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Culte de
Noël - Dimanche
25 décembre 2005
Luc 2/1-2
Autres lectures Jean 1/1-18 -
Esaïe 52/7-10
Cantiques 133/1,2
- 353/1,2,3 -
364/1,2,3
Aujourd’hui
c’est la fête, dans les églises et hors des églises. Nous inventons à cette
occasion de belles musiques, nous faisons de belles liturgies que
nous offrons à notre Dieu pour qu’il participe à notre bonheur. Et Dieu
participe . Il écoute les prières qui montent vers lui . Il se réjouit de nos
demandes pour que l’on construise sous sa conduite un monde de paix et
d’espérance il se réjouit de nos désirs pour que la justice s’installe sur terre comme au
ciel.
Parmi toutes ces prières qui montent vers le
Seigneur, il y en a une que l’on ne formule pas dans nos assemblées, mais que
Dieu entend tout de même. Elle est à peine murmurée et le son de
nos cantiques couvre le son des
voix qui la susurrent. Cette prière, qui est peut être la nôtre, voudrait rester anonymes, mais ceux qui les prononcent espèrent cependant retenir l’attention
de Dieu. Ils lui disent: « Pourquoi Seigneur as-tu
réservé les fanfares célestes aux seuls bergers de jadis ? Pourquoi ne me
fais-tu pas un signe à moi aussi pour
que je crois vraiment ? » La petite voix s’enhardit parfois et
rajoute : pourquoi n’ai-je jamais été là quand tu t’es manifesté aux
hommes. Je n’étais pas là quand la voix est descendue du ciel pour désigner Jésus comme ton fils bien aimé, je
n’ai pas vu non plus l’ange dans le tombe quand il parlait aux femmes, je n’ai
pas non plus vu la pierre roulée, ni la marque des clous dans tes mains. Je
n’ai pas fait l’expérience de celui qui t’a reconnu au pied d’un pilier de la
cathédrale et je n’ai fait aucune
expérience de foi. Je n’ai qu’une vague intuition de Dieu au
fond de moi ! Est-ce suffisant ? Est-il possible de croire si on n’a pas été
associé au moins une fois à l’une de ces merveilles dont tous parlent et
ressentent les effets, sauf moi? »
Cette prière trouve écho dans l’esprit de
beaucoup. Elle vient parfois altérer le
plaisir que l’on éprouve quand on vient célébrer ce grand événement tant ceux qui la
prononcent espèrent un signe fort qui
leur permettrait de croire vraiment. Les hommes ont tellement besoin de
merveilleux qu’il leur arrive d’en inventer car le merveilleux leur servira de
preuve, pensent-ils pour étayer leur foi qui est toujours un peu vacillante. On
a tant besoin de preuves que l’on donne du crédit à tout ce qui pourrait être
considéré comme un argument en faveur des vérités chrétiennes. On s’attache aux
apparitions de la vierge dont on est souvent prêt à admettre l’authenticité
sans aucune vérification. On est friands
de l’approche scientifique des mystères
concernant la foi et on admet
sans discussion que le suaire de Turin contienne à lui tout seul tous les arguments qui accréditent la vérité
sur la résurrection du sauveur.
Il
semblerait que nous ayons besoin d’arguments pour donner du sens aux intuitions
furtives qui sommeillent en nous. Ces intuitions ne sont pas à elles seules
capables de déclencher en nous le
phénomène de la foi. Nous sentons bien que nous avons l’intuition de Dieu,
mais tout semble dire le contraire.
Les articles dont la presse bien
informée est remplie en ce moment
,développent des arguments qui
contredisent ce qu’on nous a toujours
dit. Les récits merveilleux de la
nativité ne suffisent pas par eux-mêmes
à construire en nous quelque
chose de solide. On en a fait des contes pour enfants, mais il ne servent
pas à structurer notre foi d’adultes pensons-nous.
Pourtant
si nous regardons d’un peu plus près les lignes que nous avons lues nous
constaterons que l’Evangéliste ne s’appuie pas sur ce qui est merveilleux pour
nous montrer ce qui se passe dans le cœur des bergers. Les trompettes célestes
et les anges ne sont qu’un décor dont on pourrait se passer, mais ça serait moins joli. Le
signe qui leur est donné et qui
déclenche l’émerveillement des bergers est ailleurs, c’est celui d’un enfant emmailloté
et couché dans une mangeoire.
