pour des « super saints », c’est pour chacun. Jésus nous a promis ce défenseur, ce Paraclet (relisez Jn14 et 16). Ne craignons pas de demander au Père, chaque jour, la force de son Esprit Saint. Soyons d’insatiables mendiants de l’Esprit-Saint.

Et Jésus nous dit (Lc 11,13) : « Si donc vous, tout mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il l’Esprit saint à ceux qui le demandent ! »

Il y a une totale cohérence dans les évangiles : Dieu envoie, Dieu équipe, Dieu guérit, Dieu sauve. Plus je lis la Bible, plus je vois la puissance de Dieu et l’œuvre de l’Esprit et plus je suis percuté par la constance et la totale cohérence de l’œuvre de Dieu. Plus je vois, plus je crois, et plus je comprends. Alors n’ayons aucune crainte : soyons des canaux de la grâce.

Cela ne dépend pas de nous ; c’est Dieu qui agit à travers nous, par son Esprit Saint. Nous n’avons aucun pouvoir, aucun mérite ; tout est grâce et puissance de Dieu seul. Mais le Seigneur passe par nous, il a besoin de nous.

Nous ne sommes que des canaux, des « tuyaux » par lesquels peut s’écouler la grâce et la vie ; c’est l’Esprit qui passe et qui agit ; nous ne sommes rien, mais des « riens » que Dieu utilise. Peu importe que les tuyaux que nous sommes soient en fer en cuivre ou en PVC : l’important, c’est qu’ils ne soient pas bouchés.

- Nous pouvons aussi être des « brancardiers », à l’instar de ces hommes qui amènent à Jésus le paralytique et le font passer par le toit de la maison (Mc 2, 3-12 ; Mt 9, 2). N’hésitez pas à amener des personnes dans des lieux de prière de guérison. Nous pouvons commencer par cela.

Plus on voit, plus on est témoin, plus nous nous réjouissons et nous émerveillons, et plus notre foi grandit.

Certains diront : « Je n’ai pas besoin de voir pour croire. »

Croire sans voir, c’est une grâce de la foi ; nous pensons tous à Thomas, qui pourtant avait vu une multitude de miracles opérés par Jésus ; mais la résurrection, c’était plus difficile à croire…

« Parce que tu m’as vu, tu es convaincu ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu (Jn 20,29) » lui dit Jésus. C’est une béatitude qu’on pourrait ajouter à celles du sermon sur la montagne, une immense grâce.

Sommes nous meilleurs que Thomas ? cette grâce de la foi ne nous dispense pas d’être des témoins, de voir, de vivre les merveilles de Dieu et de les transmettre, d’entrer dans la joie, la jubilation. Au contraire, cette grâce de la foi nous pousse à la mettre en pratique.

« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ! » nous dit Jésus (Mt 10, 8).

Jésus a besoin de disciples. Et notre mission de disciples est de croire en la puissance de Dieu, de l’annoncer et de la pratiquer. Nous sommes tous appelés, et si nous répondons oui, c’est un monde nouveau qui s’ouvre devant nous, faisant l’œuvre du Christ, avec son Esprit ; Lui qui nous a promis qu’il est avec nous,

chaque jour, et jusqu’à la fin des temps !

Car si nous ne témoignons pas, qui le leur dira ?

« Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » dit Jésus à Marthe devant le tombeau de Lazare (Jn 11,40).

Oui, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu !

AMEN !

LA CRÉATION

Prédication J.Ph. Barde ERPL 23 novembre 2008

« Je crois en Dieu le Père, tout puissant créateur du ciel et de la terre. »

Ce Credo implique-t-il une responsabilité particulière de notre part, vis-à-vis de notre planète ?

Cette planète qui souffre : les pollutions se multiplient, avec leur cortège d’effets sur l’homme (cancers et autres maladies), sur la faune et la flore ; les espèces disparaissent à un rythme de 100 à 1000 fois supérieur au taux naturel ; le réchauffement climatique, maintenant incontestable, a déjà et aura des conséquences graves ; la désertification s’étend ; l’eau potable devient rare ; la pauvreté et les inégalités progressent etc.

