Prédications 2005 :

Pasteur Jean Besset

 Toutes les prédications 2006
 Toutes les prédications 2007

- Culte de Noël 2005 Jean Besset
- Dimanche 4 décembre 2005: Esaïe 40 Jean Besset
- Dimanche 13 novembre 2005: Matthieu 25,14-30 Jean Besset
- Conte du Chat de Noël Jean Besset
- dimanche 6 novembre 2005 : Matthieu 25, 1-13 - Les 10 jeunes vierges
Prédication de Jean Besset Jean Besset

- Prières choisies

 

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Culte de Noël  - Dimanche 25 décembre 2005

Luc  2/1-2 Autres lectures  Jean 1/1-18  -  Esaïe 52/7-10

Cantiques  133/1,2  -  353/1,2,3   -    364/1,2,3

Aujourd’hui c’est la fête, dans les églises et hors des églises. Nous inventons à cette occasion de belles musiques, nous faisons de belles liturgies  que  nous offrons à notre Dieu pour qu’il participe à notre bonheur. Et Dieu participe . Il écoute les prières qui montent vers lui . Il se réjouit de nos demandes pour que l’on construise sous sa conduite un monde de paix et d’espérance il se réjouit de nos désirs pour que  la justice s’installe sur terre comme au ciel.

 Parmi toutes ces prières qui montent vers le Seigneur, il y en a une que l’on ne formule pas dans nos assemblées, mais que Dieu entend  tout de même.  Elle est à peine murmurée et  le son de  nos cantiques  couvre le son des voix qui la susurrent.  Cette  prière, qui est peut être la nôtre,   voudrait rester anonymes, mais  ceux qui les prononcent  espèrent cependant retenir  l’attention  de Dieu.  Ils   lui disent: « Pourquoi Seigneur as-tu réservé les fanfares célestes aux seuls bergers de jadis ? Pourquoi ne me fais-tu pas un signe  à moi aussi pour que je crois vraiment ? » La petite voix s’enhardit parfois et rajoute : pourquoi n’ai-je jamais été là quand tu t’es manifesté aux hommes. Je n’étais pas là quand la voix est descendue du ciel pour  désigner Jésus comme ton fils bien aimé, je n’ai pas vu non plus l’ange dans le tombe quand il parlait aux femmes, je n’ai pas non plus vu la pierre roulée, ni la marque des clous dans tes mains. Je n’ai pas fait  l’expérience de celui  qui t’a reconnu au pied d’un pilier de la cathédrale et je n’ai fait aucune  expérience  de foi.  Je n’ai qu’une vague intuition de Dieu au fond de moi !  Est-ce suffisant ?  Est-il possible de croire si on n’a pas été associé au moins une fois à l’une de ces merveilles  dont tous parlent et ressentent les effets, sauf moi? »

 Cette prière trouve écho dans l’esprit de beaucoup. Elle  vient parfois altérer le plaisir que l’on éprouve quand on vient célébrer  ce grand événement tant ceux qui la prononcent  espèrent un signe fort qui leur permettrait de croire vraiment. Les hommes ont tellement besoin de merveilleux qu’il  leur arrive d’en  inventer car le merveilleux leur servira de preuve, pensent-ils pour étayer leur foi qui est toujours un peu vacillante. On a tant besoin de preuves que l’on donne du crédit à tout ce qui pourrait être considéré comme un argument en faveur des vérités chrétiennes. On s’attache aux apparitions de la vierge dont on est souvent prêt à admettre l’authenticité sans aucune vérification. On  est friands de l’approche scientifique des mystères  concernant  la foi et on admet sans discussion que le suaire de Turin contienne  à lui tout seul  tous les arguments qui accréditent la vérité sur la résurrection du sauveur.

Il semblerait que nous ayons besoin d’arguments pour donner du sens aux intuitions furtives qui sommeillent en nous. Ces intuitions ne sont pas à elles seules capables de  déclencher en nous le phénomène de la foi. Nous sentons bien que nous avons l’intuition de Dieu, mais  tout semble dire le contraire. Les  articles dont la presse bien informée est remplie  en ce moment ,développent des arguments  qui contredisent  ce qu’on nous a toujours dit.  Les récits merveilleux de la nativité ne suffisent pas par eux-mêmes  à construire  en nous quelque chose de solide. On  en a fait  des contes pour enfants, mais il ne servent pas à structurer notre foi d’adultes pensons-nous.

Pourtant si nous regardons d’un peu plus près les lignes que nous avons lues nous constaterons   que l’Evangéliste ne  s’appuie pas sur ce qui est merveilleux pour nous montrer ce qui se passe dans le cœur des bergers. Les trompettes célestes et les anges ne sont qu’un décor dont on pourrait  se passer, mais ça serait moins joli. Le signe  qui leur est donné et qui déclenche l’émerveillement des bergers est ailleurs, c’est celui d’un enfant emmailloté et couché dans une mangeoire.

