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Tu
n'auras pas d'autre Dieu que moi
Dimanche 10 janvier 2010. Jean-Paul Morley
Lectures : Ex
20 : 1.3 Psaume 119 : 1-2, 97-98, 105, 127 Marc
12 : 28-31
Tu
n’auras pas d’autre Dieu que moi ;
Tu
ne te feras pas d’idoles ;
Tu
ne prendras pas en vain le nom de Dieu ;
Tu
respecteras le sabbat ;
Honore
ton père et ta mère ;
Tu
ne tueras pas ;
Tu
ne commettras pas d’adultère ;
Tu
ne voleras pas ;
Tu
ne feras pas de faux témoignage ;
Tu
ne convoiteras pas…
Tu es libre !
Voilà comment commence la Loi de
Dieu. Quel paradoxe ! La Loi ne commence pas par
t’interdire ni te donner un ordre, mais par affirmer
que tu es libre !
Relisons pour être sûrs, dans le
livre de l’Exode :
« Voici les paroles que Dieu adressa
à Israël :
Je suis le Seigneur ton Dieu, c’est
moi qui t’ai fait sortir d’Egypte, où tu étais esclave…
Tu n’auras pas d’autre Dieu que
moi »
Nous sommes dans le désert du Sinaï,
juste après la sortie d’Egypte et de l’esclavage
envers Pharaon. Et le Seigneur semble n’avoir rien
de plus important à dire à Israël, avant de lui
dicter sa Loi, que de lui rappeler qu’il était esclave.
Et que maintenant il est libre.
Car c’est seulement parce que tu
es libre que tu peux entendre une Loi... Il en est
de même pour chacun de nous personnellement : c’est
la foi, elle seule, qui nous rend libres. En nous
faisant prendre conscience que nous sommes aimés
sans condition, la foi nous libère deux fois : d’abord
de la fausseté des rôles et des apparences, de l’hypocrisie
et des mensonges – ceux que l’on se fait à soi-même
et ceux que l’on fait à autrui. Et elle nous libère
de la convoitise d’être ou de posséder autre chose
que ce que nous sommes ou ce que nous avons.
Le Décalogue nous apostrophe donc,
en nous disant “tu” : toi, Israël, et toi aussi
qui écoute aujourd’hui. Et il commence par nous
rappeler d’où nous venons : “Tu étais esclave, esclave
d’un pouvoir oppressif en Egypte, ou esclave intérieurement
de tes propres illusions et de tes faux dieux, c’est-à-dire
esclave de toi-même, de tes passions, de tes faiblesses,
de ton orgueil et de tes lâchetés…”
Qu’on lise ce préambule de façon
historique et politique, ou qu’on le lise de façon
spirituelle, il commence par appuyer là où ça fait
mal, en nous rappelant douloureusement notre état
naturel :
Qu’étais tu ? Esclave ! Qu’es-tu
aujourd’hui ? Libre !
Mais c’est un don de Dieu : “C’est
moi qui t’ai fait sortir d’Egypte ; c’est moi qui
t’aime malgré toi.”
Et c’est justement parce que tu
es libre que tu peux obéir – sinon il ne s’agirait
que de soumission, de contrainte et de nouvelle
servitude. Puisque c’est la liberté qui permet l’obéissance,
tandis que la contrainte ne produit que la soumission.
Parce que tu es libre, et seulement parce que tu
es libre, tu peux obéir librement, par choix, par
volonté. C’est-à-dire en être humain : parce que
tu sais que c’est juste et bon, parce que tu le
veux, parce que tu reconnais l’existence de réalités
plus importantes que toi, parce que tu reconnais
qu’autrui et la communauté humaine ont plus de prix
que toi…
C’est cela être humain.
L’appel de Dieu à une obéissance
libre et volontaire, une obéissance uniquement d’adhésion,
est tellement vrai que les dix Commandements… ne
sont pas des commandements, mais des Paroles, des
invitations.
L’hébreu ne manque pourtant pas
plus que le français, de termes pour dire commandement,
prescription, ordre, règle, loi ou ordonnance, mais
ici il n’emploie aucun d’eux. Il dit simplement
“Parole”. Et l’hébreu sait qu’une parole est déjà
un acte, puisqu’il emploie le même mot pour l’une
et l’autre ; il sait aussi qu’une parole peut être
créatrice, comme celle de Dieu à la Création, puisque
Dieu dit …et la lumière fut.
De même, lorsque nous parlons de
la Loi de Dieu ou de la Loi de Moïse, la Thora contenue
dans le Pentateuque , en réalité nous trahissons
un peu la Bible et l’hébreu. Parce que le mot Thora
ne signifie pas ‘loi’, mais ‘enseignement’. La thora,
ce n’est pas la Loi de Dieu, c’est l’enseignement
de Dieu. Quelle différence ? La liberté justement.
L’enseignement ne commande pas
: il montre ce qui est vrai, juste et bon ; il montre
comment vivre d’une façon juste, bonne et heureuse,
et il invite à le suivre ; l’enseignement ne peut
donc s’adresser qu’à des individus libres.
Ultime indice : les dix commandements,
pardon, les dix Paroles, ne sont pas des ordres
qui seraient à l’impératif, mais simplement des
futurs, à l’indicatif :
Non pas : “ N’aies pas d’autre
Dieu, ne vole pas” ; mais : “ Tu n’auras pas d’autre
Dieu, tu ne voleras pas…”
Autrement dit : “ Parce que tu
es libre, et si tu veux rester libre, alors tu n’auras
pas, tu ne feras pas…”
Non pas : “ tu dois’’, mais : ‘’tu
peux”.
Tu peux, tu as la capacité et tu
as le droit de rester libre, en écoutant les invitations
que voici, en écoutant ces instructions dont le
seul but n’est pas de plaire à Dieu, mais de te
permettre de rester libre vis-à-vis de toi-même,
et fraternel vis-à-vis de tes semblables. Dieu ne
te les propose pas pour Lui, mais pour toi. Ces
paroles sont beaucoup mieux que des commandements,
beaucoup plus créatrices que des commandements :
elles sont créatrices de liberté.
Et c’est justement aussi parce
que tu es libre que tu as besoin d’un mode d’emploi
pour ne pas t’asservir ou te réasservir, mais rester
libre : libre par rapport à toi-même – tu n’auras
pas d’autre Dieu ; et libre parmi les autres – tu
ne vivras pas en conflit permanent avec autrui.
Car le Dieu qui te veut est un
Dieu qui te veut libre.
Libres ? Nous voulons tous nous-mêmes
être libres et pensons que nous le sommes… Mais
est-ce si sûr ? C’est précisément ce qui va se décliner
tout au long de ces 10 paroles, qui sont autant
de dérangeantes questions.
Parce que rester libre est difficile,
rare, et nous en sommes souvent beaucoup plus loin
que nous préférons le croire. Alors, si tu veux
être libre et le rester, il te faudra une vigilance
permanente et te faire violence à toi-même ; la
liberté pour un peuple comme pour toi-même est un
effort quotidien.
C’est pour cela que tu as besoin
d’un mode d’emploi, et c’est cela que le Dieu qui
te veut et te veut libre, t’offre. Il promet
de t’accompagner et te dit comment faire : ces 10
paroles ne sont pas autre chose que ce mode d’emploi,
pour toi qui étais esclave de toi-même ou de Pharaon.
Avec les deux tables de pierre
données à Moïse, il t’offre :
- un
mode d’emploi pour rester libre vis-à-vis de toi-même
: tu ne te feras pas d’idoles, rien ne doit
dominer sur toi. C’est la première table, les quatre
premières paroles ;
- et
il t’offre un mode d’emploi pour rester libre au
milieu de tes semblables : comment vivre ensemble
fraternels, parce que libre est évidemment synonyme
de responsable. Et c’est la deuxième table, les
cinq dernières paroles.
Le sommaire de la Loi, c’est le
sommaire de la liberté !
Bonne nouvelle !
Mais nous n’avons qu’à peine parlé
de la première Parole : “Tu n’auras pas d’autre
Dieu que moi”. En fait, nous n’avons parlé que de
cela : Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi, le Dieu
qui t’a rendu libre et te veut libre, cela signifie
que tu ne laisseras plus rien t’asservir ni dominer
sur toi. Plus rien. Rien d’autre que, justement,
ce Dieu qui te veut libre.
Tu n’auras pas d’autre Dieu que
moi ne vise pas seulement les dieux de l’Egypte
ou ceux de la Mésopotamie. Cela vise aussi tout
ce qui domine sur toi, l’argent, le prestige, le
statut social, le sexe, le tabac, tes addictions
personnelles, le goût des voitures… toutes nos idoles.
Cela vise encore la foi : le fait que tu croiras
et feras confiance en ce Dieu qui t’a rendu libre.
Mais cela vise surtout, j’en suis convaincu, nous-mêmes
:
Tu ne seras pas toi-même ton propre
Dieu, ton propre maître, ta propre idole, ta propre
fin. Tu ne te prendras pas pour le centre du monde
et tu n’auras pas toi-même pour seul projet. Car
si tu étais ton propre Dieu et ton propre but, tu
serais perdu, parce que tu ne saurais pas qui tu
es : or tu es quelqu’un qui n’existe pas tout seul,
mais uniquement grâce et par d’autres, qui n’existe
que par rapport à un monde et une humanité ; quelqu’un
qui est inscrit dans l’univers, la planète, le climat,
l’histoire, la culture et la société qui t’ont fait
; quelqu’un qui ne peut t’épanouir que parce que
tu es reconnu par d’autres, aimé par d’autres, utile
à d’autres, quelqu’un, tu l’as déjà éprouvé, qui
ne peux devenir le meilleur de toi-même que si tu
te comprends accepté par Dieu, aimé de Dieu, transformé
par Dieu, et indispensable à son projet pour l’humanité.
Ce Dieu qui t’a voulu, qui a besoin de toi, qui
te rend et te veut libre.
Reconnaître cela, reconnaître tout
ce que tu dois, reconnaître que tu n’es pas seul
mais dépendant, inscrit ou inscrite dans plus vaste
que toi, attendu dans plus vaste que toi ; comprendre
que tu n’es qu’une poussière emportée par le vent
si le Dieu qui te veut libre ne t’aime et ne te
donne une place, reconnaître tout cela peut seul
te donner cette place unique dans l’infiniment plus
vaste que toi. Ta place et ton rôle, ta responsabilité
irremplaçable dans le projet de Dieu pour l’humanité
et l’amour unique qu’Il a pour toi, personnellement.
Cette reconnaissance de ta dépendance
en même temps que cette exigence de ta liberté,
c’est ce que te disent les cinq premières Paroles
du Décalogue…
Tu n’auras pas d’autre Dieu que
le Dieu qui te veut et te rend libre, qui exige
de toi la liberté et t’en montre le chemin, pour
que tu puisses l’aimer et participer à la venue
de son règne d’amour.
C’est précisément ainsi que Jésus
résume la Loi.
Comme le disait Khomiakov, mystique
russe, “Ce n’est pas l’homme qui exige de Dieu la
liberté, mais Dieu qui exige de l’homme la liberté…”
Et ce Dieu qui te veut, parce qu’Il
t’aime, et te veut libre, afin que tu l’aimes, t’offre
une ultime promesse : chaque jour Il est près de
toi, Il t’écoute et t’accompagne ; Il te demande
ta confiance et t’offre la sienne, et c’est Lui,
oui Lui, que tu rencontres dans le visage d’autrui,
dans chaque visage que tu aimes, que tu rencontres
ou que tu croises.
Et cela, c’est ce que tu comprendras
en écoutant les cinq autres Paroles du Décalogue,
la deuxième table…
Nous l’avons donc compris : ce
décalogue ce n’est pas de la morale, mais une recette
de vie, et ce prologue des dix Paroles, couvre et
donne son sens à toute la suite ; car c’est de liberté
qu’il s’agit dans cette Loi :
Tu n’auras pas d’autre Dieu que
moi, et c’est ainsi que tu resteras libre.
Tu
ne te feras aucune idole
Dimanche 17 janvier 2010. Simon Wiblé Lectures : Exode
20, 1-6 Psaume 115, 4-8 Jean 9, 1-7
Le décalogue, qui signifie
« 10 paroles », ne nous parle pas d’abord
de morale ni même d’éthique mais de
liberté.
De liberté comme un don
de Dieu. Le peuple était esclave et Pharaon
a fini par céder à Moïse qui
insistait « Laisse aller mon peuple ».
L’Alliance, c’est que Dieu délivre
d’Egypte et donne le Décalogue. C’est que
Dieu délivre des esclaves et donne à
ces esclaves la possibilité de vivre en hommes
libres.
Il ne donne pas d’abord le commandement
et ensuite l’homme doit répondre par l’obéissance.
Dieu donne le commandement et l’obéissance.
Il donne la liberté, le vouloir et le faire.
La relation à Dieu, ce n’est
pas donnant/donnant. C’est un mouvement d’ensemble
qui casse nos petites logiques humaines de calculs
et de rétributions.
« Je suis le Seigneur, ton
Dieu. C’est moi qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte,
où tu étais esclaves. Tu n’auras pas
d’autres dieux face à moi »
Certes, la source de ma liberté
n’est pas en moi. Ma liberté est un pur cadeau
de Dieu. La grâce de Dieu me libère
de toute forme de servitude, de toute domination,
par elle je suis désormais affranchi de tout
et de tous.
Parce que l’origine de ma liberté
n’est pas en moi, ni en aucun homme, ni en aucune
femme, ni en aucune institution, alors oui, je suis
radicalement libre à l’égard de tout
homme, de toute femme et de toute institution.
4 « Ne fabrique pas
de statues de dieux. Ne représente pas ce
qu’il y a là–haut dans le ciel, en bas sur
la terre, ou dans l’eau sous la terre.
5 Ne te mets pas à
genoux devant ces dieux, ne les adore pas. En effet,
le SEIGNEUR ton Dieu, c’est moi, et je suis un Dieu
exigeant. Je punis la faute de ceux qui me détestent.
Je punis aussi leurs enfants, jusqu’à la
troisième ou la quatrième génération.
6 Mais je montre ma bonté
pendant des milliers de générations
à ceux qui m’aiment et qui obéissent
à mes commandements.
« Rien n’est sacré
en dehors de Dieu ».
Mesurons-nous bien la dimension
proprement inouïe de cette déclaration
?
Il nous est commandé de
ne rien diviniser, ne rien sacraliser, en dehors
de Dieu seul. Dit comme ça, ça ne
paye peut-être pas de mine. Ça fait
un peu trop dogmatique. Ou principe protestant bien
affirmé mais pas très bien compris.
Alors essayons de faire un petit tour d’horizon.
La vie ? Elle n’est pas sacrée.
Le monde ? Il n’est pas sacré.
La nature, la création,
les créatures ? Elles ne sont pas sacrées.
Notre travail, nos engagements
ecclésiaux, politiques, humanitaires ? Ils
ne sont pas sacrés.
La mort, la souffrance des autres,
nos plaisirs, notre sexualité ? Ils ne sont
pas sacrés.
Nos idées, nos pensées,
nos convictions, nos valeurs, nos certitudes ? Elles
ne sont pas sacrées.
Nos doutes, nos refus, nos lâchetés,
nos fautes, nos erreurs, nos errements ? Ils ne
sont pas sacrés.
Notre père, notre mère,
notre fils, notre fille – la chair de notre chair
–, notre femme, notre mari, nos proches que nous
aimons tant et pour qui nous nous faisons tant de
souci ? Ils ne sont pas sacrés.