En fait
le signe qui leur est donné est un contre signe. Un nouveau né ? quoi de
plus naturel ? Il est couché et emmailloté ! On s’attendrait à ce
qu’il soit nu, c’est ainsi qu’on a pris l’habitude de le représenter, comme
s’il était écrit qu’il devait souffrir dès sa naissance. Il est dans une
crèche ! Quoi de plus normal pour un peuple de bergers ! Voilà donc
un signe qui n’est pas un signe. La plupart des signes que Dieu nous donne sont
du même ordre, le pain et le vin de la cène, l’eau du baptême. Ce sont des
signes qui ne se voient pas, Il faut un
décodeur pour comprendre de qu’ils signifient . Le décodeur qui permet de
comprendre le signe est en nous. Il nous est sans doute congénital. ..
Il nous
faut donc comprendre que les humains sont conçus par Dieu comme ayant en eux
mêmes la capacité de comprendre les
signes que Dieu leur envoie. Il n’est
donc pas extraordinaire que nous ressentions au fond de nous l’intuition de
Dieu puisque cela semble faire déjà
partie de nous-mêmes. Il nous faut donc développer ces intuitions pour que la foi
grandisse en nous. Il relève de notre
responsabilité personnelle de cultiver
ce sentiment, de le nourrir et de l’entretenir pour que la foi porte ses fruits en nous. Nous découvrons qu’elle
est un don gratuit puisqu’elle fait partie de nous, avant même qu’on en ait
pris conscience. Nous devons alors être assez intelligents pour la développer
grâce aux témoignages que nous recevons des Ecritures.
Mais nous
sommes en même temps habités par des forces de refus qui nous poussent à douter
de nos propres intuitions. Ces forces de refus s’appuient sur des principes de liberté selon lesquels nous
avons le droit de refuser tout ce que
notre intelligence ne contrôle pas. Tout
se passe comme si nous arrogions le pouvoir de refuser une partie de
nous-mêmes. Quoi qu’il en soit les forces de
refus sont puissantes en nous. Elles le sont d’autant plus qu’elles sont
contagieuses. Les humains ont l’esprit
grégaire et ils ont tendance à
suivre le troupeau. Il suffit que l’un
d’entre eux développe une contestation et prétende que nos intuitions
intérieures sur Dieu ne sont que le fruit de traditions millénaires sans référence au divin, pour que
d’autres partagent cette idée et fassent
que l’humanité qui se veut libre et intelligente se trouve entraînée à
développer collectivement des idées
contraires à ses intuitions spirituelles.
Notre
société est traversée par une phase de
turbulences de la pensée où il est de bon ton de nier toute valeur aux idées spirituelles
qui jaillissent en nous. Nous avons intuitivement conscience de la
présence de Dieu en nous mais au
nom de notre liberté nous disons le contraire ! C’est tout le problème du
libre arbitre ou du serf arbitre dont parlait Luther. Pour faire plus tendance,
nous dirons que notre société traverse une phase oedipale propre à l’adolescence qui consiste
contester tout ce qui vient des parents. Le refus de l’héritage spirituel dans lequel se complet notre époque me donne l’impression que notre conscience collective en est au stade
de l’adolescence dans la recherche de sa spiritualité.
Si ce
constat est vrai, il révèle une bonne
nouvelle. Il ouvre devant nous une
perspective d’avenir heureuse . Car notre société dépassera forcément cette
phase de refus pour entrer non pas dans une phase de régression, mais
dans une phase adulte. Les générations qui montent seront donc plus aptes à
écouter ce qui vibre en elles. Les interdits collectifs seront dépassés et chacun pourra enfin décoder les signes de la présence de Dieu en
lui . Ainsi nous pouvons affirmer que
l’avenir appartient à Dieu et que le monde se prépare toujours à l’accueillir.
CONTE DE NOEL – Pasteur Jean
BESSET – Dimanche 11 décembre 2005
Joseph avait un chat
Ce matin
là, le charpentier de Nazareth éprouva comme une sensation étrange. Il avait
l’impression que pendant son absence quelqu’un avait pénétré dans son
échoppe. Il n’était pas inquiet, on ne
lui avait rien volé. D’un coup d’œil professionnel, il compta rapidement les
marteaux, les scies et les autres instruments. Tous étaient là, rien ne
manquait. Ce n’était pas sur l’établi qu’on avait mis les doigts. C’est dans le
tas de copeaux qu’il lui semblait que quelqu’un avait fouillé. C’est au moment
où il s’apprêtait à en prendre deux ou trois poignées pour en faire une flambée
dans son brasero qu’il remarqua la chose. Il ne faisait pas très chaud en cette
période de l’année, en brûlant les
copeaux ça lui permettait de faire de la place dans cette échoppe qui n’était
vraiment pas assez grande. Il en était là de ses réflexions quand le grincement
de la porte que quelqu’un manoeuvrait le fit sursauter.