En fait le signe qui leur est donné est un contre signe. Un nouveau né ? quoi de plus naturel ? Il est couché et emmailloté ! On s’attendrait à ce qu’il soit nu, c’est ainsi qu’on a pris l’habitude de le représenter, comme s’il était écrit qu’il devait souffrir dès sa naissance. Il est dans une crèche ! Quoi de plus normal pour un peuple de bergers ! Voilà donc un signe qui n’est pas un signe. La plupart des signes que Dieu nous donne sont du même ordre, le pain et le vin de la cène, l’eau du baptême. Ce sont des signes qui ne se voient pas,  Il faut un décodeur pour comprendre de qu’ils signifient . Le décodeur qui permet de comprendre le signe est en nous. Il nous est sans doute congénital. ..

Il nous faut donc comprendre que les humains sont conçus par Dieu comme ayant en eux mêmes la capacité  de comprendre les signes que Dieu leur  envoie. Il n’est donc pas extraordinaire que nous ressentions au fond de nous l’intuition de Dieu puisque cela  semble faire déjà partie de nous-mêmes. Il nous faut donc développer ces intuitions pour que la foi grandisse en nous.  Il relève de notre responsabilité personnelle de cultiver  ce sentiment, de le nourrir et de l’entretenir pour que la foi porte  ses fruits en nous. Nous découvrons qu’elle est un don gratuit puisqu’elle fait partie de nous, avant même qu’on en ait pris conscience. Nous devons alors être assez intelligents pour la développer grâce aux témoignages que nous recevons des Ecritures.

Mais nous sommes en même temps habités par des forces de refus qui nous poussent à douter de nos propres intuitions. Ces forces de refus s’appuient sur  des principes de liberté selon lesquels nous avons le droit de refuser  tout ce que notre intelligence ne contrôle pas.  Tout se passe comme si nous arrogions le pouvoir de refuser une partie de nous-mêmes. Quoi qu’il en soit les forces de  refus sont puissantes en nous. Elles le sont d’autant plus qu’elles sont contagieuses. Les humains  ont l’esprit grégaire et ils  ont tendance à suivre  le troupeau. Il suffit que l’un d’entre eux développe une contestation et prétende que nos intuitions intérieures sur Dieu ne sont que le fruit de traditions millénaires  sans référence au divin, pour que d’autres  partagent cette idée et fassent que l’humanité qui se veut libre et intelligente se trouve entraînée à développer collectivement  des idées contraires à ses intuitions spirituelles.

Notre société est traversée  par une phase de turbulences de la pensée où il est de bon ton de  nier toute valeur aux idées spirituelles qui  jaillissent en nous.  Nous avons intuitivement conscience de la présence de Dieu en nous mais  au nom de notre liberté nous disons le contraire ! C’est tout le problème du libre arbitre ou du serf arbitre dont parlait Luther. Pour faire plus  tendance,  nous dirons que notre société traverse une phase oedipale  propre à l’adolescence qui consiste contester  tout ce qui vient des  parents. Le refus  de l’héritage spirituel dans lequel  se complet notre époque  me donne l’impression que  notre conscience collective en est au stade de l’adolescence dans la recherche de sa spiritualité.

Si ce constat est vrai, il révèle  une bonne nouvelle. Il  ouvre devant nous une perspective d’avenir heureuse . Car notre société dépassera forcément cette phase de refus  pour entrer  non pas dans une phase de régression, mais dans une phase adulte. Les générations qui montent seront donc plus aptes à écouter ce qui vibre en elles. Les interdits collectifs  seront dépassés et chacun pourra enfin  décoder les signes de la présence de Dieu en lui .  Ainsi nous pouvons affirmer que l’avenir appartient à Dieu et que le monde se prépare toujours à l’accueillir.

CONTE DE NOEL – Pasteur Jean BESSET – Dimanche 11 décembre 2005

Joseph avait un  chat

Ce matin là, le charpentier de Nazareth éprouva comme une sensation étrange. Il avait l’impression que pendant son absence quelqu’un avait pénétré dans son échoppe.  Il n’était pas inquiet, on ne lui avait rien volé. D’un coup d’œil professionnel, il compta rapidement les marteaux, les scies et les autres instruments. Tous étaient là, rien ne manquait. Ce n’était pas sur l’établi qu’on avait mis les doigts. C’est dans le tas de copeaux qu’il lui semblait que quelqu’un avait fouillé. C’est au moment où il s’apprêtait à en prendre deux ou trois poignées pour en faire une flambée dans son brasero qu’il remarqua la chose. Il ne faisait pas très chaud en cette période de l’année,  en brûlant les copeaux ça lui permettait de faire de la place dans cette échoppe qui n’était vraiment pas assez grande. Il en était là de ses réflexions quand le grincement de la porte que quelqu’un manoeuvrait le fit sursauter.