Notre propre personne, notre corps,
notre esprit, notre être tout entier ? Ils
ne sont pas sacrés.
Autrement dit, tout ce que nous
sacralisons à longueur de journée,
rien de tout cela n’est sacré. Tout ce que
nous rendons intouchable et inatteignable à
force de le diviniser, tout cela on peut, et même
on doit y toucher, le critiquer, le questionner.
« Il n’y aura pas pour toi
d’autres dieux devant ma face. »
« Rien n’est sacré
en dehors de Dieu ».
Quand on y réfléchit
bien, quand on se pénètre de cette
idée, il faut bien reconnaître que
c’est effrayant. C’est effrayant parce que ça
nous oblige à prendre la mesure de notre
néant et du néant de toutes choses.
Le Psaume le dit bien : «
Oui, tout homme debout n’est qu’un souffle. Oui,
l’homme se promène comme une ombre, il s’agite,
mais c’est un souffle. » (Ps 39, 6-7)
Trop souvent nous habillons notre
foi d’un humanisme généreux, nous
clamons volontiers la valeur sacrée de la
vie humaine. Et nous voici confrontés à
la parole la plus désacralisante qui soit.
Non, la vie humaine n’est pas sacrée,
elle n’est pas divine. Soli Deo gloria. A Dieu seul
la gloire.
Bien sûr, je le dis, et vous
le savez bien, que rien ne soit divin ni sacré
en ce monde me renvoie à ma responsabilité
dans ma façon de me conduire en ce monde.
Bien sûr ma liberté
n’a pas son sens en elle-même car elle doit
se mettre au service du prochain, afin que ce prochain
parvienne si possible à goûter ce que
l’apôtre Paul appelle « la liberté
glorieuse des enfants de Dieu. » (Rm 8, 21)
La dimension éthique de
notre vie est bien sûr très importante,
notre réflexion, nos engagements, notre action.
Cela dit, la portée de notre
éthique s’affaiblit considérablement
si nous oublions que ce qui nous fonde n’est pas
l’éthique, mais l’amour gratuit de Dieu,
un amour au-delà de l’éthique, une
grâce au-delà de toute mesure et de
toute bienséance.
Nous sommes aimés de Dieu
d’un amour absolu, jusqu’au comble de l’absurde,
un amour passionné et brûlant, l’amour
fou qui ne s’encombre d’aucune raison. L’amour fou
qui accepte de tout perdre jusqu’à se déposséder
de tout, sur la croix.
Ce n’est pas à plus de sacré
que nous appelle le Christ. La croix est tout ce
qu’il y a de plus profane, et c’est bien à
porter notre croix à sa suite que le Seigneur
nous appelle.
Entendez par-là : c’est
à nous charger de notre propre vie faite
de souffle et de néant que le Christ nous
appelle. Cela nous est rendu possible parce qu’il
a le premier accompli ce chemin, et qu’il l’a accompli
pour chacun et chacune d’entre nous.
Notre façon d’être
au monde, notre manière de vivre nos relations
avec nos proches, sont complètement faussées
si nous divinisons, si nous sacralisons nos proches
et notre monde.
Contrairement à ce que nous
pensons souvent, il est bon de n’être qu’un
homme, une femme. Il est bon de nous reconnaître
créatures, sans rien de divin ni de sacré.
Il est bon de nous savoir des êtres de souffle
et de néant, faibles par notre nature mais
forts de l’amour de Dieu.
Il est bon d’être des affranchis
du Seigneur, libres même de pouvoir renoncer
à notre liberté quand l’amour du prochain
le commande.
L’apôtre Paul écrit
:
« J’ai l’assurance que ni
la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations,
ni les choses présentes ni les choses à
venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur,
ni aucune autre créature ne pourra nous séparer
de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ
notre Seigneur. » (Rm 8, 39)
Dieu veut que nous soyons en marche,
il veut que vous avancions dans la vie. C'est pour
cela qu'il nous donne ses commandements, c'est pour
cela qu'il nous donne cette Loi, ce décalogue
(ces dix paroles), comme un bâton de marche
qui doit nous soutenir et nous aider à avancer.
En ce temps de Noël et avant
le temps de Carême, qui nous fait avancer
vers Pâques, nous sommes interpellés
nous aussi sur notre manière d'aborder notre
foi, sur notre manière de vivre notre foi.
Est-ce que nous nous présentons
devant Dieu pour lui rendre un culte comme si c'était
une sorte de marchandage, de donnant / donnant,
de marchandage ou de rétribution, qui s'exprime
parfois dans des tractations comme " je te
paye tant, je te sacrifie telle bête et toi
en contre partie tu réponds à mes
demandes " ?
Ou est-ce que nous nous approchons
de Dieu en disant " Seigneur merci parce que
tu nous aides à avancer dans la vie comme
des femmes et des hommes libres"?
Le chemin de la liberté
n'est pas un chemin facile. Ça n'est pas
à partir du moment où il a reçu
la Loi (les 10 paroles) que le peuple d'Israël
tout à coup et magiquement va traverser le
désert en quelques jours.
Non. Il lui faudra 40 ans, 40 ans
de souffrance. Avancer et être libre c'est
quelque chose qui est souvent difficile, surtout
dans un monde qui rejette assez systématiquement
tout ce qui est de l'ordre de la foi.
Mais c'est le prix de la liberté.
C'est le prix à payer par chacun-e d'entre
nous pour pouvoir être debout, et marcher,
non pas comme des moutons bêtement prisonniers
et entravés dans toutes sortes de servitudes,
mais marcher librement comme des femmes et des hommes
ressuscités, éclairés et soutenus
par la Parole de Dieu.
Et comme l’aveugle de naissance
- guéri par Jésus, délivré
des préjugés religieux de son temps
à propos de son handicap, nous pourrons affirmer
: « Je crois, Seigneur ».
Amen
Tu
ne prendras pas le nom de Dieu en vain
Dimanche 24 janvier 2010. Jean-Paul Morley Lectures : Genèse,
32 :26-31a Juges, 13 :15-18 Exode, 3 :11-14a
Mathieu 6 :7-9 Apocalypse 2 : 17
Troisième opus de nos dix Paroles
;
Troisième étape de cette Loi qui
n’est pas une Loi, mais un enseignement ;
Troisième commandement de ce qui
ne sont pas des commandements, mais des Paroles
;
Troisième proclamation de ce qui
n’est pas une morale ni une prescription, mais une
promesse de liberté.
Puisque ces dix Paroles sont des
paroles créatrices de notre liberté.
Aujourd’hui donc, “Tu ne prendras
pas mon nom en vain, car moi, le Seigneur ton Dieu,
je tiens pour coupable celui qui agit ainsi”
Il se passe quelque chose avec
le nom. Celui de Dieu comme celui des humains. Et
la Bible est pleine de glissements autour des noms.
Jacob par exemple. Il n’est pas
un très bon exemple pour les enfants. Autant Abraham
est l’exemple absolu et parfait de l’homme de foi,
fidèle et droit, autant Jacob s’est toujours battu
contre la vie, contre son frère, contre le destin,
contre son beau-père, contre la pauvreté, contre
la stérilité. Et cela a plu à Dieu, qui l’a béni.
Un dernier combat l’attend pourtant, avant de devenir
pleinement un des patriarches : un inconnu lutte
avec lui toute une nuit, et Jacob comprend qu’il
s’agit de l’envoyé de Dieu, si ce n’est de Dieu
lui-même. Au matin, cet envoyé change son nom :
“On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, celui
qui a combattu avec Dieu”. Mais l’envoyé refuse,
lui, de dévoiler son nom. Comme si l’identité de
Dieu ne pouvait se saisir, se dérobait et ne pouvait
en tout cas se contenir dans un nom. Et comme si
l’identité donnée par Dieu reprenait le passé pour
le tourner en promesse d’avenir. Y compris pour
un peuple, qui deviendra une nation.
Quelques générations plus tard,
un autre ange vient annoncer une promesse de descendance
à un couple désespéré d’être stérile. Mais ce deuxième
ange refuse lui aussi de donner son nom, qui serait
celui de Dieu lui-même : “ Pourquoi demandes-tu
mon nom ? Il est merveilleux”. Trop merveilleux
pour être saisi ni contenu dans un mot, trop merveilleux
pour ne pas se dérober.
Ailleurs, encore, c’est Moïse qui
se débat avec Dieu pour ne pas aller affronter Pharaon.
Vaincu, il demande au moins comment nommer Dieu.
Et là, Dieu répond par l’une des phrases les plus
extraordinaires, les plus insondables et les plus
éblouissantes, non seulement de la Bible, mais sans
doute de toute l’histoire de la spiritualité humaine.
Il donne un nom impossible à répéter, un nom qui
se dérobe à peine prononcé, un nom dont les multiples
traductions proposées sont forcément toujours tronquées
:
“JE SUIS QUI JE SERAI”, ainsi l’avons-nous
lu tout à l’heure. Mais ce pourrait être :
“Je suis ce que je suis’’
‘’Je suis parce que je suis’’
‘’Je suis puisque j’étais’’
‘’Je serai ce que je suis’’,
‘’Je serai ce que je serai’’,
‘’Je fus ce que je serai’’,
‘’Je serai ce que je fus’’,
‘’Je suis celui qui est’’,
‘’Je suis pour que je sois”,
etc, etc… Et chacune de ces formules
est appropriée. Je suis, et puis c’est tout. Pas
besoin de nom.
Insaisissable. Dieu ne se possède
pas. Trop grand, trop vivant.
Dieu ne se nomme pas. Trop haut.
Trop magnifique. Trop merveilleux.
Dieu ne s’interpelle pas. C’est
Dieu.
Dieu ne s’évoque pas pour rien,
ne s’utilise pas, ne s’emploie pas comme juron ni
exclamation. Dieu se respecte.
Mais Dieu dit : Qui je suis ? Tu
ne peux pas l’entendre. Tu ne peux pas le comprendre.
Mais tu le sauras à travers ce que je ferai avec
toi et pour toi ; tu sauras qui je suis quand je
t’aurai délivré d’Egypte, comme tu peux déjà le
percevoir à travers ce que j’ai déjà fait avec toi
ou avec ceux qui t’ont précédé. Je suis ce que j’ai
été. Je suis ce que je serai. Je suis et tu verras.
Formidable pouvoir de l’hébreu,
qui ne conjugue ni le passé, ni le futur, ni le
présent, mais laisse le choix ; qui ne connaît qu’un
seul pronom relatif et laisse encore le choix, et
permet donc cet extraordinaire bouquet, cet extraordinaire
vrai-faux nom de Dieu, qui est un véritable potentiel
ou générateur de sens infinis, une véritable bombe
spirituelle.
Et c’est pour cela que la tradition
s’est interdit de le nommer. Certes, la Bible l’appelle
tantôt “Élohim”, c’est à dire “Dieu” au pluriel.
Justement parce que ses visages sont multiples et
insaisissables. Tantôt elle l’appelle Yahou, parfois
transcrit Yahvé ou même Jehova, mais écrit de façon
à ne pouvoir être lu. Ce n’est du reste pas vraiment
un nom, mais probablement à l’origine une exclamation
de foi : “Ya, c’est Lui !”, reprenant apparemment
le nom d’une ancienne divinité des volcans.
Mais même ces noms bibliques ont
été comme mis sous scellés, tabous, par le judaïsme,
qui ne se permet que d’employer des euphémismes
: “Le Saint”, le “Très Haut”, “Le Nom”, “Le Béni”,
“Le Seigneur”… De même l’Islam, qui ne l’appelle
que “Dieu” (“Allah”, même racine qu’Elohim, n’est
pas un nom propre) et lui aussi ne le désigne que
par ses nombreux qualificatifs codifiés, dont le
premier est “Le Miséricordieux”. De la même façon
que le judaïsme, comme l’Islam et une partie du
christianisme, s’interdisent de représenter Dieu
par une quelconque image.
“Tu ne prendras pas mon nom en
vain”, ce n’est donc pas seulement par respect et
par crainte, parce qu’il s’agit de Dieu, vraiment
de Dieu. C’est tout simplement parce que Dieu ne
se possède pas. L’avez-vous remarqué ? Dans
“tu ne prendras pas le nom”, il y a le verbe “prendre”,
justement, en hébreu comme en français. On ne possède
pas Dieu, Dieu est toujours autre que ce que nous
imaginons ou voudrions, ou prétendons. Non seulement
Il est trop grand et s’échappe, mais Il est vivant,
changeant, comme l’indique le pluriel d’Elohim.
Une identité est toujours plurielle, mais celle
de Dieu l’est à l’infini.
Il est différent selon les situations,
les personnes et les temps. Il est différent selon
qui l’invoque et quand, restant toujours vrai et
toujours lui-même, mais s’adaptant. S’adaptant à
la façon dont chacun de nous le comprend et s’adresse
à Lui, s’adaptant à la foi personnelle et diverse
de chacun et chacune de nous, tout en échappant
toujours absolument à nos pauvres tentatives pour
le saisir ou simplement le définir.
Et heureusement. Parce que Dieu
n’est pas à notre service. Et la Bible a raison
de préciser, avec une soudaine rudesse : “Car moi,
le Seigneur ton Dieu, je tiens pour coupable celui
qui prend mon nom en vain”. C’est lui qui nous nomme,
comme pour Jacob, comme pour Abraham ou Sarah, et
non l’inverse. Ne pas se tromper sur qui est qui,
sur la relation qui existe entre Lui et nous. C’est
pour cela que nous disons, comme Jésus de Nazareth
l’a enseigné : “Que ton nom soit sanctifié”. Jésus
n’a pas révélé quel nom sanctifier… C’est le nom
au-dessus de tout nom, celui qui ne se prononce
pas, celui qui n’existe pas, mais qui signifie :
un autre nom que le tien, le tien à toi, ou à ta
famille, ou à ton peuple, ou à ta foi, cet autre
nom qui désigne ce qui est plus grand que toi, plus
grand que tout ce qui se trouve sur terre et dans
l’univers.
Dire : “Que ton nom, cet autre
nom, inconnu, soit sanctifié”, c’est te décentrer
de ton propre nom, te dégager de toi, te déplacer
de toi-même pour te placer dans infiniment plus
grand que toi-même. C’est dire à la fois :
“merci”,
“c’est vrai, je suis tout petit”,
“Je crois en toi”,
et “je me mets et je mets tout
ce qui me concerne entre tes mains”.
Mais c’est accepter aussi, en disant
“Que ton nom soit sanctifié, le tien et non le mien”,
c’est accepter aussi de ne pas utiliser ce nom à
notre profit, de ne pas le mettre à notre service.
Là est peut-être la pointe secrète, implicite, avertissante,
de cette troisième Parole.
Tu ne prendras pas mon nom en vain,
c’est à dire que tu ne te justifieras pas avec mon
nom, tu ne justifieras pas ta conduite, ton pouvoir
ou ton idéologie avec mon nom.
Que ta conduite soit austère ou
qu’elle soit licencieuse, tu ne diras pas que c’est
Dieu qui te l’impose ou qui t’y autorise, tu assumeras
tes choix.
Que tu accèdes à une position de
pouvoir ou d’autorité, et que tu en uses, tu ne
diras pas que c’est Dieu qui l’a voulu, ni que c’est
en son nom que tu l’exerces, tu accepteras sans
cesse de te remettre en question et d’être remis
en question.
