Prédications :

Sur le Crédo

Pour ce premier semestre 2009, les pasteurs ont décidé de prêcher sur le Credo. S'en suit donc toute une série de prédications que nous vous présenterons (au fur et à mesure que nous aurons les textes tapés) sur cette page.

- je crois (11 janvier) JPM
- en Dieu le Père (18 janvier) SW
- créateur du ciel et de la terre (1er février) SW
- tout-puissant (8 février) JPM
- en Jésus-Christ, son Fils… (15 février) SW
- la vierge Marie (1er mars) JPM
- il a souffert… (8 mars) SW
- il est ressuscité (15 mars) JPM
- il jugera les vivants et les morts (29 mars)    SW
- je crois en l’Esprit Saint (26 avril) SW
-la sainte Eglise universelle (3 mail) JPM
- la communion des saints (10 mai) SW
- la rémission des péchés (17 mai) Frédéric Chavel
- la résurrection de la chair et la vie éternelle (24 mai) SW

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Retour haut de page

 Je crois
Dimanche 11 janvier 2009. Jean-Paul Morley

Lectures bibliques :

Genèse 22 : 11-18
Hébreux 11 : 1-2
Matthieu 8 : 5-13

“”
“JE” Affirmation tonitruante, coup de poing sur la table, lancée comme un cri de guerre initial, un préalable conquérant et provocateur : c’est un individu qui parle, pas une Eglise.
Affirmation stupéfiante de protestantisme, qui place d’emblée, dans ce Credo antique et si catholique, l’individu au centre, sa prééminence, l’affirmation du sujet, l’irrépressible liberté de conscience de chacun et de chacune, en matière de foi plus encore que partout ailleurs. On pense aussitôt au geste de Luther, qui à la diète de Worms, face à l’empereur et à la cour du Saint Empire, et face au légat du Pape, son envoyé officiel pour faire rentrer de gré ou de force Luther dans le rang et l’orthodoxie vaticane, Luther, sachant qu’il se condamne ainsi probablement à mort, affirme tout simplement “Non possum”. « Je ne peux ni ne veux me rétracter, ma conscience est prisonnière de la Parole de Dieu, et il n’est ni sûr ni salutaire d’agir contre sa conscience »
Luther inaugure ainsi tout simplement la Renaissance, la naissance des temps modernes, qui, laborieusement et dans la douleur, reconnaîtront la liberté de conscience et les droits de la personne qui en découlent — un combat, hélas, loin d’être achevé dans le monde.
JE : l’individu se place, lui, tout seul, face ou contre l’institution, face ou contre le groupe s’il le faut, face ou contre l’Eglise, face ou contre la société. Et c’est ainsi que se fait l’histoire.
Pourtant pendant longtemps, le Symbole des Apôtres, récité dans les églises catholiques, ne commençait pas par « Credo », je crois, mais par « Credimus » nous croyons. Mais justement, il ne s’agit pas d’un “nous”, il ne s’agit pas de l’affirmation d’une Eglise qui, comme institution, définit un dedans par rapport à un dehors, une vérité face à l’erreur, les sauvés par opposition aux damnés, l’orthodoxie contre les hérésies. Non : il s’agit de dire “JE”, c’est une affaire de décision personnelle, la foi est une affaire de conscience et de conscience seulement, l’Eglise n’a pas à s’y substituer. Et c’est même remarquable : l’Eglise a péniblement élaboré un texte officiel pour définir l’essentiel de sa foi, mais ce texte commence par établir la primauté de l’individu sur cette Eglise, et donc sur ce texte !
Et remarquez le paradoxe : alors que la prière, le Notre Père, qui est personnelle, se dit en ‘nous’, la confession de foi, qui est publique se dit en ‘je’. L’Eglise peut et doit conduire, instruire, accompagner, nourrir, partager ; mais jamais décider, encore moins s’imposer. Soit on adhère à cette confession par sa conscience, son intelligence et son cœur, soit on a le droit de la refuser.
Et c’est d’ailleurs pour cela, pour la comprendre et n’y adhérer que si notre conscience, notre intelligence et notre cœur y adhèrent, que nous nous lançons dans cette série de commentaires sur le Credo. Le Credo lui-même nous y convie.
Voilà donc pour le JE, grandiose, tonitruant, lumineux, nécessaire, libérateur, et qui engage chacun.

Reste le croire !
Si la définition de la foi trouvée dans l’épître aux Hébreux est si forte, c’est parce qu’elle est paradoxale, vivante, tendue, incasable dans une grille :“La foi est la certitude de ce qu’on espère, la conviction de ce qui ne se voit pas…” Or ce qu’on espère n’est par définition jamais certain… Mais surtout, il s’agit bien de ce qu’on espère, c’est-à-dire que la foi est tournée vers l’avenir, vers demain, et non vers un savoir reçu ; vers ce qui va se vivre, et non pas simplement croire, par exemple, que Dieu a créé l’univers. Elle est confiance en Dieu pour qu’Il agisse, habite et accompagne nos jours à venir.
Ainsi, croire en Dieu, ce n’est pas simplement croire que Dieu existe, c’est croire qu’Il va agir comme Il a déjà agi. La foi n’est pas simplement une croyance, même si elle fait évidemment appel à notre cœur et notre décision ; elle n’est pas une connaissance, même si elle est aussi une connaissance ; elle n’est pas un dogme à accepter et à croire, même si l’Eglise a pour raison d’être de l’enseigner et la partager. Alors qu’est-elle, qu’est-ce que croire ?
Une confiance. Voyons l’épisode de l’officier romain, en Matthieu 8. C’est un occupant, un étranger. Un de ses subalternes est paralysé et gravement malade. L’officier entend parler de Jésus, de sa puissance, de ses miracles. Alors, il sort à sa rencontre et lui demande d’intervenir. Croit-il en Dieu, cet officier romain ? Peut-être. Ce n’est pas sûr. Quels dieux d’ailleurs ? Le panthéon romain ? L’empereur lui-même ? En tout cas, sa foi n’est certainement pas orthodoxe, pas celle qu’il faut, pas casher, mais certainement hétérodoxe chez ce Romain qui fréquente des synagogues. Il croit certainement mal. Mais que fait-il ? Il a une telle confiance qu’il dit à Jésus que ce n’est pas la peine de venir, qu’il n’a pas besoin de se déplacer, ce serait trop d’honneur. « Je suis moi-même sous l’autorité de supérieurs dit-il, et j’ai des soldats sous mes ordres ; je dis à l’un “fais” et il fait ; à l’autre “va” et il va. »
Alors, Jésus stupéfait, se retourne vers la foule pour cet aveu provocant : « Jamais je n’ai rencontré une telle foi ; non, pas même en Israël ». La croyance de cet officier n’était certainement pas conforme, sa connaissance de la Loi de Moïse n’était certainement pas bien grande, mais, dans l’angoisse il a eu confiance. Une confiance simple, totale, offerte, plus grande que celle des savants docteurs de la loi, plus grande que celle de tous les orthodoxes, les bien croyants, les bien pratiquants.
C’est cela, la foi, une confiance : autrement dit ce n’est pas un contenu, mais une relation, entre soi et quelqu’un, comme on a confiance en un ami, en celui ou celle qu’on aime. De même avec le Christ ou Dieu, la foi n’est rien d’autre qu’une relation de confiance de nous à Lui. C’est d’ailleurs le sens du mot en grec comme en hébreu : dans les deux langues, le verbe que nous traduisons par “croire” signifie avoir confiance. Croire, ce n’est pas croire que Dieu existe, c’est tout lui confier, tout lui remettre, notre meilleur et notre pire, nos inquiétudes, nos impasses et nos projets ; et c’est l’écouter quand Il nous murmure la paix et le chemin ; et c’est recevoir cette paix. La confiance, c’est se décharger de sa charge, trop lourde, pour la déposer sur quelqu’un qui, on le sait la portera.
C’est elle qui a permis à Abraham cet acte insensé de s’apprêter à égorger son propre fils, sur l’ordre de Dieu, ce même Dieu qui lui avait pourtant promis et donné ce fils. Là, ce n’était pas croyance en Dieu, c’était beaucoup plus, c’était confiance en Dieu contre toute logique, toute raison, toute compréhension. Confiance en Dieu et en ce qu’Il fera ; aux portes qu’Il ouvrira. Et c’est précisément cette confiance, et non sa grande vertu, qui a rendu Abraham juste aux yeux des hommes et de Dieu, qui lui a permis de traverser épreuves et déceptions, et finalement de voir s’accomplir toutes les promesses de Dieu. Puisque Dieu ne voulait évidemment pas du sacrifice de l’enfant, mais uniquement la confiance d’Abraham, qu’Il a sans cesse béni.
Bien sûr, cette confiance se nourrit de ce qu’on a appris, de ce qu’on a vécu, de ce qu’on a partagé avec d’autres ; de l’expérience des autres et de l’Eglise dont le contenu du Symbole des Apôtres est un résumé possible. Mais la confiance se nourrit d’abord de la façon dont nous orientons notre regard et notre cœur, elle se nourrit, surtout, de notre prière, de notre entretien quotidien avec Dieu, cet entretien qui entretient notre relation entre Lui et nous : notre confiance.

Allons plus loin.
Dire “je crois”, ce n’est donc pas seulement croire en Dieu et le reste, c’est lui faire confiance, même si l’on n’est pas bien sûr qu’Il existe. Mais plus encore, dire “Je crois”, c’est se reconnaître soi-même insuffisant, paumé, toujours en manque, décevant, et parce qu’on se sait en manque et décevant, laisser une place en soi pour autre chose, pour de la gratuité, pour du lâcher prise, pour recevoir et voir autre chose que soi-même, une autre force. Reconnaître cette insuffisance personnelle et laisser en soi une place pour autre chose, c’est déjà croire et faire confiance, une confiance qui permet d’abandonner ensuite ses prétentions et ses envies…
A quoi bon ? A quoi bon cet humiliant aveu d’insuffisance et cette confiance à plus que soi, en ce Dieu qui ne se voit pas ? Mais parce que Dieu répond. Et donc par cette promesse toute simple : ne plus jamais être seul mais accompagné ;
retrouver l’unité en soi-même, l’accord avec sa vie ;
se découvrir des frères, des sœurs, comme une grande famille
s’apercevoir que sa vie est utile et attendue
et…. recevoir ce sourire envers toute chose, envers la vie, envers autrui et soi-même,
qui est la marque des gens de foi, des gens qui ont confiance
de ceux qui peuvent dire “je crois”.

Mais il y a un mais. D’accord pour la foi comme une confiance, comme une relation de confiance entre Dieu et moi. Mais ici, dans le Symbole des Apôtres, nous sommes dans une confession de foi officielle, avec un contenu rigoureusement pensé et décrit ; il ne s’agit pas de sentiments subjectifs.
Eh bien si : cette ouverture percutante en “Je” est justement là pour claironner que la confession est vivante, que le Symbole des Apôtres est vivant — c’est une bonne nouvelle ! — qu’il ne s’agit pas d’affirmer un : “je crois aux dogmes que le Credo s’apprête à énumérer”, mais un : “j’ai confiance en l’histoire qui va être décrite à travers ces mots, toujours infirmes, une histoire qui pour moi, pour vous aussi, va se poursuivre et se transformer en salut, votre salut à vous et à moi”.
Et nous arrivons à ce constat imprévu mais éblouissant : que, ouvert par un “Je” et un “Je crois”, le contenu du Credo ne peut plus être une énumération de vérités, mais le rappel d’un événement, d’un commencement portant promesse d’un avenir : il n’énonce pas des dogmes, il fait entrer dans un mouvement, qui nous invite et nous emporte. J’ai failli dire un raz-de-marée. Extraordinaire !

Une toute dernière question : pourquoi ?
Pourquoi, au fond, ce besoin de dire “je crois”, pourquoi confesser sa foi plutôt que simplement la vivre ? Parce que ce ‘Je’ a aussi une autre fonction : c’est justement parce qu’il est un ‘je’ qui vient de l’intérieur, qu’il peut partager ce qu’il croit. Ce JE qui a confiance et qui s’engage personnellement est le seul témoignage capable de faire rebondir la foi au-delà, de la perpétuer et de l’étendre vers d’autres. Pour cela, dire “je”, et dire “je crois”, est aussi pour nous une responsabilité : car c’est à nous qu’il appartient de donner vie à la foi en Christ, à la confiance en Christ, une vie qui sauve, guérisse, libère.
Voilà pourquoi ce “Je crois” ouvre et commande tout le Credo : parce qu’il ouvre le règne de Dieu.
Et moi, j’y crois. !

Amen

... en Dieu le Père
Dimanche 18 janvier 2009 Simon Wiblé

Lectures bibliques :
-       Ex 3, 13-15
-       Rm 8, 14-16
-       Mt 11, 25-30

 

L’essentiel est celui en qui je crois et non celui qui croit

Celui en qui je crois, c’est Dieu. Question difficile … Qu’est-ce que Dieu ? ou Qui est Dieu ?

Surtout que nous avons en tête de nombreuses représentations de Dieu.

Un protecteur, un tyran (se prendre pour Dieu), un canon de beauté (beau comme un dieu), un juge (paraître devant Dieu), un champion olympique (les dieux du stade), une idole (l’argent, l’image, le pouvoir)

Pour la plupart d’entre nous, Dieu est un Esprit doté de nombreuses qualités :

Il sait tout, il est partout à la fois, il peut tout, il n’a pas de sentiment, il ne change pas …

De manière presque automatique, nous équipons le Dieu biblique de toutes ces facultés-là.

Avez-vous remarqué combien nous nous mettons facilement à la place de Dieu ?

Nous avons des idées très précises de ce que nous ferions si nous étions à sa place. Bien sûr, nous lui reprochons de ne pas faire ce que nous pensons qu’il devrait faire, Lui ... Dieu !

C’est le plus sûr moyen de passer à côté du Dieu de l’Ecriture.

Lorsque nous ouvrons la Bible pour lui poser cette question « Qui est Dieu ? », il faut donc laisser de côté ce que nous croyons savoir, parce que ce que nous pourrons dire nous-mêmes sur Dieu est dérisoire.

Il convient d’écouter ce qu’en dit la Bible.

Le cœur de la révélation biblique est un Dieu de relation, un Dieu qui s’engage dans l’aventure de l’humanité, un Dieu qui fait alliance avec les hommes

Lorsque Dieu demande à Moïse d’aller délivrer son peuple, voici ce qu’il lui dit :

Tu diras aux Israélites : « C’est le SEIGNEUR (YHWH), le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, qui m’a envoyé vers vous. » C’est là mon nom pour toujours, c’est mon nom tel qu’on l’évoquera de génération en génération.

Dieu accompagne chaque génération. Il se révèle nouveau à chaque personne.

Dan l’AT, le seul véritable nom donné à Dieu est Yahweh, les autres sont des génériques comme El ou Elohim ou bien des qualificatifs comme le Dieu d’Eternité (Gn 21, 33), le Dieu de vos pères (Ex 3, 15), ou plus simplement le Dieu d’Israël (Ps 67, 36).

Dans la Bible, le nom de quelqu’un est beaucoup plus qu’un simple moyen de le désigner. Il a un sens qui définit l’être et le caractère de la personne.

Les 4 voyelles qui composent le nom de Dieu est, pour les juifs, imprononçable. Quand ils lisent YHWH, ils prononcent « Adonaï », qui signifie Seigneur (c’est un titre donné à Dieu, ce n’est pas le nom de Dieu)

Le nom YHWH vient très probablement du verbe être

Cf Ex 3, 14  « Dieu dit à Moïse : Je serai qui je serai (je suis celui qui suis). Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux Israélites : « “Je serai” m’a envoyé vers vous. »

Deux conséquences :

-       Dieu est bien au-delà de ce que nous pouvons en dire. Il se définit par le simple fait qu’il est.

-       Son être nous échappe mais on le connaît par la façon dont il nous rejoint et nous accompagne dans notre histoire. Il est. Il est créateur. Il est celui qui entend la souffrance de son peuple et qui le libère. Il est celui qui sauve et qui juge.

A ce Dieu, JC veut que nous donnions le nom dont il le nomme lui-même. Il nous exhorte à l’appeler « Père ».

Saurons-nous entendre ce mot comme Jésus l’a prononcé ?

Certes, nous le trouvons déjà dans l’AT. Cependant, à de rares exceptions près, Dieu apparaît plutôt comme le Père du peuple qu’il a choisi et avec lequel il a fait alliance. « je suis un père pour Israël », dit-il en Jr 31, 9, et c’est le peuple tout entier qui dans sa prière s’écrie : « c’est toi qui est notre père » en Es 63, 16 et 64, 7.

Dans les évangiles, le Christ parle de son Père.

A douze ans, ses parents le cherchent avec inquiétude et viennent de le retrouver dans le Temple. Jésus leur demande : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être occupé des affaires de mon Père ? «  Lc 2, 49.

Plus tard, alors qu’il est engagé dans son ministère public, il ne se lasse pas de parler à ses disciples de son Père : « Toutes choses m’ont été remises par mon Père » « Mon Père m’a tout donné » dans la traduction PDV Mt 11, 27. « Mon Père agit jusqu’à présent, et moi aussi j’agis » Jn 5, 17. Il appelait Dieu son propre Père. Jn 5, 18. remarque l’évangile de Jean, et c’est à cause de cela que ses adversaires cherchaient à le faire mourir.

Avec quelle émotion ses disciples les plus intimes l’ont-ils entendu prier son Père : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ». Mt 26, 39. « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! ». Lc 23, 34. et ces dernière paroles que tant de chrétiens ont offertes à Dieu à l’heure de la mort : « Père, je remets mon esprit entre tes mains » Luc 23, 46.