C’était Mardochée qui entrait. Il avait l’air inquiet, pas vraiment soucieux, mais contrarié. Il était à la recherche de son chat qui avait disparu ! Qu’est ce que Joseph avait à faire de son chat ? D’ailleurs il ne savait pas très bien ce qu’était un chat. Pour sa part il n’en avait jamais vu. Animal sacré en Egypte, associé au cultes païens, l’animal était suspect en Israël. La Bible d’ailleurs ne mentionne nulle part l’existence de cet animal. C’est comme s’il n’existait pas. Dieu n’avait sans doute pas encore vraiment réalisé à quoi pouvait servir cet animal qu’il avait créé comme tant d’autres sans  en donner le mode d’emploi. Cela viendrait plus tard.  Vous avez compris que ce jour là l’histoire des chats ne faisait que commencer.

Mardochée était un honnête commerçant il était revenu d’Egypte avec la dernière caravane  où il était allé s’approvisionner  pour alimenter son fond de commerce. Il avait trouvé là-bas ce petit animal et il  avait pensé qu’il ferait une compagnie agréable à sa femme tant il lui paraissait câlin et sympathique.

C’est alors que le tas de copeaux s’anima. Une petite tête triangulaire en sortit percée de grands yeux verts qui lui remplissaient toute la face. Une petite bête toute faite de fourrure la suivit. L’étrange animal s’étira de toute sa longueur, il émit un grognement, et se mit  à faire des entrechats entre les jambes des deux hommes en ronronnant. Joseph n’avait jamais vu ça ! Mardochée s’inclina jusqu’à terre en riant, il prit l’animal dans ses bras et le caressa. Il repartit tout joyeux vers sa demeure pour vaquer à ses occupations non sans avoir salué Joseph d’un joyeux « shalom ».

A partir de ce jour, le chat prit l’habitude de venir se blottir dans son nid de copeaux et Joseph prit l’habitude du chat qui devint pour lui comme un compagnon de travail inopiné. L’un rabotant pendant que, l’autre dormait.

L’histoire se serait arrêtée là si, à quelques temps de là Joseph n’avait reçu la visite d’un garde royal. Ce n’était pas un garde chamarré qui se tenait à la porte du palais à Jérusalem. Non, c’était plutôt un policier à tout faire, comme il y en avait dans chaque village. Il était chargé   de faire respecter la loi et surtout de porter les missives du gouvernement aux citoyens quand c’était nécessaire. Ce jour là il était porteur d’un avis du roi. Et cet avis du roi concernait Joseph.  Le roi était un méchant homme. On disait qu’il avait fait tuer sa première femme et exécuter son fils. On parlait bas quand on avait affaire à lui.  Les missives qu’il envoyait à ses sujets n’étaient jamais de bonnes nouvelles :

«  De part Hérode le Grand, commença l’officier,  sur injonction de Quirinius, gouverneur de Syrie  en application de l’ordre  de César Auguste, tout habitant de Nazareth, originaire des provinces du Sud doit y retourner pour s’y faire recenser, après quoi il sera libre de revenir au village, cet édit est exécutoire sur l’heure » L’empereur en avait décidé ainsi, le roi qui tenait son pouvoir de lui ne pouvait que se soumettre sans discuter.

Joseph et Marie son épouse n’étaient pas les seuls à être concernés par la décision impériale, ils étaient plusieurs à Nazareth. Très vite ils organisent une petite caravane et décident de partir le lendemain au petit jour.  Il ne fallut pas longtemps pour  que Joseph fasse son balluchon, y jette quelques effets  et un peu de nourriture. Marie était enceinte, mais ça nous le savons,  elle avait du mal à se déplacer. Enveloppé dans un grand shale, recouverte d’une couverture, tant bien que mal sur le dos de l’âne, les voila partis avec les autres. Le plus vite partis, le plus vite de retour disait le dicton.

L’âne trottine sur ses petite pattes, Joseph tant bien que mal soutient le rythme. Mais la route est longue et tous se fatiguent vite. Bêtes et hommes supportent mal cette marche forcée. Tous, sauf le chat. Il avait le goût des voyages et aimait son confort. Il s’était joint  à la partie sans qu’on l’ait invité. Mais sentant que quelque chose se préparait il s’était dissimulé dans le ballot de couvertures d’où il ne sortit que lorsque Joseph le déroula pour se reposer à même le sol dans le caravansérail de Sélim, une petite ville toute proche du Jourdain où ils passèrent leur première nuit. Il s’étira de tout son long pour se faire les pattes. Il s’éclipsa pour quelques petites affaires que nécessite l’hygiène. Il croqua au passage un mulot qui, lui servit de souper et il revint se blottir tout contre Joseph qui appuyé sur un chameau tentait de s’endormir.  A partir de ce jour le chat commença à faire partie de la famille. il  voyageait égoïstement installé sur les genoux de Marie elle-même assise sur l’âne.

