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Dimanche
31 Décembre 2006 PENTEMONT Jean
Besset
Luc 2, 41-52
Autres textes : 1 Sam 1/20-28
1 Jean 3 /1 et 2 et 21-24
Pourquoi Jésus a-t-il choisi de ne
pas rejoindre ses compagnons de route? Que lui est-il
passé par la tête pour inquiéter tout le monde et ne
pas rejoindre la caravane qui doit le ramener
avec ses compagnons à Nazareth?
Le déplacement par caravane était
la seule manière de voyager en sécurité, car les routes
n’étaient pas sûres et il ne faisait pas bon s’aventurer
en trop petits groupes. Jésus choisi délibérément de
transgresser cette règle de sécurité et d’exposer ensuite
ses parents à le faire. La bonne route n’est pas pour
lui celle qui a été savamment balisée par la tradition.
Jésus délibérément nous annonce que la route
que nos aurons à suivre en sa compagnie ne sera
pas celle de la société établie, sécurisée dans
les traditions et les habitudes. Elle ne sera pas non
plus dans la contestation, elle sera ailleurs.
C’est une situation nouvelle pour nos églises
qui doivent réapprendre à suivre des voies qui
ne sont pas celles de la société établie, comme elles
avaient l’habitude de le faire jusqu’à maintenant.
Jésus a délibérément manqué le départ
de la caravane qui devait le ramener à son village.
Son village, c’est le lieu où il vit normalement
entre son Père et sa Mère, où il append un métier et
où plus tard il sera un artisan respecté En quittant
la caravane, c’est à tout cela qu’il semble tourner
le dos. Il quitte le chemin suivi par les autres, car
pour s’occuper des affaires de son Père il doit prendre
une autre direction. Entendre par là que le service
de Dieu prend priorité dans sa vie par rapport à l’ordre
social normalement établi.
Je ne peux cependant m’empêcher de
prendre en compte l’inquiétude de ses parents et de
tous les parents qui n’ont qu’un souci: celui que leur
enfant prenne le bon départ, qu’il parte d’un bon pied
dans la vie, qu’il suive la caravane de son existence
qui devrait l’amener sans encombre à sa vie d’adulte.
C’est sans doute ce raisonnement que nous
faisons tous pour nos enfants
Jésus quant à lui semble considérer
que l’avenir n’est pas sur les chemins que la
tradition a établis pour notre sécurité. Il s’en écarte
sans pour autant les rejeter C’est avec ce constat que
nous allons aborder les questionnements que nous formulons
à l’aube de cette nouvelle année.
Nous osons à peine formuler ces questions
aujourd’hui, car nous ne leur trouvons aucune réponse
logique. Le monde nous déroute et nos enfants
aussi. Leurs comportements mais surtout leurs pensées
et leurs projets nous donnent à penser qu’ils ont raté
pour la plupart le départ de la caravane dans laquelle
nous étions engagés avec eux. Les parents de Jésus n’ont
cependant pas hésité à quitter leurs compagnons de route
pour venir rejoindre leur fils. Marie et Joseph quittent
leurs compagnons de route et retournent seuls, par des
chemins dangereux à la recherche du gamin apparemment
fugueur et ils le retrouvent. Mêmes s’ils ne comprennent
pas ce qui s’est passé, ils comprennent cependant
qu’ils n’ont pas été abandonnés. Quelqu’un les a conduits
et malgré les dangers ils ont retrouvé le chemin de
leur maison. Ils ont compris que d’autres voies que
celles qui étaient préétablies pouvaient les conduire
ainsi que leur fils à la demeure où il construirait
sa vie. Dieu aussi chemine sur les chemins qui ne sont
pas tracés par l’habitude.
Dans ce passage en compagnie de Jésus
nous avons rejoint la modernité de ce temps et le quotidien
de beaucoup d’entre nous. Ainsi ce matin vient-il
partager nos questions sur le devenir de nos enfants
et sur la pertinence de nos comportements à leur égard.
Nous découvrons avec lui que les sécurités que le monde
modernes nous proposent ne sont pas forcément porteuses
de notre avenir. On a beau se dire aujourd’hui que nous
construisons la société de demain, ce qu’on ne
sait pas, c’est quels sont les éléments déterminants
d’aujourd’hui qui présideront à sa construction.
Personne ne le sait. J’en veux pour preuve le déséquilibre
du monde d’aujourd’hui que les économistes, urbanistes
, sociologue et météorologues de jadis n’ont pas
su prévoir ou n’ont pas su corriger. Et pourtant certains
ont vu juste et on ne les a pas écouté
Puisque les hommes ne semblent pas
doués pour ce genre de choses, il n’est pas inconvenant
de s’interroger pour savoir si Dieu ne les dit
pas mieux que nous les percevons. C’est pourquoi nous
rejoignons Jésus au temple pour considérer ce qui se
passe avec les vénérés maîtres de la Loi sous le portique
de Salomon. Il choisit de rencontrer d’abord les professionnels
de l’ordre établi, dans le lieu le plus conventionnel
qui soit. Les docteurs de la loi constituaient
au premier siècle de notre ère ce corps d’élite,
constitué de savants, de prêtres, de lettrés qui enseignaient
à respecter les lois millénaires du Très Haut
, car tout était, selon eux, prévu par la loi - présent
et futur - si bien que les autorités civiles et
politiques devaient passer par eux pour édicter les
nouvelles lois de la cité. Leur science était souveraine
C’est d’abord eux que va rencontrer
ce jeune audacieux de Jésus, non pas tellement pour
être enseigné par eux, mais plutôt pour les questionner.
C’est Jésus qui établit un dialogue avec eux, alors
qu’habituellement les maîtres enseignent et ne discutent
pas. Les docteurs vont dialoguer contrairement
à leurs habitudes. Ils sont stupéfaits par l’intelligence
de Jésus.
Malgré leur émerveillement, les savants
docteurs sont mis en cause par cet enfant de 12 ans
qui les pousse, par ses questions au delà des limites
de leur savoir. C’est Jésus qui mène le jeu des questions
et des réponses , et ils se soumettent et ils en sont
tout étonnés! Ils découvrent que l’univers dans
lequel ils évoluent n’est pas un univers fermé et qu’ils
ne connaissent pas toutes les réponses.
Ils découvrent qu’il y a des tas de questions
dont Dieu n’a pas prévu la réponse car c’est nous qui
devons la trouver avec intelligence. L’intelligence
dont Jésus fait preuve ici correspond à l’art de discerner
la dimension de Dieu dans toutes les la réalités
En effet c’est l’intelligence de Jésus
qui les fascine. Jésus n’enseigne pas à chercher des
réponses toutes faites ou prédéterminées par Dieu, car
Dieu nous a laissé la liberté de construire le monde
de demain. Mais s’il nous appartient de construire,
cela ne peut être menée à bien sans lui. Dieu agit en
nous pour nous aider à formuler des réponses toujours
nouvelles aux questionnements du monde en mouvement..
Sans s’imposer, Dieu nous résiste si nos
pas ne vont pas dans le bon sens. Jésus passera sa courte
vie à enseigner comment trouver les bonnes réponses.
c’est cela la bonne nouvelle de l’Evangile. Il enseigne
même les vénérables maîtres à le faire. Ils vont s’émerveiller,
mais ils ne vont pas changer. C’est curieusement dans
les lieux conventionnels de la religion que l’on trouve
le plus de résistance au souffle porteur de l’avenir
que nous communique Jésus.
Ceux qui jadis ont prévu le monde d’aujourd’hui
ont fait l’économie de Dieu, et nous en voyons les effets.
A vous qui êtes les constructeurs du monde de demain,
nous vous invitons à le construire avec intelligence,
c’est à dire en sachant que Dieu vous fait l’honneur
de vous laisser l’inventer. Les projets de demain
ne sont pas cachés dans les pages de la Bible ou de
quelque Livre sacré, les projets de demain seront porteurs
de l’avenir dans la mesure où avec intelligence nous
discernerons dans quel sens le souffle de l’esprit nous
emporte. Il est donc opportun de ne pas se sentir obligé
de suivre la caravane de l’ordre établi pour laisser
Dieu nous aider à formuler des valeurs nouvelles qui
seront faites d’amour et d’espérance. Le monde de demain
n’a d’avenir qu’avec Dieu et Dieu ne travaille qu’avec
les hommes de bonne volonté. C’est ce que comprend
celui qui a de l’intelligence .
Lundi
25 Décembre - NOEL Matthieu 2/ 1-12 à
Luxembourg – Jean Besset
L’évocation de l’Orient nous fait toujours
rêver. L’Orient sent bon le sable chaud . Il est rempli
des saveurs épicées qui ont accompagné la marche lente
des patriarches.
C’est sur cette terre plus symbolique
que géographique que se sont nouées leurs amours
qui ont donné naissance à ceux qui après eux,
ont accueilli la parole de Dieu pour nous la transmettre.
Jadis trois rois, partis de ces pays
lointains, suivirent leur étoile à la recherche d’un
Dieu jusqu’alors inconnu, mais dont ils étaient sûrs
qu’ils se révélerait à eux . On a dit qu’ils n’étaient
pas des rois, et on a eu raison. On a dit qu’ils n’étaient
pas trois , et on a eu raison. On a même douté
de leur existence ! Qu’importe ! En fait il me semble
que le véritable intérêt des mages, dans le récit biblique
de la naissance de Jésus rapportée par Matthieu,
c’est de nous parler de nous-mêmes.
Comme chacun de nous, les mages, dans
le récit de l’Evangile, sont des hommes curieux de
vérité, à la recherche de Dieu. La question qu’on
se posait jadis sur la nature du sacré se pose
encore aujourd’hui, tant les vérités sur Dieu sont multiples.
Elles ne sont pas les mêmes au Nord ou au Sud à l’Est
ou à l’Ouest. La vérité sur Dieu dépend autant de notre
culture que de notre aventure spirituelle.
Alors que les années s’écoulent et
que le temps avance, Dieu se présente à nous sous des
traits qui varient selon que nos lectures ou nos
voyages nous donnent de le découvrir. Il s’impose
à certains comme une certitude qui s’empare
de toute leur vie, mais il arrive aussi
que pour d’autres qui font des expériences semblables,
les contours de Dieu deviennent plus flous, qu’ils
se voilent parfois et même s’effacent, car la
recherche de Dieu n’a jamais un résultat déterminé à
l’avance. C’est Dieu qui s’approche de nous, alors
que c’est nous qui croyons le découvrir. Il est parfois
le résultat d’une longue recherche et parfois il s’impose
à nous par la surprise et l’émotion.
A l’Orient de notre vie, c’est à dire
à l’origine de notre existence il y a toujours une étoile
dont l’intensité varie avec les expériences de la vie
et c’est son éclat qui détermine les enjeux de notre
parcours terrestre. C’est l’éclat de Dieu qui scintille
dans la clarté de cet astre qui est propre à chacun
de nous. Notre vie sera plus ou moins marquée de cette
présence qui s’imposera à nous, mais faute d’y
être attentifs elle se mettra peut être à vaciller
au point de presque s’éteindre .
Avide de savoir, chacun des mages que
nous sommes part sur le chemin de son histoire personnelle.
Nous cherchons à en savoir plus sur tout, car
l’être humain est d’un naturel curieux. Les questions
sur Dieu font partie de nos interrogations. Les réponses
que Dieu lui même peut apporter à nos interrogations
ne conviennent pas à tout le monde. Certains veulent
trouver les réponses tout seuls . Ils préfèrent
batailler dur pour arriver à un résultat qui les
satisfasse et ils détournent leurs pas cette
étoile qui les guidait et son éclat se met alors
à pâlir. Ils se mettent à chercher dans le labyrinthe
des connaissances humaines la voie qu’ils espèrent
être la bonne. Ils s’appuient sur leur intelligence
pour assouvir à leur curiosité. C’est ainsi que chacun
en répondant à ses questions à sa manière réagit
comme le firent les mages de la crèche.
Comme leur étoile faiblissait au
firmament du désert , c’est grâce à leur science, et
aux connaissances savamment acquises que
les mages tournèrent les pas de leur chameaux
dans la direction où ils pensaient que Dieu avait fait
sa demeure. Et c’est à Jérusalem qu’ils arrivèrent.
Ils ne se trompaient pas . Plus besoin d’étoile, leur
science l’avait remplacée. D’autres sages leur indiquèrent
alors la bonne direction et leur étoile se remit
à briller. Cependant, ils avaient jeté le trouble sur
leur passage.
En effet, si un roi devait naître de
par la volonté de Dieu c’est que Hérode,
le roi illégitime qui régnait sur le trône de David
allait cesser de jouer un rôle dans l’histoire, c’est
pourquoi le vieux roi décida de contrarier le plan de
Dieu. Comme l’étoile des mages ne brillait plus, ils
avaient cherché par la science des hommes la bonne
voie, mais les hommes sont des hommes et leur savoir
est à la disposition du pouvoir qui le monnaye
et ce fut le cas à Jérusalem. S’ils y ont
trouvé la bonne réponse à leur question, cette réponse
aussi arriva aux oreille du tyran. Et si
la science des hommes leur permit de trouver une
réponse, ce sera au prix de la vie de quelques enfants.
Personne ne sait pourquoi la lumière de Dieu avait
faibli pour eux dans leur étoile qui ne brillait plus,
mais on sait qu’en allant voir le roi, ils ont fait
une grosse gaffe. Ce constat pose une question
que, par ignorance, je suis obligé de laisser
sans réponse.
Les pèlerins que nous sommes,
en quête de Dieu, qu’ils soient mage ou simple citoyen
finissent toujours par découvrir leur étoile. Pour les
mages comme pour chacun de nous elle les guide
au dessus de Bethlehem. Le village de la maison
du pain. Ce pain, c’est le pain de Dieu descendu
du ciel auquel Jésus se comparera. Il porte en lui la
vie éternelle que nous découvrons en même temps
que nous découvrons Dieu dans l’enfant de la crèche.
Dieu se fait homme pour rencontrer les hommes. Il n’est
cependant pas dit ici, que Dieu se
cache dans l’enfant, et pourtant, comme les mages nous
le savons. L’étoile brille pour nous comme une lumière
intérieure . Elle nous parle la langue de Dieu qui se
révèle dans l’enfant qui vient à la vie. Dieu se lie
à la vie et la rend éternelle pour celui qui le reconnaît.
Ainsi, celui qui cherche Dieu, le trouve
dans l’espérance d’un enfant qui s’ouvre à la vie, car
Dieu est porteur de vie. Celui qui a faim de Dieu se
trouve nourrit par le pain de vie. Il le trouve à Bethlehem,
le village de la maison du pain. C’est
là que la tradition puise son origine. C’est en effet
à Bethlehem que David, le roi messie, le bien aimé d’Israël
a vu le jour. Ainsi en ce jour, à Bethlehem la
tradition royale retrouve sa vigueur non pas dans un
souverain puissant mais dans un enfant qui s’ouvre à
la vie et dont la parole apportera le salut à quiconque
l’entendra. Cependant, les mages en venant d’Orient
nous rappellent que cette tradition à une origine
encore plus lointaine
En effet, c’est d’Orient qu’était venu
Abraham, et avant les mages il avait lui aussi discerné
dans les étoiles, que Dieu lui ouvrait un chemin
vers une nouvelle terre où il se révélerait à lui. Et
Abraham partit d’Orient. C’est également
en Orient qu’une génération plus tard il envoya son
serviteur chercher la belle Rébécca, fille de
son frère Bethuel pour qu’elle devienne l’épouse
d’Isaac. Bethuel, cela signifie la maison de Dieu. Rébécca
, dont le nom signifie crèche, mangeoire, est
donc issue de « la maison de Dieu » pour abriter
le miel de sa Parole , car Rébécca avait pour nourrice
une certaine Deborah dont le nom signifie l’abeille
mais qui veut aussi dire : la Parole. Et oui, tout se
tient. La crèche était déjà annoncée par
une tradition ancienne que nous découvrons maintenant
dans Rébécca, elle révélera l’enfant de la Parole
qui est le miel de Dieu apporté d’Orient par la
tradition des mages afin que tout cela devienne réalité
pour chacune et chacun de nous. La tradition trouve
donc son berceau en Rébécca, la mère de Jacob qui prit
le nom d’Israël, elle avait annoncé depuis
l’aube des temps que le destin d’Israël
s’accomplirait dans le miel de la parole de Dieu dont
elle était le berceau.
Nous découvrons donc, avec les
mages, que la parole de Dieu ici bas, est devenue chair
et que cette chair a été habitée par la vie et
que la vie devient la lumière des hommes. Ici je parodie
le début de l’Evangile de Jean et je m’émerveille avec
vous en constatant que l’Evangile de Jean qui
semble dire tout à fait autre chose fait écho à l’Evangile
de Matthieu pour nous apprendre qu’à l’origine
de chacune de nos existences, la Parole de Dieu
s’offre à nous comme un miel savoureux porteur
de vie et de vérité.
Tels les mages, nous devenons, par
le truchement des Ecritures porteurs de ces promesses
qui constituent une bonne nouvelle pour chacun de ceux
qui reconnaissent en eux la lumière que Dieu a allumée
à l’Orient de leur vie, telle une étoile pour
les guider. Et si les mages sont élevés par la
tradition au rang de rois, ne soyez pas contrariés
car vous, par la volonté du Seigneur vous devenez à
votre tour membres de ce sacerdoce royal avec lequel
il se promet d’édifier son Royaume.
Veillée
de Noël le 24 décembre à Pentemont. Jean Besset
Un sermon le soir de Noël ce
serait banal ! Qu’il me soit permis, une fois
dans l’année de déroger à la règle et de me mettre
à rêver. L’enfant de la crèche on a déjà
tant parlé, les bergers, les mages, Joseph, Marie,
nous les connaissons par cœur. Peut-on parler de l’événement
de Noël autrement ? Nous allons essayer
A Noël, c’est le moment où Dieu
a décidé de donner une chance aux hommes de lui
plaire. Noël, c’est la chance de l’humanité. L’histoire
de Noël c’est la réponse à une vieille histoire où
la Bible raconte que Dieu avait voulu détruire
tous les hommes et la création entière. Mais il
a changé d’avis, et pour donner une chance aux hommes
il a du commencer par sauver les animaux. C’est donc
l’histoire du déluge vue par les animaux que je
vais essayer de vous compter ce soir.
Les animaux, entassés dans l'arche
que Noé avait construite s'ennuyaient soir et matin.
Il ne faisait pas très clair dans cette embarcation,
il n'y avait qu'une seule fenêtre sur le toit, et encore
elle ne laissait passer la lumière que très modérément
car elle était toute embuée du fait de la pluie. A l'extérieur,
les nuages ne laissaient filtrer qu'une lumière blafarde
qui rendait l'étendue de l'immensité morne et triste.
La pluie qui frappait en rafales les
flancs du navire faisait un bruit sourd, rythmé
par les coups réguliers du tonnerre auquel on avait
fini par s'habituer. La vie devenait monotone car rien
de ne produisait pour provoquer une diversion
dans leur ennui. Sans doute de temps en temps
un début de querelle se déclenchait parce que
l'un ou l'autre réclamait plus de place ou que parfois
la paille devenait humide parce que l'eau suintait à
travers les parois du bateau qui avait pourtant
été enduites de bitume à l'intérieur
et à l'extérieur. Mais tout le monde se tenait
tranquille tant ils étaient conscients du privilège
qu'ils avaient d'avoir échappé à la tempête.
Noé, sa femme, ses fils et ses belles-filles
étaient trop occupés pour faire le ménage, changer les
litières, distribuer, la nourriture, jeter les immondices
par dessus bord pour distraire tout le monde. Ils n'avaient
pas le temps non plus de faire la conversation, bien
que cela leur manquât à tous car tous étaient
assez bavards.
Il faut dire que nous étions encore
au tout début de l'histoire du monde, et on soupçonne
qu'à cette époque les animaux parlaient la même langue
que les hommes. On en aura plus tard la preuve
avec l'épisode de l'ânesse de Balaam. Vous ne
saviez pas qui elle est? Allez donc la lire dans
le livre des Nombres au chapitre 22 .On
vous racontera qu’alors que Balaam la battait elle
conversait avec un ange. Quant aux animaux
dans l’arche même s’ils le pouvaient, ils ne savaient
pas de quoi parler. Ils avaient épuisé toutes les conversations
sur la pluie et le beau temps. Ils avaient une
seule question et ils n'en savaient pas la réponse.
Quand tout cela allait-il finir?
Que faisaient-ils là au milieu de cet
océan? Ils ne le savaient pas non plus, mais nous nous
le savons peut être. Nous savons que quand tout cela
serait fini, quand la pluie aurait cessé, quand la terre
serait redevenue sèche, Noé, sa femme , ses fils et
ses belles-filles auraient besoin d'un sérieux coup
de main pour rendre à la terre un aspect normal, pour
tout reconstruire et tout replanter.
Tout ces animaux , revêtus de poils
et de plumes savaient bien qu'ils avaient été mis au
sec pour tout recommencer et apporter leur collaboration
à ce monde nouveau qui sous la direction de Noé, de
sa femme , de ses fils et de ses belles-filles allait
devenir merveilleux . Notre monde quoi !
Avant le déluge, Dieu avait laissé
les hommes se débrouiller tout seul et ça n'avait pas
très bien marché. Un seul animal s'était proposé pour
les aider, mais on ne pouvait pas se confier en lui,
c'était le serpent. Il avait dit des choses à Eve qui
les avait mal comprises et qui les avait répétées et
ça c'était mal terminé.
Dieu avait donc décidé que les
autres, tous les autres allaient s'y mettre, sauf les
kangourous, les lamas et les ornithorynques. Si vous
ne savez pas pourquoi, c’est une énigme que je vous
laisse et que vous trouverez sans doute avec un
peu de réflexion. . Dieu espérait une grande fraternité
des hommes et des animaux pour construire le monde
nouveau . En récompense de leurs efforts et de
leur bonne volonté on parlerait d'eux dans la Bible!
Et vous allez voir, tous les animaux dont on va
parler désormais dans cette histoire sont mentionnés
dans la Bible, sauf, bien entendu les kangourous, les
lamas et les ornithorynques.
C'est pourquoi, alors que l'arche
était ballottée par le vent, alors que la pluie continuait
à tomber, alors que Noé, sa femme, ses fils et
ses belles-filles étaient trop occupés à faire le ménage
et à nourrir tout ce petit monde, les animaux commencèrent
à se distribuer les rôles. Puisque les hommes avaient
tout raté, il fallait bien qu'eux s'en mêlent pour ne
pas faire les erreurs du passé.
Et tous les soirs, à la veillée, ils
imaginaient le monde qu’ils allaient construire. Le
plus majestueux, naturellement, nous le connaissons
tous, c'est le lion. « Moi je serai roi déclara-t-il
, il faudra que tous m'obéissent et je saurais
bien les diriger ». Ca commençait mal, Dieu n'avait
peut être pas pensé que les choses allaient prendre
cette tournure. Il ne s'agissait pas de remplacer les
hommes, mais de collaborer avec eux. Et c'est
cela qui de premier abord semblait la chose la plus
difficile : faire les choses ensemble sans que l'un
d'entre eux décide qu'il est le chef
. Alors on décida que pour le rôle
de roi, on allait partager. Ce serait bien évidemment
un humain qui serait roi, mais il prendrait le
lion comme totem c’est ainsi que le roi d’Israël
devint le lion de Judas. C’ était déjà comme
chez les scouts!
A partir de cet incident qui aurait
pu être grave, tout commença à s'organiser selon
un plan raisonnable. Voila alors que moutons,
chèvres et chevreaux, veaux vaches et autres animaux,
chiens, chats, lapins écureuils, antilopes bouquetins
acceptèrent chacun de s'inscrire dans l'histoire des
hommes soit comme animal domestique, soit comme animal
de compagnie soit tout simplement pour exister et repeupler
la terre. Tous étaient d’accord pour que le nouveau
monde soit beau et harmonieux.
Même la baleine qui nageait à côté
du bateau et dont le chant venait distraire tout
le monde de l'ennui où ils se trouvaient se mit sur
les rangs pour être elle aussi un auxiliaire important
dans l'activité des hommes. Sans elle le prophète Jonas
n'aurait jamais sauvé Ninive.
Mais finalement les grosses bêtes malgré
leurs prétentions n'ont pas servi à grand chose. La
baleine n'a servi qu'une seule fois, peut être deux
mais les textes ne sont pas clairs, les éléphants, jamais,
le lion, en dépit de sa prétention à la royauté ne servit
qu'à décorer le bouclier de David qui d'ailleurs
préféra honorer l'âne en s'en servant de monture. Les
gorilles et les grands singes on n'en parle pas
beaucoup. Trop grands, semble-t-il, trop
intelligents aussi, les hommes ont pris ombrage
de leur force peut être et sans doute de
leur intelligence. Mais ça ce n’est pas le moment
d’en parler revenons à notre histoire.
Nous parlions de l'âne qui servait
de monture au roi David! Pour l'instant, dans
l'arche de Noé, l'âne restait modestement dans
son coin.
Les autres revendiquaient des postes
de choix en fonction de leur taille ou de leur beauté.
Le bœuf par exemple , il se ventait d'être
assez fort pour tirer les plus grosses charrues et porter
les plus lourdes charges. Mais finalement il servira
surtout d'animal de boucherie., même si une prophétie
à peine croyable raconte qu'un jour un de ses descendants
tiendra compagnie au du fils de Dieu le jour de sa naissance!