Rassurez vous, j’en reste là avec cette évocation, au mieux inquiétante, au pire, apocalyptique.

En introduction à ce culte, je rappelais brièvement que, notamment sous l’impulsion du COE, les Chrétiens sont invités à méditer, agir et assumer leur responsabilité. En 1997, le 2ème rassemblement œcuménique de Graz, recommandait l’organisation d’un « temps liturgique pour la création » entre le 1er septembre et le 4 octobre. Onze ans déjà se sont écoulés ! Si cette recommandation rencontre un certain succès dans les pays scandinaves, en Allemagne, Autriche et Suisse, en France, à part nos amis alsaciens, nos Églises, notamment réformées, ne bougent guère.

C’est pourquoi, personnellement engagé dans ces questions à divers titres, j’ai proposé à notre pasteur de commencer, même si les dates ne coïncident pas, pour des raisons de calendrier paroissial. Ce culte est donc consacré au thème de la Création.

Une question se pose à nous, Chrétiens : la Bible nous dit-elle quelque chose sur cette question ? Quelle est notre responsabilité de Chrétiens face à ces défis ? Les Églises, nos Églises, ont-elle un rôle à jouer ?

L’AMOUR FOU DE DIEU

« Le Père, tout puissant créateur du ciel et de la terre ». Nous proclamons ainsi notre foi dans le Dieu créateur. Je le précise tout de suite : je ne suis pas un adepte des thèses «créationnistes » ou de « l’intelligent design » qui se développent actuellement aux États-Unis et même en Europe : créationnisme d’origine chrétienne, et plus récemment d’origine musulmane. Mais les textes bibliques sont une riche et puissante interpellation spirituelle dont j’essaierai ici de souligner certains aspects.

Les textes de la Genèse, dont nous avons lu quelques brefs extraits, nous décrivent cet acte de Dieu, acte créateur, mais aussi ordonnateur du « tohu bohu », c.à.d. du chaos initial. Lorsque l’acte créateur est achevé le sixième jour, nous dit le texte de la Genèse, Dieu exprime sa satisfaction : « Dieu vit alors tout ce qu’il avait fait : c’était très bon » (Gn 1, 31).

Dieu place l’homme et la femme dans ce jardin d’Eden « pour le cultiver et pour le garder » nous dit le texte de Gn2 ; et immédiatement, Il entre en relation avec l’homme auquel il confie la gérance et la responsabilité, la « lieutenance » (selon l’expression de J. Ellul), de cette création.

Il existe de nombreuses exégèses de ces textes de la Genèse, souvent très savantes et compliquées. Mais ce qu’il faut avant tout retenir, à mes yeux, c’est que cet acte créateur de Dieu est fondamentalement un acte d’amour :

• Dieu crée l’être humain (homme et femme) à son image : pourrons-nous jamais assez réaliser cela ?

• Dieu bénit l’homme et la femme.

• Enfin, il leur confie la terre « multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez la » (Gn 1, 28).

De cet acte d’amour doit, ou devrait, découler une relation d’amour. Cet acte créateur de Dieu instaure ainsi une relation triangulaire entre l’homme, Dieu et la création.

Mais, nous le savons bien, cette relation sera, et reste, faite d’une succession d’alliances et de ruptures.

Cette relation est tumultueuse, constamment contrariée par l'homme et le péché. La Bible narre les ruptures successives de l'alliance, plusieurs fois renouvelée par Dieu : alliance avec Adam, alliance noachique, alliance avec Abraham, nouvelle alliance en Jésus-Christ, le verbe fait chair. Cette alliance, plusieurs fois reprise (Dieu est patient…), revêt à la fois la dimension spirituelle essentielle de la relation de Dieu avec l’humanité, mais également la dimension cosmique d'une création en constant devenir.

Ceci se déroule par une interactivité entre, d’une part le dessein de Dieu pour la création, et d’autre part, la liberté souvent destructrice de l'homme. Mais liberté entièrement voulue et respectée par Dieu. On trouve peut-être ici le grand mystère du "Dieu puissamment faible de la Bible". Dieu créateur, certes tout puissant, mais aussi Dieu d’amour, de relation, de partage. Dieu, « tout puissant créateur », n’a pas besoin des hommes pour continuer son œuvre créatrice, mais par amour et par son désir de relation avec l’homme, il veut nous associer à son œuvre.

