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Pour ce premier semestre 2009, les
pasteurs ont décidé de prêcher sur le Credo. S'en
suit donc toute une série de prédications que nous
vous présenterons (au fur et à mesure que nous aurons
les textes tapés) sur cette page.
- je crois (11 janvier)
JPM
- en Dieu le Père
(18 janvier) SW - créateur du ciel et de la terre
(1er février) SW - tout-puissant (8 février)
JPM -
en Jésus-Christ, son Fils… (15 février)
SW
- la vierge Marie (1er mars) JPM
- il a souffert… (8 mars) SW
-
il est ressuscité (15 mars) JPM
- il jugera les vivants
et les morts (29 mars) SW
-
je crois en l’Esprit Saint (26 avril) SW
-la sainte
Eglise universelle (3 mail) JPM
- la communion
des saints (10 mai) SW
- la rémission des péchés
(17 mai) Frédéric Chavel
- la résurrection de la chair et la
vie éternelle (24 mai) SW
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Je crois
Dimanche 11 janvier 2009. Jean-Paul Morley
Lectures bibliques :
Genèse 22 : 11-18
Hébreux 11 : 1-2
Matthieu 8 : 5-13
“”
“JE” Affirmation tonitruante, coup de poing sur la table, lancée comme un cri de guerre initial, un préalable conquérant et provocateur : c’est un individu qui parle, pas une Eglise.
Affirmation stupéfiante de protestantisme, qui place d’emblée, dans ce Credo antique et si catholique, l’individu au centre, sa prééminence, l’affirmation du sujet, l’irrépressible liberté de conscience de chacun et de chacune, en matière de foi plus encore que partout ailleurs. On pense aussitôt au geste de Luther, qui à la diète de Worms, face à l’empereur et à la cour du Saint Empire, et face au légat du Pape, son envoyé officiel pour faire rentrer de gré ou de force Luther dans le rang et l’orthodoxie vaticane, Luther, sachant qu’il se condamne ainsi probablement à mort, affirme tout simplement “Non possum”. « Je ne peux ni ne veux me rétracter, ma conscience est prisonnière de la Parole de Dieu, et il n’est ni sûr ni salutaire d’agir contre sa conscience »
Luther inaugure ainsi tout simplement la Renaissance, la naissance des temps modernes, qui, laborieusement et dans la douleur, reconnaîtront la liberté de conscience et les droits de la personne qui en découlent — un combat, hélas, loin d’être achevé dans le monde.
JE : l’individu se place, lui, tout seul, face ou contre l’institution, face ou contre le groupe s’il le faut, face ou contre l’Eglise, face ou contre la société. Et c’est ainsi que se fait l’histoire.
Pourtant pendant longtemps, le Symbole des Apôtres, récité dans les églises catholiques, ne commençait pas par « Credo », je crois, mais par « Credimus » nous croyons. Mais justement, il ne s’agit pas d’un “nous”, il ne s’agit pas de l’affirmation d’une Eglise qui, comme institution, définit un dedans par rapport à un dehors, une vérité face à l’erreur, les sauvés par opposition aux damnés, l’orthodoxie contre les hérésies. Non : il s’agit de dire “JE”, c’est une affaire de décision personnelle, la foi est une affaire de conscience et de conscience seulement, l’Eglise n’a pas à s’y substituer. Et c’est même remarquable : l’Eglise a péniblement élaboré un texte officiel pour définir l’essentiel de sa foi, mais ce texte commence par établir la primauté de l’individu sur cette Eglise, et donc sur ce texte !
Et remarquez le paradoxe : alors que la prière, le Notre Père, qui est personnelle, se dit en ‘nous’, la confession de foi, qui est publique se dit en ‘je’. L’Eglise peut et doit conduire, instruire, accompagner, nourrir, partager ; mais jamais décider, encore moins s’imposer. Soit on adhère à cette confession par sa conscience, son intelligence et son cœur, soit on a le droit de la refuser.
Et c’est d’ailleurs pour cela, pour la comprendre et n’y adhérer que si notre conscience, notre intelligence et notre cœur y adhèrent, que nous nous lançons dans cette série de commentaires sur le Credo. Le Credo lui-même nous y convie.
Voilà donc pour le JE, grandiose, tonitruant, lumineux, nécessaire, libérateur, et qui engage chacun.
Reste le croire !
Si la définition de la foi trouvée dans l’épître aux Hébreux est si forte, c’est parce qu’elle est paradoxale, vivante, tendue, incasable dans une grille :“La foi est la certitude de ce qu’on espère, la conviction de ce qui ne se voit pas…” Or ce qu’on espère n’est par définition jamais certain… Mais surtout, il s’agit bien de ce qu’on espère, c’est-à-dire que la foi est tournée vers l’avenir, vers demain, et non vers un savoir reçu ; vers ce qui va se vivre, et non pas simplement croire, par exemple, que Dieu a créé l’univers. Elle est confiance en Dieu pour qu’Il agisse, habite et accompagne nos jours à venir.
Ainsi, croire en Dieu, ce n’est pas simplement croire que Dieu existe, c’est croire qu’Il va agir comme Il a déjà agi. La foi n’est pas simplement une croyance, même si elle fait évidemment appel à notre cœur et notre décision ; elle n’est pas une connaissance, même si elle est aussi une connaissance ; elle n’est pas un dogme à accepter et à croire, même si l’Eglise a pour raison d’être de l’enseigner et la partager. Alors qu’est-elle, qu’est-ce que croire ?
Une confiance. Voyons l’épisode de l’officier romain, en Matthieu 8. C’est un occupant, un étranger. Un de ses subalternes est paralysé et gravement malade. L’officier entend parler de Jésus, de sa puissance, de ses miracles. Alors, il sort à sa rencontre et lui demande d’intervenir. Croit-il en Dieu, cet officier romain ? Peut-être. Ce n’est pas sûr. Quels dieux d’ailleurs ? Le panthéon romain ? L’empereur lui-même ? En tout cas, sa foi n’est certainement pas orthodoxe, pas celle qu’il faut, pas casher, mais certainement hétérodoxe chez ce Romain qui fréquente des synagogues. Il croit certainement mal. Mais que fait-il ? Il a une telle confiance qu’il dit à Jésus que ce n’est pas la peine de venir, qu’il n’a pas besoin de se déplacer, ce serait trop d’honneur. « Je suis moi-même sous l’autorité de supérieurs dit-il, et j’ai des soldats sous mes ordres ; je dis à l’un “fais” et il fait ; à l’autre “va” et il va. »
Alors, Jésus stupéfait, se retourne vers la foule pour cet aveu provocant : « Jamais je n’ai rencontré une telle foi ; non, pas même en Israël ». La croyance de cet officier n’était certainement pas conforme, sa connaissance de la Loi de Moïse n’était certainement pas bien grande, mais, dans l’angoisse il a eu confiance. Une confiance simple, totale, offerte, plus grande que celle des savants docteurs de la loi, plus grande que celle de tous les orthodoxes, les bien croyants, les bien pratiquants.
C’est cela, la foi, une confiance : autrement dit ce n’est pas un contenu, mais une relation, entre soi et quelqu’un, comme on a confiance en un ami, en celui ou celle qu’on aime. De même avec le Christ ou Dieu, la foi n’est rien d’autre qu’une relation de confiance de nous à Lui. C’est d’ailleurs le sens du mot en grec comme en hébreu : dans les deux langues, le verbe que nous traduisons par “croire” signifie avoir confiance. Croire, ce n’est pas croire que Dieu existe, c’est tout lui confier, tout lui remettre, notre meilleur et notre pire, nos inquiétudes, nos impasses et nos projets ; et c’est l’écouter quand Il nous murmure la paix et le chemin ; et c’est recevoir cette paix. La confiance, c’est se décharger de sa charge, trop lourde, pour la déposer sur quelqu’un qui, on le sait la portera.
C’est elle qui a permis à Abraham cet acte insensé de s’apprêter à égorger son propre fils, sur l’ordre de Dieu, ce même Dieu qui lui avait pourtant promis et donné ce fils. Là, ce n’était pas croyance en Dieu, c’était beaucoup plus, c’était confiance en Dieu contre toute logique, toute raison, toute compréhension. Confiance en Dieu et en ce qu’Il fera ; aux portes qu’Il ouvrira. Et c’est précisément cette confiance, et non sa grande vertu, qui a rendu Abraham juste aux yeux des hommes et de Dieu, qui lui a permis de traverser épreuves et déceptions, et finalement de voir s’accomplir toutes les promesses de Dieu. Puisque Dieu ne voulait évidemment pas du sacrifice de l’enfant, mais uniquement la confiance d’Abraham, qu’Il a sans cesse béni.
Bien sûr, cette confiance se nourrit de ce qu’on a appris, de ce qu’on a vécu, de ce qu’on a partagé avec d’autres ; de l’expérience des autres et de l’Eglise dont le contenu du Symbole des Apôtres est un résumé possible. Mais la confiance se nourrit d’abord de la façon dont nous orientons notre regard et notre cœur, elle se nourrit, surtout, de notre prière, de notre entretien quotidien avec Dieu, cet entretien qui entretient notre relation entre Lui et nous : notre confiance.
Allons plus loin.
Dire “je crois”, ce n’est donc pas seulement croire en Dieu et le reste, c’est lui faire confiance, même si l’on n’est pas bien sûr qu’Il existe. Mais plus encore, dire “Je crois”, c’est se reconnaître soi-même insuffisant, paumé, toujours en manque, décevant, et parce qu’on se sait en manque et décevant, laisser une place en soi pour autre chose, pour de la gratuité, pour du lâcher prise, pour recevoir et voir autre chose que soi-même, une autre force. Reconnaître cette insuffisance personnelle et laisser en soi une place pour autre chose, c’est déjà croire et faire confiance, une confiance qui permet d’abandonner ensuite ses prétentions et ses envies…
A quoi bon ? A quoi bon cet humiliant aveu d’insuffisance et cette confiance à plus que soi, en ce Dieu qui ne se voit pas ? Mais parce que Dieu répond. Et donc par cette promesse toute simple : ne plus jamais être seul mais accompagné ;
retrouver l’unité en soi-même, l’accord avec sa vie ;
se découvrir des frères, des sœurs, comme une grande famille
s’apercevoir que sa vie est utile et attendue
et…. recevoir ce sourire envers toute chose, envers la vie, envers autrui et soi-même,
qui est la marque des gens de foi, des gens qui ont confiance
de ceux qui peuvent dire “je crois”.
Mais il y a un mais. D’accord pour la foi comme une confiance, comme une relation de confiance entre Dieu et moi. Mais ici, dans le Symbole des Apôtres, nous sommes dans une confession de foi officielle, avec un contenu rigoureusement pensé et décrit ; il ne s’agit pas de sentiments subjectifs.
Eh bien si : cette ouverture percutante en “Je” est justement là pour claironner que la confession est vivante, que le Symbole des Apôtres est vivant — c’est une bonne nouvelle ! — qu’il ne s’agit pas d’affirmer un : “je crois aux dogmes que le Credo s’apprête à énumérer”, mais un : “j’ai confiance en l’histoire qui va être décrite à travers ces mots, toujours infirmes, une histoire qui pour moi, pour vous aussi, va se poursuivre et se transformer en salut, votre salut à vous et à moi”.
Et nous arrivons à ce constat imprévu mais éblouissant : que, ouvert par un “Je” et un “Je crois”, le contenu du Credo ne peut plus être une énumération de vérités, mais le rappel d’un événement, d’un commencement portant promesse d’un avenir : il n’énonce pas des dogmes, il fait entrer dans un mouvement, qui nous invite et nous emporte. J’ai failli dire un raz-de-marée. Extraordinaire !
Une toute dernière question : pourquoi ?
Pourquoi, au fond, ce besoin de dire “je crois”, pourquoi confesser sa foi plutôt que simplement la vivre ? Parce que ce ‘Je’ a aussi une autre fonction : c’est justement parce qu’il est un ‘je’ qui vient de l’intérieur, qu’il peut partager ce qu’il croit. Ce JE qui a confiance et qui s’engage personnellement est le seul témoignage capable de faire rebondir la foi au-delà, de la perpétuer et de l’étendre vers d’autres. Pour cela, dire “je”, et dire “je crois”, est aussi pour nous une responsabilité : car c’est à nous qu’il appartient de donner vie à la foi en Christ, à la confiance en Christ, une vie qui sauve, guérisse, libère.
Voilà pourquoi ce “Je crois” ouvre et commande tout le Credo : parce qu’il ouvre le règne de Dieu.
Et moi, j’y crois. !
Amen
... en Dieu le Père
Dimanche
18 janvier 2009 Simon Wiblé
Lectures bibliques : - Ex
3, 13-15 - Rm
8, 14-16 - Mt
11, 25-30
L’essentiel est celui en qui je
crois et non celui qui croit
Celui en qui je crois, c’est Dieu.
Question difficile … Qu’est-ce que Dieu ? ou Qui
est Dieu ?
Surtout que nous avons en tête
de nombreuses représentations de Dieu.
Un protecteur, un tyran (se prendre
pour Dieu), un canon de beauté (beau comme un dieu),
un juge (paraître devant Dieu), un champion olympique
(les dieux du stade), une idole (l’argent, l’image,
le pouvoir)
Pour la plupart d’entre nous, Dieu
est un Esprit doté de nombreuses qualités :
Il sait tout, il est partout à
la fois, il peut tout, il n’a pas de sentiment,
il ne change pas …
De manière presque automatique,
nous équipons le Dieu biblique de toutes ces facultés-là.
Avez-vous remarqué combien nous
nous mettons facilement à la place de Dieu ?
Nous avons des idées très précises
de ce que nous ferions si nous étions à sa place.
Bien sûr, nous lui reprochons de ne pas faire ce
que nous pensons qu’il devrait faire, Lui ... Dieu
!
C’est le plus sûr moyen de passer
à côté du Dieu de l’Ecriture.
Lorsque nous ouvrons la Bible pour
lui poser cette question « Qui est Dieu ? », il
faut donc laisser de côté ce que nous croyons savoir,
parce que ce que nous pourrons dire nous-mêmes sur
Dieu est dérisoire.
Il convient d’écouter ce qu’en
dit la Bible.
Le cœur de la révélation biblique
est un Dieu de relation, un Dieu qui s’engage dans
l’aventure de l’humanité, un Dieu qui fait alliance
avec les hommes
Lorsque Dieu demande à Moïse d’aller
délivrer son peuple, voici ce qu’il lui dit :
Tu diras aux Israélites : « C’est
le SEIGNEUR (YHWH), le Dieu de vos pères, le Dieu
d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob,
qui m’a envoyé vers vous. » C’est là mon nom pour
toujours, c’est mon nom tel qu’on l’évoquera de
génération en génération.
Dieu accompagne chaque génération.
Il se révèle nouveau à chaque personne.
Dan l’AT, le seul véritable nom
donné à Dieu est Yahweh, les autres sont des génériques
comme El ou Elohim ou bien des qualificatifs comme
le Dieu d’Eternité (Gn 21, 33), le Dieu de vos pères
(Ex 3, 15), ou plus simplement le Dieu d’Israël
(Ps 67, 36).
Dans la Bible, le nom de quelqu’un
est beaucoup plus qu’un simple moyen de le désigner.
Il a un sens qui définit l’être et le caractère
de la personne.
Les 4 voyelles qui composent le
nom de Dieu est, pour les juifs, imprononçable.
Quand ils lisent YHWH, ils prononcent « Adonaï »,
qui signifie Seigneur (c’est un titre donné à Dieu,
ce n’est pas le nom de Dieu)
Le nom YHWH vient très probablement
du verbe être
Cf Ex 3, 14 « Dieu dit à
Moïse : Je serai qui je serai (je suis celui qui
suis). Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras
aux Israélites : « “Je serai” m’a envoyé vers vous.
»
Deux conséquences :
- Dieu
est bien au-delà de ce que nous pouvons en dire.
Il se définit par le simple fait qu’il est.
- Son
être nous échappe mais on le connaît par la façon
dont il nous rejoint et nous accompagne dans notre
histoire. Il est. Il est créateur. Il est celui
qui entend la souffrance de son peuple et qui le
libère. Il est celui qui sauve et qui juge.
A ce Dieu, JC veut que nous donnions
le nom dont il le nomme lui-même. Il nous exhorte
à l’appeler « Père ».
Saurons-nous entendre ce mot comme
Jésus l’a prononcé ?
Certes, nous le trouvons déjà dans
l’AT. Cependant, à de rares exceptions près, Dieu
apparaît plutôt comme le Père du peuple qu’il a
choisi et avec lequel il a fait alliance. « je suis
un père pour Israël », dit-il en Jr 31, 9, et c’est
le peuple tout entier qui dans sa prière s’écrie
: « c’est toi qui est notre père » en Es 63, 16
et 64, 7.
Dans les évangiles, le Christ parle
de son Père.
A douze ans, ses parents le cherchent
avec inquiétude et viennent de le retrouver dans
le Temple. Jésus leur demande : « Ne saviez-vous
pas qu’il me faut être occupé des affaires de mon
Père ? « Lc 2, 49.
Plus tard, alors qu’il est engagé
dans son ministère public, il ne se lasse pas de
parler à ses disciples de son Père : « Toutes choses
m’ont été remises par mon Père » « Mon Père m’a
tout donné » dans la traduction PDV Mt 11, 27. «
Mon Père agit jusqu’à présent, et moi aussi j’agis
» Jn 5, 17. Il appelait Dieu son propre Père. Jn
5, 18. remarque l’évangile de Jean, et c’est à cause
de cela que ses adversaires cherchaient à le faire
mourir.
Avec quelle émotion ses disciples
les plus intimes l’ont-ils entendu prier son Père
: « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe
passe loin de moi ». Mt 26, 39. « Père, pardonne-leur,
car ils ne savent pas ce qu’ils font ! ». Lc 23,
34. et ces dernière paroles que tant de chrétiens
ont offertes à Dieu à l’heure de la mort : « Père,
je remets mon esprit entre tes mains » Luc 23, 46.
Ce que nous appelons notre communion
avec Dieu ne paraît-elle pas un peu fade et bancale
à côté de cette constante intimité, toute pénétrée
de tendresse, que laissent voir les paroles de Jésus
?