Ce que nous appelons notre communion avec Dieu ne paraît-elle pas un peu fade et bancale à côté de cette constante intimité, toute pénétrée de tendresse, que laissent voir les paroles de Jésus ?

 

Dans la Bible, Dieu est en effet Père de 3 manières distinctes :

-       Père de Jésus « mon Père »

-       Père des disciples « Notre Père »

-       Père de tous les hommes « Le Père »

C’est bien parce qu’il nous a indiqué comment prier Dieu ‘Notre Père’ que nous pouvons à la suite du Christ, confesser notre foi en disant : « Je crois en Dieu le Père … ».

Les profondeurs de cette paternité ne nous sont révélées que dans le Christ. « Nul ne connaît le Père que le Fils, a-t-il déclaré lui-même et celui à qui il plaît au Fils de se révéler ». « Personne ne connaît le Fils, sauf le Père. Personne ne connaît le Père, sauf le Fils. Mais le Fils veut montrer le Père à d’autres pour qu’ils le connaissent aussi. » PDV Mt 11, 27.

Est-il possible cependant de connaître le Père sans devenir son fils, sans être son fils ?

JC est le Fils unique ; l’Evangile et le témoignage apostolique nous l’affirment, et tous les chrétiens se redisent avec adoration la parole du Christ : « Dieu a tellement aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique ». Jn 3, 16.

Notre filialité à l’égard de Dieu ne peut donc être que d’adoption.

Saint Paul, qui n’hésitait pas à écrire que tous ceux qui sont conduits par l’esprit de Dieu sont fils de Dieu, ajoutait aussitôt : « vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! ». Rm 8, 15 SER

Je m’arrête un moment sur cet Esprit d’adoption.

Et d’abord, je précise 3 choses :

Ce qui qualifie la maternité, c’est le lien biologique : la relation de la mère à l’enfant est naturelle.

Ce qui qualifie la filialité c’est le lien au parent qui peut s’exprimer par la fidélité ou par la rébellion.

Ce qui qualifie la paternité, c’est l’adoption et la responsabilité : le lien du père à l’enfant n’est pas naturel. Un père doit choisir devenir le père de ses enfants.

Quand nous parlons de paternité, nous parlons moins de caractère masculin que d’adoption et de responsabilité du père pour ses enfants.

Dire que Dieu est père, c’est dire que Dieu a choisi : il a choisi la création, il a choisi l’humanité, il a choisi Israël.

En JC il nous choisit comme fils.

« Nul ne vient au Père que par moi » Jn 14, 6, a dit aussi le Christ, et c’est parce que, par son exemple, par ses paroles, par ce qu’il fait et plus encore par ce qu’il est, il nous ramène vers son Père pour que nous soyons désormais ses enfants, qu’il nous commande de prier « Notre Père ».

Nous n’avons aucun droit de l’appeler ainsi … Cette liberté nous est donnée, elle n’est pas de nous, elle n’est pas naturelle, c’est la liberté des enfants de Dieu.

Nous ne pouvons donner à Dieu le nom de Père que parce qu’ayant entendu l’appel du Christ nous sommes entrés dans l’assemblée de ses disciples qui est l’Eglise.

Même si nous n’avons pas beaucoup de foi, même si notre misère spirituelle nous handicape, même si nous nous demandons si l’engrenage de nos existences difficiles, tourmentées ne va pas nous broyer, nous faisons profession d’être chrétiens, nous voulons, en dépit de tout, rester chrétiens.

Le déterminisme de l’hérédité est pesant, de même que la pression du milieu social ; nous sommes emprisonnés dans le visible, nous nous débattons au milieu de soucis de toute nature, les tentations et les souffrances ne nous laissent pas de repos.

Nous voulons, en dépit de tout, être chrétiens, nous faisons profession d’être chrétiens.

Dieu le Père aime son Fils et cet amour est aussi pour nous. Ce n’est pas un amour théorique, abstrait, déclaré du haut du ciel.

C’est un amour personnel, qui vient à nous, à chacun de nous, aimé tel qu’il est, dans sa pauvreté ou dans sa richesse, dans sa douloureuse solitude ou dans la joie des tendresses familiales, dans sa lutte contre le doute ou l’incrédulité ou dans le combat contre le péché.

Un amour tout proche, qui met en lumière les imperfections et les zones d’ombre de notre vie.

Cet amour généreux veut et peut nous rendre capable d’aimer celui qui nous aime est de confesser la foi chrétienne en commençant par ces 6 mots : Je crois en Dieu le Père.

Et nous sommes appelés à dire, à chanter, à partager la joie et l’espérance que nous apporte la promesse de l’amour de Dieu.

Qui est Dieu ?

Ecoutez :

JC nous invite à appeler et à confesser Dieu comme Père.

En nous donnant cette liberté, le Christ nous révèle que ce souffle que nous sommes, est aimé d’un amour par quoi seul son existence reçoit la révélation de son origine et de sa fin, d’un amour assez puissant pour pénétrer ce souffle d’éternité.

Jésus dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je te dis merci. En effet, ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as fait connaître aux petits. Oui, Père, tu l’as bien voulu. (Mt 11, 25-26).

Amen

 Créateur du ciel et de la terre
Dimanche 1er février 2009 Simon Wiblé

Lectures bibliques :

-       Gn 1, 1-10
-       Ps 8, 2 ; 4-7 ; 10
-       Jn 1, -4

 

Le credo, symbole des apôtres parle en « je ». Or, celui qui est important n’est pas celui qui croit mais celui en qui je crois.

Dieu est Père. Cela rappelle la proximité entre Jésus et son Père, appelée à nourrir la relation des croyants, qui peuvent appeler Dieu ainsi. Nous sommes aimés de Dieu. Notre existence reçoit par cet amour la révélation de son origine et de sa fin.

Dieu est créateur. Créateur du ciel et de la terre.

Le récit de la Genèse, qui n’est pas à comprendre comme vrai sur le plan de la science et de l’histoire, nous apprend des choses intéressantes sur le plan théologique (qui est Dieu pour l’homme).

Les textes bibliques sont multiples, les thèses scientifiques sont évolutives. Chaque domaine a son champ d’investigation propre.

La multiplicité des textes de création nous montre que la Bible ne s’intéresse pas tellement à ce qui s’est passé au commencement du monde mais plutôt à la façon dont nous devons accueillir la création.

Elle parle à notre foi et à notre vie plus qu’à notre curiosité scientifique. La science et la foi sont donc à penser en complémentarité et non en concurrence.

La science aide le croyant à connaître le monde dans lequel il habite. Elle l’aidera à le garder et à le cultiver.

La Bible rappelle au scientifique que le monde, notre monde, n’est pas le fruit du hasard et de la nécessité, mais qu’il vient de Dieu, du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob et de Jésus de Nazareth.

Elle dit que dans ce monde, l’homme n’est pas un animal comme les autres, qu’il n’est pas une poussière perdue dans l’immensité de l’univers, mais qu’il est, au cœur de la création, l’image et le vis-à-vis du créateur du ciel et de la terre

Oui, le récit de la Genèse n’a pas de valeur scientifique ni historique. Si on y voit une théorie du commencement, alors ce texte n’a d’intérêt que folklorique.

Il nous concerne seulement dans la mesure où il esquisse une compréhension existentielle des liens spirituels entre Dieu et le monde d’une part, entre les croyants et le monde d’autre part.

Du coup, la querelle entre créationnistes et évolutionnistes est de ce point de vue une pure absurdité.

La création n’est pas une doctrine des origines, elle n’est pas archéologique ; elle se conjugue au présent et au futur autant, sinon plus, qu’au passé.

Le salut et le royaume sont des actes créateurs en ce sens qu’ils suscitent du nouveau à partir de l’existant.

Gn 1 « Qui est Dieu pour l’homme ? »

La terre était tohu et bohu

La terre n’était que solitude et chaos.

Jour 1 : Dieu sépare lumière des ténèbres pour créer le jour et la nuit

Jour 2 : les eaux d’en haut des eaux d’en bas pour créer le ciel

Jour 3 : Dieu rassemble les eaux d’en bas en un seul lieu pour laisser apparaître la terre

Jour 4 : Dieu créé le soleil, la lune et les étoiles pour éclairer le jour et la nuit, et marquer le temps

Jour 5 : Dieu créé les poissons et les oiseaux pour peupler le ciel et la mer

Jour 6 : Dieu créé les animaux terrestres pour peupler la terre, et l’homme pour dominer la création.

6 premiers jours organisés en 2 x 3

- Dieu créé en séparant, en mettant de l’ordre dans le chaos initial

Dieu peuple ce qu’il a séparé. Le jour et la nuit avec le soleil et les étoiles, …ciel et mer avec poissons et oiseaux, terre avec animaux et hommes.

La création se déroule donc en deux temps :

Un temps pour séparer et un temps pour peupler.

Avant la séparation, tout est désordre, c’est le chaos. Avant le peuplement tout est désert, c’est la solitude. Voilà pourquoi l’on peut traduire « tohu et bohu » par «  solitude et chaos. »

Gn 2 « Qui est l’homme pour Dieu ? »

Elohim (commencement de toutes choses, ciel et de la terre, de tout l’univers) / YHWH (Dieu d’Israël, qui s’adresse à l’homme et qui dialogue avec lui, le Dieu d’Adam et Eve, le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, le Dieu de Moïse et de David, le Dieu de Jésus-Christ)

La conjonction de ces deux textes nous dit que le Dieu que nous connaissons, le Dieu que nous prions en JC, le Dieu de notre expérience est en même temps le Dieu créateur du ciel et de la terre.

Nous trouvons cette même idée dans le prologue de l’Evangile de Jean (Jn 1-3, 14)

Aux lecteurs de son Evangile, l’apôtre dit que le J de N dont ils ont entendu parler, et que certains ont peut-être connu, le J qui a partagé leur pain et leur route, le J qui leur a parlé et qui les a guéris … est en même temps la Parole de Dieu, le Verbe de Dieu présent depuis le commencement, le créateur de tout ce qui est.

Dieu est Seigneur de l’univers (Eternel des armées).

Gn 2, 1 Ainsi furent achevés le ciel, la terre et toute leur armée. Le mot armée est une image qui représente la création toute entière, dans toute sa diversité, sa complexité et la complémentarité de ses différentes parties : le cosmos, le soleil, les étoiles, la nature, la terre, la mer, les minéraux, les végétaux, les animaux, l’homme et la femme …

Lorsque la Bible en FC traduit Seigneur de l’Univers, elle rend compte de cette richesse.

Dans le NT, cette idée de la création toute entière est rendue par l’expression le ciel et la terre. C’est pourquoi Jésus dit : je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre (Mt 11, 22)

Dire Seigneur du ciel et de la terre insiste sur sa gloire et sa souveraineté. Dieu de la création à qui tout appartient, mais qui a donné à l’homme, pour qu’il cultive la terre, qu’il suive son commandement et qu’il lui accorde sa louange.

Dans les Ecritures, l’homme n’est pas une marionnette entre les mains de Dieu, il est un partenaire invité à entrer dans son alliance.

Dieu intervient parfois avec puissance pour interpeller, pour réparer et pour guérir : les Evangiles nous en montrent de nombreux exemples.

Mais le premier lieu de la souveraineté de Dieu, c’est le cœur et la vie des croyants. Dieu est le Seigneur du ciel et de la terre, il  nous invite à le rencontrer dans sa Parole, à nous nourrir de son Evangile, à lui rendre grâce et à avancer dans la confiance.

Nous ne pouvons voir Dieu face à face et dire qui il est. Nous ne pouvons que repérer les signes de son passage (actes ou parole).

Genèse 1 comme conception du monde créé et de l’existence croyante. 3 axes

1.      Le monde n’est pas divin

La terre où nous vivons n’est pas un dieu ou une déesse.

Le monde est une créature, fabriqué par Dieu. Nous n’avons pas à lui rendre un culte. Dieu se situe au-delà et au-dessus du monde

Contrairement à ce que pensaient les cananéens, les sources, les montagnes, les arbres ne sont pas des puissances surnaturelles.

Le récit de la création déclare que Dieu seul est Dieu ; si on vénère ce qui le manifeste ou ce qui vient de lui, on tombe dans l’idolâtrie.

2.      La bonté du monde

Dieu s’arrête et voit que cela est bon (bien). Comme dans le Psaume 8 où le psalmiste s’émerveille devant la grandeur de Dieu le créateur.

Les réalités terrestres et naturelles sont des créatures, au même titre que l’être humain, que le croyant est appelé à respecter et à servir.

3.      la parole

In principio (Gn 1, 1 et Jn 1, 1) : au commencement.

Quel est le principe, le principal ou le prince de notre existence ?

2 catégories pour les sagesses et les religions :

- La première estime que des déterminismes assez stricts commandent notre existence et font d’elles ce qu’elle est. Le destin,

des logiques économiques, des mécanismes psychologiques, des facteurs culturels, les circonstances, les événements historiques façonnent notre personnalité.

Nous sommes le produit de causes diverses, extérieures à nous. Ce qui prime, c’est l’ordre et le cours des choses ; autrement dit, le monde est notre créateur.

- La seconde insiste au contraire sur nos décisions, nos choix, notre volonté. Nous forgeons notre être par notre courage, notre énergie, nos efforts et nos actions, nous construisons notre vie, et rien ni personne ne peuvent le faire à notre place.

Nous sommes des sujets autonomes, nous nous faisons, on pourrait presque dire : « nous nous créons nous-mêmes ». Ce qui prime, c’est notre liberté.

Gn 1 et Jn 1 suggèrent une autre réponse.

La nature et l’histoire ne décident pas de notre vie ; nous ne la maîtrisons pas non plus par notre volonté propre, nos désirs et nos ambitions.

Elle dépend principalement de la parole que Dieu nous adresse. Nous ne sommes pas abandonnés aux lois ou aux hasards qui régissent l’univers.

Nous ne sommes pas non plus livrés à nos fantaisies ou à nos caprices.

Nous sommes confrontés à une parole qui nous interpelle, nous demande de répondre et nous rend, du coup, responsables, et donc ni automates, ni autonomes. Ce qui doit primer dans notre vie, c’est la parole de Dieu.

Petit catéchisme de Luther

La foi (ou le symbole des apôtres)

Premier article – de la création

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre

Quel est le sens de ces paroles ?

Je crois que Dieu m’a créé, ainsi que toutes les créatures.

Il m’a donné et me conserve un corps et une âme, des yeux, des oreilles et tous mes membres, la raison et tous les sens.

Il me donne tous les jours abondamment des vêtements et des chaussures, la nourriture et la boisson, la demeure, une femme et des enfants, des champs, du bétail et tous mes biens, ainsi que toutes les choses nécessaires à l’entretien de cette vie.

Il me protège dans tous les dangers, me préserve et me délivre de tout mal, et cela par sa pure et divine bonté et sa miséricorde paternelle, sans aucun mérite de ma part et sans que j’en sois digne.

Je dois, pour tous ces bienfaits, lui rendre grâce et le louer, le servir et lui obéir. C’est ce que je crois fermement.

Amen.

... Tout puissant
Dimanche 8 février 2009 Jean-Paul Morley

Lectures bibliques :
Esaïe 65 : 1-2 .
Ps 115 :16.
Mathieu 27 : 35-46

Après “Je crois”, “en Dieu le Père”, et “Créateur du ciel et de la terre” il ne faudrait pas escamoter un petit adjectif totalement explosif : “Tout puissant ”! Déjà nous l’avons séparé de “Dieu le Père”, ce que nous marquons le dimanche en faisant une pause dans la récitation du Credo : “Je crois en Dieu le Père” virgule, “Tout-puissant créateur…” Parce que Dieu est d’abord Père, bien avant d’être tout puissant, et c’est comme créateur qu’il est tout puissant.
Comment ? Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est ce que nous allons essayer d’explorer, et c’est un point ô combien sensible dans le Credo, un peu comme la résurrection de la chair. Sauf qu’ici, il touche plus à l’affectif qu’à la raison. On y tient à cette toute puissance de Dieu !
Attention donc : prédication pouvant secouer quelques certitudes anciennes…
Nous lirons donc d’abord chez Esaïe l’un des aveux d’impuissance de Dieu, au chapitre 65 ; puis le constat de l’autonomie laissée aux humains au détour d’un verset du Psaume 115 ; enfin, avec le récit de la croix du Christ, le portrait d’un Dieu désarmé et souffrant, chez Mathieu 27.