Cette relation Dieu-homme-création est donc dynamique, en devenir : elle se poursuit dans le temps.

L’acte créateur initial de Dieu se poursuit en collaboration avec l’homme dans un constant appel à la rédemption et à la conversion. Ainsi, la création n'est pas stabilité, mais dynamique.

Selon la théologie dite du « process », Dieu aurait un plan, un dessein pour la création, avec une sorte de partenariat entre Dieu et l’homme comme co-créateur d'un monde en devenir.

 

Dans une veine similaire, selon le théologien Jurgen MOLTMAN3, Dieu aurait le projet de venir lui-même habiter la création, afin d'y établir sa gloire (étymologiquement son "poids"). Car, répétons le, ce monde a été créé comme lieu d'amour, d'échange et de réciprocité.

Dans un même courant de pensée, le théologien Jean-Paul GABUS écrit que « …la création n’est pas seulement l’acte initial par lequel Dieu a formé le monde…mais un processus ou un procès qui se continue sans cesse jusqu’à ce que l’univers ait atteint le but qui lui a été assigné par Dieu 4». Ainsi, la création continue et J.P. Gabus évoque un Dieu, non seulement créateur, mais aussi « créant », qui poursuit son œuvre créatrice.

Et il évoque ainsi cet « amour fou de Dieu pour la création » (titre de son ouvrage), cet amour fou par lequel Dieu veut transfigurer l’homme et le cosmos.

La création, lieu d'échange entre les êtres (ce qui est écologiquement vérifié) serait donc encore inachevée. Dieu participerait de la sorte à ce processus historique dans le cadre le son alliance avec l'homme. Remarquons que cette théologie s'inscrit bien dans le cadre de la crise écologique actuelle : l'homme est à la fois cause de destruction de la nature et remède car il a la capacité aussi bien de détruire que de protéger la nature (partie de la création) et de la gérer en bon père de famille.

Mais il faut aller plus loin. Car cela signifie aussi qu’il y a combat spirituel. Un combat violent.

Le prophète Esaïe l’exprime avec force (Es 24):

« La terre est dans le deuil, épuisée, le monde épuisé dépérit, ils dépérissent, les gens de la terre.

La terre a été profanée
Par ses habitants ;
Car ils passaient outre aux lois…etc.

Il ne s’agit pas de sortir ces versets de leur contexte. Esaïe n’est pas un précurseur des écologistes. Mais ce texte exprime la dimension spirituelle de la relation entre l’homme et Dieu sur le théâtre même de la terre où nous vivons.

Et Paul, dans l’épître aux Romain 8, 18-22, évoque "…la création tout entière (qui) soupire et souffre des douleurs de l'enfantement."

NATURE ET CRÉATION

Il nous faut ici faire une mise en garde, éviter un contresens.

Le fait que la création soit le théâtre de la relation de l’homme avec Dieu, d’une rencontre spirituelle, mais également physique et matérielle, n’implique nullement que la nature, partie de cette Création, revête en soi une dimension sacrale.

L’homme n’adorera que Dieu. Que le Dieu de la Bible agisse dans la création, en collaboration avec l'homme, n’implique pas que la nature soit divine, contrairement à des conceptions romantiques ou aux religions panthéistes.

Dans le chapitre 1 de l’Épitre aux Romains, Paul dénonce l’impiété et condamne vigoureusement ceux “…qui ont changé la vérité de Dieu pour le mensonge et qui ont adoré la création, en lui rendant un culte, au lieu du Créateur, qui est béni pour toujours (Rm 1,25).”

Cette dynamique de la création, de la relation entre Dieu et les hommes, montre bien que la nature, loin d'être intouchable, immuable et sacrée, est en constant devenir, façonnée par l'homme.

Dès lors, il ne s’agit pas de préserver une nature sacrée, mais de retrouver une harmonie entre l’homme et la nature au sein d’une création voulue par Dieu et en alliance avec Lui.