Dans la Bible, Dieu est en effet
Père de 3 manières distinctes :
- Père
de Jésus « mon Père »
- Père
des disciples « Notre Père »
- Père
de tous les hommes « Le Père »
C’est bien parce qu’il nous a indiqué
comment prier Dieu ‘Notre Père’ que nous pouvons
à la suite du Christ, confesser notre foi en disant
: « Je crois en Dieu le Père … ».
Les profondeurs de cette paternité
ne nous sont révélées que dans le Christ. « Nul
ne connaît le Père que le Fils, a-t-il déclaré lui-même
et celui à qui il plaît au Fils de se révéler ».
« Personne ne connaît le Fils, sauf le Père. Personne
ne connaît le Père, sauf le Fils. Mais le Fils veut
montrer le Père à d’autres pour qu’ils le connaissent
aussi. » PDV Mt 11, 27.
Est-il possible cependant de connaître
le Père sans devenir son fils, sans être son fils
?
JC est le Fils unique ; l’Evangile
et le témoignage apostolique nous l’affirment, et
tous les chrétiens se redisent avec adoration la
parole du Christ : « Dieu a tellement aimé le monde
qu’Il a donné son Fils unique ». Jn 3, 16.
Notre filialité à l’égard de Dieu
ne peut donc être que d’adoption.
Saint Paul, qui n’hésitait pas
à écrire que tous ceux qui sont conduits par l’esprit
de Dieu sont fils de Dieu, ajoutait aussitôt : «
vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel
nous crions : Abba ! Père ! ». Rm 8, 15 SER
Je m’arrête un moment sur cet Esprit
d’adoption.
Et d’abord, je précise 3 choses
:
Ce qui qualifie la maternité, c’est
le lien biologique : la relation de la mère à l’enfant
est naturelle.
Ce qui qualifie la filialité c’est
le lien au parent qui peut s’exprimer par la fidélité
ou par la rébellion.
Ce qui qualifie la paternité, c’est
l’adoption et la responsabilité : le lien du père
à l’enfant n’est pas naturel. Un père doit choisir
devenir le père de ses enfants.
Quand nous parlons de paternité,
nous parlons moins de caractère masculin que d’adoption
et de responsabilité du père pour ses enfants.
Dire que Dieu est père, c’est dire
que Dieu a choisi : il a choisi la création, il
a choisi l’humanité, il a choisi Israël.
En JC il nous choisit comme fils.
« Nul ne vient au Père que par
moi » Jn 14, 6, a dit aussi le Christ, et c’est
parce que, par son exemple, par ses paroles, par
ce qu’il fait et plus encore par ce qu’il est, il
nous ramène vers son Père pour que nous soyons désormais
ses enfants, qu’il nous commande de prier « Notre
Père ».
Nous n’avons aucun droit de l’appeler
ainsi … Cette liberté nous est donnée, elle n’est
pas de nous, elle n’est pas naturelle, c’est la
liberté des enfants de Dieu.
Nous ne pouvons donner à Dieu le
nom de Père que parce qu’ayant entendu l’appel du
Christ nous sommes entrés dans l’assemblée de ses
disciples qui est l’Eglise.
Même si nous n’avons pas beaucoup
de foi, même si notre misère spirituelle nous handicape,
même si nous nous demandons si l’engrenage de nos
existences difficiles, tourmentées ne va pas nous
broyer, nous faisons profession d’être chrétiens,
nous voulons, en dépit de tout, rester chrétiens.
Le déterminisme de l’hérédité est
pesant, de même que la pression du milieu social
; nous sommes emprisonnés dans le visible, nous
nous débattons au milieu de soucis de toute nature,
les tentations et les souffrances ne nous laissent
pas de repos.
Nous voulons, en dépit de tout,
être chrétiens, nous faisons profession d’être chrétiens.
Dieu le Père aime son Fils et cet
amour est aussi pour nous. Ce n’est pas un amour
théorique, abstrait, déclaré du haut du ciel.
C’est un amour personnel, qui vient
à nous, à chacun de nous, aimé tel qu’il est, dans
sa pauvreté ou dans sa richesse, dans sa douloureuse
solitude ou dans la joie des tendresses familiales,
dans sa lutte contre le doute ou l’incrédulité ou
dans le combat contre le péché.
Un amour tout proche, qui met en
lumière les imperfections et les zones d’ombre de
notre vie.
Cet amour généreux veut et peut
nous rendre capable d’aimer celui qui nous aime
est de confesser la foi chrétienne en commençant
par ces 6 mots : Je crois en Dieu le Père.
Et nous sommes appelés à dire,
à chanter, à partager la joie et l’espérance que
nous apporte la promesse de l’amour de Dieu.
Qui est Dieu ?
Ecoutez :
JC nous invite à appeler et à confesser
Dieu comme Père.
En nous donnant cette liberté,
le Christ nous révèle que ce souffle que nous sommes,
est aimé d’un amour par quoi seul son existence
reçoit la révélation de son origine et de sa fin,
d’un amour assez puissant pour pénétrer ce souffle
d’éternité.
Jésus dit : « Père, Seigneur du
ciel et de la terre, je te dis merci. En effet,
ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu
l’as fait connaître aux petits. Oui, Père, tu l’as
bien voulu. (Mt 11, 25-26).
Amen
Créateur du ciel et de la
terre Dimanche 1er février 2009 Simon Wiblé
Lectures bibliques :
- Gn
1, 1-10 - Ps
8, 2 ; 4-7 ; 10 - Jn
1, -4
Le credo, symbole des apôtres parle en « je ».
Or, celui qui est important n’est pas celui qui
croit mais celui en qui je crois.
Dieu est Père. Cela rappelle la proximité entre
Jésus et son Père, appelée à nourrir la relation
des croyants, qui peuvent appeler Dieu ainsi. Nous
sommes aimés de Dieu. Notre existence reçoit par
cet amour la révélation de son origine et de sa
fin.
Dieu est créateur. Créateur du ciel et de la
terre.
Le récit de la Genèse, qui n’est pas à comprendre
comme vrai sur le plan de la science et de l’histoire,
nous apprend des choses intéressantes sur le plan
théologique (qui est Dieu pour l’homme).
Les textes bibliques sont multiples, les thèses
scientifiques sont évolutives. Chaque domaine a
son champ d’investigation propre.
La multiplicité des textes de création nous montre
que la Bible ne s’intéresse pas tellement à ce qui
s’est passé au commencement du monde mais plutôt
à la façon dont nous devons accueillir la création.
Elle parle à notre foi et à notre vie plus qu’à
notre curiosité scientifique. La science et la foi
sont donc à penser en complémentarité et non en
concurrence.
La science aide le croyant à connaître le monde
dans lequel il habite. Elle l’aidera à le garder
et à le cultiver.
La Bible rappelle au scientifique que le monde,
notre monde, n’est pas le fruit du hasard et de
la nécessité, mais qu’il vient de Dieu, du Dieu
d’Abraham, d’Isaac et de Jacob et de Jésus de Nazareth.
Elle dit que dans ce monde, l’homme n’est pas
un animal comme les autres, qu’il n’est pas une
poussière perdue dans l’immensité de l’univers,
mais qu’il est, au cœur de la création, l’image
et le vis-à-vis du créateur du ciel et de la terre
Oui, le récit de la Genèse n’a pas de valeur
scientifique ni historique. Si on y voit une théorie
du commencement, alors ce texte n’a d’intérêt que
folklorique.
Il nous concerne seulement dans la mesure où
il esquisse une compréhension existentielle des
liens spirituels entre Dieu et le monde d’une part,
entre les croyants et le monde d’autre part.
Du coup, la querelle entre créationnistes et
évolutionnistes est de ce point de vue une pure
absurdité.
La création n’est pas une doctrine des origines,
elle n’est pas archéologique ; elle se conjugue
au présent et au futur autant, sinon plus, qu’au
passé.
Le salut et le royaume sont des actes créateurs
en ce sens qu’ils suscitent du nouveau à partir
de l’existant.
Gn 1 « Qui est Dieu pour l’homme ? »
La terre était tohu et bohu
La terre n’était que solitude et chaos.
Jour 1 : Dieu sépare lumière des ténèbres pour
créer le jour et la nuit
Jour 2 : les eaux d’en haut des eaux d’en bas
pour créer le ciel
Jour 3 : Dieu rassemble les eaux d’en bas en
un seul lieu pour laisser apparaître la terre
Jour 4 : Dieu créé le soleil, la lune et les
étoiles pour éclairer le jour et la nuit, et marquer
le temps
Jour 5 : Dieu créé les poissons et les oiseaux
pour peupler le ciel et la mer
Jour 6 : Dieu créé les animaux terrestres pour
peupler la terre, et l’homme pour dominer la création.
6 premiers jours organisés en 2 x 3
- Dieu créé en séparant, en mettant de l’ordre
dans le chaos initial
Dieu peuple ce qu’il a séparé. Le jour et la
nuit avec le soleil et les étoiles, …ciel et mer
avec poissons et oiseaux, terre avec animaux et
hommes.
La création se déroule donc en deux temps :
Un temps pour séparer et un temps pour peupler.
Avant la séparation, tout est désordre, c’est
le chaos. Avant le peuplement tout est désert, c’est
la solitude. Voilà pourquoi l’on peut traduire «
tohu et bohu » par « solitude et chaos. »
Gn 2 « Qui est l’homme pour Dieu ? »
Elohim (commencement de toutes choses, ciel et
de la terre, de tout l’univers) / YHWH (Dieu d’Israël,
qui s’adresse à l’homme et qui dialogue avec lui,
le Dieu d’Adam et Eve, le Dieu d’Abraham, d’Isaac,
de Jacob, le Dieu de Moïse et de David, le Dieu
de Jésus-Christ)
La conjonction de ces deux textes nous dit que
le Dieu que nous connaissons, le Dieu que nous prions
en JC, le Dieu de notre expérience est en même temps
le Dieu créateur du ciel et de la terre.
Nous trouvons cette même idée dans le prologue
de l’Evangile de Jean (Jn 1-3, 14)
Aux lecteurs de son Evangile, l’apôtre dit que
le J de N dont ils ont entendu parler, et que certains
ont peut-être connu, le J qui a partagé leur pain
et leur route, le J qui leur a parlé et qui les
a guéris … est en même temps la Parole de Dieu,
le Verbe de Dieu présent depuis le commencement,
le créateur de tout ce qui est.
Dieu est Seigneur de l’univers (Eternel des armées).
Gn 2, 1 Ainsi furent achevés le ciel, la terre
et toute leur armée. Le mot armée est une image
qui représente la création toute entière, dans toute
sa diversité, sa complexité et la complémentarité
de ses différentes parties : le cosmos, le soleil,
les étoiles, la nature, la terre, la mer, les minéraux,
les végétaux, les animaux, l’homme et la femme …
Lorsque la Bible en FC traduit Seigneur de l’Univers,
elle rend compte de cette richesse.
Dans le NT, cette idée de la création toute entière
est rendue par l’expression le ciel et la terre.
C’est pourquoi Jésus dit : je te loue, Père, Seigneur
du ciel et de la terre (Mt 11, 22)
Dire Seigneur du ciel et de la terre insiste
sur sa gloire et sa souveraineté. Dieu de la création
à qui tout appartient, mais qui a donné à l’homme,
pour qu’il cultive la terre, qu’il suive son commandement
et qu’il lui accorde sa louange.
Dans les Ecritures, l’homme n’est pas une marionnette
entre les mains de Dieu, il est un partenaire invité
à entrer dans son alliance.
Dieu intervient parfois avec puissance pour interpeller,
pour réparer et pour guérir : les Evangiles nous
en montrent de nombreux exemples.
Mais le premier lieu de la souveraineté de Dieu,
c’est le cœur et la vie des croyants. Dieu est le
Seigneur du ciel et de la terre, il nous invite
à le rencontrer dans sa Parole, à nous nourrir de
son Evangile, à lui rendre grâce et à avancer dans
la confiance.
Nous ne pouvons voir Dieu face à face et dire
qui il est. Nous ne pouvons que repérer les signes
de son passage (actes ou parole).
Genèse 1 comme conception du monde créé et de
l’existence croyante. 3 axes
1. Le monde
n’est pas divin
La terre où nous vivons n’est pas un dieu ou
une déesse.
Le monde est une créature, fabriqué par Dieu.
Nous n’avons pas à lui rendre un culte. Dieu se
situe au-delà et au-dessus du monde
Contrairement à ce que pensaient les cananéens,
les sources, les montagnes, les arbres ne sont pas
des puissances surnaturelles.
Le récit de la création déclare que Dieu seul
est Dieu ; si on vénère ce qui le manifeste ou ce
qui vient de lui, on tombe dans l’idolâtrie.
2. La bonté
du monde
Dieu s’arrête et voit que cela est bon (bien).
Comme dans le Psaume 8 où le psalmiste s’émerveille
devant la grandeur de Dieu le créateur.
Les réalités terrestres et naturelles sont des
créatures, au même titre que l’être humain, que
le croyant est appelé à respecter et à servir.
3. la parole
In principio (Gn 1, 1 et Jn 1, 1) : au commencement.
Quel est le principe, le principal ou le prince
de notre existence ?
2 catégories pour les sagesses et les religions
:
- La première estime que des déterminismes assez
stricts commandent notre existence et font d’elles
ce qu’elle est. Le destin,
des logiques économiques, des mécanismes psychologiques,
des facteurs culturels, les circonstances, les événements
historiques façonnent notre personnalité.
Nous sommes le produit de causes diverses, extérieures
à nous. Ce qui prime, c’est l’ordre et le cours
des choses ; autrement dit, le monde est notre créateur.
- La seconde insiste au contraire sur nos décisions,
nos choix, notre volonté. Nous forgeons notre être
par notre courage, notre énergie, nos efforts et
nos actions, nous construisons notre vie, et rien
ni personne ne peuvent le faire à notre place.
Nous sommes des sujets autonomes, nous nous faisons,
on pourrait presque dire : « nous nous créons nous-mêmes
». Ce qui prime, c’est notre liberté.
Gn 1 et Jn 1 suggèrent une autre réponse.
La nature et l’histoire ne décident pas de notre
vie ; nous ne la maîtrisons pas non plus par notre
volonté propre, nos désirs et nos ambitions.
Elle dépend principalement de la parole que Dieu
nous adresse. Nous ne sommes pas abandonnés aux
lois ou aux hasards qui régissent l’univers.
Nous ne sommes pas non plus livrés à nos fantaisies
ou à nos caprices.
Nous sommes confrontés à une parole qui nous
interpelle, nous demande de répondre et nous rend,
du coup, responsables, et donc ni automates, ni
autonomes. Ce qui doit primer dans notre vie, c’est
la parole de Dieu.
Petit catéchisme de Luther
La foi (ou le symbole des apôtres)
Premier article – de la création
Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur
du ciel et de la terre
Quel est le sens de ces paroles ?
Je crois que Dieu m’a créé, ainsi que toutes
les créatures.
Il m’a donné et me conserve un corps et une âme,
des yeux, des oreilles et tous mes membres, la raison
et tous les sens.
Il me donne tous les jours abondamment des vêtements
et des chaussures, la nourriture et la boisson,
la demeure, une femme et des enfants, des champs,
du bétail et tous mes biens, ainsi que toutes les
choses nécessaires à l’entretien de cette vie.
Il me protège dans tous les dangers, me préserve
et me délivre de tout mal, et cela par sa pure et
divine bonté et sa miséricorde paternelle, sans
aucun mérite de ma part et sans que j’en sois digne.
Je dois, pour tous ces bienfaits, lui rendre
grâce et le louer, le servir et lui obéir. C’est
ce que je crois fermement.
Amen.
... Tout puissant
Dimanche 8 février 2009 Jean-Paul Morley
Lectures bibliques :
Esaïe 65 : 1-2 .
Ps 115 :16.
Mathieu 27 : 35-46
Après “Je crois”, “en Dieu le Père”, et “Créateur du ciel et de la terre” il ne faudrait pas escamoter un petit adjectif totalement explosif : “Tout puissant ”! Déjà nous l’avons séparé de “Dieu le Père”, ce que nous marquons le dimanche en faisant une pause dans la récitation du Credo : “Je crois en Dieu le Père” virgule, “Tout-puissant créateur…” Parce que Dieu est d’abord Père, bien avant d’être tout puissant, et c’est comme créateur qu’il est tout puissant.
Comment ? Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est ce que nous allons essayer d’explorer, et c’est un point ô combien sensible dans le Credo, un peu comme la résurrection de la chair. Sauf qu’ici, il touche plus à l’affectif qu’à la raison. On y tient à cette toute puissance de Dieu !
Attention donc : prédication pouvant secouer quelques certitudes anciennes…
Nous lirons donc d’abord chez Esaïe l’un des aveux d’impuissance de Dieu, au chapitre 65 ; puis le constat de l’autonomie laissée aux humains au détour d’un verset du Psaume 115 ; enfin, avec le récit de la croix du Christ, le portrait d’un Dieu désarmé et souffrant, chez Mathieu 27.
Et si le Credo se trompait au moins sur un point ?
En fait nous abordons une question toute simple et très modeste : qui est Dieu ? Et comment est-Il ? En un quart d’heure…
Tout d’abord et pour corser le débat, une mise en garde souriante mais tout à fait essentielle, qui remonte loin puisque déjà exprimée chez Job, puis par un des plus célèbres pères de l’Eglise, Origène, au troisième siècle. Prudent, il prévenait déjà que : “De dieu, il est dangereux de parler même avec vérité…”
Cela, c’est la première vérité : de Dieu on ne sait rien. Personne ne sait qui ou comment est Dieu, ni ne le saura, du moins de son vivant. Et il est forcément périlleux, un peu indiscret, en tout cas présomptueux d’en parler, et vain d’essayer de savoir. C’est une évidence, à toujours garder à l’esprit.