Et si le Credo se trompait au moins sur un point ?
En fait nous abordons une question toute simple et très modeste : qui est Dieu ? Et comment est-Il ? En un quart d’heure…
Tout d’abord et pour corser le débat, une mise en garde souriante mais tout à fait essentielle, qui remonte loin puisque déjà exprimée chez Job, puis par un des plus célèbres pères de l’Eglise, Origène, au troisième siècle. Prudent, il prévenait déjà que : “De dieu, il est dangereux de parler même avec vérité…”
Cela, c’est la première vérité : de Dieu on ne sait rien. Personne ne sait qui ou comment est Dieu, ni ne le saura, du moins de son vivant. Et il est forcément périlleux, un peu indiscret, en tout cas présomptueux d’en parler, et vain d’essayer de savoir. C’est une évidence, à toujours garder à l’esprit.
Heureusement ce n’est pas grave, car chacun sait très bien comment est Dieu, il en existe même des livres pleins, notamment d’Origène : Dieu est éternel, créateur, tout puissant, infini, immuable, omniscient, impassible, parfait etc… comme l’enseignait d’ailleurs la philosophie grecque. Il ne se définit pas parce qu’Il ou Elle est, qu’on ne peut saisir, mais négativement par ce qu’Il ou Elle n’est pas, par les limites qu’il n’a pas… Bref, un remarquable père ou mère de remplacement, c’est bien connu ; et une parfaite projection de ce qu’on voudrait être soi-même.
Et c’est bien sûr là que le bât blesse. Qui a dit que Dieu correspondrait à nos rêves ? Pas Lui. Pas davantage l’Ecriture. Elle le présente comme créateur, et c’est déjà le rendre dépendant : l’artiste n’existe comme artiste que grâce à son œuvre ; le Dieu créateur n’existe comme créateur qu’à travers sa création …
Et la Bible le présente comme puissant, et même violent, parfois guerrier ; mais jamais comme tout puissant… Le terme n’existe même pas en hébreu, le Premier Testament ne le présente pas ainsi ; le terme n’apparaît pas non plus dans le Nouveau Testament, si ce n’est une fois dans le cantique de Marie et deux fois dans l’Apocalypse. Et encore il s’agit du mot “pantocrator” qui signifie ‘Qui tient, domine tout et maintient tout’, et non ‘tout puissant’, omnipotens comme le traduit la Vulgate... Donc la question se pose, et vous avez déjà dû entendre des théologiens et des pasteurs se la poser…
Je vous propose donc de voir ensemble s’il est triste ou joyeux que Dieu soit ou ne soit peut-être pas tout puissant ! Encore une fois, nous n’en savons rien, mais Dieu nous ayant semble-t-il dotés de curiosité dès le jardin d’Eden, on peut du moins essayer…

D’abord qu’est-ce qui plaide en faveur d’un Dieu tout puissant ?
L’évidence. Tout le monde sait que Dieu est tout puissant, peut tout, par définition, sinon on est mal à l’aise, et puis c’est dans le Credo, on ne peut l’imaginer autrement, cela heurterait le bon sens.
Le bon sens vraiment ? Mon copain John, condisciple à la Faculté de théologie de Genève, me demanda un jour en souriant : “Si Dieu est tout puissant, est-ce qu’Il est capable de créer une pierre si lourde qu’Il soit incapable de la soulever ?” Quand la toute puissance se heurte à elle-même … J’ai aussitôt répondu que c’était amusant, mais n’avait rien à voir avec Dieu. Et puis la question est restée… Elle peut se décliner : est-ce que Dieu est capable de répondre à une question qui n’a pas de réponse, par exemple : quelle est la couleur ou le son du carré ? Plus sérieusement : Si Dieu est tout puissant, peut-Il se renier Lui-même ? Peut-Il ne pas tenir ses promesses ? Ni respecter les lois qu’Il a lui-même fixées à l’univers, et promis de respecter ? Peut-Il cesser d’être esprit, ou amour ; peut-Il annuler la croix de son fils, cesser d’être fidèle ou de pardonner ? Peut-Il faire que l’univers n’ait jamais existé, ou Lui-même, ou peut-Il au contraire créer d’autres Dieux aussi tout puissants que Lui ?
Et voilà le bon sens retourné : c’est la notion même de toute puissance qui n’a pas de sens, qui est absurde, une aporie disent les philosophes…

Nous voilà un peu ennuyés. Mais qu’est-ce qui plaiderait au contraire en faveur d’un Dieu qui ne serait pas tout puissant ? C’est simple :
Si Dieu est vraiment tout puissant, alors il est responsable de tout le mal, le cancer d’un enfant, les guerres et famines en Afrique, le Sida, Hitler, et même le diable si on y croit, soit qu’Il l’ait voulu et créé, soit qu’Il ne l’ait pas empêché.
Si Dieu est vraiment tout puissant, alors il n’y a pas de liberté pour la Création et pour nous, soit qu’Il connaisse et détermine tout à l’avance, jusqu’à nos pensées les plus personnelles, soit qu’Il tolère nos tâtonnements, mais pourrait intervenir ; dans les deux cas, Il nous trompe en nous donnant l’illusion de notre liberté.
Si Dieu est vraiment tout puissant, alors l’avenir est joué, il ne se crée pas et nous n’y participons pas : il se déroule et nous n’y sommes que des figurants ou des spectateurs.
S’Il est vraiment tout puissant, alors par définition, Dieu ne manque de rien, Il n’a besoin de rien, Il ne peut donc aimer, et nous ne sommes pas à son image…
Alors qui croire ? Notre pseudo-bon sens, notre intuition, nos fantasmes ? Ou bien le seul accès qui nous soit donné, en tout cas à nous chrétiens ; l’Ecriture, la révélation biblique, c’est-à-dire le Livre dans lequel des générations d’hommes et de femmes ont raconté l’expérience de leur rencontre et de leur cheminement avec Dieu ?
Or, que dit la Bible ? Elle ne raconte pas un Dieu tout puissant et satisfait, au contraire : elle raconte un Dieu vivant, aimant, souffrant, dépendant de son peuple, y compris pour sa gloire et l’existence même de son nom ; un Dieu vivant qui parle, écoute, se fâche, pardonne, évolue, renonce, change d’avis. Et même de stratégie, d’étape de l’histoire en étape de l’histoire : avec Noé, puis Babel, puis Abraham, et encore avec Moïse, puis Saül, l’Exil, enfin Jésus… Autant de changements de stratégie dans la relation Dieu-humanité.
Un Dieu vivant, aimant qui a donc besoin d’un vis-à-vis, d’un interlocuteur qu’Il a créé à son image, c’est-à-dire libre et ayant besoin d’aimer ; un Dieu qui a besoin de nous pour nous aimer et être aimé.
C’est cela le Dieu de la Bible, page après page.
Un Dieu qui se dépouille de sa nature divine telle que nous l’imaginons, pour devenir semblable à nous ; un Dieu — le Nouveau Testament le laisse comprendre — un Dieu impuissant devant notre mal parce qu’Il a besoin de nous pour le combattre, parce qu’Il ne peut ni ne veut le combattre malgré nous, parce qu’Il nous veut libres pour pouvoir aimer librement, parce qu’on ne peut pas aimer sous la contrainte, et que Dieu a donc besoin, en face de Lui, d’une création autonome, consistante, libre de pouvoir répondre, ou non, à son amour.

*

Mais alors, que faire de ce “Tout Puissant” du Credo ? Les docteurs de l’Eglise du quatrième siècle ont peut-être fait une erreur en y glissant ainsi une notion de la philosophie grecque qui n’est pas dans la Bible… Mais ne la jetons pas trop vite. Si Dieu ne peut sans doute pas être tout puissant dans l’absolu, Il est quand même très puissant et il n’est pas interdit de le penser comme très puissant de deux façons.
D’abord comme créateur, évidemment. Dieu est le très puissant créateur de l’univers, celui qui lui a donné son immense capital d’énergie, ses lois, sa cohérence et le temps pour se déployer et laisser apparaître la vie, et qui continue de le créer. C’est le sens de pantocrator, celui qui maintient l’univers en continuant de lui donner sa cohérence, sa durée et donc la possibilité de se transformer. En ce sens de créateur, Dieu est Tout Puissant.
Dieu est aussi, comme le disait Simon, le très puissant créateur de ma propre vie, non pas comme un montreur de marionnettes, nous ne sommes pas déterminés, mais en me délivrant d’être à moi-même ma propre loi, parce qu’Il m’invite en permanence, où que j’aille et quoi qu’il advienne, à vivre une vie qui soit juste, pleine, utile. Il m’y guide, m’y éclaire et m’y accompagne.
La seconde façon de comprendre Dieu comme très puissant, tout puissant si l’on veut, c’est en le percevant comme amour, ayant pu ou su se retirer de sa Création pour la laisser se déployer et être libre, mais aussi, par ce retrait même, être en manque de Lui, être en besoin de Lui, en besoin d’amour.
Et peut-être que, dans la logique de cette non-puissance pour laisser place à l’amour, la toute puissance de Dieu se réaliserait dans sa capacité à franchir la totalité de la distance entre Lui et nous, et même dans sa capacité à s’adapter à chacune de ses créatures, en lui présentant un visage de Dieu que, peut-être, elle seule peut accueillir. Capacité de Dieu à parler à chacun dans sa langue intérieure, ses mots, son intelligence, son histoire personnelle et unique, sa conception religieuse peut-être unique et incompatible avec d’autres conceptions religieuses, auxquelles il répond pourtant. Qui sait si Dieu ne se présente chaque fois pas tel qu’Il est attendu et compris, par un animiste, un enfant, un Mormon, une protestante réformée, un bouddhiste ou une musulmane, pour lui offrir le seul visage qu’il ou elle est en mesure de recevoir, et le conduire ensuite vers le chemin de l’amour…
La vraie toute-puissance de Dieu pourrait bien être ainsi la capacité de s’adapter à l’âme de chaque être humain, si contradictoires soient-elles les unes avec les autres, afin de les inviter toutes à se joindre à sa volonté.
En somme, Dieu qui n’est pas tout puissant, c’est beaucoup plus que Dieu tout puissant… C’est l’amour en plus.

Certes, on peut reprocher à Dieu d’être ainsi, et d’avoir crée l’univers ainsi. On peut Lui reprocher d’être compliqué, et d’avoir créé un monde où le manque et le mal sont nécessaires pour que l’amour soit un besoin et ait une place ; un univers dont le but soit l’amour alors que l’amour a un coût, implique le manque, la liberté, et par conséquent la souffrance, celle du monde, la nôtre, et celle de Dieu lui-même…On peut dire aussi que tout cela n’est que vaines spéculations.
Mais voyez : comment et où Dieu se révèle-t-Il à nous ? Sur une croix.
Notre Dieu est un Dieu trahi, abandonné, défiguré, impuissant devant la sottise et la méchanceté des humains, non pas le Dieu des armées, mais un Dieu désarmé, un Dieu souffrant, un Dieu qui meurt sous nos yeux, mais à travers la mort duquel le pardon et l’amour sont vainqueurs.
Oui, on pourrait reprocher à Dieu, à cause de son poids de souffrance, d’avoir voulu un monde autonome, un monde où le manque en nous et le manque en Dieu permettent l’amour de Lui à nous. Mais moi je préfère l’en remercier…
Car il ne pouvait pas nous proposer de plus grand cadeau que de faire de nous pratiquement son égal, en tout cas son vis-à-vis. C’est-à-dire celui ou celle, ceux et celles sans lesquels Dieu n’est pas complet, sans lesquels Il n’est lui-même pas Lui-même, c’est-à-dire amour.
Nous sommes ceux et celles sans l’amour desquels Lui-même ne peut aimer ;
nous sommes ceux et celles sans l’action desquels sa Création ne peut s’accomplir et s’ordonner vers un monde réconcilié, un monde d’amour.
Je préfère l’en remercier, parce que grâce à ce Dieu pas tout puissant, j’existe, de façon extraordinaire, à une dimension que je ne peux même pas concevoir ; et parce que ce Dieu pas tout puissant, ou puissant autrement, m’invite, nous invite sans cesse, mais ne nous oblige jamais, à l’aimer, à aimer le monde, à aimer nos frères et nos sœurs, pour construire avec Lui, la joie au cœur, le cœur dans le sien et le sien dans le nôtre, l’univers réconcilié.

Merci à Dieu d’être ce qu’il est !

 

Culte du dimanche 15 février 2009

« Je crois en Jésus-Christ son Fils unique, notre Seigneur »
Dimanche 15 février 2009  Simon Wiblé

Textes bibliques
-       Marc 8, 27-30
-       Jean 20, 24-31

 

Martin Luther dans son Grand Catéchisme indique que cet article du crédo nous montre qu’après avoir été créé (par Dieu) et avant d’être sanctifié (par l’Esprit saint) comment nous avons été rachetés (par Jésus-Christ son Fils unique, notre Seigneur.

Le Seigneur est en effet celui qui nous a amené du diable à Dieu ; qui nous fait passer de la mort à la vie ; du péché à la justice, et nous y maintient.

Il écrit :

« Tout l’Evangile que nous prêchons repose sur cet article. Il faut donc bien le comprendre, car c’est celui duquel dépendent notre salut et notre félicité. Il est si riche et si étendu que nous ne pourrons jamais l’épuiser ».

Donc restons humble ; Jean-Paul Morley et moi avons programmé 5 prédications pour ce seul article. Je l’avoue déjà et vous en doutez …, nous n’épuiserons pas tout.

Après le Dieu Père, tout puissant et créateur, nous nous arrêtons sur Jésus-Christ.

Et pourtant, difficile de s’arrêter avec lui. Surtout dans l’Evangile selon Marc où le Christ est bien souvent en mouvement, sans cesse en train de se déplacer.

C’est d’ailleurs « en chemin », vers les villages voisins de Césarée de Philippe, proches des terres païennes, à l’écart de la juste foi, que nous retrouvons Jésus et ses disciples.

Il leur pose la question : « Qui suis-je, au dire des hommes ? ». Les réponses se pressent : « Jean-Baptiste, Elie, l’un des prophètes ».

Les disciples semblent répéter mécaniquement ce qu’ils ont entendu par ailleurs. Ils ressemblent à ceux qui aujourd’hui, recherchent du religieux à emporter, prêt à l’emploi.

Ou bien à ceux qui, trop inquiets et angoissés par les temps incertains que nous traversons et aussi par l’avenir, se cramponnent aux doctrines héritées du passé.

Cela ne semble pas satisfaire Jésus qui insiste et pose une deuxième fois la question : « Et vous, qui dites vous que je suis ? ». Il demande à chacun une démarche personnelle.

« Tu es le Christ ».

La réponse de Pierre nous paraît exemplaire, presque trop. Un peu comme un catéchisme appris par cœur, un peu comme une bonne réponse au « jeu des mille euros » pour les mordus de radio ou de « Questions pour un champion » pour les accro de télévision.

Allez, c’est le début des vacances scolaires, jouons un peu.

Vous êtes prêts …

Le présentateur de l’émission tient sa fiche bristol en format paysage.

« Messieurs, aujourd’hui, vous êtes douze candidats, cela fait beaucoup. Il va falloir de la discipline. Je vous rappelle que nous cherchons un personnage célèbre

Cet indice chez vous …

Top !

J’ai influencé l’humanité alors que je n’ai gouverné aucun royaume.

Je n’ai remporté aucune bataille.

Je n’ai écrit aucun livre

Je n’ai fait aucune découverte

Je n’ai pas entrepris de grands voyages.

Je suis mort jeune, de façon répugnante, condamné par les religieux et les politiques, abandonné de presque tous.

Je suis … Je suis …

Pierre répond : « le Christ »

Les lumières du plateau de télévision s’éteignent, la régie envoie une page de publicité.

Pendant ce temps, Jésus, resté discret en coulisse, reprend fermement Pierre ainsi que ses onze compagnons en leur commandant sévèrement de ne parler de lui à personne.

Il redoute en effet que ce titre de Christ, qui désignait le Messie attendu, ne soit source de malentendu.

En effet, de même que je m’appelle Simon Wiblé, Jésus de Nazareth ou Jésus fils de Joseph ne s’appelle pas Jésus Christ. Christ n’est pas son nom de famille.

C’est un titre, une fonction. Cela signifie le Messie, celui qui a reçu l’onction d’huile, le consacré.

Au temps de Jésus, le mot Christ ou Messie était au cœur d’une telle espérance qu’il pouvait susciter chez ceux qui l’entendaient les rêves les plus fous et les illusions les plus dangereuses.

Il éveille notamment dans ce petit peuple occupé par une puissance étrangère des espoirs légitimes de libération, de justice et de paix.

Après avoir hésité sur la messianité du Christ, les autorités religieuses d’Israël y répondront négativement à cause du comportement provocant et contestataire du Christ.

Et Jésus, dont le nom signifie « Dieu sauve », ne veut pas qu’on le prenne pour ce Messie puissant et glorieux que tous appelaient de leurs vœux.

Son chemin a lui passe ailleurs. Il passe par l’abaissement d’un serviteur crucifié. Une folie aux yeux du monde ! A vues humaines, c’est scandaleux, c’est de la folie.

Jésus en effet n’est pas un super-Moïse. Jésus n’est pas un second David. Il ne peut être récupéré ni par le Judaïsme, ni par l’Hellénisme ; il est vraiment quelqu’un d’autre ; il nous apporte vraiment quelque chose d’autre. Il est vraiment l’unique : l’homme nouveau.

Le crédo nous rappelle que seul Jésus-Christ est Fils de Dieu. Il s’agit de son Fils unique

Mais cet unique, Dieu l’a donné aux hommes, au monde. Il l’a donné à ceux qui n’étaient pas fils pour qu’ils le deviennent. Ce don, et ce don seulement, accorde à ceux qui le reçoivent le pouvoir de devenir enfants de Dieu, et d’être ceux qui pourront dire au plus profond d’eux-mêmes « Abba », c’est-à-dire Père.

Nous découvrons que nous sommes fils de Dieu par le seul don du Fils unique, par un acte de Dieu qui ne dépend, ni de nous, ni de notre « nature ». Nous pouvons croire que nous le sommes vraiment devenus. Et donc le vivre vraiment.

Jésus-Christ est unique, il ne se laisse donc pas enfermer dans nos catégories humaines, nos philosophies, nos théologies, nos idéologies.

La réforme protestante est cet essai de ne pas laisser enfermer le Christ dans un système, mais de sauvegarder cette unicité, cette originalité totale du salut du Christ.

La Réforme a été cette volonté de ne pas confondre le Christ avec l’Eglise, ni même avec l’Ecriture, ni avec la tradition, ni avec les Pères, ni avec le prochain, ni avec … moi-même.

