|
Ex 15, 26 - Ps 103 - Lc 4, 16-21 Prédication J.Ph. Barde ERPL 28
février 2010
Frères et sœurs, si je vous propose
ces trois textes, pour la méditation de ce jour,c’est parce qu’ils représentent
pour moi, avec la résurrection du Christ, le cœurmême du message biblique, de l’évangile
du Christ.
Je voudrais, brièvement, relever
avec vous trois aspects de ce message. 1. D’abord, c’est, le message essentiel,
central que Dieu adresse à son peuple, à chacun d’entre nous, un message
de libération totale, spirituelle, psychique, physique. Message qui est la bonne
nouvelle de l’évangile, message de libération, message de l’amour et de la miséricorde
de Dieu, pour chacun, pour toujours, ici et maintenant.
2. Un message, qui traverse la
bible tout entière, avec constance et insistance.
Et qui traverse toute l’histoire du
christianisme, depuis les actes des apôtres.
3. Un message que nous devons non
seulement pleinement nous approprier pour nous même ; mais que nous devons
également annoncer à temps et à contretemps et mettre en pratique.
Reprenons ces textes. Dans Ex 15, 26 : « C’est moi le
Seigneur YHWH qui te guérit » (Yawhé Rafa). Dans le Psaume 103, bien connu
: « C’est lui qui pardonne toutes tes fautes, qui
guérit toutes tes maladies ». Enfin, Luc 4, Jésus dans le temple,
lit le texte du prophète Ésaïe au chapitre 61 :
« l’Esprit du Seigneur est sur
moi, parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la bonne nouvelle
aux pauvres ; (panser ceux qui ont le cœur brisé
– Es 61) il m’a envoyé pour proclamer aux
captifs la délivrance, et aux aveugles le retour à la
vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour proclamer une année d’accueil
de la part du Seigneur. »
Remarquons d’abord – c’est essentiel
- que Jésus se rend à la synagogue pour faire cette annonce fondatrice, après
avoir reçu l’onction de l’Esprit Saint, après avoir
été tenté au désert et triomphé
de Satan. Arrêtons nous un peu sur ceci : Comment, pourquoi Jésus, Fils de
Dieu, a-t-il besoin de recevoir cette onction de
l’Esprit Saint, d’être soumis à
la tentation ? La réponse est simple et lumineuse
à la fois : Jésus a totalement épousé notre
condition humaine, jusqu’à la mort sur la croix.
Il ne se prévaut d’aucune prérogative
divine. Jésus, donc, se dépouille de tout, il va
se faire baptiser par Jean le Baptiseur,
il reçoit l’onction, l’effusion de l’Esprit Saint,
puis est soumis au jeûne, à la
tentation, au combat spirituel. Ce don total est magnifiquement
résumé par Paul (Ph2, 6) : « Lui qui était vraiment divin,
ne s’est pas prévalu d’un rang d’égalité avec Dieu,
mais il s’est vidé de lui-même, en se
faisant esclave, en devenant semblable aux humains ; reconnu à son aspect
comme humain, il s’est abaissé lui même, en devenant obéissant jusqu’à la mort,
la mort sur la croix. »
Jésus se met dans la totale dépendance
du Père. Frères et sœurs, n’est-ce pas là notre lot commun de Chrétien ?
C’est donc pleinement équipé, revêtu
de l’onction, que Jésus va commencer son ministère qu’il annonce et définit
à partir d’Ésaïe 61.
Lorsque l’on lit les évangiles,
on est frappé de constater que Jésus a passé le
plus clair de son temps à prêcher, guérir
les malades, chasser les démons, montrant par là que la Parole de Dieu est agissante
jusqu’au plus profond de notre être.
Cette Parole est en soi, guérison
et libération : ce n’est pas une morale, de bons
sentiments, un « ça ira mieux demain,
ou après ma mort… ». C’est une totale incarnation dans nos vies, maintenant,
tout de suite. Comme le dit Paul, c’est « une puissance ».
Savez-vous ce que signifie en Hébreu
le nom de JÉSUS ? « Dieu sauve ». Christ incarne, manifeste, atteste ce
que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob n’avait
cessé de proclamer : « Je suis le Seigneur ton Dieu
qui t’a libéré de l’esclavage ».