Modeste dans son coin le chameau ruminait
. Toute cette agitation l'agaçait, il n’était pas très
beau, il le savait, il n’était pas très bavard non plus
, c'était sa nature. « Que les hommes se servent
de moi, disait-il je les servirais de mon mieux. » Pourtant
, Dieu qui l'avait fait humble et modeste se servit
de lui pour être présent lors des grandes aventures
amoureuses que la Bible raconte. C'est en abreuvant
des chameaux qu'Eliezer le serviteur d'Abraham rencontra
Rebecca, la princesse des princesses la femme d'Isaac.
C'est également en abreuvant des chameaux
que Jacob devint follement amoureux de la belle Rachel.
Il semblerait dans la Bible que le fait de faire
boire les chameaux vous rend amoureux ! On a dit aussi
que les chameaux étaient présents lors de la naissance
du Fils de Dieu et qu’ils servirent de monture au rois
mages?
Mais si les chameaux ont bien
servi les patriarches, ce sont les ânes qui ont fait
les rois d'Israël. Dans l'arche, l'âne ne disait toujours
rien, c'est pourtant lui qui aidait Noé, sa femme,
ses fils et ses belles filles à nourrir les animaux
en portant sur son dos la paille et le foin . Son sabot
agile lui permettait de monter les coursives qui
desservaient les 3 étages du bateau. Il était tellement
utile et tellement occupé que les autres animaux
ne le voyaient pas pas, ils le méprisaient même
un peu parce qu'ils ne savaient pas la suite. Ils le
prenaient pour un pauvre baudet, un modeste bourricot,
pourtant, sans lui l'historie n'aurait pas été bien
loin, mieux, il n’y aurait pas eu d’histoire du tout.
Cependant il avait toujours été
le compagnon des rois. Sans lui, Saül n'aurait jamais
été roi, ni Salomon, et on se demande même comment Jésus
aurait pu être salué du titre de roi le jour des Rameaux
s'il ne s'était assis sur le dos d'un âne, car
dans la Bible, c'est à l'âne que l'on reconnaît le roi
Quand on lit la Bible, on croise
à toutes les pages ce petit âne qui parle
même avec les anges et sur le dos duquel rois et prophètes
ont traversé toute l'Ecriture.. Bien sûr il finit lui
aussi dans la crèche à côté du fils de Dieu, modeste,
comme toujours, mais c’est là sa place à lui, plus qu’à
un autre.
Si donc aujourd'hui Dieu vous demandait,
à chacun de vous quel personnage de la Bible vous
voudriez être, à tous les coups je crois savoir
ce que vous répondriez. Ce soir, nous découvrons
avec un peu d’humour que l’âne est le modèle que Dieu
nous donne pour répondre à notre vocation d’homme. Cette
découverte vaut sans doute mieux qu’un long sermon.
Dimanche 26 novembre 2006 Culte
à Pentemont autour de la cantate de Jean Sébastien
Bach
Bwv 61 du premier dimanche de l’Avent.
Lectures 1 Jean/1-3 Romains 13/11-14
L’être humain est-il comme un brin
d’herbe qui frémit à la moindre brise sans
pouvoir réagir? Ressemble-t-il au passereau qui
d’un coup d’aile s’écarte du danger qui le menace, sans
même savoir de quel danger il s’agit ? Ou alors
serait-il comme le lièvre apeuré, prêt à détaler quand
ses yeux au raz du sillon le préviennent de la moindre
menace? L’humanité est-elle semblable à toute une arche
de Noé remplie d’animaux de toute espèce qui tremblent
et frémissent dès que le ciel obscurci s’alourdit de
nuages d’orage ?
Avec superbe l’être humain se dresse
sur ses jambes. Il domine la nature de toute sa
faiblesse. Il se croit supérieur à toutes ces
espèces en alarme, mais pareil aux autres, il a peur
sans vraiment savoir de quoi il a peur. Dernier né parmi
tous les êtres vivants, il se sait sans protection naturelle
mais il se croit en tout supérieur aux autres êtres
vivants dont il règle l'avenir et l'existence
à sa discrétion. Il se croit capable de tout.
Il se prétend savant en tout, il s’affirme
compétent en tout, et pourtant il est hanté par
une peur ontologique dont il ne sait pas l’origine et
qui périodiquement l’envahit sans savoir pourquoi.
Malgré sa capacité à tout connaître,
il y a une réalité qu’il ne connaît pas vraiment, c’est
celle qu i est au fond de lui-même. Il constate
qu’il y a des zones d’ombre mystérieusement
enchâssées dans le secret de son être. La réalité de
ce mystère alimente en lui des peurs qu’il ne
sait pas conjurer. Il doit alors accepter son ignorance.
Il ne sait pas qui il est, ni d’où il vient, ni où il
va. Le seul fait de se poser des questions sur
lui-même sans savoir qui il est l'amène à espérer qu’il
y a ailleurs qu'en humanité un savoir qu’il
ne maîtrise pas. Depuis la nuit des temps cette
question le hante et le trouble. Il aspire
à être éclairé, il aspire à être sauvé de son
ignorance, il aspire à vivre sans crainte.
Un jour ou l’autre, chaque individu
se pose invariablement la question de savoir s’il
va accepter qu’une connaissance, qui n’est pas d’origine
humaine puisse lui apporter sa lumière. Les mystères
de ses origines ne sont pas à sa portée, il est incapable
de percer les secrets de son âme, c’est pourquoi il
faut, qu’indépendamment de lui la sagesse qui préside
à l’ordonnancement de toute chose vienne effleurer son
orgueilleuse ignorance et qu’il découvre enfin, qu’il
n’a pas capacité par lui même, d’accéder à tous les
savoir. Il sait forcément, quand il se prend
à réfléchir, qu’il y a un savoir qui ne lui appartient
pas, c’est celui qui lui vient d’ailleurs. Il pressent
cependant qu’il peut le recevoir s’il accepte
d’être visité par ce qui n’est pas lui-même, et d’être
habité par ce qui n’a pas son origine dans l’humain.
C’est alors qu’il prend conscience qu’une intelligence
qui ne lui appartient pas peut pénétrer les zones d’ombres
qui l’habitent. Elle peut donner du sens à ce
qui n’en a pas et apaiser ses craintes.
Ce moment de l’année où nous
sommes, quand la nature s’endort, quand le ciel
s’obscurcit et interdit au soleil de venir jusqu’à
nous quand la vie semble perdre ses droits est
un temps propice pour que chacun de nous cherche
une réponse aux questions qui l’habitent. Il faut alors
qu’il se laisse visiter par ce qui transcende le temps
et l’espace et qui est capable de donner du sens
à ses inquiétudes. Il essayera alors de
se mettre au bénéfice de ce souffle qui vient
d’ailleurs et auquel nous sommes tous sensibles. Il
est seul capable de nous ouvrir à des vérités
qui sont déjà en nous. Nous les ignorons mais
c’est elles qui donnent du sens à ce qu’il est
convenu d’appeler notre âme.
Tout cela commence pour chacun
de nous par une question récurrente. Elle a déjà été
formulée dans le jardin primitif
où l’Ecriture a fait raisonner pour la première
fois la voix du Tout Autre qui s’adressait à l’homme.
Dieu cherchait Adam et lui a demandé :
- où
es-tu ?
- Je
me cache, parce que j’ai peur lui a-t-il été répondu.
Et l’homme en pleine
recherche de lui-même a découvert
alors qu’il est sur une terre hostile où
il ne sait pas, par quel hasard de
la génétique et de l’histoire il se trouve là. Mais
de quoi a-t-il vraiment peur ? N’a-t-il
pas peur de passer sur cette terre sans que personne
ne s’en aperçoive et que rien ne garde mémoire de lui
? L’homme que nous prétendons être n’est-il qu’un souffle
de vent qui agite l’herbe des champs avant
de s’évanouir dans le néant de l’infini ?
Si tu veux faire partie de la mémoire
du monde, si tu veux que ta vie prenne du sens, ouvre-toi.
Ouvre-toi, non pas pour donner, mais pour recevoir.
Ouvre-toi, pour que la sagesse du monde vienne habiter
en toi ? Mais qui donc fait vibrer en nous cette
sagesse qui apaise nos inquiétudes? Le seul
fait de poser la question suppose la réponse.
Il y a hors de nous une réalité qui s’intéresse à nous
et qui contient toutes les réponses que nous nous posons
sur nos origines et sur notre devenir. Le seul fait
de savoir qu’il existe une réalité qui oriente
l’existence de tous les humains dans une même direction
a déjà pour premier effet de nous rassurer et d’apaiser
nos craintes.
Certes, cela ne change rien à la réalité
apparente. Les dangers du monde ne cessent pas pour
autant d’exister et l’homme est toujours aussi fragile
et impuissant face à ce qui le dépasse. Mais il ne se
sent plus seul et cette certitude, en lui donnant du
courage stimule son action et son esprit d’invention.
Le seul fait de savoir qu’une réalité pensante, indépendante
de nous, nous accompagne, suffit à changer la donne
et tout notre être intérieur se sent régénéré. C’est
alors que nous devenons capables de saisir les injonctions
de la « cantate » de ce jour : « Viens ô Sauveur
des païens ». Nous découvrons, sans le savoir, que nous
aspirons à être sauvés et que le salut consiste à avoir
des réponses à ce que nous ne savons pas sur nous-mêmes.
Nous sommes sauvés quand nous découvrons que notre vie
a du sens et que celui qui lui donne du sens s’approche
de nous. Il prend notre fragilité en compte et il met
en nous le vouloir et le faire pour que cette fragilité,
loin d’être la cause de notre mort, devienne l’origine
de notre vie. Elle provoque alors en nous une capacité
à inventer tous les éléments qui donneront du poids
à notre existence. C’est alors que nous trouverons la
bonne direction vers laquelle orienter nos actions.
C'est cela le salut. Le salut, c’est le
moment où nous comprenons que notre prodigieuse
capacité à inventer trouve son origine en Dieu. Il provoque
en nous une pulsion irrésistible que nous traduisons
par toutes sortes d’actions valorisantes qui sont
porteuses pour nous de salut et d’espérance.
Il est temps maintenant de mettre
en accord nos pensées avec les événements du moment.
Nous avons découvert, et il est bon de le dire une nouvelle
fois que nous sommes provoqués de l’extérieur de nous-mêmes
afin que notre vie intérieure soit pacifiée et
rassurée. Si nous ressentons alors un émoi dans notre
fort intérieur c’est que nous avons compris que
Dieu essaye d’établir une relation personnelle
avec nous.
De tout temps on a donné un nom à cette
réaction personnelle et intérieure. On l’appelle la
conversion. Dans ce temps de préparation à Noël où
nous entrons, Dieu facilite notre émotion en se revêtant
d’humanité. Non seulement il nous dit qu’il est
attentif à notre existence personnelle mais il
nous fait aussi comprendre que l’histoire du monde n’aurait
aucun sens s’il ne venait pas partager notre humanité.
Il agit en nous pour nous faire réagir,
c’est ainsi qu’il nous rappelle que l’amour, sous
toutes ses formes est le moteur du monde et que
c’est le seul instrument dont Dieu se sert pour participer
avec nous à l’Ecriture de notre histoire. Il a un seul
nom Jésus Christ et il en fait notre frère.
Dimanche 29 octobre 2006 - Réformation
– Pentemont.
Marc 11/15-18
Autres lectures : Esaïe 55/1-11 -
1 Corinthiens 3/11-23
Si les chrétiens le pouvaient, ils
se regrouperaient en communautés de base et vivraient
entre eux au rythme que la nature impose aux être
humains. Ils savent que cet équilibre leur permettrait
de vivre heureux en accord avec Dieu. Certains n’hésitent
pas à le faire. Il existe, en effet, sur notre
sol des communautés de type familial, parfois
œcuméniques qui s’essayent à vivre ainsi avec un certain
succès. Mais, ce n'est pas tout. Depuis des temps immémoriaux,
d’autres chrétiens, chassés du vieux continent ont construit
des communautés de vie qui ont du faire des choix drastiques
pour survivre face au monde moderne. Portant un
regard critique sur le monde, actuel, les communautés
amiches lui reprochent de faire violence
aux rythmes de la nature, il fait également violence
à la vie communautaire en privilégiant les individus
qu’il pousse à rivaliser entre eux afin de devenir en
tout les meilleurs ou les plus forts si non les plus
riches. La grande majorité des croyants du monde moderne,
s’ils acceptent ces violences, s’ils en profitent souvent,
s’ils y trouvent leur compte ne peuvent s’empêcher de
rêver d’un monde où la violence ne serait pas et où
on pourrait vivre à l’imitation de Jésus Christ dans
une société harmonieuse.
Ce désir est d’autant plus exigeant
que depuis quelques décennies nos habitudes religieuses
sont contestées par un couple infernal qui, surgi
de l’inconscient collectif semble vouloir imposer sa
loi. Il étend l'agressivité de ses tentacules sur les
gouvernants qu’il tente de corrompre. Il envahit le
monde et prend place dans nos préoccupations
quotidiennes. Il a nom Religion et Violence. D’antagonistes
qu’ils étaient jusque là, ces deux facteurs tentent
de s’associer au nom de ce même principe d'obéissance
l'obéissance à Dieu qui les séparait
dans le passé. :
Jusqu’à maintenant la violence était
l’ennemie du monde religieux, dont les slogans rimaient
avec paix, sérénité, harmonie, tolérance. L’histoire
a même fait un procès aux religions quand elles n’ont
pas respectés ces impératifs qui étaient traditionnellement
les leurs. Christianisme, indouisme, bouddhisme, islam,
judaïsme se devaient, jusqu’à un passé récent de respecter
ces règles. Las, un nouvel impératif est en train de
les faire sauter en éclat, il s’agit de l’intégrisme.
C’est lui qui rend le mariage possible entre violence
et religion. Mais, Dieu, est-ce possible ? s’écrient
les croyants qui voient en même temps des chrétiens
saccager des cliniques, des scythes assassiner le chef
qu’ils ont charge de protéger, des jeunes se supprimer
la vie avec violence pour détruire ceux qui ne pensent
pas comme eux et d’autres enfin prêchent la violence
extrême pour éradiquer le péché.
Et voila que ce matin, c’est le doux
Sauveur à barbe blonde qui ne sait pas se retenir. Lui
que l’on a traîné au poteau de torture sans qu’il n’oppose
aucune résistance, nous le prenons aujourd’hui en défaut.
Nous sommes d’autant plus surpris que son mouvement
de violence semble à la fois prémédité et gratuit à
l’image de ce qui se produit actuellement dans les rues
de nos banlieues. Il vient le soir, observe le saint
Lieu et s’en retourne pour revenir tout casser le lendemain.
Entre temps, usant de ses pouvoirs spéciaux, il
s’en prend à la nature, insulte un arbre qui périt dans
la journée. Une telle histoire ravirait davantage un
petit groupe de casseurs cagoulés qu’une assemblée aussi
respectueuse que la vôtre.
En fait, si la plupart du temps Jésus
a été un non violent, il n’a pas érigé la non violence
au rang de vertu évangélique. Jésus est trop prudent
pour cela. Il sait que beaucoup de nos actions
ou de nos attitudes sont motivées par des formes de
violence. Il sait que la violence trop contenue est
à son tour porteuse de violence, et la plupart du temps
nous ne réalisons même pas que la violence st à l'origine
de la plupart de nos actions. Le seul acte de se nourrir
est porteur de violence, car il a bien fallu tuer l’animal
qui nous nourrit et couper en tranches la courgette
qui l'accompagne. Violence est faite au mouton dont
on coupe la laine, violence est faite à notre voisin
l’épicier qui espère notre clientèle alors que
l’on préfère la superette un peu plus loin. La violence
est en nous et la plupart de nos attitudes en sont le
reflet. L’Evangile nous apprend à les gérer. La violence
contient en elle les racines du péché, mais n’est
pas le péché. Elle le devient quand elle est motivée
par l’égoïsme et le désir de dominer et non par la nécessité.
Mais cela n’est pas notre sujet d’aujourd’hui.
Il se trouve que Jésus commet ici un
acte de violence dont il nous faut découvrir la signification
si on veut comprendre la portée de son geste.
Il ne fait pas un acte de violence gratuite pour se
défouler c'est évident, il y a autre chose derrière.
En fait, il vient de vivre une expérience
apparemment gratifiante. Il vient de se faire acclamer
comme roi d’Israël en traversant une partie de Jérusalem.
C’est ainsi qu’il est arrivé aux abords du Temple.
Une première histoire s’achève et une deuxième
va commencer. Elle commence curieusement. C’est
le soir et il ne se passe rien , puis ce sera le matin
où tout va se passer. Intentionnellement l’Evangile
nous place dans le contexte de la création. Il y eut
un soir à Béthanie et il y eut un nouveau jour et Jésus
a faim. Honte donc à Lazare son hôte qui l’a laissé
partir après un petit déjeuner insuffisant ! Non, ce
n’est pas cela, si Jésus a faim, c’est que nous sommes
dans le contexte de la création, à l’aube d’un jour
nouveau et Jésus a faim de nouveauté. Nous sommes dans
le temps de Pâques où l’on fête la nouveauté de la nature,
et la Création de ce peuple, de son peuple, jadis en
plein désert par Dieu.
Bien évidemment les figuiers n’ont
pas encore de fruits. Il faudra attendre, mais le temps
nouveau n’attend pas. Toutes choses doivent devenir
nouvelles. Quand Dieu crée tout ce qui vit doit
intégrer ce mouvement créateur. Le figuier qui
règle sa production au rythme des saisons doit changer
de mode de fonctionnement, il doit devenir
comme l’arbre de la fin des temps et produire en toutes
saisons. L’arbre devrait se remettre en question et
se rendre disponible au moment où Jésus qui agit
au nom de Dieu en a besoin, si non il est inutile et
meurt dans l’instant qui suit.
C’est alors que le texte devient allégorique
pour nous rappeler à notre propre réalité. C’est quand
Dieu crée qu’il faut répondre à sa volonté de
transformation et non pas quand nous serons prêts.
Ce n’est pas celui qui fait honnêtement son travail
qui est utile à Jésus c’est celui qui sait se tenir
dans l’urgence et qui se rend utile et efficace au moment
où Jésus appelle. Et le moment où Jésus appelle, c’est
maintenant. C’est une invitation à l’Eglise pour
qu’elle se tienne toujours sous pression. Elle doit
s’adapter au climat d’urgence car le Royaume est là
et déjà il faut vivre le temps nouveau que Dieu est
en train de créer. C’est à nous d’estimer la situation
et de savoir si l’Eglise est vraiment sous pression
comme elle devrait l'être.
Le temps nouveau, ce jour là se localise
dans le Temple. Ce lieu est, le lieu prestigieux
du culte juif où la tradition se trouvait fixée
à jamais. C’était le lieu où le culte se déroulait selon
l’antique Loi de Moïse et où les sacrifices d’animaux
se faisaient selon des rites ancestraux. Aucun argent
impur n’avait cours dans l’enceinte sacrée. C’est pour
cela que des changeurs se tenaient à l’entrée du Temple
afin que les offrandes puissent se faire en argent pur.
Tout y était policé selon les lois antiques de leurs
aïeux. Mais pour Jésus il fallait marquer ce lieu du
souffle créateur de Dieu. Ce n’est pas que les sacrifices
étaient mauvais, ce n’est pas que les offrandes étaient
inutiles, mais les sacrifices et les offrandes codifiaient
l’accès à Dieu et Jésus prétendait à la nouveauté selon
laquelle, aucun intermédiaire, le plus sacré soit-il
ne pouvait s’interposer entre Dieu et les hommes. Ainsi,
joignant le geste à la parole Jésus permettait à chacun
de se trouver directement en présence de Dieu sans aucune
protection sacrée.
La nouvelle création, voulue par Dieu
se mettait en place sous l’action significative de Jésus
qui maintenant déclarait que toute chose était devenue
nouvelle dans la demeure de Dieu. Notre souci d’aujourd’hui
est de donner suite à l‘action de Jésus. Il s’agit pour
nous de poursuivre la re-création de toute chose.
C’est en ce sens que les Eglises ont
vocation à être réformées. Elles ont vocation à être
pionnières dans la re-création du monde. Chacun a vocation
de découvrir qu’il est au service de Dieu, si bien que
l'œuvre de chacun doit devenir créatrices. Et
malgré ce désir d'agir conformément à la pensée
de Dieu, aucun acte créateur ne peut se faire
sans faire violence à ce qui était déjà, pour
que cela devienne autrement.
Quant à l’Eglise elle est le lieu où
se rassemblent tous ceux qui reconnaissent que Dieu
leur donne pour mission d’agir de telle sorte que toutes
choses deviennent nouvelles. C’est ce que nous avons
découvert au moment de la Réforme et c’est ce que nous
devons continuer à faire.
Dimanche 22 octobre 2006 – Pasteur
Jean Besset - Pentemont
Esaïe 53/10 -11
Autres lectures Marc 10/35-45 -
Apocalypse 21/10-&& puis Ap. 21/21-22/5
Cantique 150/1,2 - 253/1,2,3
- 257/1,2,3,4
On a beau vivre dans un univers protégé,
nous ne sommes jamais à l’abri des coups du sort dont
les injustices nous posent continuellement
problème. Les uns souffrent, cloués au lit par
la maladie alors que les autres prospèrent dans une
bonne santé insolente. Les uns naissent dans les
pays de la faim où la guerre vient accabler leur sort,
alors que d’autres profitent d’une prospérité qui
résiste à toute épreuve. Le loup dévore l’agneau qui
se désaltère dans le courant d’une onde pure qui se
trouve brusquement souillée du sang
de l'innocent. C’est à vous maintenant de
rajouter à ces remarques la liste des
injustices qui vous concernent.
Chaque dimanche, nous unissons nos
voix en une prière d’intercession, nous tendons des
mains suppliantes vers le Tout Puissant pour réclamer
justice. Nous pensons que toutes nos prières conjuguées
finiront par monter jusqu’au Seigneur et qu’il fera
droit à nos requêtes. Nous espérons alors que paix,
justice, et santé nous seront données et
que nous verrons enfin s’établir les prémices d’un monde
nouveau. Nous espérons voir des réponses discrètes à
nos prières dans les événements qui vont dans le sens
de nos requêtes : décisions de justices équitables,
guérisons inattendues ou coups d’états renversant des
tyrans sanguinaires. Mais en même temps que nous en
remercions Dieu nous gardons au fond de nous des reproches
que nous n’osons pas formuler car nous nous sentons
bien peu exaucés. Nous nous accusons de notre manque
de foi, nous accusons les églises d’être trop peu actives
et pas assez fidèles et nous nous culpabilisons
face à Dieu que nous n’arrivons pas vraiment à gagner
à notre cause.
Ce phénomène n’est pas nouveau, depuis
que les hommes ont pris conscience du sacré, il en a
toujours été ainsi et nous constatons que nos prières
ne trouvent pas de réponses plus satisfaisantes que
jadis les peuples païens. La foi en Jésus que
nous considérons comme la forme la plus élaborée de
la religion ne semble pas avoir fait évoluer les choses,
c’est pourquoi, au lieu de nous culpabiliser en
nous disant que nous ne savons pas nous y prendre ou
que nous prions mal, ne faut-il pas que nous jetions
un autre regard sur Dieu ? N’est-ce pas cela que Jésus
à cherché à nous enseigner ? N’est ce pas
pour cela qu’il n’a pas été compris de son temps et
n’est-ce pas encore le cas ? Il a
essayé de nous dire, c’est en tout cas comme cela que
je ressens son message, que Dieu n'est pas au service
d'une minorité qui serait plus privilégiée que les autres
ou qui saurait mieux prier que les autres et dont les
attitudes religieuses seraient plus valorisantes que
les autres ? Jésus nous invite à avoir une autre
attitude. Mais avant de réfléchir sur Dieu écoutons
le texte d’Esaïe qui nous interpelle.
« Il a plu à l’Eternel de le briser
par la souffrance ». Curieusement ce texte ne
nous choque pas tant on l’a utilisé pour expliquer
l’acte rédempteur de Jésus Christ. Nous considérons
habituellement que Jésus aurait concentré sur
sa seule personne toutes les souffrances du monde en
un offrande sublime à son Père. Nous en recueillerons
les fruits à la fin des temps dans une béatitude
parfaite auprès de Dieu dans un paradis tel que
le décrit l’Apocalypse dans le texte que nous avons
lu tout à l’heure. Mais à y regarder de près, bien que
ce paradis décrit comme la nouvelle Jérusalem
soit fait de pierres précieuses et de cristal, il est
cependant inhabitable selon nos critères humains, malgré
son arbre qui porte des fruits en toutes saisons. Derrière
cette description, il faut sans doute voir
une autre réalité qui à partir de ce texte nous parle
tout simplement de la proximité de Dieu et de son amour
sans égal. Dans le texte d’Esaïe il faut faire le même
exercice sous peine de défigurer Dieu et son message.
Essayons de réfléchir pour savoir ce qu’il y a
sous ce texte ?