Pour Luther, en effet, la Parole vivante a toujours dépassé la parole écrite.

Jésus, c’est le nom « Sauveur » ou « le Seigneur sauve » que l’on retrouve dans les noms « Josué » et « Esaïe (Isaïe)».

Après Moïse, Josué conduit le peuple dans la Terre promise en triomphant des cananéens.

De même Jésus, après la longue pédagogie de la Torah, est celui qui nous ouvre les portes de la liberté et triomphe de tous les obstacles qui nous empêchaient d’y accéder.

En prononçant ce mot « Jésus » et en affirmant que j’y crois, je confesse par là que j’avais besoin d’être sauvé (et les autres avec moi)

C’est vrai que 2000 ans de culture chrétienne nous ont fait oublier que le christianisme, au départ, c’était seulement une poignée d’individus sans aucune influence sur la société.

La foi se jouait vraiment sur le terrain d’une décision personnelle à prendre face à Jésus. Il n’était pas question à ce moment là de valeurs chrétiennes, de philosophie de vie ou d’éthique.

Il s’agissait beaucoup plus simplement, et aussi plus radicalement, de se positionner en tant qu’individu face à Jésus et de décider si, oui ou non, on acceptait de reconnaître en lui le Seigneur.

Mais peut-être les choses ne sont-elles pas si différentes aujourd’hui : il est bon de nous souvenir que la foi est toujours une décision personnelle, et qu’il ne s’agit jamais de suivre une mode ou de se laisser porter par un courant d’opinion.

D’une manière générale, croire en Christ ressuscité c’est se décider avec courage pour la vie, quand céder à la tentation de la mort serait si facile.

Croire que la vie vaut le coup d’être vécue.

Même si cette vie est aussi fragile qu’un brin d’herbe que le moindre souffle peut courber à tout moment, croire que la vie vaut le coup d’être vécue.

Dans le récit de l’évangile selon Jean, à chaque fois que le Ressuscité se fait reconnaître comme Seigneur par ses disciples, que fait-il ?

Il leur montre ses mains et son côté. Il leur montre la marque des clous et la blessure de la lance.

Autrement dit, il leur montre les signes de sa vie terrestre, de sa vie incarnée, de sa vie risquée.

La résurrection ne vient pas effacer la croix, comme si tout d’un coup Dieu reprenait ses billes. Au contraire, la résurrection nous reconduit à la croix.

Connaître le Ressuscité, c’est reconnaître en lui le Crucifié.

En ressuscitant le Crucifié, Dieu nous dit ceci : sortez de vos enfermements, guérissez de vos aveuglements, dépassez vos peurs.

Arrêtez de croire que votre vie terrestre n’est pas une vraie vie. Arrêtez de vouloir à tout prix passer pour des vainqueurs, des puissants, ne restez pas enfermés en vous-mêmes en essayant d’éliminer en vous tout ce qui vous rend humains.

La force du péché c’est de nous faire croire que nous n’avons pas droit à l’erreur. La force du péché c’est de nous faire croire qu’il faudrait être irréprochables pour que notre vie ait un sens.

Être esclave du péché, dans les termes bibliques, c’est précisément se vouloir sans péché et se renfermer en soi-même dans la crainte d’être un jour pris en flagrant délit d’humanité.

Le Christ ressuscité veut nous libérer, de notre péché, de notre aveuglement, de notre mort. Il nous donne sa paix

Puissions-nous le croire sur Parole et vivre sur cette Parole. Nous pourrons alors être relevés de nos tombeaux et découvrir que non seulement il y a une vie après la mort, mais bien plus : il y a une vie avant !

Cette vie, c’est maintenant, c’est aujourd’hui, pour toi. Tu es vivant, renouvelé, par la grâce de Dieu manifestée en Jésus-Christ

 

Amen.    

La Vierge Marie
Dimanche 1er mars Jean-Paul Morley


Lectures :      
Esaïe 7 : 14
Matthieu 1 : 1-23
Galates 4 : 4-5

Les protestants, c’est bien connu, ne croient pas en Marie et n’accordent d’autorité qu’à la Bible… C’est évidemment sur elle que nous nous fonderons pour parler de Marie.

Et déjà le Credo ne s’y trompe pas, qui n’affirme pas “Je crois en la vierge Marie”, mais : “Je crois en Jésus-Christ, qui a été conçu du Saint Esprit et qui est né de la vierge Marie”. Il ne s’y trompe pas : l’important, c’est le Christ, lui seul, et le Credo n’ajoutera rien à propos de Marie, dont il ne fait pas un objet de foi.

Mais pourquoi mentionner alors cette naissance étrange, qui heurte la raison ?

Parce qu’elle est indispensable.

Il s’est passé, avec Marie, à ce moment précis de l’histoire, quelque chose d’inouï, d’unique. Une rencontre inouïe : l’incarnation. Dieu est devenu humain, Dieu est venu dans un être humain, un corps humain, comme cela n’était jamais arrivé et comme cela n’est plus jamais arrivé. Il y avait déjà eu, et il y a eu depuis, des rencontres entre Dieu et tel ou telle homme ou femme dans lesquels Dieu habitait : Moïse, Esaïe, François d’Assise, Thérèse de Lisieux ou Simone Weill. Mais jamais un croisement tel que Dieu habitait totalement et constamment dans un être humain, en sorte que cet humain était à la fois totalement humain et totalement habité par Dieu.

C’est plus qu’une rencontre, c’est un double croisement : celui de Dieu et de l’humain, à travers cette noce improbable de l’Esprit de Dieu et d’une jeune fille, Marie. Et celui, que signifie en fait l’incarnation, qui a vu Dieu descendre jusqu’à la condition humaine, jusqu’au pire de la condition humaine, jusqu’au désespoir, au doute, à l’abandon, à l’échec, à la solitude, à la souffrance physique, à la peur et à la mort ; jusqu’à l’enfer. Jusqu’au pire du pire de ce que peut connaître le plus malheureux des humains, plus bas que ce que peut connaître le plus malheureux des humains.

Jusque-là, pour venir nous chercher, nous, les humains, vous et moi, et nous arracher, vous et moi, à ce pire et à cette pesanteur, pour nous élever, nous et malgré nous, jusqu’à ce statut d’enfants de Dieu dont parlent Paul et Jean.

S’il n’y a pas d’incarnation, s’il n’y a pas ce croisement entre Dieu et nous, Lui descendant plus bas que nous, et nous étant arrachés plus haut que nous-mêmes, si Dieu ne vient pas nous chercher Lui-même là où nous en sommes… qui le fera ? Qui viendra nous chercher, et nous sauver de nous-mêmes ?

Voilà pourquoi l’incarnation est indispensable. Et c’est ce que dit le Credo en affirmant que Jésus a été conçu du Saint Esprit et qu’il est né de la vierge Marie, puis qu’il est descendu aux enfers.

Mais pour cela, il est nécessaire que la partie humaine de l’affaire soit aussi totalement humaine que Dieu y est totalement Dieu… Telle est d’ailleurs la seule allusion de Paul à la naissance et à la mère de Jésus : “né d’une femme”, sans même donner son nom, qu’il ignore peut-être. Et c’est pour cela que toutes les élaborations ultérieures de la tradition catholique sont théologiquement dévastatrices, parce qu’elles défont l’incarnation. Car si, comme le veut cette tradition et ses quelques dogmes récents des dix-neuvième et vingtième siècles :

- la grand-mère de Jésus a conçu Marie sans pêché originel, en sorte que Marie soit, elle, de naissance et pour toute sa vie pure de tout pêché — c’est le dogme de l’Immaculée Conception ;

- si Marie est restée toujours vierge jusqu’à la fin de ses jours, c’est-à-dire pure de toute autre chair, supposée la souiller ;

- si Marie n’est pas morte, mais s’est endormie pour être enlevée directement au ciel, et n’a donc pas connu la mort — c’est le dogme de l’Assomption ;

- si Marie, enfin, siège à la droite de Jésus ressuscité, lui-même à droite du Père et que, Reine du Ciel et Mère des humains, elle y intercède pour nous – toutes affirmations sans aucun fondement biblique – alors… alors Marie n’est simplement plus humaine !

N’ayant connu ni le péché, ni la mort, elle n’est plus une fille d’Adam et Eve. En revanche, ayant une fonction divine au Ciel, elle n’est plus humaine, mais quasi divine. Et par conséquent Jésus non plus n’est plus humain : n’ayant aucun parent humain, il n’est plus à la fois homme et Dieu, il n’est plus que divin. Il n’y a plus vraiment d’incarnation, mais juste un effleurement de la condition humaine par Dieu, qui vient nous visiter mais non vivre notre condition souffrante de faillibles et de mortels… Il ne descend plus vers nous et au-dessous de nous, Il ne s’incarne plus, et ne vient donc pas non plus nous chercher là où nous sommes, jusqu’en enfer, pour nous emmener jusqu’à Lui.

Le contresens théologique est désastreux. Pour le coup, il s’agit d’une hérésie !

Heureusement le contresens n’est que théologique, et n’empêche pas Dieu, Lui, d’avoir de grandes oreilles. Si quelqu’un prie Marie, parce qu’il a besoin du visage féminin de Dieu, Dieu sait bien que c’est à Lui qu’on s’adresse, et Il écoute… Il est plus grand que nous.

Remarquons au passage que la Bible lui donne indifféremment des caractères masculins ou féminins, mais nos traductions effacent systématiquement ces derniers. Si l’Eglise n’avait pas ainsi masculinisé le discours sur Dieu, peut-être n’aurait-elle pas eu besoin d’inventer, avec Marie, un être intermédiaire, semi divin et maternel. Alors que rien, d’après la Bible, n’interdirait de dire parfois “Dieu notre Père, ou notre Mère…”

Mais une fois rappelée l’extraordinaire nécessité de l’incarnation, et écartés les égarements autour de Marie, nous pouvons enfin nous interroger sur cette fameuse virginité, en posant deux questions : 1. Comment la comprendre ? Et 2. Que nous dit-elle ?

1ère question, la virginité de cette jeune femme, Marie. Deux compréhensions protestantes sont possibles, toutes deux fidèles à la Bible, l’une à sa lettre, l’autre à son esprit.

La lettre : Marie, jeune fiancée, vierge, est visitée par un ange, puis par l’Esprit, qui la couvre de son ombre : fécondation miraculeuse, conception surnaturelle, que décrivent les seuls Evangiles de Matthieu et de Luc, et qui disent l’incarnation. Quant à Joseph, homme sage, et pieux, et généreux, il est visité lui aussi par le même ange, et, rassuré, accepte. Et pour donner un père humain à Jésus, l’adopte. Cela, c’est la lettre de la Bible.

L’esprit, maintenant. Dans la Bible, la plupart des personnages-clefs ayant apporté un salut sont nés d’une femme problématique :

-       Sarah, femme d’Abraham, future mère d’Isaac, est stérile — quel symbole ! — et trop âgée ;

-       Rachel, la mère de Joseph, est elle aussi longtemps stérile ;

-       La mère de Moïse, anonyme, abandonne son fils au fleuve ;

-       Anne, la mère de Samuel, est stérile ;

-       Bethsabée, la mère de Salomon, est adultère avec David, qui fait mourir son mari ;

-       Le même David a pour ancêtres célèbres Rahab, une prostituée, Ruth, une étrangère, et Tamar, qui se prostitue à son beau-père pour faire valoir ses droits…

Quatre femmes, quatre mères pour le moins atypiques, et qui sont les seules à figurer dans la généalogie de Jésus. Ce qui ne le situe guère dans une lignée très sainte…

 -      Enfin, dans le Nouveau Testament même, Elisabeth, la mère de Jean-Baptiste est elle aussi stérile et trop âgée…

Alors, Jésus lui-même ? Et si Marie, à l’image de ses glorieuses devancières, s’inscrivait à son tour dans cette logique, non pas du mérite ou de la pureté, mais au contraire de la détresse et de la grâce active au sein de la détresse ? Dans cette démonstration répétée que la puissance de Dieu s’accomplit dans la faiblesse ?

Alors nous deviendrions tout à fait subversifs, mais en faisant éclater de façon extraordinaire l’amour de Dieu. Car Marie ne serait plus une pure jeune fille choisie pour son innocence, mais au contraire une jeune fille en détresse, condamnée d’avance parce qu’elle a fauté, alors qu’elle était déjà fiancée à Joseph. Et Dieu, la grâce de Dieu, serait intervenue dans cette détresse, pour lui apporter le pardon à travers Joseph, et choisir précisément cet enfant-là, cet enfant de la faute, cet enfant de la transgression sociale, pour en faire son oint, son Messie, son Fils. Son Envoyé parmi les humains, et habiter en lui comme Il n’avait jamais habité en personne.

Alors Marie serait bien comme la jeune femme annoncée par le prophète Esaïe, dont le texte hébreu ne dit pas qu’elle est vierge, mais qu’elle est porteuse d’espoir, porteuse d’un avenir différent pour le peuple ou l’humanité ; un signe d’espoir. Alors Marie devient la figure emblématique non pas de la pureté méritante mais au contraire de la détresse qui reçoit de Dieu un secours. Citons Luther à propos du cantique de Marie : “ La douce vierge ne s’est glorifiée ni de sa virginité, ni de son humilité, mais du seul regard de la grâce divine… Ce n’est pas sa personne qu’il faut louer, mais le regard de Dieu…”

Deux compréhensions donc différentes de la virginité de Marie : l’une classique, l’autre subversive. Mais toutes deux légitimes, parce que toutes deux fidèles à la Bible, l’une davantage à sa lettre, l’autre davantage à son esprit et sa logique.

Et puisque le Credo est un “je”, et qu’il affirme une foi personnelle plus que la norme d’une Eglise, chacun a le droit d’opter pour la compréhension qui lui parlera le mieux de ce que Dieu dit à travers cette virginité.

Et c’est notre dernière question : Que nous est-il dit de plus, à nous, à travers cette virginité de Marie, quelle que  soit la façon de la comprendre ?

Dans ces textes, où la grâce et la bénédiction sont partout, Marie apparaît tout de suite sympathique et attachante, parce que confiante, disponible, accueillant cet étrange visiteur, l’ange ; accueillant son étrange promesse ; accueillant les lourdes conséquences qu’elle devine déjà. En revanche, rien ne dit qu’elle a mérité ce qui lui arrive. C’est au contraire l’événement qui révélera ses qualités. En cela, Marie illustre parfaitement la foi protestante, et elle est notre image à tous : tous, comme elle, sommes l’objet d’un amour sans condition, non pas mérité mais offert par Dieu. Et notre seul rôle est de le recevoir, de l’accepter, d’y croire, et d’en vivre.

C’est déjà ainsi qu’au quatorzième siècle le comprenait Maître Eckhart, grand mystique allemand, quand il interprétait la virginité de Marie comme étant sa disponibilité, sa confiance, sa capacité à entendre et accueillir ce que Dieu lui proposait ou demandait. Et il est vrai qu’il nous faut ouvrir l’oreille et ouvrir notre âme pour entendre ce que Dieu  nous dit en silence…

Là pourrait bien être le don que Marie continue de nous faire aujourd’hui, au-delà d’avoir porté le Fils unique de Dieu : sa leçon de disponibilité, d’ouverture et d’accueil au don de Dieu, prête à en recevoir la grâce et l’ordre de mission, puis à les vivre avec le courage, l’intelligence et la fidélité que montrera ensuite Marie jusqu’à la fin.

C’est cela, Marie, la Marie du Credo et de la Bible, pour nous, pour moi en tout cas : une démonstration de la puissance de Dieu qui agit dans la faiblesse et la détresse, dans notre faiblesse et notre détresse. Et puis cette leçon d’ouverture et de disponibilité, qui dit oui à Dieu.

Marie, figure si protestante de la grâce !

 

Culte du dimanche 8 mars 2009

« … Il a souffert »
Dimanche 8 mars 2009 Simon Wiblé

Lectures bibliques :
Esaïe 55, 6-8
Romains 6, 3-11
Mt 16, 21-23

 

Pierre, l’un des douze, a du mal à comprendre et admettre ce que Jésus révèle à ses seuls disciples puisqu'il leur a demandé de ne dire à personne qu'il était le Christ.

Dans l’évangile selon Matthieu, le Christ annonce la dernière partie de son parcours. Il annonce qu’il va souffrir, mourir et ressusciter le troisième jour.

Pierre, qui vient de confesser Jésus comme Christ (c'est-à-dire envoyé de Dieu) ne l’admet pas et se fait reprendre sèchement par Jésus qui le qualifie de Satan.

Cf la tentation de Jésus au désert (quarante jours)

La faim, (si tu es fils de Dieu, ordonne que ces pierres se changent en pain)

La toute-puissance (si tu es f de Dieu, jette-toi en bas, des anges te porterons)

L’idole (prosterne-toi et adore-moi)

Jésus le rejette « Retire-toi Satan » car il est écrit : « Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et à lui seul, tu rendras un culte » Mt 4, 10

Est-il choquant que Jésus s’adresse à Pierre comme s’il s’adressait au diable (diviseur, tentateur) en personne : « arrière de moi, Satan ! »

Comme Pierre, nous sommes souvent dans une incompréhension vis-à-vis du Christ, et nous reconnaissons que plus d’une fois, nous avons eu honte de lui et de ses paroles ; plus d’une fois nous avons eu l’impression que ses paroles ne sont pas des paroles pour vivre.

Vous vous rendez compte, l’envoyé de Dieu, le Seigneur qui promet la croix (la honte de l’échec lamentable) à ceux qui le reconnaissent comme souverain ?