C’était
Mardochée qui entrait. Il avait l’air inquiet, pas vraiment soucieux, mais
contrarié. Il était à la recherche de son chat qui avait disparu ! Qu’est
ce que Joseph avait à faire de son chat ? D’ailleurs il ne savait pas très
bien ce qu’était un chat. Pour sa part il n’en avait jamais vu. Animal sacré en
Egypte, associé au cultes païens, l’animal était suspect en Israël. La Bible
d’ailleurs ne mentionne nulle part l’existence de cet animal. C’est comme s’il
n’existait pas. Dieu n’avait sans doute pas encore vraiment réalisé à quoi
pouvait servir cet animal qu’il avait créé comme tant d’autres sans en donner le mode d’emploi. Cela viendrait
plus tard. Vous avez compris que ce jour
là l’histoire des chats ne faisait que commencer.
Mardochée
était un honnête commerçant il était revenu d’Egypte avec la dernière
caravane où il était allé
s’approvisionner pour alimenter son fond
de commerce. Il avait trouvé là-bas ce petit animal et il avait pensé qu’il ferait une compagnie
agréable à sa femme tant il lui paraissait câlin et sympathique.
C’est alors
que le tas de copeaux s’anima. Une petite tête triangulaire en sortit percée de
grands yeux verts qui lui remplissaient toute la face. Une petite bête toute
faite de fourrure la suivit. L’étrange animal s’étira de toute sa longueur, il
émit un grognement, et se mit à faire
des entrechats entre les jambes des deux hommes en ronronnant. Joseph n’avait
jamais vu ça ! Mardochée s’inclina jusqu’à terre en riant, il prit
l’animal dans ses bras et le caressa. Il repartit tout joyeux vers sa demeure
pour vaquer à ses occupations non sans avoir salué Joseph d’un joyeux
« shalom ».
A partir de
ce jour, le chat prit l’habitude de venir se blottir dans son nid de copeaux et
Joseph prit l’habitude du chat qui devint pour lui comme un compagnon de
travail inopiné. L’un rabotant pendant que, l’autre dormait.
L’histoire
se serait arrêtée là si, à quelques temps de là Joseph n’avait reçu la visite
d’un garde royal. Ce n’était pas un garde chamarré qui se tenait à la porte du
palais à Jérusalem. Non, c’était plutôt un policier à tout faire, comme il y en
avait dans chaque village. Il était chargé
de faire respecter la loi et surtout de porter les missives du
gouvernement aux citoyens quand c’était nécessaire. Ce jour là il était porteur
d’un avis du roi. Et cet avis du roi concernait Joseph. Le roi était un méchant homme. On disait
qu’il avait fait tuer sa première femme et exécuter son fils. On parlait bas
quand on avait affaire à lui. Les
missives qu’il envoyait à ses sujets n’étaient jamais de bonnes
nouvelles :
« De
part Hérode le Grand, commença l’officier,
sur injonction de Quirinius, gouverneur de Syrie en application de l’ordre de César Auguste, tout habitant de Nazareth,
originaire des provinces du Sud doit y retourner pour s’y faire recenser, après
quoi il sera libre de revenir au village, cet édit est exécutoire sur
l’heure » L’empereur en avait décidé ainsi, le roi qui tenait son pouvoir
de lui ne pouvait que se soumettre sans discuter.
Joseph et
Marie son épouse n’étaient pas les seuls à être concernés par la décision
impériale, ils étaient plusieurs à Nazareth. Très vite ils organisent une
petite caravane et décident de partir le lendemain au petit jour. Il ne fallut pas longtemps pour que Joseph fasse son balluchon, y jette quelques
effets et un peu de nourriture. Marie
était enceinte, mais ça nous le savons,
elle avait du mal à se déplacer. Enveloppé dans un grand shale,
recouverte d’une couverture, tant bien que mal sur le dos de l’âne, les voila
partis avec les autres. Le plus vite partis, le plus vite de retour disait le
dicton.
L’âne
trottine sur ses petite pattes, Joseph tant bien que mal soutient le rythme.
Mais la route est longue et tous se fatiguent vite. Bêtes et hommes supportent
mal cette marche forcée. Tous, sauf le chat. Il avait le goût des voyages et
aimait son confort. Il s’était joint à
la partie sans qu’on l’ait invité. Mais sentant que quelque chose se préparait
il s’était dissimulé dans le ballot de couvertures d’où il ne sortit que
lorsque Joseph le déroula pour se reposer à même le sol dans le caravansérail
de Sélim, une petite ville toute proche du Jourdain où ils passèrent leur
première nuit. Il s’étira de tout son long pour se faire les pattes. Il
s’éclipsa pour quelques petites affaires que nécessite l’hygiène. Il croqua au
passage un mulot qui, lui servit de souper et il revint se blottir tout contre
Joseph qui appuyé sur un chameau tentait de s’endormir. A partir de ce jour le chat commença à faire
partie de la famille. il voyageait
égoïstement installé sur les genoux de Marie elle-même assise sur l’âne.