« Il a plu à Dieu de le briser par
la souffrance ». Ce texte fait partie des hymnes du
« Serviteur souffrant » du Deuxième Esaïe. Ils nous
décrivent un homme face à l’hostilité et à la
souffrance. S’agit-il du prophète lui-même ou d’un prophète
anonyme ? Je ne sais. S’agit-il, comme on l’a souvent
dit du peuple d’Israël souffrant l’exil à Babylone ?
C’est probable. Ce Deuxième prophète
Esaïe est à distinguer du premier qui vivait 100
ans plus tôt. Celui-ci est un autre prophète dont les
écrits nous sont donnés dans le même livre à partir
du chapitre 40. Il a pour mission de soutenir le peuple
en exil et de lui donner espoir alors qu’il se
trouve retenu sur une terre étrangère au
bord du Tigre et de l’Euphrate. Les théologiens
chrétiens se sont bien vite emparés de ce texte dans
lequel ils ont vu une prophétie annonciatrice de la
passion de Jésus prononcée 4 ou 5 siècles avant l’événement
sans tenir compte du fait que cette prophétie dans un
premier temps s’adressait à un autre que Jésus.
Malgré tout, à partir de ce passage
on a tenté d’élaborer avec succès une théologie de la
souffrance, en vertu de laquelle, Dieu ne serait pas
étranger à la souffrance qui est la nôtre, elle aurait
une vertu expiatoire et contribuerait à notre sanctification.
Quand cette souffrance est reportée sur Jésus,
elle a pour effet une action rédemptrice
pour le monde. Si cette approche de la souffrance est
satisfaisante pour beaucoup de croyants parce qu’elle
donne du sens à leurs souffrances, elle est inconcevable
pour Dieu car elle donne de lui une image qui en fait
un dieu pervers et vengeur. Cette réponse
ouvre plus la voie à l’athéisme qu’à la foi.
Bien évidemment pour pouvoir prolonger
ma réflexion je m’en suis pris à la traduction de ce
texte qui ne me satisfaisait pas. Je me suis même risqué
à le lire en hébreux. Insatisfait de ma propre
traduction qui ne correspondait pas à celle des
traducteurs autorisés, j’ai demandé de l’aide à quelques
fins hébraïsantes qui m’ont confirmé que la traduction
de ma Bible n’était pas fautive. André Chouraqui, le
traducteur du dernier recours va encore plus loin
il dit : « Le Seigneur désire l’accabler,
l’endolorir » Nous sommes apparemment dans la
même situation, à peu de choses près, que celle
que propose le livre de Job dans le prologue duquel
Dieu parie avec Satan sur l’intégrité de Job. Mais le
livre de Job est une parabole dont le but est de dire
que Dieu n’est pas à l’origine du mal. Ici Esaïe
dit le contraire.
Les spécialistes du texte nous disent
qu’il a été reçu par les juifs comme la conséquence
de leur manque de foi. Le peuple coupable d’impiété
à l’époque royale aurait été brimé par Dieu qui l’aurait
fait souffrir en exil afin de purifier sa foi
et de lui permettre de revenir, en état d’intégrité
acceptable, sur la terre de ses ancêtres.
C’est ce qui s’est effectivement produit. Le temps
de l’épreuve ayant été suivi par un retour en grâce.
Le problème qui se pose reste quand même de savoir si
Dieu se sert du mal?
La où le problème se complique c'est
quand nous cherchons à savoir comment recevoir
ce texte en dehors du contexte que je viens de décrire
? Comment recevoir l’épreuve quand on ne se sent pas
coupable ? Qui est à l’origine du mal, Dieu ou Satan
? Y a-t-il une puissance hostile qui mettrait
la toute puissance de Dieu en cause ? C’est pour répondre
à cette question que je risque une autre traduction,
mais qui suis-je pour traduire autrement que la TOB,
Second ou Jérusalem ? Car toutes les grandes traductions
vont dans le même sens, selon elles, Dieu
prend plaisir à la souffrance du serviteur. Prédestinés
à souffrir, vous n’y pouvez rien, Calvin avait raison.
Le Dieu Tout Puissant ayant décidé de votre bonne
fortune ou du contraire, qu'avons-nous de mieux à faire:
le défier ou le subir ?
Mais trêve de blasphème, pourquoi ne
pas traduire « brisé par la souffrance, il plaît
à Dieu ». ce n’est pas la souffrance que Dieu se plairait
à nous infliger, et qui lui plairait, c’est la manière
dont nous réagirions par rapport à la souffrance.
Je découvre alors que ma traduction n’est
pas novatrice, la « Bible en français courant » traduit
comme moi et celle en « français fondamental » aussi
Qu’avons-nous à dire maintenant ? Que
Dieu n’est pas l’auteur du mal, nous le savions. Tout
se passe donc comme si Dieu regardait le monde de l’extérieur
et qu’à partir de sa position il essayait d’en extraire
le mal et la souffrance. C’est ce qu’il fait depuis
toujours, mais le mal lui résiste. C’est pourquoi
il a concentré tous ses efforts sur Jésus
pour témoigner de sa volonté de libérer les hommes de
l'emprise du mal. C'est ce que Jésus a fait. C'est
dans ce sens qu'il faut comprendre le mystère de la
croix.
Dieu mène une action libératrice en
faveur de l’homme et c’est pourquoi il s’évertue à recréer
le monde en le libérant de tout mal. La Bible salue
comme un acte créateur toutes les entreprises de Dieu
qui font reculer le mal. C’est pour cela que Dieu sollicite
notre collaboration pour que toute la terre, visitée
par lui, devienne sa création, libérée de la souffrance
et de l’injustice. Jésus se tient ainsi sur la route
de notre vie pour qu’à sa suite et avec son aide, Dieu
réussisse avec nous à transformer le monde. Tout
son projet rédempteur est un
projet créateur et il a besoin de nous pour le
réaliser. Dieu en s’attaquant au mal met en nous
une immense espérance qui doit nous engager à
nous mettre à l’œuvre à ses côtés afin que
de partout où nous sommes le mal régresse et la justice
avance.
Dimanche
15 octobre : culte des confirmations
2 Corinthiens 5/ 18-21 « Dieu
était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même.
»
Ce matin, j’aimerais vous dire que
Dieu vous aime ! J’aimerais
que cette certitude fasse son chemin dans vos âmes et
qu’en quittant ce temple tout à l’heure vous ayez ces
paroles scellées en vous comme une confession de foi
personnelle : " Dieu m’aime d’un amour inébranlable
!" Cela vous donnerait toutes les audaces
pour avancer sur le chemin de foi. Mais à peine ai-je
dis cela que j’ai l’impression que mes propos
sont ringards et que je m'y suis mal pris.
Serait-ce un manque de conviction de ma part ? J’ai
l’impression que mes paroles ne passent pas, que je
n’utilise pas les mots convenables et que ça fait comme
un « flop » ! Quand je vous dit que Dieu
vous aime il me semble que vous vous demandez
de quel Dieu je parle et même que les plus
futés ou les plus impertinents se disent que si
c’était vrai que Dieu nous aime, ça se saurait ou
ça,se verrait.
Si pour appuyer mon propos j’ose ajouter
que c’est à cause de Jésus que je dis cela , je
perçois immédiatement des sourires gênés comme si le
message chrétien passait mal aujourd'hui. En effet,
ceux qui intellectualisent les choses ne manquent
pas de dire qu'on ne peut pas parler d’amour
de Dieu en Jésus Christ alors que Dieu l’a laissé
mourir ? Et c’est vrai. Vous devinez alors mon
embarras et vous trouvez sans doute que je m’y prends
bien mal pour commencer ce sermon de Confirmation. Je
crois cependant avoir perçu les pensées contradictoires
sur Dieu, sur le monde et sur les hommes qui traversent
votre esprit. Je sais bien que le temps de ce sermon
ne me suffira pas à vous aider à découvrir la foi, parce
que notre foi évolue au cours de notre vie et
elle se reformule chaque jour à la lumière des
événements de notre vie et en fonction des hasards
de nos lectures et de nos rencontres. Il ne faut certes
pas considérer qu’après 3 ans de KT la foi est devenue
une certitude solidement ancrée en vous, alors qu’il
vous faudra toute votre vie pour préciser les
cohérences et les incohérences de votre relation avec
Dieu.
En attendant, vous vous interrogez
sur Dieu et vous ressentez sans doute plus d’interrogations
que de certitudes. L’actualité véhicule au sujet
de Dieu des idées tout à fait contradictoires. Certaines
nous paraissent venues d’un autre âge et pourtant elles
mobilisent les foules au nom d’un Dieu autoritaire et
jaloux qui ne nous laisse pas d’autre liberté de penser
que de penser comme lui. Il y a aussi le Dieu
qu’on dit Dieu d’amour qui à force d’aimer tout le monde
et de ne faire violence à personne, laisse tout faire,
si bien que la nature n’en fait qu’à sa guise,
et que les grands de ce monde contribuent
plus à déséquilibrer la planète qu’à
lui permettre d’évoluer avec harmonie. On offre
encore à notre méditation d'autres images de Dieu
parmi lesquelles figure celle du Dieu qui
ne serait pas vraiment Dieu, qui nous proposerait d’obtenir
le nirvana au prix de toute une série de réincarnations
plus ou moins désespérantes. Bien que désespérante cette
idée séduit beaucoup de monde aujourd’hui.
Oubliant tout ça, nous pourrions encore
avoir l’audace de croire qu’une nuit étoilée, ou la
beauté d’un arc en ciel ou la fascination d’une aurore
boréale, à défaut de bonté nous parleront de beauté,
d’absolu et de Dieu. Tout cela produirait un ravissement
dans nos âmes et nous mettrait sur le chemin du
Créateur. Mais il y a fort à parier que vous allez
me renvoyer dans mes buts en disant
qu’il n’y a dans tout cela que les effets physiques
de la nature, et que même si c’est beau, ça n’a rien
de divin. Alors prodiguant les subtilités j’avancerai
mon dernier argument et je prononcerai à
mon corps défendant le mot de mort. Elle
est la négation de tout et seule la résurrection que
nous donne Dieu en Jésus Christ peut nous rallier à
sa cause! Peine perdue, ce serait oublier que
la mort ne fait pas partie de l’univers des adolescents.
Elle sera pour plus tard, beaucoup plus tard,
si le monde existe encore et elle ne peut pas
nous servir d’argument pour parler de Dieu. !
Pourtant c’est quand même la mort qui
nous interpelle le plus, parce que derrière cette
notion il y a comme un échec de l’humanité,. Nous ressentons
cette réalité comme si nous étions coupables de
notre propre échec, comme s’ il y avait quelque
chose que nous avions mal géré. Cet argument est
utilisé depuis la nuit des temps pour essayer de gagner
les hommes à la cause de Dieu. « Le salaire du péché,
nous a-t-on dit c’est la mort ». Il faudrait donc
se libérer du péché pour vivre. Cette affirmation a
laissé en nous une empreinte indélébile dont on
a du mal à se défaire, même si, pour faire tendance
on fait semblant de l’ignorer. Le péché, c’est quelque
part une offense à Dieu. On nous a enseigné qu’il interférait
entre Dieu et nous et que depuis toujours il était
la cause de notre mort. Il est lié
à tout ce qui dysfonctionne en nous et que nous avons
tant de mal à gérer: nos mauvaises actions comme nos
mauvaises pensées, nos échecs et nos projets avortés,
nos peines d’amour et nos maladresses de toutes sortes.
On nous a appris qu’il y avait du mauvais en nous et
que cette réalité était héréditaire. Alors comment rejoindre
Dieu si à son tour il en rajoute encore
une couche ? Même si je n’ai pas intentionnellement
parlé du péché originel, nous savons qu'on
en parle encore.
En fait, que nous le voulions ou pas,
nous avons du mal à nous situer dans une société
culpabilisante et nous ne croyons pas pouvoir nous rapprocher
d’un Dieu lui aussi culpabilisant qui serait fait à
la même image. Nous entendons dire à longueur
de journées que tout est de notre faute : si la
terre se réchauffe, si on conduit trop vite, si on se
rend malade à force de fumer, c’est la faute d’un mauvais
comportement humain. On nous rend coupables de vivre
heureux dans un pays prospère, parce qu’il y a
des pauvres ailleurs et qu’on en fait pas
assez pour eux .
Quand au collège nous subissons des
échecs, c’est encore de notre faute nous dit-on, parce
qu’on n’a pas assez travaillé, parce qu’on et paresseux,
parce qu’on est allé en boîte la veille des examens,
les profs, les parents, les pasteurs maintenant ne manquent
pas d’en rajouter. On nous dit qu’on a fait les mauvais
choix ou que nous n’avons pas assez d’ambition.- Arrêtez
! Nos succès aussi sont critiqués. A
ceux qui réussissent on dit qu’il ne faut pas se gonfler
la tête, parce quand on est doué on n’a pas
de mérite, et puis nos succès ne viennent-ils
pas du fait que l’on fréquente les meilleurs établissements
et qu'on a les meilleurs profs. Comment voulez-vous
que nous y trouvions notre compte si Dieu est comme
le reste de la société à notre égard et que sa présence
est contrariante ou culpabilisante?
Si donc du haut de cette chaire je
vous dis que Dieu vous aime, j’y reviens, je suis
obligé de vous dire que le Dieu dont je parle
n’est pas conforme à celui que je viens de décrier.
Il ne vous culpabilise pas ni ne vous rend responsables
de quoi que ce soit. Il ne ressemble en rien à
tout ce que je viens de dire depuis un quart d’heure.
Si votre péché vous trouble, Dieu vous le pardonne.
Il se comporte vis à vis de vous comme si vous ne l'aviez
pas commis. Si vous êtes frustrés par vos
erreurs, non seulement Dieu n’y est pour rien, mais
il est capable de mettre en vous assez d’énergie pour
vous donner la force et le désir de renverser
le cours des choses. Si vous cherchez une autre image
de Dieu que celle du Dieu aliénant que je dénonce
depuis un quart d’heure, alors je vous dis bravo ! On
est fait pour s’entendre. Je peux alors enfin prononcer
les paroles de saint Paul que j'ai choisies pour
accompagner de sermon et qui nous disent que
« Dieu était en Christ réconciliant le monde avec lui-même
». Tout ce procès imaginaire qu’il y aurait entre
Dieu et les hommes est supprimé. Tout ce qu’on
a déjà dénoncé de culpabilisant de la part de
Dieu, Jésus l’a déjà dénoncé bien avant nous!
Mais on ne l’a pas écouté et il en est mort. Avec
lui est morte l’image d’un Dieu redoutable qui punit
avant de bénir. Fini de trembler devant lui à cause
péché, et si le péché est un obstacle entre lui et nous,
c’est lui qui lève l’obstacle et qui nous ouvre à la
vie. Mais ce n’est pas parce qu’on a plus de sentiment
de culpabilité que l’on n’a pas de responsabilité. «
Aime et fait ce que voudra » avait dit Rabelais
en empruntant l’expression à saint Augustin.
Nous découvrons aussi que si Dieu nous
rend libre de toute culpabilité, le monde dans lequel
nous avançons et un monde rempli d’obstacles qu’il
faudra contourner ou surmonter. Si nous sommes librement
responsables de nos choix, il nous faudra les faire
en connaissance de cause, c’est pourquoi Dieu ne s’écarte
jamais de notre chemin, au contraire il nous offre sa
sagesse, si nous prenons la peine de l’entendre. Il
nous donne la capacité de saisir la main qu’il ne cesse
de nous tendre. La seule règle de vie qu'il nous propose
c'est de toujours donner priorité à l’amour avant même
de commencer à agir. Il nous donne rendez-vous dans
des lieux secrets de notre être pour partager
avec nous les soucis de la route. Il ne vous reste
plus maintenant qu’à faire l’apprentissage de la foi
et ça vous prendra toute votre vie. Comme Jésus il
vous faudra trouver les sentiers de votre vie
intérieure qui mènent à vos jardins secrets où Dieu
déjà vous attend patiemment.
Nous avons pendant les 3 ans de catéchisme
mis à votre disposition tous les instruments que Dieu
donne aux hommes. C’est alors que je devrais vous
parler de prière, de vie communautaire, de l’amour du
prochain, des priorités de la vie, mais je n’en dirai
rien, car c’est tout le programme de votre vie qui s’ouvre
devant vous.
Vous avez toute votre existence pour
expérimenter le bonheur et la joie de vivre avec Dieu,
Vous ne pouvez pas passer à côté de cette opportunité,
car elle se renouvelle chaque matin et elle
vous sera continuellement offerte, jusqu’à la fin des
temps.
Dimanche 8 octobre : Luxembourg
Marc 10 :14-16
Autres lectures Genèse 2/18-24
- Hébreux 2/9-18
Cantiques 89/1,2,3,4 - 264/1,2,3,4
- 610/1,2,3
Sans doute y a-t-il des questions que
nous ne nous sommes jamais posées mais qui gisent au
fond de notre inconscient et qui parfois font surface
d'une manière inattendue. Ces questions traversent
aujourd’hui notre société avec insistance et les réponses
qu’on leur donnera auront peut être une influence sur
les grandes orientations du vingt et unième
siècle. Une de ces questions concerne Dieu: Comment
Dieu est-il présent au monde?
Les Réformateurs n’ont pas vraiment
abordé cette question alors qu'elle se fait insistante
aujourd'hui. Plusieurs conceptions s’affrontent : Dieu
est-il une réalité supérieure qui dirige le monde d’une
manière autocrate ? Est-ce une puissance d‘amour
qui donne du sens à un univers chaotique ? Dieu est-il
le créateur de toute chose ou s’inscrit-il dans un courant
évolutionniste ? Habite-t-il au plus profond du
cœur de l’homme ou parcourt-il les galaxies qu’il remplit
de son éternité ? Toutes ces questions sont au
cœur de l’actualité.
C’est parce que ces questions nous
provoquent que nous devons nous intéresser aux réponses
qu'on peut leur apporter. Nous devons chercher auprès
de Jésus quelle était sa référence à Dieu en nous
demandant ce que voulait dire pour lui que Dieu est
un Père plein d'amour.
C’est l’action de Jésus prenant les
petits enfants dans ses bras qui nous entraîne dans
ce type de réflexion. Que voulait-il signifier en nous
comparant à eux et en prétendant que le Royaume
des cieux était pour ceux qui leur ressemblent ?
Tout a déjà été dit à ce sujet et j’ai
bien peur de ne pouvoir vous apporter que quelques
redites. On a dit que Jésus s’opposait à
la conception de son temps qui, du fait de la trop grande
mortalité infantile, essayait de ne pas s’attacher
aux enfants de peur de ne pouvoir supporter leur
mort qui trop souvent arrivait avant l’âge adulte. Mais
la mort était omni présente en ces temps là et
menaçait tout autant les adultes, si bien que l’argument
ne tient pas. On a dit aussi que Jésus voulait valoriser
la fragilité des enfants. En les embrassant
il voulait montrer l’intérêt que porte Dieu à tous ceux
qui sont faibles. Ils étaient associés à tous
ceux que l’on considérait comme des êtres de catégorie
inférieure : tels les infirmes et les malades, les pauvres
et les veuves, les infirmes et les vieillards, tous
ceux que le monde ambiant avait tendance à marginaliser.
En agissant ainsi, Jésus voulait rendre
ses interlocuteurs sensibles à la bonté
de Dieu qui ne s’accommodait pas des injustices du monde.
Jésus montrait ainsi que Dieu n’était pas
l’auteur des maux que nous subissons. C’est à la suite
de ce constat que les chrétiens, dès les origines,
et pas seulement les protestants ont créé des œuvres
sociales de toutes sortes, pour répondre à la
volonté de Dieu de préserver le monde du mal. C’est
même à partir de cet état de fait que le mouvement de
la Réforme a pris naissance. Selon la théologie
en vigueur à cette époque, Dieu récompensait les
hommes et leur donnait le salut éternel s’ils
participaient à sa lutte contre les injustices
du monde. C'était là, la fameuse doctrine du salut
par les œuvres à la quelle s'est opposée la Réforme
en prêchant le salut par la grâce seule, ce qui n’a
pas empêché, évidemment les Eglises issues de la Réforme
d'organiser des oeuvres, elles aussi, non pas
pour être récompensées par Dieu, mais comme une
réponse de l’amour de Dieu envers elles. Malgré leur
opposition quant à la signification des œuvres, la
conception de Dieu de ces deux courants opposés restait
la même : Dieu n’était pas l’auteur des dysfonctionnements
du monde et les œuvres étaient la réponse humaine
sollicitée par Dieu pour y remédier.
Quelle que soit notre conception
des choses en matière d’œuvre, il s’agit d’une manière
ou d’une autre de collaborer avec Dieu pour
lutter contre les effets du mal, même si les morales
qui en découlent restent différentes. Mais peut-on pousser
plus en avant notre approche de Dieu? Jésus
quand il agit en faveur des petits va plus loin
me semble-t-il. Il y a sous-jacent à son comportement
l’expression d’une conception de Dieu plus subtile
que celle à laquelle nous sommes habitués et qui
nous interpelle d’une manière nouvelle. Nous sommes
d’accord avec Jésus pour constater qu’il y a des injustices
dans le monde et les injustices sont d’autant
plus insupportables qu’elles font violence aux plus
petits. C’est la violence qui domine le monde. Les rapports
entre les êtres qui peuplent la planète se font par
des rapports de force. La raisons du plus fort étant
apparemment toujours la meilleure.
L’attitude chrétienne moralement acceptable
réside dans l’inversion de ces valeurs habituellement
admises. Saint Paul illustrera cela en disant
« ma force est dans ma faiblesse » ( 2 Corinthiens 12/9)
Une pratique correcte de L’Evangile viserait
donc à favoriser ce qui est faible et fragile
à l’opposé de ce qui est fort et puissant.
A partir de là, nous cherchons à montrer que la
faiblesse peut être un levier efficace pour faire
avancer les choses. En agissant ainsi, nous
sommes persuadés être en accord avec l’enseignement
et la pratique de Jésus. Reste à voir ! En inversant
les rapports de forces nous opposons une force que nous
savons faible à une force qui est réputée plus résistante.
Nous prêchons donc couramment qu’une résistance
non violente est plus efficace qu’une opposition
violente.
Mais tout cela ne change rien
à notre conception des choses selon laquelle le
monde fonctionne à partir de forces qui
s’opposent entre elles. Même si la force qui a notre
faveur est une contre force non violente. Elle
n’en reste pas moins une forme d’opposition et
à ce titre contient déjà en elle une agression contre
l’autre. Nous restons dans des situations d’affrontement
qui bien que moins violentes n'en sont pas moins agressives.
C'est la morale du moindre mal, qui préside
à notre attitude, et je ne crois pas que c’est
ce que Jésus préconisait.
Généralement, Jésus semble ne pas chercher
de solutions dans l’affrontement bien que l’on
puisse citer des cas contraires. Ici, il bénit les enfants
sans dénoncer ceux qui leur font du tort, ailleurs il
préconise de se soumettre à celui qui nous force à faire
un mille avec lui, et suggère d’en faire deux.
« Si on te frappe sur une joue, présente l’autre…,
si on te demande ta chemise donne aussi ton manteau..
» disait-il. Si ailleurs, Jésus menace
la tempête il ne lui oppose aucune force contraignante.
Il ne condamne pas le tyran Hérode, même s’il le traite
de renard, il ne préconise pas non plus
une autre forme de gouvernement qui lui paraîtrait plus
juste.
Quel aspect de Dieu Jésus essaye-t-il
de nous montrer? En tout cas ce n’est pas un Dieu qui
oppose une autre force à celle qui lui est hostile.
Il n’oppose pas une violence à une autre violence ni
une non-violence à une autre violence. Il se
refuse à présenter Dieu sous les traits d’un dominateur,
mais plutôt d’un Père trop bon qui se laisse dépouiller
par sa crapule de fils..
Jésus semble nous présenter Dieu sous
l’aspect inhabituel de celui qui cherche à composer.
C’est le mot harmonie qui caractériserait la morale
qui découle de son enseignement. Selon Jésus, Dieu cherche
à faire évoluer les choses avec harmonie. Jésus conçoit
bien que les hommes soient violents, il lui est lui
même arrivé de l’être, il repère les dysfonctionnements
des choses et des êtres et montre que Dieu est bien
conscient de cet état de fait. Face à l’adversité
il compose plutôt que de s’imposer. Il compose
avec ce qui n’est pas en accord avec lui pour que la
réalité évolue sans heurt.
La présence de Dieu vise à susciter
l’harmonie la où il y a opposition. La morale
qui pourrait découler de cela consisterait à ne pas
s’opposer de quelque manière que ce soit à ce
qui résiste mais à chercher à se mettre en harmonie
pour que le monde évolue vers un destin qui s’identifierait
avec ce que Jésus appelle le Royaume. Telle pourrait
être la réalité de Dieu telle que Jésus la conçoit.
Dieu poursuivrait la création du monde en cherchant
à mettre en harmonie tout ce qui se heurte . La
notion d’harmonie, dont je viens de parler, serait la
forme que prendrait l’amour dans le mouvement créateur
de Dieu. Surgissent alors à mon esprit les images
des tortionnaires d'enfants qui mettent à mal tout mon
propos ainsi que de tous les violents qui rendent la
vie insupportable aux autres. Tolérance zéro disons-nous!
Je ne nie pas qu’il y ait là un problème
insoluble qui met à mal ce que je viens de dire. Mais
je dis aussi que si ces faits ne
facilitent pas notre réflexion, ils ne mettent
pas en cause pour autant les principes qui à mon avis
sou tendent la pensée de Jésus et dont nous devons dans
tous les cas tenir compte.