Comment ne pas comprendre (et partager – un peu) le scandale du monde qui dénigre une foi basée sur un supplicié, un être de souffrance ?

D’ailleurs, on reproche souvent aux chrétiens leurs mots compliqués, inaudibles, difficilement compréhensibles ou admissibles.

Le passage du crédo sur lequel nous nous arrêtons aujourd’hui en regorge.

Non pas qu’ils soient compliqués à comprendre séparément, mais que mis bout à bout, cela fait une succession assez effrayante

Vous en voulez ?

En voilà :

Christ a souffert. Il a été crucifié. Il est mort. Il a été enseveli. Il est descendu aux enfers.

Là, je pense que l’on ne tombera pas plus bas. Nous avons touché le fond. Ou plutôt, le Christ a touché le fond.

Il va d’ailleurs s’en relever puisque le troisième jour, il est ressuscité des morts et qu’il est monté au ciel.

Martin Luther dans son Grand Catéchisme indique que cet article du crédo nous montre qu’après avoir été créé (par Dieu) et avant d’être sanctifié (par l’Esprit saint), comment nous avons été rachetés (par Jésus-Christ son Fils unique, notre Seigneur).

Le Seigneur est en effet celui qui nous a amené du diable à Dieu ; qui nous fait passer de la mort à la vie ; du péché à la justice, et nous y maintient.

Il écrit :

« Jésus-Christ est Seigneur. Il est mon Sauveur.

Le Seigneur, c’est celui qui nous a amenés du diable à Dieu, qui nous a fait passer de la mort à la vie, du péché à la justice et nous y maintient.

Il a beaucoup coûté au Seigneur pour nous gagner et nous amener sous sa domination. Il devint homme, fut conçu du saint-Esprit et naquit de la vierge Marie sans aucun péché afin d’être maître du péché.

Il souffrit, mourut et fut enseveli, afin de satisfaire pour moi et de payer ma dette, non point à prix d’argent ou d’or, mais au prix de son propre et précieux sang.

Et tout cela, il le fit afin de devenir mon Seigneur, car il n’avait pas besoin de le faire et ce n’est pas pour lui qu’il le fit.

Ensuite, il ressuscita, dévora et engloutit la mort, monta au ciel et prit le pouvoir à la droite du Père, afin que le diable et toute puissance fussent soumis à sa domination et jetés à ses pieds.

Enfin, au dernier jour, il nous séparera et nous délivrera du monde impie, du diable, de la mort, du péché, …

Martin Luther, Grand Catéchisme

Nous parlons de la passion du Christ

De la passion de Dieu en Christ

Souffrance et amour, passionnés

Il n’est pas possible d’aimer sans souffrir

Chaque domaine de la vie a son langage et son vocabulaire

En informatique

Clé usb, connectique RJ 45, pilote, logiciel, moniteur, unité centrale, cartouche

En football

Le marquage, centre en retrait, la ligue des champions, reprise de volée, petit pont / grand pont

En œnologie

Le nez, la robe, le cru, le millésime, le cépage

Non pas que ces termes soient incompréhensibles. Mais ils nécessitent explication. Pour préciser le contexte, l’histoire, la signification.

Les textes bibliques lus ce matin contiennent eux aussi ce que certains appellent « ces mots qu’on aime pas » ou d’autres « les gros mots de la foi ».

Notamment, la mort de Jésus sur la croix.

Mourir sur la croix, cela signifie qu’on meurt en rejeté, en banni.

Il faut que Jésus souffre et soit rejeté au nom de la nécessité divine.

Toute tentative de mettre obstacle à cette nécessité est satanique.

Même et surtout si elle vient du cercle des disciples ; car cela veut dire qu’on refuse de laisser le Christ être le Christ.

Le fait que ce soit Pierre, le roc de l’Eglise, qui s’en rende ici coupable immédiatement après sa confession de foi en Jésus-Christ et son investiture par lui prouve que, dès le début, l’Eglise s’est scandalisée du Christ souffrant.

La souffrance, c’est l’éloignement de Dieu.

Le Christ se charge de tout l’éloignement de Dieu. Dans la communion à la souffrance de Jésus-Christ, la souffrance triomphe de la souffrance, et la communion de Dieu est un don qui précisément, se fait dans la souffrance.  D. Bonhoeffer, Le prix de la grâce

Sur la croix, Dieu s’éloigne de Dieu et c’est scandale, c’est une folie.

Un Dieu crucifié !

La croix entraîne la mort

Paul articule cette mort avec le baptême.

Le deuxième texte lu ce matin dans l’épître aux Romains nous parle du baptême. Il contient :

baptiser ou baptême (3 fois),

12 occurrences de la mort,

enseveli et crucifié (une fois)

le péché (5),

la vie ou vivre (5)

la résurrection ou ressusciter (3)

Le baptême n’est pas une offre de l’homme, c’est une offre de Jésus-Christ. Il n’est fondé que sur la bienveillance de Jésus-Christ qui nous appelle.

Le baptême consiste à subir l’appel du Christ. Dans le baptême, l’homme devient la propriété du Christ. L’homme est baptisé en Jésus-Christ.    D. Bonhoeffer, le prix de la grâce

Il est mort avec Lui et il est ressuscité avec Lui.

Nous mourrons à ce qui nous empêche de vivre en enfant de Dieu, adoptés par sa Parole de Père.

Entre croix et résurrection, notre vie est entre les mains de Dieu :

« Les mains de Dieu, c’est Jésus-Christ.

Sa main gauche, c’est le Crucifié.

Sa main droite, c’est le Ressuscité.

Par les épreuves les plus dures, je suis dans sa main gauche.

Par les joies les plus intenses, je suis dans sa main droite.

C’est lui qui me tient ; je n’en peux pas sortir,

mais j’y suis bien, il est mon soutien.

Il est mon Dieu ».                              Augustin d’Hippone (354-430).

La croix se révèle être un lieu de rencontre entre Dieu et nous.

Dieu et l’homme se trouvent à la croisée des chemins.

Dès lors, partir à sa recherche est déjà un don de Dieu.

Le texte du prophète Esaïe nous le rappelle :

Notre Dieu, sans relâche s'approche de nous, sans relâche nous cherche nous pour que nous puissions nous trouver ; nous et Lui.

Nous oublions que même ce désir qui vient en nous, de partir à sa recherche, vient en fait de lui !

Nous passons une bonne partie de notre vie à chercher. Et nous cherchons dans tous les domaines.

Nous cherchons à résoudre nos problèmes, les questions que nous nous posons ou celles que la vie nous pose.

Nous cherchons … une place de stationnement aux abords du 106 rue de Grenelle ( !).

Plus sérieusement, nous cherchons à réussir dans la vie, et plus fondamentalement encore, à réussir notre vie.

Pour ce faire, notre Dieu nous invite à croiser notre vie avec la sienne.

A la croiser, de ce mot " croix " qui dit bien comment Lui, le premier, a tout fait pour que nous puissions vivre de son pardon et de son amour.

Et cette Croix, et sa vie donnée, et cet amour exprimé au travers de Jésus-Christ mort et ressuscité, c'est en quelque sorte le moteur des moteurs de recherche que Dieu a inventé pour nous.

En dehors de l'amour, Dieu est introuvable ! " Demande et tu recevras ! Cherche et tu trouveras ! Tourne-toi vers le Seigneur, et rappelle-toi que Dieu ne se prend pas, il se reçoit. "                                

Et avec Simon Pierre, dans l’évangile de Jean, nous pourrons dire :

« Seigneur, à qui d’autre irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » Jn 6, 68

Amen

Il est ressucité
Dimanche 15 mars 2009 Jean-Paul Morley

Lectures :      
I Corinthiens 15 : 12-19
Luc 24 : 28-35
Matthieu 16 : 24-25

Nous voici au tournant du Credo. Nous avons, avec lui, commencé par le commencement : le Dieu créateur. Puis, très vite, Jésus Christ : le fils de Dieu qui descend sur terre – né d’une femme, puis qui descend dans la souffrance – le pire de la souffrance, et descend vers la mort et la malédiction de la croix. Et de là descend encore, jusqu’en enfer.

Comme si à la suite du Credo nous atteignions l’ultime fond, d’où nous rebondissons pour remonter non pas vers la surface, mais vers le ciel.

Ce tournant entre “descendu aux enfers” et “le troisième jour il est ressuscité” est ainsi le pivot, la charnière du Symbole des Apôtres, par laquelle nous passons du jugement à la promesse. Le jugement, parce que la croix du Christ nous juge ; la promesse, parce que la croix du Christ nous pardonne et nous offre la vie éternelle vers laquelle conduit le Credo. Cette charnière, c’est donc bien la croix.

Ressuscité, donc.

C’est le fondement même de la foi chrétienne.

L’évidence. Mais une évidence difficile à admettre, et à comprendre.

Il est ressuscité !

Sinon nous sommes perdus.

Il est ressuscité ! Sinon il n’y a plus d’espoir.

Il est ressuscité, sinon nous sommes vaincus.

Il est ressuscité, sinon cela signifie que le malheur est le plus fort, que la pesanteur, la routine, la jalousie, la méchanceté banale et la vanité bornée qui ont tué Jésus cette année-là à Jérusalem, ont gagné. Gagné contre le Fils de Dieu. Vaincu le Fils de Dieu, et donc Dieu Lui-même. Que celui qui annonçait le règne de Dieu, au nom et de la part de Dieu Lui-même, a été vaincu par la plus simple et la plus banale des mesquineries humaines…

Impensable.

Car si Jésus n’est pas ressuscité, alors c’est le mal qui a gagné. C’est le mal, le péché et la souffrance sous toutes leurs formes qui ont gagné, et gagné à jamais, puisqu’ils auront isolé le Fils de Dieu puis l’auront cloué sur du bois et l’auront enterré comme un malfrat, et que… rien ! Plus rien. Pas de lendemain, pas de réaction de Dieu, les ténèbres, rien, la défaite de Dieu ! Le naufrage du royaume de Dieu. Et donc plus d’horizon, plus d’espoir. Et le mal, rayonnant, ayant vaincu Dieu une fois, n’aurait aucune raison de ne pas gagner chaque fois.

Mais, personne parmi nous, ne croit ni ne veut croire cela.

Il faut que le Christ soir ressuscité, parce que sinon, oui, nous sommes perdus, il n’y a plus aucun espoir, le message, la vie et la promesse de Jésus sont creux, un échec, une erreur, des rêveries parties en fumée, fauchées, clouées sur du bois et restées là, clouées sur deux poutres .

Si la croix n’est pas vaincue, le mal n’est pas vaincu, la mort n’est pas vaincue, nous sommes, nous, voués à l’échec et à la mort, sans recours, sans au-delà ni rien derrière. Paul a raison : si Christ n’est pas ressuscité, nous sommes les plus malheureux de tous les humains. Et tous nos propres efforts ne servent à rien… Alors, oui, nous devons croire, et pouvons croire, et d’ailleurs nous croyons, qu’il est ressuscité, et nous pouvons dire : “Je crois que le troisième jour, il est ressuscité !”

L’évidence.

Mais comment est-il ressuscité, là, la Bible est soudain moins claire. Aucun doute sur le fait, qui est le cœur de la foi chrétienne. Mais beaucoup de bizarreries sur la manière, et c’est peut-être à dessein.

-       Le même jour, au même lieu, le ressuscité est esprit, qui traverse les murs, et il est chair, qui mange et montre ses plaies.

-       Un autre jour, il est à Jérusalem et, à la même heure, il marche vers Emmaüs, à quinze kilomètres de là.

-       A sa dernière apparition, il est physiquement présent, visible, pesant, mais s’élève au ciel comme un esprit.

-       Mieux : quand les femmes viennent, les premières, au tombeau et le trouvent vide, chez Matthieu cela s’accompagne d’un tremblement de terre, de la descente d’un ange éblouissant et de paroles solennelles… Mais de rien chez Jean : seuls le vide et le silence. Comme si c’était justement ce vide et cette absence qui permettaient de comprendre que Jésus est vivant quand même et malgré tout, que la mort ne l’a pas gardé.  C’est lorsque les disciples entrent dans le tombeau et le voient vide, qu’ils croient…

-       Plusieurs fois enfin, Jésus est visible mais méconnaissable. Et c’est cela qui devient encore plus intéressant : il est là, mais méconnaissable, et ne peut être connu, re-connu, qu’à travers un événement : quand il appelle Marie par son prénom ; ou lorsqu’il renouvelle le miracle de la pêche miraculeuse, c’est-à-dire le futur miracle de l’évangélisation, dont ses disciples seront les acteurs en devenant pêcheurs d’hommes. Ou encore, dans le plus long des récits de résurrection, les compagnons d’Emmaüs : Jésus est là, marchant très physiquement entre deux de ses disciples, comme il a si souvent marché avec eux, et ils ne le reconnaissent pas. Il leur parle longuement de la Bible, comme il leur a si souvent parlé, et ils ne le reconnaissent pas. Ils s’asseyent ensemble dans l’auberge, à la lumière, comme ils l’ont fait si souvent, et ils ne le reconnaissent pas. Il rend grâce, rompt le pain… et soudain ils le reconnaissent !

Ils le reconnaissent dans la Sainte Cène, parce que c’est de cela qu’il s’agit, c’est-à-dire dans sa nouvelle présence en tant que ressuscité : dans le pain, le vin et la prière, dans cette présence qui aujourd’hui encore est celle qui nous est offerte et réofferte chaque dimanche ; une présence préparée par la lecture de la Bible et son explication, comme il le faisait avec eux en chemin… Et aussitôt il disparaît à leur vue : il n’a plus besoin d’être là, puisqu’il est là, dans le pain et le vin partagés en son nom…

Alors qu’en conclure ?

Rien. Il n’y a pas à trancher. Non seulement je n’en sais rien, mais je ne vois pas de quel droit, en chaire, j’imposerais un choix ; alors que la Bible elle-même organise le flou. Si la foi en la résurrection physique de l’homme Jésus est légitime et attestée par l’Ecriture, la foi en la résurrection spirituelle du Christ Jésus, c’est-à-dire dans l’esprit et le cœur des disciples, est également légitime et suggérée par l’Ecriture.

Alors il n’y a rien à dicter, mais à inviter : premièrement, à croire ardemment que Christ est ressuscité, que l’amour a gagné, que le chemin, la vérité et la vie ont gagné et se trouvent en Christ ressuscité. Et deuxièmement, à croire sans une seconde d’hésitation que tous ceux qui croient en Jésus ressuscité physiquement, et tous ceux qui croient en Christ ressuscité spirituellement, sont les uns et les autres totalement, évidemment et pleinement chrétiens, sans aucune réserve.

Parce que de toute façon l’essentiel est ailleurs.

L’essentiel, c’est ce que nous annoncions au début. L’essentiel, c’est tout ce qui a volé en éclats avec ce tombeau vide : le mal, la mort, le péché, nos contradictions.

La victoire sur la croix, c’est la victoire sur le mal, c’est le mal qui a cru gagner et qui vole en éclats, c’est la promesse que tout mal sera vaincu, finalement vaincu. La souffrance, la méchanceté, la guerre, les Ben Laden et le Rwanda, le cancer et l’Alzheimer, tout cela un jour sera vaincu, consolé, réparé. Et nous avons donc raison de lutter et de nous battre contre toutes ces plaies, parce que c’est nous qui en serons vainqueurs. Et nous avons raison de penser que parmi ceux et celles qui nous entourent, le plus navrant et le plus néfaste peut changer, parce que c’est vrai. D’accord, le mal qui nous cerne est toujours bien présent, mais il est déjà vaincu : un jour, sur cette planète ou au paradis, il sera fait justice de tout ce qui broie et nous broie, et régneront la paix, la tendresse et la consolation, le loup et l’agneau ensemble. Un jour, l’humanité entière sera invitée au banquet du règne de Dieu. C’est la promesse de la résurrection. Et c’est cet espoir qui, personnellement, me porte.

La victoire sur la croix, c’est la victoire sur la mort, ce dernier ennemi. Si Jésus est mort il y a deux mille ans, et qu’il vit aujourd’hui, c’est que la mort a volé en éclats, qu’elle n’est plus qu’une porte, un passage, un rideau de fumée, un couloir sombre, mais un couloir seulement. Jésus a été le premier à traverser toute l’épaisseur du mal, le premier à traverser la mort, et il en est ressorti victorieux. Et cela, c’est la promesse que ceux que nous avons perdus sont vivants avec lui, comme lui, à côté de lui ; et que nous aussi, au-delà de la porte, nous attend la vie, la lumière et cette joie qu’on ne peut imaginer, cette joie qu’on pressent lorsqu’un amour est retrouvé, ou une faute pardonnée…

Car la victoire sur la croix, c’est encore la victoire sur le péché, notre drame intérieur : quand nous ne vivons pas ce que nous savons juste, mais que nous faisons ce que nous ne voulons pas. Devrons-nous un jour payer pour tout cela ? Non : en acceptant la croix, le Christ a accepté de souffrir, lui, tout ce que nous pouvons souffrir. Jésus a montré que Dieu ne compte pas, mais que, comme un parent souffre avec son enfant, Il souffre lui-même de ce que nous souffrons, chaque fois que nous souffrons et chaque fois que nous faisons souffrir. Il ne cherche pas à nous faire payer tout ce que nous faisons de moche ou de mal, mais souffre de tout ce que nous faisons de moche et de mal, et cette souffrance, à travers la croix, est un cri pour dénoncer toute souffrance, les nôtres et celles que nous provoquons. Alors, vaincue par la résurrection, la croix est l’assurance que notre condamnation vole en éclats, parce que Dieu nous reçoit. Et nous console. Et nous dit : “Je prends sur moi”. Il nous pardonne. Totalement. Tout. Pour toujours. La justice de Dieu n’est pas dans la sanction mais dans le pardon. La croix et la résurrection, c’est Dieu qui donne tout, même son Fils, qui est donc prêt à tout donner pour nous garder. Et c’est cette certitude qui, personnellement, me donne courage.