>Au
quatrième jour, comme le soir tombait, ils se heurtèrent aux murailles de
Bethlehem. Trop tard pour trouver un gîte, trop froid pour dormir dehors, trop
fatigués pour chercher un hébergement confortable. Ils se posèrent là, avec
leurs compagnons, dans d’un abri en
planches qui servait à mettre les outils
et à garder les animaux pour la nuit. Un peu de paille, une galette de seigle, et les voila installés
pour la nuit. On verra bien demain pensaient-ils tous. Ils se trompaient
lourdement et vous savez tous ce qui se passa, et cette fois là le chat n’y fut
pour rien. Au petit matin, ils étaient un de plus, de quoi compliquer les
affaires avec le recensement.
Mais
abrégeons ! Les bergers arrivent et font de la musique, les mages
repartent sur leurs chameaux et le chat, mal réveillé ou encore endormi
sursaute. Il s’agite, il miaule, il devient insupportable !
Quelqu’un
de normal, moi par exemple, l’aurait pris par la peau du coup, l’aurait jeté dehors
en lui disant d’aller se calmer et de revenir après. Mais Joseph n’est pas de
ces gens là. Il avait depuis longtemps observé l’animal qui, je l’ai dit était
presque inconnu sur la terre de Palestine à cette époque. « A comportement
anomal, situation anormale. Cette bête sait ce que nous ne savons déclara le
Père de Jésus.
Le chat en
s’agitant cherchait à les entraîner dehors ! Un tremblement de terre allait-il se
produire ? Les animaux sentent ces choses là. Pourtant l’âne ne bougeait
pas. Ce que vous ne savez pas et que je vais vous dire, c’est que Dieu pour la
première fois dans l’histoire des chats avait décidé de donner un rôle à celui
là. Ce n’était pas la première fois que Dieu se servait d’un animal pour
communiquer avec les hommes. Souvenez-vous de l’ânesse de Balaham ou des
Corbeaux d’Elie . Le chat allait-il
réussir dans se redoutable mission ? Allait-il sauver ces braves gens
menacés par la colère d’Hérode. Le roi
était en effet jaloux de Jésus parce qu’on lui avait dit que ces savants venus
de loin cherchaient le futur roi qui venait de naître.
Plus rien
ne retenait Joseph à Bethlehem
maintenant que tout était en règle avec l’administration !
-
« Suivons
le chat » décida Joseph qui pressentait lui aussi un danger
Les préparatifs
furent un peu plus compliqués car il y avait un enfant en plus. Mais ça ne prit
quand même pas beaucoup de temps. On enveloppa l’enfant, on enveloppa Marie et
bien a chaud, l’un contre l’autre on les jucha sur l’âne. Joseph pris le
balluchon sur le dos et les voila partis, en pleine nuit suivant le chat qui
semblait diriger les opérations. L’âne suivait sans broncher le chat qui piquait droit au Sud. On aurait dit
qu’il savait le chemin. Il les ramenait tous en Egypte dont il était parti pour
servir de cadeau à la femme de Mardochée qui ne s’était jamais intéressée à
lui.
Quand dans
la matinée les soldats d’Hérode arrivèrent
à Bethlehem pour s’emparer de l’enfant, ils ne trouvèrent plus personne.
Cette
histoire est un peu surprenante, il faut sans doute avoir fait des études pour
la comprendre, c’est pourquoi, bien plus tard quand il voulu la mettre par
écrit dans son Evangile, Matthieu l’a
simplifiée. Cette histoire de chat qui percevait les messages de Dieu et qui retrouvait le chemin de l’Egypte pour protéger
Jésus lui parut incroyable et inracontable. Il a simplement dit , pour
faire plus simple, que Joseph avait été
averti par un ange du danger imminent
par un ange et qu’il fallait partir
tout de suite.
Un
ange ? un chat ? Et si le chat
avait été un ange sans le savoir. En tout cas depuis lors les chats ont trouvé leur place dans nos
maisons.
Dimanche 4 décembre 2005 Pentemont
- Prédication du pasteur Jean Besset
Esaïe 40/1-12 : « Une voix crie dans le
désert : ouvrez le chemin de l’Eternel, nivelez
dans la steppe une route pour votre Dieu »
Autres lectures 2 Pierre 3/8-14 - Marc
1/1-8
Cantiques : 97/1,2,3
- 310/ 1,2,3,4 -
248/1,2,3
Il y a une voix qui vient jusqu’à nous des profondeurs de
l’histoire. Cette voix est assez puissante pour traverser le temps et
l’histoire. Elle a assez de conviction pour se faire entendre malgré les ondes
contradictoires. Elle vient jusqu’à nous en s’appuyant sur des relais humains
dont tous ne sont pas identifiés. De proche en proche, de siècle en siècle elle
vient vers nous avec toute la puissance de conviction que Dieu a mis en elle
car elle est sa voix. Elle a jailli hors
du fracas du big-bang et elle a marqué l’immensité qui n’existait pas encore de
la volonté de Dieu d’imposer sa loi aux choses qui allaient advenir. Cette
voix était déjà pleine de tout l’amour
que Dieu réservait aux hommes qui étaient encore à naître. Aujourd’hui, bien
modestement, elle emprunte l’organe de ma bouche pour encore une fois se faire
entendre.