Heureusement ce n’est pas grave, car chacun sait très bien comment est Dieu, il en existe même des livres pleins, notamment d’Origène : Dieu est éternel, créateur, tout puissant, infini, immuable, omniscient, impassible, parfait etc… comme l’enseignait d’ailleurs la philosophie grecque. Il ne se définit pas parce qu’Il ou Elle est, qu’on ne peut saisir, mais négativement par ce qu’Il ou Elle n’est pas, par les limites qu’il n’a pas… Bref, un remarquable père ou mère de remplacement, c’est bien connu ; et une parfaite projection de ce qu’on voudrait être soi-même.
Et c’est bien sûr là que le bât blesse. Qui a dit que Dieu correspondrait à nos rêves ? Pas Lui. Pas davantage l’Ecriture. Elle le présente comme créateur, et c’est déjà le rendre dépendant : l’artiste n’existe comme artiste que grâce à son œuvre ; le Dieu créateur n’existe comme créateur qu’à travers sa création …
Et la Bible le présente comme puissant, et même violent, parfois guerrier ; mais jamais comme tout puissant… Le terme n’existe même pas en hébreu, le Premier Testament ne le présente pas ainsi ; le terme n’apparaît pas non plus dans le Nouveau Testament, si ce n’est une fois dans le cantique de Marie et deux fois dans l’Apocalypse. Et encore il s’agit du mot “pantocrator” qui signifie ‘Qui tient, domine tout et maintient tout’, et non ‘tout puissant’, omnipotens comme le traduit la Vulgate... Donc la question se pose, et vous avez déjà dû entendre des théologiens et des pasteurs se la poser…
Je vous propose donc de voir ensemble s’il est triste ou joyeux que Dieu soit ou ne soit peut-être pas tout puissant ! Encore une fois, nous n’en savons rien, mais Dieu nous ayant semble-t-il dotés de curiosité dès le jardin d’Eden, on peut du moins essayer…
D’abord qu’est-ce qui plaide en faveur d’un Dieu tout puissant ?
L’évidence. Tout le monde sait que Dieu est tout puissant, peut tout, par définition, sinon on est mal à l’aise, et puis c’est dans le Credo, on ne peut l’imaginer autrement, cela heurterait le bon sens.
Le bon sens vraiment ? Mon copain John, condisciple à la Faculté de théologie de Genève, me demanda un jour en souriant : “Si Dieu est tout puissant, est-ce qu’Il est capable de créer une pierre si lourde qu’Il soit incapable de la soulever ?” Quand la toute puissance se heurte à elle-même … J’ai aussitôt répondu que c’était amusant, mais n’avait rien à voir avec Dieu. Et puis la question est restée… Elle peut se décliner : est-ce que Dieu est capable de répondre à une question qui n’a pas de réponse, par exemple : quelle est la couleur ou le son du carré ? Plus sérieusement : Si Dieu est tout puissant, peut-Il se renier Lui-même ? Peut-Il ne pas tenir ses promesses ? Ni respecter les lois qu’Il a lui-même fixées à l’univers, et promis de respecter ? Peut-Il cesser d’être esprit, ou amour ; peut-Il annuler la croix de son fils, cesser d’être fidèle ou de pardonner ? Peut-Il faire que l’univers n’ait jamais existé, ou Lui-même, ou peut-Il au contraire créer d’autres Dieux aussi tout puissants que Lui ?
Et voilà le bon sens retourné : c’est la notion même de toute puissance qui n’a pas de sens, qui est absurde, une aporie disent les philosophes…
Nous voilà un peu ennuyés. Mais qu’est-ce qui plaiderait au contraire en faveur d’un Dieu qui ne serait pas tout puissant ? C’est simple :
Si Dieu est vraiment tout puissant, alors il est responsable de tout le mal, le cancer d’un enfant, les guerres et famines en Afrique, le Sida, Hitler, et même le diable si on y croit, soit qu’Il l’ait voulu et créé, soit qu’Il ne l’ait pas empêché.
Si Dieu est vraiment tout puissant, alors il n’y a pas de liberté pour la Création et pour nous, soit qu’Il connaisse et détermine tout à l’avance, jusqu’à nos pensées les plus personnelles, soit qu’Il tolère nos tâtonnements, mais pourrait intervenir ; dans les deux cas, Il nous trompe en nous donnant l’illusion de notre liberté.
Si Dieu est vraiment tout puissant, alors l’avenir est joué, il ne se crée pas et nous n’y participons pas : il se déroule et nous n’y sommes que des figurants ou des spectateurs.
S’Il est vraiment tout puissant, alors par définition, Dieu ne manque de rien, Il n’a besoin de rien, Il ne peut donc aimer, et nous ne sommes pas à son image…
Alors qui croire ? Notre pseudo-bon sens, notre intuition, nos fantasmes ? Ou bien le seul accès qui nous soit donné, en tout cas à nous chrétiens ; l’Ecriture, la révélation biblique, c’est-à-dire le Livre dans lequel des générations d’hommes et de femmes ont raconté l’expérience de leur rencontre et de leur cheminement avec Dieu ?
Or, que dit la Bible ? Elle ne raconte pas un Dieu tout puissant et satisfait, au contraire : elle raconte un Dieu vivant, aimant, souffrant, dépendant de son peuple, y compris pour sa gloire et l’existence même de son nom ; un Dieu vivant qui parle, écoute, se fâche, pardonne, évolue, renonce, change d’avis. Et même de stratégie, d’étape de l’histoire en étape de l’histoire : avec Noé, puis Babel, puis Abraham, et encore avec Moïse, puis Saül, l’Exil, enfin Jésus… Autant de changements de stratégie dans la relation Dieu-humanité.
Un Dieu vivant, aimant qui a donc besoin d’un vis-à-vis, d’un interlocuteur qu’Il a créé à son image, c’est-à-dire libre et ayant besoin d’aimer ; un Dieu qui a besoin de nous pour nous aimer et être aimé.
C’est cela le Dieu de la Bible, page après page.
Un Dieu qui se dépouille de sa nature divine telle que nous l’imaginons, pour devenir semblable à nous ; un Dieu — le Nouveau Testament le laisse comprendre — un Dieu impuissant devant notre mal parce qu’Il a besoin de nous pour le combattre, parce qu’Il ne peut ni ne veut le combattre malgré nous, parce qu’Il nous veut libres pour pouvoir aimer librement, parce qu’on ne peut pas aimer sous la contrainte, et que Dieu a donc besoin, en face de Lui, d’une création autonome, consistante, libre de pouvoir répondre, ou non, à son amour.
*
Mais alors, que faire de ce “Tout Puissant” du Credo ? Les docteurs de l’Eglise du quatrième siècle ont peut-être fait une erreur en y glissant ainsi une notion de la philosophie grecque qui n’est pas dans la Bible… Mais ne la jetons pas trop vite. Si Dieu ne peut sans doute pas être tout puissant dans l’absolu, Il est quand même très puissant et il n’est pas interdit de le penser comme très puissant de deux façons.
D’abord comme créateur, évidemment. Dieu est le très puissant créateur de l’univers, celui qui lui a donné son immense capital d’énergie, ses lois, sa cohérence et le temps pour se déployer et laisser apparaître la vie, et qui continue de le créer. C’est le sens de pantocrator, celui qui maintient l’univers en continuant de lui donner sa cohérence, sa durée et donc la possibilité de se transformer. En ce sens de créateur, Dieu est Tout Puissant.
Dieu est aussi, comme le disait Simon, le très puissant créateur de ma propre vie, non pas comme un montreur de marionnettes, nous ne sommes pas déterminés, mais en me délivrant d’être à moi-même ma propre loi, parce qu’Il m’invite en permanence, où que j’aille et quoi qu’il advienne, à vivre une vie qui soit juste, pleine, utile. Il m’y guide, m’y éclaire et m’y accompagne.
La seconde façon de comprendre Dieu comme très puissant, tout puissant si l’on veut, c’est en le percevant comme amour, ayant pu ou su se retirer de sa Création pour la laisser se déployer et être libre, mais aussi, par ce retrait même, être en manque de Lui, être en besoin de Lui, en besoin d’amour.
Et peut-être que, dans la logique de cette non-puissance pour laisser place à l’amour, la toute puissance de Dieu se réaliserait dans sa capacité à franchir la totalité de la distance entre Lui et nous, et même dans sa capacité à s’adapter à chacune de ses créatures, en lui présentant un visage de Dieu que, peut-être, elle seule peut accueillir. Capacité de Dieu à parler à chacun dans sa langue intérieure, ses mots, son intelligence, son histoire personnelle et unique, sa conception religieuse peut-être unique et incompatible avec d’autres conceptions religieuses, auxquelles il répond pourtant. Qui sait si Dieu ne se présente chaque fois pas tel qu’Il est attendu et compris, par un animiste, un enfant, un Mormon, une protestante réformée, un bouddhiste ou une musulmane, pour lui offrir le seul visage qu’il ou elle est en mesure de recevoir, et le conduire ensuite vers le chemin de l’amour…
La vraie toute-puissance de Dieu pourrait bien être ainsi la capacité de s’adapter à l’âme de chaque être humain, si contradictoires soient-elles les unes avec les autres, afin de les inviter toutes à se joindre à sa volonté.
En somme, Dieu qui n’est pas tout puissant, c’est beaucoup plus que Dieu tout puissant… C’est l’amour en plus.
Certes, on peut reprocher à Dieu d’être ainsi, et d’avoir crée l’univers ainsi. On peut Lui reprocher d’être compliqué, et d’avoir créé un monde où le manque et le mal sont nécessaires pour que l’amour soit un besoin et ait une place ; un univers dont le but soit l’amour alors que l’amour a un coût, implique le manque, la liberté, et par conséquent la souffrance, celle du monde, la nôtre, et celle de Dieu lui-même…On peut dire aussi que tout cela n’est que vaines spéculations.
Mais voyez : comment et où Dieu se révèle-t-Il à nous ? Sur une croix.
Notre Dieu est un Dieu trahi, abandonné, défiguré, impuissant devant la sottise et la méchanceté des humains, non pas le Dieu des armées, mais un Dieu désarmé, un Dieu souffrant, un Dieu qui meurt sous nos yeux, mais à travers la mort duquel le pardon et l’amour sont vainqueurs.
Oui, on pourrait reprocher à Dieu, à cause de son poids de souffrance, d’avoir voulu un monde autonome, un monde où le manque en nous et le manque en Dieu permettent l’amour de Lui à nous. Mais moi je préfère l’en remercier…
Car il ne pouvait pas nous proposer de plus grand cadeau que de faire de nous pratiquement son égal, en tout cas son vis-à-vis. C’est-à-dire celui ou celle, ceux et celles sans lesquels Dieu n’est pas complet, sans lesquels Il n’est lui-même pas Lui-même, c’est-à-dire amour.
Nous sommes ceux et celles sans l’amour desquels Lui-même ne peut aimer ;
nous sommes ceux et celles sans l’action desquels sa Création ne peut s’accomplir et s’ordonner vers un monde réconcilié, un monde d’amour.
Je préfère l’en remercier, parce que grâce à ce Dieu pas tout puissant, j’existe, de façon extraordinaire, à une dimension que je ne peux même pas concevoir ; et parce que ce Dieu pas tout puissant, ou puissant autrement, m’invite, nous invite sans cesse, mais ne nous oblige jamais, à l’aimer, à aimer le monde, à aimer nos frères et nos sœurs, pour construire avec Lui, la joie au cœur, le cœur dans le sien et le sien dans le nôtre, l’univers réconcilié.
Merci à Dieu d’être ce qu’il est !
Culte du dimanche 15 février 2009
« Je crois en Jésus-Christ
son Fils unique, notre Seigneur » Dimanche
15 février 2009 Simon Wiblé
Textes bibliques - Marc
8, 27-30 - Jean
20, 24-31
Martin Luther dans son Grand Catéchisme
indique que cet article du crédo nous montre qu’après
avoir été créé (par Dieu) et avant d’être sanctifié
(par l’Esprit saint) comment nous avons été rachetés
(par Jésus-Christ son Fils unique, notre Seigneur.
Le Seigneur est en effet celui
qui nous a amené du diable à Dieu ; qui nous fait
passer de la mort à la vie ; du péché à la justice,
et nous y maintient.
Il écrit :
« Tout l’Evangile que nous prêchons
repose sur cet article. Il faut donc bien le comprendre,
car c’est celui duquel dépendent notre salut et
notre félicité. Il est si riche et si étendu que
nous ne pourrons jamais l’épuiser ».
Donc restons humble ; Jean-Paul
Morley et moi avons programmé 5 prédications pour
ce seul article. Je l’avoue déjà et vous en doutez
…, nous n’épuiserons pas tout.
Après le Dieu Père, tout puissant
et créateur, nous nous arrêtons sur Jésus-Christ.
Et pourtant, difficile de s’arrêter
avec lui. Surtout dans l’Evangile selon Marc où
le Christ est bien souvent en mouvement, sans cesse
en train de se déplacer.
C’est d’ailleurs « en chemin »,
vers les villages voisins de Césarée de Philippe,
proches des terres païennes, à l’écart de la juste
foi, que nous retrouvons Jésus et ses disciples.
Il leur pose la question : « Qui
suis-je, au dire des hommes ? ». Les réponses se
pressent : « Jean-Baptiste, Elie, l’un des prophètes
».
Les disciples semblent répéter
mécaniquement ce qu’ils ont entendu par ailleurs.
Ils ressemblent à ceux qui aujourd’hui, recherchent
du religieux à emporter, prêt à l’emploi.
Ou bien à ceux qui, trop inquiets
et angoissés par les temps incertains que nous traversons
et aussi par l’avenir, se cramponnent aux doctrines
héritées du passé.
Cela ne semble pas satisfaire Jésus
qui insiste et pose une deuxième fois la question
: « Et vous, qui dites vous que je suis ? ». Il
demande à chacun une démarche personnelle.
« Tu es le Christ ».
La réponse de Pierre nous paraît
exemplaire, presque trop. Un peu comme un catéchisme
appris par cœur, un peu comme une bonne réponse
au « jeu des mille euros » pour les mordus de radio
ou de « Questions pour un champion » pour les accro
de télévision.
Allez, c’est le début des vacances
scolaires, jouons un peu.
Vous êtes prêts …
Le présentateur de l’émission tient
sa fiche bristol en format paysage.
« Messieurs, aujourd’hui, vous
êtes douze candidats, cela fait beaucoup. Il va
falloir de la discipline. Je vous rappelle que nous
cherchons un personnage célèbre
Cet indice chez vous …
Top !
J’ai influencé l’humanité alors
que je n’ai gouverné aucun royaume.
Je n’ai remporté aucune bataille.
Je n’ai écrit aucun livre
Je n’ai fait aucune découverte
Je n’ai pas entrepris de grands
voyages.
Je suis mort jeune, de façon répugnante,
condamné par les religieux et les politiques, abandonné
de presque tous.
Je suis … Je suis …
Pierre répond : « le Christ »
Les lumières du plateau de télévision
s’éteignent, la régie envoie une page de publicité.
Pendant ce temps, Jésus, resté
discret en coulisse, reprend fermement Pierre ainsi
que ses onze compagnons en leur commandant sévèrement
de ne parler de lui à personne.
Il redoute en effet que ce titre
de Christ, qui désignait le Messie attendu, ne soit
source de malentendu.
En effet, de même que je m’appelle
Simon Wiblé, Jésus de Nazareth ou Jésus fils de
Joseph ne s’appelle pas Jésus Christ. Christ n’est
pas son nom de famille.
C’est un titre, une fonction. Cela
signifie le Messie, celui qui a reçu l’onction d’huile,
le consacré.
Au temps de Jésus, le mot Christ
ou Messie était au cœur d’une telle espérance qu’il
pouvait susciter chez ceux qui l’entendaient les
rêves les plus fous et les illusions les plus dangereuses.
Il éveille notamment dans ce petit
peuple occupé par une puissance étrangère des espoirs
légitimes de libération, de justice et de paix.
Après avoir hésité sur la messianité
du Christ, les autorités religieuses d’Israël y
répondront négativement à cause du comportement
provocant et contestataire du Christ.
Et Jésus, dont le nom signifie
« Dieu sauve », ne veut pas qu’on le prenne pour
ce Messie puissant et glorieux que tous appelaient
de leurs vœux.
Son chemin a lui passe ailleurs.
Il passe par l’abaissement d’un serviteur crucifié.
Une folie aux yeux du monde ! A vues humaines, c’est
scandaleux, c’est de la folie.
Jésus en effet n’est pas un super-Moïse.
Jésus n’est pas un second David. Il ne peut être
récupéré ni par le Judaïsme, ni par l’Hellénisme
; il est vraiment quelqu’un d’autre ; il nous apporte
vraiment quelque chose d’autre. Il est vraiment
l’unique : l’homme nouveau.
Le crédo nous rappelle que seul
Jésus-Christ est Fils de Dieu. Il s’agit de son
Fils unique
Mais cet unique, Dieu l’a donné
aux hommes, au monde. Il l’a donné à ceux qui n’étaient
pas fils pour qu’ils le deviennent. Ce don, et ce
don seulement, accorde à ceux qui le reçoivent le
pouvoir de devenir enfants de Dieu, et d’être ceux
qui pourront dire au plus profond d’eux-mêmes «
Abba », c’est-à-dire Père.
Nous découvrons que nous sommes
fils de Dieu par le seul don du Fils unique, par
un acte de Dieu qui ne dépend, ni de nous, ni de
notre « nature ». Nous pouvons croire que nous le
sommes vraiment devenus. Et donc le vivre vraiment.
Jésus-Christ est unique, il ne
se laisse donc pas enfermer dans nos catégories
humaines, nos philosophies, nos théologies, nos
idéologies.
La réforme protestante est cet
essai de ne pas laisser enfermer le Christ dans
un système, mais de sauvegarder cette unicité, cette
originalité totale du salut du Christ.
La Réforme a été cette volonté
de ne pas confondre le Christ avec l’Eglise, ni
même avec l’Ecriture, ni avec la tradition, ni avec
les Pères, ni avec le prochain, ni avec … moi-même.
Pour Luther, en effet, la Parole
vivante a toujours dépassé la parole écrite.
Jésus, c’est le nom « Sauveur »
ou « le Seigneur sauve » que l’on retrouve dans
les noms « Josué » et « Esaïe (Isaïe)».
Après Moïse, Josué conduit le peuple
dans la Terre promise en triomphant des cananéens.