Que tu élabores une réflexion ou
que tu défendes une idéologie, tu ne l’habilleras
pas d’autorité divine ou de vérité absolue, tu reconnaîtras
la relativité et la diversité des choses et des
idées.
Que tu adhères à une religion ou
que tu la représentes, même alors, tu ne prétendras
pas que Dieu t’a parlé ni que tu parles en son nom,
tu t’agenouilleras chaque matin pour demander à
Dieu de te corriger et de t’éclairer.
Tu ne justifieras jamais tes actes
personnels, tes idées ou tes intérêts par le nom
de Dieu, et tu ne parleras de Lui qu’avec crainte
et tremblement – et je vous jure que c’est
mon cas chaque dimanche !
“De Dieu il est dangereux de parler,
même avec vérité…” disait Origène au IIIème
siècle…
Avec crainte et tremblement, mais
aussi avec confiance. Car Jésus nous a donné un
nom par lequel nous adresser à Dieu. Pas un nom
propre, bien sûr, mais mieux que cela : une tendresse
: “Père”. C’est ainsi que Jésus s’adressait à Dieu.
C’est ainsi qu’il nous a enseigné à Lui parler.
Dieu est un Père pour nous, chacun
et chacune de nous.
Tu le découvriras à travers ta
vie, à travers ce qu’il fera avec toi et autour
de toi ; tu le connais déjà si tu entends ce qu’Il
a fait avec ceux qui te précèdent, et tu le connaîtras
dans ce qu’Il sera pour toi : un Père qui t’a voulu,
qui t’a créé, qui te connaît par ton nom, qui a
un projet pour toi, et qui ne t’abandonnera jamais.
Un Père qui s’appelle “Je suis ce que je serai pour
toi”
Il ne te demande que ta confiance,
et c’est Lui qui te donne ton vrai nom, que Lui
et toi seul connaîtront, comme l’annonce l’Apocalypse
:
“Je te donnerai un caillou blanc,
sur lequel est écrit un nom nouveau, que personne
ne connaît sauf celui qui le reçoit…”
Tu respecteras
le jour du sabbat
Dimanche 31 janvier 2010. Simon Wiblé
Lectures : Exode
20, 1-11 Deutéronome 5, 12-15 Genèse
1, 31 – 2, 3 Marc 2, 23-28 Luc 13, 10-17
8 Souviens-toi du jour du sabbat
(repos), pour le sanctifier.
9 Tu travailleras six jours, et
tu feras tout ton ouvrage.
10 Mais le septième jour
est le sabbat de l'Eternel, ton Dieu, tu ne feras
aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille,
ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail,
ni l'étranger qui réside chez toi.
11 Car en six jours l'Eternel a
fait le ciel, la terre et la mer, et tout ce qui
s’y trouve, et il s'est reposé le septième
jour, c'est pourquoi l'Eternel a béni le
jour du sabbat et l'a sanctifié. Exode 20,
8-11
Le livre de l’Exode annonce le
sabbat comme une fête. Ce n'est pas seulement
un souvenir : on ne se souvient pas du sabbat, comme
d'un cimetière où l'on va par la rue
du souvenir, mais on actualise le sabbat.
Souvenez-vous de la Pâque
juive : il s’agit d’une actualisation de la sortie
d'Egypte ;
Prenez par exemple la Sainte Cène
: il s’agit d’une actualisation de la mort et de
la résurrection de Jésus : "
faites ceci en mémoire de moi ".
Redécouvrir le sabbat, c'est
redécouvrir le repos du Seigneur, l'actualiser.
Le sabbat est donc le couronnement de la semaine.
En hébreu, le terme «
travailler » doit être compris positivement,
son étymologie est sans doute " labourer
". " L’ouvrage ", c’est ce qu'on
est appelé à faire.
Dans l'Exode, le sabbat et le travail
sont fondés sur les 7 jours où Dieu,
d'après Genèse 1, a tout mis en place
dans l'univers.
Les 7 jours doivent actualiser
la Création : il y a 6 jours où l'homme
actualise l'œuvre créatrice de Dieu, et un
jour où l'homme trouve le repos de Dieu.
C'est une approche optimiste, le
travail humain est la reprise du travail fondamental
et primordial de Dieu ; c'est l'actualisation de
l'œuvre divine.
C'est pourquoi le commandement
du sabbat est aussi le commandement du travail.
La piété judaïque est un témoignage
magnifique pour nous rappeler que la Loi est grâce
et beauté.
A la synagogue, les Israélites
psalmodient, chantent, dansent la liturgie du sabbat.
Le sabbat est accueilli non comme une restriction
à la liberté de l'homme, non pas comme
le début d'un ennui, pas comme un dimanche
après-midi pluvieux sous un ciel de plomb,
mais comme une récompense longtemps attendue.
Comme un temps de fête où les anciens
et les jeunes se rassemblent.
Cela nous éloigne des idées
reçues imposant un repos forcé et
morne sans humour, ni autorisation à la joie.
Le sabbat est un puissant anti-stress. La théologie
n'a rien d'un discours anti-modernité. C'est
un appel au bonheur dans une société
esclave du travail.
Tout le Décalogue a été
donné dans un contexte historique précis,
à un peuple qui venait d'être libéré
du travail forcé.
Dieu lui donne un commandement
de repos hebdomadaire qui est précédé
du rappel de sa libération d'Egypte.
Aucun commandement de Dieu n'est
une loi figée à obéir les dents
serrées : les 10 paroles sont des promesses.
Le sabbat nous dit : tu sais tes
limites, celles de ton corps et de ton pouvoir d'achat,
et ce n'est pas le forcing qui te donneras toujours
plus.
Tu existes indépendamment
de tes œuvres, tu n'es pas réductible à
tes échecs ou tes épreuves, ton identité
n'est même pas dans ta réussite : elle
est en Dieu qui te nomme, t'aime, te donne le sabbat
pour réaliser au calme d'où tu viens
et d'où proviennent tes ressources.
Le prophète Esaïe nous
rappelle ce matin (soir) comment « a parlé
le Seigneur, l’Éternel, le Saint d’Israël
: C’est dans le retour à Dieu et le repos
que sera votre salut, c’est dans le calme et la
confiance que sera votre force ». Esaïe
30, 15
Par le sabbat Dieu nous dit : "
Je suis ton Dieu, tu me connais, tu m'aimes et donc
tu me consacres le sabbat pour passer du bon temps
avec moi. Je ne suis pas un Dieu anonyme mais je
me suis mêlé à ton histoire
en déroute.
J'attends donc une réponse
: je veux une confirmation de ta part, je veux que
tu me donnes entièrement et solennellement
ta confiance.
Je suis celui qui t'a conduit vers
ta liberté, j'ai lutté avec toi et
je t'ai libéré de la maison de servitude.
Ne te mets pas sous de nouveaux jougs.
Je t'ai voulu libre et non courbé
comme l'esclave. Je t'ai donné un nom, je
t'ai fait traverser la mer Rouge comme un baptême.
Tu es à moi, tu es un peuple,
tu as une dignité, tu es libre. "
Le Deutéronome renvoie au
Dieu de l'Exode, au Dieu-sauveur, au Dieu de l'histoire.
Le sabbat ne renvoie pas aux origines, il est le
rappel d'une date, l'intervention du Seigneur qui
sauve de l'Egypte. C'est une fête de la création
d'Israël comme peuple du Seigneur.
C'est le 14 Juillet des Israélites.
Il faut le fêter chaque semaine, si cela est
négligé, Israël oubliera qu'il
est un peuple qui a été délivré,
qu'il est un peuple libre ; et il risque de retomber
sous d'autres esclavages.
Le 7ème jour doit triompher
de toutes les servitudes qu'imposent les 6 premiers
de la semaine.
Alors cette Loi du sabbat devient
une promesse. " Le sabbat a été
fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat
", disait Jésus. Le sabbat n'est pas
un piège mais une occasion, une promesse
acquise de haute lutte, qui nous permet de vivre,
de méditer notre vie, de forger des relations
durables au calme d'un temps hebdomadaire consacré
à Dieu et aux siens.
Le sabbat est fait pour que l'homme
ne travaille pas 7 jours sur 7 et 24h/24, qu'il
y ait dans sa vie du temps pour souffler, pour se
laisser inspirer. Le sabbat c'est un jour de fête
où l'on a le droit de buller sans complexes
; c'est le jour de la fête, de la prière,
de la détente ; aller au culte, c'est pour
dire alors merci à Dieu qui a donné
à nos sociétés la bénédiction
du repos.
Merci pour ce progrès social
aujourd'hui menacé par la civilisation du
zéro-défaut, des flux-tendus, de la
virtualité de l'instant présent.
Une civilisation qui a perdu le
sens du temps qui passe, de la durée, de
la maturation des choses, tranquillement.
Même le serviteur et l'esclave
et l'étranger en Israël étaient
protégés par cette Loi du sabbat.
Le sabbat est une qualité d'être, il
qualifie notre vie moderne.
Le sabbat est à réinventer
dans notre société actuelle qui télétravaille
jour et nuit. On peut, on doit aménager des
temps de récupération d'autant plus
que de véritables urgences nous appellent
et que le travail a changé de mode opérationnel.
On ne peut rester durablement créatif qu'après
des temps de récupération réussis.
Venir au culte nous aide à
relativiser nos œuvres, dans l’humilité et
la joie auxquelles nous ramène la découverte
de l'action divine.
D’ailleurs, les chrétiens
observent leur sabbat un dimanche, et non un samedi.
C’est intéressant à noter car pour
les chrétiens, le dimanche est bien le premier
jour de la semaine. Celle-ci ne s’achève
pas par une journée de repos mais commence
par là.
Au culte, nous fêtons à
la foi(s) 5 ou 6 jours de travail hebdomadaires,
mais aussi nous brisons publiquement nos servitudes
quotidiennes.
La retraite est également
un lieu d'espérance, non pas un arrêt
d'activité, mais un changement d'activité,
une nouvelle activité choisie et détendue.
Que notre vie d'Eglise entre en
sabbat !
Reconsidérons sans cesse
les 3 priorités essentielles de nos vies
: Aimer Dieu, notre prochain, et nous-même.
Alors voici Comment je comprends
cette 4ème parole :
Que nous puissions nous reposer
en Dieu par la foi. Que la Bible s'enracine en nous
comme notre première préoccupation
et raison d'être, bien avant les hantises
d'organigrammes ou de logistique.
Le sens profond de notre communauté,
ce n'est pas le pouvoir à arracher mais le
service à offrir. Que les gens puissent dire
en nous voyant non pas : " Voyez comme ils
sont bien organisés " – même si
cela compte beaucoup ! Mais : " Voyez comme
ils s'aiment. "
Car nous sommes organisés,
notre église ne serait pas ce qu'elle est
sans organisation, l'organisation c'est de la technique.
En revanche, donner une âme à un projet,
créer une motivation et recevoir des fruits
en réponse à une vision : voilà
le défi passionnant et essentiel qui nous
est lancé chaque jour.
L’organisation est au service d’un
projet que Dieu dessine en nous, personnellement
et communautairement. Il nous mobilise pour que
nous allions de l’avant, que nous nous remettions
et cause et que nous avancions ensemble.
Dieu bénit et garde chacun
de nous ; qu'il nous fait la grâce de recevoir
enfin sa parole comme une source de vie, une croissance,
capable de toutes les espérances ; sa Loi
sainte nous aide à structurer nos vies.
Que nos vies personnelles soient
un témoignage de cette invitation.
Ne soyons plus des spectateurs
passifs commentant le travail des autres, mais des
personnes qui soulagent la suractivité de
leur prochain.
Offrons du repos par notre participation.
Partageons les fardeaux, vivons une communion au-delà
de la Sainte Cène.
Que nous sachions nous dire les
uns aux autres, combien nous avons été
aimés. Puissions-nous recevoir le Décalogue
comme un repos, comme un ordre vivifiant et créatif,
fait d'audace et de curiosité gourmande.
Puissions-nous recevoir l’Evangile
de la liberté, pour nous et nos proches.
Que la loi d'amour devienne pour
nous la grâce d'aimer.
Oui, laissons-nous aimer et rejoindre
par l’Evangile.
Ainsi, comme la femme courbée,
guérie et redressée par Jésus
un jour de sabbat, nous pourrons rendre gloire à
Dieu et le reconnaître présent, là,
au cœur de nos vies. Bien vivant ô Jésus
Christ !
Amen.
Tu
honoreras ton père et ta mère
Dimanche 7 février 2010. Jean-Paul Morley
Lectures : Samuel
18 : 31b - 19 : 8a Luc 2 : 41-51 Deutéronome
21 : 18-21a
Aujourd’hui, cinquième étape de
notre parcours du Décalogue, notre rallye des dix
commandements, ces deux tables de la Loi données
sur le Sinaï directement de Dieu à Moïse. Après
la quatrième Parole, la plus importante de toutes,
le sabbat, puisque d’elle se nourrissent toutes
les autres, voici la cinquième de ces dix Paroles
créatrices, non de contrainte, mais de liberté.
Et celle-ci est à part, unique
parmi les dix. Car elle ne concerne pas nos relations
avec Dieu, comme les quatre premières, mais elle
ne concerne pas non plus nos relations avec autrui,
comme les cinq suivantes, la deuxième table. Elle
est donc à la charnière et à l’articulation de ces
dix Paroles. Position stratégique.
Et elle concerne… nos parents,
et cela semble à la fois bien modeste, et ne rappeler
qu’une élémentaire banalité dans l’intérêt de l’éducation
des enfants. Peut-être allons-nous découvrir que
cela concerne beaucoup plus, et que, à nouveau,
cela nous parle de nous ? Car en même temps, elle
touche un sujet, nos parents, parfois lourd et douloureux…
“Je suis le Seigneur ton Dieu,
qui t’ai fait sortir d’Egypte, où tu étais esclave
de Pharaon.
Tu n’auras pas d’autre Dieu.
Honore ton père et ta mère, afin
que tes jours se prolongent dans le pays que Dieu
te donne…”
N’oublie pas que tu es endetté.
Nous naissons tous couverts de
dettes. Pas seulement en tant que citoyens de nos
Etats modernes, endettés dès leur naissance de dizaines
de milliers d’euros de dette publique, surtout depuis
la crise financière…
Mais chacun de nous individuellement.
Tu es né parce qu’un homme et une femme t’ont voulu,
en tout cas t’ont attendu, et probablement espéré,
et parce qu’une femme t’a porté. Et si un remarquable
complexe hospitalier, familial, social, économique,
ne t’avait pas précédé et accueilli, tu n’aurais
pas vécu. Et si un remarquable complexe éducatif,
culturel, relationnel, ne t’avais pas entouré, tu
serais une brute ignare et égoïste. D’emblée, tu
es redevable d’une dette insolvable.
Et si tu n’avais pas été aimé dès
avant ta naissance, et depuis, par tes parents quels
qu’ils soient, par ta famille, tes amis, ceux et
celles que tu as rencontrés, ceux et celles que
tu as aimés, et qui t’ont aimé, tu ne serais rien.
Là aussi tu es redevable d’une
dette insolvable. « Qu’as-tu, que tu n’aies reçu
? » demande l’apôtre Paul.
Alors reconnais-le. Et dis merci.
De toute façon, tu ne pourras jamais rembourser.
Mais reconnais-le, ne l’oublie jamais, et dis merci.
En commençant par tes parents. Bien sûr ils ont
été imparfaits, comme toi, parent, tu es imparfait.