Cette voix est porteuse des intentions de Dieu à l’égard du
monde et à l’intention des hommes. Elle nous dit encore une fois que le monde
où nous sommes a du sens, du seul fait que Dieu l’habite. Elle nous dit aussi
que si notre présence sur terre est liée au
concours de plusieurs hasards, Dieu
a le pouvoir d’organiser ces hasards et de leur donner du sens. Si donc
aujourd’hui vous entendez cette voix, vous comprendrez que malgré tout ce que
vous ne comprenez pas, votre vie a du sens, car il y a hors de vous et en vous
une puissance organisatrice qui est
capable d’intégrer votre personne dans le vaste
mouvement des choses.
Ce matin, nous captons l’un des échos le plus ancien de cette voix. Elle vient à
nous après avoir retenti quelque part dans le Moyen Orient, entre Tigre et
Euphrate sur la terre d’Abraham. C’est Esaïe qui en fut le relais a l’intention
des exilés d’Israël et ils se sont mis à frémir d’espérance. Esaïe, le deuxième
du nom a eu la redoutable tâche de redonner de l’espérance à un peuple exilé
qui n’en avait plus. Sa voix avait
tellement de force qu’elle est
parvenue jusqu’à nous après que Jésus à son tour lui eut donné toute sa
vigueur
L’espérance ici consiste à croire que Dieu ne se résigne pas
au hasard. Quand les choses arrivent, il décide d’intervenir et de les
organiser. Quand les forces de
destruction semblent emprunter la vaillance des forts pour dominer les plus
faibles, il s’efforce de susciter des contre pouvoirs pour contrarier l’opinion couramment établie selon
laquelle le puissant aurait toujours raison, le pot de fer briserait toujours
le pot de terre . Il s’appuie sur une logique
qui n’appartient qu’à lui, selon laquelle David peut parfois devenir le champion de
Goliath. Mais Dieu n’agit pas sans être en concertation avec les
hommes. Quand ceux-ci sont concernés, il demande leur participation au
projet qu’il leur propose et ils doivent
accepter de devenir complice de Dieu et partenaires de ses projets. C’est ce
que nous appelons la conversion.
Curieusement, à mesure que le temps passe et que les siècles
s’écoulent cette voix augmente d’intensité. Elle ne s’essouffle nullement et ne
perd pas de sa vigueur. Toute les fois qu’elle retentit et qu’elle est
entendue, elle prend de l’ampleur. Elle dépasse de beaucoup l’environnement de
celui qui la répercute et tend à atteindre tous les peuples de la terre. Plus
elle est proclamée, moins elle
s’affadit. Elle affirme que Dieu
est un Dieu qui vient vers tous les hommes, qu’ il recrée la vie là où elle
s’étiole et qu’il apporte de l’espérance
sur les champs dévastés par la mort.
Jésus se fait l’ écho de cette même voix. Il lui donne son
visage. Il en devient l’image visible, si bien qu’il prend en la prononçant le
visage de Dieu. Dieu vient ainsi habiter la personne de Jésus. C’est en cela
que Jésus devient Dieu. C’est à cet événement que l’Evangile de Jean fait
allusion quand il dit que la Parole devint chair et que le verbe s’est incarné.
Désormais, quiconque est en manque d’espérance sait que la
voix de Dieu vient jusqu’à lui à travers les paroles de Jésus que les évangiles
nous ont rapportées. Ce n’est donc pas par hasard, si le premier mot de Jésus
mentionné par l’Evangile de Matthieu est « heureux » : « heureux
les pauvres, heureux ceux qui pleurent… » car leurs malheurs et leurs
détresses ne sont pas une fatalité. Il n’y a pas un destin qui frapperait
durement les uns et qui réserverait du bonheur aux autres. Ce n’est ni écrit
dans les astres ni dans un plan divin. Il y a seulement une voix qui vient des
origines du monde et des profondeurs du temps. Elle affirme que Dieu a prévu que les chose
peuvent changer si nous donnons du crédit à sa voix. Chacune et chacun d’entre
nous est invité à devenir un amplificateur de cette voix afin que cette parole
devienne vraie, afin que la foule des auditeurs de cette voix relève la tête à
cette bonne nouvelle et que chacun
s’active à consoler ceux qui sont dans
le chagrin, à alimenter ceux qui ont faim à redonner du sens à la vie de ceux
qui sont égarés.