De même Jésus, après la longue
pédagogie de la Torah, est celui qui nous ouvre
les portes de la liberté et triomphe de tous les
obstacles qui nous empêchaient d’y accéder.
En prononçant ce mot « Jésus »
et en affirmant que j’y crois, je confesse par là
que j’avais besoin d’être sauvé (et les autres avec
moi)
C’est vrai que 2000 ans de culture
chrétienne nous ont fait oublier que le christianisme,
au départ, c’était seulement une poignée d’individus
sans aucune influence sur la société.
La foi se jouait vraiment sur le
terrain d’une décision personnelle à prendre face
à Jésus. Il n’était pas question à ce moment là
de valeurs chrétiennes, de philosophie de vie ou
d’éthique.
Il s’agissait beaucoup plus simplement,
et aussi plus radicalement, de se positionner en
tant qu’individu face à Jésus et de décider si,
oui ou non, on acceptait de reconnaître en lui le
Seigneur.
Mais peut-être les choses ne sont-elles
pas si différentes aujourd’hui : il est bon de nous
souvenir que la foi est toujours une décision personnelle,
et qu’il ne s’agit jamais de suivre une mode ou
de se laisser porter par un courant d’opinion.
D’une manière générale, croire
en Christ ressuscité c’est se décider avec courage
pour la vie, quand céder à la tentation de la mort
serait si facile.
Croire que la vie vaut le coup
d’être vécue.
Même si cette vie est aussi fragile
qu’un brin d’herbe que le moindre souffle peut courber
à tout moment, croire que la vie vaut le coup d’être
vécue.
Dans le récit de l’évangile selon
Jean, à chaque fois que le Ressuscité se fait reconnaître
comme Seigneur par ses disciples, que fait-il ?
Il leur montre ses mains et son
côté. Il leur montre la marque des clous et la blessure
de la lance.
Autrement dit, il leur montre les
signes de sa vie terrestre, de sa vie incarnée,
de sa vie risquée.
La résurrection ne vient pas effacer
la croix, comme si tout d’un coup Dieu reprenait
ses billes. Au contraire, la résurrection nous reconduit
à la croix.
Connaître le Ressuscité, c’est
reconnaître en lui le Crucifié.
En ressuscitant le Crucifié, Dieu
nous dit ceci : sortez de vos enfermements, guérissez
de vos aveuglements, dépassez vos peurs.
Arrêtez de croire que votre vie
terrestre n’est pas une vraie vie. Arrêtez de vouloir
à tout prix passer pour des vainqueurs, des puissants,
ne restez pas enfermés en vous-mêmes en essayant
d’éliminer en vous tout ce qui vous rend humains.
La force du péché c’est de nous
faire croire que nous n’avons pas droit à l’erreur.
La force du péché c’est de nous faire croire qu’il
faudrait être irréprochables pour que notre vie
ait un sens.
Être esclave du péché, dans les
termes bibliques, c’est précisément se vouloir sans
péché et se renfermer en soi-même dans la crainte
d’être un jour pris en flagrant délit d’humanité.
Le Christ ressuscité veut nous
libérer, de notre péché, de notre aveuglement, de
notre mort. Il nous donne sa paix
Puissions-nous le croire sur Parole
et vivre sur cette Parole. Nous pourrons alors être
relevés de nos tombeaux et découvrir que non seulement
il y a une vie après la mort, mais bien plus : il
y a une vie avant !
Cette vie, c’est maintenant, c’est
aujourd’hui, pour toi. Tu es vivant, renouvelé,
par la grâce de Dieu manifestée en Jésus-Christ
Amen.
La Vierge Marie
Dimanche 1er mars Jean-Paul Morley
Lectures : Esaïe
7 : 14 Matthieu 1 : 1-23 Galates 4 : 4-5
Les protestants, c’est bien connu,
ne croient pas en Marie et n’accordent d’autorité
qu’à la Bible… C’est évidemment sur elle que nous
nous fonderons pour parler de Marie.
Et déjà le Credo ne s’y trompe
pas, qui n’affirme pas “Je crois en la vierge Marie”,
mais : “Je crois en Jésus-Christ, qui a été conçu
du Saint Esprit et qui est né de la vierge Marie”.
Il ne s’y trompe pas : l’important, c’est le Christ,
lui seul, et le Credo n’ajoutera rien à propos de
Marie, dont il ne fait pas un objet de foi.
Mais pourquoi mentionner alors
cette naissance étrange, qui heurte la raison ?
Parce qu’elle est indispensable.
Il s’est passé, avec Marie, à ce
moment précis de l’histoire, quelque chose d’inouï,
d’unique. Une rencontre inouïe : l’incarnation.
Dieu est devenu humain, Dieu est venu dans un être
humain, un corps humain, comme cela n’était jamais
arrivé et comme cela n’est plus jamais arrivé. Il
y avait déjà eu, et il y a eu depuis, des rencontres
entre Dieu et tel ou telle homme ou femme dans lesquels
Dieu habitait : Moïse, Esaïe, François d’Assise,
Thérèse de Lisieux ou Simone Weill. Mais jamais
un croisement tel que Dieu habitait totalement et
constamment dans un être humain, en sorte que cet
humain était à la fois totalement humain et totalement
habité par Dieu.
C’est plus qu’une rencontre, c’est
un double croisement : celui de Dieu et de l’humain,
à travers cette noce improbable de l’Esprit de Dieu
et d’une jeune fille, Marie. Et celui, que signifie
en fait l’incarnation, qui a vu Dieu descendre jusqu’à
la condition humaine, jusqu’au pire de la condition
humaine, jusqu’au désespoir, au doute, à l’abandon,
à l’échec, à la solitude, à la souffrance physique,
à la peur et à la mort ; jusqu’à l’enfer. Jusqu’au
pire du pire de ce que peut connaître le plus malheureux
des humains, plus bas que ce que peut connaître
le plus malheureux des humains.
Jusque-là, pour venir nous chercher,
nous, les humains, vous et moi, et nous arracher,
vous et moi, à ce pire et à cette pesanteur, pour
nous élever, nous et malgré nous, jusqu’à ce statut
d’enfants de Dieu dont parlent Paul et Jean.
S’il n’y a pas d’incarnation, s’il
n’y a pas ce croisement entre Dieu et nous, Lui
descendant plus bas que nous, et nous étant arrachés
plus haut que nous-mêmes, si Dieu ne vient pas nous
chercher Lui-même là où nous en sommes… qui le fera
? Qui viendra nous chercher, et nous sauver de nous-mêmes
?
Voilà pourquoi l’incarnation est
indispensable. Et c’est ce que dit le Credo en affirmant
que Jésus a été conçu du Saint Esprit et qu’il est
né de la vierge Marie, puis qu’il est descendu aux
enfers.
Mais pour cela, il est nécessaire
que la partie humaine de l’affaire soit aussi totalement
humaine que Dieu y est totalement Dieu… Telle est
d’ailleurs la seule allusion de Paul à la naissance
et à la mère de Jésus : “né d’une femme”, sans même
donner son nom, qu’il ignore peut-être. Et c’est
pour cela que toutes les élaborations ultérieures
de la tradition catholique sont théologiquement
dévastatrices, parce qu’elles défont l’incarnation.
Car si, comme le veut cette tradition et ses quelques
dogmes récents des dix-neuvième et vingtième siècles
:
- la grand-mère de Jésus a conçu
Marie sans pêché originel, en sorte que Marie soit,
elle, de naissance et pour toute sa vie pure de
tout pêché — c’est le dogme de l’Immaculée Conception
;
- si Marie est restée toujours
vierge jusqu’à la fin de ses jours, c’est-à-dire
pure de toute autre chair, supposée la souiller
;
- si Marie n’est pas morte, mais
s’est endormie pour être enlevée directement au
ciel, et n’a donc pas connu la mort — c’est le dogme
de l’Assomption ;
- si Marie, enfin, siège à la droite
de Jésus ressuscité, lui-même à droite du Père et
que, Reine du Ciel et Mère des humains, elle y intercède
pour nous – toutes affirmations sans aucun fondement
biblique – alors… alors Marie n’est simplement plus
humaine !
N’ayant connu ni le péché, ni la
mort, elle n’est plus une fille d’Adam et Eve. En
revanche, ayant une fonction divine au Ciel, elle
n’est plus humaine, mais quasi divine. Et par conséquent
Jésus non plus n’est plus humain : n’ayant aucun
parent humain, il n’est plus à la fois homme et
Dieu, il n’est plus que divin. Il n’y a plus vraiment
d’incarnation, mais juste un effleurement de la
condition humaine par Dieu, qui vient nous visiter
mais non vivre notre condition souffrante de faillibles
et de mortels… Il ne descend plus vers nous et au-dessous
de nous, Il ne s’incarne plus, et ne vient donc
pas non plus nous chercher là où nous sommes, jusqu’en
enfer, pour nous emmener jusqu’à Lui.
Le contresens théologique est désastreux.
Pour le coup, il s’agit d’une hérésie !
Heureusement le contresens n’est
que théologique, et n’empêche pas Dieu, Lui, d’avoir
de grandes oreilles. Si quelqu’un prie Marie, parce
qu’il a besoin du visage féminin de Dieu, Dieu sait
bien que c’est à Lui qu’on s’adresse, et Il écoute…
Il est plus grand que nous.
Remarquons au passage que la Bible
lui donne indifféremment des caractères masculins
ou féminins, mais nos traductions effacent systématiquement
ces derniers. Si l’Eglise n’avait pas ainsi masculinisé
le discours sur Dieu, peut-être n’aurait-elle pas
eu besoin d’inventer, avec Marie, un être intermédiaire,
semi divin et maternel. Alors que rien, d’après
la Bible, n’interdirait de dire parfois “Dieu notre
Père, ou notre Mère…”
Mais une fois rappelée l’extraordinaire
nécessité de l’incarnation, et écartés les égarements
autour de Marie, nous pouvons enfin nous interroger
sur cette fameuse virginité, en posant deux questions
: 1. Comment la comprendre ? Et 2. Que nous dit-elle
?
1ère question, la virginité de
cette jeune femme, Marie. Deux compréhensions protestantes
sont possibles, toutes deux fidèles à la Bible,
l’une à sa lettre, l’autre à son esprit.
La lettre : Marie, jeune fiancée,
vierge, est visitée par un ange, puis par l’Esprit,
qui la couvre de son ombre : fécondation miraculeuse,
conception surnaturelle, que décrivent les seuls
Evangiles de Matthieu et de Luc, et qui disent l’incarnation.
Quant à Joseph, homme sage, et pieux, et généreux,
il est visité lui aussi par le même ange, et, rassuré,
accepte. Et pour donner un père humain à Jésus,
l’adopte. Cela, c’est la lettre de la Bible.
L’esprit, maintenant. Dans la Bible,
la plupart des personnages-clefs ayant apporté un
salut sont nés d’une femme problématique :
- Sarah,
femme d’Abraham, future mère d’Isaac, est stérile
— quel symbole ! — et trop âgée ;
- Rachel,
la mère de Joseph, est elle aussi longtemps stérile
;
- La
mère de Moïse, anonyme, abandonne son fils au fleuve
;
- Anne,
la mère de Samuel, est stérile ;
- Bethsabée,
la mère de Salomon, est adultère avec David, qui
fait mourir son mari ;
- Le
même David a pour ancêtres célèbres Rahab, une prostituée,
Ruth, une étrangère, et Tamar, qui se prostitue
à son beau-père pour faire valoir ses droits…
Quatre femmes, quatre mères pour
le moins atypiques, et qui sont les seules à figurer
dans la généalogie de Jésus. Ce qui ne le situe
guère dans une lignée très sainte…
- Enfin,
dans le Nouveau Testament même, Elisabeth, la mère
de Jean-Baptiste est elle aussi stérile et trop
âgée…
Alors, Jésus lui-même ? Et si Marie,
à l’image de ses glorieuses devancières, s’inscrivait
à son tour dans cette logique, non pas du mérite
ou de la pureté, mais au contraire de la détresse
et de la grâce active au sein de la détresse ? Dans
cette démonstration répétée que la puissance de
Dieu s’accomplit dans la faiblesse ?
Alors nous deviendrions tout à
fait subversifs, mais en faisant éclater de façon
extraordinaire l’amour de Dieu. Car Marie ne serait
plus une pure jeune fille choisie pour son innocence,
mais au contraire une jeune fille en détresse, condamnée
d’avance parce qu’elle a fauté, alors qu’elle était
déjà fiancée à Joseph. Et Dieu, la grâce de Dieu,
serait intervenue dans cette détresse, pour lui
apporter le pardon à travers Joseph, et choisir
précisément cet enfant-là, cet enfant de la faute,
cet enfant de la transgression sociale, pour en
faire son oint, son Messie, son Fils. Son Envoyé
parmi les humains, et habiter en lui comme Il n’avait
jamais habité en personne.
Alors Marie serait bien comme la
jeune femme annoncée par le prophète Esaïe, dont
le texte hébreu ne dit pas qu’elle est vierge, mais
qu’elle est porteuse d’espoir, porteuse d’un avenir
différent pour le peuple ou l’humanité ; un signe
d’espoir. Alors Marie devient la figure emblématique
non pas de la pureté méritante mais au contraire
de la détresse qui reçoit de Dieu un secours. Citons
Luther à propos du cantique de Marie : “ La douce
vierge ne s’est glorifiée ni de sa virginité, ni
de son humilité, mais du seul regard de la grâce
divine… Ce n’est pas sa personne qu’il faut louer,
mais le regard de Dieu…”
Deux compréhensions donc différentes
de la virginité de Marie : l’une classique, l’autre
subversive. Mais toutes deux légitimes, parce que
toutes deux fidèles à la Bible, l’une davantage
à sa lettre, l’autre davantage à son esprit et sa
logique.
Et puisque le Credo est un “je”,
et qu’il affirme une foi personnelle plus que la
norme d’une Eglise, chacun a le droit d’opter pour
la compréhension qui lui parlera le mieux de ce
que Dieu dit à travers cette virginité.
Et c’est notre dernière question
: Que nous est-il dit de plus, à nous, à travers
cette virginité de Marie, quelle que soit
la façon de la comprendre ?
Dans ces textes, où la grâce et
la bénédiction sont partout, Marie apparaît tout
de suite sympathique et attachante, parce que confiante,
disponible, accueillant cet étrange visiteur, l’ange
; accueillant son étrange promesse ; accueillant
les lourdes conséquences qu’elle devine déjà. En
revanche, rien ne dit qu’elle a mérité ce qui lui
arrive. C’est au contraire l’événement qui révélera
ses qualités. En cela, Marie illustre parfaitement
la foi protestante, et elle est notre image à tous
: tous, comme elle, sommes l’objet d’un amour sans
condition, non pas mérité mais offert par Dieu.
Et notre seul rôle est de le recevoir, de l’accepter,
d’y croire, et d’en vivre.
C’est déjà ainsi qu’au quatorzième
siècle le comprenait Maître Eckhart, grand mystique
allemand, quand il interprétait la virginité de
Marie comme étant sa disponibilité, sa confiance,
sa capacité à entendre et accueillir ce que Dieu
lui proposait ou demandait. Et il est vrai qu’il
nous faut ouvrir l’oreille et ouvrir notre âme pour
entendre ce que Dieu nous dit en silence…
Là pourrait bien être le don que
Marie continue de nous faire aujourd’hui, au-delà
d’avoir porté le Fils unique de Dieu : sa leçon
de disponibilité, d’ouverture et d’accueil au don
de Dieu, prête à en recevoir la grâce et l’ordre
de mission, puis à les vivre avec le courage, l’intelligence
et la fidélité que montrera ensuite Marie jusqu’à
la fin.
C’est cela, Marie, la Marie du
Credo et de la Bible, pour nous, pour moi en tout
cas : une démonstration de la puissance de Dieu
qui agit dans la faiblesse et la détresse, dans
notre faiblesse et notre détresse. Et puis cette
leçon d’ouverture et de disponibilité, qui dit oui
à Dieu.
Marie, figure si protestante de
la grâce !
Culte du dimanche 8 mars 2009
« … Il a souffert » Dimanche
8 mars 2009 Simon Wiblé
Lectures bibliques : Esaïe 55,
6-8 Romains 6, 3-11 Mt 16, 21-23
Pierre, l’un des douze, a du mal à comprendre
et admettre ce que Jésus révèle à ses seuls disciples
puisqu'il leur a demandé de ne dire à personne qu'il
était le Christ.
Dans l’évangile selon Matthieu, le Christ annonce
la dernière partie de son parcours. Il annonce qu’il
va souffrir, mourir et ressusciter le troisième
jour.
Pierre, qui vient de confesser Jésus comme Christ
(c'est-à-dire envoyé de Dieu) ne l’admet pas et
se fait reprendre sèchement par Jésus qui le qualifie
de Satan.
Cf la tentation de Jésus au désert (quarante
jours)
La faim, (si tu es fils de Dieu, ordonne que
ces pierres se changent en pain)
La toute-puissance (si tu es f de Dieu, jette-toi
en bas, des anges te porterons)
L’idole (prosterne-toi et adore-moi)
Jésus le rejette « Retire-toi Satan » car il
est écrit : « Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu,
et à lui seul, tu rendras un culte » Mt 4, 10
Est-il choquant que Jésus s’adresse à Pierre
comme s’il s’adressait au diable (diviseur, tentateur)
en personne : « arrière de moi, Satan ! »
Comme Pierre, nous sommes souvent dans une incompréhension
vis-à-vis du Christ, et nous reconnaissons que plus
d’une fois, nous avons eu honte de lui et de ses
paroles ; plus d’une fois nous avons eu l’impression
que ses paroles ne sont pas des paroles pour vivre.
Vous vous rendez compte, l’envoyé de Dieu, le
Seigneur qui promet la croix (la honte de l’échec
lamentable) à ceux qui le reconnaissent comme souverain
?
Comment ne pas comprendre (et partager – un peu)
le scandale du monde qui dénigre une foi basée sur
un supplicié, un être de souffrance ?
D’ailleurs, on reproche souvent aux chrétiens
leurs mots compliqués, inaudibles, difficilement
compréhensibles ou admissibles.