Mais ils t’ont malgré tout aimé, peut-être mal,
mais même quand tu ne le méritais pas. Alors, même
si tu n’as plus d’affection pour eux, dis merci.
Et sais-tu quel verbe l’hébreu
emploie pour te dire “Honore tes parents” ? Un mot
plein d’audace et qui n’y va pas avec le dos de
la cuiller : le même verbe que pour dire gloire
à Dieu !
Alors, rends gloire à tes parents
et tes grands-parents, oui : gloire ! Il y a dans
ce que tu dois à tes parents quelque chose du même
ordre que ce que tu dois à Dieu, quelque chose qui
te dépasse. Et sais-tu quelle est l’étymologie de
ce verbe ? Elle est magnifique : “être lourd”, “donner
du poids”.
Voilà : donne du poids à tes parents,
ils t’ont donné la vie, et pardonne-leur s’ils n’ont
pas été ce qu’ils auraient dû ; donne de la gloire
à tes parents, ils t’ont aimé avant que tu ne le
mérites, et si tu le mérites aujourd’hui, c’est
au moins en partie grâce à eux…
L’ordre est inconditionnel, et
c’est en cela que cette 5ème Parole est unique parmi
les 10, tellement unique qu’elle est la seule à
commencer par un impératif et non un futur, comme
les autres : “Honore !”, et non pas “Tu honoreras’’,
comme : tu n’auras pas, tu ne feras pas… Nous ne
sommes plus dans l’enseignement ni le négatif :
“Si tu veux rester libre, alors tu n’auras pas,
tu ne feras pas…”, mais, pour cette unique fois,
dans le devoir : “Tu as reçu, alors tu dois !” On
ne te demande pas de les aimer, mais de les honorer,
même si tu crois ne pas les aimer.
Reconnais ta dette, tu as reçu
la vie, une identité, une culture, de l’amour ;
tu n’es pas ton propre absolu, tu n’es et ne seras
jamais un aboutissement ni une totalité ; tu n’es
pas tout seul mais héritier, dépendant et redevable,
tu n’es qu’un moment entre un passé qui t’a reçu
et un futur dont tu es co-responsable.
Tu dois – tu as une dette – et
tu peux, donc tu dois — tu as le devoir — à ton
tour de donner, de rendre, de transmettre et d’améliorer.
En honorant ainsi ta dette, tu enrichiras ta créance,
car tu permettras qu’à ton tour on reconnaisse et
on honore ce que toi-même auras donné. En honorant
ta dette c’est toi-même que tu honores.
D’ailleurs le Décalogue ne s’y
est pas trompé, qui d’abord ne te dit pas “Honore
ton père, le chef de famille, qui te donne ton nom
et ton clan”, mais te dit :“Honore ton père et ta
mère”, l’un et l’autre ensemble sur le même plan.
Surtout, comme il a l’esprit pratique,
le Décalogue a aussi pensé à l’avenir et la pérennité
du peuple : Honore ton père et ta mère, c’est à
dire, occupe-toi de tes anciens, pas seulement en
discours mais en actes ; et tes enfants, qui t’auront
vu prendre soin d’eux, prendront soin de toi, le
jour venu… C’est bien ce que dit cette Parole :
“Honore ton père et ta mère, et tes jours se prolongeront
dans le pays que Dieu te donne…”
Et soudain cette 5ème Parole s’élargit
à une dimension sociale, soudain nous nous souvenons
que notre dette n’est pas limitée à nos parents,
mais s’élargit à tout ce qui nous a reçu, un système
familial, économique, social ; une histoire, une
culture, une nation ; un passé et un avenir.
Ici, l’exemple, ou plutôt le contre-exemple
d’Absalom, fils rebelle de David, est éclairant.
Absalom était le troisième des nombreux fils de
David, mais le plus beau et le plus aimé de tous,
y compris de David. Absalom se voyait déjà succéder
au roi son père, et il y pensait tous les jours.
Mais David devenait vieux, et il était toujours
là, et il régnait toujours, et Absalom s’impatientait.
Alors, il tisse un réseau de partisans et organise
un coup d’Etat qui oblige David à fuir Jérusalem
avec ses fidèles. Absalom divise ainsi le pays,
couche avec les femmes de son père, désunit la prêtrise
et déclenche un début de guerre civile. Un vrai
chaos.
Absalom, littéralement “Père de
la paix”, était bien mal nommé… Mais il sera vaincu
par les troupes loyalistes de David, et à l’issue
de la bataille Absalom est tué par Joab, le général
de David. Qui, nous l’avons lu, en sera plus affecté
que réjoui par sa victoire, au grand dam de ses
fidèles.
Voilà comment, en cessant d’honorer
ses parents, qui eux ne cessent pas de nous aimer,
on cesse d’honorer tout ce qu’on a reçu, toute l’organisation
sociale qui nous a portés depuis toujours, on renie
sa dette insolvable, et on crée la confusion et
le chaos. Et il faudra que David surmonte sa peine
personnelle pour renouer le lien avec son peuple.
Bien sûr, on peut légitimement
changer l’ordre social. Bien sûr, on peut, on doit
combattre une autorité indigne, injuste ou illégitime.
Mais ne jamais oublier d’honorer tout ce à quoi
et tous ceux à qui on doit…
Et nous comprenons du coup pourquoi
cette 5ème Parole tient une telle position charnière
et stratégique. D’un côté, reconnaître tout ce qu’on
a reçu, de nos parents et de tout ce qui a entouré
et précédé nos parents, et donc ce qu’on a reçu
de Dieu lui-même, qui est à l’origine de tout ce
qui nous a précédé et nous a été donné. Et de l’autre
côté se préoccuper d’autrui, de nos vieux parents
mais aussi de cette société qui nous accueille et
nous porte, et de nos enfants pour prolonger la
chaine et honorer notre dette. A la fois reconnaître
ce qu’on a reçu et se préoccuper d’autrui : c’est
bien la charnière, l’articulation entre les quatre
Paroles concernant Dieu et les cinq concernant autrui.
Et c’est bien parce que nous sommes
ainsi à la charnière entre ce qu’on a reçu et autrui,
que nous sommes aussi dans la dimension sociale
et collective. Et qu’à nouveau cette 5ème Parole
est unique parmi les 10, parce qu’elle est la seule
à introduire cette dimension sociale, et non seulement
personnelle avec Dieu ou avec autrui.
C’est la seule dont l’horizon soit
la société : les 4 premières parlent de toi avec
Dieu et avec toi-même ; les 5 dernières parlent
de toi avec ton prochain ; mais celle-ci est la
seule qui parle de toi avec tes “sociaux”, comme
disait Paul Ricoeur, c’est à dire avec tous ceux
et celles qui précèdent et entourent ta vie, de
près, de loin ou de très loin, et envers lesquels
tu as des dettes. Et c’est d’ailleurs également
la seule des 10 Paroles, et ce n’est pas un hasard,
qui évoque le pays que Dieu t’a donné.
Exemple : Jésus à douze ans, au
Temple de Jérusalem, délaisse ses parents, Joseph
et Marie, pour s’occuper, dit-il , “des affaires
de son Père”, Dieu, et donc de sa mission dans le
monde. Mais en même temps, dès que ses parents reviennent
le chercher, il redevient un enfant respectueux
et obéissant. Il conjugue donc le respect envers
ses parents avec sa responsabilité vis-à-vis du
monde. Et c’est ainsi, ajoute la Bible, qu’il grandit
en force, en sagesse et en grâce…
Car honorer ses dettes, c’est aussi
assurer son propre avenir et son propre bonheur.
C’est ce que dit le décalogue dans l’Exode : “Honore
ton père et ta mère et tes jours se prolongeront
dans le pays que Dieu te donne”. C’est ce que dit
aussi le Décalogue dans le Deutéronome, en ajoutant
: “Et tes jours se prolongeront et tu seras heureux
dans le pays que Dieu te donne”.
En un mot : “Tu es en dette. Rends
un peu, tu recevras. Plus encore”
Reste une question. Rendons-nous
?
Oui, bien sûr. A travers nos enfants.
A travers nos engagements, sociaux, professionnels,
culturels. A travers nos engagements dans l’Eglise.
A travers nos gestes de générosité, de bonté, de
gratuité et même de beauté.
Mais rendons-nous assez ?
Non, bien sûr. Notre dette est
insolvable. A l’évidence, nous n’honorons pas notre
dette, pas plus celle envers nos parents que celle
envers Dieu, que celle envers la société qui nous
porte.
Nous ne faisons pas assez pour
Haïti, pour les réfugiés qui frappent à nos frontières,
pour nos SDF, ou pour les jeunes de ces fameux quartiers
de banlieue, pour les plus fragiles psychologiquement
ou matériellement au milieu de nous, y compris au
sein de nos Eglises. Nous ne faisons pas assez pour
que ce monde aille un peu mieux, pour que notre
propre société aille un peu mieux.
Moi, je ne fais pas assez pour
tout cela. Je ne fais pas assez pour les moins heureux
de notre communauté protestante ici même ; ou pour
les victimes de ce monde auquel je dois tant…
C’est évident.
Mais une autre voix me murmure
et te murmure :
“Veille sur tes parents. Veille
sur tout ce qui dépend de toi ou peut dépendre de
toi.
Mais tu as un autre Père, c’est
moi, qui t’aime quelle que soit ta dette, non seulement
ta dette d’humain, mais ta dette de coupable, puisque
tu l’es peut-être.
Un Père, moi, qui t’accueille dans
sa famille, avec tes dettes et avec tous tes efforts,
et qui te dit : “Fais tout ce que tu peux. Et pour
le reste, accepte mon amour. Mon fils Jésus est
venu te le dire, en t’apprenant que ta famille est
plus large que ta famille, quand il disait : “Ma
mère, mes sœurs, mes frères ? Ce sont ceux qui écoutent
la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique.”
Tu
ne tueras pas
Dimanche14 février 2010. Simon Wiblé
Lectures : Genèse
4, 1-9 Matthieu 5, 17.21.22 Luc 10, 30-37
Nous avons différents comportements
face à la loi.
Prenons une situation qui vous
est peut-être familière :
Quelqu’un, (appelons-la NN.) est
en train de discuter avec des amies sur le trottoir.
Elle gêne la circulation de piétons
qui sont obligés de descendre sur la chaussée
pour les éviter. Un homme âgé
demande à Juliette si elle peut se déplacer
de 50 mètres pour aller discuter sur une
place.
Imaginons 4 réactions possibles
: Comment réagirait, un enfant, un adolescent,
un adulte et un pervers ?
NN. enfant. Relativement obéissante.
Elle va faire ce que la personne âgée
lui demande et ira discuter un peu plus loin.
NN. adolescente. Elle a un peu
plus de mal avec les règles et les conventions.
Elle critique et cherche à tout contourner.
Elle répond que le trottoir est à
tout le monde et qu’elle ne voit pas pourquoi ce
serait à elle de se déplacer
NN.adulte, elle, fait l’effort
de respecter les règles. Elle prie la personne
âgée de bien vouloir l’excuser car
elle n’avait pas vu qu’elle gênait.
NN., perverse. Elle ne tient compte,
ni des lois, ni des autres. Elle répond en
haussant la voix. Elle demande à la personne
âgée si elle est contre les femmes
et affirme qu’on voit bien qu’elle n’a jamais eu
d’enfants.
La loi dans la vie, dans la société,
sur la route, dans les airs, sur la mer
Les règles du jeu.
Charte, règlement, règles
de vie, contrat dans le quotidien des enfants (famille,
école, cantine, association sportive, louveteaux,
…)
Contrainte, vivre ensemble, liberté,
… force et faiblesses.
Le mot Torah, en hébreu,
que l’on traduit par Loi signifie « montrer
le chemin ». C’est à la fois le décalogue
et le nom donné aux 5 premiers livres de
la Bible (Genèse, Exode, Lévitique,
Nombres et Deutéronome, n’est-ce pas les
catéchumènes ?)
Quand on dit Torah, on dit en même
temps le commandement que Dieu nous adresse et l’histoire
de Dieu qui crée, qui libère et qui
accompagne son peuple. C’est parce que Dieu libère
qu’il parle, qu’il « commande ». C’est
parce que nous sommes libérés que
nous pouvons écouter son commandement.
Il faut comprendre les conditions
dans lesquelles la Loi montre la vie
Les quatre premières paroles
permettent de faire la différence entre Dieu
et les hommes :
Dieu dit : Moi seul t’ai libéré.
Tu n’auras pas d’emprise sur moi.
Ni par l’imaginaire (l’idole)
Ni par le langage (prendre le nom
en vain)
Ni par les œuvres (le sabbat)
Les six dernières paroles
sont des règles que l’on retrouve dans toutes
les cultures (la vie, les mœurs, la société)
La loi de Dieu n’est pas prescription
mais parole donnée :
Ainsi, je me rends compte que je
ne suis pas Dieu,
Je ne peux pas faire de Dieu ce
que je veux
Entre Dieu et moi, il n’y a pas
continuité mais parole.
En empêchant la confusion
(Dieu interdit à son peuple et donc à
tout homme de se confondre avec lui), la loi permet
le dialogue
Je vais vous parles de la catéchèse
juive et vous lire un court passage du Deutéronome
(Dt 6, 20-24)
20 Plus tard, vos enfants
vous demanderont : « Pourquoi est–ce que le
SEIGNEUR notre Dieu vous a donné ces enseignements,
ces lois et ces règles ? »
21 Vous leur répondrez
: « Nous étions esclaves du roi d’Égypte,
mais le SEIGNEUR nous a fait sortir de son pays,
par sa grande puissance.
22 Le SEIGNEUR a fait devant
nous de grandes actions, des actions vraiment frappantes.
Ainsi, il a fait venir le malheur sur le roi d’Égypte,
sur sa famille et sur tout son peuple.
23 Et nous, il nous a fait
sortir de là–bas pour nous conduire dans
le pays qu’il veut nous donner, comme il l’a promis
à nos ancêtres.
24 Le SEIGNEUR nous a commandé
d’obéir à toutes ces lois et de le
respecter. Alors, nous serons toujours heureux,
et il nous gardera en vie, comme nous le sommes
aujourd’hui.
L’objectif premier des commandements
est de conserver la vie, de rendre et maintenir
l’homme libre et heureux. C’est un canal de la vie
et de la liberté.
Le commandement d’aujourd’hui,
c’est le 6ème : c’est « tu ne tueras
pas »
Et derrière cette formulation
« tu ne tueras pas », nous pouvons commencer
à entendre la résonance extraordinaire
de l’affirmation de la vie.
Pas de meurtre, ni d’adultère,
ni de vol. Tu ne tueras pas. Ton prochain vivra
et tu vivras avec lui.
A l’époque, la vie d’un
esclave avait moins de valeur que celle d’un homme
libre. Celle d’une personne ordinaire, moins qu’un
notable.
« Tu ne commettras pas de
meurtre » = « assassiner » ?
Le verbe hébreu ne sous-entend
pas de préméditation, il n’y pas de
caractère volontaire. Il s’agit donc d’un
meurtre par négligence ou inadvertance. Paradoxe
?
Cela signifie qu’il y a d’autres
façons de tuer qu’avec un couteau ou un revolver.
A cet instant, surprise ! Les enfants
se mettent à vouloir réagir et lèvent
le doigt. S’en suit un échange stupéfiant
où les enfants font la liste de toutes les
façons dont on peut tuer quelqu’un, sans
utiliser de couteau ou d’armes à feu. Tout
y passe : pendaison, empoisonnement, asphyxie (gaz
ou étouffement), strangulation et même
… tuer par personne interposée, pousser quelqu’un
à se suicider par exemple !