« C’est moi le Seigneur YHWH qui
te guérit. (Ex 15, 26)» « C’est lui qui guérit toutes tes
maladies (Ps 103)».
Frères et sœurs, ceci n’est pas
une belle histoire ancienne, une fable ou des symboles, comme voudraient le faire
croire certains. La puissance de l’amour et de la parole de Dieu n’ont jamais
cessé, n’ont jamais fait défaut . Elle est vérité
et vie aujourd’hui, pour chacun d’entre
nous. Dieu est fidèle.
Or cette puissance de vie, nous
sommes tous appelés à en vivre, à la mettre en pratique, à la transmettre.
Que nous dit le texte de Luc 4
/ Es 61 : Annoncer la bonne nouvelle : de
quoi ? du Royaume de Dieu, de la Parole qui relève, qui guérit et qui sauve
(même mot en Grec).
La bonne nouvelle à qui ? Aux pauvres,
c’est à dire à ceux qui ont en eux l’espace pour recevoir : c’est ce que dit
la béatitude : « Heureux les pauvres en Esprit…
»
Annoncer la bonne nouvelle, c’est
notre ardente obligation. Je me réjouis de voir
des Églises se réveiller, face à l’urgence
de cette mission ; je me réjouis de voir des communautés nouvelles, des mouvements
du renouveau parcourir notre pays et le monde, proclamer cette parole avec
les signes qui l’accompagnent ; je me réjouis de
voir notre paroisse déployer cette
ardente obligation d’évangélisation, par exemple,
avec les parcours Alpha, les groupes
bibliques etc.
C’est notre ministère à chacun
; mais il faut aller encore plus loin. Ne soyons pas timides, ni timorés.
Ne craignons pas d’annoncer la Parole, de prier
pour les malades : Jésus lui-même
nous ordonne de le faire, en son nom, par son nom puissant. Il nous envoie, il
nous donne l’autorité.
Le texte d’Esaïe, cité dans Luc
4 insiste : Délivrer les captifs…captifs de
quoi ? De la maladie, des mauvais esprits, du péché…
Le recouvrement de la vue… des
aveugles, physiques, bien sûr, mais aussi spirituels.
Renvoyer libres les opprimés… certes,
opprimés par les hommes, mais aussi par le péché, par la maladie...
Ce message d’amour, de guérison,
de libération se retrouve dans toute la bible. On
pourrait citer de très nombreux
exemples. Rappelons simplement le Psaume 103 qui
est en résonance frappante avec
ces textes d’Esaïe 61 et Luc 4. C’est lui qui pardonne toutes tes
fautes (le pardon est guérison), Qui guérit toutes tes maladies,
Qui reprend ta vie à la fosse…
Il défend le droit de tous les
opprimés… En introduisant cette prédication,
je disais aussi que ce message d’amour et de puissance traversait toute l’histoire
du christianisme.
Car Dieu n’a jamais cessé de guérir,
de libérer,de consoler. Dans le premier Testament, dans les évangiles,
les actes des apôtres. Dans toute l’histoire de
l’Église ; et cela continue.
Mais que faut-il entendre par libération
et guérison ?
Il y a, bien entendu, la guérison
des maladies physiques ; mais il y a aussi la guérison de nos maladies intérieures,
psychologiques, blessures d’enfance, traumatismes, blessures intérieures
infligées par des paroles négatives, haine, absence de pardon ; ce n’est pas
pour rien que de nombreux psychiatres et psychanalystes ont analysé le pouvoir
de guérison et de libération de la bible (Marie
Balmary, Simone Pacot…). Guérison aussi par les pardons
donnés et reçus ; par la confession de nos péchés et le pardon de Dieu.
Nous sommes une humanité blessée
et malade ; il suffit de regarder autour de nous,
et d’écouter nos frères et sœurs.
Dieu veut guérir et sauver cette humanité blessée
; « Je ne suis pas venu pour les
bien portants, mais pour les malades» nous dit le
Christ. Nous sommes corps, âme
et esprit : Dieu veut guérir toute notre personne.