Le passage du crédo sur lequel nous nous arrêtons
aujourd’hui en regorge.
Non pas qu’ils soient compliqués à comprendre
séparément, mais que mis bout à bout, cela fait
une succession assez effrayante
Vous en voulez ?
En voilà :
Christ a souffert. Il a été crucifié. Il est
mort. Il a été enseveli. Il est descendu aux enfers.
Là, je pense que l’on ne tombera pas plus bas.
Nous avons touché le fond. Ou plutôt, le Christ
a touché le fond.
Il va d’ailleurs s’en relever puisque le troisième
jour, il est ressuscité des morts et qu’il est monté
au ciel.
Martin Luther dans son Grand Catéchisme indique
que cet article du crédo nous montre qu’après avoir
été créé (par Dieu) et avant d’être sanctifié (par
l’Esprit saint), comment nous avons été rachetés
(par Jésus-Christ son Fils unique, notre Seigneur).
Le Seigneur est en effet celui qui nous a amené
du diable à Dieu ; qui nous fait passer de la mort
à la vie ; du péché à la justice, et nous y maintient.
Il écrit :
« Jésus-Christ est Seigneur. Il est mon Sauveur.
Le Seigneur, c’est celui qui nous a amenés du
diable à Dieu, qui nous a fait passer de la mort
à la vie, du péché à la justice et nous y maintient.
Il a beaucoup coûté au Seigneur pour nous gagner
et nous amener sous sa domination. Il devint homme,
fut conçu du saint-Esprit et naquit de la vierge
Marie sans aucun péché afin d’être maître du péché.
Il souffrit, mourut et fut enseveli, afin de
satisfaire pour moi et de payer ma dette, non point
à prix d’argent ou d’or, mais au prix de son propre
et précieux sang.
Et tout cela, il le fit afin de devenir mon Seigneur,
car il n’avait pas besoin de le faire et ce n’est
pas pour lui qu’il le fit.
Ensuite, il ressuscita, dévora et engloutit la
mort, monta au ciel et prit le pouvoir à la droite
du Père, afin que le diable et toute puissance fussent
soumis à sa domination et jetés à ses pieds.
Enfin, au dernier jour, il nous séparera et nous
délivrera du monde impie, du diable, de la mort,
du péché, …
Martin Luther, Grand Catéchisme
Nous parlons de la passion du Christ
De la passion de Dieu en Christ
Souffrance et amour, passionnés
Il n’est pas possible d’aimer sans souffrir
Chaque domaine de la vie a son langage et son
vocabulaire
En informatique
Clé usb, connectique RJ 45, pilote, logiciel,
moniteur, unité centrale, cartouche
En football
Le marquage, centre en retrait, la ligue des
champions, reprise de volée, petit pont / grand
pont
En œnologie
Le nez, la robe, le cru, le millésime, le cépage
Non pas que ces termes soient incompréhensibles.
Mais ils nécessitent explication. Pour préciser
le contexte, l’histoire, la signification.
Les textes bibliques lus ce matin contiennent
eux aussi ce que certains appellent « ces mots qu’on
aime pas » ou d’autres « les gros mots de la foi
».
Notamment, la mort de Jésus sur la croix.
Mourir sur la croix, cela signifie qu’on meurt
en rejeté, en banni.
Il faut que Jésus souffre et soit rejeté au nom
de la nécessité divine.
Toute tentative de mettre obstacle à cette nécessité
est satanique.
Même et surtout si elle vient du cercle des disciples
; car cela veut dire qu’on refuse de laisser le
Christ être le Christ.
Le fait que ce soit Pierre, le roc de l’Eglise,
qui s’en rende ici coupable immédiatement après
sa confession de foi en Jésus-Christ et son investiture
par lui prouve que, dès le début, l’Eglise s’est
scandalisée du Christ souffrant.
La souffrance, c’est l’éloignement de Dieu.
Le Christ se charge de tout l’éloignement de
Dieu. Dans la communion à la souffrance de Jésus-Christ,
la souffrance triomphe de la souffrance, et la communion
de Dieu est un don qui précisément, se fait dans
la souffrance. D. Bonhoeffer, Le prix de la
grâce
Sur la croix, Dieu s’éloigne de Dieu et c’est
scandale, c’est une folie.
Un Dieu crucifié !
La croix entraîne la mort
Paul articule cette mort avec le baptême.
Le deuxième texte lu ce matin dans l’épître aux
Romains nous parle du baptême. Il contient :
baptiser ou baptême (3 fois),
12 occurrences de la mort,
enseveli et crucifié (une fois)
le péché (5),
la vie ou vivre (5)
la résurrection ou ressusciter (3)
Le baptême n’est pas une offre de l’homme, c’est
une offre de Jésus-Christ. Il n’est fondé que sur
la bienveillance de Jésus-Christ qui nous appelle.
Le baptême consiste à subir l’appel du Christ.
Dans le baptême, l’homme devient la propriété du
Christ. L’homme est baptisé en Jésus-Christ. D.
Bonhoeffer, le prix de la grâce
Il est mort avec Lui et il est ressuscité avec
Lui.
Nous mourrons à ce qui nous empêche de vivre
en enfant de Dieu, adoptés par sa Parole de Père.
Entre croix et résurrection, notre vie est entre
les mains de Dieu :
« Les mains de Dieu, c’est Jésus-Christ.
Sa main gauche, c’est le Crucifié.
Sa main droite, c’est le Ressuscité.
Par les épreuves les plus dures, je suis dans
sa main gauche.
Par les joies les plus intenses, je suis dans
sa main droite.
C’est lui qui me tient ; je n’en peux pas sortir,
mais j’y suis bien, il est mon soutien.
Il est mon Dieu ». Augustin
d’Hippone (354-430).
La croix se révèle être un lieu de rencontre
entre Dieu et nous.
Dieu et l’homme se trouvent à la croisée des
chemins.
Dès lors, partir à sa recherche est déjà un don
de Dieu.
Le texte du prophète Esaïe nous le rappelle :
Notre Dieu, sans relâche s'approche de nous,
sans relâche nous cherche nous pour que nous puissions
nous trouver ; nous et Lui.
Nous oublions que même ce désir qui vient en
nous, de partir à sa recherche, vient en fait de
lui !
Nous passons une bonne partie de notre vie à
chercher. Et nous cherchons dans tous les domaines.
Nous cherchons à résoudre nos problèmes, les
questions que nous nous posons ou celles que la
vie nous pose.
Nous cherchons … une place de stationnement aux
abords du 106 rue de Grenelle ( !).
Plus sérieusement, nous cherchons à réussir dans
la vie, et plus fondamentalement encore, à réussir
notre vie.
Pour ce faire, notre Dieu nous invite à croiser
notre vie avec la sienne.
A la croiser, de ce mot " croix " qui
dit bien comment Lui, le premier, a tout fait pour
que nous puissions vivre de son pardon et de son
amour.
Et cette Croix, et sa vie donnée, et cet amour
exprimé au travers de Jésus-Christ mort et ressuscité,
c'est en quelque sorte le moteur des moteurs de
recherche que Dieu a inventé pour nous.
En dehors de l'amour, Dieu est introuvable !
" Demande et tu recevras ! Cherche et tu trouveras
! Tourne-toi vers le Seigneur, et rappelle-toi que
Dieu ne se prend pas, il se reçoit. "
Et avec Simon Pierre, dans l’évangile de Jean,
nous pourrons dire :
« Seigneur, à qui d’autre irions-nous ? Tu as
les paroles de la vie éternelle » Jn 6, 68
Amen
Il est ressucité
Dimanche 15 mars 2009 Jean-Paul Morley
Lectures : I
Corinthiens 15 : 12-19 Luc 24 : 28-35 Matthieu
16 : 24-25
Nous voici au tournant du Credo.
Nous avons, avec lui, commencé par le commencement
: le Dieu créateur. Puis, très vite, Jésus Christ
: le fils de Dieu qui descend sur terre – né d’une
femme, puis qui descend dans la souffrance – le
pire de la souffrance, et descend vers la mort et
la malédiction de la croix. Et de là descend encore,
jusqu’en enfer.
Comme si à la suite du Credo nous
atteignions l’ultime fond, d’où nous rebondissons
pour remonter non pas vers la surface, mais vers
le ciel.
Ce tournant entre “descendu aux
enfers” et “le troisième jour il est ressuscité”
est ainsi le pivot, la charnière du Symbole des
Apôtres, par laquelle nous passons du jugement à
la promesse. Le jugement, parce que la croix du
Christ nous juge ; la promesse, parce que la croix
du Christ nous pardonne et nous offre la vie éternelle
vers laquelle conduit le Credo. Cette charnière,
c’est donc bien la croix.
Ressuscité, donc.
C’est le fondement même de la foi
chrétienne.
L’évidence. Mais une évidence difficile
à admettre, et à comprendre.
Il est ressuscité !
Sinon nous sommes perdus.
Il est ressuscité ! Sinon il n’y
a plus d’espoir.
Il est ressuscité, sinon nous sommes
vaincus.
Il est ressuscité, sinon cela signifie
que le malheur est le plus fort, que la pesanteur,
la routine, la jalousie, la méchanceté banale et
la vanité bornée qui ont tué Jésus cette année-là
à Jérusalem, ont gagné. Gagné contre le Fils de
Dieu. Vaincu le Fils de Dieu, et donc Dieu Lui-même.
Que celui qui annonçait le règne de Dieu, au nom
et de la part de Dieu Lui-même, a été vaincu par
la plus simple et la plus banale des mesquineries
humaines…
Impensable.
Car si Jésus n’est pas ressuscité,
alors c’est le mal qui a gagné. C’est le mal, le
péché et la souffrance sous toutes leurs formes
qui ont gagné, et gagné à jamais, puisqu’ils auront
isolé le Fils de Dieu puis l’auront cloué sur du
bois et l’auront enterré comme un malfrat, et que…
rien ! Plus rien. Pas de lendemain, pas de réaction
de Dieu, les ténèbres, rien, la défaite de Dieu
! Le naufrage du royaume de Dieu. Et donc plus d’horizon,
plus d’espoir. Et le mal, rayonnant, ayant vaincu
Dieu une fois, n’aurait aucune raison de ne pas
gagner chaque fois.
Mais, personne parmi nous, ne croit
ni ne veut croire cela.
Il faut que le Christ soir ressuscité,
parce que sinon, oui, nous sommes perdus, il n’y
a plus aucun espoir, le message, la vie et la promesse
de Jésus sont creux, un échec, une erreur, des rêveries
parties en fumée, fauchées, clouées sur du bois
et restées là, clouées sur deux poutres .
Si la croix n’est pas vaincue,
le mal n’est pas vaincu, la mort n’est pas vaincue,
nous sommes, nous, voués à l’échec et à la mort,
sans recours, sans au-delà ni rien derrière. Paul
a raison : si Christ n’est pas ressuscité, nous
sommes les plus malheureux de tous les humains.
Et tous nos propres efforts ne servent à rien… Alors,
oui, nous devons croire, et pouvons croire, et d’ailleurs
nous croyons, qu’il est ressuscité, et nous pouvons
dire : “Je crois que le troisième jour, il est ressuscité
!”
L’évidence.
Mais comment est-il ressuscité,
là, la Bible est soudain moins claire. Aucun doute
sur le fait, qui est le cœur de la foi chrétienne.
Mais beaucoup de bizarreries sur la manière, et
c’est peut-être à dessein.
- Le
même jour, au même lieu, le ressuscité est esprit,
qui traverse les murs, et il est chair, qui mange
et montre ses plaies.
- Un
autre jour, il est à Jérusalem et, à la même heure,
il marche vers Emmaüs, à quinze kilomètres de là.
- A
sa dernière apparition, il est physiquement présent,
visible, pesant, mais s’élève au ciel comme un esprit.
- Mieux
: quand les femmes viennent, les premières, au tombeau
et le trouvent vide, chez Matthieu cela s’accompagne
d’un tremblement de terre, de la descente d’un ange
éblouissant et de paroles solennelles… Mais de rien
chez Jean : seuls le vide et le silence. Comme si
c’était justement ce vide et cette absence qui permettaient
de comprendre que Jésus est vivant quand même et
malgré tout, que la mort ne l’a pas gardé. C’est
lorsque les disciples entrent dans le tombeau et
le voient vide, qu’ils croient…
- Plusieurs
fois enfin, Jésus est visible mais méconnaissable.
Et c’est cela qui devient encore plus intéressant
: il est là, mais méconnaissable, et ne peut être
connu, re-connu, qu’à travers un événement : quand
il appelle Marie par son prénom ; ou lorsqu’il renouvelle
le miracle de la pêche miraculeuse, c’est-à-dire
le futur miracle de l’évangélisation, dont ses disciples
seront les acteurs en devenant pêcheurs d’hommes.
Ou encore, dans le plus long des récits de résurrection,
les compagnons d’Emmaüs : Jésus est là, marchant
très physiquement entre deux de ses disciples, comme
il a si souvent marché avec eux, et ils ne le reconnaissent
pas. Il leur parle longuement de la Bible, comme
il leur a si souvent parlé, et ils ne le reconnaissent
pas. Ils s’asseyent ensemble dans l’auberge, à la
lumière, comme ils l’ont fait si souvent, et ils
ne le reconnaissent pas. Il rend grâce, rompt le
pain… et soudain ils le reconnaissent !
Ils le reconnaissent dans la Sainte
Cène, parce que c’est de cela qu’il s’agit, c’est-à-dire
dans sa nouvelle présence en tant que ressuscité
: dans le pain, le vin et la prière, dans cette
présence qui aujourd’hui encore est celle qui nous
est offerte et réofferte chaque dimanche ; une présence
préparée par la lecture de la Bible et son explication,
comme il le faisait avec eux en chemin… Et aussitôt
il disparaît à leur vue : il n’a plus besoin d’être
là, puisqu’il est là, dans le pain et le vin partagés
en son nom…
Alors qu’en conclure ?
Rien. Il n’y a pas à trancher.
Non seulement je n’en sais rien, mais je ne vois
pas de quel droit, en chaire, j’imposerais un choix
; alors que la Bible elle-même organise le flou.
Si la foi en la résurrection physique de l’homme
Jésus est légitime et attestée par l’Ecriture, la
foi en la résurrection spirituelle du Christ Jésus,
c’est-à-dire dans l’esprit et le cœur des disciples,
est également légitime et suggérée par l’Ecriture.
Alors il n’y a rien à dicter, mais
à inviter : premièrement, à croire ardemment que
Christ est ressuscité, que l’amour a gagné, que
le chemin, la vérité et la vie ont gagné et se trouvent
en Christ ressuscité. Et deuxièmement, à croire
sans une seconde d’hésitation que tous ceux qui
croient en Jésus ressuscité physiquement, et tous
ceux qui croient en Christ ressuscité spirituellement,
sont les uns et les autres totalement, évidemment
et pleinement chrétiens, sans aucune réserve.
Parce que de toute façon l’essentiel
est ailleurs.
L’essentiel, c’est ce que nous
annoncions au début. L’essentiel, c’est tout ce
qui a volé en éclats avec ce tombeau vide : le mal,
la mort, le péché, nos contradictions.
La victoire sur la croix, c’est
la victoire sur le mal, c’est le mal qui a cru gagner
et qui vole en éclats, c’est la promesse que tout
mal sera vaincu, finalement vaincu. La souffrance,
la méchanceté, la guerre, les Ben Laden et le Rwanda,
le cancer et l’Alzheimer, tout cela un jour sera
vaincu, consolé, réparé. Et nous avons donc raison
de lutter et de nous battre contre toutes ces plaies,
parce que c’est nous qui en serons vainqueurs. Et
nous avons raison de penser que parmi ceux et celles
qui nous entourent, le plus navrant et le plus néfaste
peut changer, parce que c’est vrai. D’accord, le
mal qui nous cerne est toujours bien présent, mais
il est déjà vaincu : un jour, sur cette planète
ou au paradis, il sera fait justice de tout ce qui
broie et nous broie, et régneront la paix, la tendresse
et la consolation, le loup et l’agneau ensemble.
Un jour, l’humanité entière sera invitée au banquet
du règne de Dieu. C’est la promesse de la résurrection.
Et c’est cet espoir qui, personnellement, me porte.
La victoire sur la croix, c’est
la victoire sur la mort, ce dernier ennemi. Si Jésus
est mort il y a deux mille ans, et qu’il vit aujourd’hui,
c’est que la mort a volé en éclats, qu’elle n’est
plus qu’une porte, un passage, un rideau de fumée,
un couloir sombre, mais un couloir seulement. Jésus
a été le premier à traverser toute l’épaisseur du
mal, le premier à traverser la mort, et il en est
ressorti victorieux. Et cela, c’est la promesse
que ceux que nous avons perdus sont vivants avec
lui, comme lui, à côté de lui ; et que nous aussi,
au-delà de la porte, nous attend la vie, la lumière
et cette joie qu’on ne peut imaginer, cette joie
qu’on pressent lorsqu’un amour est retrouvé, ou
une faute pardonnée…
Car la victoire sur la croix, c’est
encore la victoire sur le péché, notre drame intérieur
: quand nous ne vivons pas ce que nous savons juste,
mais que nous faisons ce que nous ne voulons pas.
Devrons-nous un jour payer pour tout cela ? Non
: en acceptant la croix, le Christ a accepté de
souffrir, lui, tout ce que nous pouvons souffrir.
Jésus a montré que Dieu ne compte pas, mais que,
comme un parent souffre avec son enfant, Il souffre
lui-même de ce que nous souffrons, chaque fois que
nous souffrons et chaque fois que nous faisons souffrir.
Il ne cherche pas à nous faire payer tout ce que
nous faisons de moche ou de mal, mais souffre de
tout ce que nous faisons de moche et de mal, et
cette souffrance, à travers la croix, est un cri
pour dénoncer toute souffrance, les nôtres et celles
que nous provoquons. Alors, vaincue par la résurrection,
la croix est l’assurance que notre condamnation
vole en éclats, parce que Dieu nous reçoit. Et nous
console. Et nous dit : “Je prends sur moi”. Il nous
pardonne. Totalement. Tout. Pour toujours. La justice
de Dieu n’est pas dans la sanction mais dans le
pardon. La croix et la résurrection, c’est Dieu
qui donne tout, même son Fils, qui est donc prêt
à tout donner pour nous garder. Et c’est cette certitude
qui, personnellement, me donne courage.