Ce commandement tente de limiter
la violence illégale et arbitraire au sein
du peuple d’Israël pendant la totalité
de l’Exode = libération.
L’hébreu dit : tuer, c’est
donner soi-même, volontairement ou involontairement
la mort à un autre homme. Ce 6ème
commandement vise donc les comportements qui, directement
ou non, occasionnent la mort d’autres êtres
humains.
Tu ne peux pas être le dieu
de ton frère, son juge ou son maître.
Il n’y a qu’un seul Dieu : l’Eternel.
Derrière cette interdiction,
il y a un puissant appel à la vie et à
s’engager en faveur de tout ce qui va dans ce sens.
Il y a une promesse : le droit
de vie ou de mort sur quelq’un ne passe plus par
l’individu seul, selon son bon vouloir mais par
la médiation de la justice. Ce commandement
interdit à chacun de se croire dieu pour
l’autre, d’être un dieu pour l’autre.
Non pas pour construire son salut
(pour être sauvé) mais parce que Dieu
a déjà offert son salut (tu as déjà
été sauvé), c’est à
toi de t’en rendre compte, à l’humanité
et qu’il offre pour chacun un chemin de libération,
une parole de libération qui lie, qui rend
solide. Dieu n’a de cesse de faire alliance avec
nous
Avant de commander, Dieu a sauvé,
avant d’exiger, il a donné. La liberté
implique-t-elle le respect de certaines règles
? Les 10 paroles sont une promesse pour le croyant
libéré en Christ.
Exigence de l’amour solidaire (comme
le cœur, les entrailles du samaritain)
Et de la charité fraternelle,
voir Mt 5, 21.22.
Caïn a tué son frère
car il était affreusement jaloux. Abel ne
parle pas, déficit de paroles (tu parleras
à ton frère).
Nous sommes dans une logique de
vouloir posséder ce que l’autre possède
(c’est notre côté exclusif). Un bien
n’est désirable que tant qu’il est désiré
par l’autre.
Jésus explique qu’on peut
tuer quelqu’un avec des paroles.
Il y a en effet plusieurs façons
de « tuer » son prochain (cf l’expression
« Ouaouh, là, je t’ai tué !
» = je te laisse sans réponse, tu ne
peux rien dire, rien faire, la honte est sûr
toi !)
Tuer quelqu’un, par la parole qui
accuse, le mépris, l’oubli, le mensonge,
la moquerie. Bibliquement, la mort, c’est l’homme
replié sur lui-même, qui ne peut plus
ou ne veut plus être avec les autres.
Jésus, et c’était
la troisième lecture de ce jour, appelle
à reconnaître chez un samaritain, son
prochain, son semblable, alors qu’à son époque,
les juifs ne voulaient rien avoir à faire
avec les Samaritains. La mort, ce n’est pas quand
je n’existe plus, c’est quand les autres n’existent
plus pour moi.
Je terminerai cette prédication
en vous racontant une histoire très courte.
Un vieux rabbin demande à
ses élèves à quoi l’on peut
reconnaître le moment où la nuit s’achève
et où le jour commence.
- Est-ce quand on peut distinguer
sans peine de loin un chien d’un mouton ?
- Non dit le rabbin
- Est-ce quand on peut distinguer
un dattier d’un figuier ?
- Non, dit encore le rabbin
- Mais alors, quand est-ce
donc ? demandent les élèves.
Le rabbin répond :
- C’est lorsque en regardant le
visage de n’importe quel homme, tu reconnais ton
frère ou ta sœur … Jusque-là, il fait
nuit dans ton cœur.
Amen
Tu
ne commettras pas d'adultère
Dimanche 21 février 2010. Jean-Paul Morley
Lectures : Lévitique
20 : 10 Mathieu 5 : 27-28 Juges 8
: 2-12 Cantique
des cantiques 1 : 1-4
Tu
n’auras pas d’autre Dieu que moi ;
Tu
ne te feras pas d’idoles ;
Tu
ne prendras pas en vain le nom de Dieu ;
Tu
respecteras le sabbat ;
Honore
ton père et ta mère ;
Tu
ne tueras pas ;
Tu
ne commettras pas d’adultère ;
Tu
ne voleras pas ;
Tu
ne feras pas de faux témoignage ;
Tu
ne convoiteras pas…
Dimanche dernier, Simon Wiblé
terminait sa prédication par une histoire
de rabbin. Aujourd’hui, je commencerai donc par
une histoire de rabbin, qu’un membre de la synagogue
vient trouver ;
- Rabbi, vendredi soir,
à l’office de Sabbat, quelqu’un m’a volé
ma montre…
- Impossible,
dit le rabbin, ce sont tous des purs, des justes
!
As-tu une idée de qui ça
peut être ?”
- Non,
non, vraiment pas…
- Alors
voilà ce que tu vas faire : vendredi prochain,
au même office, tu vas réciter les
Dix Paroles, et quand tu arriveras à : “Tu
ne voleras pas”, quelqu’un fondra en larmes et te
rendra aussitôt ta montre…”
La semaine suivante, le rabbin
rencontre le même homme :
- Alors
tu as retrouvé ta montre ?
- Oui,
oui, mais ce n’est pas exactement comme cela que
ça s’est passé. J’ai commencé
à réciter les Dix Paroles, et c’est
quand je suis arrivé à “Tu ne commettras
pas d’adultère”, que je me suis souvenu
que je l’avais laissée sur la table de nuit
de Madame Cohen…”
Juste une blague ? Oui, mais on
a un peu honte pour cet homme, et surtout lui-même
a honte de lui, puisqu’il préfère
échafauder une improbable hypothèse
de culpabilité d’autrui, plutôt que
de regarder la sienne en face …
Alors, oui, l’adultère est
un vrai sujet ; celui du jour !
Aujourd’hui donc, septième
de nos dix Paroles. Avec la sixième, dimanche
dernier, “Tu ne tueras pas”, nous avons commencé
la deuxième partie de ce Décalogue,
la deuxième table, celle qui concerne tes
relations avec autrui. Et nous continuons ce matin
avec la septième de ces Dix Paroles, créatrices
non de contrainte mais de liberté.
Une Parole apparemment ringarde
aujourd’hui : “Tu ne commettras pas d’adultère”.
“ Je suis le Seigneur, ton Dieu,
qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, où
tu étais esclave. Tu n’auras pas d’autre
Dieu que moi. Tu ne commettras pas d’adultère…”
Voici une Parole bien indiscrète,
qui touche au plus privé de la vie privée
! Oui, mais la Bible en parle, Jésus en parle,
et cela a quelque chose à voir avec la foi.
Non pas tant avec la morale, mais pour ce
que cela met en jeu en nous.
Rappelons toutefois dans un premier
temps que, en entrant dans la deuxième partie
du Décalogue, qui concerne autrui, nous sommes
entrés dans les cinq avertissements moraux
qui sont d’abord, tout simplement, une règle
morale de base, universelle ; une balise qui traverse
les temps et les cultures, comme cinq rappels ou
cinq avertissements, cinq bornes simples et claires
à prendre et à suivre au premier degré
: tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère,
tu ne voleras pas, tu ne feras pas de faux témoignages,
et, plus subtil, tu ne convoiteras pas.
Et ces cinq repères ou ces
cinq bornes, elles sont bonnes pour toi, telles
quelles, tous les jours et au premier degré,
pour ta propre gouverne et ton propre comportement.
Prends-les comme règle pour toi, c’est bon
pour toi et pour ta vie.
Ce petit rappel posé avec
force et tranquillité, attaquons-nous à
l’adultère. C’est à dire à
la fidélité, pas à la morale
sexuelle. La morale sexuelle, le Premier Testament
en parle beaucoup. S’il chante, avec le Cantique
des cantiques, l’éblouissement des corps
et l’ivresse amoureuse, il édicte aussi un
certain nombre de normes rigoureuses en la matière.
Il condamne ainsi l’inceste, l’homosexualité,
la sodomie, le viol, la bestialité, le plaisir
solitaire, sans parler de toutes les restrictions
concernant la pureté et l’impureté…
C’était aussi la fonction sociale du Premier
Testament : structurer une morale collective pour
un peuple et une société.
L’apôtre Paul parle aussi
de morale sexuelle, de façon assez stricte,
quoique beaucoup moins légaliste et beaucoup
moins machiste qu’on a bien voulu le dire par la
suite. Car Paul est aussi celui qui prône
une absolue réciprocité et égalité
dans les relations de corps à corps entre
une femme et un homme. Ce n’est pas encore toujours
acquis de nos jours, et ce l’était encore
moins à l’époque…
Quant à Jésus, la
morale sexuelle, il s’en moque. Il ne s’y intéresse
pas, n’en dit pas un mot, ne porte aucun jugement
d’aucune sorte sur le mode de nos relations physiques,
ni sur le type de partenaires de notre vie intime,
pas davantage sur l’importance ou non des liens
légaux. Rien. Pas un mot. Ici la rupture
avec le Premier Testament est totale. C’est pour
cela que, comme on le sait, le protestantisme ne
condamne ni les relations sans mariage, ni la contraception,
ni l’avortement, ni le divorce, ni l’homosexualité,
mais appelle simplement, dans chacun de ces domaines,
à la responsabilité. Et le protestantisme
condamne évidemment toute sexualité
qui violente ou exploite un individu, femme, homme
ou enfant.
Mais si Jésus ne s’intéresse
jamais aux modalités de notre sexualité,
en revanche il parle de fidélité.
Comme le Décalogue. Et en prenant nos désirs
à leur racine, dès la naissance de
nos fantasmes : “Tout homme, dit Jésus, qui
regarde la femme d’un autre pour la désirer
a déjà commis l’adultère avec
elle dans son cœur”. Jésus est ainsi encore
beaucoup plus radical que l’ancienne Loi, et la
réalise, une fois de plus, en la dépassant
infiniment.
C’est là que la sexualité
commence à avoir à faire avec la foi.
Pas à cause de la morale, comme on le croit
habituellement et comme certaines Eglises continuent
de s’y empêtrer, mais à cause de ce
que cela touche en nous-mêmes.
C’est que le désir, notre
désir physique, vise toujours sans l’avouer
un absolu, au delà de lui-même ; il
attend toujours plus ou moins quelque chose de total,
d’absolu, un achèvement ou une plénitude.
Malgré nous, dans cette relation privilégiée
à l’autre désiré, dans le plaisir
espéré, s’introduit subrepticement
une attente qui dépasse amplement ce que
peuvent nos corps et le plaisir possible et partagé.
C’est pour cela que, si souvent, on voudrait plus,
on rêve de plus, de mieux, on rêve de
nouveauté, on rêve d’autre chose, et
que, même si, âge aidant, on a moins
d’illusions, on a quand même la nostalgie
de quelque chose de total. Et c’est pour cela qu’on
est si souvent déçus, passés
les précieux et bienheureux commencements.
Et c’est pour cela que le domaine
de la sexualité, s’il est un extraordinaire
don de Dieu et un miraculeux domaine d’émerveillement
réciproque, est aussi un des domaines de
l’illusion. Et c’est pour cela, que dans le domaine
de la sexualité, il n’y a pas d’autre solution…
que le renoncement. Non pas la rigueur ou l’ascétisme
d’une chasteté totale, sauf vocation particulière,
mais la fidélité. Qui est un renoncement,
par option pour la vie et pour la transparence de
l’amour, simplement pour renoncer à l’illusion.
Parce que l’illusion est du côté de
l’idole, et que l’idole est du coté de la
mort.
Jésus ne dit pas autre chose
: quand il dénonce le simple regard de convoitise
en le traitant d’adultère, d’abord il a raison,
et puis il montre à la fois que l’amour du
couple relève de l’absolu, qu’il est total,
entier, et ne se partage pas, malgré tous
ses aléas, et que cet absolu est totalement
hors de notre portée. Parce que nous désirons
bien sûr tous en dehors de nos engagements,
il suffit du regard – qu’on songe aux larges collerettes
des nonnes de jadis, ou plus tragiquement à
la burka. Et la plus austère des disciplines
intérieures n’y peut pas grand’ chose…
Là se précise le
parallèle entre l’amour d’un couple et la
foi : l’un et l’autre sont attente et appel d’un
absolu, l’un et l’autre apparaissent hors de notre
portée. Comme pour la foi, Jésus désigne
le bien, le but, l’horizon, qui sont de vivre ce
à quoi nous-mêmes aspirons : un amour
total. Et c’est au nom de cet amour total que Jésus
nous invite à la fidélité absolue,
en amour comme en foi. Pas une fidélité
extérieure – on peut être formellement
fidèle tout en étant accro aux
sites pornos d’internet. Mais une fidélité
intérieure qui se tient à la racine
même de notre relation amoureuse et de notre
désir.
Pourquoi Jésus invite-t-il
à une fidélité aussi radicale
? Pas pour la morale dont Jésus ne se soucie
guère, mais pour respecter notre propre amour,
notre propre relation, notre propre appel vers l’absolu
de cet amour, pour nous respecter nous-mêmes.
C’est de cette fidélité que dépend
la qualité de notre relation, et donc de
nous-mêmes.
Si tu trompes ton compagnon ou
ta compagne, tu trahis celui ou celle non seulement
avec lequel tu as vécu, partagé, construit,
peut-être donné la vie ; mais celui
ou celle avec lequel tu as espéré,
voulu, regardé vers l’avenir, promis, engagé
une vie conforme à ce qu’ensemble vous avez
rêvé et espéré de meilleur
pour vous-mêmes et de plus digne de vous.
Plus encore : de même que
si tu tues quelqu’un, c’est ton frère que
tu tues, comme Caïn tuant Abel, et c’est donc
toi-même que tu tues, de même, en trompant
ton compagnon ou ta compagne, c’est toi-même
que tu trompes et que tu trahis ; c’est ton espoir,
ton propre projet, ta promesse envers toi-même,
ton propre rêve et ta propre vie que tu trahis.
C’est la qualité profonde de ton être
qui dépend de la qualité de ta relation
à l’aimé. Et ta fidélité
est nécessaire pour chasser tout brouillard,
toute fissure entre toi-même et ton propre
amour, entre toi-même et ton aimé ;
ta fidélité est nécessaire
pour qu’existe cette transparence, cette immédiateté
et cette esquisse d’absolu entre elle ou lui et
toi, que toi-même appelles de tes vœux.
Etre fidèle, pour l’autre.
Etre fidèle, pour soi-même.
Etre fidèle, par amour de
l’amour.
Une fidélité qui
passe tout naturellement par un sacrifice, un renoncement.
Pas au début, bien sûr, où tout
est facile. Mais avec le temps. C’est cela, ce renoncement-là,
que signifie l’image de l’œil ou de la main arrachés.
Pour mieux comprendre cette parole brutale de Jésus
, il suffit d’entendre « ta vie » au
lieu de « ton corps » : ‘il vaut mieux
pour toi renoncer à une belle aventure que
d’être jeté tout entier dans l’enfer
d’une double vie…’
Parce qu’il y a un coût à
l’amour, un prix. Mais c’est un coût heureux.
Et finalement pas si difficile, comparé à
ce qu’il offre. Il est vrai qu’on peut servir deux
ou trois dieux, qu’on peut aimer deux ou trois amants
ou amantes. On peut. Mais on s’abime de l’intérieur,
on se défait, on se désunit intérieurement.