Pendant longtemps, je n’imaginais
pas que l’on soit envoyé pour prier pour les malades ; encore moins que de telles
guérisons puissent avoir lieu de nos jours. Et il
m’a fallu du temps pour m’enhardir
à prier moi-même pour la guérison. J’ai aussi prié
pour des malades qui n’ont pas
été guéris. Cela ne m’appartient pas ; je me contente
d’obéir, de prier.
Mais je fais désormais souvent
l’expérience de contextes variés où les Chrétiens
prient pour les malades et où des
guérisons et délivrances se produisent.
Certains d’entre vous ont pu voir
récemment le ministère de guérison du pasteur Patrick Fontaine lors de la soirée
œcuménique du 23 janvier à St Sulpice, à l’occasion de la semaine de prière
pour l’unité des Chrétiens. Il y a eu des témoignages de guérisons sur place
; d’autres nous parviennent encore. Pour autant, Il ne faut pas toujours
guetter le prodige. La foi n’exclut en aucune manière
l’action de l’homme, de la médecine et de la science. L’intelligence dont Dieu
nous a dotés permet bien entendu la guérison. Dieu
se sert de la médecine. Dieu guérit
avec la coopération des médecins, des infirmières et de tout le corps
médical. Prier pour les malades n’exclut surtout
pas le recours à la médecine. Dieu bénisse
les médecins !
Cela n’empêche pas que le Christ
nous envoie et nous équipe : "Voici les miracles qui accompagneront
ceux qui auront cru ; ils chasseront les démons en mon nom ; ils parleront
des langues nouvelles ; (ils prendront des serpents dans leurs mains ; quand
ils auront bu quelques breuvages mortels, il ne
leur fera point de mal) ; ils imposeront
les mains aux malades et ceux-ci seront guéris" (Mc16,17-20).
Nous sommes tous appelés à suivre
Jésus, à être ses disciples !
Jésus se sert d'êtres humains faibles
et imparfaits : regardez les disciples qu’il avait
choisis : des pauvres, des faibles,
des peureux, des filous… De même, il veut se servir de nous. Paul nous dit que
Christ a choisi ce qu’il y a de fou et de faible
dans le monde pour confondre les forts.
C’est valable pour nous !
N’ayons donc pas peur et sachons
bien cela : Jésus n’envoie pas des personnes qualifiées, il qualifie ceux qu’il
envoie.
Il nous faut alors nous placer
dans une complète confiance et dépendance de Dieu.
Je soulignais qu’avant de commencer
son ministère, Jésus avait reçu l’onction de l’Esprit Saint. Il nous faut de
même recevoir cette onction. Ce n’est pas un privilège
pour des « super saints », c’est
pour chacun. Jésus nous a promis ce défenseur, ce
Paraclet (relisez Jn14 et 16).
Ne craignons pas de demander au Père, chaque jour,
la force de son Esprit Saint. Soyons
d’insatiables mendiants de l’Esprit-Saint.
Et Jésus nous dit (Lc 11,13) :
« Si donc vous, tout mauvais que vous êtes, vous
savez donner de bonnes choses à
vos enfants, à combien plus forte raison le Père
céleste donnera-t-il l’Esprit saint
à ceux qui le demandent ! »
Il y a une totale cohérence dans
les évangiles : Dieu envoie, Dieu équipe, Dieu guérit, Dieu sauve. Plus je lis
la Bible, plus je vois la puissance de Dieu et l’œuvre
de l’Esprit et plus je suis percuté
par la constance et la totale cohérence de l’œuvre
de Dieu. Plus je vois, plus je crois,
et plus je comprends. Alors n’ayons aucune crainte
: soyons des canaux de la grâce.
Cela ne dépend pas de nous ; c’est
Dieu qui agit à travers nous, par son Esprit Saint. Nous n’avons aucun pouvoir,
aucun mérite ; tout est grâce et puissance de Dieu seul. Mais le Seigneur passe
par nous, il a besoin de nous.