Dimanche
1er octobre 2006 - rue de Grenelle
Marc 8/11-14
Cantiques 89/1,2,3 - 568/1,2
- 231/1,2,3 - 621/1,2,3,4
Autres lectures : Deutéronome 26/1-11
- 2 Cor 9/6-15
Jadis, alors que la vie était plus
précaire qu’aujourd’hui, la foi était nécessaire pour
faire face aux épreuves de la vie. Même si on ne comprenait
pas les origines de tous les malheurs des hommes, inondations,
sécheresses épidémies, guerres, on comptait sur
Dieu pour que la main du destin ne soit pas trop pesante.
Aujourd’hui, notre niveau de connaissance, la
science et l’évolution des techniques nous apportent
des remèdes ou tout au moins des explications à la plupart
de nos revers. Mais au fond de nous subsiste une question
lancinante : « Et Dieu dans tout cela ? ». On
n'a guère de chance de trouver une réponse dans le domaine
des sciences de l'homme car Dieu n'y a plus sa place.
Elle se trouve désormais dans le cœur des croyants et
on ne peut avoir accès au divin que par le moyen de
la foi. Mais tout le monde n’a pas la foi, et parmi
ceux qui prétendent l'avoir, il y a tellement
de manières de la formuler que celui qui veut
faire une expérience dans ce sens se sent perdu.
Mais pourquoi vouloir avoir la foi
? N’est ce pas plus confortable de vivre sans se poser
de questions. La raison nous pousse à ce genre de réponse,
mais l’homme n’est pas un être rationnel. Il ne se suffit
pas de ce qui est logique. Il faut que sa curiosité
l’entraîne sur des voies où il est facile de se perdre.
Les pharisiens qui sont les opposants traditionnels
de Jésus sont curieux et intrigués comme nous le sommes
face à ce mystère c'est pourquoi ils provoquent
Jésus: « Puisque tu parles de Dieu , prouve-nous son
existence par un miracle » Malgré leur grand savoir
et leur foi authentique ils sont aussi démunis
que nous face à Dieu. Ils estiment malgré tout
qu’un miracle pourrait les conforter dans leur foi.
Le miracle relève de l’irrationnel et curieusement
l’irrationnel est considéré par beaucoup comme appartenant
au domaine de Dieu. ( Cela reste à démontrer.)
Pour Jésus cette invitation au miracle ressemble
à un piège et il ne se laisse pas prendre.
Pour Jésus, Dieu n’est pas plus dans
l’irrationnel que dans le rationnel. Il est ailleurs,
si bien qu’il n’est accessible par aucun moyen humain.
On ne trouve pas Dieu, mais il se donne, on ne
démontre pas Dieu, mais il se révèle. Le lieu
où Dieu aime rencontrer les hommes c’est au plus
profond d'eux mêmes, dans l’intimité de leur cœur. C’est
là que se forge la foi, au contact de la vie intérieure
de chacun. Puisque c’est Dieu qui se révèle, il est
nécessaire, pour que cette rencontre puisse
avoir lieu que nous n’ayons pas d’idées toutes
faites sur lui. Il ne faut pas que nous ayons
déjà en nous une image pré établie à son
sujet Encore faut-il que chacun accepte de ne plus penser
par lui-même et d’accepter que Dieu prenne l’initiative
de le rencontrer dans son fort intérieur car c’est au
moment où l’esprit de Dieu rencontre l’esprit de l’homme
que l'acte de foi est susceptible de se mettre
en mouvement.
Mais avant d’en arriver là, chacun
doit suivre son itinéraire propre. Il doit écouter les
questionnements que les hasards de la vie provoquent
en lui. Il doit faire ses propres expériences, subir
ses propres échecs et ses propres rejets. Il faut que
son âme se fasse à l'idée que Dieu doit
encore bousculer ses idées reçues. Il faut encore qu'il
fasse sienne l’idée qu’il n’a aucun pouvoir sur
Dieu et que c’est Dieu qui sait quel est le
moment propice de leur rencontre. Dieu ne
viendra vers lui que lorsqu’il sera prêt à le recevoir.
En attendant la vie lui réserve toute sortes de provocations.
Le premier obstacle auquel se heurte
le chercheur de Dieu, c’est le sens de l’histoire, car
la plupart des questions que l'on se pose au sujet
de Dieu sont liées aux interrogations que l'histoire
fait surgir en nous. Apparemment ce sont les guerres
et les rivalités entre les humains qui décident de l’évolution
de l’humanité. Nous sommes alors en droit de nous demander,
comme on le fait souvent, si Dieu choisit son
camp dans les conflits humains, et s'il ne le choisit
pas, on se demande alors pourquoi il n’intervient pas
pour que le sang innocent ne coule pas et que les vies
de ceux qui n’ont rien à voir dans tout cela soient
épargnées.
Si on conclut que Dieu n’a rien à voir
avec tout cela et qu’il est extérieur à
tous nos conflits, cela revient à affirmer son incapacité
à gérer le monde et cela consiste donc à remettre
en cause sa toute puissance. Mais ce genre de remarque
ne suffit cependant pas à décider de la non existence
de Dieu. Le cerveau humain est plus subtil. Il est alors
commun de penser que bien que nous ne sachions pas comment
les choses se passent, c’est quand même Dieu qui tire
les ficelles. Si malgré tout l’histoire des hommes
reste incompréhensible, c’est que ce sont les hommes
cette fois qui embrouillent les ficelles. Ce raisonnement
reste cependant un peu simpliste.
Nous nous posons également ces mêmes
questions quand la nature à des sursauts que nous ne
comprenons pas, quand les trains déraillent, quand le
ciel se ferme définitivement à la pluie ou que les tsunamis
dévastent nos rivages. Dieu est-il concerné ou
est-il impuissant ? Pour les uns il s’agit de
l’expression d’une décision délibérée de Dieu et selon
les autres, Dieu regarde sans réagir parce que
tout l'univers a été conçu pour évoluer et
que l'évolution des choses et des mondes ne peut se
faire sans à-coups. Il est donc normal que la nature
évolue, car elle a été conçue ainsi.
Mais quelle que soit notre perception
de la situation, que ce soit la puissance ou l'impuissance
de Dieu qui soit mise en cause, il
apparaît bien vite que pour les êtres rationnels que
nous sommes, aucune de ces situations n’est satisfaisante.
Que ce soit le Dieu spectateur du monde qui regarde
sans agir parce que tout a été prévu, que se soit le
Dieu qui intervient au gré de sa fantaisie, ou que
se soit tout autre conception de Dieu nous restons
très insatisfaits. Restons en là disent les plus audacieux,
continuons à faire tout notre possible pour que
les choses aillent mieux, quant à Dieu, s’il existe,
on ne peut percer son mystère, qu'il se manifeste
s'il veut se faire connaître. Notre propos tourne en
rond et nous voilà revenus à notre point de départ.
C’est le moment pour ceux qui ont
plus de talent que nous semblent dire les pharisiens
à Jésus de le montrer clairement ou de se taire
et qu’ils cessent de nous importuner.
Il faut donc avoir une autre vision
de Dieu, si nous voulons avoir une autre vision des
choses. Tant que nous ne changerons pas notre regard
sur Dieu semble répondre Jésus aucun miracle ne
sera possible. C'est parce qu’il a une conception
différente des choses que, tout au long
de l'Evangile qu’il s’en prend au péché, car c’est selon
lui le point où le bât nus blesse. Le péché est selon
lui le plus grand obstacle sur lequel nous
buttons dans notre relation à Dieu. Le péché c'est,
ce sentiment de culpabilité, parfois diffus qui
nous, pourrit la vie et qui nous met en relation
fausse avec Dieu. En fait nous utilisons ce sentiment
de péché comme un alibi pour prendre nos distances
par rapport à Dieu. C’est une façade derrière laquelle
nous nous cachons, c'est l'arbre qui dissimule la forêt,
c'est lui qui nous empêche d'être honnête avec Dieu.
Nous avons pris actes, comme d'une vérité universellement
acquise que les hommes sont mauvais, c’est pourquoi
ils sont pécheurs, et que c'était le mal qui gère
le monde. Cette affirmation est désespérante
et la Bible la corrige. Nous y découvrons que
Dieu est une réalité pleine de bonté qui jugulerait
le mal et le rendrait acceptable. Mais l'homme serait
encore plus mauvais qu'il apparaît. Il passerait
sa vie à contrarier les desseins de Dieu. Le déséquilibre
du monde viendrait du fait que nous entretiendrions
avec lui une relation conflictuelle et cela brouillerait
à tout jamais notre relation avec lui. C'est sur ce
point précis que Jésus entre intervient. Il nous
demande de changer notre conception de Dieu, car
selon lui ce conflit n'a pas lieu d'être. Puisque
le péché vous gène dans votre relation à Dieu semble-t-il
dire, et bien Dieu le supprime. Dieu ne tient
pas compte dans sa relation avec les humains de
tout ce qui est mauvais en eux, il veut faire comme
si le péché n’avait aucune conséquence ! Scandale !
Vous êtes angoissés par la mort, Dieu en fait un programme
de vie et Jésus le démontre puisque, mis à mort
par les hommes il reste vivant parmi eux. C'est la le
seul vrai miracle qu'il cautionne.
Depuis lors, il se propose d'intervenir
dans la vie de tous les humains. Il propose à
chacune et à chacun de vivre une expérience personnelle
avec lui. Il nous invite à une expérience de vie au
plus profond de notre être et entreprend
avec chacun de ceux qui le désirent d’ensemencer en
espérance de vie les plus mystérieux de leurs jardins
secrets. Aucun obstacle alors ne troublera désormais
notre relation à Dieu qui nous enveloppe totalement
de son amour, sans que le péché, ni aucune des incidences
du monde sensible ne vienne perturber cette relation.
L'expérience est offerte à tous ceux
qui s'engagent en sa compagnie. Elle a pris pour
nous aujourd'hui la forme du baptême. Le baptême
de cet enfant est pour nous l'occasion d'affirmer
que tous les mystères et les secrets de la vie
et de la mort, du péché et de la rédemption trouvent
une réponse pour quiconque accepte l'intimité
de Jésus qui nous découvre alors le vrai visage de Dieu.
Dimanche 3 septembre
- Pentemont – Pasteur Jean Besset
Deutéronome 4/1-7
Autres lectures Jacques 1/17-27 et
Marc 7/1-23
Cantiques : 18/1,2,3,4 - 622/1,2,3,4
- 618/1,2,3,4
La vie n’est pas un long fleuve tranquille,
il y a des moments où le flot nous entraîne à la dérive
sans que l’on sache comment en arrêter le cours. Rien
de ce que l’on a pu apprendre ne nous aide à surmonter
l’épreuve. Les événements semblent dominer le cours
de la vie et la voix de Dieu n’est même pas perceptible.
Est-ce le fracas du torrent qui couvre sa voix ? Est-ce
que devant la fureur des événements nous ne savons plus
prendre le temps d'écouter ? Je ne sais et vous mêmes
ne le savez certainement pas non plus…
Puis, sans que rien ne le laisse
prévoir, sans que l’on s’y attende, le calme revient,
la vie reprend son cours, tout semble être redevenu
comme avant, le fleuve de la vie s’écoule à nouveau
normalement et on oublie que l’on a eu à
traverser les rapides. Mais tout aussi surprenant que
l’accélération du courant il arrive aussi que
le fleuve ne coule plus. Nous nous ensablons dans
l’ennui, rien ne peut plus nous tirer de l’apathie et
de la torpeur et on se demande même si la vie mérite
d’être vécue. On se pose alors les mêmes questions que
précédemment quand la vie était agitée : « Et
Dieu dans tout cela, que fait-il ? Pourquoi aucun
encouragement ne nous vient-il de sa part ? Son étonnent
silence serait-il aveu d’impuissance ?
Ces constatations, somme toute fort
banales surgissent à mon esprit alors que je suis en
train de relire le livre du Deutéronome. Ce n’est pas
un livre que le lecteur , même assidu de la Bible à
l’habitude de fréquenter. Pourtant il a joué un rôle
majeur dans l’organisation des textes de la Bible
et sans lui elle ne serait pas ce qu’elle est,
et sans doute elle ne serait pas du tout. Il fut
rédigé à la fin de l’époque royale en Israël quand
, le fleuve de l’histoire a balayé, telle une tornade
jusqu’à l’existence de ce petit peuple. C’est alors
qu’il fut à l’origine d’une compréhension nouvelle du
rôle de Dieu dans l’histoire. Au lieu d’accabler le
peuple accusé d’infidélité, il fut à l’origine d’un
renouveau de la foi qui a permis aux exilés d’Israël
de traverser l’épreuve. C’est même au cœur de la débâcle
que les scribes lui apportèrent ses plus profondes retouches.
Le roi qui présida à sa rédaction était
un roi pieux, Josias. Il avait décidé de communiquer
son enthousiasme religieux à tous ses sujets. C’est
alors qu’il décida de promulguer une nouvelle version
du code des lois héritées de Moïse. La première
rédaction du Deutéronome fut proposée comme constitution
de l’état d’Israël . Las, les événements imprévus contrarièrent
le destin de ce petit état, le roi bien
aimé mourut victime de son puissant protecteur le roi
d’Egypte Chéchung . Les deux nouveaux rois qui
lui succèdent se crurent habiles et cherchèrent
à se dégager de leurs anciens alliés renversant
les alliances. Mal leur en pris, c’était la chose
à ne pas faire. Une catastrophe politique s’ensuivit,
le roi en place fut renversé et exilé avec une
partie de son peuple. Patience les choses pouvaient
encore changer. Les choses deviennent tellement
confuses que le nouveau et dernier
roi ne sait plus où sont ses ennemis et qui
sont ses amis. Il manœuvre à l’aveuglette et fait
le contraire de ce qu’il doit faire. C’est à nouveau
le siège de Jérusalem, puis sa destruction, la démolition
du Temple et un nouvel exil. Plus d’espoir.
Il y a fort à penser que le nouveau
code de loi a été oublié et que l’on va se plaindre
amèrement de Dieu qui les a abandonné. Il n’en est rien,
c’est exactement le contraire qui se produisit. C’est
le nouveau code de Lois, le livre du Deutéronome,
qui n’a même pas eu le temps d’être mis en pratique
qui va servir de ferment unificateur à ce peuple éparpillé
en colonies multiples sur les bords de l’Euphrate.
Ce livre parlait de fidélité et d’infidélité, il accusait
plus qu’il ne louangeait, et pourtant c’est lui qui
a permis à tout ce peuple de se ressaisir parce qu’il
lui demandait de se souvenir. Il l’
exhortait à se souvenir que tout au long des siècles
qui ont constitué son histoire, Dieu lui était toujours
resté fidèle. Le peuple l’avait souvent
trahi, Dieu s’était t montré sévère,
mais jamais, il ne l’avait abandonné.
Certes les hébreux ont souvent cherché
ailleurs qu’en lui le sens de leur histoire. Ils
sont restés sourds à la voix de Dieu, ils ont rejeté
les prophètes qui leur parlaient en son nom, tuant les
uns, persécutant les autres. A l’opposé de Dieu,
la divinité païenne que l’on connaît sous le nom de
Baal leur promettait par la voix de ses prêtres,
prospérité et avantages multiples alors que Yawhé
ne réclamait que fidélité à sa loi sans promettre
d’autres bénédictions que le bonheur de servir Dieu.
En échange de la fidélité des hommes, Dieu n’offrait
que sa grâce. Pourtant chacun aurait du savoir par
expérience que les prophètes de Baal n’étaient
que des menteurs. Derrière leurs promesses il n’y avait
qu’une idole impuissante, reflet de la cupidité
des hommes, dont le message était conforme à leurs
désirs les plus égoïstes. Quant aux prophètes de Yawhé,
ils réclamaient la fidélité et tout le reste devait
en découler.
C’est toujours la voix de ces même
prophètes qui se fait entendre dans le Deutéronome.
Ils proposent toujours la même fidélité à l’antique
loi de Moïse car le message de Dieu ne change
pas. Quand, bien plus tard, on demandera à Jésus
de donner son sentiment sur Dieu il ne répondra que
par un résumé de cette antique loi : « aime ton Dieu
de tout ton cœur et ton prochain comme toi-même » .
Pour lui, Dieu, comme pour les prophètes se découvre
dans la fidélité à ces anciens préceptes qui ne sont
en rien périmés et qui gardent une valeur profondément
révolutionnaire : Qu’on se souvienne donc que
Dieu se révèle dans ces seuls préceptes et nulle part
ailleurs, qu’on se souvienne que celui qui promet
succès et réussites, fécondité et prospérité, c’est
Baal à qui ont prête plus qu’il ne donne car il
n’a rien à donner. Il n’est qu’une illusion,
mais cette illusion est tellement prégnante au cœur
des hommes qu’elle est encore capable de donner vie
à ce qui n’existe pas. Les hommes sont toujours
enclins à croire qu’ils peuvent être au bénéfice
de faveurs que les autres n’ont pas. Les hommes préfèrent
croire à leur propres illusions plutôt que de
rester fidèles à ce qui leur donne de la dignité. Et
puisque Dieu n’entre pas dans leurs voies, ils inventent
une autre divinité à laquelle ils se soumettent corps
et âme. Ils préfèrent donner libre cours à leur
vanité, plutôt que d’écouter la voix de la sagesse.
Chaque fois que l’histoire nous place
à un moment important de notre existence il est donc
bon de se reporter à ce livre qui n’a jamais
cessé de donner espoir à ce peuple dans l’histoire
duquel nous plongeons nos racines. Aujourd’hui,
s’ouvre devant nous une nouvelle tranche de notre histoire.
Dans 2 jours , ce sera la rentrée des classes, le redémarrage
d’une nouvelle année. Pour notre communauté aussi s’ouvre
une nouvelle étape dans son histoire . Nous en devinons
les étapes sans en discerner vraiment les aboutissements.
Ce mot de fidélité prend alors toute
sa valeur car il nous lie au passé et il nous donne
de l’espérance pour l’avenir car il nous engage. Ces
pages de l’Ecriture nous engagent à ne pas subir le
temps qui vient, mais à le construire en
sachant qu’il met en nous le vouloir et le faire. La
fidélité qui nous est demandée, contient la nécessité
d’un engagement personnel dans la mise en pratique des
préceptes rapportés tout à l’heure et qui nous invitent
à faire passer Dieu et notre prochain avant nous-mêmes.
Car c’est dans cette seule affirmation que se
cache le secret de ce que Dieu nous
a donné et nous demande de transmettre.
Ces préceptes ne nous engagent donc
pas seulement, à titre personnel, ils nous engagent
au sein de la société dans laquelle nous sommes,
car notre fidélité concerne aussi ceux qui nous entourent.
C’est cet aspect des choses qui nous échappe le
plus car notre société a poussé l’individualisme à outrance.
Nous devons nous souvenir que le fait d’avoir
été touchés un jour par la grâce exige de nous de rester
fidèles à ce que nous avons reçu. C’est dans ce
grand courant de fidélité sans cesse réactualisée que
la société où nous sommes trouvera le sens de
sa destinée.
Nous avons reçu la certitude
que notre vie, quelle qu’elle soit, est un don gracieux
de Dieu et que la grâce appelle la reconnaissance.
Soyons sûr que si nous nous maintenons tous dans ce
type de fidélité, la face du monde risque de changer
et que l’histoire retrouvera son sens. La Parole
que Dieu adresse aux hommes est toujours un engagement
à courir le risque de nous ouvrir sereinement vers l’avenir
que Dieu habite déjà, comme jadis il a habité le passé..
Dimanche 16
juillet rue Madame
Marc 6 7-13 :
Amos 7/12-15 - Ephésiens
1/3-14
Cantiques 133/1-2 - 264/
1,2,3,4,5,6 - 266/1,2
Le monde dans lequel Dieu nous a placé
est beau, nous le savons bien, sans quoi nous ne ferions
pas de tourisme. Nous allons dans toutes les directions
pour le visiter et rassasier nos yeux des merveilles
de la nature que Dieu habille de magnificence. L’homme,
lui aussi un être prodigieux que Dieu a créé de
peu inférieur à lui-même. Cela est tellement vrai que
nous passons une grande partie de nos loisirs
à visiter les oeuvres dont nos ancêtres
ont généreusement rempli la terre.
Nous sommes tout aussi admiratifs des réalisations de
nos contemporains et nous parcourons la terre
pour voir leurs dernières réalisations.
Sans doute n’êtes vous pas habitués
à entendre venter les merveilles de Dieu a travers
les beautés de la nature et les prodigieuses réalisations
humaines. Au contraire il est plutôt conforme
à l'air du temps de dire le contraire, c'est pourquoi,
vous vous attendez à ce que j' émette, maintenant,
une note négative qui va colorer d’amertume ce
tableau idyllique que je viens de brosser. Nous savons
que l’homme ne met pas toujours ses prodigieuses
capacités d’action au service de la gloire de Dieu.
Au contraire, nous sommes persuadés qu'il appartient
à la condition humaine de s'opposer à Dieu par
la faculté que nous avons de tout ramener à nous-mêmes.
Voilà, c’est fait, j’ai pointé du doigt
l’aspect négatif que peut prendre l’humanité et
je déplore avec vous que le portrait de l’homme ne soit
pas à la hauteur du projet créateur de Dieu à son égard.
Mais mon propos n’est pas ce matin de m’attrister
sur notre capacité à pécher, mais sur notre capacité
à nous mettre au service Dieu,
malgré nos penchants habituels à nous détourner de lui.
Nous ne cesserons jamais de nous demander pourquoi les
hommes ont tendance à se comporter comme ils le font.
Même quand ils se réclament d’une religion, ils
donnent plus l’impression qu’ils cherchent à s’évader
hors du monde que de s’y installer pour le faire
prospérer. Pourquoi donc s’évader de ce monde dont nous
venons de venter les merveilles et pourquoi se
méfier continuellement des hommes dont on ne cesse de
parler du génie ? Sans doute parce que l'espèce humaine
est malade et qu’elle est habité par un mal congénital
qui la pousse à suivre des chemins sans issue
et à chercher la vérité là où elle ne se
trouve pas ?
Nous savons intuitivement que la bonne
réponse à toutes ces questions se trouve en Dieu. Mais
nous ne savons pas dire Dieu. Nous aimerions laisser
à d’autres le soin de le dire, mieux aspirons à ce que
Dieu lui-même se charge de faire sa propre promotion.
On souhaite qu’il fasse des prodiges et des miracles.
Certes il en fait, mais on ne les remarque pas et quand
on les remarque, on accuse Dieu de ne pas accorder
ses faveurs à tous d'une manière équitable et
d’être partial dans la distribution de ses générosités.
Pourquoi les autres, et pas moi ? Que répondre ?
Que Dieu serait injuste ou que nous n’avons-nous
pas assez de foi pour le voir à l’œuvre ? En s’interrogeant
ainsi sur Dieu on rajoute plus de problèmes que l’on
en résout.
Tous ces questionnements nous amènent
à nous laisser interroger par le texte qui nous
est proposé ce matin. Les 12 sont envoyés deux par deux
pour signifier aux hommes l'action constante
de Dieu sur le monde. Mais avant d’envisager la manière
dont les 12 vont s’y prendre, il nous faut jeter
un œil sur le texte qui précède, c’est celui qui était
le texte du jour de la semaine dernière. On nous y a
raconté comment Jésus, malgré une faveur apparente a
été éconduit, comment son message n’est pas passé
et comment il était pour les gens de son pays
une occasion de chute. Son message ne fut pas reçu et
ses miracles sont restés sans effet. Son action ne rendait
pas Dieu manifeste.
C’est une situation qui ressemble à
la nôtre. On a beau témoigner de Dieu, on a beau s’appuyer
sur la personne de Jésus, le monde semble ne plus être
disposé à recevoir un message qui a nourri les générations
précédentes. Nous avons pris l'habitude de
considérer que nous évoluons désormais dans
une ère de poste chrétienté, attendant un nouveau messie
en espérant de lui de nouvelles vérités. Nous sommes
placés ici dans la même situation que les 12 quand Jésus,
après son propre échec, les envoie deux par deux à la
conquête des âmes perdues. Leur mission a été
semble-t-il couronnée de succès puisque moins
de 3 siècles après, tout l’empire était gagné à la cause
de Jésus et l’empereur lui-même décidait de se convertir.
Il n’est donc pas question aujourd’hui de baisser
les bras et de se résigner à voir le destin du monde
pris en charge par d’autres « Sauveurs » qui témoigneraient
d’un Dieu qui aurait un autre aspect que
celui que Jésus appelle son Père.
Voilà donc nos 12 compagnons partis.
Jusqu’où vont-il aller ? Leur but final est d’atteindre
les extrémités du monde. Pour l’instant il s’agit d’un
premier exercice d’initiation. Jésus est encore à leurs
côtés et la suite de son ministère n'a pas encore eu
lieu. Mais le récit porte cependant l'empreinte
de la victoire finale de Jésus. Nous savons
bien entendu que les Evangiles ont été écrits après
la mort de Jésus et que c’est sa résurrection
qui va entraîner la création de l’Eglise et son
expansion dans le monde entier. C'est alors que les
apôtres avaient compris que le Saint
Esprit mettait en eux une énergie nouvelle capable
de transformer le monde. Ils avaient découvert en Jésus
Christ un Dieu qui aime au point d’oublier sa
propre divinité, un Dieu qui souffre pour mieux compatir
à la souffrance des hommes, un Dieu qui se fait esprit
pour mieux pénétrer l’intimité de chacun et mette en
eux l’espérance là où ils ne voient que fatalité et
résignation. Cet envoi des 12, bien qu’ayant eu
lieu avant la mort de Jésus contient déjà
tout ce que nous savons de ce qui se passera après.