Nous le voyons, l’invitation du
Décalogue et de Jésus à la
fidélité en amour est bien la même
que leur invitation à la fidélité
au Dieu qui nous a rendu libres, à la fidélité
de la foi. L’amour d’un homme et d’une femme est
réellement une parabole de l’amour de Dieu
pour son peuple. Une image que la Bible reprend
souvent en accusant le peuple infidèle de
se prostituer à de faux dieux, à des
illusions. D’ailleurs les deux mots de fidélité
et de foi viennent du même terme latin, fides…
Mais avec cette exigence de fidélité,
la barre est-elle trop haut placée ? Oui,
à l’évidence. Cette fidélité
est hors de notre portée, nous l’avons dit.
D’autant que la fidélité n’est surtout
pas un exploit à réaliser : deviendrait-elle
un effort à s’imposer, un but à atteindre,
et non plus une joyeuse évidence intérieure,
que l’échec en serait d’office assuré.
Elle n’est pas un exploit héroïque à
accomplir, ni même un devoir, mais un plus
d’être proposé et voulu, une direction
à reconnaître et à accepter,
avec son prix, pour pouvoir la recevoir.
Parce que la fidélité
ne se conquiert pas, elle se reçoit, comme
la grâce, comme une grâce. Un amour
vécu dans la durée, une fidélité
réalisée, ne peuvent qu’être
espérés, voulus, et reçus.
Comme la foi. La grâce seule peut nous permettre
de vivre l’une comme l’autre ; la grâce seule
peut nous donner un amour qui se survit à
nos propres fissures.
Mais en cas d’échec, de
l’amour, de la fidélité ou de la sexualité
? Il n’y a pas de condamnation, pas plus que pour
la femme adultère, jetée — sans son
comparse, vous l’aurez remarqué ! — aux pieds
de Jésus. En cas d’échec, c’est un
échec. Que ni le Christ ni l’Eglise ne condamnent,
mais qui, comme tous nos échecs, nous rappelle
en plein cœur et en pleines entrailles, avec une
cruauté particulière, que nous sommes
pêcheurs, faillibles, et le restons. Avec
une cruauté particulière, parce que
c’est notre espoir d’absolu qui est trahi.
Toutefois, comme pour la femme
adultère, avec cette parole qui est l’une
des plus belles que Jésus ait prononcées
et l’un des plus extraordinaires résumés
du pardon : “Moi, non plus, je ne te condamne pas
; va et ne pêche plus”, Jésus nous
invite à croire à nouveau, à
y croire à nouveau, à recommencer
et à ne plus flancher. C’est à dire
à redevenir prêts à recevoir
ce que Dieu nous a toujours proposé, et est
prêt à nous donner : amour, fidélité
ou autre grâce. Y compris accepter le prix
du renoncement, le coût de la fidélité.
Prêts à continuer d’espérer
l’absolu, et en particulier la beauté d’un
amour transparent, sûr, sans rien de double,
de tordu ou de faux, un amour magnifique à
vivre dans la durée et dans le don, comme
beaucoup le savent parmi vous, puisqu’ils le vivent,
et savent donc que c’est possible…
Tu ne commettras pas d’adultère
: s’il t’a été proposé, respecte
ce cadeau unique, irremplaçable et sans égal,
de la relation privilégiée qui peut
exister entre un homme et une femme.
C’est bien ainsi que tu seras libre.
Et heureux.
Amen
Tu
ne voleras pas
Dimanche 7 mars 2010.Simon Wiblé
Lectures : Deutéronome
24, 7 Lévitique 25, 35-39 Galates
3, 23 à 4, 7
Prière d’illumination
7 Je te demande deux choses ; ne
me les refuse pas, (avant que je meure !)
8 Eloigne de moi l’illusion
et la parole mensongère ; ne me donne ni
pauvreté, ni richesse ; accorde–moi le pain
qui m’est nécessaire,
9 de peur qu’étant
rassasié, je ne te renie et ne dise : «
Qui est le SEIGNEUR (YHWH) ? » Ou que, pauvre,
je ne commette un vol et ne porte atteinte au nom
de mon Dieu. Proverbes
30, 7-9
Prédication
Cette parole (la 8ème) fait
partie d’un ensemble de 3. La série : «
homicide, adultère, vol », nous la
retrouvons chez les prophètes Osée
et Jérémie, ainsi que dans le livre
de Job, et aussi dans les lois de l’ancien Orient.
Elle vise deux types d’interdit
:
1. Interdiction
générale de dérober le bien
d’autrui
2. Interdiction
de s’emparer de quelqu’un pour le réduire
en esclavage = la façon dont nous traitons
notre prochain
Voler ? Ce n’est pas beau, ce n’est
pas bon !
D’accord, c’est simple. Mais au
fond, ce commandement ne soulève-t-il pas
de nombreuses questions ? Ne pas voler dans les
magasins, ne pas voler sa compagnie d’assurance,
ne pas voler le fisc, ne pas voler sa part de solidarité
à la vie de l’Eglise en laissant un autre
le faire pour soi, …
Il y a en effet un risque de passer
à côté de ce commandement si
l’on se considère un peu trop rapidement
« en règle » avec celui-ci, si
on mène une vie honnête et droite
Il y a une tradition bien attestée
de l’exégèse juive : ce commandement
interdirait de s’emparer des personnes pour les
réduire en esclavage ; ce commandement vise
donc tout ce qui peut s’opposer à la liberté
d’autrui.
Qui enlève un homme – qu’il
l’ait vendu ou qu’on le trouve en sa possession
– sera mis à mort - Cf. Dt 24, 7 (// Exode
21, 16) et l’histoire de Joseph, vendu par
ses frères à de Madianites qui descendaient
en Egypte - Genèse 37, 25-30 .
Il faut penser : enlever, voler
… un homme ! (un citoyen)
Les paroles 6, 7, 8, 9 et 10 permettent
d’affirmer les droits fondamentaux des israélites
:
Sa vie, son mariage, sa liberté,
sa réputation et sa propriété
(Ex 20, 13-17)
« Tu ne voleras pas »
: ce commandement vise toutes les sortes de vol
:
Vol d’animaux et d’objets, séquestrations
de personnes en de rares cas (Dt 24, 27)
Dans les livres des prophètes
Osée et Jérémie, le vol est
considéré comme une transgression
des engagements de l’alliance entre Dieu et son
peuple.
Dans le Nouveau Testament, le vol
est censuré et considéré comme
un acte d’égoïsme car le voleur profite
d’autrui et se sert de lui, sans respecter ses droits.
C’est ce qu’il y a de plus opposé à
l’esprit chrétien d’amour, de don et de service
Ephésiens 4, 28 : «
Celui qui volait, qu’il cesse de voler ; qu’il prenne
plutôt la peine de travailler honnêtement
de ses mains, afin d’avoir de quoi partager avec
celui qui est dans le besoin »
La bible hébraïque
est pleine d’humour car elle réserve même
quelques versets « anti-vol »
1 Si tu vois s’égarer
le bœuf de ton frère, son mouton ou sa chèvre,
tu ne t’esquiveras pas : tu ne manqueras pas de
les ramener à ton frère.
2 Si ton frère n’habite
pas près de toi, et que tu ne le connaisses
pas, tu recueilleras l’animal dans ta maison, et
il restera chez toi jusqu’à ce que ton frère
le réclame ; alors tu le lui rendras.
3 Tu feras de même
pour son âne, tu feras de même pour
son manteau, tu feras de même pour tout ce
que ton frère a perdu et que tu as trouvé
; tu ne pourras pas t’esquiver.
4 Si tu vois l’âne
de ton frère ou son bœuf tomber en chemin,
tu ne t’esquiveras pas : tu l’aideras à le
relever. Dt
22, 1-4
La Loi a différentes traductions
: surveillant, pédagogue, précepteur,
…
La Loi me révèle
mon imperfection, mon péché et en
même temps m’indique comment vivre ma liberté
d’enfant de Dieu justifié
Pour grandir, l’enfant a besoin
de repères, de guides, de garde-fous. Les
règles et les lois sont utiles. Il faut ensuite
parvenir a peser le pour et le contre pour une vie
la plus pondérée et équilibrée
possible. Devenir adulte et responsable.
L’éclosion de fondamentalismes
de toutes sortes interroge car les adultes d’aujourd’hui
semblent régresser vers plus de lois, plus
de cadres, plus de procédures, plus dé
catégories, plus de limites. L’apôtre
Paul, dans sa lettre aux Galates, nous appelle comme
il appelait ses correspondants à la réflexion
personnelle et la responsabilisation spirituelle.
C’est seulement ainsi que nous pourrons vivre une
relation filiale avec Dieu ; heureuse, parce que
librement choisie.
Une des questions les plus importantes
pour nos contem¬porains et pour nous-mêmes,
c'est sans doute la question de l'identité
: qui suis-je ? Bien sûr, elle n'est pas souvent
formulée si directement, mais elle est sous-jacente
à beau¬coup de nos actions et réactions.
Les évolutions de la société
moderne ont, en effet, mis en question les repères
identitaires traditionnels. J'en cite rapidement
quelques-uns…
Je pense d'abord à l'identité
par les racines :
La mobilité géographique
a entraîné la perte des racines. Regardez
le succès rencontré par les recherches
généalogiques, les travaux sur l’histoire
et la culture, la mise en avant des terroirs, du
patrimoine.
Mais cela peut aller aussi jusqu'à
la crispation identitaire qui peut se traduire en
intégrismes religieux ou en xénophobie,
autour d'une identité « mythifiée
» prétendu¬ment pure, éternelle,
incontestable,... et on en arrive au racisme !
Il y a aussi la perte de la racine
familiale. On était quelqu'un parce qu'on
était le « fils de quelqu'un »,
ou « le frère de quelqu'un »,
« de la famille de quelqu'un ». Identité
parfois lourde à porter, mais qui donnait
à chacun une place dans une histoire et dans
un groupe social.
Aujourd’hui, les familles, quand
elles ne sont pas éclatées, sont réduites
au minimum :
le père, la mère
et les enfants, le temps de l'éducation de
ces derniers.
Il y a enfin la perte de l'identité
par la fonction sociale, le métier. On était
le boulanger, le boucher, le pasteur... parfois
de père en fils, et cela donnait à
chacun une utilité, une légitimité,
une raison d'être sociale. Or, on change aujourd'hui
de plus en plus de métier pendant sa vie
professionnelle. Et on s'y investit sans doute moins,
en réservant du temps pour une vie familiale
ou personnelle, tout autre. Et n'oublions pas que
la montée du chômage a privé,
parfois très douloureusement, beaucoup de
nos contemporains, de cette dimension sociale de
leur identité.
Il faut dire aussi que nous aspirons
aujourd'hui à une identité autonome.
Chacun se voit d'abord comme un sujet actif, indépendant,
libre, et non pas comme un membre d'une famille
ou d'un groupe. Et on distingue en général
nettement ce qui est du domaine public et ce qui
est personnel, le « privé »,
où on n'accepte pas que les autres, la société,
l'Etat, les institutions,... prétendent intervenir
: ce que je fais chez moi, ma vie personnelle, affective,...
ça ne regarde personne !
Ces revendications ont mis en question
en particulier les propositions traditionnelles
d'identité chrétienne. Je pense par
exemple à la manière dont l'affirmation
théologique de notre qualité de «
fils de Dieu » était traduite en identité
de « fils de l'Eglise ».
Dans l'Eglise, le fidèle
pouvait construire son identité, dans une
communauté où il était connu
et reconnu, et par rapport à des modèles
qui lui étaient proposés.
On voit combien la revendication
moderne d'autonomie, y compris parmi les chrétiens,
met tout cela en question.
Qui suis-je ? Beaucoup se contentent
alors de réponses de substitutions.
Par exemple, la réponse
de la conformité : métro, boulot,
dodo (devant la télévision allumée
(!)... : on se fond dans la masse, on s'identifie
aux autres, on fait ce qu'ils font, on pense ce
qu'ils pensent,... et on finit par vivre, en quelque
sorte, par procuration devant son écran de
télévision ou d’ordinateur, comme
spectateurs des débats, des aventures ou
des fêtes des autres !
D'autres réagissent en survalorisant
ce qu'ils imaginent être leur identité,
personnelle, familiale ou nationale, en oubliant
qu'une identité, ce n'est pas une donnée
fixe, une caractéristique immuable, qu'il
faudrait sauver de la me¬nace que représentent
les autres, mais que c'est une relation aux autres,
une vie.
Qui suis-je ? Qui sommes-nous ?
C'est donc la recherche de beaucoup.
La foi chrétienne est-elle
capable aujourd'hui de nous aider à construire
notre identité ? Que nous propose l'Evangile
?
Construire son identité
en Christ
Dans l'épître aux
Galates, pour défendre la liberté
chré¬tienne face à tous les légalismes,
y compris religieux, Paul réfléchit
à cette identité reçue par
la foi en Christ.
Vous êtes tous fils de Dieu,
unis à Christ, et avec lui héritiers
de Dieu.
Cette identité nous est
affirmée, déclarée : “Vous
êtes fils de Dieu”. Paul ne reconnaît
pas par là une qualité qui aurait
été acquise par une initiation spéciale
ou une ascèse particulière ; il ne
s'adresse pas à une élite spirituelle,
mais à tous les membres de la communauté
chrétienne.
Ce qu'il fait, c'est simplement
lire l'histoire de la Croix : en revêtant
jusqu'au bout notre humanité, le Christ nous
a pris avec lui ; nous sommes ses frères
adoptifs, nous aussi fils de Dieu.
La foi, c'est simplement recevoir
la parole de la Croix qui nous met en place devant
Dieu, qui nous fait entrer dans une relation vraie
avec lui, au travers même de nos difficul¬tés,
de nos doutes et de nos révoltes : nous sommes
fils de Dieu, fils adoptifs en Christ.
En Christ, fils de Dieu : si cette
identité-là nous est donnée,
elle l'est aujourd'hui comme elle
l'a été hier.
L'identité a besoin de mémoire.
Nous avons chacun notre part de mémoire qui
nous façonne. Même si, comme je le
disais tout à l'heure, nous avons tendance
à perdre nos racines, nous avons une mémoire,
consciente ou non, de ce que nous avons été,
de notre histoire, au moins de notre histoire récente.
La difficulté, c'est que
plus notre mémoire est courte, plus elle
risque d'être inquiétante pour notre
identité (“je suis un raté”) ou culpabilisante
(“je suis mauvais”) ou au contraire discriminatoire
(“je suis meilleur que l'autre”).
Dans la Bible, chaque fois qu'Israël
se pose des questions sur son identité, il
est renvoyé à une mémoire fondamentale,
celle de l'histoire du salut.
C'est par exemple un des grands
thèmes du livre du Deutéronome : regardez
votre histoire, regardez les délivrances
accordées, les signes donnés. Re¬gardez
ce que vous êtes pour Dieu : un peuple choisi,
un peuple sauvé. Cette histoire n'est pas
rappelée pour que le peuple s'y réfugie
ou s'y enferme, dans une sorte de crispation sur
ce qui a été et qui devrait toujours
rester. Au contraire, il s'agit de faire mémoire
de ce passé de salut pour être prêt
à recevoir à nouveau la parole de
Dieu.
L'Evangile nous propose, de la
même façon, d'inscrire nos mémoires
dans la mémoire essentielle de la Croix.