Esaïe proclame avec force cette prodigieuse espérance qui
nous vient de Dieu et qui doit s’installer dans notre existence. Esaïe nous
demande d’entreprendre des travaux de Titans pour permettre à cette voix
d’atteindre son but. Il faut niveler les montagnes dit-il, combler les vallées
faire un chantier pharaonique. Puisque nous sommes capables d’entreprendre de
tels travaux pour le TGV que nous avons
réussi à faire passer sous la mer, ne serait-il pas possible d’entreprendre la
même chose pour tracer une voie royale à
notre Dieu ? Dieu est capable de mettre au cœur des hommes assez de force
et d’énergie pour contrecarrer le sens apparent de l’histoire. Ce n’est ni la
guerre, ni la violence qui permettront de changer le cours des choses, c’est
l’amour et l’altruisme. La voix de Dieu
s’oppose à la fatalité du monde qui semble être réglé avec une rigueur immuable
selon laquelle la fleur sèche et l’herbe fane on la ramasse et on recommence à la saison prochaine. Rien ne semble pouvoir
changer le cours immuable des choses si non la voix de celui qui crie que le
pardon a plus de force que la vengeance et que la seule justice, c’est celle
qui fait vivre. Celui qui porte son
regard sur le monde avec ce principe qui
lui vient d’ailleurs sentira grandir en
lui les sentiments de victoires qui habitait David quand il affronta le géant.
Le premier endroit où cette manière de voir les choses doit
prendre place c’est en nous-mêmes. La première tâche que nous ayons à faire, si
nous voulons que cette voix soit crédible c’est que nous commencions par y
croire nous-mêmes. Aujourd’hui, la voix venue d’ailleurs, relayée par Esaïe
incarnée en Jésus et marquée par les traits de son visage vient jusqu’à nous.
Elle retentit au plus profond de nous-mêmes sous la forme d’une question :
Y crois-tu toi-même ? Crois-tu que
la puissance de transformation de Dieu est liée à cette voix, crois-tu que
cette voix contient en elle une telle puissance créatrice que le monde pourrait
en être changé ?
Il y a si longtemps que l’on dit ces choses et nous n’en
voyons toujours pas les effets. Noël succède à chaque Noël sans que rien ne
change si bien que cette promesse de Dieu ne semble être qu’une vaine espérance
à laquelle nous nous donnons l’illusion de croire le temps d’une fête. C’est
pourtant sur ce point précis que bute aujourd’hui cette voix qui vient de si
loin. Elle bute à la porte de notre raison
et de notre cœur. Es-tu capable de croire vraiment à la foi que tu
professes ? Cette foi a-t-elle mis
en toi cette vérité selon laquelle tout est possible pour celui qui
croit ?
C’est désormais la tâche essentielle à laquelle chacun de
nous doit commencer à s’atteler. Il doit travailler sur lui-même pour que cette
vérité fasse partie de lui, comme elle a fait partie de Jésus. Jésus y a cru et
beaucoup de choses ont changé. Les choses seraient-elles différentes pour les
disciples que pour le maître. Les choses peuvent changer si nous croyons
vraiment que la vérité sur nous et sur le monde repose dans la manière dont
nous ferons écho à cette voix dont nous sommes les destinataires et le
dépositaires.
Dimanche 13 novembre Pentemont - Prédication
du Pasteur Jean Besset
Matthieu 25/14-30« Et
le serviteur inutile, jetez-le
dans les ténèbres du dehors »
Autres textes : Proverbes 31/10-31 et 1 Thessaloniciens 5/ 1-11
Qu’a-t-il fait , cet homme
chassé vers les ténèbres du dehors pour avoir mécontenté à ce point, son maître
et son Dieu ? Où y a-t-il maldonne dans
son histoire ? Il
serait sans doute un peu provocateur de
ma part de commencer mon propos en
évoquant la situation qui trouble nos banlieues et qui alimente nos propos
depuis une quinzaine de jours. Je
constate simplement que la
situation des jeunes en révolte
ressemble bien à celle du dernier verset de ce passage. Ils se sentent rejetés
hors d’une société prospère, ils grincent alors des dents et expriment violemment leur rancœur. Ils ne
sont cependant pas les seuls à se trouver dans une telle situation de
frustration. Ils sont rejoints par tous ceux qui traversent dans leur existence
des moments où ils ont l’impression d’être victimes de profondes
injustices. Ils se sentent oubliés par les hommes et accusent
même Dieu d’être l’auteur de la situation injuste dans laquelle ils se
trouvent. Ils pensent que Dieu est comme
ce maître dont la décision finale nous révolte. Quand nous avons à faire face à de telles
situations, nous supportons mal les
paroles lénifiantes de ceux qui se
croient autorisés à nous dire que les
voies du Seigneur sont impénétrables,
qu’il faut serrer les dents face aux décisions du destin, et que si Dieu
en a décidé ainsi, il faut croire qu’il sait mieux que nous ce qui est bon pour nous. De telles paroles nous révoltent plus
qu’elles ne nous aident.