Enfin, la croix et la résurrection,
c’est pour nous une démonstration. Cette fois, ce
sont nos contradictions qui sont invitées à voler
en éclats. Parce qu’en ressuscitant, Jésus démontre
que l’amour vécu jusqu’au bout, jusqu’au don de
soi-même, jusqu’au don total de soi-même, loin d’être
une folie condamnée à l’échec et au naufrage, est
au contraire le seul chemin, la seule issue, la
vraie victoire et le vrai secret de la vie. Jésus
a été trahi, bafoué, abandonné, supplicié : mis
en échec ? Oh, non, c’est lui qui a eu raison. C’est
lui qui est vivant. C’est lui qui a vaincu. Et c’est
cela la vérité, le chemin et la vie qu’il nous propose
: aimer à notre tour, en donnant tout, en renonçant
à nous-mêmes, en considérant que l’autre est plus
important que moi, et qu’il passe, dans mes choix,
avant moi. C’est bien le secret de la vie, que Jésus
a si souvent annoncé : “Si le grain ne meurt, il
reste seul… Celui qui veut sauver sa vie la perdra,
mais celui qui l’offrira à cause de mon nom, la
trouvera…”
C’est tout simplement la clef de
notre destin, le secret de la réconciliation avec
la vie et avec nous-mêmes. Et c’est de l’avoir éprouvé
qui, personnellement, me rend heureux…
Encore un mot. Le Credo précise
“Le troisième jour, il est ressuscité des morts,
il est monté au ciel, il siège à la droite de Dieu”.
Monté au ciel, cela ne signifie
pas que Jésus soit dans les nuages, pas même qu’il
fait partie des étoiles… Mais qu’il est maintenant
“ailleurs” : ailleurs que dans notre monde, notre
univers, notre dimension ; cet ailleurs que Dieu
a créé en créant le ciel et la terre. Pas seulement
la planète terre et le ciel qui la contient, mais
notre univers et l’ailleurs de l’univers, l’univers
de Dieu. Celui où nous le rejoindrons.
De même que Jésus a rejoint Dieu.
Celui qui siège à la droite de Dieu — celui qui
est à la droite du roi… — c’est celui qui en est
le plus proche, son bras droit, son confident, son
autre lui-même. Et il siège, il n’est pas debout,
c’est-à-dire qu’il accueille ; s’il était debout,
il entrerait dans la fonction de juge.
Mais cela, il ne le fera qu’en
redescendant sur terre, et ce sera… la prochaine
prédication !
... pour juger les vivants et les morts
Dimanche 29 mars 2009 Simon Wiblé
Lectures bibliques : - Psaume
9, 2 à 6 - Actes 10, 40 à 43 Jean 3, 17 à
21 « … Il est monté au ciel
Il siège à la droite de Dieu
Le Père tout-puissant ;
Il viendra de là pour juger les vivants et les morts »
Qu’est-ce que c’est que cette histoire de jugement ? Dieu juge, non merci !
Encore un truc inventé par les hommes pour nous maintenir sous le giron de l’Eglise.
Le jugement, ça fait peur, c’est terrifiant. Dès que j’entends ça, j’ai l’impression que je vais être condamné, l’issue est angoissante.
Relevons quatre extraits des lectures bibliques de ce matin :
Car tu défends mon droit et ma cause, Tu sièges sur ton trône en juste juge. (Psaume 9, 5)
Il nous a commandé d’annoncer la Bonne Nouvelle au peuple et de rendre ce témoignage : Jésus est celui que Dieu a choisi pour juger les vivants et les morts. (Actes 10, 42)
Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.
(Jean 3, 17)
Et voici le jugement : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont aimé les ténèbres plus que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. (Jean 3, 19)
Dressons à grands traits un panorama biblique :
En Israël, le jugement divin est essentiel. Dans la prédication des prophètes également.
Pour eux, il est impossible qu’un peuple (Israël ou un autre) méconnaisse les justes lois de Dieu sans encourir son jugement. Les empires qui ne respectent pas les lois de Dieu s’écroulent.
Il en va de même pour les individus.
Après l’exil, la foi au Dieu juste et saint fit naître l’idée du jugement dernier. Cette idée s’est ensuite beaucoup développée.
Certes, les prophètes avaient déjà parlé du « jour de l’Eternel » et du jugement à venir, mais c’est à partir de l’exil que cela s’est développé.
Pour le judaïsme, le jugement de Dieu était attendu avec impatience car il était synonyme de salut et de délivrance.
Jésus a confirmé la prédication des prophètes anciens. Il n’est pas venu abolir la loi mais l’accomplir. Oui, il est question du jugement dans le Nouveau Testament. Que ce soit dans des discours apocalyptiques, des avertissements, des exhortations.
C’est la même chose chez Paul. Cela nous rend attentif à la grande pensée du jugement divin présent. Ex. dans l’évangile selon Jean : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont aimé les ténèbres plus que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises (Jn 3, 19) et du jugement à venir, souvent appelé « jugement dernier » (Mt 25, 31-46) où les brebis - , à droite du roi reçoive le royaume et la vie éternelle et les boucs, à gauche, iront dans le feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges. Ils iront au châtiment éternel. C’est assez inquiétant, vous ne trouvez pas ?
Les brebis sont sauvées car elles ont visité, soigné, consolé, habillé, nourri et désaltéré ceux qui en avaient besoin ; invitation à une action concrète, pratique, efficace.
Les boucs, … ils représentent ceux qui, devant des détresses immédiates, n’ont pas réagi, n’ont pas vu, n’ont pas porté secours.
Mais ce jugement et cette condamnation semblent difficiles à concilier avec le pardon immense et inconditionnel de Dieu. Sommes-nous sauvés par les œuvres ?
Comme au temps de Jésus, nous trouvons aujourd’hui, parmi les chrétiens des lignes de démarcation : la piété ou les actes, la vie céleste ou l'existence présente, le pardon ou le jugement.
Alors, à eux comme à nous, Jésus offre une description, imagée et symbolique, de la fin des temps. Il annonce que tous les peuples passeront en jugement devant lui, le Christ : les chrétiens comme les non chrétiens, tous se présenteront devant le Fils de Dieu.
Là, chaque être humain découvrira la vérité sur lui ; il saura ce qui, dans sa vie, a eu du poids, a eu du sens. Il saura si notre vie a été féconde.
Dans cette optique, le jugement ressemble moins à un procès qu’à une récapitulation, une relecture de l’existence.
Je pose clairement et ouvertement la question : et si, finalement, le jugement était une grâce ?
L’idée d’un Dieu juge est fondamentale et incontournable.
Dieu est celui qui connaît la vérité de ce que nous sommes
Dieu est la lumière devant laquelle rien ne peut être caché
Cela dit, nous ne sommes pas jugés par Dieu mais par le Christ.
Ensuite, le jugement est accompli par celui qui nous sauve, par notre Sauveur.
La miséricorde de Dieu, dès les prophètes, est venue transfigurer le jugement. La vie, la prédication, la mort et la victoire du Sauveur nous ont fait considérer ce jugement dans la sainte lumière que répand le nom du Père, révélé en Jésus-Christ.
Le jugement nous appelle à ressentir l’urgence de la foi. C’est un appel vital à croire que Jésus est bien le Christ et qu’il nous promet la vie auprès du Père.
A la droite de Dieu, ce n’est pas un tyran qui s’installe pour mieux nous condamner. C’est le crucifié ressuscité. Il règne sur tous les hommes, les gouvernements, l’univers et l’histoire.
Entre le Christ déjà venu et le Christ qui vient, il y a un intervalle. C’est le temps de la rencontre. Rencontre décisive, cruciale, entre la foi et l’espérance.
Entre ce que Dieu nous a offert hier et ce qu’il nous promet demain, c’est l’aujourd’hui de la conversion.
C’est le saisissement de l’urgence de la décision. Se décider à répondre à cette invitation qui fais vivre : « Je t’aime, rejoins-moi, marche en ma présence,» et à cette promesse « Je suis avec toi ; je vis en toi et toi en moi ».
Frères et sœurs, le jugement nous alerte sur l’immédiateté, l’ici et le maintenant de notre relation de confiance en Dieu.
Le Christ est à la fois celui qui juge et celui qui donne sa vie pour que les pécheurs ne soient pas condamnés par ce juge.
Le jugement dernier, c’est le jugement « suprême », celui dont on ne peut pas faire appel et contre lequel il n’y a aucun recours possible.
C’est le dernier jugement, celui qui énonce que nous sommes pécheurs.
La rencontre entre ce jugement implacable (tu es pécheur) et le pardon sans condition (tu es à moi et je t’aime) produit la justification. C’est une grâce, une parole qui nous rejoint. L’accueillir et en vivre, c’est accepter d’être accepté tout en se sachant inacceptable.
Jésus est celui que Dieu a choisi pour juger les vivants et les morts. (Actes 10, 42)
Cette notion de jugement peut s'entendre de façon nouvelle : il ne s'agit pas d'une sentence (chez Jean, Jésus dit : "moi, je ne juge personne…") mais de la dénonciation de ce qui fait mourir, d'une crise (en grec, le mot jugement se dit crisis) qui met en évidence ce qui fait vivre et ce qui fait mourir : "Juge des vivants et des morts".
La mort et la résurrection de Jésus désignent ce qui est mort dans nos vies et ouvrent une voie à la vie dans ce qui est mort.
La croix vient juger, dénoncer ce qui est mortifère dans tout système religieux (conformisme et volonté d'acheter Dieu) puisque la loi et la religion vont mettre à mort l'innocent qui guérissait ceux que le diable opprimait.
Le système religieux en mettant Jésus à mort est démasqué dans sa logique de mort : il est diaboliquement oppressant. C'est un pouvoir qui tue.
La résurrection vient dire que ce péché religieux (au fond, c'est le seul) est néanmoins "couvert".
Autrement dit, et c’est une nouvelle bouleversante :
Dieu ne fait pas de cette mort du Christ une dette, mais au contraire il l'institue comme abolition de toute dette.
Et c'est cette confiance, cette transformation de la dette en reconnaissance qui fait passer de la mort à la vie.
Comment imaginer un Dieu qui voudrait bien sauver les hommes, mais qui n'accepterait de le faire qu'au prix de leur souffrance. En leur faisant "payer" leurs fautes.
Si Dieu est un père, et qu'il nous aime, qu'il nous sauve, il n'a pas besoin de notre souffrance prétendument réparatrice.
Je ne crois pas qu'après la mort puisse avoir lieu un espace de "purification" ou de "perfectionnement", je crois qu'en fait notre vie se joue ici-bas sur Terre.
Notre vie est faite de bien et de mal, de choses bassement terrestres et contingentes, et de choses merveilleuses, spirituelles et éternelles.
Pour aider ses interlocuteurs à comprendre, Jésus emploie souvent l'image de la "géhenne", ou "du feu qui ne s'éteint jamais". La géhenne, ce n'est pas l'enfer, c'était la décharge publique de Jérusalem et le feu permanent permettait de réduire la masse des objets jetés là.
Ainsi, être symboliquement jeté à la géhenne, c'est savoir que sa vie n'a pas été plus utile aux yeux de Dieu qu'un objet que l'on abandonne parce qu'il ne sert à rien.
Par cette description du jugement, Jésus exhorte donc moins à craindre l'enfer qu'à prendre au sérieux notre vie. Car s'il est dit que nous sommes pardonnés et aimés, il n'est pas certain que notre vie soit fructueuse.
Frères et sœurs, nous sommes partis de plusieurs alternatives : la foi ou l'aide du prochain, la grâce ou le jugement, l'éternité ou le présent.
Jésus, lui, n'oppose pas ces pôles ; au contraire, il les met en relation, en tension.
Le jugement de Dieu passe par Jésus-Christ, il est donc, en tout premier lieu, possibilité de salut.
Il nous demande d’exister aujourd’hui, de nous situer aujourd’hui.
Sans nostalgie du passé, sans angoisse de l’avenir, il nous donne de pouvoir marcher et vivre ensemble, confiant dans ce qu’Il nous accorde, ici et maintenant.
Sa grâce et sa paix sont données, à tous.
Amen
...
je crois en l’Esprit Saint
Dimanche 26 avri 2009 Simon Wiblé
Romains 5, 1-5 Jean 16, 12-15 Autre lecture : Genèse 1, 1.2
Tant que Jésus était là, avec eux, les disciples
s'en référaient à Jésus, suivaient Jésus. Mais maintenant
qu'il est parti... !
Comment vont-ils pouvoir vivre cette absence
? Comment vont-ils pouvoir vivre cet absent ?
Et nous, comment pouvons-nous vivre de cette
absence ?
Le chapitre 16 de Jean fait partie de ce que
Jésus a voulu transmettre de son ultime message
à ses disciples, avant sa mort. Le but de l'évangéliste,
c'est de réconforter, de consolider sa communauté,
face au doute, au découragement, ou même, en cette
fin de premier siècle, à l'hérésie...
En effet, l'Eglise s'est étendue jusqu'au pays
de culture grecque et donc païenne, et peu à peu,
sous l'influence de courants philosophiques divers,
le centre de l'Evangile se trouve menacé : Jésus-Christ
ne serait pas le visage de Dieu pour le monde, mais
un héros, créature humaine exemplaire, divinisée
par Dieu pour son obéissance.
Jean se bat contre cette dérive. L'enjeu, c'est
ni plus ni moins que le salut : a-t-il été accompli,
une fois pour toutes, par Dieu lui-même, en Jésus-Christ,
ou bien tout reste-t-il à faire avec seulement une
figure héroïque pour modèle ?
La question persiste, encore aujourd'hui, pour
certains.
Les conciles de Nicée et de Constantinople ont
bien essayé, plus tard, de clarifier les choses...
L'ont-ils fait, en parlant "d'un seul Dieu
en trois personnes" ?
Il semble que ce que ces conciles ont voulu faire,
c'est surtout d'écarter des compréhensions mauvaises
: "Si vous dites qu'il y a trois dieux, vous
vous trompez. Mais si vous dites qu'il n'y a qu'un
seul Dieu monolithique, sans dialogue interne, sans
vie, vous vous trompez également..
Dieu est un, mais il se donne à connaître comme
Père, Fils et Esprit".
Les relations entre le Père, le Fils et le Saint
Esprit n'ont cessé d'agiter les Eglises. Et pourtant
la parole de Jean demeure, sans ambiguïté, rigoureuse
: "Qui m'a vu, a vu le Père" (Jean 14/9).
Dans notre texte de ce matin, il ajoute : "Tout
ce que le Père a, est à moi ; c'est pourquoi j'ai
dit qu'il prendra de ce qui est à moi, et vous l'annoncera"
Ou bien : "Tout ce que possède le Père est
à moi ; c'est pourquoi j'ai dit que l'Esprit vous
communiquera ce qu'il reçoit de moi". L'Esprit
prend ainsi une place essentielle, soulignée avec
force dans ce testament de Jésus.
Qui est l'Esprit ?
On le nomme le Paraclet, qu'on peut approximativement
traduire par "défenseur, consolateur, aide".
Littéralement : "celui qui est appelé à se
tenir à côté de quelqu'un pour l'assister",
notamment à la barre du tribunal.
Au verset 13, il est dit qu'il a pour fonction
d'enseigner et de conduire dans la vérité. C'est-à-dire
que l'Esprit ne produit pas de vérité autre que
Jésus : il pousse le croyant à reconnaître le Père
au travers du Fils. Il n'apporte pas de révélation
inédite, mais il donne vie et actualité à ce que
Jésus a dit et fait.
L'histoire de l'Eglise, comme la vie religieuse
de notre temps sont menacées par des hommes et des
femmes qui se lèvent pour apporter de prétendues
révélations nouvelles que l'Esprit leur auraient
soufflées.
Ils risquent d'en abuser beaucoup.
Or, le texte est clair : l'Esprit actualise —
rend présent malgré l'absence — la parole de Jésus.
Il fait surgir de la Bible, écritures mortes, figées
dans la froideur du papier et éloignées par l'histoire,
une Parole vivante qui devient parole de Dieu pour
nous, aujourd'hui !
Lorsque la bouche du maître se tait, un autre,
un Paraclet, poursuit l'œuvre en ne cessant d'actualiser,
pour le croyant, les paroles jadis prononcées.
Grâce à l'Esprit, la perte de Jésus est paradoxalement
l'assurance d'une présence qui demeure au-delà du
temps et de l'espace. Il faut lire l'absence comme
réelle, mais pour le croyant, ce vide annonce une
présence d'un autre ordre, celle du Paraclet, du
Christ qui demeure.
C'est là qu'intervient la foi, celle du croyant,
celle de chacun de nous, comme nous l'explique Paul.
Relire Romains 5/1-5
Justifié par la grâce de Dieu, je vis dans sa
paix et dans la confiance de sa présence, malgré
son absence.
C'est la seule foi au Christ, celui qui s'est
manifesté à moi sur la croix comme le Dieu qui justifie
mon existence, qui lui donne sa dignité et sa valeur,
sans condition ; c'est la seule foi au Christ qui
peut me libérer de la tentation de toujours me faire
des images de Dieu qui ne seraient qu'à la mesure
de mes ambitions, qui ne seraient qu'à la mesure
de ma culpabilité cachée, qu'à la mesure de ma peur
et de ma soif de pouvoir.
Seul ce Dieu-là, Fils traversant l'existence
humaine dans la totale confiance au Père, se révélant
dans un homme méprisé, seul ce Dieu peut me libérer
de la peur et de l'angoisse.
Seul ce Dieu-là peut me soulager du poids de
mes idoles, du joug de mes images.
J'ai désormais confiance : je recherchais une
présence de Dieu massive, indiscutable, inamovible,
omniprésente, qui combleraient mes doutes... qui
ne me laisserait aucun doute... qui ne me laisserait
aucun répit... Je trouve une présence légère, offerte,
respectueuse, qui ouvre …
Les disciples de tous les temps n'auront jamais
rien d'autre à voir que le Fils qui s'en va, qui
s'en est allé, que Jésus seul saisi par la foi.