Le narrateur a introduit dans ce récit toute l’espérance
dont la résurrection à venir était porteuse. Il
sous entend déjà l’expansion prodigieuse de l’Eglise
qui se produira 2 générations après.
Je prends soin de faire ces commentaires
car les autres Evangiles ne disent pas tout à fait la
même chose à propos du même événement. Dans Luc et Matthieu,
ils ne doivent prendre ni bâtons ni chaussures, ici,
c’est le contraire. Luc rajoute aussi le récit d’une
autre mission, celle des 70 qui a eu un très grand
succès. Quoi qu’il en soit de la longue marche qu’ils
auront à faire et qui nécessitera bâtons et chaussures,
ou de la courte marche qui les en dispensera, quelles
que soient les mauvaises rencontres qu’ils feront et
pour lesquelles ils devront se protéger à coup de bâtons,
qu’ils aient été bien ou mal accueillis, qu’ils
aient eu faim ou soif, leur entreprise a réussi.
S’ils ont réussi, pourquoi douterions-nous du succès
de nos entreprises actuelles ? Pourquoi imaginer
que le message de Jésus pourrait être obsolète aujourd’hui
alors qu’il était pertinent il y a encore quelques
générations ?
Quels sont les objectifs de cette mission ?
Prêcher la repentance, chasser les démons, oindre d’huile
les malades. Ces trois expressions que je retiens
de notre récit signifient que les hommes vers lesquels
ils doivent aller ne vont pas bien. Ils
sont en décalage par rapport au monde où ils sont. Ce
décalage est révélateur de souffrances.
- Ils
doivent se repentir, mais se repentir de quoi ? Cela
signifie sans doute qu’ils sont insatisfaits d’eux-mêmes
et de Dieu, cette impression semble correspondre au
marasme de nos contemporains.
- Les
démons dont on parle ici, nous les connaissons bien,
sans vouloir les caractériser ou les nommer, nous savons
qu’ils désignent tout ce qui leur fait mal, tout
ce qui les dépasse ou tout ce qui leur donne l’impression
d’être frustrés.
- Quant
à l’onction d’huile, elle était la médication en usage
face à toutes les maladies.
Les douze ont donc pour première
mission d’être des agents de réconciliation des hommes
avec eux-mêmes, ils doivent devenir des facilitateurs
de vie pour les autres. Voilà donc les sujets de leur
action. Ce que les douze doivent faire, c’est
aussi notre mission à nous. Il ne s’agit pas ici de
faire de longs discours théologiques sur Dieu ou sur
Jésus, il s’agit d’abord d’agir pour que la vie
des hommes vie soit meilleure. C'est à partir de ce
mieux être qu'ils pourront s'ouvrir à Dieu.
Pour cela, la première action à faire
c'est d'aider les autres à comprendre la notion de repentance.
Cette repentance est une invitation à porter les
regards sur soi-même, en considérant que quelles
que soient notre existence, ou nos pensées ou nos actions,
notre vie se déroule sous le regard bienveillant
de Dieu. Elle suggère donc pardon et espérance. Cette
simple découverte permet à chacun d'ouvrir son
cœur à l’Esprit de Dieu qui pénètre à l’intérieur
de chaque individu afin de faire sa demeure en
lui. Notre travail n’est pas de convertir les autres
et de faire le travail de Dieu. Il s’agit pour nous
de préparer le terrain pour que Dieu puisse agir. Il
nous incombe de préparer les hommes afin que Dieu
lui-même les transforme et ce faisant transforme le
monde.
Dimanche 9
juillet Marc 6, 1 à 6 Temple de Pentemont
Autres textes : Ezechiel 2/1-5 et
2 Corinthiens 12/7-10
Au début, Jésus n’a pas très bien été
accepté ! Ses paroles étaient scandaleuses pour ses
concitoyens. C’est quand il est retourné dans son pays
que le malaise s’est fait le plus sentir. Il a déclenché
une polémique à propos de la réalité de Dieu. L'image
qu'il en donnait n’était pas conforme à celle
que ses contemporains attendaient. Est-elle
plus conforme avec notre mode de pensée aujourd'hui?
C'est une bonne question à approfondir. Quelle
image avons-nous de Dieu? Comment l’imaginons-nous?
Dans nos confessions de foi, nous proclamons sa toute
puissance. Nous affirmons qu’il est aussi créateur de
toute chose. Notre pratique de la lecture biblique nous
apprend que Dieu, s’il est bon peut aussi être
redoutable et qu’on se s’approche pas impunément de
lui.
Jésus en venant dans son village semble
mettre en cause toutes ces affirmations. Jésus abolit
les distances par rapport à Dieu si bien qu’on
peut se demander s’il ne détient pas une part de la
puissance divine. Mais cela est-il possible pour
un simple homme dont on connaît les attaches familiales?
Si une telle audace ne lui vient pas de
Dieu, elle ne peut venir que de Satan, l’adversaire
de Dieu. La question est semble-t-il suggérée ici et
cette question poursuivra Jésus tout au long de son
ministère.
Derrière le questionnement sur la famille
de Jésus repose tout notre questionnement sur
Dieu lui-même et sur la distance qui nous sépare
de lui. Il est impensable pour l’esprit humain d’imaginer
que Dieu puisse mêler sa destinée avec celle d’un
homme. Il est inconcevable qu’il se soit incarné au
point qu’il n’y ait aucune distance qui sépare Jésus
de lui. Et si Jésus est un homme comme nous, serait-il
possible que toute distance entre Dieu et nous soit
également abolie? Et notre péché, qu'en fait-il?
Notre entendement n’y résiste pas. La provocation
est telle que les contemporains de Jésus ont décidé
de l’éliminer car ses propos étaient inconcevables
et le sont encore. Il suggérait que désormais
toute relation avec Dieu était possible, sans
intermédiaire, sans contrainte. C’est à cause de cela
qu’il s’en est pris au temple car le temple était
le lieu même de la distance obligatoire entre
Dieu et les hommes. C’était le lieu des sacrifices,
le lieu des pèlerinages le lieu des dévotions. Si
nos péchés sont pardonnés, quelle distance Jésus a-t-il
maintenue entre nous et Dieu?
On s’en est pris aux frères et aux
sœurs de Jésus pour dire que Jésus ne venait pas
de Dieu puisqu’il avait une parenté humaine bien visible.
On s’en prend à son humanité pour détruire l’éventuelle
présence de Dieu en lui, car la trop grande proximité
de Dieu devient insupportable. En effet, comment
concilier l’affirmation selon laquelle Dieu est tout
puissant avec l’idée de l’incarnation? Comment le créateur
peut-il devenir créature? et comment les créatures que
nous sommes peuvent-elles s’y retrouver, surtout si
les textes des conciles qui ont tenté de l’expliquer
ont rendu les choses encore plus compliquées? Ces questions
ne sont pas seulement celles des gens de Nazareth, ce
sont aussi nos questions à nous car la trop grande proximité
de Dieu est intolérable pour nous. La conscience que
nous avons de notre péché maintient une distance qui
nous protège malgré tout de la trop grande proximité
de Dieu.
Notre péché nous protège en quelque
sorte en maintenant la distance entre Dieu et nous.
Cette proximité ne serait tolérable, que pour
les gens exceptionnels, pour ceux dont les
péchés seraient insignifiants. Seul Moïse a pu approcher
Dieu de près, Abraham ne l’a vu que par l’intermédiaire
d’un ange, quant à Elie, il n’a senti que la douceur
de son souffle mais ne l’a pas vu puisqu’il était caché
dans la caverne. On ne peut imaginer quant à nous
qu’il soit possible d’établir un contact trop étroit
avec Dieu. Notre péché, le plus ténu soit-il pèse encore
trop lourd pour ne pas offenser Dieu.
Jésus connaît fort bien toutes
ces réticences, c’est pourquoi une grande partie de
son enseignement a consisté à dire que Dieu anéantissait
nos péchés, qu’il les détruisait et qu’il en gommait
les effets. Pourtant nous ne l’acceptons pas si facilement,
la réalité du péché nous colle à la peau nous
cherchons toujours à négocier notre pardon et
à en payer une partie, tant nous avons
du mal à accepter sa gratuité.
Il est curieux de constater que nous
n’avons aucun problème à affirmer la toute puissance
de Dieu bien qu’elle ne se voit pas à l’œil nu.
Nous affirmons sans discuter qu’il est créateur du ciel
et de la terre, mais nous lui contestons la possibilité
de détruire nos péchés et de les anéantir. Pourtant,
s’il est tout puissant, il est capable de l’un comme
de l’autre. Il est capable, tout à la fois, de régner
en gloire dans les cieux et de s’incarner dans un homme
de notre condition. Et pour que cela soit possible,
il est capable de gommer les effets de nos exactions.
Puisque le péché le dérange il l’anéantit pour garder
la proximité et le contact avec nous.
Si nous refusons que Dieu se fasse
homme, par contre, nous concevons fort bien que l’homme
s’élève jusqu’à Dieu, et que par ses propres forces
il puisse s’approcher de Dieu. C’est pourquoi, certains
chrétiens essayent d’accéder, d’une manière ou d’une
autre à la sainteté. J’ai peu d’affinités avec le mysticisme
et je m’en méfie, mais je suis persuadé que ceux
qui cherchent, grâce à leurs vertus propres à se rapprocher
de Dieu , cherchent également à s’élever au dessus
de leur condition humaine et de ce fait à manquer leur
vocation d’hommes. Les anachorètes du début du
Christianisme ont sans doute donné dans le panneau.
Par leur vie exemplaire, retirée au désert ils ont cru
s’approcher de Dieu. Mais pour se rapprocher de
Dieu fallait-il pour autant cesser d’être homme? Faut-il
renoncer à ce qui fait le propre de l’humain pour se
rapprocher de Dieu? L’enseignement de Jésus semble suggérer
le contraire. Dieu se fait homme pour guider ses semblables
sur le chemin de l’humanité et non pas pour échapper
à l’humanité. On ne peut se rapprocher de Dieu
que si on accepte d’être pleinement l’être humain qu’il
a créé. Devenir pleinement homme, c’est d’abord accepter
notre condition et la vivre aussi intensément que l’on
peut avec Jésus pour guide. Nous avons été conçu pour
nous épanouir en tant qu’être humain afin de rendre
gloire, par notre existence à celui qui nous a créé.
Celui qui s’éloigne des hommes et se
réfugie au désert pour rencontrer Dieu et pour s’élever
sans la sainteté fait fausse route. Quand Jésus se
rend au désert, c’est le tentateur qu’il rencontre et
pour résister au tentateur il devra prendre en compte
son humanité, résister à la vanité et renoncer à la
toute puissance. Son séjour au désert l’a fortifié dans
son humanité et la renvoyé vers les hommes ses frères.
Celui qui fuit les hommes pour retrouver Dieu croit-il,
ne fera que retrouver son humanité et en découvrira
les faiblesses. Il lui faudra revenir alors
vers les hommes et il recevra de Dieu l’énergie
et la force pour devenir davantage homme et aider les
autres à le devenir. L’erreur serait de croire qu’on
pourrait rester au désert sans revenir vers les hommes
et passer directement de la fuite au désert à la contemplation
de Dieu. Ce serait manquer sa vocation d’homme et rater
son accomplissement en Dieu
C’est là que réside le scandale. Il
est dit dans l’Evangile que nous avons lu, « qu’il
était pour eux une occasion de chute » le texte en
grec est plus violent il dit qu’il les scandalisait.
Le scandale c’est le fait de refuser de croire
que pour s’accomplir en Dieu il faut échapper
à sa vocation d’homme. Le scandale c’est finalement
le fait de contester à Dieu la capacité de venir
jusqu’aux aux hommes, les rencontrer dans leur humanité
et leur montrer la marche à suivre. Le scandale, c’est
de refuser l’incarnation.
Pourtant, quand Dieu devient homme,
tout devient possible. Il n’y a plus aucun problème
humain qui lui échappe, aucune réalité humaine dont
il ne soit étranger. Nous pouvons désormais nous approcher
de lui et lui confier tout ce qui nous trouble sans
honte. Il est capable de comprendre, puisqu’il s’est
fait comme l’un de nous. Tout cela ne peut que déboucher
sur une immense espérance puisqu’il ne cesse jamais
d’être Dieu.
L’attitude de Jésus scandalisait les
siens parce qu’ils ne comprenaient pas que Dieu avait
décidé par amour pour nous de descendre jusqu’à nous
parce qu'il nous est impossible de nous élever jusqu'à
lui. C'est Dieu qui nous donne librement la vie, ce
n'est pas nous qui par nos attitudes de piété pouvons
lui arracher la vie en aucune manière.
Dimanche
2 juillet 2006 Luxembourg
Texte
péché Marc 5/21-43
Textes
lus : -Ezechiel 18/21-23 – 31-32
- 2 Corinthiens 8/7-15 Cantiques 136/1,2,3
- 427/1,2,3- 523/1,2,3
Y
a-t-il un droit pour les frustrés, les petits, les sans grade. On prétend que
Dieu défend la veuve et l’opprimé, mais où voit-on les effets de son
action ? Depuis que Dieu a prêté
son concours à Moïse pour libérer les hébreux captifs en Egypte, on n’a guère
vu d’autres actions libératrices. Faudrait-il faire un procès à Dieu pour
manquement à sa parole ou pour non assistance à personne en danger? Même si nous ne le faisons pas, nous restons
livrés à nous-mêmes avec nos questions sans réponse. Devant le silence de Dieu nous restons sans
voix. Sans
doute pensons-nous que Dieu a mis en
nous les capacités suffisantes pour accomplir cette besogne et réaliser par
nous-mêmes ce que nous souhaiterions qu’il fasse. Nous trouvons cependant que les choses évoluent
bien lentement. Et qu’il pourrait nous donner un coup de pouce. Ce coup de
pouce, il va nous le donner sous forme d’encouragement à continuer dans ce
sens, si on en croit l’enseignement que nous donne la lecture de l’Evangile de ce jour. Il nous invite à aborder cette question à partir d’un double miracle
accompli par Jésus . Il s’intéresse à cette question en libérant deux femmes victimes et des frustrées. Pourquoi
victimes, pourquoi frustrées ? D’emblée vous allez sans doute me trouver
provoquant en suggérant que cette fillette et cette femme sont des victimes
frustrées.Elles sont bien évidemment
toutes les deux victimes de leur maladie. Mais elles sont aussi victimes de
leur environnement et c’est en cela que le texte est intéressant. Cela
est clairement dit pour la femme atteinte d’une perte de sang. « Elle
avait souffert entre les mains de plusieurs médecins est-il dit, elle avait
dépensé tout ce qu’elle possédait sans en tirer avantage, au contraire, son
état avait empiré ». Jésus ne condamne pas vraiment les médecins pour leur
impuissance, il constate simplement qu’elle a été ruinée de leur fait et qu’elle n’en a retiré aucune
amélioration. Elle a été victime d’une situation dans laquelle les hommes
ont qu’on le veuille ou non joué un rôle qui l’a mise dans une situation
de précarité. La
petite fille quant à elle ne paraît victime que de sa maladie. Mais pourquoi di-je « la petite
fille » ? Parce que c’est l’expression utilisée par son Père alors
qu’elle a douze ans nous dit-on, c'est-à-dire qu’elle est à l’âge d’être femme,
en Orient en tout cas. C’est à partir de
ce constat que je viens de faire que F. Dolto qui analyse ce texte dans « l’Evangile au risque de la
psychanalyse » insinue qu’elle aussi est victime de son père. .Pourtant
son père est un père aimant qui fait
preuve de sollicitude envers elle. Il fait tout pour qu’elle recouvre la santé.
Mais il a une sollicitude suspecte selon Françoise Dolto, et nous allons nous
aider de son analyse pour faire une approche plus subtile du texte. Vous
l’avez remarqué, il y a un parallélisme voulu entre ces deux femmes. L’une est
malade depuis 12 ans, l’autre meurt à 12 ans. L’une a cessé d’être femme alors
l’autre meurt au moment où elle devient femme. C’est un problème de vie qui les unit, et ce qui concerne l’une va concerner
l’autre. Si la plus âgée est victime des
autres d’une manière évidente, il est
vraisemblable que la plus jeune le soit aussi, mais c’est plus difficile à
repérer. En
quoi cette fillette est-elle frustrée ?
F. Dolto remarque que par son vocabulaire, son Père l’empêche d’être
femme : « ma fillette » dit-il. On comprend mal que le père utilise ce diminutif alors qu’elle a l’âge
de prendre époux. En elle, l’enfant étouffée par le père ne peut devenir femme.
Pour la guérir Jésus remet de l’ordre dans la cellule familiale, il réintroduit dans son rôle la mère, curieusement absente
et il recommande de nourrir la jeune fille comme si elle se mourait d’anorexie
mentale. Dans
les deux cas Jésus opère dans un environnement hostile. Dans le cas de la
femme, ce sont les disciples qui s’étonnent de son attitude : «
pourquoi t’étonnes-tu de ce qu’on te touche ? » Mais Jésus a bien
perçu, au-delà des apparences affichées, la détresse de la femme. Les disciples ne l’ont pas perçue ils la
banalisent. La société où nous vivons ne
nous entraîne-t-elle pas à banaliser les frustrations des autres et à passer à
côté de leurs soucis ou de ce qu’ils ressentent comme une injustice, comme si
c’était le lot quotidien de la vie et que chacun doit accepter comme une croix
inévitable à porter. Malgré l’urgence de
la situation qui l’appelle vers la fille d’un notable mourante, Jésus s’arrête. Il prend son temps
pour une femme qui ne demande rien, mais dont l’âme est remplie d’une profonde
frustration.Habituée à gérer ses
problèmes toute seule, elle croit pouvoir se libérer de son infirmité par un
geste anonyme, tellement discret qu’il devrait être impossible qu’on s’en
aperçoive. Mais
Jésus ne voit-il pas tout ? Dieu ne sait-il pas tout ? Quand Jésus agit au nom de Dieu, il prend
soin des frustrations les plus anonymes, comme si elles étaient des
frustrations de première importance. Pour Jésus les frustrations des petits
semblent prendre le pas sur celles des grands.Toutes les frustrations sont d’importance égale à ses yeux. Quand les
croyants sont visités par l’esprit de
Jésus, ne doivent-ils pas faire de même ? Nos priorités ne doivent-elles
pas être les priorités de Dieu ? Pourtant
la femme a bien caché son jeu, c’est pourquoi rien ne s’est fait dans les
règles. La femme a tenté de voler sa force à Jésus, comme si le simple contact
avec le vêtement du maître pouvait être porteur de guérison. Ne fallait-il pas
qu’il dise une parole ? Ne fallait-il pas un geste qui révèle une
conversion ? Il le fallait sans doute, mais Jésus s’en passe. La guérison
se produit, comme à son insu, comme si le geste magique avait eu un effet. En
exprimant les choses ainsi, l’Evangéliste confirme l’intérêt que Jésus porte à une telle frustration. Mais comme
Jésus ne fait pas n’importe quoi, et que les choses doivent être cohérentes, il
prononce les paroles de guérison, après que la femme ait été guérie, même si la guérison a eu lieu avant même que Jésusen ait pris acte! Voilà qui met en cause tout
le bien fondé de notre théologie, mais Jésus n’est-il pas là pour nous mettre
en question. ? Par
contre pour la jeune fille les choses se font dans l’ordre. Jésus répond aux
sollicitations du notable. Il vient. Mais la mort survient. Et là aussi Jésus se trouve provoqué par
l’attitude des hommes. La mort a frappé et selon leur logique, Jésus ne peut
plus rien, Dieu non plus. Tout est terminé, il ne reste plus qu’à se résigner et à pleurer. C’est cette situation que
trouve Jésus en arrivant. Quand il insiste pour dire le contraire, on se moque
de lui. Le contraire de la mort, c’est la vie. Jésus se veut porteur de vie au
nom de Dieu dans tous les lieux où il pénètre,pour lui, la mort n’est pas la fin de tout. La mort n’est que l’avant
dernière étape de notre existence. Et Jésus se donne toute liberté pour y
intervenir. Quant à l’étape ultime,
celle qui vient après la mort, Dieu seul en connaît la réalité. Et en Dieu la seule réalité possible est la vie. Jésus
intervient ici dans la réalité avant dernière et en intervenant il ouvre une perspective vers la réalité
dernière et donne sa pleine dimension à la vie. Mais avant d’entrer dans la
réalité dernière, Jésus s’attarde dans la réalité avant dernière. C’est la
situation contre laquelle les hommes se heurtent quand ils sont en
manque d’espérance. C’est la situation
qui déclenche les moqueries de l’assistance quand Jésus déclare qu’il peut
encore quelque chose. Jésus semble dire ici,que même dans ces situations ultimes, il y a encore quelque chose à
faire, et il le fait. Le miracle de la
résurrection de la jeune fille fonctionne comme un flash back, un retour en
arrière sur la vie de la jeune fille. Si
la présence du père omniprésent n’avait
pas été étouffante, si son amour possessif avait laissé un peu de place à celui
de sa femme, s’il n’avait pas empêché sa fille de grandir, la jeune fille ne
serait pas morte n’anorexie. En restaurant la cellule familiale, Jésus fait vivre la jeune fille. Il
y avait là une frustration d’ordre intime et familial, que l’indifférence
générale et les conventions sociales
avaient couverte, mais elle était tellement forte que la jeune fille pouvait en
mourir. Jésus s’en est souciée et la jeune fille a retrouvé la vie. Que
dire de tout cela maintenant, si non que les frustrations des autres, même les moins apparentes peuvent être porteuses
de mort. Jésus ne nous demande pas de partir en croisade pour améliorer des
situations que nous ne connaissons pas, mais il nous rend attentifs aux
frustrations dont nous pouvons être témoins ou dont nous pouvons être la cause.
Les frustrations sont porteuses de mort et nous ne pouvons passer à côté
d’elles sans nous sentir impliqués par celle au nom du 2 eme
commandements : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Autres
lectures Exode 24/1-11 –Hébreux 9/11-15
Cantiques
33/1,2,3 - 521/1,2,16 -
312/1,2,3
Que
peut bien faire là, tout seul cet homme avec une cruche ? Sa présence est
suffisamment banale pour qu’on ne fasse pas attention à lui mais assez insolite
pour que quiconque en est averti arrive
à l'identifier. C'était en effet, plutôt l’usage des femmes d’aller
puiser l’eau à la fontaine, c’est pourquoi les deux compères envoyés par Jésus
n’ont aucun mal à repérer l’homme. Pas
un seul mot n’est échangé. Ils le suivent vers une demeure dont on ne connaît pas le nom de l’hôte. Cependant
il a tout préparé. Voilà qui suffit à
traduire l'atmosphère de suspicion qui plane sur l'événement et aussi le
dévouement de ces quatre personnes. Jésus craint les espions qui peuvent venir
de l’extérieur, c'est-à-dire de ceux qui sont envoyés par les autorités
pour repérer où il se cache. Il ne
semble pas prévoir que la trahison viendra de ses amis, à moins qu’il ne le
sache quand même, à moins qu’il ne l’ait
lui-même organisée.
Jésus
n’est pas un naïf, il a tout un réseau d’amis fidèles qu’il a su mobiliser pour
que tout se passe bien et que les choses se fassent comme il les a prévues.
Nous comprenons qu’au moins 4 personnes ont discrètement accompli une mission à
laquelle on n’a pas l’habitude de prêter attention. Pourtant ils ont risqué leur vie dans une ville où le danger les guette à
chaque coin de rue.
Le
soir, quand tout est prêt le maître arrive avec les douze. Les quatre autres ont disparu. La fête est sensée
se faire sans eux. Le repas pascal peut
avoir lieu. Dernier repas de Jésus, première Sainte Cène que préside le Christ
entouré de ceux qui constituent l’embryon de la première église : les
douze. L'image tant de fois répétée de la Cène
s'impose à notre esprit. Dan Brown
en a rappelé le souvenir après que Léonard de Vinci l’ait immortalisée
sur le mur du couvent de Sainte Marie
des grâces à Milan. Cette image, à tout jamais figée dans notre mémoire retient
notre attention et l'empêche de se porter ailleurs que sur les 12 qui
s’interrogent par groupe de trois pour savoir lequel d’entre eux trahira le
maître.
Les
paroles ambiguës de Jésus à propos d’une éventuelle trahison les consternent. « Est-ce moi ? Est-ce
un autre ? » Se demandent-ils alors que vraisemblablement ils savent tous déjà que l'autre, c’est
Judas. A peine prononcé, le nom de Judas
pose un nouveau problème. Traître ou héro ? Voila la question. Même si
certains penchent pour la thèse du héro sans pour autant avoir recours à la
découverte d’un manuscrit dont l’itinéraire abracadabrantesque a défrayé la
chronique, il n’en reste pas moins vrai que dans l’Evangile, c’est une
atmosphère d’angoisse de suspicion et de trahison qui plane.