>Au quatrième jour, comme le soir tombait, ils se heurtèrent aux murailles de Bethlehem. Trop tard pour trouver un gîte, trop froid pour dormir dehors, trop fatigués pour chercher un hébergement confortable. Ils se posèrent là, avec leurs compagnons, dans  d’un abri en planches  qui servait à mettre les outils et à garder les animaux pour la nuit. Un peu de paille,  une galette de seigle, et les voila installés pour la nuit. On verra bien demain pensaient-ils tous. Ils se trompaient lourdement et vous savez tous ce qui se passa, et cette fois là le chat n’y fut pour rien. Au petit matin, ils étaient un de plus, de quoi compliquer les affaires avec le recensement.

Mais abrégeons ! Les bergers arrivent et font de la musique, les mages repartent sur leurs chameaux et le chat, mal réveillé ou encore endormi sursaute. Il s’agite, il miaule, il devient insupportable !

Quelqu’un de normal, moi par exemple, l’aurait pris par la peau du coup, l’aurait jeté dehors en lui disant d’aller se calmer et de revenir après. Mais Joseph n’est pas de ces gens là. Il avait depuis longtemps observé l’animal qui, je l’ai dit était presque inconnu sur la terre de Palestine à cette époque. « A comportement anomal, situation anormale. Cette bête sait ce que nous ne savons déclara le Père de Jésus.

Le chat en s’agitant cherchait à les entraîner dehors !  Un tremblement de terre allait-il se produire ? Les animaux sentent ces choses là. Pourtant l’âne ne bougeait pas. Ce que vous ne savez pas et que je vais vous dire, c’est que Dieu pour la première fois dans l’histoire des chats avait décidé de donner un rôle à celui là. Ce n’était pas la première fois que Dieu se servait d’un animal pour communiquer avec les hommes. Souvenez-vous de l’ânesse de Balaham ou des Corbeaux d’Elie .  Le chat allait-il réussir dans se redoutable mission ? Allait-il sauver ces braves gens menacés  par la colère d’Hérode. Le roi était en effet  jaloux de Jésus  parce qu’on lui avait dit que ces savants venus de loin cherchaient le futur roi qui venait de naître.

Plus rien ne retenait  Joseph à Bethlehem maintenant que tout était en règle avec l’administration !

-          « Suivons le chat »  décida Joseph qui pressentait lui aussi un danger

Les préparatifs furent un peu plus compliqués car il y avait un enfant en plus. Mais ça ne prit quand même pas beaucoup de temps. On enveloppa l’enfant, on enveloppa Marie et bien a chaud, l’un contre l’autre on les jucha sur l’âne. Joseph pris le balluchon sur le dos et les voila partis, en pleine nuit suivant le chat qui semblait diriger les opérations. L’âne suivait sans broncher le  chat qui piquait droit au Sud. On aurait dit qu’il savait le chemin. Il les ramenait tous en Egypte dont il était parti pour servir de cadeau à la femme de Mardochée qui ne s’était jamais intéressée à lui.

Quand dans la matinée les soldats d’Hérode arrivèrent  à Bethlehem pour s’emparer de l’enfant, ils ne trouvèrent plus personne.

Cette histoire est un peu surprenante, il faut sans doute avoir fait des études pour la comprendre, c’est pourquoi, bien plus tard quand il voulu la mettre par écrit dans son Evangile,  Matthieu l’a simplifiée. Cette histoire de chat qui percevait les messages de Dieu  et qui retrouvait  le chemin de l’Egypte pour protéger Jésus  lui parut incroyable et  inracontable. Il a simplement dit , pour faire plus simple,  que Joseph avait été averti par un ange du danger imminent  par un ange et qu’il fallait partir  tout de suite.

Un ange ? un chat ?  Et si le chat avait été un ange sans le savoir. En tout cas depuis lors  les chats ont trouvé leur place dans nos maisons.