On s’est
trop servi de ce texte pour nous engager
à accepter sans se révolter les situations
injustes. Si on le reprend dès le début, nous allons
constater que cette parabole est
traversé de part en part par un courant d’injustices dont le
bon maître ne tient pas compte. Les serviteurs reçoivent des talents
différents en raisons de la seule appréciation subjective du maître, c’est dire
que nous ne sommes pas égaux devant lui. L’un reçoit cinq talents , l’autre
deux, le troisième un seul. Nous ne
nous attarderons pour l'instant que sur le sort des deux premiers. Ayant reçu
leurs talents ils s’activent chacun de leur côté et doublent la mise. Le
premier passe à 10 talents tandis que le second passe à 4. Au début leur
différence était de 3 et après leur travail et leurs efforts elle est passée à
6. Leurs succès et leur faveur creusent encore les écarts et souligne davantage
l’injustice dans laquelle ils se meuvent.
Le maître
quant à lui a un comportement bien étrange. Il donne à chacun une part de ses
biens. « Donner c’est donner, dit-on reprendre c’est voler ». C’est pourtant ce
que fait ce bon maître. C’est ce qu’on accepte aussi que Dieu fasse !
Il nous donne la vie, il nous donne des dons variés et à la fin de la
vie il nous juge sur la manière dont nous avons usé de ses dons comme s'il
avait conservé des droits sur eux, et si nous en avons mal usé, il nous jette. Et nous acceptons comme une évidence qu’il se
reconnaisse le droit le de nous demander des comptes sur ce qu’il nous a donné.
Vous
sentez bien mon profond malaise face à ce passage de l’Ecriture, Vous vous
demandez même comment je vais tordre le texte d’une manière subtile pour le
rendre acceptable ! Non, si le texte est ainsi transmis par l’Ecriture c’est
que Jésus a l’intention de nous provoquer et nous allons assumer cette
provocation pour y voir clair. Je vais
essayer de le lire à la lumière de ma
foi, car c’est elle qui donne du sens à
ma lecture. Je crois qu’un jour ma vie a pris du sens quand j’ai
rencontré Dieu, grâce au témoignage de Jésus. Je ne reconnais pas le Dieu de
Jésus dans ce maître injuste qui fustige et rejette ce brave serviteur
courageux qui un jour a osé lui jeter à
la face ses 4 vérités : « je sais que tu
es un homme dur qui moissonne où tu n’as pas semé et qui récoltes où tu n’as pas
répandu ».
Pourtant
ce maître nous paraît plutôt sympathique
dans sa relation avec les deux premiers serviteurs et nous acceptons volontiers de lui donner le visage de
Dieu. Mais qu’en est-il alors de la fin
du récit ? Dieu aurait-il deux visages ? Aurait-il une face cachée moins
avenante ? Serions-nous habités par une double notion de Dieu, l’une reflétant un Dieu de justice
que nous redouterions et l’autre, un Dieu de bonté que nous souhaiterions ?
Suivant nos situations personnelles nous projetterions sur Dieu l’une ou
l’autre de ces deux images si bien que Dieu serait dans l’un et l’autre cas le
produit de la création de notre inconscient, mais ne serait pas le Dieu de
Jésus
Il nous faut donc affiner notre
lecture de ce texte et le regarder à la loupe. Le Maître donne ses biens à ses
serviteurs dans l’ordre suivant : 5 talents, 2 talents et 1 talent. La totalité de ces talents est de
8, soit un de plus que les actes créateurs de Dieu dans le récit connu de la
création. Faut-il nous attarder sur cette remarque ? Gardons la en réserve pour tout à tout à l’heure. Au départ, le
maître n'est qu'un homme , nous
est-il dit. Ce n’est que plus tard qu’on
lui donne le titre de Seigneur ( kurios )
que nos traductions rendent faussement par maître. Mais revenons à notre
histoire, Chacun des deux premiers double la mise et le troisième cache son bien, comme s’il avait peur. Et
c’est bien là la situation des hommes devant Dieu, ils ont peur. C’est cette constatation qui a amené les théologiens à formuler la
théorie du péché originelle qui expliquerait cette peur que les hommes
éprouvent en face de Dieu. Ce
serviteur a peur, comme Adam, qui au
soir de sa faute se cache derrière une feuille.