Restons donc circonspects face à ces assimilations abusives ou des affirmations selon lesquelles il faudrait protéger la nature au motif de son caractère sacré ou divin. Car une nature « sacrée » peut devenir intouchable : Dieu ne nous interdit pas de modeler la nature, mais il nous demande de la gérer en bon père de famille, selon son projet d’amour pour l’humanité.

Une certaine forme de sacralisation de la nature, prônée par un conservationnisme ou naturalisme radical, risque de produire des effets dévastateurs. En effet, certains tenants de cette « deep ecology » écartent, en quelque sorte, l’homme au profit d’une « nature » inviolable : La déesse Gaïa5, superbe et intouchée sur laquelle l’homme devient, en quelque sorte superflu et intrus ! On entre en plein paganisme.

LA NOUVELLE CRÉATION

La création souffre : homme défiguré par le péché, la violence, la haine. Nature défigurée par une exploitation sans freins etc. Je ne reprendrai pas ici la triste litanie de nos refus d’obéissance à Dieu.

Mais nous avons une espérance, en fait déjà réalisée : Jésus le Christ. Paul le dit bien dans Rm 8, 19-23 : « Car la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Livrée au pouvoir du néant, non de son propre gré, mais par l’autorité de celui qui l’a livrée, elle garde espérance. Car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet : la création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement.» (TOB)

C’est un texte complexe : La création, selon la TOB, « livrée au néant » ou « soumise à la vanité ». En tous cas, la Création défigurée par l’homme qui l’utilise contre la volonté de Dieu.

 

Or notre espérance, notre foi chrétienne, sont dans le Christ, par qui advient une nouvelle Création, le règne de Dieu dans l’univers. Cette nouvelle Création nous est offerte en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nos péchés, en qui toutes choses ont été créées.

Car, comme le dit Paul : « Il est l’image du Dieu invisible, le premier né de toute création ; car c’est en Lui que tout a été créé, dans les cieux et sur la terre…(Col 1, 15-16) ».

Ainsi, notre « partenariat » avec le Dieu créateur et « créant » prend une nouvelle dimension avec la nouvelle alliance en Christ. « L’amour fou » de Dieu atteint son paroxysme avec le don de son Fils, parole faite chair.

Nous devons résolument participer à cette nouvelle création qui advient en Christ, avec la force du Saint-Esprit qu’il nous a envoyé à la Pentecôte.

Nous sommes lieutenants de la création qui nous a été confiée par Dieu. Mais en plus, nous sommes au bénéfice de la grâce et de l’amour en Christ.

Dès lors, notre responsabilité de Chrétiens vis-à-vis de la Création, dépasse infiniment l’éthique de la conservation, de la bonne gestion, de la transmission à nos enfants d’une planète non dégradée, aussi importante et digne d’être respectée que soit cette éthique. Car nous sommes partenaires avec Dieu de l’avènement des nouveaux cieux et de la nouvelle terre, dont nous parle le texte de l’Apocalypse.

Je cite J.P. Gabus :

« Au septième jour, la création initiale est donc bien achevée, mais à partir du septième jour, Dieu continue à agir comme un Dieu créateur et libérateur, en vue de faire advenir le huitième jour, ce jour où Il sera lui-même tout en tous. Mais pour que ces temps nouveaux adviennent et que son ouvrage tout entier soit accompli, il faut qu’il attende encore la réponse libre et aimante de sa créature la plus achevée, celle qu’il a créée à son image :

l’être humain. Et pour obtenir cette réponse, Dieu acceptera de se livrer totalement à nous dans son Fils, jusqu’à le laisser mourir sur la croix du Golgotha. Tel est l’amour fou de Dieu pour sa création6 ». (Fin de citation)

Alors sachons accueillir cet amour fou de Dieu dans nos vases d’argile et laissons nous façonner par Lui.

Avec reconnaissance, sachons cultiver, préserver et transmettre ce don de la Création, de la nouvelle Création : non pas une nature sacralisée ou divinisée, mais cette Création tout entière, homme, nature et cosmos dans ce dessein d’amour de notre Dieu tout puissant créateur.

C’est cela notre responsabilité, mais aussi notre grâce et notre privilège en Jésus-Christ.

AMEN