 

Dimanche 4 décembre 2005 Pentemont - Prédication du pasteur Jean Besset

Esaïe 40/1-12 :  « Une voix crie dans le désert : ouvrez le chemin de l’Eternel, nivelez   dans la steppe une route pour votre Dieu »

Autres lectures 2 Pierre 3/8-14  -  Marc 1/1-8

Cantiques : 97/1,2,3  -  310/ 1,2,3,4  -  248/1,2,3

Il y a une voix qui vient jusqu’à nous des profondeurs de l’histoire. Cette voix est assez puissante pour traverser le temps et l’histoire. Elle a assez de conviction pour se faire entendre malgré les ondes contradictoires. Elle vient jusqu’à nous en s’appuyant sur des relais humains dont tous ne sont pas identifiés. De proche en proche, de siècle en siècle elle vient vers nous avec toute la puissance de conviction que Dieu a mis en elle car elle est sa voix.  Elle a jailli hors du fracas du big-bang et elle a marqué l’immensité qui n’existait pas encore de la volonté de Dieu d’imposer sa loi aux choses qui allaient advenir. Cette voix  était déjà pleine de tout l’amour que Dieu réservait aux hommes qui étaient encore à naître. Aujourd’hui, bien modestement, elle emprunte l’organe de ma bouche pour encore une fois se faire entendre.

Cette voix est porteuse des intentions de Dieu à l’égard du monde et à l’intention des hommes. Elle nous dit encore une fois que le monde où nous sommes a du sens, du seul fait que Dieu l’habite. Elle nous dit aussi que si notre présence sur terre est liée au  concours de plusieurs hasards, Dieu  a le pouvoir d’organiser ces hasards et de leur donner du sens. Si donc aujourd’hui vous entendez cette voix, vous comprendrez que malgré tout ce que vous ne comprenez pas, votre vie a du sens, car il y a hors de vous et en vous une puissance organisatrice  qui est capable d’intégrer votre personne dans le vaste  mouvement des choses.

Ce matin, nous captons l’un des échos  le plus ancien de cette voix. Elle vient à nous après avoir retenti quelque part dans le Moyen Orient, entre Tigre et Euphrate sur la terre d’Abraham. C’est Esaïe qui en fut le relais a l’intention des exilés d’Israël et ils se sont mis à frémir d’espérance. Esaïe, le deuxième du nom a eu la redoutable tâche de redonner de l’espérance à un peuple exilé qui n’en avait plus. Sa voix avait  tellement de force qu’elle est  parvenue jusqu’à nous après que Jésus à son tour lui eut donné toute sa vigueur

L’espérance ici consiste à croire que Dieu ne se résigne pas au hasard. Quand les choses arrivent, il décide d’intervenir et de les organiser.  Quand les forces de destruction semblent emprunter la vaillance des forts pour dominer les plus faibles, il s’efforce de susciter des contre pouvoirs pour  contrarier l’opinion couramment établie selon laquelle le puissant aurait toujours raison, le pot de fer briserait toujours le pot de terre . Il s’appuie sur une logique  qui n’appartient qu’à lui, selon laquelle  David peut parfois devenir le champion de Goliath.  Mais Dieu n’agit pas  sans être en concertation avec les hommes.   Quand ceux-ci sont  concernés, il demande leur participation au projet  qu’il leur propose et ils doivent accepter de devenir complice de Dieu et partenaires de ses projets. C’est ce que nous appelons la conversion.

Curieusement, à mesure que le temps passe et que les siècles s’écoulent cette voix augmente d’intensité. Elle ne s’essouffle nullement et ne perd pas de sa vigueur. Toute les fois qu’elle retentit et qu’elle est entendue, elle prend de l’ampleur. Elle dépasse de beaucoup l’environnement de celui qui la répercute et tend à atteindre tous les peuples de la terre. Plus elle est proclamée, moins elle  s’affadit. Elle affirme  que Dieu est un Dieu qui vient vers tous les hommes, qu’ il recrée la vie là où elle s’étiole et qu’il  apporte de l’espérance sur les champs dévastés par la mort.

Jésus se fait l’ écho de cette même voix. Il lui donne son visage. Il en devient l’image visible, si bien qu’il prend en la prononçant le visage de Dieu. Dieu vient ainsi habiter la personne de Jésus. C’est en cela que Jésus devient Dieu. C’est à cet événement que l’Evangile de Jean fait allusion quand il dit que la Parole devint chair et que le verbe s’est incarné.

Désormais, quiconque est en manque d’espérance sait que la voix de Dieu vient jusqu’à lui à travers les paroles de Jésus que les évangiles nous ont rapportées. Ce n’est donc pas par hasard, si le premier mot de Jésus mentionné par l’Evangile de Matthieu est « heureux » : « heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent… » car leurs malheurs et leurs détresses ne sont pas une fatalité. Il n’y a pas un destin qui frapperait durement les uns et qui réserverait du bonheur aux autres. Ce n’est ni écrit dans les astres ni dans un plan divin. Il y a seulement une voix qui vient des origines du monde et des profondeurs du temps. Elle  affirme que Dieu a prévu que les chose peuvent changer si nous donnons du crédit à sa voix. Chacune et chacun d’entre nous est invité à devenir un amplificateur de cette voix afin que cette parole devienne vraie, afin que la foule des auditeurs de cette voix relève la tête à cette bonne nouvelle et  que chacun s’active à consoler ceux qui  sont dans le chagrin, à alimenter ceux qui ont faim à redonner du sens à la vie de ceux qui sont égarés.