Saisi dans l'Esprit ! Ils n'auront rien d'autre
à voir du Père, que Jésus seul, parti, mais saisi
par la foi. Saisi par l'Esprit.
Autrement dit, pour se mettre en quête de la
présence agissante du Ressuscité, il ne nous reste
qu'à nous attacher aux paroles et aux gestes de
Celui qui a cheminé aux côtés des disciples.
C'est Lui qui, par la prédication et la lecture
de la Bible, ne cessera de venir à notre rencontre,
dans notre monde, au cœur de notre histoire.
Seul, l'Esprit peut donner efficacité à la parole
de Dieu, rendre présent et agissant l'Evangile du
Christ.
Et pourtant, chacune, chacun est appelé au risque
de sa propre parole, de son propre témoignage.
L'Evangile nous est donné. Ne se transmet jamais
comme un savoir. Mais ne se transmet qu'au travers
de nos médiations humaines...
C'est l'Esprit qui, seul, est maître du devenir
de la parole semée.
C'est l'Esprit qui, seul, nous donne une parole
de vérité à semer.
Mais c'est à nous seuls, les disciples, de semer...
et de se laisser ensemencer...
L'Esprit réunit, constitue l'Eglise dans une
double écoute : celle de la misère du monde qui
gémit après son salut et celle de la parole de consolation
de Dieu.
L'Eglise n'a que ce seul fondement : ce moment
de la double écoute. Elle ne donne pas ce qu'elle
possède. Mais ce qu'elle reçoit.
Amen !
La sainte
Eglise universelle Dimanche 3 mai
Jean-Paul Morley
Lectures : - 1 Corinthiens
12 : 12-13, 27-31 -
Actes 2 : 41-42 - Jean 6 : 37-39
Dans notre commentaire du Crédo,
le Symbole des Apôtres, nous semblons avoir achevé
l’essentiel : Dieu le Père, Jésus Christ mort et
ressuscité, l’Esprit Saint.
Ne restent que quelques éléments
secondaires, comme l’Eglise ou la communion des
Saints, qu’en bons protestants on passe rapidement
et sans y accorder trop d’attention ni d’intérêt.
Eléments secondaires ? Voire !
Notre sujet du jour est “Je crois
la sainte Eglise universelle”. Pour les protestants,
l’Eglise, c’est très bien, mais ce n’est quand même
pas une préoccupation majeure. C’est pourtant certainement
la compréhension de ces quatre mots : je crois la
Sainte Eglise universelle, qui nous distingue aujourd’hui
le plus fortement de nos frères et sœurs catholiques
; ce sont ces quatre mots que nous comprenons de
la façon la plus différente et la plus irréconciliable,
les seuls d’ailleurs que nous ne disons pas de la
même façon, puisque lorsque nous traduisons fidèlement
le latin, “Je crois la Sainte Eglise universelle”,
les catholiques disent, en conservant le terme latin
: “Je crois la Sainte Eglise…catholique” ! Catholique
signifiant universel en latin, mais plus du tout
en français…
Alors il pourrait être passionnant
non pas de polémiquer, évidemment, mais d’aller
voir comment nous, protestants, pouvons comprendre
cette Eglise, cette église sainte, cette Eglise
universelle.
Donc, l’Eglise. Sainte ! Et universelle.
Mais s’agit-il de croire “à” elle,
“en” elle, de “la” croire, elle ?
“A” elle ? Elle existe évidemment.
Mais s’agit-il de l’institution, et dans ce cas
laquelle : la réformée, la luthérienne, l’orthodoxe,
la catholique ? L’arménienne, l’anglicane, la copte
? Ce qu’on appelle l’Eglise ou les Eglises visibles
? Ou s’agit-il du corps du Christ, dont parle Paul,
au-delà des institutions particulières ?
Dans ce cas, il s’agit plutôt de
croire en elle, en tant que corps de tous les croyants
du monde, ces milliards d’hommes et de femmes qui
à travers le monde et les siècles, ont cru et croient
que Jésus est le Christ, celui choisi par Dieu et
envoyé pour sauver l’humanité à travers la croix
et la résurrection.
Ce rassemblement de tous les croyants,
bien au-delà non seulement des nations, des continents
et des siècles, mais aussi et surtout des églises
particulières, ces dénominations qui ne sont qu’un
produit de l’histoire humaine. Une Eglise décrite
par Paul comme un corps, dans sa diversité de membres
et de fonctions, le corps du Christ lui-même, c’est-à-dire
l’ensemble de tous les croyants en lui, dont il
est le centre et la tête, mais dont les contours
sont indéterminés et inconnus, en tout cas de nous.
Ce qu’on appelle l’Eglise invisible. Puisque de
nombreux chrétiens sont en dehors des Eglises institutions
ou des Eglises visibles, mais acceptent le Christ,
parfois sans le connaître, vivent l’Evangile, parfois
sans l’avoir entendu, et sont bien évidemment entre
les mains du Père.
Tandis qu’inversement il existe
inévitablement bien des chrétiens affichés et pratiquants
qui ne le sont que de nom et de convention, l’Evangile
étant tout aussi étranger à leur comportement qu’à
leur vie intérieure. Mais il n’appartient à aucun
de nous sur terre d’en juger, encore moins d’en
décider. Toute excommunication de la part de quelque
Eglise que ce soit, est une monstruosité de la pensée,
et une prétention exorbitante de toute Eglise qui
y prétendrait. Un blasphème, pour employer le terme
approprié, c’est-à-dire une parole qui outrage Dieu
en s’instituant, par exemple, juge à sa place. C’est
pour cela que les limites de l’Eglise en tant que
corps du Christ, — en tant qu’institution particulière,
c’est autre chose — ne peuvent que rester indéterminées
et inconnues.
C’est ce que Jésus dit lorsqu'
il promet qu’il ne rejettera jamais celui qui vient
à lui, et qu’il ne veut perdre aucun de ceux que
le Père lui a donnés. Tous ceux qui se tournent
vers le Christ, ou simplement vivent l’Evangile
sans même l’avoir connu, font déjà partie du corps
du Christ, déjà partie de l’Eglise universelle à
laquelle le Crédo nous invite à croire, et qui a
vocation à englober toute l’humanité. C’est Dieu
qui donne ces femmes, ces hommes, ces enfants au
Christ. Ce n’est pas à nous d’en juger, car Lui
seul connaît et visite les cœurs, les âmes, et même
les comportements et leurs motivations, qui ne se
comprennent que dans le secret de chaque vie, ce
secret auquel Dieu seul a accès… Aucun être humain,
aucune Eglise, aucune autorité d’Eglise ne peut
donc prétendre décider qui fait partie de l’Eglise
universelle, ce corps du Christ, ou qui n’en fait
pas partie ; qui est promis au salut ou qui ne l’est
pas.
Alors peut-être avons-nous raison
de ne dire ni “je crois à l’Eglise”, ni “je crois
en l’Eglise”, mais d’utiliser cette formule curieuse
“je crois l’Eglise”. Un simple complément d’objet.
Un C.O.D. Un accusatif. Comme en latin. Credo unam
sanctam Ecclesiam catholicam. Ce qui ne signifie
pas croire tout ce qu’elle dit, le Ciel, si j’ose
dire, nous en préserve ; mais qui signifie : “Je
crois que l’Eglise est”. Et qu’elle est sainte.
Et universelle. Par volonté de Dieu.
Elle est : Dieu l’a voulue, Dieu
l’a faite — puisque c’est Lui-même qui a donné non
seulement sa grâce, mais l’Esprit et la foi qui
nous permettent de la recevoir ; c’est Lui qui donne
à celui qu’Il a envoyé, à son Fils, celles et ceux
qu’Il a choisis et qui croient. L’Eglise est, Dieu
l’a voulue, et Dieu la connaît, Lui seul.
Elle est sainte : certainement
pas parce qu’elle serait pure ou vertueuse, certainement
pas parce que c’est nous qui la composons, mais
parce qu’elle est constituée par Dieu lui-même,
malgré nos manques, nos défaillances, nos ambiguïtés,
nos infidélités ou nos lâchetés, et non pas en vertu
de sa propre vertu ni des nôtres. Au contraire :
l’Eglise est un ramassis de pécheurs, d’hypocrites,
d’infidèles, d’inconstants, de compromis, d’irrécupérables
; et vous vous reconnaissez immédiatement dans ceux-là,
comme je m’y reconnais évidemment le premier.
Elle est sainte comme nous sommes
saints, parce que Dieu nous rend tels malgré notre
passif. Si l’Eglise est sainte, c’est parce que
Dieu seul la justifie, comme il le fait apparaître
de façon stupéfiante sur la croix, et comme le Crédo
l’indique en plaçant l’Eglise juste après l’Esprit
: c’est l’Esprit Saint, lui seul qui appelle l’Eglise,
la constitue, la construit et la justifie ; c’est
lui qui la rend sainte, c’est à dire mise à part,
appelée à part. Et appelés, vous l’êtes, nous le
somme tous, ici présents et partout sur la terre,
pour faire rebondir l’amour de Dieu autour d’elle
et autour de nous, sur toute la terre.
Et c’est ainsi qu’elle est universelle,
c’est à dire pas du tout catholique dans le sens
où une Eglise dominante se comprendrait comme la
seule Eglise légitime et universelle, toutes les
autres n’étant que des dérives dissidentes, invitées
à rejoindre l’Eglise d’origine, mais au contraire
dans le sens où l’Eglise Corps du Christ, l’Eglise
du Christ englobe et réunit toutes les Eglises du
monde, depuis la catholique jusqu’aux plus bizarres
des sectes chrétiennes, protestantes ou plus exotiques
encore… L’Eglise du Christ englobe toutes les Eglises,
avec leurs différences, parce qu’il n’y a qu’une
seule Eglise du Christ.
Mais alors, qu’est-ce qui constitue
cette Eglise, si ce n’est ni une institution, ni
une confession de foi unique, ni une délimitation
de ses frontières ? C’est simple, c’est son cœur,
tel qu’il est décrit dans un petit passage au tout
début du livre des Actes, au tout début de l’Eglise
: « Les croyants s’appliquaient fidèlement à écouter
l’enseignement que leur donnaient les Apôtres, à
vivre dans la communion fraternelle, à prendre part
aux repas communs et à participer aux prières. »
Quatre éléments donc :
-
d’abord l’enseignement, la Parole, la prédication,
la catéchèse — c'est dire si je suis fier... et
terrorisé ;
-
puis la communion fraternelle, l’amour des uns pour
les autres — c’est dire si vivre la fraternité,
ici, entre nous, ensemble, est une joie mais aussi
un impératif et un commandement !
-
le partage du repas commun, à la fois joie du repas
fraternel et gravité de la Sainte Cène — c’est dire
si nous avons raison, ici, de communier chaque dimanche
et de partager joyeusement chaque dimanche un repas
;
-
enfin, mais c’aurait pu être premier, prier ensemble,
puisque là où deux ou trois sont rassemblés en son
nom, Dieu est au milieu d’eux. Prier, louer, intercéder,
chanter ensemble — c’est dire ou redire que le culte
et la prière sont bien le centre de la vie de l’Eglise,
ici comme ailleurs.
Bref, prêcher la parole, s’aimer,
partager le pain et la Cène, et prier ensemble :
c’est tout cela l’Eglise. Sans un mot sur l’institution,
qui est seconde, ni sur une quelconque hiérarchie.
Parce que dans l’Eglise du Christ, le sacerdoce
est universel, il est le fait et la responsabilité
de tous.
Et c’est pour cela que les réformateurs
ont voulu, très vite, affirmer que l’Eglise réformée
était et restait toujours à réformer. “Ecclesia
reformata semper reformanda”, c’est l’un des six
piliers de la foi protestante. Une affirmation qui
prend une force singulière aujourd’hui, où de nombreux
frères et sœurs catholiques supplient leur propre
Eglise de réformer son système d’autorité et de
décision, c’est à dire de se réformer.
Eh bien il semble que nous soyons
en accord avec le Symbole des Apôtres :
“ Je crois l’Eglise, corps du Christ,
composé de celles et ceux que Dieu seul connaît
; sainte, non par sa vertu mais parce que Dieu la
veut et l’appelle ; universelle, offerte à toute
l’humanité, par delà toutes nos différences et nos
institutions”
Alors c’est à nous de dire merci,
infiniment et sans retenue merci, parce que nous
en faisons partie. Nous avons cet immense privilège
de faire partie du corps de Christ, parce que nous
sommes l’objet de la grâce de Dieu et de son amour,
parce que Dieu nous a donné à son Fils, parce que
nous avons reçu l’Evangile de la part de l’Eglise
qui nous a précédés, et que du coup nous avons le
privilège encore plus grand d’être appelés à notre
tour à faire découvrir cet Evangile autour de nous,
à le faire exploser, non pas jusqu’aux limites de
la terre, c’est déjà fait, mais dans notre entourage,
c’est presque aussi difficile ; pour que l’amour
de Dieu soit proclamé, incarné et vécu, ici, dans
cette Eglise-ci, avec une telle force et une telle
vérité que cela déborde de nos murs et gagne toute
la ville.
Savez-vous quelle est l’étymologie
du mot Eglise ? Il vient du grec, il signifie “la
convoquée” : celle – et donc tous ceux et celles
qui la composent – qui est appelée. Ce n’est pas
tant nous qui avons besoin de l’Eglise, que Dieu
qui a besoin de nous pour son Eglise. Pour que l’amour
de Dieu soit proclamé, incarné et vécu, par nous,
par vous tous, dans ce pays.
C’est pour cela que les frontières
de l’Eglise sont inconnues : pour qu’elles puissent
sans cesse s’élargir !
C’est pour cela que nous sommes
là, ici, ce matin, pas pour nous.
Oui, pour cela : quel honneur,
quelle chance, quelle mission, quelle merveilleuse
responsabilité, quel bonheur !
Louange à Dieu !!
La communion des saints Dimanche
10 mai Simon Wiblé
1 Jean 1, 1-3 1 Corinthiens
12, 12-13 ; 20-26 Jean 17, 15-21
La Communion des Saints, grâce
et promesse.
Grâce reçue, car en réalité elle
nous est donnée en Christ.
Promesse réalisée, car en réalité
elle nous vient de loin, en arrière de nous, et
se prolonge loin devant nous, et se réalise en Dieu.
Au fond, nous sommes au bénéfice
de cette grâce et de cette promesse. Nous les recevons,
et nous n'y sommes pour rien. Nous sommes rendus
conjoints les uns aux autres, en compagnie les uns
des autres, et en compagnie du Christ.
Les Saints, ce sont tous ceux qui
croient en Jésus-Christ à qui une vie éternelle
est donnée. La communion des saints, c’est l’union
des fidèles d’aujourd’hui et d’hier, solidaires
au nom de leur appartenance au Christ.
La Réforme protestante a refusé
le culte des saints et de leurs reliques. Nous ne
faisons pas mémoire des saints au cours de la sainte-cène.
La Réforme a réaffirmé que le salut
est à l’initiative de Dieu seul. Que Dieu seul connaît
ceux qui lui appartiennent.
C’est le geste de celui qui, mains
ouvertes, reçoit tout de Dieu, et la grâce et la
promesse, et qui en vit pleinement avec tant d'autres,
et s'en trouve avec eux, finalement, mis à part
dans le monde, rendu saint, sanctifié, destiné,
convoqué pour le témoignage auprès du plus grand
nombre.
En Jésus-Christ, tout croyant participe
de la Communion des saints, par grâce et selon la
promesse.
Et si je parle de promesse qui
nous vient de loin, en arrière de nous, c'est en
particulier pour ne pas oublier ce que trop souvent
nous occultons, à savoir qu'Israël d'où nous vient
cette promesse, est en premier lieu, lui, le peuple
saint.
Par conséquent, pour déchiffrer
ce qu'est la Communion des saints, il nous faut
recevoir cette promesse et entendre qu'elle a d'abord
été offerte à Israël, Israël comme peuple saint,
c'est-à-dire mis à part pour les nations, pour le
salut du monde.
Mais une promesse désormais ouverte
et offerte en Christ, gratuitement et sans condition,
au monde entier, et à quiconque veut la recevoir.
Et comme Israël est saint au milieu
des nations et devant Dieu, l'assemblée des croyants,
sel de la terre, peut se trouver greffée désormais
sur le cep qui est Christ.
La Communion des saints est donc,
en théologie chrétienne, la communion de tous ceux
qui dans le monde sont attachés au Christ, sanctifiés,
choisis, mis à part, destinés, convoqués pour annoncer
l'Evangile.
Personne ne connaît les frontières
de la Communion des saints si ce n'est Dieu.
La Réforme professe à cet égard
qu'aucune Eglise particulière, ni l'orthodoxe, la
plus ancienne, ni la romaine, la plus occidentale,
ni la protestante, la plus jeune, ne peut prétendre
délimiter l'Eglise de Jésus-Christ, car Dieu seul
connaît ceux qui lui appartiennent.
Et même aucune Eglise particulière
n'est habilitée à gérer seule les mystères de cette
communion ou à en dire la validité et les contours.
L'Eglise est en effet toute entière
au bénéfice de la grâce de Dieu, non pas sa gérante.
Elle en est bien plutôt la mendiante
joyeuse et humble qui va ici et là au long de l'histoire,
redonner à d'autres ce qu'elle a reçu et qu'elle
ne maîtrise pas, et va offrir un trésor inépuisable
qu'elle ne possède pas, pour que d'autres s'enrichissent
des biens du salut.
La Communion des saints est donc
aussi participation mystérieuse à cette grâce reçue,
aux choses saintes que nous offre Dieu en Jésus-Christ
dans la Parole et dans les sacrements, dans le pain
et le vin de la cène, la grâce de la Parole et la
promesse du royaume qui vient.
La communion des saints peut donc
s'entendre aussi comme le partage des biens du salut
dans la prédication et les sacrements qui nous invitent
à leur tour au partage, à l'offrande entre les fidèles,
à l'offrande comme le désirait l'apôtre Paul « en
faveur des saints ».