Enfin, la croix et la résurrection, c’est pour nous une démonstration. Cette fois, ce sont nos contradictions qui sont invitées à voler en éclats. Parce qu’en ressuscitant, Jésus démontre que l’amour vécu jusqu’au bout, jusqu’au don de soi-même, jusqu’au don total de soi-même, loin d’être une folie condamnée à l’échec et au naufrage, est au contraire le seul chemin, la seule issue, la vraie victoire et le vrai secret de la vie. Jésus a été trahi, bafoué, abandonné, supplicié : mis en échec ? Oh, non, c’est lui qui a eu raison. C’est lui qui est vivant. C’est lui qui a vaincu. Et c’est cela la vérité, le chemin et la vie qu’il nous propose : aimer à notre tour, en donnant tout, en renonçant à nous-mêmes, en considérant que l’autre est plus important que moi, et qu’il passe, dans mes choix, avant moi. C’est bien le secret de la vie, que Jésus a si souvent annoncé : “Si le grain ne meurt, il reste seul… Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais celui qui l’offrira à cause de mon nom, la trouvera…”

C’est tout simplement la clef de notre destin, le secret de la réconciliation avec la vie et avec nous-mêmes. Et c’est de l’avoir éprouvé qui, personnellement, me rend heureux…

Encore un mot. Le Credo précise “Le troisième jour, il est ressuscité des morts, il est monté au ciel, il siège à la droite de Dieu”.

Monté au ciel, cela ne signifie pas que Jésus soit dans les nuages, pas même qu’il fait partie des étoiles… Mais qu’il est maintenant “ailleurs” : ailleurs que dans notre monde, notre univers, notre dimension ; cet ailleurs que Dieu a créé en créant le ciel et la terre. Pas seulement la planète terre et le ciel qui la contient, mais notre univers et l’ailleurs de l’univers, l’univers de Dieu. Celui où nous le rejoindrons.

De même que Jésus a rejoint Dieu. Celui qui siège à la droite de Dieu — celui qui est à la droite du roi… — c’est celui qui en est le plus proche, son bras droit, son confident, son autre lui-même. Et il siège, il n’est pas debout, c’est-à-dire qu’il accueille ; s’il était debout, il entrerait dans la fonction de juge.

Mais cela, il ne le fera qu’en redescendant sur terre, et ce sera… la prochaine prédication !

 

... pour juger les vivants et les morts
Dimanche  29 mars 2009 Simon Wiblé

Lectures bibliques :
- Psaume 9, 2 à 6
- Actes 10, 40 à 43
Jean 3, 17 à 21

« … Il est monté au ciel
Il siège à la droite de Dieu
Le Père tout-puissant ;
Il viendra de là pour juger les vivants et les morts »

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de jugement ? Dieu juge, non merci !
Encore un truc inventé par les hommes pour nous maintenir sous le giron de l’Eglise.
Le jugement, ça fait peur, c’est terrifiant. Dès que j’entends ça, j’ai l’impression que je vais être condamné, l’issue est angoissante.

Relevons quatre extraits des lectures bibliques de ce matin :

Car tu défends mon droit et ma cause, Tu sièges sur ton trône en juste juge. (Psaume 9, 5)

Il nous a commandé d’annoncer la Bonne Nouvelle au peuple et de rendre ce témoignage : Jésus est celui que Dieu a choisi pour juger les vivants et les morts. (Actes 10, 42)

Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.
(Jean 3, 17)

Et voici le jugement : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont aimé les ténèbres plus que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. (Jean 3, 19)

Dressons à grands traits un panorama biblique :

En Israël, le jugement divin est essentiel. Dans la prédication des prophètes également.
Pour eux, il est impossible qu’un peuple (Israël ou un autre) méconnaisse les justes lois de Dieu sans encourir son jugement. Les empires qui ne respectent pas les lois de Dieu s’écroulent.

Il en va de même pour les individus.

Après l’exil, la foi au Dieu juste et saint fit naître l’idée du jugement dernier. Cette idée s’est ensuite beaucoup développée.

Certes, les prophètes avaient déjà parlé du « jour de l’Eternel » et du jugement à venir, mais c’est à partir de l’exil que cela s’est développé.

Pour le judaïsme, le jugement de Dieu était attendu avec impatience car il était synonyme de salut et de délivrance.

Jésus a confirmé la prédication des prophètes anciens. Il n’est pas venu abolir la loi mais l’accomplir. Oui, il est question du jugement dans le Nouveau Testament. Que ce soit dans des discours apocalyptiques, des avertissements, des exhortations.

C’est la même chose chez Paul. Cela nous rend attentif à la grande pensée du jugement divin présent. Ex. dans l’évangile selon Jean : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont aimé les ténèbres plus que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises (Jn 3, 19) et du jugement à venir, souvent appelé « jugement dernier » (Mt 25, 31-46) où les brebis - , à droite du roi reçoive le royaume et la vie éternelle et les boucs, à gauche, iront dans le feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges. Ils iront au châtiment éternel. C’est assez inquiétant, vous ne trouvez pas ?

Les brebis sont sauvées car elles ont visité, soigné, consolé, habillé, nourri et désaltéré ceux qui en avaient besoin ; invitation à une action concrète, pratique, efficace.

Les boucs, … ils représentent ceux qui, devant des détresses immédiates, n’ont pas réagi, n’ont pas vu, n’ont pas porté secours.

Mais ce jugement et cette condamnation semblent difficiles à concilier avec le pardon immense et inconditionnel de Dieu. Sommes-nous sauvés par les œuvres ?

Comme au temps de Jésus, nous trouvons aujourd’hui, parmi les chrétiens des lignes de démarcation : la piété ou les actes, la vie céleste ou l'existence présente, le pardon ou le jugement.

Alors, à eux comme à nous, Jésus offre une description, imagée et symbolique, de la fin des temps. Il annonce que tous les peuples passeront en jugement devant lui, le Christ : les chrétiens comme les non chrétiens, tous se présenteront devant le Fils de Dieu.

Là, chaque être humain découvrira la vérité sur lui ; il saura ce qui, dans sa vie, a eu du poids, a eu du sens. Il saura si notre vie a été féconde.

Dans cette optique, le jugement ressemble moins à un procès qu’à une récapitulation, une relecture de l’existence.
Je pose clairement et ouvertement la question : et si, finalement, le jugement était une grâce ?

L’idée d’un Dieu juge est fondamentale et incontournable.
Dieu est celui qui connaît la vérité de ce que nous sommes
Dieu est la lumière devant laquelle rien ne peut être caché

Cela dit, nous ne sommes pas jugés par Dieu mais par le Christ.
Ensuite, le jugement est accompli par celui qui nous sauve, par notre Sauveur.

La miséricorde de Dieu, dès les prophètes, est venue transfigurer le jugement. La vie, la prédication, la mort et la victoire du Sauveur nous ont fait considérer ce jugement dans la sainte lumière que répand le nom du Père, révélé en Jésus-Christ.

Le jugement nous appelle à ressentir l’urgence de la foi. C’est un appel vital à croire que Jésus est bien le Christ et qu’il nous promet la vie auprès du Père.

A la droite de Dieu, ce n’est pas un tyran qui s’installe pour mieux nous condamner. C’est le crucifié ressuscité. Il règne sur tous les hommes, les gouvernements, l’univers et l’histoire.

Entre le Christ déjà venu et le Christ qui vient, il y a un intervalle. C’est le temps de la rencontre. Rencontre décisive, cruciale, entre la foi et l’espérance.
Entre ce que Dieu nous a offert hier et ce qu’il nous promet demain, c’est l’aujourd’hui de la conversion.

C’est le saisissement de l’urgence de la décision. Se décider à répondre à cette invitation qui fais vivre : « Je t’aime, rejoins-moi, marche en ma présence,» et à cette promesse « Je suis avec toi ; je vis en toi et toi en moi ».

Frères et sœurs, le jugement nous alerte sur l’immédiateté, l’ici et le maintenant de notre relation de confiance en Dieu.

Le Christ est à la fois celui qui juge et celui qui donne sa vie pour que les pécheurs ne soient pas condamnés par ce juge.

Le jugement dernier, c’est le jugement « suprême », celui dont on ne peut pas faire appel et contre lequel il n’y a aucun recours possible.

C’est le dernier jugement, celui qui énonce que nous sommes pécheurs.

La rencontre entre ce jugement implacable (tu es pécheur) et le pardon sans condition (tu es à moi et je t’aime) produit la justification. C’est une grâce, une parole qui nous rejoint. L’accueillir et en vivre, c’est accepter d’être accepté tout en se sachant inacceptable.

Jésus est celui que Dieu a choisi pour juger les vivants et les morts. (Actes 10, 42)
Cette notion de jugement peut s'entendre de façon nouvelle : il ne s'agit pas d'une sentence (chez Jean, Jésus dit : "moi, je ne juge personne…") mais de la dénonciation de ce qui fait mourir, d'une crise (en grec, le mot jugement se dit crisis) qui met en évidence ce qui fait vivre et ce qui fait mourir : "Juge des vivants et des morts".
La mort et la résurrection de Jésus désignent ce qui est mort dans nos vies et ouvrent une voie à la vie dans ce qui est mort.
La croix vient juger, dénoncer ce qui est mortifère dans tout système religieux (conformisme et volonté d'acheter Dieu) puisque la loi et la religion vont mettre à mort l'innocent qui guérissait ceux que le diable opprimait.
Le système religieux en mettant Jésus à mort est démasqué dans sa logique de mort : il est diaboliquement oppressant. C'est un pouvoir qui tue.
La résurrection vient dire que ce péché religieux (au fond, c'est le seul) est néanmoins "couvert".
Autrement dit, et c’est une nouvelle bouleversante :
Dieu ne fait pas de cette mort du Christ une dette, mais au contraire il l'institue comme abolition de toute dette.
Et c'est cette confiance, cette transformation de la dette en reconnaissance qui fait passer de la mort à la vie.
Comment imaginer un Dieu qui voudrait bien sauver les hommes, mais qui n'accepterait de le faire qu'au prix de leur souffrance. En leur faisant "payer" leurs fautes.
Si Dieu est un père, et qu'il nous aime, qu'il nous sauve, il n'a pas besoin de notre souffrance prétendument réparatrice.
Je ne crois pas qu'après la mort puisse avoir lieu un espace de "purification" ou de "perfectionnement", je crois qu'en fait notre vie se joue ici-bas sur Terre.
Notre vie est faite de bien et de mal, de choses bassement terrestres et contingentes, et de choses merveilleuses, spirituelles et éternelles.
Pour aider ses interlocuteurs à comprendre, Jésus emploie souvent l'image de la "géhenne", ou "du feu qui ne s'éteint jamais". La géhenne, ce n'est pas l'enfer, c'était la décharge publique de Jérusalem et le feu permanent permettait de réduire la masse des objets jetés là.

Ainsi, être symboliquement jeté à la géhenne, c'est savoir que sa vie n'a pas été plus utile aux yeux de Dieu qu'un objet que l'on abandonne parce qu'il ne sert à rien.

Par cette description du jugement, Jésus exhorte donc moins à craindre l'enfer qu'à prendre au sérieux notre vie. Car s'il est dit que nous sommes pardonnés et aimés, il n'est pas certain que notre vie soit fructueuse.

Frères et sœurs, nous sommes partis de plusieurs alternatives : la foi ou l'aide du prochain, la grâce ou le jugement, l'éternité ou le présent.

Jésus, lui, n'oppose pas ces pôles ; au contraire, il les met en relation, en tension.
Le jugement de Dieu passe par Jésus-Christ, il est donc, en tout premier lieu, possibilité de salut.

Il nous demande d’exister aujourd’hui, de nous situer aujourd’hui.
Sans nostalgie du passé, sans angoisse de l’avenir, il nous donne de pouvoir marcher et vivre ensemble, confiant dans ce qu’Il nous accorde, ici et maintenant.

Sa grâce et sa paix sont données, à tous.

Amen

...  je crois en l’Esprit Saint
 Dimanche 26 avri 2009 Simon Wiblé

Romains 5, 1-5
Jean 16, 12-15
Autre lecture : Genèse 1, 1.2 

Tant que Jésus était là, avec eux, les disciples s'en référaient à Jésus, suivaient Jésus. Mais maintenant qu'il est parti... !

 Comment vont-ils pouvoir vivre cette absence ? Comment vont-ils pouvoir vivre cet absent ?

 Et nous, comment pouvons-nous vivre de cette absence ?

 Le chapitre 16 de Jean fait partie de ce que Jésus a voulu transmettre de son ultime message à ses disciples, avant sa mort. Le but de l'évangéliste, c'est de réconforter, de consolider sa communauté, face au doute, au découragement, ou même, en cette fin de premier siècle, à l'hérésie...

 En effet, l'Eglise s'est étendue jusqu'au pays de culture grecque et donc païenne, et peu à peu, sous l'influence de courants philosophiques divers, le centre de l'Evangile se trouve menacé : Jésus-Christ ne serait pas le visage de Dieu pour le monde, mais un héros, créature humaine exemplaire, divinisée par Dieu pour son obéissance.

 Jean se bat contre cette dérive. L'enjeu, c'est ni plus ni moins que le salut : a-t-il été accompli, une fois pour toutes, par Dieu lui-même, en Jésus-Christ, ou bien tout reste-t-il à faire avec seulement une figure héroïque pour modèle ?

 La question persiste, encore aujourd'hui, pour certains.

Les conciles de Nicée et de Constantinople ont bien essayé, plus tard, de clarifier les choses... L'ont-ils fait, en parlant "d'un seul Dieu en trois personnes" ?

 Il semble que ce que ces conciles ont voulu faire, c'est surtout d'écarter des compréhensions mauvaises : "Si vous dites qu'il y a trois dieux, vous vous trompez. Mais si vous dites qu'il n'y a qu'un seul Dieu monolithique, sans dialogue interne, sans vie, vous vous trompez également..

 Dieu est un, mais il se donne à connaître comme Père, Fils et Esprit".

Les relations entre le Père, le Fils et le Saint Esprit n'ont cessé d'agiter les Eglises. Et pourtant la parole de Jean demeure, sans ambiguïté, rigoureuse : "Qui m'a vu, a vu le Père" (Jean 14/9).

Dans notre texte de ce matin, il ajoute : "Tout ce que le Père a, est à moi ; c'est pourquoi j'ai dit qu'il prendra de ce qui est à moi, et vous l'annoncera"

Ou bien : "Tout ce que possède le Père est à moi ; c'est pourquoi j'ai dit que l'Esprit vous communiquera ce qu'il reçoit de moi". L'Esprit prend ainsi une place essentielle, soulignée avec force dans ce testament de Jésus.

Qui est l'Esprit ?

On le nomme le Paraclet, qu'on peut approximativement traduire par "défenseur, consolateur, aide". Littéralement : "celui qui est appelé à se tenir à côté de quelqu'un pour l'assister", notamment à la barre du tribunal.

Au verset 13, il est dit qu'il a pour fonction d'enseigner et de conduire dans la vérité. C'est-à-dire que l'Esprit ne produit pas de vérité autre que Jésus : il pousse le croyant à reconnaître le Père au travers du Fils. Il n'apporte pas de révélation inédite, mais il donne vie et actualité à ce que Jésus a dit et fait.

L'histoire de l'Eglise, comme la vie religieuse de notre temps sont menacées par des hommes et des femmes qui se lèvent pour apporter de prétendues révélations nouvelles que l'Esprit leur auraient soufflées.

Ils risquent d'en abuser beaucoup.

Or, le texte est clair : l'Esprit actualise — rend présent malgré l'absence — la parole de Jésus. Il fait surgir de la Bible, écritures mortes, figées dans la froideur du papier et éloignées par l'histoire, une Parole vivante qui devient parole de Dieu pour nous, aujourd'hui !

Lorsque la bouche du maître se tait, un autre, un Paraclet, poursuit l'œuvre en ne cessant d'actualiser, pour le croyant, les paroles jadis prononcées.

Grâce à l'Esprit, la perte de Jésus est paradoxalement l'assurance d'une présence qui demeure au-delà du temps et de l'espace. Il faut lire l'absence comme réelle, mais pour le croyant, ce vide annonce une présence d'un autre ordre, celle du Paraclet, du Christ qui demeure.

C'est là qu'intervient la foi, celle du croyant, celle de chacun de nous, comme nous l'explique Paul.

Relire Romains 5/1-5

Justifié par la grâce de Dieu, je vis dans sa paix et dans la confiance de sa présence, malgré son absence.

C'est la seule foi au Christ, celui qui s'est manifesté à moi sur la croix comme le Dieu qui justifie mon existence, qui lui donne sa dignité et sa valeur, sans condition ; c'est la seule foi au Christ qui peut me libérer de la tentation de toujours me faire des images de Dieu qui ne seraient qu'à la mesure de mes ambitions, qui ne seraient qu'à la mesure de ma culpabilité cachée, qu'à la mesure de ma peur et de ma soif de pouvoir.

Seul ce Dieu-là, Fils traversant l'existence humaine dans la totale confiance au Père, se révélant dans un homme méprisé, seul ce Dieu peut me libérer de la peur et de l'angoisse.