Esaïe proclame avec force cette prodigieuse espérance qui nous vient de Dieu et qui doit s’installer dans notre existence. Esaïe nous demande d’entreprendre des travaux de Titans pour permettre à cette voix d’atteindre son but. Il faut niveler les montagnes dit-il, combler les vallées faire un chantier pharaonique. Puisque nous sommes capables d’entreprendre de tels travaux pour le TGV  que nous avons réussi à faire passer sous la mer, ne serait-il pas possible d’entreprendre la même chose  pour tracer une voie royale à notre Dieu ? Dieu est capable de mettre au cœur des hommes assez de force et d’énergie pour contrecarrer le sens apparent de l’histoire. Ce n’est ni la guerre, ni la violence qui permettront de changer le cours des choses, c’est l’amour et l’altruisme.  La voix de Dieu s’oppose à la fatalité du monde qui semble être réglé avec une rigueur immuable selon laquelle la fleur sèche et l’herbe fane on la ramasse et on recommence  à la saison prochaine. Rien ne semble pouvoir changer le cours immuable des choses si non la voix de celui qui crie que le pardon a plus de force que la vengeance et que la seule justice, c’est celle qui fait vivre.  Celui qui porte son regard  sur le monde avec ce principe qui lui vient d’ailleurs sentira  grandir en lui les sentiments de victoires qui habitait David quand il affronta le géant.

Le premier endroit où cette manière de voir les choses doit prendre place c’est en nous-mêmes. La première tâche que nous ayons à faire, si nous voulons que cette voix soit crédible c’est que nous commencions par y croire nous-mêmes. Aujourd’hui, la voix venue d’ailleurs, relayée par Esaïe incarnée en Jésus et marquée par les traits de son visage vient jusqu’à nous. Elle retentit au plus profond de nous-mêmes sous la forme d’une question : Y crois-tu toi-même ? Crois-tu  que la puissance de transformation de Dieu est liée à cette voix, crois-tu que cette voix contient en elle une telle puissance créatrice que le monde pourrait en être changé ?

Il y a si longtemps que l’on dit ces choses et nous n’en voyons toujours pas les effets. Noël succède à chaque Noël sans que rien ne change si bien que cette promesse de Dieu ne semble être qu’une vaine espérance à laquelle nous nous donnons l’illusion de croire le temps d’une fête. C’est pourtant sur ce point précis que bute aujourd’hui cette voix qui vient de si loin. Elle bute à la porte de notre raison  et de notre cœur. Es-tu capable de croire vraiment à la foi que tu professes ? Cette foi a-t-elle  mis en toi cette vérité selon laquelle tout est possible pour celui qui croit ?

C’est désormais la tâche essentielle à laquelle chacun de nous doit commencer à s’atteler. Il doit travailler sur lui-même pour que cette vérité fasse partie de lui, comme elle a fait partie de Jésus. Jésus y a cru et beaucoup de choses ont changé. Les choses seraient-elles différentes pour les disciples que pour le maître. Les choses peuvent changer si nous croyons vraiment que la vérité sur nous et sur le monde repose dans la manière dont nous ferons écho à cette voix dont nous sommes les destinataires et le dépositaires.

Dimanche 13 novembre Pentemont   - Prédication du Pasteur Jean Besset

Matthieu 25/14-30« Et le serviteur inutile, jetez-le

                                  dans les ténèbres du dehors »

Autres textes : Proverbes 31/10-31  et 1 Thessaloniciens 5/ 1-11

Qu’a-t-il fait , cet homme chassé vers les ténèbres du dehors pour avoir mécontenté à ce point, son maître et son Dieu ?  Où y a-t-il maldonne dans son histoire ?
Il serait  sans doute un peu provocateur de ma part de commencer mon propos  en évoquant la situation qui trouble nos banlieues et qui alimente nos propos depuis une quinzaine de jours.  Je constate simplement  que la situation  des jeunes en révolte ressemble bien à celle du dernier verset de ce passage. Ils se sentent rejetés hors d’une société prospère, ils grincent alors des dents  et expriment violemment leur rancœur. Ils ne sont cependant pas les seuls à se trouver dans une telle situation de frustration.  Ils sont rejoints par  tous ceux qui traversent dans leur existence des moments où ils ont l’impression d’être victimes de profondes injustices.  Ils se  sentent oubliés par les hommes et accusent même Dieu d’être l’auteur de la situation injuste dans laquelle ils se trouvent. Ils pensent  que Dieu est comme ce maître dont la décision finale nous révolte.
Quand nous avons à faire face à de telles situations, nous  supportons mal les paroles lénifiantes  de ceux qui se croient autorisés à nous dire  que les voies du Seigneur sont impénétrables,  qu’il faut serrer les dents face aux décisions du destin, et que si Dieu en a décidé ainsi, il faut croire qu’il sait mieux que nous ce qui  est bon pour nous.  De telles paroles nous révoltent plus qu’elles ne nous aident.