Nous ne sommes que des canaux,
des « tuyaux » par lesquels peut s’écouler la grâce et la vie ; c’est l’Esprit
qui passe et qui agit ; nous ne sommes rien, mais
des « riens » que Dieu utilise. Peu
importe que les tuyaux que nous sommes soient en
fer en cuivre ou en PVC : l’important,
c’est qu’ils ne soient pas bouchés.
- Nous pouvons aussi être des «
brancardiers », à l’instar de ces hommes qui amènent à Jésus le paralytique
et le font passer par le toit de la maison (Mc 2,
3-12 ; Mt 9, 2). N’hésitez pas à amener
des personnes dans des lieux de prière de guérison. Nous pouvons commencer
par cela.
Plus on voit, plus on est témoin,
plus nous nous réjouissons et nous émerveillons,
et plus notre foi grandit.
Certains diront : « Je n’ai pas
besoin de voir pour croire. »
Croire sans voir, c’est une grâce
de la foi ; nous pensons tous à Thomas, qui pourtant avait vu une multitude
de miracles opérés par Jésus ; mais la résurrection,
c’était plus difficile à croire…
« Parce que tu m’as vu, tu es convaincu
? Heureux ceux qui croient sans avoir vu (Jn 20,29) » lui dit Jésus. C’est une
béatitude qu’on pourrait ajouter à celles du sermon
sur la montagne, une immense grâce.
Sommes nous meilleurs que Thomas
? cette grâce de la foi ne nous dispense pas d’être des témoins, de voir, de
vivre les merveilles de Dieu et de les transmettre,
d’entrer dans la joie, la jubilation.
Au contraire, cette grâce de la foi nous pousse
à la mettre en pratique.
« Vous avez reçu gratuitement,
donnez gratuitement ! » nous dit Jésus (Mt 10, 8).
Jésus a besoin de disciples. Et
notre mission de disciples est de croire en la puissance de Dieu, de l’annoncer
et de la pratiquer. Nous sommes tous appelés, et
si nous répondons oui, c’est un
monde nouveau qui s’ouvre devant nous, faisant l’œuvre du Christ, avec son Esprit
; Lui qui nous a promis qu’il est avec nous,
chaque jour, et jusqu’à la fin
des temps !
Car si nous ne témoignons pas,
qui le leur dira ?
« Ne t’ai-je pas dit que si tu
crois, tu verras la gloire de Dieu ? » dit Jésus
à Marthe devant le tombeau de Lazare (Jn
11,40).
Oui, si tu crois, tu verras la
gloire de Dieu !
AMEN !
LA CRÉATION
Prédication J.Ph. Barde ERPL 23
novembre 2008
« Je crois en Dieu le Père, tout
puissant créateur du ciel et de la terre. »
Ce Credo implique-t-il une responsabilité
particulière de notre part, vis-à-vis de notre planète
?
Cette planète qui souffre : les
pollutions se multiplient, avec leur cortège d’effets
sur l’homme (cancers et autres maladies), sur la
faune et la flore ; les espèces disparaissent à
un rythme de 100 à 1000 fois supérieur au taux naturel
; le réchauffement climatique, maintenant incontestable,
a déjà et aura des conséquences graves ; la désertification
s’étend ; l’eau potable devient rare ; la pauvreté
et les inégalités progressent etc.
Rassurez vous, j’en reste là avec
cette évocation, au mieux inquiétante, au pire,
apocalyptique.
En introduction à ce culte, je
rappelais brièvement que, notamment sous l’impulsion
du COE, les Chrétiens sont invités à méditer, agir
et assumer leur responsabilité. En 1997, le 2ème
rassemblement œcuménique de Graz, recommandait l’organisation
d’un « temps liturgique pour la création » entre
le 1er septembre et le 4 octobre. Onze ans déjà
se sont écoulés ! Si cette recommandation rencontre
un certain succès dans les pays scandinaves, en
Allemagne, Autriche et Suisse, en France, à part
nos amis alsaciens, nos Églises, notamment réformées,
ne bougent guère.
C’est pourquoi, personnellement
engagé dans ces questions à divers titres, j’ai
proposé à notre pasteur de commencer, même si les
dates ne coïncident pas, pour des raisons de calendrier
paroissial. Ce culte est donc consacré au thème
de la Création.