Seul ce Dieu-là peut me soulager du poids de mes idoles, du joug de mes images.

J'ai désormais confiance : je recherchais une présence de Dieu massive, indiscutable, inamovible, omniprésente, qui combleraient mes doutes... qui ne me laisserait aucun doute... qui ne me laisserait aucun répit... Je trouve une présence légère, offerte, respectueuse, qui ouvre …

Les disciples de tous les temps n'auront jamais rien d'autre à voir que le Fils qui s'en va, qui s'en est allé, que Jésus seul saisi par la foi. Saisi dans l'Esprit ! Ils n'auront rien d'autre à voir du Père, que Jésus seul, parti, mais saisi par la foi. Saisi par l'Esprit.

Autrement dit, pour se mettre en quête de la présence agissante du Ressuscité, il ne nous reste qu'à nous attacher aux paroles et aux gestes de Celui qui a cheminé aux côtés des disciples.

C'est Lui qui, par la prédication et la lecture de la Bible, ne cessera de venir à notre rencontre, dans notre monde, au cœur de notre histoire.

Seul, l'Esprit peut donner efficacité à la parole de Dieu, rendre présent et agissant l'Evangile du Christ.

Et pourtant, chacune, chacun est appelé au risque de sa propre parole, de son propre témoignage.

L'Evangile nous est donné. Ne se transmet jamais comme un savoir. Mais ne se transmet qu'au travers de nos médiations humaines...

C'est l'Esprit qui, seul, est maître du devenir de la parole semée.

C'est l'Esprit qui, seul, nous donne une parole de vérité à semer.

Mais c'est à nous seuls, les disciples, de semer... et de se laisser ensemencer...

L'Esprit réunit, constitue l'Eglise dans une double écoute : celle de la misère du monde qui gémit après son salut et celle de la parole de consolation de Dieu.

L'Eglise n'a que ce seul fondement : ce moment de la double écoute. Elle ne donne pas ce qu'elle possède. Mais ce qu'elle reçoit.

Amen !

La sainte Eglise universelle
Dimanche 3 mai Jean-Paul Morley

Lectures :
- 1 Corinthiens 12 : 12-13, 27-31               
- Actes 2 : 41-42
- Jean   6 : 37-39

 

Dans notre commentaire du Crédo, le Symbole des Apôtres, nous semblons avoir achevé l’essentiel : Dieu le Père, Jésus Christ mort et ressuscité, l’Esprit Saint.

Ne restent que quelques éléments secondaires, comme l’Eglise ou la communion des Saints, qu’en bons protestants on passe rapidement et sans y accorder trop d’attention ni d’intérêt.

Eléments secondaires ? Voire !

Notre sujet du jour est “Je crois la sainte Eglise universelle”. Pour les protestants, l’Eglise, c’est très bien, mais ce n’est quand même pas une préoccupation majeure. C’est pourtant certainement la compréhension de ces quatre mots : je crois la Sainte Eglise universelle, qui nous distingue aujourd’hui le plus fortement de nos frères et sœurs catholiques ; ce sont ces quatre mots que nous comprenons de la façon la plus différente et la plus irréconciliable, les seuls d’ailleurs que nous ne disons pas de la même façon, puisque lorsque nous traduisons fidèlement le latin, “Je crois la Sainte Eglise universelle”, les catholiques disent, en conservant le terme latin : “Je crois la Sainte Eglise…catholique” ! Catholique signifiant universel en latin, mais plus du tout en français…

Alors il pourrait être passionnant non pas de polémiquer, évidemment, mais d’aller voir comment nous, protestants, pouvons comprendre cette Eglise, cette église sainte, cette Eglise universelle.

Donc, l’Eglise. Sainte ! Et universelle.

Mais s’agit-il de croire “à” elle, “en” elle, de “la” croire, elle ?

“A” elle ? Elle existe évidemment. Mais s’agit-il de l’institution, et dans ce cas laquelle : la réformée, la luthérienne, l’orthodoxe, la catholique ? L’arménienne, l’anglicane, la copte ? Ce qu’on appelle l’Eglise ou les Eglises visibles ? Ou s’agit-il du corps du Christ, dont parle Paul, au-delà des institutions particulières ?

Dans ce cas, il s’agit plutôt de croire en elle, en tant que corps de tous les croyants du monde, ces milliards d’hommes et de femmes qui à travers le monde et les siècles, ont cru et croient que Jésus est le Christ, celui choisi par Dieu et envoyé pour sauver l’humanité à travers la croix et la résurrection.

Ce rassemblement de tous les croyants, bien au-delà non seulement des nations, des continents et des siècles, mais aussi et surtout des églises particulières, ces dénominations qui ne sont qu’un produit de l’histoire humaine. Une Eglise décrite par Paul comme un corps, dans sa diversité de membres et de fonctions, le corps du Christ lui-même, c’est-à-dire l’ensemble de tous les croyants en lui, dont il est le centre et la tête, mais dont les contours sont indéterminés et inconnus, en tout cas de nous. Ce qu’on appelle l’Eglise invisible. Puisque de nombreux chrétiens sont en dehors des Eglises institutions ou des Eglises visibles, mais acceptent le Christ, parfois sans le connaître, vivent l’Evangile, parfois sans l’avoir entendu, et sont bien évidemment entre les mains du Père.

Tandis qu’inversement il existe inévitablement bien des chrétiens affichés et pratiquants qui ne le sont que de nom et de convention, l’Evangile étant tout aussi étranger à leur comportement qu’à leur vie intérieure. Mais il n’appartient à aucun de nous sur terre d’en juger, encore moins d’en décider. Toute excommunication de la part de quelque Eglise que ce soit, est une monstruosité de la pensée, et une prétention exorbitante de toute Eglise qui y prétendrait. Un blasphème, pour employer le terme approprié, c’est-à-dire une parole qui outrage Dieu en s’instituant, par exemple, juge à sa place. C’est pour cela que les limites de l’Eglise en tant que corps du Christ, — en tant qu’institution particulière, c’est autre chose — ne peuvent que rester indéterminées et inconnues.

C’est ce que Jésus dit lorsqu' il promet qu’il ne rejettera jamais celui qui vient à lui, et qu’il ne veut perdre aucun de ceux que le Père lui a donnés. Tous ceux qui se tournent vers le Christ, ou simplement vivent l’Evangile sans même l’avoir connu, font déjà partie du corps du Christ, déjà partie de l’Eglise universelle à laquelle le Crédo nous invite à croire, et qui a vocation à englober toute l’humanité. C’est Dieu qui donne ces femmes, ces hommes, ces enfants au Christ. Ce n’est pas à nous d’en juger, car Lui seul connaît et visite les cœurs, les âmes, et même les comportements et leurs motivations, qui ne se comprennent que dans le secret de chaque vie, ce secret auquel Dieu seul a accès… Aucun être humain, aucune Eglise, aucune autorité d’Eglise ne peut donc prétendre décider qui fait partie de l’Eglise universelle, ce corps du Christ, ou qui n’en fait pas partie ; qui est promis au salut ou qui ne l’est pas.

Alors peut-être avons-nous raison de ne dire ni “je crois à l’Eglise”, ni “je crois en l’Eglise”, mais d’utiliser cette formule curieuse “je crois l’Eglise”. Un simple complément d’objet. Un C.O.D. Un accusatif. Comme en latin. Credo unam sanctam Ecclesiam catholicam. Ce qui ne signifie pas croire tout ce qu’elle dit, le Ciel, si j’ose dire, nous en préserve ; mais qui signifie : “Je crois que l’Eglise est”.  Et qu’elle est sainte. Et universelle. Par volonté de Dieu.

Elle est : Dieu l’a voulue, Dieu l’a faite — puisque c’est Lui-même qui a donné non seulement sa grâce, mais l’Esprit et la foi qui nous permettent de la recevoir ; c’est Lui qui donne à celui qu’Il a envoyé, à son Fils, celles et ceux qu’Il a choisis et qui croient. L’Eglise est, Dieu l’a voulue, et Dieu la connaît, Lui seul.

Elle est sainte : certainement pas parce qu’elle serait pure ou vertueuse, certainement pas parce que c’est nous qui la composons, mais parce qu’elle est constituée par Dieu lui-même, malgré nos manques, nos défaillances, nos ambiguïtés, nos infidélités ou nos lâchetés, et non pas en vertu de sa propre vertu ni des nôtres. Au contraire : l’Eglise est un ramassis de pécheurs, d’hypocrites, d’infidèles, d’inconstants, de compromis, d’irrécupérables ; et vous vous reconnaissez immédiatement dans ceux-là, comme je m’y reconnais évidemment le premier.

Elle est sainte comme nous sommes saints, parce que Dieu nous rend tels malgré notre passif. Si l’Eglise est sainte, c’est parce que Dieu seul la justifie, comme il le fait apparaître de façon stupéfiante sur la croix, et comme le Crédo l’indique en plaçant l’Eglise juste après l’Esprit : c’est l’Esprit Saint, lui seul qui appelle l’Eglise, la constitue, la construit et la justifie ; c’est lui qui la rend sainte, c’est à dire mise à part, appelée à part. Et appelés, vous l’êtes, nous le somme tous, ici présents et partout sur la terre, pour faire rebondir l’amour de Dieu autour d’elle et autour de nous, sur toute la terre.

Et c’est ainsi qu’elle est universelle, c’est à dire pas du tout catholique dans le sens où une Eglise dominante se comprendrait comme la seule Eglise légitime et universelle, toutes les autres n’étant que des dérives dissidentes, invitées à rejoindre l’Eglise d’origine, mais au contraire dans le sens où l’Eglise Corps du Christ, l’Eglise du Christ englobe et réunit toutes les Eglises du monde, depuis la catholique jusqu’aux plus bizarres des sectes chrétiennes, protestantes ou plus exotiques encore… L’Eglise du Christ englobe toutes les Eglises, avec leurs différences, parce qu’il n’y a qu’une seule Eglise du Christ.

Mais alors, qu’est-ce qui constitue cette Eglise, si ce n’est ni une institution, ni une confession de foi unique, ni une délimitation de ses frontières ? C’est simple, c’est son cœur, tel qu’il est décrit dans un petit passage au tout début du livre des Actes, au tout début de l’Eglise : « Les croyants s’appliquaient fidèlement à écouter l’enseignement que leur donnaient les Apôtres, à vivre dans la communion fraternelle, à prendre part aux repas communs et à participer aux prières. »

Quatre éléments donc :

        - d’abord l’enseignement, la Parole, la prédication, la catéchèse — c'est dire si je suis fier... et terrorisé ;

        - puis la communion fraternelle, l’amour des uns pour les autres — c’est dire si vivre la fraternité, ici, entre nous, ensemble, est une joie mais aussi un impératif et un commandement !

        - le partage du repas commun, à la fois joie du repas fraternel et gravité de la Sainte Cène — c’est dire si nous avons raison, ici, de communier chaque dimanche et de partager joyeusement chaque dimanche un repas ;

        - enfin, mais c’aurait pu être premier, prier ensemble, puisque là où deux ou trois sont rassemblés en son nom, Dieu est au milieu d’eux. Prier, louer, intercéder, chanter ensemble — c’est dire ou redire que le culte et la prière sont bien le centre de la vie de l’Eglise, ici comme ailleurs.

Bref, prêcher la parole, s’aimer, partager le pain et la Cène, et prier ensemble : c’est tout cela l’Eglise. Sans un mot sur l’institution, qui est seconde, ni sur une quelconque hiérarchie. Parce que dans l’Eglise du Christ, le sacerdoce est universel, il est le fait et la responsabilité de tous.

Et c’est pour cela que les réformateurs ont voulu, très vite, affirmer que l’Eglise réformée était et restait toujours à réformer. “Ecclesia reformata semper reformanda”, c’est l’un des six piliers de la foi protestante. Une affirmation qui prend une force singulière aujourd’hui, où de nombreux frères et sœurs catholiques supplient leur propre Eglise de réformer son système d’autorité et de décision, c’est à dire de se réformer.

Eh bien il semble que nous soyons en accord avec le Symbole des Apôtres :

“ Je crois l’Eglise, corps du Christ, composé de celles et ceux que Dieu seul connaît ; sainte, non par sa vertu mais parce que Dieu la veut et l’appelle ; universelle, offerte à toute l’humanité, par delà toutes nos différences et nos institutions”

Alors c’est à nous de dire merci, infiniment et sans retenue merci, parce que nous en faisons partie. Nous avons cet immense privilège de faire partie du corps de Christ, parce que nous sommes l’objet de la grâce de Dieu et de son amour, parce que Dieu nous a donné à son Fils, parce que nous avons reçu l’Evangile de la part de l’Eglise qui nous a précédés, et que du coup nous avons le privilège encore plus grand d’être appelés à notre tour à faire découvrir cet Evangile autour de nous, à le faire exploser, non pas jusqu’aux limites de la terre, c’est déjà fait, mais dans notre entourage, c’est presque aussi difficile ; pour que l’amour de Dieu soit proclamé, incarné et vécu, ici, dans cette Eglise-ci, avec une telle force et une telle vérité que cela déborde de nos murs et gagne toute la ville.

Savez-vous quelle est l’étymologie du mot Eglise ? Il vient du grec, il signifie “la convoquée” : celle – et donc tous ceux et celles qui la composent – qui est appelée. Ce n’est pas tant nous qui avons besoin de l’Eglise, que Dieu qui a besoin de nous pour son Eglise. Pour que l’amour de Dieu soit proclamé, incarné et vécu, par nous, par vous tous, dans ce pays.

C’est pour cela que les frontières de l’Eglise sont inconnues : pour qu’elles puissent sans cesse s’élargir !

C’est pour cela que nous sommes là, ici, ce matin, pas pour nous.

Oui, pour cela : quel honneur, quelle chance, quelle mission, quelle merveilleuse responsabilité, quel bonheur !

Louange à Dieu !!

 La communion des saints
Dimanche 10 mai Simon Wiblé

1 Jean 1, 1-3
1 Corinthiens 12, 12-13 ; 20-26
Jean 17, 15-21

La Communion des Saints, grâce et promesse.

Grâce reçue, car en réalité elle nous est donnée en Christ.

Promesse réalisée, car en réalité elle nous vient de loin, en arrière de nous, et se prolonge loin devant nous, et se réalise en Dieu.

Au fond, nous sommes au bénéfice de cette grâce et de cette promesse. Nous les recevons, et nous n'y sommes pour rien. Nous sommes rendus conjoints les uns aux autres, en compagnie les uns des autres, et en compagnie du Christ.

Les Saints, ce sont tous ceux qui croient en Jésus-Christ à qui une vie éternelle est donnée. La communion des saints, c’est l’union des fidèles d’aujourd’hui et d’hier, solidaires au nom de leur appartenance au Christ.

La Réforme protestante a refusé le culte des saints et de leurs reliques. Nous ne faisons pas mémoire des saints au cours de la sainte-cène.

La Réforme a réaffirmé que le salut est à l’initiative de Dieu seul. Que Dieu seul connaît ceux qui lui appartiennent.

C’est le geste de celui qui, mains ouvertes, reçoit tout de Dieu, et la grâce et la promesse, et qui en vit pleinement avec tant d'autres, et s'en trouve avec eux, finalement, mis à part dans le monde, rendu saint, sanctifié, destiné, convoqué pour le témoignage auprès du plus grand nombre.

En Jésus-Christ, tout croyant participe de la Communion des saints, par grâce et selon la promesse.

Et si je parle de promesse qui nous vient de loin, en arrière de nous, c'est en particulier pour ne pas oublier ce que trop souvent nous occultons, à savoir qu'Israël d'où nous vient cette promesse, est en premier lieu, lui, le peuple saint.

Par conséquent, pour déchiffrer ce qu'est la Communion des saints, il nous faut recevoir cette promesse et entendre qu'elle a d'abord été offerte à Israël, Israël comme peuple saint, c'est-à-dire mis à part pour les nations, pour le salut du monde.

Mais une promesse désormais ouverte et offerte en Christ, gratuitement et sans condition, au monde entier, et à quiconque veut la recevoir.

Et comme Israël est saint au milieu des nations et devant Dieu, l'assemblée des croyants, sel de la terre, peut se trouver greffée désormais sur le cep qui est Christ.

La Communion des saints est donc, en théologie chrétienne, la communion de tous ceux qui dans le monde sont attachés au Christ, sanctifiés, choisis, mis à part, destinés, convoqués pour annoncer l'Evangile.

Personne ne connaît les frontières de la Communion des saints si ce n'est Dieu.

La Réforme professe à cet égard qu'aucune Eglise particulière, ni l'orthodoxe, la plus ancienne, ni la romaine, la plus occidentale, ni la protestante, la plus jeune, ne peut prétendre délimiter l'Eglise de Jésus-Christ, car Dieu seul connaît ceux qui lui appartiennent.

Et même aucune Eglise particulière n'est habilitée à gérer seule les mystères de cette communion ou à en dire la validité et les contours.

L'Eglise est en effet toute entière au bénéfice de la grâce de Dieu, non pas sa gérante.

Elle en est bien plutôt la mendiante joyeuse et humble qui va ici et là au long de l'histoire, redonner à d'autres ce qu'elle a reçu et qu'elle ne maîtrise pas, et va offrir un trésor inépuisable qu'elle ne possède pas, pour que d'autres s'enrichissent des biens du salut.

La Communion des saints est donc aussi participation mystérieuse à cette grâce reçue, aux choses saintes que nous offre Dieu en Jésus-Christ dans la Parole et dans les sacrements, dans le pain et le vin de la cène, la grâce de la Parole et la promesse du royaume qui vient.