On s’est trop servi de ce texte pour  nous engager à accepter sans se révolter les situations  injustes.  Si on   le reprend dès le début, nous allons constater que cette parabole  est traversé de part en part par un courant d’injustices  dont le  bon maître ne tient pas compte. Les serviteurs reçoivent des talents différents en raisons de la seule appréciation subjective du maître, c’est dire que nous ne sommes pas égaux devant lui. L’un reçoit cinq talents , l’autre deux, le troisième un seul. Nous ne  nous  attarderons  pour l'instant  que sur le sort des deux premiers. Ayant reçu leurs talents ils s’activent chacun de leur côté et doublent la mise. Le premier passe à 10 talents tandis que le second passe à 4. Au début leur différence était de 3 et après leur travail et leurs efforts elle est passée à 6. Leurs succès et leur faveur creusent encore les écarts et souligne davantage l’injustice dans laquelle ils se meuvent.

Le maître quant à lui a un comportement bien étrange. Il donne à chacun une part de ses biens. « Donner c’est donner, dit-on reprendre c’est voler ». C’est pourtant ce que fait ce bon maître. C’est ce qu’on accepte aussi que  Dieu fasse !  Il nous donne la vie, il nous donne des dons variés et à la fin de la vie il nous juge sur la manière dont nous avons usé de ses dons comme s'il avait conservé des droits sur eux, et si nous en  avons mal usé, il nous jette.  Et nous acceptons comme une évidence qu’il se reconnaisse le droit le de nous demander des comptes sur ce qu’il nous a donné.

Vous sentez bien mon profond malaise face à ce passage de l’Ecriture, Vous vous demandez même comment je vais tordre le texte d’une manière subtile pour le rendre acceptable ! Non, si le texte est ainsi transmis par l’Ecriture c’est que Jésus a l’intention de nous provoquer et nous allons assumer cette provocation pour y voir clair.  Je vais essayer de le lire  à la lumière de ma foi, car c’est elle qui donne du sens à  ma lecture. Je crois qu’un jour ma vie a pris du sens quand j’ai rencontré Dieu, grâce au témoignage de Jésus. Je ne reconnais pas le Dieu de Jésus dans ce maître injuste qui fustige et rejette ce brave serviteur courageux qui un  jour a osé lui jeter à la face ses 4 vérités :  « je sais que tu es un homme dur qui moissonne où tu n’as pas semé et qui récoltes où tu n’as pas répandu ».

Pourtant ce maître  nous paraît plutôt sympathique dans sa relation avec les deux premiers serviteurs et nous acceptons  volontiers de lui donner le visage de Dieu.  Mais qu’en est-il alors de la fin du récit ? Dieu aurait-il deux visages ? Aurait-il une face cachée moins avenante ? Serions-nous habités par une double notion  de Dieu, l’une reflétant un Dieu de justice que nous redouterions et l’autre, un Dieu de bonté que nous souhaiterions ? Suivant nos situations personnelles nous projetterions sur Dieu l’une ou l’autre de ces deux images si bien que Dieu serait dans l’un et l’autre cas le produit de la création de notre inconscient, mais ne serait pas le Dieu de Jésus

Il nous faut donc affiner notre lecture de ce texte et le regarder à la loupe. Le Maître donne ses biens à ses serviteurs dans l’ordre suivant : 5 talents, 2 talents et 1 talent.  La totalité de ces talents  est  de 8, soit un de plus que les actes créateurs de Dieu dans le récit connu de la création. Faut-il nous attarder sur cette remarque ?  Gardons la en réserve pour  tout à tout à l’heure.  Au départ, le  maître n'est qu'un  homme , nous est-il dit. Ce n’est  que plus tard qu’on lui donne le titre de Seigneur      ( kurios ) que nos traductions rendent faussement par maître. Mais revenons à notre histoire, Chacun des deux premiers double la mise et le troisième  cache son bien, comme s’il avait peur. Et c’est bien là la situation des hommes devant Dieu,  ils ont peur. C’est cette constatation  qui a amené les théologiens à formuler la théorie du péché originelle qui expliquerait cette peur que les  hommes  éprouvent en  face de Dieu. Ce serviteur a peur, comme Adam,  qui au soir de sa faute se cache derrière une feuille.  C’est alors que le Seigneur vient. Le texte dans la traduction habituelle dit : «  le maître revient ». Le texte dans sa langue primitive dit « le Seigneur vint »

C’est là que tout change ! Nous sommes dans une société qui véhicule toutes sortes d’images sur Dieu. On dit:

- qu’il  est juste et Créateur,

- qu’il  est le grand horloger sans qui rien ne peut tourner normalement ;

D’autres affirment qu’il est le

- Dieu d’intériorité qui siège au fond de notre âme.