Et de la même façon, l'identité
que nous recevons du passé de la Croix du
Christ n'est pas une identité arrêtée
dans des principes, qu'ils soient théologiques
ou de morale, ce n'est pas une identité enfermée
dans une Eglise immuable ou dans un monde qui n'aurait
plus d'histoire, mais une identité à
vivre, avec confiance et espérance, parce
que la mémoire de la Croix nous assure de
la fidélité de Dieu.
C'est le don de Dieu, que sa Parole
nous rappelle. A nous de le vivre !
Pour vivre, l’homme a besoin de
pain, d’un logement, d’un travail ainsi que d’un
minimum d’hygiène, de sécurité
et de soins en cas de maladie.
Mais l’homme a aussi besoin d’affection,
de responsabilité et de dignité.
Ne pas commettre de rapt, c’est
ne pas voler affection, responsabilité et
dignité chez celui que je suis appelé
à reconnaître comme un frère.
Pour ne pas voler un homme, il
faut veiller à son pain et à sa dignité.
Ne pas commettre de rapt, c’est
respecter la dignité de chacun, à
la lumière de l’Evangile, proclamé
par Paul aux Galates :
28 Il n’y a plus de différence
entre les Juifs et les non–Juifs, entre les esclaves
et les personnes libres, entre les hommes et les
femmes. En effet, vous êtes tous un dans le
Christ Jésus.
(…/…)
7 Tu n’es plus un esclave,
mais un enfant de Dieu. Et comme tu es son enfant,
Dieu te donnera l’héritage qu’il garde pour
ses enfants.
Amen
Tu ne feras pas De faux témoignage Dimanche
14 mars 2010. Jean-Paul Morley
Lectures : - Deutéronome
19 :15-19 - Marc
4 :21-23 - Matthieu
26 :59-66 - Matthieu
5 :37
Un Père du désert
raconte : « Comme je me tenais dans ma cellule,
un frère venu de l’étranger se présenta
à moi et me dit : “Conduis-moi à abba
Macaire.’’ M’étant levé, je l’accompagnai
chez l’ancien et, après avoir fait une prière,
nous nous assîmes. Le frère dit à
l’ancien : ‘’Père, voilà trente ans
que je ne mange plus de viande et je suis encore
tenté à ce sujet”. L’ancien lui dit
: “Ne me dis pas que tu as passé trente ans
sans manger de viande, mais je t’en prie, dis-moi
la vérité : combien de jours as-tu
passés sans dire du mal de ton frère,
sans juger ton prochain et sans faire sortir de
tes lèvres une parole inutile ? ” Le frère
se prosterna et dit : ‘’Prie pour moi, Père,
afin que je commence.”
Bonne introduction à la
neuvième de nos Dix Paroles, avant-dernière
étape de ce rallye des Dix commandements,
ces deux tables de la loi données sur le
Sinaï directement par Dieu à Moïse.
Nous approchons donc du terme de
ces dix Paroles, créatrices non de contrainte
mais de liberté. Et celle-ci, après
celles sur le respect de Dieu, la première
table ; puis après Tu ne tueras pas, Tu ne
commettras pas d’adultère, Tu ne voleras
pas, paraît un peu fade : “Tu ne commettras
pas de faux témoignage”. Quoi ? Il ne faudrait
pas mentir ? Il ne faudrait plus dire du mal des
autres ? Cela semble quand même moins
grave, et peut-être plus si important ?
Voire ! Il s’agit quand même
d’une des dix Paroles, c’est à dire de ce
que Dieu a de plus important à nous dire
sur notre comportement ; une des cinq de ce que
Dieu a de plus important à nous dire sur
notre comportement vis-à-vis d’autrui… Cette
neuvième Parole, celle que nous oublions
sans doute le plus facilement, doit donc quand même
être importante...
“C’est moi le Seigneur ton Dieu,
qui t’ai fait sortir d’Egypte, où tu étais
esclave ;
Tu n’auras pas d’autre Dieu que
moi,
Tu ne feras pas de faux témoignage
contre ton prochain…”
Jadis, à l’époque
où Israël n’était pas encore
un Etat, mais un petit peuple sous la pression de
trop puissants voisins, une femme, une prophétesse,
Déborah, encouragea le peuple à se
rebeller contre ces oppresseurs, et à se
battre. Elle prit la tête du combat, avec
un chef nommé Barac, et leur troupe extermina
l’armée du roi étranger, Sisera. Sisera
lui-même s’enfuit, seul, à pieds, et
trouve refuge auprès d’une femme alliée
de son peuple, Yaël. “Entre ici, général,
dit-elle ; entre chez moi, n’aie pas peur !” Elle
le cache sous une couverture, il lui demande un
peu d’eau ; elle lui apporte du lait, et il ajoute
: “S’il te plaît, tiens-toi à l’entrée
de la tente, et si quelqu’un demande si tu as vu
quelqu’un, tu répondras non…” Elle acquiesce.
Rassuré, Sisera s’endort,
épuisé. Alors Yaël saisit un
piquet de tente, un lourd maillet, et d’un seul
coup perce la tête de Sisera endormi, de part
en part au point que le piquet va s’enfoncer jusque
dans le sol. Quand les Israélites arrivent,
elle leur présente leur ennemi, mort…
C’est un des mensonges les plus
célèbres de la Bible, qui n’en manque
pas. Un des plus choquants, aussi, qui viole les
lois de l’hospitalité les plus universelles.
Et le comble, c’est que ce mensonge effrayant est
valorisé par la Bible, la prophétesse
Déborah en fera même un cantique de
louange !
On peut penser à d’autres
mensonges célèbres : ainsi à
Judith, qui ment au roi Holopherne afin de lui couper
la tête ; Rahab qui ment à son propre
peuple pour le trahir ; ou Esther qui dissimule
son identité pour sauver le sien…
Autant de mensonges qui, en assurant
le salut du peuple, ont fait la gloire de leurs
auteures… Ainsi la Bible n’interdit pas le mensonge.
Elle condamne la tromperie, l’escroquerie, la fraude,
l’hypocrisie, les faux serments devant Dieu – on
pense aux époux Ananias et Saphira, successivement
foudroyés aux pieds des apôtres pour
avoir menti devant Dieu – mais pas le mensonge en
tant que tel. Il n’est pas mentionné dans
les dix Paroles, et pas non plus dans le reste des
613 commandements recensés par le judaïsme
dans la Bible…
Mentir n’est donc pas interdit
en soi. Tout dépend du fruit porté.
Toutefois… le mensonge a un coût
: il ne sert qu’une fois. On ne peut plus faire
confiance à quelqu’un qui a menti. Ma propre
mère m’a, je crois, rendu un immense service
quelques jours avant ma promesse d’Eclaireur, j’avais
douze ans, en me révélant que le jour
de la sienne, elle s’était promis à
elle-même de ne plus jamais mentir. Je ne
l’ai prise en défaut qu’une fois, et bien
malheureuse d’y être contrainte. Et j’ai pris
le même engagement. Quelle tranquillité
et quel confort ! Plus rien de compliqué,
plus d’histoires à inventer, ni à
soutenir, juste à faire attention à
la façon de dire les choses, ou à
éviter de dire ce qui blesse inutilement.
Quelle récompense, aussi, de voir les gens
vous croire sur parole.
Parce que de toutes façons
, Jésus l’annonce comme une évidence
: “Il n’est rien de caché qui ne sera rendu
visible, et tout ce qui est secret sera mis en pleine
lumière”. Cela nous embarrasse parfois un
peu, mais c’est une bonne nouvelle. Tout viendra
à la lumière, non seulement un jour,
à la fin, mais déjà au cours
de nos vies. Tout.
Alors autant préserver ce
capital inestimable : qu’on puisse, toujours, nous
faire confiance sur simple parole. Un peu comme
dans cette répartie de Jésus, issue
d’une tradition apocryphe : insulté un jour,
Jésus répond aimablement. Un disciple
s’en étonne. Mais lui : “Chacun dépense
la monnaie qu’il a…”
Ici pourtant, avec cette neuvième
Parole, il s’agit d’autre chose que de mensonge,
quelque chose de beaucoup plus sérieux. Ce
que tu es invité à ne jamais faire,
si tu veux rester libre, c’est à ne jamais
faire de faux témoignage contre ton prochain.
“Tu ne feras pas de faux témoignage”, c'est-à-dire
: tu ne diras rien de mensonger sur autrui pour
lui nuire ou pour te servir.
Nous avons un très bel exemple
de faux témoignage dans la Bible, et même
le Nouveau Testament : contre Jésus lui-même.
Pendant son procès nocturne, devant le Grand
Prêtre de Jérusalem, de faux témoins
viennent charger Jésus de fausses accusations.
Lesquelles ? On ne le sait même pas, elles
se sont envolées, les évangélistes
ne les ont même pas rapportées. D’autant
qu’elles se contredisaient entre elles, or la Loi
de Moïse, dans sa sagesse, exige le témoignage
concordant de deux ou trois témoins. Une
seule est restée, parce qu’elle n’était
pas vraiment un faux témoignage : le rappel
d’une parole de Jésus annonçant que
si l’on détruisait ce temple, il le rebâtirait
en trois jours. Mais il faisait allusion au temple
de son propre corps, à sa mort prochaine,
et à sa résurrection le troisième
jour.
Ces faux témoignages, quelle
intention ? Tuer. Détruire. La mort de celui
qui était visé, Jésus, et de
ce qu’il représente. Quel moyen ? Le mensonge.
Jurer solennellement que quelqu’un a été,
a fait ou a dit ce qu'il n’a pas été,
fait ou dit. Mais ce mensonge-là n’est pas
n’importe quel mensonge, il tue. Il conduira Jésus
à sa mort.
A sa mort physique : on sait ce
qu’il adviendra dès le lendemain : la croix.
A sa mort sociale, puisque tous
l’abandonneront, non seulement les foules qui le
suivaient dans l’attente du Règne de Dieu,
de la libération politique d’Israël
ou d’une guérison miraculeuse, mais aussi
ses propres amis et jusqu’à Jean, qui s’enfuit,
et Pierre qui le reniera, le laissant seul.
A sa mort morale aussi, sans doute
la pire, puisque c’est sa vocation, sa raison de
vivre et son projet offert à tous, qui sont
dévalués, dégradés,
ramenés à des divagations ou des ambitions
personnelles, rendus vains et sans avenir.
Voilà ce que peut un faux
témoignage, et ainsi en est-il de tout faux
témoignage. Depuis le procès de Jésus,
chaque fois que nous faisons un faux témoignage,
c’est le Christ que nous calomnions et que nous
poussons vers la croix.
“ Tu ne feras pas de faux témoignage
contre ton prochain”, parce que, en t’attaquant
à son image, c’est son visage, sa figure,
que tu détruis, sa dignité – et donc
un des visages du Christ que tu détruis.
C’est l’existence sociale de ton prochain que tu
réussis à détruire, cette identité
sociale qui est l’entrelacs de son histoire, de
ce qu’on sait de lui, ce qu’on croit de lui, ce
qu’on estime de lui, c’est tout simplement sa possibilité
de vivre en société. Si tu discrédites
son image, tu l’empêches d’être, d’agir
et d’être aimé ; tu l’empêches
d’être une personne en qui on peut faire confiance,
tu lui retires la possibilité de vivre en
relation avec autrui et avec le groupe.
C’est, socialement, le tuer, car
nous avons tous besoin d’une image de nous-mêmes
pour vivre, tous besoin d’exister positivement aux
yeux des autres. On pense évidemment à
ces personnalités de la politique ou de l’économie,
qui malgré des non-lieux juridiques, voient
leur carrière brisée. Ou, tout près
de soi, à ce fléau de la médisance,
dans les cours d’écoles ou de lycées,
entre copines ou copains, autour de la machine à
café de l’entreprise, où une activité
très prisée mais dévastatrice
devient la recherche des travers et faiblesses d’autrui
. Il suffit d’ailleurs de quitter un instant le
petit groupe pour être à son tour objet
de toutes les critiques, et de le rejoindre pour
se mêler à nouveau aux critiques envers
les autres…
Or, encore une fois, si tu détruis
l’image d’autrui, tu le tues. Jésus ne disait
pas autre chose quand il affirmait que celui qui
traite son prochain d’imbécile mérite
d’être jugé au tribunal… Et c’est pour
cela que la Bible est intraitable , et condamne.
Mais ce qui frappe peut-être
le plus, c’est qu’en dégradant autrui par
le mensonge, c’est soi-même qu’on dégrade.
Dans le récit des faux témoins au
procès de Jésus, devant le Grand Prêtre
et son Conseil le Sanhédrin, le plus éclairant
c’est le mépris qui entoure et accompagne
ces faux témoins. On va “en chercher”, et
ils n’ont même pas de nom. Envolés,
eux aussi, pas retenus par les Evangiles. Les prêtres
eux-mêmes, qui les recherchaient avec tant
de fièvre, ne les méprisent pas moins.
“Qu’avons-nous encore besoin de témoins ?”
s’exclame le Grand Prêtre, après que
Jésus n’a pas nié être le Messie…
Ainsi le faux témoignage,
la calomnie, avilit autant son auteur que sa victime.
C’est toi-même que tu dégrades en dégradant
autrui. Pire : si tu ne respectes pas la vie sociale
d’autrui, c’est la tienne que tu ne respectes pas.
Comme dans ces groupes d’enfants ou d’adultes où
le sport à la mode est de dénigrer
: le fait d’accepter de dénigrer les autres
vaut acceptation tacite d’être toi-même
dénigré par les autres. On accepte
qu’on puisse se dévaluer mutuellement, dévaluer
mutuellement l’image de Dieu qui est en nous et
en l’autre.
De même que, quand tu tues
quelqu’un, comme Caïn tuant Abel, c’est ton
frère que tu tues, et donc toi-même
que tu tues ;
De même que, quand tu trompes
ton conjoint, c’est toi-même et ton propre
amour que tu trompes et trahis ;
De même que, quand tu voles
ton prochain, c’est ton propre espace et ta propre
sécurité que tu violes ;
De même, quand tu ne respectes
pas l’image et l’identité d’autrui, c’est
le Christ que tu condamnes et c’est toi-même
et ta propre identité que tu ne respectes
pas. Ne pas respecter l’intégrité
de l’autre, c’est autoriser l’autre à ne
pas respecter la tienne.
C’est ce qu’a compris le Décalogue.
Mais justement : ce Décalogue te dit aujourd’hui
que tu es libre. Tu n’as plus d’autre Dieu que le
Dieu qui te veut libre. Alors tu peux dire non.
Non à la violence imbécile ; non aux
désirs qui détruiraient ton amour
; non à la possession illégitime et
honteuse ; non à la dégradation d’autrui
qui te dégrade toi-même. Aujourd’hui
tu peux, il t’est donné d’avoir un oui qui
veut dire oui, et un non qui veut dire non, parce
que c’est un oui total que toi-même as reçu
et qui t’a reçu, toi tout entier ou toute
entière.
Alors, pour finir, une petite indication
pratique : voir et dire le mal en autrui,
c’est ne pas avoir foi en Lui.
Dieu, lui, a foi en toi, et il
a aussi foi en autrui.
Alors toi, aies foi en autrui :
regarde tout être humain comme s’il avait
les qualités les plus exceptionnelles. Et
si tu le regardes ainsi, ces qualités
vont pousser en lui…
C’est ainsi qu’il te faut regarder
tes enfants.
Et tes prochains.
Parce que c’est ainsi que Dieu
te regarde.