Une question se pose à nous, Chrétiens
: la Bible nous dit-elle quelque chose sur cette
question ? Quelle est notre responsabilité de Chrétiens
face à ces défis ? Les Églises, nos Églises, ont-elle
un rôle à jouer ?
L’AMOUR FOU DE DIEU
« Le Père, tout puissant créateur
du ciel et de la terre ». Nous proclamons ainsi
notre foi dans le Dieu créateur. Je le précise tout
de suite : je ne suis pas un adepte des thèses «créationnistes
» ou de « l’intelligent design » qui se développent
actuellement aux États-Unis et même en Europe :
créationnisme d’origine chrétienne, et plus récemment
d’origine musulmane. Mais les textes bibliques sont
une riche et puissante interpellation spirituelle
dont j’essaierai ici de souligner certains aspects.
Les textes de la Genèse, dont nous
avons lu quelques brefs extraits, nous décrivent
cet acte de Dieu, acte créateur, mais aussi ordonnateur
du « tohu bohu », c.à.d. du chaos initial. Lorsque
l’acte créateur est achevé le sixième jour, nous
dit le texte de la Genèse, Dieu exprime sa satisfaction
: « Dieu vit alors tout ce qu’il avait fait : c’était
très bon » (Gn 1, 31).
Dieu place l’homme et la femme
dans ce jardin d’Eden « pour le cultiver et pour
le garder » nous dit le texte de Gn2 ; et immédiatement,
Il entre en relation avec l’homme auquel il confie
la gérance et la responsabilité, la « lieutenance
» (selon l’expression de J. Ellul), de cette création.
Il existe de nombreuses exégèses
de ces textes de la Genèse, souvent très savantes
et compliquées. Mais ce qu’il faut avant tout retenir,
à mes yeux, c’est que cet acte créateur de Dieu
est fondamentalement un acte d’amour :
• Dieu crée l’être humain (homme
et femme) à son image : pourrons-nous jamais assez
réaliser cela ?
• Dieu bénit l’homme et la femme.
• Enfin, il leur confie la terre
« multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez
la » (Gn 1, 28).
De cet acte d’amour doit, ou devrait,
découler une relation d’amour. Cet acte créateur
de Dieu instaure ainsi une relation triangulaire
entre l’homme, Dieu et la création.
Mais, nous le savons bien, cette
relation sera, et reste, faite d’une succession
d’alliances et de ruptures.
Cette relation est tumultueuse,
constamment contrariée par l'homme et le péché.
La Bible narre les ruptures successives de l'alliance,
plusieurs fois renouvelée par Dieu : alliance avec
Adam, alliance noachique, alliance avec Abraham,
nouvelle alliance en Jésus-Christ, le verbe fait
chair. Cette alliance, plusieurs fois reprise (Dieu
est patient…), revêt à la fois la dimension spirituelle
essentielle de la relation de Dieu avec l’humanité,
mais également la dimension cosmique d'une création
en constant devenir.
Ceci se déroule par une interactivité
entre, d’une part le dessein de Dieu pour la création,
et d’autre part, la liberté souvent destructrice
de l'homme. Mais liberté entièrement voulue et respectée
par Dieu. On trouve peut-être ici le grand mystère
du "Dieu puissamment faible de la Bible".
Dieu créateur, certes tout puissant, mais aussi
Dieu d’amour, de relation, de partage. Dieu, « tout
puissant créateur », n’a pas besoin des hommes pour
continuer son œuvre créatrice, mais par amour et
par son désir de relation avec l’homme, il veut
nous associer à son œuvre.
Cette relation Dieu-homme-création
est donc dynamique, en devenir : elle se poursuit
dans le temps.
L’acte créateur initial de Dieu
se poursuit en collaboration avec l’homme dans un
constant appel à la rédemption et à la conversion.
Ainsi, la création n'est pas stabilité, mais dynamique.
Selon la théologie dite du « process
», Dieu aurait un plan, un dessein pour la création,
avec une sorte de partenariat entre Dieu et l’homme
comme co-créateur d'un monde en devenir.