Indépendamment
du rôle tenu par Judas, nous savons qu’aucun des onze autres ne va jouer un
rôle remarquable. Chacun, à sa façon va trahir. Pourtant aucun n’aura l'une des
excuses que l’on prête à Judas. Il aurait trahi par ordre du maître selon les
uns, ou par une intuition personnelle d'ordre politico-religieux visant à
contraindre Jésus à se révéler comme Messie. Une troisième hypothèse, qui est
la plus répandue laisse entendre qu'il a
trahi par intérêt personnel, parce qu’il était avide. Les autres apôtres n'ont
eux, aucune excuse ou aucune explication
à donner. ils sont tout simplement des
couards, ils ont eu peur, ils se sont sauvés comme des lapins, et Pierre
lui-même a été le pire d'entre eux.
Voila une belle brochette d’anti-héros qui deviendront tous, par la suite les
chefs de l’Eglise.
Ses
amis, car ce sont ses amis entourent donc le maître qui va faire les gestes que
l’on sait et prononcer les paroles qui alimenteront les polémiques auxquelles se livrent et se
livreront les églises sans doute jusqu’à
la consommation des siècles. On a depuis passé au crible la signification de
chaque geste de Jésus, on a étudié chacune de ses paroles dont on a cherché le
sens caché qu’elles pouvaient avoir en hébreu ou en araméen et même en copte
ancien. Chaque fois ces arguments ont servi à diviser les hommes entre eux, à
dresser des barrières entre les églises et à répandre la haine, alors qu’il
s’agissait de rendre compte de l’acte
d’amour le plus sublime que Jésus ait
accompli ce soir là. Il a tout simplement tenté d’expliquer que ce repas,
qu’ils seraient appelés à célébrer à nouveau en mémoire de lui, garderait à
tout jamais l’empreinte de sa vie alors
qu’il ne serait plus là. La mort cruelle vers laquelle il s’acheminait était un
défi que Jésus relevait pour révéler que Dieu
restait présent dans la vie des hommes en dépit des apparences parfois
trompeuses et ne les abandonnait pas dans la mort, mais transformait celle-ci
en ferment de vie et d’éternité.
L’acte
le plus sublime de la vie de Jésus se déroulait ce soir là au milieu d’hommes
apeurés qui ne comprenaient pas que leur
maître accomplissait un enseignement en actes, qui allait être déterminent pour
la compréhension du salut de toute l’humanité. Ils étaient invités à comprendre
dans ces simples gestes que le pardon l’emportait sur le péché et que la vie
aurait le dernier mot sur la mort. Plus
tard, leurs successeurs manifesteront la même incompréhension en introduisant
la haine et la discorde dans les débats qu’ils auront, pour tenter de mieux
comprendre ce que Jésus avait voulu signifier dans cet acte d’abandon total.
Au
lieu de m’attrister, ces réflexions m’encouragent à porter les regards au-delà du cercle des douze. Elles nous
invitent à nous intéresser à ceux qui sont restés sur le seuil, car sans eux la
célébration dont les autres ont eu tant de mal à saisir le sens, n’aurait pas eu lieu. Pour que Jésus puisse
nous faire comprendre que sa mort portait en elle un baume de guérison contre
le péché et ouvrait l’éternité à tous les hommes, il a fallut qu’il y ait un
porteur de cruche, il a fallu qu’il y ait un propriétaire de maison qui se soit
affairé en secret pour tout préparer. Il a fallu aussi qu’il y ait deux
disciples anonymes qui fassent une course poursuite dans les rues de la ville
et déjouent les pièges des tueurs. Combien de fidélités non dites a-t-il fallu
encore pour, apporter les provisions, pour aller chercher le pain et le vin.
Qui a cuit le mouton ? Qui a fait et agi de telle sorte que tout soit
prêt ? Nous ne le savons pas.
J’attire
votre attention vers ces quatre hommes. Leur présence ici dans ce récit nous
apprend, mieux qu’ailleurs que les limites de l’Eglises sont bien plus vastes
que la communauté visible rassemblée autour du maître. Elle est bien plus vaste
que le nombre de ceux qui sont recensés sur nos listes et que ceux que nous
accueillons à la table que le Seigneur préside. Serviteurs zélés, nous
organisons l’Eglise avec nos propres critères, nous regardons les hommes avec
nos yeux d’humains et nous avons tendance à fermer les portes de nos
sanctuaires pour que ceux qui sont sur le seuil ne perturbent pas la sainte
assemblée.
Au
regard de ce texte on s’interroge pour savoir
qui est concerné par le mystère qui est ici raconté. Est-ce seulement
les 12 rassemblés autour du maître et
qui dans quelques instants le trahiront ? Qu’en est-il du porteur de
cruche qui, sans doute au risque de sa vie a guidé les deux anonymes vers la
maison d’un 3 eme qu’on ne connaît pas mais qui a déjà tout préparé. Lui
aussi a risqué sa vie en hébergeant dans
sa maison celui que la police recherchait pour le traîner devant le tribunal
qui déciderait de sa mort ?
Curieusement,
sur le fronton des églises, on
représente habituellement le Christ, les
apôtres, et tous ceux que la tradition nous a désignés comme exemplaires.
Y
a-t-il une seule Eglise au monde qui ait
osé mettre sur son tympan ou tout simplement à l’entrée de son sanctuaire un homme portant une cruche ? C’est
pourtant grâce à un tel homme que le Christ a pu accomplir ce geste que nous
répétons tant de fois et par lequel nous
redécouvrons chaque jour que dans la mort du Christ se trouve une
espérance de vie pour toutes les
nations. Si le porteur de cruche ne s'est pas assis à la sainte table, il y
avait vraisemblablement sa place.
Si
quelqu’un voulait reconstituer l’intrigue policière dans laquelle ce drame
s’est joué, si quelqu’un voulait inventer l’histoire de cet homme pour lui
redonner vie, peut être ferait-il de lui
un nouvel apôtre et peut être ferait-il
du récit de ce compagnon anonyme de
Jésus un best seller à l’image de celui
que nous avons évoqué tout à l’heure. Un
porteur de cruche vaut bien une Marie Madeleine.
Dimanche
de Pentecôte Temple du Luxembourg le 3 juin 2006
Texte
prêché : Actes 2/1-13 Galates 5/16-25 Jean 15 26-16/15
Cantiques : 47/1,2,3
- 501/1,2,3 -
507/1,2,3
« Ah ! si tu déchirais le cieux et
si tu descendais… » Ainsi priait le
prophète Esaïe dans l’attente d’un jour
grand et solennel où Dieu enfin révélerait
le secret de ses projets divins. Tant d’hommes et de femmes se
retrouvent dans cette prière parce qu’ils ne comprennent pas ce qui leur
arrive. Ils espèrent contre toute espérance que Dieu leur permettra de
comprendre comment il gère le monde puisqu’il en est le créateur et pourquoi
ils sont en difficulté alors qu’il prétend être leur père. En priant ainsi, ils
soupçonnent que Dieu est d'une manière
ou d'une autre responsable d’une situation qui ne leur est pas favorable.
Heureusement, avec l’événement de Pentecôte, les choses
semblent aller dans le sens où nous le
souhaitons. Les cieux se sont ouverts et il se passe des choses. Ce qui me paraît le
plus remarquable dans tout cela et qui me semble correspondre le plus à nos
soucis c’est que la peur disparaît. Ceux qui avaient peur, enfermés dans leurs
maisons sortent à la rencontre des autres et n’ont plus peur. La présence de
Dieu bannit la peur.
Or les
hommes depuis toujours ont appris à
vivre avec la peur, ils vivent avec un sentiment d’insécurité qui plane autour
d’eux. Curieusement c'est la proximité de Dieu ou l'absence de
Dieu qui est la cause principale de cette frayeur. Les hommes, en effet redoutent la proximité de Dieu. C’est pour
conjurer cette peur que dans le passé ils offraient à Dieu des sacrifices.
C’est également pour cette même
raison qu'ils s'efforcent de faire des œuvres bonnes. C’est toujours conjurer la
crainte de Dieu que toutes les religions ont organisé leur culte, car ce
Dieu que nous disons un Dieu d’amour
nous paraît bien redoutable. On le dit aimant mais on redoute son
jugement. Ne prétend-on pas que Dieu
a passé sa colère rentrée contre l’humanité en décidant de la mort
expiatoire de son fils si bien que nous considérons, avec les prophètes qu’il
est redoutable de tomber dans les mains
du Dieu vivant.
La
pratique du culte dans toutes les
religions a pour tâche de définir les
distances et les règles qui permettent aux hommes d’être en bons termes avec Dieu. Ni trop
loin, ni trop proche. Si le culte rend
Dieu plus proche,il maintient cependant
des distances raisonnables avec lui.
Certes, s’il en est ainsi de notre relation au sacré, il semblerait
préférable d’être athée et ainsi toute crainte serait bannit. Mais ça ne marche
pas. Pour s'en convaincre, il nous
suffira de jeter un œil sur notre société
d’où on a chassé Dieu. Laïcité oblige. La peur en est-elle partie? Je ne
commente pas tant la réponse semble évidente. On pourra donc conclure que
l'on a moins peur quand Dieu est maintenu à distance que quand il n’est
pas là. Pourtant si on a moins peur, on a quand même toujours peur.
C'est
ce défi selon lequel Dieu bannit toute crainte que les chrétiens doivent relever quand ils
témoignent d'un Dieu d'amour dans une société où les hommes éprouvent de la
crainte à cause du vide provoqué
par le silence de Dieu ou par l'athéisme . Cet amour
de Dieu dont nous remplissons nos
sermons ne semble pas très visible à
l’observateur attentif de ce monde. Même si on en perçoit quelques
éléments significatifs, ils ne sont pas
assez pertinents pour qu’on puisse les attribuer à la générosité de Dieu.
Face
au mal vivre des hommes, nous opposons l'amour de Dieu, mais notre témoignage
reste insuffisant. Nous avons l’habitude
de considérer que Dieu dans sa bonté vient
vers nous. Il quitte sa divinité pour partager notre humanité. Nous
affirmons que le souffle de son esprit est capable de nous communiquer la
certitude de sa présence attentive et aimante. Cela devrait suffire pour apaiser notre crainte,
redonner de l’espérance, faire jaillir la foi. Mais tout cela est bien
mystérieux et ne repose que sur l’affirmation
d’une certitude qui ne s’acquiert que par la prière, la méditation des Ecritures, et somme toute
un effort personnel.
Nous
entraînons donc les autres à faire un
nouvel effort dont ils ne voient pas forcément l'intérêt. A la recherche de ce
Dieu d'amour ne risquent-ils pas de
tomber aux mains de gourous peu fiables ou de tomber dans une secte d’où ils auront du mal à
sortir ? Cette réserve crêt en
eux une nouvelle crainte et la logique
les pousse à ne pas vouloir conjurer une crainte, celle de Dieu, par une autre
crainte, celle des hommes ! Ainsi
notre foi est-elle perçue par ceux qui voudraient la partager comme une exigence d'effort qu'ils ne se
sentent pas le courage de faire.
C'est en considérant cette
situation que nous devons prendre leçon de l'événement de Pentecôte. Il va
nous entraîner à considérer les choses d’une autre manière
car il va provoquer en nous une conversion.
Contrairement à ce qui a déjà été dit la conversion ne demande aucun
effort. Elle va simplement nous entraîner à changer notre regard
sur Dieu pour le voir d'une
manière différente. Le Dieu auquel nous nous référons habituellement, celui qui
vient d’ailleurs et dont nos redoutons le jugement, celui dont nous
revendiquons l’amour mais auquel nous
avons peur de déplaire se présente à
nous maintenant sous d’autres traits. Il
se propose d’habiter en nous et de faire
partie de nous-mêmes. Il ne devient pas seulement un compagnon de route qu'il
faut solliciter pour qu'il nous tienne par la main. Il est celui qui pénètre en nous et qui se love maintenant à l’intérieur de
nous-mêmes pour devenir partie intégrante de nous-mêmes. Dieu s’installe en
nous et c'est ainsi qu'il nous rend différents. Dieu n’a pas d’autres réalité
que celle là et nous ne pouvons que l’accepter puisqu'il fait
partie intégrante de notre être.
Nous devons seulement prendre conscience qu'il est en nous, c'est alors
que nous le laisserons agir et guider nos actions. Nous découvrons alors que le Dieu
que nous croyons extérieur à nous-mêmes est en réalité un Dieu
intérieur. C'est en prenant conscience
de cette réalité que toute crainte
disparaît. De quoi pourrions-nous avons peur puisque Dieu est en nous?.
Ainsi,
il anime nos pensées, il inspire nos décisions . C'est en écoutant nos vibrations intérieures que nous réalisons qu’il a pris sa place en
nous. Dieu s’est fait homme, pour habiter les humains que nous sommes et il
nous rend participant au divin dont il
nous remplit. L’événement de Pentecôte
ne nous entraîne pas à découvrir qu’il y a un
changement en Dieu mais que la présence de Dieu en nous est la seule relation que Dieu a choisi
d'avoir avec nous.
Cette
conversion est l’œuvre du saint Esprit. Depuis toujours il a soufflé sur les
hommes. Il a provoqué leurs décisions, apaisé leurs craintes, stimulé leur
audace. Les prophètes et les patriarches ont rendu compte de cette action. Mais
la réalité de Dieu n’en restait pas moins extérieure aux hommes. La distance
entre lui et eux ne s’amenuisait pas
pour autant. C'est alors que Jésus
Christ a rendu manifeste dans sa personne la réalité qui doit se produire pour chaque homme quand
il se laisse habiter par Dieu. Dieu
s’est fait homme en Jésus Christ, il a mêlé sa divinité à son humanité et il a
transformé sa mort en résurrection si bien que sa vie d'homme s'est achevée
dans l'éternité de Dieu. Pénétrés par l'esprit de Dieu, nous partageons tous et
toutes désormais cette même réalité. La
conversion proposée à chacun de nous est incontournable car Dieu fait partie
intégrante de notre propre constitution humaine. L’Ecriture nous en a rendu compte d’une manière
cohérente.
Tout
s'est accompli à l'Ascension quand Jésus
ressuscité nous a été présenté comme s’il quittait la terre et le monde des
hommes pour rejoindre Dieu dans le ciel.
En se confondant ainsi avec Dieu dans le domaine qu’on lui croyait réservé, c’est comme s’il
était allé le chercher dans son ciel,
pour le faire descendre à Pentecôte sur notre terre afin de pénétrer chacun de nous et donner ainsi toute plénitude à notre vie
humaine.
Voilà
où nous en sommes ce matin, nous prenons acte de l’étape finale de la création
humaine. Dieu a voulu que l’humanité soit le lieu d’accueil de sa divinité sur
terre. C’est donc désormais dans l’action des hommes que Dieu manifeste sa
présence sur terre. C’est alors que la crainte et l’angoisse disparaissent pour faire place à l’espérance qui mêle en
une seule réalité la divinité de Dieu et
l’humanité des hommes.
Mais,
car il y a encore un mais, le monde et l’univers sont des réalités toujours en
mouvement, et la terre elle-même n’est pas épargnée. Les hommes eux-mêmes ne
sont à l’abri ni du mal dont ont connaît les effet, ni des tentations dont nos
éprouvons les agressions. Mais malgré tous ces obstacles, nous restons sereins
car Dieu habite désormais en nous et aucune force hostile, ni le mal ni aucune
autre réalité terrestre ou céleste ne
pourra nous séparer de cette réalité de Dieu en nous. Certains de cette
présence, nous pouvons sereinement mener notre existence en sachant que Dieu
est partie prenante de notre vie en totalité.
Jean 15/1-8
Testes
lus Actes 9/26-31 et 1 Jean 3/ 18-24
Cantiques 84/1,2,3
- 227/1,2,3 -
607/1,2,3
On
a encore beaucoup de choses à apprendre sur Jésus. Il y a cependant un aspect
de sa personnalité qui, à ma connaissance, n’a pas encore vraiment été
exploré. Aujourd’hui, la grande presse
nous abreuve d’informations suspectes à son sujet, elle s’appuie sur des apocryphes tendancieux pour nous
révéler des pans entiers de sa vie sentimentale cachée ou de nous donner des
informations sulfureuses sur la soi-disant
trahison de Judas, en oubliant qu’une exégèse sérieuse, comparative des
textes canoniques peut sans doute nous amener
aux mêmes conclusions.
Mais
l’exégèse a rarement enrichi ses
auteurs tendis que les rumeurs et les
soupçons alimentent l’escarcelle de ceux qui cherchent à s’enrichir en tirant
profit de la cupidité des masses dont vous et moi participons également. Ce
n’est cependant pas un scoop que je vais vous livrer, mais une interrogation
sur la personne de Jésus à laquelle personne n’a jamais vraiment répondu. Jésus
avait des connaissances sur l’art
agricole qui ne relèvent pas de la compétence d’un artisan charpentier. Au
hasard de notre lecture des Evangiles nous relevons par exemple qu’il sait la
quantité de grains que peut produire un épis, il sait qu’il faut bêcher au pied
d’une figuier et lui apporter du fumier pour qu’il fructifie, qu’il faut
entourer une vigne de murs et dans le texte d’aujourd’hui il montre une
compétence particulièrement subtile sur la taille de la vigne. Comment avait-il
acquis ce type de connaissances. Nul n’a vraiment écrit à ce sujet.
Il
est bien connu qu’il faut tailler la vigne pour qu’elle fructifie. Il faut
enlever les gourmands qui ne donnent pas de fruits mais sucent la sève. Il faut
tailler à bonne distance les rameaux fructifères afin qu’ils portent davantage
de fruits. Jésus raconte cela avec compétence et il invite ses auditeurs à
faire la transposition sur eux-mêmes pour profiter au mieux de son enseignement.
Mais c’est là que se pose le problème. Quel que soit l’instrument que l’on
utilise pour retrancher le rameau
indésirable, on est obligé de blesser la plante et de la faire souffrir. On
exerce une violence contre elle pour qu’elle se porte mieux. On se demande alors si que Dieu se comporte
ainsi à notre égard ?
Nous
fait-il souffrir pour nous faire prospérer ? Provoque-t-il en nous des
souffrances pour nous amener à un niveau supérieur de la connaissance ?
Les épreuves et les souffrances dont nous souffrons et dont nous tirons profit pour accroître notre
expérience ont-elle Dieu pour origine?
On pourrait supposer que dans sa divine sagesse il connaît quelles sont les blessures utiles qu'il faut nous infliger afin de nous
stimuler, à l'image du vigneron taillant la vigne. Est-ce vraiment lui qui nous envoie les épreuves et les tentations
pour que nous nous endurcissions face aux vicissitudes de la vie ? Par l’épreuve qu’il nus enverrait sous son
contrôle nous serions prévenus contre les tentations ou les épreuves plus graves à l’image de vaccins préventifs. Utilise-t-il un mal pour le transformer en
bien ?
Pour
expliquer nos difficultés dans la vie, il
n’est pas rare que l’on pense que Dieu nous éprouve pour nous
éduquer. Ce qu’il y a de troublant dans
une telle proposition, c’est que ça
marche. Les difficultés de la vie nous
rendent plus endurants face au mal. Il
est fréquent de constater que d'un mal
peut sortir un bien. Le seul
exemple de la chirurgie devrait suffire à nous convaincre. Mais peut-on dire
que pour avoir tiré leçon d’une épreuve,
que cette épreuve nous vient de Dieu? Dieu peut-il se servir d’un mal, voir même provoquer un
mal, pour qu’en jaillisse un
bien ? Il me semble qu’un tel
raisonnement relève d’une théologie douteuse en laquelle je ne crois pas. Car
si on avait la faiblesse de s'y rallier
cela suggérerait que Dieu
pourrait avoir un lien quelconque avec le mal,
qu'il s'en servirait et
qu'il se pourrait même qu’il l’ait créé.
Si
nous croyons que Dieu n’a aucun lien avec le mal et qu’il n’en est pas
l’auteur, comment donc s’aventurer plus loin dans cette parabole où il est dit
que le vigneron tranche, taille, coupe, brûle.
Comme
toujours, dans les paraboles il n’y a pas identité véritable entre le personnage
central de la parabole et Dieu. Il y a seulement une comparaison qui nous
permet de comprendre et de réfléchir. L’art de la parabole demande à l’auditeur
de faire un effort de compréhension pour en saisir la pointe. La pointe ici, c’est que nous pouvons tous mieux faire. Nous
pouvons tous être plus performants que nous le sommes. C’est là une première
mise en garde – Pas d’autosatisfaction donc , car on peut toujours mieux faire
- Jésus, sans le dire vraiment, nous invite à nous regarder sans complaisance.
La comparaison avec la vigne nos aide à comprendre. Le cep de vigne a du bois
en trop, si on l’enlève, il fructifie davantage. Apparemment les auditeurs de
Jésus et nous mêmes sont pourvus d'
éléments en trop dont il faudrait se
débarrasser afin d'être de meilleurs
témoins de Dieu. C'est là le deuxième
constat.
Nous
sommes suréquipés, voilà qui sonne curieusement. Dans nos prières nous
demandons que le Seigneur nous en donne
davantage car nous nous sentons en manque. Cela
va à l’encontre de nos prières habituelles qui sont des prières de
demande. Et bien c’est sans doute le contraire qu’il faut faire. « Seigneur enlève-moi ce que j’ai en
trop » serait peut être la bonne prière, car ce « trop » serait
un handicap. Alors comment faire, comment retrancher ? Cela se fait tout
seul. Dieu n’utilise pas la violence d’un sécateur pour le faire comme un
jardinier. C’est la parole de Dieu qui agit en nous. C’est en l’écoutant qu’elle nous provoque et excite notre sagacité vis à
vis de nous-mêmes. Nous nous mettons en cause
et nous réorganisons notre vie en fonction de ce que nous avons entendu.
Nous remettons de l’ordre dans nos besoins et nos désirs. En fait, nous portons
sur nous-mêmes le même regard que Dieu
porte sur nous, si bien que nous ne
pouvons faire autrement que de rejeter nous-mêmes ce qu’il y a de trop en nous.
Nous nous retrouvons dans la situation du jeune homme riche. Les modifications
que nous apporterons ainsi à notre
personnalité provoqueront une amélioration
significative de notre personne au regard de Dieu.
Vous l'aurez compris, il s’agit d’abord
de savoir quelle place nous accordons à Dieu dans nos préoccupations. Il
s’agit de recentrer notre vie sur Dieu et de ne jamais perdre de vue que c’est
lui qui doit être au centre de notre vie et non pas nous-mêmes.
Ayant
ainsi recentré les choses autour de Dieu, notre proximité avec lui devient
telle que le courant passe mieux entre lui et nous. Dans le cep de vigne, il se
passe la même chose. La sève part du tronc, irrigue les branches qui en étant correctement taillées vont
porter un meilleur fruit. Quant à nous, il s’agit bien évidemment de l’action
du saint Esprit qui est d’autant mieux favorisée que nous avons retranché de
nous-mêmes tout ce que nous avions en trop. C’est donc à partir de la proximité
de Dieu que tout va changer en nous.Il
ne s’agit pas de rester face à Dieu dans
une passivité béate. Il ne s’agit pas de dire : "laissons Dieu
agir en moi, et moi je serai
fidèle ". Il nous appartient
d’agir en nous de telle sorte que Dieu soit au centre de nos
préoccupations et ce n’est pas aussi
simple que cela.
En
effet, notre siècle a tout remis en cause
et Dieu n’échappe pas à ce phénomène.
Mais le désir de Dieu reste cependant ancré au plus profond de l’homme.
Ce désir pousse les uns et les autres à
le chercher. Qui cherche trouve.
C’est seulement quand on l’a
trouvé que tout commence et que mes
propos prennent du sens. Quand notre rencontre avec Dieu a abouti, c’est alors
qu’il faut retrancher, émonder, remodeler notre vie et notre personne pour que
Dieu prenne la place qui doit être la sienne au
centre de nos préoccupations. Ce
travail sur nous mêmes se fait après qu'on ait découvert Dieu . Ce n'est
pas un procédé opportun pour trouver Dieu. Ce n’est donc pas lui qui fera des actions violentes contre nous, c’est nous
qui ferons des rajustements dans nos comportements, dans nos habitudes et dans
nos désirs parce que nous avons mis Dieu
au centre de notre vie. Plus nous le ferons, plus la sève de son esprit
travaillera en nous et meilleurs seront les fruits que nous porterons.
Dieu
ainsi nous mobilise pour travailler en nous-mêmes afin d’être plus efficaces
dans le jardin du monde.
Jean :
10/7-18
Autres
lectures 1 Jean3/1-2 - Actes 4/8-12
Aucune
échappatoire n’est possible pour les moutons. Ils sont malmenés par les
bergers, menacés par les voleurs, convoités par les loups. Leur destin est
réglé d’avance. Ce que l’Evangile ne dit pas mais que tout le monde sait, c’est qu’ils finiront mangés par les hommes
pour les plus chanceux d’entre eux. Leur cause est entendue, on ne les élève
que pour ça. Bien évidemment nous nous identifions aux moutons, c’est pour cela
que l’Evangile nous a rapporté cet enseignement de Jésus : Il pose la
question que nous nous posons
tous : peut-on échapper à son destin ? Comment vivre alors que la
mort nous menace et peut-on d’une manière ou d’une autre échapper à la mort ?