Et en prime, une petite histoire
:
Un jour, un homme vient voir Socrate
:
- Oh, il faut absolument que je
te raconte comment s’est comporté ton ami…
- Attends ! Avant de me dire quelque
chose, tu l’as bien entendu fait passer par les
trois filtres ?
- Les trois filtres ? Quels trois
filtres ?
- Eh bien, essayons. Ce que tu
veux me dire est évidemment vrai, tu as scrupuleusement
vérifié que c’était parfaitement
exact ?
- A vrai dire non, on me l’a raconté,
mais…
- Ah !… Mais sans doute est-ce
quelque chose de bon, une bonne nouvelle pour moi
ou pour lui ?
- De bon ? Non, au contraire, mais…
- Hum… Mais au moins, c’est quelque
chose d’utile : il est utile pour moi, pour toi
ou pour lui que je le sache ?
- Utile ? Pas vraiment, mais…
- Alors si ce n’est ni vrai, ni
bon, ni utile, je préfère vraiment
ne jamais le savoir, et toi, peut-être serait-il
mieux que tu l’oublies très vite !
Tu ne convoiteras rien de ce qui est à
ton prochain Dimanche 21 mars 2010. Simon Wiblé
Lectures bibliques Exode 20, 1-17 Luc 12,
13-15
Nous arrivons au terme de la série de
10 prédications initiée par Jean-Paul
Morley et moi-même avec ce matin, l’examen
du 10ème commandement, de la 10ème
parole :
Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain
; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain,
ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni
son âne, ni rien de ce qui appartient à
ton prochain. Ex 20, 17
Nous allons terminer cette série mais
nous n’en aurons jamais terminé avec
les 10 commandements. Oui, nous allons commencer
avec ces 10 paroles. C’est ce que je vais partager
avec vous aujourd’hui.
Examinons d’abord quelques traductions possibles
de ce verbe « convoiter »
Traductions :
« Tu ne convoiteras pas » (NBS)
« Tu n’auras pas de visée »
(TOB)
« Tu ne loucheras pas » (A .Maillot)
Le pasteur Alphonse Maillot nous donne cette
traduction du 10ème commandement, formulée
de manière positive. Je vous la lis :
« Ce que tu as t’a été confié
par Dieu. Découvres-en les charmes et la
beauté. Ne louche pas sans cesse vers ce
que tu n’as pas. Ne te rends pas malade par l’envie
ou la convoitise. Apprends à aimer ce que
tu as ». (Maillot)
L’apôtre Paul, dans l’épître
aux Romains, écrit que la loi permet à
l’homme de reconnaître son péché
et de comprendre pourquoi il commet des péchés.
Il aborde la question de la loi par l’exemple de
la 10ème parole :
7 La loi est–elle péché ? Certes
non ! Mais je n’ai connu le péché
que par la loi. Car je n’aurais pas connu la convoitise,
si la loi n’avait dit : Tu ne convoiteras pas.
8 Et le péché, profitant de l’occasion,
produisit en moi par le commandement toutes sortes
de convoitises ; car sans loi, le péché
est mort. Romains 7, 7-8
Cette 10ème parole résume les commandements
6, 7, 8 et 9 (interdiction du meurtre, de l’adultère,
du vol, et des faux témoignages).
A vouloir toujours plus que l’autre (ou en tous
cas autant ou la même chose que ce qu’il a),
nous sommes de perpétuels insatisfaits. Cela
produit du désir - mal placé- et de
la violence.
Prenez l’exemple des enfants. Deux enfants dans
la même pièce avec chacun le même
jouet. Au bout d’un moment l’un des deux va délaisser
son jouet pour aller disputer celui de l’autre (alors
que c’est le même !)
La convoitise est cette puissance qui expose
violemment l’homme à posséder tout
ce qu’il croit ne pas avoir.
C’est une puissance, à la fois désir
et acte. C’est comme une carie dans un os. L’homme
surévalue ce qu’il n’a pas et ce qu’il n’est
pas.
La plupart d’entre vous sont sans doute allés
à l’école biblique lorsque vous étiez
enfants. Et bien peut-être vous souvenez-vous
du terrible roi Achab et du roi David ?
Le pauvre Naboth (1 Rois 21) est victime de la
convoitise du roi Achab sur sa vigne.
La convoitise de son terrain entraîne :
le faux témoignage (commandement 9), le meurtre
(6) et l’exploitation du nom de Dieu (3).
Le roi David a convoité la femme de son
voisin. Il se rend coupable d’adultère (7),
de mensonge (9), de vol (8) et de meurtre (6)
La convoitise s’oppose à la considération
de l’autre, au souci de l’autre. Si je le regarde,
ce n’est pas pour le considérer ou le respecter
mais pour le suspecter et l’envier.
Si le désir conduit à la vie, la
convoitise, elle, conduit à la mort. La mort
physique, spirituelle, morale, familiale, …
Le deuxième extrait biblique dont nous
avons entendu la lecture, tiré de l’évangile
selon Luc, rapporte un enseignement de Jésus,
préambule à la parabole du riche insensé.
Jésus nous met en garde : - notre vie
ne dépend pas de ce que nous possédons
-
Jésus dit à tout le monde : «
Attention ! Ne cherchez pas à avoir toujours
plus de choses ! En effet, la vie de quelqu’un ne
dépend pas de ce qu’il possède, même
s’il est très riche. » Luc 12, 15
La tendance est folle :
Nous investissons TOUT ici-bas et ne pouvons
pas supporter l’idée de TOUT perdre.
Les hommes qui veulent TOUT gagner ont toujours
peur de TOUT perdre
Or le ressort de la vie ne peut pas être
la peur, sinon, je suis mort.
Et dans ma mort, alors même que je suis
en vie ( !), je me mets à convoiter :
Mon appartement est minable …, celui du voisin,
… superbe !
Ma femme est détestable …, celle du voisin,
… magnifique !
Mon mari est épouvantable …, celui de
la voisine, …divin !
Ma profession, lamentable ..., celle du voisin,
… la moins pénible et la mieux payée
!
Mon pays, invivable ..., celui du voisin, … paradisiaque
!
Ma paroisse, minable …et celle de mon voisin
… idéale !
A vouloir toujours plus, nous ratons ce qu compte
vraiment.
Et Dieu nous donne cette 10ème parole
: « Tu ne convoiteras rien de ce qui est à
ton prochain »
Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain
; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain,
ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni
son âne, ni rien de ce qui appartient à
ton prochain. Ex 20, 17
Oui, nous nous trompons sans cesse en imaginant
que le bonheur, c’est d’avoir. Nous nous trompons
en pensant que ce que possède l’autre est
mieux
Les 10 paroles sont de l’ordre de la promesse,
elles disent le bonheur pour l’homme car elles ouvrent
un chemin, un avenir.
« Change ton regard sur tes biens,
sur autrui et sur ses biens » semble nous
souffler Dieu, par sa Parole aujourd’hui.
Oui, ton regard change
Tu vas apprendre à être heureux
dans ta peau et pas en t’imaginant être dans
celle d’un autre.
Tu vas cesser de loucher vers celui que tu n’es
pas et que tu ne seras jamais.
Dieu veut t’apprendre à aimer le réel.
Ce n’est ni un nouvel idéal ni une résignation
accablée.
Dieu veut t’apprendre à aimer le réel,
sans pour autant le parer de qualités qu’il
n’aurait pas.
Il ne faut pas en rester à ce qu’on a
mais bien partir, démarrer de ce qu’on a.
Apprendre à aimer vraiment ce qu’on est
et ce qu’on a est le reflet d’un amour vivant, un
amour qui espère. Un amour qui espère
sans convoiter, sans viser, sans loucher.
Ce commandement (10) est là pour t’aider
à voir ce qui est beau, à regarder
droit devant toi. Il est là pour t’aider
à trouver la patience.
Au fond, cette parole t’apprend à aimer.
Cette parole nous apprend à aimer.
Non pas aimer sans s’attendre à autre
chose, non pas un amour satisfait ; mais une mise
en route, un amour neuf car capable de partir de
là où il est pour être rencontré,
partagé, enrichi.
Nous sommes appelés, non pas à
regarder en nous mais devant nous
Le décalogue n’est pas une loi mais un
enseignement pour vivre, c’est une charte. Il est
la conséquence de la libération accordée
par Dieu.
Ce n’est pas un chemin vers le salut mais un
chemin dont l’origine est la délivrance.
Souvenez-vous du préambule aux 10 paroles
:
Je suis l’Éternel, ton Dieu qui t’ai fait
sortir du pays d’Égypte, de la maison de
servitude. Ex 20, 2
Nous sommes délivrés de toute adoration,
de tous les dieux qui nous enchaînent. Le
décalogue est un avenir, offert par Dieu.
Il est donné pour que la Parole de Dieu puisse
grandir, à la lumière de ce que dit
le Christ à un docteur de la loi qui l’interroge
:
6 Maître (dit le docteur de la loi),
quel est le grand commandement (de la loi) ?
37 Jésus lui répondit : Tu
aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur,
de toute ton âme et de toute ta pensée.
38 C’est le premier et le grand commandement.
39 Et voici le second, qui lui est semblable
: Tu aimeras ton prochain comme toi–même.
40 De ces deux commandements dépendent
toute la loi et les prophètes. Mt 22, 36-40
L’apôtre Paul exprime que l’amour mutuel
est l’accomplissement de la loi
8 Ne devez rien à personne, si ce
n’est de vous aimer les uns les autres ; car celui
qui aime l’autre a accompli la loi.
9 En effet, les commandements : Tu ne commettras
pas d’adultère, tu ne commettras pas de meurtre,
tu ne commettras pas de vol, tu ne désireras
pas, et tout autre commandement se résument
dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme
toi–même.
10 L’amour ne fait pas de mal au prochain
: l’amour est donc l’accomplissement de la loi.
Romains 13, 8-10
Frères et sœurs, nous sommes embarqués
et nous poursuivons l’horizon, sachant que nous
ne le toucherons jamais.
Nous sommes invités à convertir
nos regards sur nos vies, sur Dieu, sur notre
prochain.
Au fond, notre vie n’est pas si pourrie ; Dieu
n’est pas colérique et totalitaire ; notre
prochain n’est pas celui qu’on pourrait croire.
Notre vie est un cadeau car nous la recevons
d’ailleurs. Dieu se donne à connaître
différemment car c’est lui qui rencontre
nos cœurs. Notre prochain n’est pas celui que nous
cherchons mais celui qui s’approche de nous, souvent
lorsque nous ne l’attendions pas ou plus !
Nous savons l’importance du chemin, du parcours,
de l’itinéraire, de la route commune, la
richesse que tout cela contient ; réserve
de magnifiques découvertes.
Le bonheur que provoque la découverte
de l’Evangile est à ce prix.
Une route commune, avec son histoire, ses fossés,
ses carrefours, ses ruptures, ses difficultés
mais aussi toute sa richesse.
Une route ouverte pour nous par le Christ. Il
a vaincu tout ce qui retenait prisonnier. Il nous
précède parmi les vivants.
Alors vous entendez, nous n’avons pas fini aujourd’hui,
après dix dimanches !
Non, frères et sœurs, nous n’avons pas
terminé une série, nous commençons
à peine avec le décalogue ! Le chemin
de délivrance est promis. Marchons, en nouveauté
de vie !
Prière : « Père, nous sommes
par ta grâce comptés parmi les tiens
; jamais tu ne te lasses de nous tendre la main
» (Cantique 46-01 ‘O Père des lumières’)
Amen.
 ...ta
force
Prière : Père des
10 Paroles
Père des dix Paroles,
nous tournons vers toi notre prière.
Accompagne notre marche au désert
et délivre-nous de la tentation de nous délivrer
nous-mêmes !
Quand demain, nous serons perdus
dans nos choix, redis-nous que seule la tendresse
est le terreau de notre liberté !
Quand demain, nous serons fascinés
par le miroir sans fin des images de nous-mêmes,
entraîne notre regard au discernement de l’invisible
qui fonde les êtres et le monde !
Quand demain, nous manipulerons
ton nom pour asseoir nos positions, rappelle-nous
que tu es un Dieu de voyage dont le nom ne se prononce
pas !
Quand demain, nous oublierons le
goût de la halte, apaise nos pas et redonne-nous
la mémoire du septième jour !
Quand demain, nous serons en difficultés
avec nos parents, ne nous laisse pas oublier qu’ils
sont la racine par où notre vie a passé
!
Quand demain, la violence barrera
l’horizon et qu’autrui nous sera intolérable,
creuse dans notre impossible, le possible de ta
paix !
Quand demain, notre amour s’étiolera
et que nous vivrons dans d’autres rêves, renouvelle
en nous la vie d’où monte tout élan
vers l’autre !
Quand demain, nous viendra l’envie
de la possession dessine en nous ton amour qui vit
d’être donné !
Quand demain, nous serons tentés
d’accabler autrui pour nous sauver par la peur et
le mensonge, découpe en nous l’audace de
la vérité !
Quand demain, nous serons habités
par le désir d’être autre, rends-nous
la joie d’être nous-mêmes !
Père des dix Paroles, il
est temps de conjuguer nos vies aux dix temps de
ta liberté !
Nous tournons vers toi notre prière,
accompagne notre marche au désert !
Francine Carrillo
Je te le promets
Voici, dit le Seigneur notre Dieu,
ce qui t’est demandé.
Je suis l’Eternel ton Dieu qui
a fait sortir le peuple d’Israël de l’esclavage
de l’Egypte. Je veux faire sortir chaque homme de
l’esclavage. Je promets que tous les humains seront
libérés de tous leurs esclavages.
Voici le chemin.
Tu n’auras pas d’autres dieux pour
me braver. Je te le promets, tôt ou tard,
tu seras libre vis-à-vis de tous les dieux
dont tu es esclave : orgueil, ambition, volonté
de puissance.
Tu ne te feras aucune représentation
de Celui que Je suis. Je te le promets, tu seras
libre vis-à-vis de toutes les images et les
idées que tu te fais de moi.
Tu ne feras pas de référence
à faux à mon nom. Je te le promets,
tu cesseras d’invoquer Ma volonté pour justifier
ce que tu désires.
Tu te souviendras du jour du repos
pour le sanctifier. Tu travailleras six jours et
tu feras tout ton ouvrage, mais le septième
jour est le jour du repos de l’Eternel ton Dieu.
Je te le promets, tu cesseras d’être
l’esclave de ton travail et de tes besognes.
Tu honoreras ton père et
ta mère. Je te le promets, tu seras libre
vis-à-vis de toutes les autorités
et ainsi tu pourras les respecter sans crainte.
Tu ne commettras pas de meurtre.
Je te le promets, tu seras cesseras d’être
esclave de ton désir de nuire à ton
prochain.
Tu ne commettras pas d’adultère.
Je te le promets, tu cesseras d’être l’esclave
de ton corps et de celui de ton prochain.
Tu ne commettras pas de vol. Je
te le promets, tu cesseras d’être l’esclave
de tes biens et de ceux de ton prochain.
Tu ne diras pas de faux témoignage
contre ton prochain. Je te le promets, tu cesseras
d’être l’esclave de ton désir de travestir
la vérité pour qu’elle te serve.
Tu ne convoiteras pas. Je te le
promets, tu cesseras d’être l’esclave de tes
désirs, ambitions et frustrations.
Voici ce qui t’est promis et demandé
: tu seras libre vis-à-vis de tous les esclavages.
Alain Houziaux.
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