La communion des saints peut donc s'entendre aussi comme le partage des biens du salut dans la prédication et les sacrements qui nous invitent à leur tour au partage, à l'offrande entre les fidèles, à l'offrande comme le désirait l'apôtre Paul « en faveur des saints ».

La Communion des saints apparaît ainsi en même temps comme étant non seulement le lieu d'une reconnaissance émerveillée, mais aussi comme le lieu d'une diaconie. Diakonia (le service, le ministère) est certainement fille de koinonia (le partage, la communion, la mise en commun), et une dimension éthique qualifiant cette communion se fait jour ici sans aucun doute, engageant les saints, c'est-à-dire l'ensemble des chrétiens, dans la louange, mais aussi le partage et l'intercession pour eux-mêmes et pour le monde.

Par conséquent, la Communion des saints est aussi communion à tout ce qui nous est donné en Jésus-Christ, « le pain, le vin, la grâce ».

Et ce lien de communion qui nous lie aux plus petits de nos frères et nous en rend solidaires, nous oblige à leur égard.

Au long de l'histoire, et depuis les origines de l'Eglise, des premiers martyrs de l'empire romain, en passant par les déchirures du XVI siècle et les terribles persécutions subies au nom de l'Evangile, et jusqu'au temps de la Shoah, ou bien encore de la déclaration de Barmen en Allemagne, et de l'Eglise confessante, jusqu'aux programmes de développement et de justice lancés par les Eglises membres du Conseil oecuménique des Eglises, la Communion des saints demeure le lieu crucial d'une immense prière et d'un témoignage profond et vital où se proclame, s'entend et se met à l'oeuvre la Parole de Dieu comme parole de réconciliation et de pardon des péchés.

Communion ne veut pas dire exactement communication.

L'assemblée des croyants ne peut pas se comprendre comme un lieu autoproclamé, sans aucune référence à l'Ecriture qui plus est, d'une sorte de mise en circulation organisée de prières, de suffrages ou d'indulgences, allant du ciel à la terre ou de la terre au ciel de certains saints, pour éviter telle épreuve, purifier telle âme par le truchement de mérites, ou pour hâter tel voyage.

Toutes choses relevant d'une ancienne représentation du monde demandant pour le moins quelque distance critique et quelque discernement.

La seule médiation, en christianisme, reste en effet à la fonction du Christ. Le seul avocat auprès du Père reste le Fils, le seul intercesseur dont l'Evangile de Jean dans son fameux chapitre 17 de la prière dite à juste titre sacerdotale développe l'étonnante mission, demeure Jésus le Fils du Père.

Et l'Eglise elle-même, visible et invisible, pécheresse et pardonnée, l'Eglise telle que la confessent toutes les Eglises issues de la Réforme comme étant fondamentalement l'Eglise une sainte catholique et apostolique est appelée, selon l'Evangile, à désigner ce Christ là, et lui seul, aux hommes de ce monde.

Et chacun de ses membres, ainsi, dans la Communion des saints, participe au mystère de la grâce et de la promesse du royaume.

Je crois la Communion des saints, et je me garde de vouloir maîtriser quelque parcelle de son mystère, d'y faire entrer des logiques supplémentaires et des systèmes, pour l'instrumentaliser au profit de l'Eglise qui en tirerait quelque gloire sinon quelque profit comme jadis, d'une façon ou d'une autre, et ce, au détriment de la gloire de Dieu.

Je crois la Communion des saints qui m'offre par la foi, déjà, la double citoyenneté, celle de l'Eglise et celle du royaume.

Croire la Communion des saints, c’est exprimer sa reconnaissance à Dieu pour cette possible et mystérieuse compagnie de tous les saints, dans l’espace et dans le temps

La Réforme pose cependant une limite, en même temps qu'elle tient ferme une espérance

Elle pose une limite qu'elle souhaite infranchissable à l'agir de l'Eglise dans l'ordre du salut, en lui rappelant qu'elle est elle-même au bénéfice de la grâce, qu'elle la reçoit, qu'elle est par conséquent sainte Eglise, c'est-à-dire qu'elle est mise à part pour le témoignage et l'annonce de l'Evangile, qu'elle est donc sanctifiée, mais qu'elle n'est pas pour autant sanctifiante, agissante, « oeuvrante » pour le salut des hommes, car cette agir là est celui de Dieu en Jésus-Christ par le Saint-Esprit.

Car de cet agir là, elle est le témoin élu et non l'actrice, elle est la proclamatrice sans doute la plus autorisée, mais non l'initiatrice, et elle est très justement la bénéficiaire, dans la Communion des saints.

En réservant à la sagesse, à l'amour de Dieu et à sa seule initiative tout ce qui concerne l'oeuvre du salut, tout ce qui touche aussi d'une façon ou d'une autre à l'au-delà, en gardant sereinement la distance à ce sujet si tentant pour nos raisonnements humains, la Réforme veut dire simplement la limite de ce qui appartient aux hommes, et en même temps recevoir joyeusement et librement tout le reste comme une grâce et une promesse.

L’Eglise en effet n’est ni un partenaire de Dieu pour le salut, ni une instance de coopération religieuse.

Elle ne détient pas de pouvoir.

L’Eglise est fondamentalement au service, c’est un ministère qui lui est confié.

Et ce faisant elle proclame une espérance à ce sujet : c'est que cette Communion, par la puissance du Saint-Esprit, s'élargisse, dans l'espace et le temps, au plus grand nombre, et que la promesse faite jadis à Israël atteigne les extrémités de la terre, dans l'espérance du royaume qui vient.

Même si nous n’avions été qu’une poignée, réunie dans ce temple, croire la communion des saints, c’est voir toujours un temple plein, plein de tous ceux qui nous ont précédés et qui sont avec nous car en Jésus-Christ et par Jésus-Christ,, ils communient avec nous. Et il y a déjà tous ceux qui viendront car il en viendra encore beaucoup. Amen

La résurrection de la chair et la vie éternelle
Dimanche 24 mai Simon Wiblé

Lectures :
1 Jn 5,1-13
Psaume 103, 1-5 et 13-16
Jean 11, 23-27

Avant toute chose, il est peut-être bon de rappeler dans quel contexte l’auteur de la lettre écrit à ses destinataires. La communauté à laquelle le dénommé Jean s’adresse est traversée par une violente « crise de foi », si vous me permettez ce jeu de mots facile !

Il y a manifestement des prédicateurs, que l’auteur appelle des « antichrists » (2,18), qui propagent une doctrine selon laquelle Jésus n’est pas le Christ.

Pour le dire autrement, ces « antichrists » affirment qu’il n’y a pas besoin de croire au Fils pour croire au Père.

En gros, ils disent qu’on peut se contenter de croire en Dieu sans pour autant avoir besoin de croire en Jésus.

C’est pour cette raison que l’auteur de la lettre insiste si fortement sur l’idée selon laquelle il est fondamental de croire que Jésus est le Fils de Dieu et que c’est cette foi-là qui donne la vie éternelle. Il le dit de plusieurs façons :

« Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu. »

« Qui est vainqueur (celui qui triomphe du monde), sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? »

« Voici le témoignage de Dieu : c’est qu’il rend témoignage à son Fils. »

« Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est en son Fils. »

« Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie. »

« Vous avez la vie éternelle, vous qui mettez votre foi (croyez) dans le nom (au nom) du fils de Dieu. »

Avant d’aller plus loin, je tiens à préciser qu’il y a une manière d’entendre ce texte dont il nous faut nous prémunir. En effet, malgré les apparences, il ne faut pas prendre ce texte pour une sorte de matraquage dogmatique dont le but serait de définir une bonne croyance par rapport à une mauvaise.

Je veux dire par là que le propos de l’auteur n’est pas de dire : « Voilà la bonne doctrine, le bon catéchisme, et tous ceux qui n’y souscrivent pas n’iront pas au paradis ! ».

D’abord, la question de la vie éternelle n’a rien à voir avec le paradis. La vie éternelle ce n’est pas seulement, pas d’abord, une vie qui commencerait après la mort.

C’est au contraire une vie qui concerne notre existence présente, aujourd’hui, ici et maintenant. D’ailleurs, comme vous l’avez sans doute remarqué, l’auteur en parle au présent et non au futur : « Dieu nous a donné la vie éternelle », « Vous avez la vie éternelle »…

Par ailleurs, il faut bien comprendre que croire que Jésus est le Christ et qu’il est le Fils de Dieu, ça ne signifie pas adhérer à un contenu de doctrine, souscrire à un dogme ou encore être partisan d’une sagesse ou d’une philosophie.

Fondamentalement, croire c’est autre chose. Il est important de pouvoir distinguer, disons, entre croyance et foi. La croyance, c’est bien le fait de croire en quelque chose, en un système de valeurs, en un contenu de doctrine, en un message…

La foi, en revanche, ce n’est pas croire en quelque chose. C’est croire en quelqu’un. Au sens où l’entend l’auteur de la lettre, la foi c’est mettre sa confiance dans la personne même de Jésus-Christ.

En d’autre termes, croire au sens de la foi, et non de la croyance, c’est nouer une relation personnelle et intime avec le Christ. Une relation de confiance, d’amour, de passion, de désir, qui est à mille lieues de l’adhérence à une doctrine ou à un catéchisme.

Si vous voulez, il y a autant de différence entre croyance et foi qu’entre l’idée qu’on peut se faire de l’amour, et le fait de tomber amoureux. Vous sentez bien que ce n’est pas pareil.

De ce point de vue, croire en Jésus comme Christ et Fils de Dieu, ce n’est donc pas tant être partisan d’une croyance que témoin d’une puissance de vie qui se donne dans le présent de notre existence. Notre foi, notre foi chrétienne, c’est une puissance de vie. Ce n’est pas rien !

Mais que faut-il entendre exactement par « puissance de vie » ? Là encore, il y a quelques pièges à éviter.

Parler de la foi comme puissance de vie, et qui plus est de vie éternelle, est-ce que ce n’est pas une tentative, ou plutôt une tentation, d’en finir avec notre condition humaine ? Nous ne sommes que des hommes et des femmes, nous ne sommes pas immortels. Nous sommes nés nus et nous mourrons de même. Nous sommes des êtres de chair et de sang, chacun de nous porte des blessures, des souffrances, chacun de nous a eu et aura jusqu’à son dernier souffle à faire des choix, à consentir à des deuils.

Nous ne savons pas tout, nous ne pouvons pas tout, beaucoup de choses nous échappent. Comme dit le Psaume : « L’homme ! ses jours sont comme l’herbe, il fleurit comme la fleur des champs. Lorsqu’un vent passe sur elle, elle n’est plus, et le lieu qu’elle occupait ne la reconnaît plus. » (Ps 103,15-16)

Parler de la foi comme d’une puissance de vie, de vie éternelle, ne serait-il pas un moyen de nous bercer d’illusions, une tentative pitoyable de nous rassurer face à l’inévitable ?

C’est souvent comme ça que nous pensons à la Résurrection, et c’est souvent cela que les athées reprochent aux croyants : vous n’avez pas le courage d’accepter la mort, alors vous vous inventez un Dieu avec un paradis !

On pourrait objecter à ce genre d’athéisme qu’à force de faire de la mort un absolu, on finit par en faire un Dieu, et qu’on se transforme alors en idolâtre de la mort… Mais laissons cette discussion pour une autre fois.

Ce qui est certain, c’est que la foi au Fils de Dieu n’est pas une échappatoire à notre condition d’hommes et de femmes limités par notre naissance et notre mort. Et cela, pour une bonne raison : en Jésus, c’est Dieu lui-même qui a choisi de devenir un être humain, un être de chair et de sang ! L’auteur de la lettre y insiste fortement : « C’est lui, Jésus-Christ, qui est venu avec de l’eau et du sang, non avec l’eau seulement, mais avec l’eau et avec le sang. »

Autrement dit, si nous trouvons en Jésus-Christ une puissance de vie éternelle, c’est toujours au travers de son incarnation et de sa crucifixion.

Rappelez-vous comment le Ressuscité se fait reconnaître par ses disciples dans l’Evangile de Jean : il leur montre ses mains trouées et son côté percé.

La Résurrection n’annule pas la croix, au contraire elle la confirme. Celui qui a les paroles de la vie éternelle, celui qui est lui-même la vie éternelle, c’est toujours en même temps le crucifié, l’homme maudit pendu au bois.

C’est ce qu’exprime à sa manière l’auteur de la lettre.

Quand il parle du Fils, quand il nous dit que Dieu nous a donné la vie éternelle et que cette vie est en son Fils, il veut nous dire que tout ce que nous recevons de Dieu, nous le recevons dans cette figure d’abaissement qu’est Jésus-Christ.

Autrement dit, Dieu ne nous rencontre pas ailleurs que dans l’humanité de son Fils, et cela même après la Résurrection. La Résurrection ne fait que confirmer que l’homme crucifié, abandonné de tous et même, semble-t-il, abandonné de Dieu, c’était pourtant bien lui, le Christ.

Pour l’auteur de la lettre, l’enjeu est donc de taille. Il doit exhorter sa communauté à ne pas céder à la tentation de renier l’incarnation et la crucifixion. Et cette tentation, nous savons bien que c’est celle de toutes les Eglises et de tous les croyants !

Ce serait si commode, si Dieu restait bien à l’abri dans sa toute puissance, s’il nous épargnait d’avoir à vivre notre vie d’hommes et de femmes avec toutes nos difficultés, nos angoisses, nos faiblesses ! Ce serait si merveilleux, si on pouvait se passer du Fils pour connaître Dieu, autrement dit : si on pouvait voir Dieu directement dans sa divinité, sans avoir à passer par l’humanité fragile de son Fils !

Et pourtant, l’auteur de la lettre ne cède pas d’un pouce : « Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie. » Il n’y a là nulle menace. Simplement, l’auteur nous avertit : chercher Dieu en dehors de cette figure d’humanité qu’est son Fils, ça ne donne pas la vie.

On serait naturellement portés à croire le contraire, bien sûr ! On serait naturellement portés à croire que la vie éternelle ce serait être enfin débarrassés de notre humanité boiteuse, fêlée, tordue. On serait tout prêt à croire en un Dieu qui nous donnerait quiétude, bien-être, plénitude, bonheur absolu !

Mais voilà, c’est là qu’est le piège. Si Dieu nous donnait le bonheur absolu, s’il nous comblait au point de nous débarrasser de notre humanité, c’est alors qu’il ferait notre malheur.

Oui, aussi paradoxal que ça paraisse, si Dieu ôtait de nos vies toute fragilité, toute déchirure, toute souffrance, c’est là que nous tomberions dans la mort. Si Dieu se donnait à nous autrement que dans l’humanité nue et vulnérable de son Fils, il tuerait en nous tout ce qui fait de nous des femmes et des hommes vivants.

Car ce qui fait de nous des femmes et des hommes en vie, c’est précisément de n’être pas des dieux.

Parce que nous ne sommes que des hommes et des femmes, nous sommes des êtres limités et fragiles, qui ne peuvent pas se suffire à eux-mêmes, mais qui ont besoin des autres. Parce que nous ne sommes que des hommes et des femmes, nous sommes des êtres de souffle et de néant, des êtres de manque et de désir, des êtres de souffrance et de passion.

Notre seul malheur, au fond, c’est de considérer comme un malheur le fait de n’être qu’un homme, une femme.

Or, la vie que Dieu nous donne, et qu’il nous donne en son Fils, c’est une vie d’homme, une vie de femme, qui va jusqu’au bout de l’humanité.

Une vie qui se donne dans les blessures, dans les surprises, dans les rencontres, dans les coups de cafard et les coups de gueule. Au fond, la véritable puissance de vie qui nous est offerte par la foi en Jésus-Christ, c’est une puissance qui nous fait vivre dans la vie, qui rend la vie vivante.

Une vie parfaite, ce n’est pas une vie. Seule la mort est parfaite, puisque ce qui est parfait, c’est ce qui ne change pas ! Mais la vie bouge, elle change, elle court, elle trébuche, elle se trompe, elle pleure, et puis elle se relève, elle repart, elle bondit, s’essouffle, se met en colère, rit, se bat, aime.

Dieu en son Fils ne nous demande pas d’être des gens parfaits, il nous demande d’être des gens vivants. Les gens parfaits sont morts et ne le savent même pas.

Croire au Fils de Dieu, c’est croire en un Dieu qui a fait une croix sur une certaine image de perfection que nous interposons sans cesse entre nous et la vie.

Dans la figure du Fils nous rencontrons le visage étonnant d’un Dieu qui aime chacun d’entre nous tel qu’il est, juste un homme, juste une femme, avec son histoire, ses fêlures, ses erreurs, ses errances, ses douleurs, ses espérances.

Croire au fils de Dieu c’est découvrir Dieu là même où nous ne pensions pas pouvoir le trouver : dans la faille, dans la brisure, dans le souffle, un simple geste, un simple mot.

La vie éternelle qui nous est donnée dans le Fils, c’est une vie qui ne tient qu’à un fil : le fil de la parole, le fil de l’amour qui se donne et ne se reprend pas, le fil ténu de la confiance que Dieu met en nous et que nous pouvons mettre en lui.

Une confiance plus forte que toute force, alors même qu’elle est la plus dérisoire des choses.

C’est vrai que cette foi n’est rien en comparaison de ce que le monde érige en valeurs, en dogmes, en puissances. Mais peu importe.

Nous en avons reçu la promesse, et elle nous est dite une fois encore ce matin, dans la lumière de Pâques : « Vous avez la vie éternelle, vous qui mettez votre foi dans le nom du fils de Dieu. »

Amen.