Comme
les moutons, nous sommes environnés de tous les dangers et fatalement, comme eux nous devons mourir. Les
moutons subissent leur sort sans broncher. A la différence des moutons, les
tenants de l’espèce humaine n’acceptent pas leur destin. Ils espèrent pouvoir y
échapper, ils pensent même que Dieu y pourvoira. Et curieusement, tout en
espérant que Dieu les délivrera de la mort, ils l’accusent en même temps de
vouloir leur propre mort en raison d’un décret divin qui trouve son origine dans la nuit des temps et qui fait que la mort est perçue comme la fin normale
de tout individu.
Depuis
que le monde est monde, nous en sommes toujours là et rien ne semble vouloir
faire évoluer les choses. Tout en mettant notre confiance en Dieu
nous nous soumettons à un décret divin qui se résume assez bien
dans l’affirmation selon laquelle
« Dieu est celui qui fait mourir et qui fait vivre » ( Deute
32-39). Bien que nous acceptions cette
fatalité, nous ne pouvons quand même nous empêcher d'intenter un procès à Dieu
parce que nous refusons de subir le sort
de toutes les autres créatures. Il y a
en nous comme l'idée que si nous avons foi en Dieu, et que s'il s'est révélé à nous, c’est parce
qu’il a l’intention de nous réserver un destin
particulier. Apparemment il n’en est rien.
Les
uns se résignent en prétendant que Dieu fait toujours les choses pour notre mieux être. Ils s’accommodent de la situation sans
comprendre. Et ils acceptent l'arbitraire de notre destin. Les autres élaborent des théories qui innocentent
Dieu, mais le rendent impuissant à assumer notre destin. En fait tous pensent que notre vraie relation à Dieu passe par la manière dont
il joue un rôle dans le problème de
notre mort, comme si notre seule
relation à Dieu était réglée par la mort. Et, c'est là que nous avons tout
faux.
Cette
longue méditation de Jésus sur le sort des moutons nous dit le contraire. Elle insiste sur le
fait qu’il n’y a pas d’échappatoire, les moutons comme nous-mêmes sont ainsi
conçus qu’ils finissent tous par mourir. C’est alors qu’intervient un
mystérieux berger qui revendique ses droits sur les moutons. Il s'oppose alors aux
bergers salariés qui ont
habituellement la charge des moutons. Ces bergers salariés n’ont aucune
conscience professionnelle à l’opposé du mystérieux berger qui se laisse tuer
plutôt que de laisser les brebis se faire tuer par les voleurs ou les loups. Il
paye de sa vie en s’opposant à la fatalité d’une mort programmée. Il se conduit
comme si la mort ne faisait pas partie de l’ordre normal des choses. On ne
comprend pas cependant pourquoi la mort du bon berger devrait avoir pour
conséquence la survie du troupeau.
C’est
alors que se produit comme un hiatus dans le texte. Il se passe comme un
glissement, on oublie subitement les moutons et les bergers et on passe sans
transition à la relation de Jésus avec
Dieu et avec nous-mêmes. Dieu est
présenté comme Père. Ce Père nous permet de comprendre que le bon berger et Dieu
sont en étroite relation. Dieu est alors
désigné comme le Père et c’est à cause de son amour que la vie des
moutons semble préservée. Dieu le Père intervient comme celui qui a le pouvoir
de contrarier le destin. Ce pouvoir
s’exerce par l’action de Jésus Christ, le bon berger.
Comment
ce mystère peut-il alors avoir lieu ? Il
y a ici un non-dit, selon lequel Dieu n'a pas de lien avec la mort. Tout
se passe comme si Dieu s'opposait aux
lois de la nature selon lesquelles tout ce qui vit est appelé à mourir avant d’être transformé à nouveau en
une autre forme de vie pour mourir à son tour, car il en est ainsi
des cycles incessants de la nature.
Dieu dans ce passage se
propose de casser ce cycle et de proposer un changement
des individus qui ne passe pas par leur mort. Car Dieu se refuse d'avoir
un lien quelconque avec la mort.
Bien sûr nous sommes réfractaires à une telle
idée. Nous n’y croyons même pas car on
nous a enseigné depuis longtemps que
Dieu était la cause de notre mort et qu’il l’avait programmée ainsi pour nous
punir du péché de désobéissance.
C'est
ainsi que l'on explique le comportement
de l’espèce humaine qui a
tendance à s’affirmer en s’opposant à ce qui lui résiste. Pourtant, cette attitude fait
partie de la nature humaine, sans
elle l’humanité ne pourrait évoluer. Ce dynamisme
de l’homme quand il s’exerce contre de Dieu est perçu comme un des aspects du
péché. Les hommes en éprouvent un sentiment de culpabilité et c’est ce
sentiment qui est à proprement parler
révélateur du péché. Le péché, selon l’Ecriture a pour caractéristique
d’entraîner notre mort. Saint Paul s’appuyant sur l’Ecriture a écrit de longues
pages pour parler du caractère irréversible de notre situation qui ne peut que
déboucher sur notre propre mort. Tout cela semble conforme à la Bible, mais dans la Bible ce n’est pas Dieu qui
parle de mort, c’est l’homme. La mort est la conséquence que l’homme tire de la
situation où il se trouve, elle relève de sa logique. En fait la mort n’est pas
dans les attributs de Dieu, si bien que
Dieu ne peut proposer à l’homme que la vie et la mort ne survient que si
l’homme se prive lui-même de Dieu.
C’est
parce que les hommes ne comprennent pas les choses ainsi que Jésus s’est opposé
aux idées reçues et les a combattues. Tout son enseignement, ses actions et ses
miracles ont toujours plaidé la cause de
la vie. Selon lui Dieu avait pour seul souci celui de préserver la vie à
l'humanité. Là encore on n’a pas compris Jésus. Ses propos ont été considérés
comme des blasphèmes contre Dieu alors qu’il brossait le portrait d’un Dieu
Père infiniment bon, toujours attentif à
faire reculer l’échéance de la mort et à proposer une autre forme de vie quand
la mort surviendrait dans leur existence
.
On
a provoqué sa propre mort pour le faire
taire ! Mais c'est la vie qui l’a emporté sur la mort. Tué par la main des
hommes il a conservé la vie par l’action de Dieu. Les évangiles en sont
témoins, ils promettent à quiconque reconnaît que Dieu est le maître de la vie
une vie semblable à celle de Jésus qui bien que mort persiste à vivre, car tout
ce qui est en Dieu ne peut mourir.
Comme
on ne peut s’opposer à l’évidence et comme on ne peut s’opposer à Dieu, force
nous est donnée de construire désormais
notre vie sur cette promesse selon laquelle la vie repose en Dieu et que tous
ceux qui vivent aujourd’hui pourront voir leur propre vie se prolonger dans une
nouvelle réalité à l’image de celle que
l’Ecriture a retenu de Jésus après sa mort.
Nous
devrions nous arrêter là, mais les hommes vivent sans doute les choses d’une
autre manière. Comme toujours ils essayent de contrôler les mystères de Dieu et
par voie de conséquence ils essayent de le limiter en le mettant en
contradiction avec lui-même. Qui a droit à la vie se demandent-ils ? Et
les pécheurs non repentis ou mal repentis
et ceux qui nient l’existence de Dieu , et les incroyants, les athées et
les incrédules auront-ils part à la vie ?
« J’ai
d’autres brebis qui n’appartiennent pas à cette bergerie… » dit Jésus,
comme pour dire : « mêlez-vous de ce qui vous regarde en n’empiétez pas sur le
domaine de Dieu. Dieu ne peut donner que la vie, pourquoi certains
cherchent-ils à limiter son action en cherchant à écarter de la vie ceux qui ne
correspondent pas à leurs propres critères. Il n’y a pas de réalité sur Dieu
dans la mort, toute réalité le concernant
est forcément immergée dans la vie car il promet à tout son troupeau la vie en abondance.
Dimanche 30 avril 2006 Luxembourg
Sermon :
Actes 3/13-26 : « Vous avez agi par ignorance … »
Autres
lectures 1 Jean 2/ 1-5a - Luc 24/35-48
Cantiques
91/1,2,3 - 403/1,2,3
- 604/1,2,3
Et
si on cherchait Dieu au plus profond de
notre être plutôt que dans le ciel, les choses n'iraient-elles pas mieux? C'est
la question que fait monter en moi la lecture de ce passage du Livre des Actes.
Aujourd’hui,
tout le monde se plaint et tout le monde
accuse tout le monde. On se plaint de toutes sortes d’agressions qui nous sont
faites et on se plaint de devenir soi-même agressif. On se plaint de ce que les
autres ne font pas ce qu’ils devraient faire et on a mauvaise conscience de ne
pas faire soi-même ce que l’on reproche aux autres de ne pas faire. Ainsi la mauvaise conscience semble avoir pris
possession de toutes les situations humaines. Et si on pense avoir échappé
soi-même à la mauvaise conscience, on reproche
avec suffisance aux autres de ne pas avoir de conscience du tout. Qu’est-ce qui fait que
ce marasme pèse si lourdement sur nous ? Est-ce dans l’air du temps ?
Généralement, on ne sait pas mettre un nom sur cet état de fait, mais, si nous réfléchissons un peu nous
découvrirons vite que le seul nom qui convienne à cet état de fait, c’est le
mot péché.
Nous
sommes pécheurs, nous le savons depuis l’origine de l’humanité. Le péché est
lié au fait que nous nous
mettons en opposition avec Dieu. Mais dans une société sécularisée comme
la nôtre d’où on a chassé Dieu, le terme de péché ne semble pas le terme
adéquat pour caractériser notre
situation. Cependant bien que ce mot ne soit pas le meilleur il peut nous aider çà comprendre le malaise
que nous éprouvons en face du sentiment d’ignorance que nous avons au sujet de
la finalité de l'espèce humaine.
Il
y a en nous comme une sorte de
manque concernant nos origines.
Ce vide en nous révèle une
absence qui est sans doute celle de Dieu, si
bien qu’en étant amenés à réfléchir
sur nos propres insatisfactions nous
en arrivons à nous poser la question
de Dieu. Si nous voulons approfondir ce questionnement, c’est à partir d’une
interrogation sur nous-mêmes que nous
devons commencer et non à partir de
déductions philosophiques sur l’existence ou la non existence de Dieu.
En
fait dans ces quelques phrases que je viens d’énoncer j’ai essayé de rendre
compte du mystère du salut, tel qu’il est proposé dans ce passage du Livre des
Actes. Il nous révèle que le péché et l’ignorance ont partie liée. Cette
ignorance au sujet de nous-mêmes a pour conséquence notre violence et en
particulier la violence qui a causé la mort de Jésus. C’est dans cette
violence, dont nous ne comprenons pas l’origine que réside le péché. Comment
corriger notre ignorance? Là encore le texte nous donne une réponse en nous renvoyant
à Dieu car c'est lui qui donne du sens à nos origines.
Nous
croyons pour la plupart de nous en Dieu. Nous considérons qu’il est le guide de
notre vie et nous essayons de suivre aussi fidèlement que possible ses
commandements. Nous plaçons notre existence sous son jugement tout en espérant
que sa grâce sera plus forte que sa justice. Nous pensons que nos péchés, aussi
graves soient-ils n’ont pas le pouvoir de nous écarter de la grâce de Dieu
telle que Jésus Christ en a témoigné. C’est pour cela qu’il a accepté de
mourir, et par sa résurrection, nous avons l’assurance que la grâce aura
toujours le dernier pas sur le jugement et la mort.
En
fait si c’est cela que nous avons retenu de notre catéchisme, ce n’est pas si
mal, mais ce n’est que la partie emmergée de l’iceberg. Si la mort de Jésus nous a permis de voir
Dieu sous un autre aspect, elle n’a
cependant pas changé la nature de Dieu, elle l’a révélée. Pierre dans son discours
que nous avons lu fait remonter le
projet de Dieu concernant les hommes au tout début de sa révélation. Ce projet
était déjà un fait acquis à l’époque d’Abraham nous dit-il. Toute l’Ecriture
rend témoignage de la volonté de Dieu de faire vivre les humains malgré leur
rébellion contre lui.
Mais
pourquoi les hommes seraient-ils
toujours en rébellion contre Dieu ? Serait-ce le résultat d’une mauvaise
conception de l’homme depuis l'origine? L’homme étant conçu par Dieu libre de
se rebeller, il en aurait profité, et il
continuerait à le faire depuis toujours sans jamais pouvoir se corriger, à
moins que Dieu s’en mêle et provoque en l’homme un sursaut de vie qui lui soit
salutaire.
Pierre
dans son discours ne se laisse pas aller à une théologie aussi élaborée telle que
personne ne la comprend vraiment si non Saint Augustin. Mais nous ne
sommes pas tous des docteurs de l’Eglise et nous ne manions pas aisément de
tels concepts. Pierre non plus : un seul mot lui suffit pour dire tout
cela : c’est le mot ignorance.
Nous
sommes ignorants parce que nous avons une mauvaise approche du monde et de
Dieu. Nous les regardons par le mauvais
bout de la lorgnette. Nous regardons le ciel et les étoiles, et comme Rousseau
nous disons que le Créateur est un grand être.
Nous pensons que l’univers est agencé d’une manière géniale et nous
admirons celui qui a agencé tout cela.
En ramenant l’univers à notre propre dimension, nous nous sentons bien
petits face à l’infiniment grand et nous
considérons que chaque humain
n’a pas beaucoup plus de réalité qu’un
petit grain de sable. Mais nous savons aussi qu’un minuscule grain de sable
peut faire gripper la machine la plus grosse soit elle et enrayer son bon fonctionnement. Nous
savons inconsciemment que nous pouvons être ce grain de sable, capable de
déséquilibrer tout le merveilleux système conçu par Dieu.
S’il
en est ainsi, nous concevons aisément que
le Dieu Tout puissant pourrait se mettre en colère et envisager la
disparition de cette humanité capable
de perturber tout ce qu’il a
conçu. Si l’homme est capable d’une telle action et si le Créateur est sans cesse obligé de corriger une machine qui se dérègle
à cause de tous ces grains de sable que nous sommes et qui s’insinuent dans
tous ses rouages. Il est évident que nous devons avoir mauvaise conscience. Si c’est là l’origine de notre péché il est
logique de craindre Dieu.
C’est
en à partir de ce constat que
Pierre nous amène à réaliser que nous
sommes ignorants. Nous essayons d’accéder à Dieu à partir de notions qui nous échappent et qui ne nous
concernent pas. Nous raisonnons sur Dieu à partir de ce que l’on peut en
percevoir de l’extérieur, nous philosophons à son sujet, mais, nous ignorons
qui il est. Car si nous voulons le connaître,
il nous est suggéré de le faire à
partir de nous-mêmes et non à partir de l’univers.
C’est
pourquoi nous devons regarder Dieu et le
monde d’une autre façon, nous devons regarder par l’autre bout de la lorgnette. Si nous interrogeons
Dieu à partir de nous-mêmes et à partir de notre réalité humaine, c'est
sur les problèmes de vie et de mort que
porterons nos premières interrogations
Nous savons que nous devons mourir, et si
quelqu’un dit le contraire c’est le diable. Or, l’Ecriture, depuis Abraham,
jusqu’au dernier des prophètes nous enseigne que la vérité sur Dieu est liée au
mystère de notre vie. Dieu se révèle
comme celui qui prend en charge notre vie et lui donne du sens. La vraie
connaissance de Dieu consiste à découvrir
que la vie est cachée en lui, et que si
elle est liée à lui, elle ne saurait avoir de fin.
Jésus
en acceptant la mort avait pour but de nous révéler cette vérité sur Dieu. Dieu
est le Dieu qui fait vivre. Cette vérité éclaire d’un jour nouveau notre comportement par rapport à lui. Les
hommes habituellement enferment Dieu dans la notion de justice et de jugement alors qu’il cherche à les
libérer de leur culpabilité qui les
amène à penser à Dieu dans une
relation de mort. Nous croyons que c’est lui qui décide de notre mort alors qu’il veut nous donner la vie en
abondance. Nous lions la notion de
péché au problème que nous pose la mort,
et nous n'arrivons pas à en sortir.
Nous continuerons à nous tourmenter au sujet
du péché, tant que nous penserons que Dieu cherche à nous punir et à nous
détruire, parce que nous troublons par nos comportements l’ordre des choses
établi. Grâce à Jésus, notre regard sur Dieu
change radicalement. C’est grâce à lui que nous comprenons que l’action de Dieu
consiste à nous faire vivre, même si nous sommes morts, notre péché cesse de
dominer sur nous et n’a plus de conséquence dans notre relation à Dieu.
La
mort de Jésus est libératrice pour nous car elle détruit à tout jamais les
conséquences de notre péché puisqu’elle met en nous la certitude que Dieu donne
priorité à la vie, pour qu’elle habite tous les hommes si bien que remplis, de cette certitude ils suivent
joyeusement leur Dieu jusque dans l’Eternité.
Jean 21 :1-19
Autres lectures : Actes 5 :25-42 -
Apocalypse 5
Cantiques :
43/1,2,3 - 483 /1,2,3 - 480/
1,2,3
Comment ces êtres de chair et de sang que nous sommes peuvent-ils
ressusciter , si non en se laissant habiter par le Christ. C’est
ainsi qu’ils prolongeront hors du temps tout ce qu’ils auront mis en œuvre
quand ils étaient sur terre ?
Cette année encore à Pâques nous n’avons pas manqué d’aborder cette même question et une fois encore nous
avons du ressentir un profond bien être
en entendant proclamer : « Le Christ est ressuscité,
Alléluia ! » Mais après la résurrection, que s’est-il
passé ? C’est avec ce
questionnement que nous nous retrouvons ce matin en compagnie de Pierre et de
ses amis. Comment gérer cet après ? On
nous a dit que la résurrection de Jésus avait pour conséquence notre
propre résurrection si bien que la promesse de Pâques ne pouvait que nous
conforter dans nos certitudes sur l’éternité et sur notre survie après la mort.
En fait si nous lisons les textes, nous sommes
amenés à constater que notre approche de
la résurrection est inséparable de la rencontre que nous faisons avec le
ressuscité. Dans tous les récits où on nous rapporte sa rencontre avec ses
amis, c’est lui qui a l’initiative de la rencontre. Il vient, il parle, il se
fait reconnaître et de cet événement jaillit une réalité nouvelle pour celui
vers qui il est venu. Notre foi en la résurrection naît de cette rencontre qui se produit pour chacun de
nous parfois au moment où on ne s’y attend pas. Pour nous, bien évidemment
notre rencontre avec le ressuscité ne se fait pas visuellement. Elle se fonde
sur le témoignage des apôtres et relève d’une expérience intérieure. Cette
rencontre de Jésus déclenche un dynamisme qui nous projette déjà dans
l’éternité alors que nous sommes encore dans une existence terrestre tout
emmêlés dans nos contingences matérielles.
C’est bien souvent ces contingences qui prennent
le dessus. Bien que nous gardions un
souvenir ému de notre conversion, nous nous installons malgré tout dans nos
habitudes si bien que le cours des jours
reprend son rythme alors que nous
attendons sereinement que Dieu mette à exécution, le plus tard possible, son projet de
résurrection qui nous concerne.
Le temps qui passe affadit notre enthousiasme et
les soubresauts de la vie poussent notre âme à se raidir si bien qu’en
constatant notre affadissement
spirituel, nous nous culpabilisons et
nous avons l'impression de perdre la foi.
Que ceux qui éprouvent de tels sentiments se rassurent, cette situation doit être
comprise comme une évolution bénéfique
sur le chemin de la foi si nous savons bien la gérer. Dieu se sert de ces
moments de questionnement pour nous permettre de nous élever d’un cran dans le
domaine de la connaissance. C’est alors
que la résurrection elle-même prend un aspect plus précis et que nous
découvrons avec émerveillement comment Jésus utilise notre histoire personnelle
et les aléas de notre existence pour construire l’être nouveau que nous sommes
appelés à devenir.
C’est dans cet état d’âme que nous rejoignons
Pierre au bord du lac. Le temps a passé,
il n’est plus à Jérusalem, il est revenu en Galilée où il a repris avec
ses amis son métier de pécheur. Sans doute garde-t-il un merveilleux souvenir
des derniers événements, mais la vie a repris ses droits . Expérience
spirituelle ou pas, il faut bien continuer à vivre.
Pourtant Pierre a eu une forte expérience avec le ressuscité. Il a
été le premier a constater que le tombeau était vide. Il a déjà vu le ressuscité par deux fois. Il a
éprouvé de la joie de savoir que Jésus était vivant. Il a été réconforté de
savoir qu’il a lui-même fait les bons choix en le suivant. Il est quand même
revenu à ses filets. Si son âme a été illuminée, sa vie n’a pas changée. Il est
encore resté le vieil homme. Il
transparaît cependant à travers ce récit qu’il éprouve une certaine
insatisfaction qu’il ne sait toujours pas analyser. Il est dans la même
situation que ceux qui disent le Christ est ressuscité mais qui ne perçoivent
pas très bien quelle incidence cela peut avoir dans leur vie. En réalisant cela
il réagit comme s’il avait tout faux et
il retourne à la pêche.
C’est la troisième fois que le ressuscité se
manifeste dans sa vie. C’est alors qu’il va comprendre. Toutes les étapes de sa
vie vont défiler devant lui comme cela se produit, paraît-il dans les derniers
instants d’un homme qui se noie. Et ces étapes qu’il a vécues vont lui être
révélées comme autant d’expériences dont il n’avait pas saisit toute la portée.
Elles vont permettre a Jésus de
reconstruire sa vie spirituelle avec lui et de la projeter dans le futur afin
de faire de lui un homme vraiment ressuscité. Il découvre que pour être
ressuscité il doit se laisser envahir par le Christ afin que le Christ vive en lui et qu’il
prolonge son œuvre par sa vie. Il prend
en charge la vie passée, nous allons le
voir et la vie à venir.
Pierre donc était conscient de l’événement de la
résurrection. Il savait que cet événement avait donné du sens à l’appel de Jésus
qu’il avait suivi trois ans plus tôt. Il a réalisé que le baptême qu’il avait
sans doute reçu prenait alors pleinement son sens. Il savait aussi qu’il avait
trahi ! Mais la résurrection n’avait-elle pas tout effacé ? En tout
cas elle était perçue par lui comme une expérience spirituelle supplémentaire
dans sa vie. Mais pour qu’elle prenne sa vraie signification, il faudra la
rencontre et le dialogue en face à face avec le Seigneur. C’est seulement, alors qu’il comprendra que chaque
étape de sa vie spirituelle avait été le début d’une transformation de sa
personne. Chacune de ces différentes étapes était le prémisse d’une nouvelle
naissance qui allait permettre à Pierre d’être un homme totalement nouveau,
c’est à dire un homme déjà ressuscité .
Encore fallait-il qu’il laisse la résurrection s’installer en lui. Bien
évidemment cette aventure de Pierre ne nous est racontée que pour que nous
puissions faire le point à notre tour sur nos propres expériences spirituelles.
Il est pour l’instant dans la nuit et il n’y
comprend rien. Il n’a pas encore réussi à
rassembler toutes les pièces du
puzzle que représente sa vie. Et
le petit matin se lève sur l’échec de sa nuit ou de sa vie. L’apparition sur le
rivage renverse la situation et donne du sens à tout son passé. C’est d’abord
la pêche miraculeuse qui est en train de se reproduire qui avait jadis motivé
sa décision de suivre Jésus. Pourtant il faudra qu’on l’aide à comprendre, il
faudra que l’autre disciple, l’ami de Jésus lui traduise l’événement : «
c’est le Seigneur ». Alors il se jette à l’eau, non sans avoir pris le
temps de s’habiller car il était nu. Geste de pudeur pensons-nous ! Est-ce
bien sûr ?
Ce plongeons tout habillé en présence du
Seigneur ressemble à un baptême à
l’envers, c’est pourquoi j’ai parlé de son baptême tout à l’heure. Dans un
baptême, c’est parce que l’on reconnaît que Jésus est Seigneur que l’on se
dévêt pour être immergé. Pierre, quand il reconnaît que Jésus est le Seigneur
fait le contraire comme s’il avait besoin de revivre les expériences qu’il
avait déjà faites. Son baptême est ici évoquée à l’envers comme si on
rembobinait le film de sa vie. Et à partir de cet instant, au cas où vous
n’auriez pas compris toutes les
séquences vont se faire à l’envers.
Par le passé, Pierre avait semble-t-il toujours
eu l’initiative. Ici, il laisse les autres ramer alors que lui nage, non pas
pour rejoindre plus vite le Seigneur, car il ne le rejoint pas, au contraire il remonte dans la barque quand
les autres arrivés sur le rivage en
descendent pour s’approcher du Seigneur. Il se met alors à décharger tout seul
le filet. C’est comme si, il ne voulait pas se retrouver seul avec Jésus, bien
qu’il en manifeste le désir profond sans oser aller jusqu’au bout. L’aventure
ne peut se continuer sans le face à face inévitable entre Pierre et Jésus. Par
trois fois, Jésus l’invite à prendre en charge son troupeau. Allusion appuyée à
sa trahison que Jésus ne mentionne pas,
car la résurrection qui est en train de s’emparer de Pierre annihile
tout ce qui est négatif dans sa vie et
détruit ce qu’il y a d’aliénant dans son passé. C’est le devenir qui est
important non le passé et le devenir se
confond avec la mission que Jésus lui confie.