- Il est aussi le Tout Autre,

- ou bien il est le Dieu qui arrache notre âme à la matière pour la rendre libre et éternelle.

- Il représente les forces du bien en lutte contre les forces du mal.

- Toutes ces images prennent à un moment ou à un autre réalité en nous dans une curieuse synthèse.

Il y a aussi l’image du Dieu qui vient et qui éclipse toutes les autres .Elle s’impose à nous en présentant Dieu dans le rôle d’un Père aimant. C’est précisément cette image de Dieu qu’a retenue Jésus pour nous décrire le maître qui vient avec ses talents au cœur même du monde injuste où nous sommes.

Quand il vient, les deux premiers serviteurs ne lui rapportent pas les talents qu’ils ont reçus. Ils lui montrent seulement ce qu’il en ont fait et le maître ne reprend ni l’argent donné , ni l’argent gagné, il se réjouit et il les invite à partager sa joie. Curieusement le mot joie et le mot grâce, dans la langue du texte, est le même. Les deux serviteurs sont invités à constater que leur désir d’agir et de profiter de leur vie les a ouvert à la grâce de Dieu. C’est pourquoi, le maître ou plutôt le Seigneur les qualifie de fidèles serviteurs, c’est à dire de serviteurs qui ont la vraie foi. La vraie foi c’est de savoir que c’est Dieu qui vient vers nous, qui nous donne de l’appétit pour vivre qui se met en dialogue avec nous et qui nous introduit ainsi dans son éternité..

Le Troisième s’y prend mal. Il a peur et avant même que le Seigneur qui vient vers lui, lui ait dit quoi que ce soit il lui fait son étrange confession de foi :  « je sais que   tu es un maître dur et injuste… » C’est là que tout s’embrouille.  Il affirme connaître son maître. Souvent quand on prétend connaître quelqu’un  c’est qu’on ne le connaît pas vraiment : «  un  tel , je le connais bien… » c’est souvent par ces mots  que commencent les faux témoignages. Son portrait de Dieu est faux,  il ne correspond pas à ce que Jésus dit de Dieu.  Mais ce  faux portrait  est  pourtant bien répandu dans le monde des croyants. C’est en raison de ce faux portrait de Dieu qu’il entend de fausses paroles venant de lui. Ainsi, quand notre image de Dieu est déformée, les paroles que l’on croit entendre de Dieu sont déformées à leur tour. Et dans ce textes les paroles qu’il entend à son sujet viennent de cette fausse image de Dieu qu’il a décrit dans sa confession de foi et  à la réalité de laquelle il croit.  Il croit que Dieu le condamne injustement, et il a raison d’avoir peur, mais ces paroles ne sont pas les paroles  du Dieu que Jésus veut nous faire découvrir.

Ainsi pensent  beaucoup de frustrés qui attribuent à Dieu la responsabilité des choses malheureuses qui leur arrivent.  Ils se posent en victimes alors que Dieu  vient vers eux pour en faire des acteurs  de leur soulagement et de leur libération.

Le serviteur rejeté ne l’est pas par Dieu, mais il se rejette  lui-même. Il lui suffit de laisser Dieu s’approcher de lui sans le charger à l’avance de la responsabilité de toutes  les aigreurs et les amertumes qu’il porte en lui.  Quand nous chargeons Dieu de responsabilités qui ne sont pas les siennes, il ne peut pas nous décharger du poids qu’elles font peser sur nous !

C’est maintenant  au moment de conclure que nos pouvons reprendre la comptabilité des talents que le maître a donné.  Le huitième talent  correspond bien évidemment  à un huitième jour, le huitième jour de la création qui n’est pas encore advenu  mais qui correspond à la  plénitude de Dieu vers laquelle nous  devons tendre et où nous  arriveront qu’à la fin des temps.  Le huitième talent, c’est celui qui nous, est confié. Il est chargé du poids de toutes nos rancœurs   de toutes les injustices qui nous sont faites et il est destiné à devenir plénitude de Dieu en nous quand nous aurons enfin  reconnu le vrai visage de Dieu.