La Communion des saints apparaît
ainsi en même temps comme étant non seulement le
lieu d'une reconnaissance émerveillée, mais aussi
comme le lieu d'une diaconie. Diakonia (le service,
le ministère) est certainement fille de koinonia
(le partage, la communion, la mise en commun), et
une dimension éthique qualifiant cette communion
se fait jour ici sans aucun doute, engageant les
saints, c'est-à-dire l'ensemble des chrétiens, dans
la louange, mais aussi le partage et l'intercession
pour eux-mêmes et pour le monde.
Par conséquent, la Communion des
saints est aussi communion à tout ce qui nous est
donné en Jésus-Christ, « le pain, le vin, la grâce
».
Et ce lien de communion qui nous
lie aux plus petits de nos frères et nous en rend
solidaires, nous oblige à leur égard.
Au long de l'histoire, et depuis
les origines de l'Eglise, des premiers martyrs de
l'empire romain, en passant par les déchirures du
XVI siècle et les terribles persécutions subies
au nom de l'Evangile, et jusqu'au temps de la Shoah,
ou bien encore de la déclaration de Barmen en Allemagne,
et de l'Eglise confessante, jusqu'aux programmes
de développement et de justice lancés par les Eglises
membres du Conseil oecuménique des Eglises, la Communion
des saints demeure le lieu crucial d'une immense
prière et d'un témoignage profond et vital où se
proclame, s'entend et se met à l'oeuvre la Parole
de Dieu comme parole de réconciliation et de pardon
des péchés.
Communion ne veut pas dire exactement
communication.
L'assemblée des croyants ne peut
pas se comprendre comme un lieu autoproclamé, sans
aucune référence à l'Ecriture qui plus est, d'une
sorte de mise en circulation organisée de prières,
de suffrages ou d'indulgences, allant du ciel à
la terre ou de la terre au ciel de certains saints,
pour éviter telle épreuve, purifier telle âme par
le truchement de mérites, ou pour hâter tel voyage.
Toutes choses relevant d'une ancienne
représentation du monde demandant pour le moins
quelque distance critique et quelque discernement.
La seule médiation, en christianisme,
reste en effet à la fonction du Christ. Le seul
avocat auprès du Père reste le Fils, le seul intercesseur
dont l'Evangile de Jean dans son fameux chapitre
17 de la prière dite à juste titre sacerdotale développe
l'étonnante mission, demeure Jésus le Fils du Père.
Et l'Eglise elle-même, visible
et invisible, pécheresse et pardonnée, l'Eglise
telle que la confessent toutes les Eglises issues
de la Réforme comme étant fondamentalement l'Eglise
une sainte catholique et apostolique est appelée,
selon l'Evangile, à désigner ce Christ là, et lui
seul, aux hommes de ce monde.
Et chacun de ses membres, ainsi,
dans la Communion des saints, participe au mystère
de la grâce et de la promesse du royaume.
Je crois la Communion des saints,
et je me garde de vouloir maîtriser quelque parcelle
de son mystère, d'y faire entrer des logiques supplémentaires
et des systèmes, pour l'instrumentaliser au profit
de l'Eglise qui en tirerait quelque gloire sinon
quelque profit comme jadis, d'une façon ou d'une
autre, et ce, au détriment de la gloire de Dieu.
Je crois la Communion des saints
qui m'offre par la foi, déjà, la double citoyenneté,
celle de l'Eglise et celle du royaume.
Croire la Communion des saints,
c’est exprimer sa reconnaissance à Dieu pour cette
possible et mystérieuse compagnie de tous les saints,
dans l’espace et dans le temps
La Réforme pose cependant une limite,
en même temps qu'elle tient ferme une espérance
Elle pose une limite qu'elle souhaite
infranchissable à l'agir de l'Eglise dans l'ordre
du salut, en lui rappelant qu'elle est elle-même
au bénéfice de la grâce, qu'elle la reçoit, qu'elle
est par conséquent sainte Eglise, c'est-à-dire qu'elle
est mise à part pour le témoignage et l'annonce
de l'Evangile, qu'elle est donc sanctifiée, mais
qu'elle n'est pas pour autant sanctifiante, agissante,
« oeuvrante » pour le salut des hommes, car cette
agir là est celui de Dieu en Jésus-Christ par le
Saint-Esprit.
Car de cet agir là, elle est le
témoin élu et non l'actrice, elle est la proclamatrice
sans doute la plus autorisée, mais non l'initiatrice,
et elle est très justement la bénéficiaire, dans
la Communion des saints.
En réservant à la sagesse, à l'amour
de Dieu et à sa seule initiative tout ce qui concerne
l'oeuvre du salut, tout ce qui touche aussi d'une
façon ou d'une autre à l'au-delà, en gardant sereinement
la distance à ce sujet si tentant pour nos raisonnements
humains, la Réforme veut dire simplement la limite
de ce qui appartient aux hommes, et en même temps
recevoir joyeusement et librement tout le reste
comme une grâce et une promesse.
L’Eglise en effet n’est ni un partenaire
de Dieu pour le salut, ni une instance de coopération
religieuse.
Elle ne détient pas de pouvoir.
L’Eglise est fondamentalement au
service, c’est un ministère qui lui est confié.
Et ce faisant elle proclame une
espérance à ce sujet : c'est que cette Communion,
par la puissance du Saint-Esprit, s'élargisse, dans
l'espace et le temps, au plus grand nombre, et que
la promesse faite jadis à Israël atteigne les extrémités
de la terre, dans l'espérance du royaume qui vient.
Même si nous n’avions été qu’une
poignée, réunie dans ce temple, croire la communion
des saints, c’est voir toujours un temple plein,
plein de tous ceux qui nous ont précédés et qui
sont avec nous car en Jésus-Christ et par Jésus-Christ,,
ils communient avec nous. Et il y a déjà tous ceux
qui viendront car il en viendra encore beaucoup.
Amen
La résurrection de la chair et la
vie éternelle Dimanche 24 mai Simon Wiblé
Lectures : 1 Jn 5,1-13 Psaume
103, 1-5 et 13-16 Jean 11, 23-27
Avant toute chose, il est peut-être
bon de rappeler dans quel contexte l’auteur de la
lettre écrit à ses destinataires. La communauté
à laquelle le dénommé Jean s’adresse est traversée
par une violente « crise de foi », si vous me permettez
ce jeu de mots facile !
Il y a manifestement des prédicateurs,
que l’auteur appelle des « antichrists » (2,18),
qui propagent une doctrine selon laquelle Jésus
n’est pas le Christ.
Pour le dire autrement, ces « antichrists
» affirment qu’il n’y a pas besoin de croire au
Fils pour croire au Père.
En gros, ils disent qu’on peut
se contenter de croire en Dieu sans pour autant
avoir besoin de croire en Jésus.
C’est pour cette raison que l’auteur
de la lettre insiste si fortement sur l’idée selon
laquelle il est fondamental de croire que Jésus
est le Fils de Dieu et que c’est cette foi-là qui
donne la vie éternelle. Il le dit de plusieurs façons
:
« Quiconque croit que Jésus est
le Christ est né de Dieu. »
« Qui est vainqueur (celui qui
triomphe du monde), sinon celui qui croit que Jésus
est le Fils de Dieu ? »
« Voici le témoignage de Dieu :
c’est qu’il rend témoignage à son Fils. »
« Dieu nous a donné la vie éternelle,
et cette vie est en son Fils. »
« Celui qui a le Fils a la vie
; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie.
»
« Vous avez la vie éternelle, vous
qui mettez votre foi (croyez) dans le nom (au nom)
du fils de Dieu. »
Avant d’aller plus loin, je tiens
à préciser qu’il y a une manière d’entendre ce texte
dont il nous faut nous prémunir. En effet, malgré
les apparences, il ne faut pas prendre ce texte
pour une sorte de matraquage dogmatique dont le
but serait de définir une bonne croyance par rapport
à une mauvaise.
Je veux dire par là que le propos
de l’auteur n’est pas de dire : « Voilà la bonne
doctrine, le bon catéchisme, et tous ceux qui n’y
souscrivent pas n’iront pas au paradis ! ».
D’abord, la question de la vie
éternelle n’a rien à voir avec le paradis. La vie
éternelle ce n’est pas seulement, pas d’abord, une
vie qui commencerait après la mort.
C’est au contraire une vie qui
concerne notre existence présente, aujourd’hui,
ici et maintenant. D’ailleurs, comme vous l’avez
sans doute remarqué, l’auteur en parle au présent
et non au futur : « Dieu nous a donné la vie éternelle
», « Vous avez la vie éternelle »…
Par ailleurs, il faut bien comprendre
que croire que Jésus est le Christ et qu’il est
le Fils de Dieu, ça ne signifie pas adhérer à un
contenu de doctrine, souscrire à un dogme ou encore
être partisan d’une sagesse ou d’une philosophie.
Fondamentalement, croire c’est
autre chose. Il est important de pouvoir distinguer,
disons, entre croyance et foi. La croyance, c’est
bien le fait de croire en quelque chose, en un système
de valeurs, en un contenu de doctrine, en un message…
La foi, en revanche, ce n’est pas
croire en quelque chose. C’est croire en quelqu’un.
Au sens où l’entend l’auteur de la lettre, la foi
c’est mettre sa confiance dans la personne même
de Jésus-Christ.
En d’autre termes, croire au sens
de la foi, et non de la croyance, c’est nouer une
relation personnelle et intime avec le Christ. Une
relation de confiance, d’amour, de passion, de désir,
qui est à mille lieues de l’adhérence à une doctrine
ou à un catéchisme.
Si vous voulez, il y a autant de
différence entre croyance et foi qu’entre l’idée
qu’on peut se faire de l’amour, et le fait de tomber
amoureux. Vous sentez bien que ce n’est pas pareil.
De ce point de vue, croire en Jésus
comme Christ et Fils de Dieu, ce n’est donc pas
tant être partisan d’une croyance que témoin d’une
puissance de vie qui se donne dans le présent de
notre existence. Notre foi, notre foi chrétienne,
c’est une puissance de vie. Ce n’est pas rien !
Mais que faut-il entendre exactement
par « puissance de vie » ? Là encore, il y a quelques
pièges à éviter.
Parler de la foi comme puissance
de vie, et qui plus est de vie éternelle, est-ce
que ce n’est pas une tentative, ou plutôt une tentation,
d’en finir avec notre condition humaine ? Nous ne
sommes que des hommes et des femmes, nous ne sommes
pas immortels. Nous sommes nés nus et nous mourrons
de même. Nous sommes des êtres de chair et de sang,
chacun de nous porte des blessures, des souffrances,
chacun de nous a eu et aura jusqu’à son dernier
souffle à faire des choix, à consentir à des deuils.
Nous ne savons pas tout, nous ne
pouvons pas tout, beaucoup de choses nous échappent.
Comme dit le Psaume : « L’homme ! ses jours sont
comme l’herbe, il fleurit comme la fleur des champs.
Lorsqu’un vent passe sur elle, elle n’est plus,
et le lieu qu’elle occupait ne la reconnaît plus.
» (Ps 103,15-16)
Parler de la foi comme d’une puissance
de vie, de vie éternelle, ne serait-il pas un moyen
de nous bercer d’illusions, une tentative pitoyable
de nous rassurer face à l’inévitable ?
C’est souvent comme ça que nous
pensons à la Résurrection, et c’est souvent cela
que les athées reprochent aux croyants : vous n’avez
pas le courage d’accepter la mort, alors vous vous
inventez un Dieu avec un paradis !
On pourrait objecter à ce genre
d’athéisme qu’à force de faire de la mort un absolu,
on finit par en faire un Dieu, et qu’on se transforme
alors en idolâtre de la mort… Mais laissons cette
discussion pour une autre fois.
Ce qui est certain, c’est que la
foi au Fils de Dieu n’est pas une échappatoire à
notre condition d’hommes et de femmes limités par
notre naissance et notre mort. Et cela, pour une
bonne raison : en Jésus, c’est Dieu lui-même qui
a choisi de devenir un être humain, un être de chair
et de sang ! L’auteur de la lettre y insiste fortement
: « C’est lui, Jésus-Christ, qui est venu avec de
l’eau et du sang, non avec l’eau seulement, mais
avec l’eau et avec le sang. »
Autrement dit, si nous trouvons
en Jésus-Christ une puissance de vie éternelle,
c’est toujours au travers de son incarnation et
de sa crucifixion.
Rappelez-vous comment le Ressuscité
se fait reconnaître par ses disciples dans l’Evangile
de Jean : il leur montre ses mains trouées et son
côté percé.
La Résurrection n’annule pas la
croix, au contraire elle la confirme. Celui qui
a les paroles de la vie éternelle, celui qui est
lui-même la vie éternelle, c’est toujours en même
temps le crucifié, l’homme maudit pendu au bois.
C’est ce qu’exprime à sa manière
l’auteur de la lettre.
Quand il parle du Fils, quand il
nous dit que Dieu nous a donné la vie éternelle
et que cette vie est en son Fils, il veut nous dire
que tout ce que nous recevons de Dieu, nous le recevons
dans cette figure d’abaissement qu’est Jésus-Christ.
Autrement dit, Dieu ne nous rencontre
pas ailleurs que dans l’humanité de son Fils, et
cela même après la Résurrection. La Résurrection
ne fait que confirmer que l’homme crucifié, abandonné
de tous et même, semble-t-il, abandonné de Dieu,
c’était pourtant bien lui, le Christ.
Pour l’auteur de la lettre, l’enjeu
est donc de taille. Il doit exhorter sa communauté
à ne pas céder à la tentation de renier l’incarnation
et la crucifixion. Et cette tentation, nous savons
bien que c’est celle de toutes les Eglises et de
tous les croyants !
Ce serait si commode, si Dieu restait
bien à l’abri dans sa toute puissance, s’il nous
épargnait d’avoir à vivre notre vie d’hommes et
de femmes avec toutes nos difficultés, nos angoisses,
nos faiblesses ! Ce serait si merveilleux, si on
pouvait se passer du Fils pour connaître Dieu, autrement
dit : si on pouvait voir Dieu directement dans sa
divinité, sans avoir à passer par l’humanité fragile
de son Fils !
Et pourtant, l’auteur de la lettre
ne cède pas d’un pouce : « Celui qui a le Fils a
la vie ; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas
la vie. » Il n’y a là nulle menace. Simplement,
l’auteur nous avertit : chercher Dieu en dehors
de cette figure d’humanité qu’est son Fils, ça ne
donne pas la vie.
On serait naturellement portés
à croire le contraire, bien sûr ! On serait naturellement
portés à croire que la vie éternelle ce serait être
enfin débarrassés de notre humanité boiteuse, fêlée,
tordue. On serait tout prêt à croire en un Dieu
qui nous donnerait quiétude, bien-être, plénitude,
bonheur absolu !
Mais voilà, c’est là qu’est le
piège. Si Dieu nous donnait le bonheur absolu, s’il
nous comblait au point de nous débarrasser de notre
humanité, c’est alors qu’il ferait notre malheur.
Oui, aussi paradoxal que ça paraisse,
si Dieu ôtait de nos vies toute fragilité, toute
déchirure, toute souffrance, c’est là que nous tomberions
dans la mort. Si Dieu se donnait à nous autrement
que dans l’humanité nue et vulnérable de son Fils,
il tuerait en nous tout ce qui fait de nous des
femmes et des hommes vivants.
Car ce qui fait de nous des femmes
et des hommes en vie, c’est précisément de n’être
pas des dieux.
Parce que nous ne sommes que des
hommes et des femmes, nous sommes des êtres limités
et fragiles, qui ne peuvent pas se suffire à eux-mêmes,
mais qui ont besoin des autres. Parce que nous ne
sommes que des hommes et des femmes, nous sommes
des êtres de souffle et de néant, des êtres de manque
et de désir, des êtres de souffrance et de passion.
Notre seul malheur, au fond, c’est
de considérer comme un malheur le fait de n’être
qu’un homme, une femme.
Or, la vie que Dieu nous donne,
et qu’il nous donne en son Fils, c’est une vie d’homme,
une vie de femme, qui va jusqu’au bout de l’humanité.
Une vie qui se donne dans les blessures,
dans les surprises, dans les rencontres, dans les
coups de cafard et les coups de gueule. Au fond,
la véritable puissance de vie qui nous est offerte
par la foi en Jésus-Christ, c’est une puissance
qui nous fait vivre dans la vie, qui rend la vie
vivante.
Une vie parfaite, ce n’est pas
une vie. Seule la mort est parfaite, puisque ce
qui est parfait, c’est ce qui ne change pas ! Mais
la vie bouge, elle change, elle court, elle trébuche,
elle se trompe, elle pleure, et puis elle se relève,
elle repart, elle bondit, s’essouffle, se met en
colère, rit, se bat, aime.
Dieu en son Fils ne nous demande
pas d’être des gens parfaits, il nous demande d’être
des gens vivants. Les gens parfaits sont morts et
ne le savent même pas.
Croire au Fils de Dieu, c’est croire
en un Dieu qui a fait une croix sur une certaine
image de perfection que nous interposons sans cesse
entre nous et la vie.
Dans la figure du Fils nous rencontrons
le visage étonnant d’un Dieu qui aime chacun d’entre
nous tel qu’il est, juste un homme, juste une femme,
avec son histoire, ses fêlures, ses erreurs, ses
errances, ses douleurs, ses espérances.
Croire au fils de Dieu c’est découvrir
Dieu là même où nous ne pensions pas pouvoir le
trouver : dans la faille, dans la brisure, dans
le souffle, un simple geste, un simple mot.
La vie éternelle qui nous est donnée
dans le Fils, c’est une vie qui ne tient qu’à un
fil : le fil de la parole, le fil de l’amour qui
se donne et ne se reprend pas, le fil ténu de la
confiance que Dieu met en nous et que nous pouvons
mettre en lui.
Une confiance plus forte que toute
force, alors même qu’elle est la plus dérisoire
des choses.
C’est vrai que cette foi n’est
rien en comparaison de ce que le monde érige en
valeurs, en dogmes, en puissances. Mais peu importe.
Nous en avons reçu la promesse,
et elle nous est dite une fois encore ce matin,
dans la lumière de Pâques : « Vous avez la vie éternelle,
vous qui mettez votre foi dans le nom du fils de
Dieu. »
Amen.
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