C’est alors que le Seigneur vient. Le texte dans la traduction
habituelle dit : « le maître revient ». Le texte dans sa langue
primitive dit « le Seigneur vint »
C’est là
que tout change ! Nous sommes dans une société qui véhicule toutes sortes
d’images sur Dieu. On dit:
-
qu’il est juste et Créateur,
-
qu’il est le grand horloger sans qui
rien ne peut tourner normalement ;
D’autres
affirment qu’il est le
- Dieu d’intériorité qui siège au fond de notre
âme.
- Il est aussi le Tout Autre,
- ou bien
il est le Dieu qui arrache notre âme à
la matière pour la rendre libre et éternelle.
- Il représente les forces du bien en lutte
contre les forces du mal.
- Toutes ces images prennent à un moment ou à un autre réalité en nous dans une curieuse synthèse.
Il y a aussi l’image du Dieu qui vient et qui
éclipse toutes les autres .Elle s’impose à nous en présentant Dieu dans le rôle d’un Père aimant. C’est précisément cette image de Dieu qu’a retenue Jésus
pour nous décrire le maître qui vient avec ses talents au cœur même du monde
injuste où nous sommes.
Quand il
vient, les deux premiers serviteurs ne
lui rapportent pas les talents qu’ils
ont reçus. Ils lui montrent seulement ce qu’il en ont fait et le maître
ne reprend ni l’argent donné , ni l’argent gagné, il se réjouit et il les
invite à partager sa joie. Curieusement le mot joie et le mot grâce, dans la
langue du texte, est le même. Les deux serviteurs sont invités à constater que
leur désir d’agir et de profiter de leur
vie les a ouvert à la grâce de Dieu.
C’est pourquoi, le maître ou plutôt le
Seigneur les qualifie de fidèles serviteurs, c’est à dire de serviteurs qui ont
la vraie foi. La vraie foi c’est de savoir que c’est Dieu qui vient vers nous,
qui nous donne de l’appétit pour vivre qui se met en dialogue avec nous et qui
nous introduit ainsi dans son éternité..
Le
Troisième s’y prend mal. Il a peur et avant même que le Seigneur qui vient vers
lui, lui ait dit quoi que ce soit il lui fait son étrange confession de foi
: « je sais que tu es un maître dur et injuste… » C’est là
que tout s’embrouille. Il affirme
connaître son maître. Souvent quand on prétend connaître quelqu’un c’est qu’on ne le connaît pas vraiment :
« un
tel , je le connais bien… » c’est souvent par ces mots que commencent les faux témoignages. Son
portrait de Dieu est faux, il ne
correspond pas à ce que Jésus dit de Dieu.
Mais ce faux portrait est
pourtant bien répandu dans le monde des croyants. C’est en raison de ce
faux portrait de Dieu qu’il entend de fausses paroles venant de lui. Ainsi,
quand notre image de Dieu est déformée, les paroles que l’on croit entendre de
Dieu sont déformées à leur tour. Et dans ce textes les paroles qu’il entend à
son sujet viennent de cette fausse image de Dieu qu’il a décrit dans sa
confession de foi et à la réalité de
laquelle il croit. Il croit que Dieu le
condamne injustement, et il a raison d’avoir peur, mais ces paroles ne sont pas
les paroles du Dieu que Jésus veut nous
faire découvrir.
Ainsi
pensent beaucoup de frustrés qui
attribuent à Dieu la responsabilité des choses malheureuses qui leur
arrivent. Ils se posent en victimes
alors que Dieu vient vers eux pour en
faire des acteurs de leur soulagement et
de leur libération.
Le
serviteur rejeté ne l’est pas par Dieu, mais il se rejette lui-même. Il lui suffit de laisser Dieu
s’approcher de lui sans le charger à l’avance de la responsabilité de
toutes les aigreurs et les amertumes
qu’il porte en lui. Quand nous chargeons
Dieu de responsabilités qui ne sont pas les siennes, il ne peut pas nous
décharger du poids qu’elles font peser sur nous !
C’est maintenant au moment de conclure que nos pouvons
reprendre la comptabilité des talents que le maître a donné. Le huitième talent correspond bien évidemment à un huitième jour, le huitième jour de la
création qui n’est pas encore advenu
mais qui correspond à la
plénitude de Dieu vers laquelle nous
devons tendre et où nous
arriveront qu’à la fin des temps.
Le huitième talent, c’est celui qui nous, est confié. Il est chargé du
poids de toutes nos rancœurs de toutes
les injustices qui nous sont faites et il est destiné à devenir plénitude de
Dieu en nous quand nous aurons enfin
reconnu le vrai visage de Dieu.
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