Dans une veine similaire, selon
le théologien Jurgen MOLTMAN3, Dieu aurait le projet
de venir lui-même habiter la création, afin d'y
établir sa gloire (étymologiquement son "poids").
Car, répétons le, ce monde a été créé comme lieu
d'amour, d'échange et de réciprocité.
Dans un même courant de pensée,
le théologien Jean-Paul GABUS écrit que « …la création
n’est pas seulement l’acte initial par lequel Dieu
a formé le monde…mais un processus ou un procès
qui se continue sans cesse jusqu’à ce que l’univers
ait atteint le but qui lui a été assigné par Dieu
4». Ainsi, la création continue et J.P. Gabus évoque
un Dieu, non seulement créateur, mais aussi « créant
», qui poursuit son œuvre créatrice.
Et il évoque ainsi cet « amour
fou de Dieu pour la création » (titre de son ouvrage),
cet amour fou par lequel Dieu veut transfigurer
l’homme et le cosmos.
La création, lieu d'échange entre
les êtres (ce qui est écologiquement vérifié) serait
donc encore inachevée. Dieu participerait de la
sorte à ce processus historique dans le cadre le
son alliance avec l'homme. Remarquons que cette
théologie s'inscrit bien dans le cadre de la crise
écologique actuelle : l'homme est à la fois cause
de destruction de la nature et remède car il a la
capacité aussi bien de détruire que de protéger
la nature (partie de la création) et de la gérer
en bon père de famille.
Mais il faut aller plus loin. Car
cela signifie aussi qu’il y a combat spirituel.
Un combat violent.
Le prophète Esaïe l’exprime avec
force (Es 24):
« La terre est dans le deuil, épuisée,
le monde épuisé dépérit, ils dépérissent, les gens
de la terre.
La terre a été profanée Par
ses habitants ; Car ils passaient outre aux lois…etc.
Il ne s’agit pas de sortir ces
versets de leur contexte. Esaïe n’est pas un précurseur
des écologistes. Mais ce texte exprime la dimension
spirituelle de la relation entre l’homme et Dieu
sur le théâtre même de la terre où nous vivons.
Et Paul, dans l’épître aux Romain
8, 18-22, évoque "…la création tout entière
(qui) soupire et souffre des douleurs de l'enfantement."
NATURE ET CRÉATION
Il nous faut ici faire une mise
en garde, éviter un contresens.
Le fait que la création soit le
théâtre de la relation de l’homme avec Dieu, d’une
rencontre spirituelle, mais également physique et
matérielle, n’implique nullement que la nature,
partie de cette Création, revête en soi une dimension
sacrale.
L’homme n’adorera que Dieu. Que
le Dieu de la Bible agisse dans la création, en
collaboration avec l'homme, n’implique pas que la
nature soit divine, contrairement à des conceptions
romantiques ou aux religions panthéistes.
Dans le chapitre 1 de l’Épitre
aux Romains, Paul dénonce l’impiété et condamne
vigoureusement ceux “…qui ont changé la vérité de
Dieu pour le mensonge et qui ont adoré la création,
en lui rendant un culte, au lieu du Créateur, qui
est béni pour toujours (Rm 1,25).”
Cette dynamique de la création,
de la relation entre Dieu et les hommes, montre
bien que la nature, loin d'être intouchable, immuable
et sacrée, est en constant devenir, façonnée par
l'homme.
Dès lors, il ne s’agit pas de préserver
une nature sacrée, mais de retrouver une harmonie
entre l’homme et la nature au sein d’une création
voulue par Dieu et en alliance avec Lui.
Restons donc circonspects face
à ces assimilations abusives ou des affirmations
selon lesquelles il faudrait protéger la nature
au motif de son caractère sacré ou divin. Car une
nature « sacrée » peut devenir intouchable : Dieu
ne nous interdit pas de modeler la nature, mais
il nous demande de la gérer en bon père de famille,
selon son projet d’amour pour l’humanité.
Une certaine forme de sacralisation
de la nature, prônée par un conservationnisme ou
naturalisme radical, risque de produire des effets
dévastateurs. En effet, certains tenants de cette
« deep ecology » écartent, en quelque sorte, l’homme
au profit d’une « nature » inviolable : La déesse
Gaïa5, superbe et intouchée sur laquelle l’homme
devient, en quelque sorte superflu et intrus ! On
entre en plein paganisme.
LA NOUVELLE CRÉATION
La création souffre : homme défiguré
par le péché, la violence, la haine. Nature défigurée
par une exploitation sans freins etc. Je ne reprendrai
pas ici la triste litanie de nos refus d’obéissance
à Dieu.
Mais nous avons une espérance,
en fait déjà réalisée : Jésus le Christ. Paul le
dit bien dans Rm 8, 19-23 : « Car la création attend
avec impatience la révélation des fils de Dieu.
Livrée au pouvoir du néant, non de son propre gré,
mais par l’autorité de celui qui l’a livrée, elle
garde espérance. Car elle aussi sera libérée de
l’esclavage de la corruption, pour avoir part à
la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. Nous
le savons en effet : la création tout entière gémit
maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement.»
(TOB)
C’est un texte complexe : La création,
selon la TOB, « livrée au néant » ou « soumise à
la vanité ». En tous cas, la Création défigurée
par l’homme qui l’utilise contre la volonté de Dieu.
Or notre espérance, notre foi chrétienne,
sont dans le Christ, par qui advient une nouvelle
Création, le règne de Dieu dans l’univers. Cette
nouvelle Création nous est offerte en Jésus-Christ,
mort et ressuscité pour nos péchés, en qui toutes
choses ont été créées.
Car, comme le dit Paul : « Il est
l’image du Dieu invisible, le premier né de toute
création ; car c’est en Lui que tout a été créé,
dans les cieux et sur la terre…(Col 1, 15-16) ».
Ainsi, notre « partenariat » avec
le Dieu créateur et « créant » prend une nouvelle
dimension avec la nouvelle alliance en Christ. «
L’amour fou » de Dieu atteint son paroxysme avec
le don de son Fils, parole faite chair.
Nous devons résolument participer
à cette nouvelle création qui advient en Christ,
avec la force du Saint-Esprit qu’il nous a envoyé
à la Pentecôte.
Nous sommes lieutenants de la création
qui nous a été confiée par Dieu. Mais en plus, nous
sommes au bénéfice de la grâce et de l’amour en
Christ.
Dès lors, notre responsabilité
de Chrétiens vis-à-vis de la Création, dépasse infiniment
l’éthique de la conservation, de la bonne gestion,
de la transmission à nos enfants d’une planète non
dégradée, aussi importante et digne d’être respectée
que soit cette éthique. Car nous sommes partenaires
avec Dieu de l’avènement des nouveaux cieux et de
la nouvelle terre, dont nous parle le texte de l’Apocalypse.
Je cite J.P. Gabus :
« Au septième jour, la création
initiale est donc bien achevée, mais à partir du
septième jour, Dieu continue à agir comme un Dieu
créateur et libérateur, en vue de faire advenir
le huitième jour, ce jour où Il sera lui-même tout
en tous. Mais pour que ces temps nouveaux adviennent
et que son ouvrage tout entier soit accompli, il
faut qu’il attende encore la réponse libre et aimante
de sa créature la plus achevée, celle qu’il a créée
à son image :
l’être humain. Et pour obtenir
cette réponse, Dieu acceptera de se livrer totalement
à nous dans son Fils, jusqu’à le laisser mourir
sur la croix du Golgotha. Tel est l’amour fou de
Dieu pour sa création6 ». (Fin de citation)
Alors sachons accueillir cet amour
fou de Dieu dans nos vases d’argile et laissons
nous façonner par Lui.
Avec reconnaissance, sachons cultiver,
préserver et transmettre ce don de la Création,
de la nouvelle Création : non pas une nature sacralisée
ou divinisée, mais cette Création tout entière,
homme, nature et cosmos dans ce dessein d’amour
de notre Dieu tout puissant créateur.
C’est cela notre responsabilité,
mais aussi notre grâce et notre privilège en Jésus-Christ.
AMEN
|