Sa mission consiste à prendre à son compte
l’œuvre du Christ. La résurrection prend
son vrai sens quand nous nous laissons habiter par Jésus pour continuer dès
maintenant l’œuvre qu’il a réalisée quand il était sur terre. Nous sommes appelés à devenir, tant que nous
vivrons les membres et la voix,
l’intelligence et la sensibilité du ressuscité qui désormais vit en nous et
c’est par nous qu’il agit.
Ce passage nous révèle ce que Pierre a mis du
temps à comprendre et que nous devons prendre à notre compte maintenant. Nous
ne serons vraiment des ressuscités que le jour où nous accepterons que le
ressuscité vive en nous et qu’il nous charge de rendre manifeste son œuvre
parmi les hommes dès maintenant.
Dimanche
16 avril 2006 : Pâques -: Pentemont
Textes Jean 20/1/10
« L’autre disciple qui était
arrivé le premier entra dans le tombeau, il vit et il cru. »
Autres
lectures : Actes 10/34-43 - Colossiens 3 /1-4
Cantiques 95/1,2,3 – 471/ 1,2,3 - 480/
1,2,3,11
Ce
sermon va être un sermon sportif. Nous
allons passer tout ce temps à courir avec deux hommes dans un marathon
spécial vers la vie. Nous les
rejoignons alors qu'ils cherchent leur
chemin dans l’obscurité des idées confuses de ceux qui voudraient à croire .
Pourquoi
ces deux là courent-ils ? Où vont-ils alors qu’il ne fait pas encore
jour ? Un bruit s’est fait entendre dans la nuit, une rumeur est parvenue
jusqu’à eux : le tombeau est ouvert. Les voilà partis, l’un à la suite de
l’autre, l’un devançant l’autre et l’autre se faisant rattraper pour être
devancé à son tour. Course de deux hommes qui cherchent à échapper à leur propre nuit. Deux hommes qui cherchent à comprendre
l’incompréhensible. Nous les rejoignons
en ce matin de Pâques et nous courrons avec eux vers ce lieu de l’absence où on
nous dit que la mort n’était plus. Le
mort n’était plus à sa place, la mort n’a plus de place. Nous jouons sur les
mots pour dire encore aujourd’hui nos interrogations sur le vrai sens de la
mort et corollairement pour nous
interroger sur le sens de la vie ?
Ces
deux hommes courent à la recherche de ce
qu’ils ne savent pas formuler et ils espèrent une réponse à une question qu’ils
ne savent pas poser. Quand ils arrivent au tombeau, le but
de leur course, croient-ils, l’un entre et l’autre n’entre pas. La situation
est cependant la même pour l’un comme pour l’autre. Le premier voit les bandelettes et n’entre pas et Simon
qui le suivait entra et vit les bandelettes. Il y a absence du mort aussi bien
à l’intérieur qu’à l’extérieur du tombeau. La mort est ailleurs. Pour l’instant la mort est dans leur âme,
dans leurs questionnements et dans leurs inquiétudes. C’est alors que l’autre,
celui que Jésus aimait entre dans le
lieu où était la mort et il vit et il crut, est-il dit ! Puis ils s’en
retournent chez eux.
Ainsi
en est-il de nous tous en ce matin de Pâques. On est venu à l’Eglise parce que l’on croit. On est venu pour
conjuguer encore une fois tous ensemble ce même verbe croire : je crois,
tu crois, nous croyons, puis on retournera
chez soi. Telle sera la journée du croyant aujourd’hui. Sans doute,
comme le bien aimé, sommes-nous heureux de croire. Mais croire qui ou croire
quoi ? croire en qui ou croire en quoi ? La plus part du temps
on en dit pas plus, l’affirmation du verbe croire nous semble suffisante. C’est
une affaire de croyant dit-on ! Il
est important de croire rajoute-t-on comme si le verbe croire était une fin en
soi.
Le
mot croire correspond à une adhésion personnelle à une vérité qui nous dépasse.
Mais de quelle vérité s’agit-il ? Cette vérité peut d’ailleurs en contenir
plusieurs qui peuvent même se contredire. « Je crois en Dieu, je crois en
la vie après la mort, je crois en la résurrection, je crois à la vie éternelle »
toutes ces affirmations recouvrent des
démarches intérieures qui sont le fruit de notre réflexion, ou de notre
tradition, ou de notre culture. Il n’est pas rare que dans leurs conversations
avec les uns et les autres les pasteurs s’entendent interpeller sur ce qu’il est
correcte de croire pour un protestant: « nous les protestants,
qu’est-ce que nous croyons sur tel point ou sur tel point ? » Ce type
de question semble dire que pour beaucoup, le fait de croire est lié à un
certain nombre d’affirmations auxquelles nous nous devons d’adhérer pour faire
partie d’un groupe particulier.
Si
nous faisons partie de ces gens là, nous rejoignons dans la peine-ombre Pierre et l’autre disciple qui courent pour
savoir s’il y a matière à
croire. Nous croyons être capables par nous-mêmes de déterminer ce qu’est le contenu de notre
foi. Avez-vous remarqué que c’est la
première fois depuis le début de mon propos que
je prononce le mot foi. En effet dans notre cheminement spirituel, pour
avancer, nous devons opérer un glissement
nécessaire qui va de la notion de
croire à la notion de foi. C’est
autour de cette notion de foi que va
s’articuler tout le mystère de notre vie intérieure. Derrière le mot foi se
cache une autre dimension de la
spiritualité, à savoir que nous ne sommes
pas maîtres de ce que nous croyons. car la
foi dépasse notre raison.
Les
deux hommes qui courent dans la nuit sont dépassés par leur raison. S’ils vont à la tombe en pleine nuit sur les propos
d’une femme que tout le monde sait qu’elle est dérangée, c’est que leur raison
a été ébranlée par quelque chose qui ne leur vient pas d’eux-mêmes, c’est
l’espérance qui a fait surgir un point de
lumière dans leur nuit.
Bousculant ce qui est rationnel en eux, ils se mettent à espérer en
quelque chose d’irrationnel. Ces deux hommes savent bien que le Dieu de leurs
Pères, que le Dieu de Jésus, est maître de tout, qu’il a tout pouvoir et qu’il peut faire
surgir la vie là où la mort a fait son œuvre.
Bien qu’on le sache, ça ne s’est jamais vu. On le leur a dit, mais ils
ne l’ont jamais constaté. Ils savaient tout cela depuis toujours mais ce qu’ils ne savaient
pas encore c’est que tout cela pouvait s’imposer à eux comme une vérité qui ne
serait pas relayée par leur propre raison ni leur intelligence. L’espérance
faisait son chemin en eux et ils ne le savaient
pas encore.
Il
y a des passages obligatoires sur le chemin de la foi. L’espérance en est un.
C’est le moment où notre âme est travaillée à l’intérieur de nous-mêmes par une
proposition que notre raison réfute, mais qui provoque un sursaut d’énergie en
nous. Cette proposition se heurte à notre intelligence qui développe toute
sorte d’arguments raisonnables pour nous dire que ça ne tient pas la route, que
ça ne peut être vrai et que ça relève de
l’absurde ou du rêve. Ceux qui vivent ce type d’expérience disent qu’ils sont
ébranlés. Le disciple que Jésus aimait en est là. Il est ébranlé, il constate
que la mort n’est pas ce qu’il pensait, il constate que rien ne correspond à sa
logique. Ici, il est dit qu’il croit. En
fait, il ne croit pas vraiment et il ne sait pas en quoi il est sensé
croire, il est ébranlé. L’espérance a
fait son chemin en lui, mais il n’est pas arrivé au terme de sa course ni de
son expérience religieuse.
Le
phénomène de la foi relèverait-il alors d’une simple expérience, fut-elle
religieuse ? Tout cela ne serait-il que le fruit de notre pensée que nous
libérerions pour un temps pour qu’elle produise des fantasmes qui nous
donneraient des sensations fugitives qui
permettraient à notre esprit de se décharger des angoisses métaphysiques qui nous stressent
profondément ? C’est en tout cas le souhait de beaucoup. Ils désirent seulement être libérés de l’angoisse,
mais ils ne désirent pas aller au de là...
Si
nous avons déjà atteint ce point là, ce
n’est déjà pas si mal. Mais on peut
encore aller plus loin. C’est sans doute
parce qu’on ne veut pas aller plus loin que
nos églises sont dans un immobilisme consternant.
En
fait nous aimerions garder le contrôle de nos émotions, même de nos émotions
religieuses et en limiter la portée. Mais nous ne sommes pas maîtres de la
situation. Si notre raison a été ébranlée, si l’espérance nous a provoquée, si
nous y avons pris de l’intérêt c’est que cette puissance qui a surgi en nous et
qui a bousculé notre manière de comprendre est à l’œuvre en nous et ne nous
lâchera pas à moins que nous résistions trop fort. Car nous ne sommes pas
encore arrivés au terme de notre course.
Dieu, qui a mis tout cet émoi en éveil a l’intention d’aller plus loin
et de venir réguler le cours de notre
vie. Il désire habiter nos pensées et inspirer nos projets. Pour cela il
réserve encore à chacun de nous comme à
ces deux hommes qui courent dans la nuit, non pas un retour tranquille et plein
d’interrogations dans leur maison comme il est dit. Il leur réserve
encore l’expérience du face à face avec le divin, le moment où, sans qu’ils s’y
attendent, sans que nous nous y attendions,
Dieu , en la personne de Jésus,
toujours vivant, s’imposera comme une
vérité insoupçonnée et rendra manifeste le sens de votre vie. C’est alors
que nous ferons l’expérience de la résurrection.
Chaque
année à Pâques nous refaisons ensemble cet itinéraire de la foi, nous nous
souvenons que Dieu habitait en Jésus Christ et qu’il se propose d’habiter en
nous pour que toute chose devienne nouvelle. A Pâques, c’est le moment où chacun prend conscience
que Dieu habite en lui et qu’il est devenu le partenaire incontournable de sa
vie.
Nous
contemplons le Seigneur Jésus Christ.
Jésus,
tu as marché sur la même terre que nous, tu as partagé la même vie que nous, tu
as été homme, comme l'un de nous.
Tes
contemporains n'ont pas voulu te croire et ils t'ont tué pour te faire taire.C'est
à ce moment là que tout s'est joué pour moi, la terre a refusé de te garder,
Dieu ton Père t'a ouvert ses bras et tout a changé pour moi.
Pourrais-je
croire si ton corps n'avait été meurtri, si la foule ne t'avait conspué, si on ne t'avait pas enlevé la vie?
Pourrais-je dire :"je crois si ton Esprit
n'avait ouvert mon esprit, comme il a ouvert la tombe pour te donner une vie
sans fin que tu m'offres aujourd'hui pour que mon existence prenne du sens?
Tout
a commencé pour moi, quand tout s'est terminé pour toi. La
vie a triomphé de la tombe et l'amour s'est révélé plus fort que la mort.
Amen.
Dimanche 9 avril 2006 Rameaux
Plaisance .
Jean 12/12-19 « Ses
disciples ne comprirent pas cela tout d’abord… La foule , qui était avec Jésus
quand il appela Lazare du tombeau et le ressuscita d’entre les morts lui
rendait témoignage. »
Lectures : Esaïe
50/4-7 -
Philippiens 2/5-11
Cantiques 24/1,2,3,4 -
430/1,2 - 442/1,2,3.
Tout a commencé le jour où, dans une goutte d’eau, quelque
chose s’est animée et que pour la toute
première fois, la vie s’est manifestée. Depuis la nature fut prise de frénésie,
tout s’est mis en mouvement, jusqu’à ce que le monde devienne ce qu’il est
aujourd’hui. Tout s’est mis à s’agiter
dans une course effrénée vers la vie. Il
nous est dit que dans sa sagesse, Dieu a
arbitré toutes ces manifestations pour
que dans cette course vers la vie tout cela se passe bien. Et
Dieu vit que tout cela était bon.
Tout
ce qui vit s’affaire pour vivre mieux, parfois au détriment de ce qui vit moins
bien. Nous discernons cependant dans le
fait de vivre, comme un désir de perfection qui pousse tout ce qui vit à un
dépassement. L’espèce humaine n’échappe pas à la règle. Mieux que les végétaux,
les insectes et les mammifères elle conçoit que la vie peut trouver sa perfection
dans l'éternité et que l'une et l'autre,
vie et éternité peuvent s’harmoniser. Mais pour en arriver là on ne peut
faire l’économie de la notion de Dieu, bien que certaines philosophies pensent
le contraire et prétendent que la conquête de l’éternité pourrait se faire sans
lui ! Sans Dieu ! dira-t-on, mais telle n’est pas une pensée
chrétienne, certes, non c’est pourquoi nous n’en parlerons pas ici.
Mais
en quoi ces considérations aussi subtiles ou banales soient-elles peuvent-elles
nous aider à comprendre ce récit qu’on appelle habituellement l’événement des
Rameaux? Le spectacle nous est
familier avec Jésus sur un âne, la foule
qui vocifère, les pharisiens qui protestent, et
les disciples qui n’y comprennent rien. En fait, chaque évangile donne une couleur différente à l'événement
quand il le raconte avec sa personnalité propre. L'Evangile de Jean lui donne aussi sa teinte propre . Il dit
notamment que les foules étaient accourues parce qu’elles avaient appris que
Jésus avait ressuscité Lazare. Ainsi, à
la différence des autres évangiles , celui de Jean, ne choisit pas tant de
présenter Jésus comme le nouveau Messie que
comme le pourvoyeur de la vie. Jésus
est perçu ici comme le maître de la vie et on suggère que s’il a redonné vie à Lazare il a certainement
quelque chose à voir avec notre propre vie. C’est pour en témoigner que les
foules sont là.
Fort
de ces constatations, je me permets de vous demander maintenant si vous vous reconnaissez dans cette foule qui sans comprendre vraiment réalise que Jésus a quelque chose à voir avec la vie
de chacun? Ici, ceux qui suivent
Jésus ont intuitivement l'impression
qu'il a la possibilité de rendre la vie meilleure, et dans ce cas peu
importe le titre qu’on lui donne, roi,
Messie Fils de Dieu?
Peut-être cette situation, toute faite d'intuition ne
vous convient-elle pas, et préférez-vous vous reconnaître dans les disciples de
Jésus. Dans ce récit ils sont décrits comme n’y comprenant rien. Ils est dit qu'ils
auront besoin qu’on leur explique
tout ce que cela signifie , plus tard, et ce sera peut être trop tard .
Vous
avez encore un troisième choix. Allez-vous
vous ranger dans les rangs des pharisiens qui n’y comprennent pas
davantage mais qui pressentent qu’ils n’ont
rien à y gagner. Ils sont comme
beaucoup de gens qui s’affairent en
croyant qu'ils ont vocation à se mêler de la vie des autres pour leur
bien être, croient-ils, et qui
découvrent que ce n’est pas cela que les gens veulent.
Quand
on parle de vie et de qualité de vie,
les savants en ce monde et les maîtres
de toute sorte, tels des pharisiens modernes , pensent qu’ils ont tous quelque
chose à y voir. Grâce à eux les transports, le confort, la santé se sont
améliorés dans de telles proportions qu’il serait inconvenant de penser qu’ils
ne sont pas concernés par les problèmes de la vie. Encore faut-il savoir de quelle vie nous
parlons ! Si nous parlons des avantages matériels qui environnent notre existence, il est normal que l’on
considère qu’ils y sont pour beaucoup. Mais si on parle d’espérance, de justice
sociale, de qualité de vie, il est claire alors que nous parlons d’une autre dimension de l’existence dans
laquelle les maîtres de la technique ne
se sentent pas forcément concernés. Ils sont même bien souvent disqualifiés, du fait qu’ils ne peuvent rien
à l’amélioration de la qualité morale de
la vie. Comme quoi le comportement des
pharisiens n’est pas si étrange. Ils font partie de cette catégorie de gens qui
pensent pour les autres et ils ne se sentent pas concerné par le message de vie
que Jésus apporte, et ils pensent même qu’ils ont plus à y perdre qu’à y
gagner.
Nous
sommes ainsi amenés à constater qu'il
vaut mieux que nous nous laissions prendre dans le mouvement de la foule agitée
et vociférante, si nous voulons comprendre quelque chose à ce que l'Evangile de
Jean veut nous faire comprendre. La foule ne raisonne pas comme les savants ni
comme les intimes de Jésus. Elle suit son intuition selon laquelle elle sait
qu'il y a de la vie en Jésus et elle veut profiter de cette vie. Même si cette
approche nous paraît simpliste, il nous est suggéré de nous laisser entraîner
par elle. Pourquoi, pour une fois ne pas essayer ce qui est simple pour voir si
Dieu ne s’y trouve pas? Derrière la
manifestation de la foule se profile une question à laquelle nous avons besoin
d'une réponse claire si nous voulons
profiter de notre vie. A quoi
sert-elle?
A
quoi nous servirait-il de vivre longtemps sur cette terre, dans un confort
aussi douillet soit-il, si nous ne savons pas quel est le sens des choses.
Sommes nous semblables à la petite
sirène du comte d’Andersen
qui finira sous forme d’écume à la surface des vagues après
avoir folâtré pendant 2 siècles d’insouciance dans le monde
marin ? Notre destin est-il d’être oubliés par ceux que nous avons
engendrés et ceux que nous avons aimés ? Jésus s’impose alors à nous comme
celui qui conteste ce type de fatalité. Quand il parle ou quand il agit, il se passe quelque chose qui
donne du relief à la vie de ses auditeurs, et ce qui paraît insignifiant prend
de la réalité.
Quand
Jésus se mêle de la vie, il établit un
lien avec Dieu et il nous introduit alors dans un vaste ensemble qui concerne
tout ce qui vit et respire. Chacun
comprend alors que sa vie n’est
pas seulement liée à sa propre personne mais qu’elle est en relation avec
d’autres vies et que ces vies qui se complètent s’harmonisent et quelles
appartiennent toutes à un ensemble qui dépasse le temps et l'espace. Grâce à la présence de Jésus, Lazare qui avait cessé de vivre vit encore et
cela suffit à la foule pour espérer en
quelque chose qui nous dépasse tous. Ils ne raisonnent pas en disant, que c’est impossible, ils ne disent pas que
c’est une histoire racontée ou un coup monté. Jésus quant à lui n’a fait aucune
publicité sur son geste, il n’a énoncé aucune théorie, il s’est contenté d’être
lui-même. Chacun reçoit l'événement comme il veut et comprend que Jésus
permet à la vie de se prolonger au de-là de la vie. C’est
donc à nous de découvrir que derrière ce personnage fuyant et insaisissable qui
est Jésus, se dissimule la seule
dimension du sacré qui puisse prendre pour nous le nom de Dieu.
Il
émane de Jésus une force indéfinissable qui s’empare de la foule, qui sans
comprendre, comprend que Dieu est là dans une dimension nouvelle à laquelle on
n’est pas habitué. Il suffit à Jésus d’exister pour que l’espérance prenne
place dans l’existence. La vie devient porteuse d’espérance, l’espérance révèle
Dieu et Dieu que l’on croyait lointain et distant devient tout proche. Dieu,
que l’on croyait dans le ciel sort de la
tombe avec Lazare pour rejoindre tous ceux qui sont là . Il transforme leur vie
et habite leur mort. Ceux qui sont là se mettent alors à vivre de la présence intérieure de Dieu qui les
habite désormais et la présence intime de Dieu en nous se confond avec la
présence physique de Jésus
Tout
cela se vit sans se formuler vraiment. Les intellectuels pharisiens y perdent
leur hébreux et n ‘y comprennent rien. Quant aux disciples, il faudra plus
tard que l’horreur de la mort les frappe
en plein visage pour qu’ils comprennent que la résurrection de Jésus était déjà inscrite dans les
premiers mots de l’Evangile et non pas seulement dans les derniers. Quant à
moi, quant à nous, nous restons ébahis que ce soit si simple à comprendre.
Grâce à Jésus, et par son ministère Dieu se fait si proche de nous qu’il prend
place en nous. Notre vie se confond avec la sienne. Quiconque perçoit cela perçoit qu’une autre dimension de la vie nous
est offerte. C'est cela que nous
approfondirons le jour de Pâques.
Dimanche 2 avril 2006 Pentemont
- A.G. 2006
Alors que les textes de ce
jour nous invitent à être des enfants de lumière et à marcher à la suite de notre Seigneur
dans la clarté de la foi, c’est une image en forme de vision ou mieux, une prophétie qui me vient à
l’esprit. Vous la connaissez tous, elle nous a été donnée un jour par Martin
Luther King : « un jour, je suis monté sur la montagne, a-t-il
dit, et j’ai vu en bas dans la
plaine… » Qu’ai-je vu, si non ce
pourquoi nous sommes réunis ce matin. J’ai vu toute une cohorte de Chrétiens qui de tous les lieux de la terre se
répandaient sur les routes. J’ai vu un peuple immense s’avancer vers la montagne du Seigneur chantant, la
gloire de Dieu. Plus précisément ma vision s’est concentrée sur le cœur de
Paris, sur cet endroit si sophistiqué de la capitale qu’est le faubourg Saint
Germain et j’ai vu notre paroisse participer au concert de louanges parmi les
autres.
Notre
Eglise a une spécificité et c’est de cette spécificité dont le monde des croyants a besoin . Si nous baissons les bras et que
notre église devienne trop peu visible pour qu’on la remarque, le monde de la
pensée perdrait un élément important. C’est pour que cela ne se produise
pas que nous avons entrepris depuis
quelques années de tous nous rassembler dans l’Eglise Réformée de Pentemont
Luxembourg.
Il
nous a semblé important que les idées issues de la Réforme soient présentes
d’une manière plus significatives dans ce secteur de Paris qui est rempli
d’universités et de lieux où on réfléchit. Notre Eglise porte en elle une
tradition de liberté quant à sa manière de lire les Ecritures. Elle pénètre
ainsi la culture et la sensibilité de chaque lecteur qui se laisse librement transformer ,sans
aucune contraintes imposées par l’histoire ou la tradition. Quand nous
affirmons la « sola scriptura », l’Ecriture seule, puisque telle est
notre devise, nous faisons confiance au Saint Esprit pour nous garder et pour nous guider sérieusement dans notre
approche des Evangiles. Nous ne
reconnaissons à aucune tradition l’autorité de nous guider dans une lecture qui
se veut toujours attentive à la pertinence de nos situations. Nous ne nous
sentons liés à aucune vérité qui la
rendrait figée et immuable. L’Ecriture,
seule témoin de toutes les certitudes qui reposent en Jésus Christ est notre
seule guide. C’est à cause de cela qu’il est indispensable que notre Eglise
soit visible, car il faut qu’elle soit perceptible par tous les hommes et
toutes les femmes qui ont soif de partager les vérités que nous sommes fiers de
pratiquer et qui ne savent pas qu’on
peut le faire parmi nous.
Nous
voulons ensemble relever ce défit, car nous en avons les moyens. Nous avons les
moyens matériels, il suffit de regarder
nos équipements pour en être convaincus. Nous avons également les moyens
humains : hommes, femmes, enfants,
sont ici un peuple rassemblé que l’on remarque. Pour réussir il nous faut
également la volonté. Nous l’avons aussi.
Mais il nous faut constater que notre attelage n’est pas encore bien
coordonné, il tire à hue et à dia . On a
l’impression que les choses ne sont pas encore bien au point et qu’il nous faut
sérieusement réfléchir à notre manière de gérer
cette réalité qui est commune. Des gens ont été blessés et meurtris,
certains ne comprennent toujours pas ce que nous cherchons à faire. Les uns
voudraient aller plus vite encore et
d’autres freinent pour que nous ralentissions
ou que nous changions de cap.
Autant de voix qu’il faudra prendre le temps d’écouter et d’entendre
pour que les choses aillent bien.
Aujourd’hui
nous mettons un nouvel attelage en place. Il sera impératif que ce soit Dieu
qui en tienne les rennes et non les hommes quels qu’ils soient afin qu’ils ne s’imaginent pas qu’ils savent mieux gérer les choses que lui.
Gardons
ferme l’idée qu’il est nécessaire, au milieu de toutes les voix de ce monde que la voix de notre Eglise se
fasse entendre clairement. Ce n’est pas que nous aurions raison face aux autres
qui auraient tort, mais c’est parce que nous pouvons formuler des propositions de spiritualité qui sont capables
d’aider, mieux que d’autres ceux qui cherchent
un éclairage sur un chemin obscur. Notre Eglise ne propose pas un
Evangile tout prêt à l’avance, préexistant à toutes nos situations et donnant
des réponses toutes faites à chacune de nos situations. Nous prêchons au
contraire que l’Evangile fait de nous un peuple
responsable. Nous affirmons que l’Esprit saint qui a présidé à
l’inspiration des Saintes Ecritures nous inspire à nouveau en tant que lecteurs
et lectrices, et c’est à travers lui, et
grâce à lui que l’Ecriture devient parlante et pertinente pour éclairer nos
situations et nous aider à prendre nos décisions.
Nous
affirmons alors que Dieu nous accompagne dans nos décisions, il ne les prend
pas pour nous, mais il fait de nous un peuple libre et responsable. Il est tout
à fait évident que nous ne pouvons garder un tel trésor pour nous, nous devons le partager
avec nos semblables. Nous devons alors humblement accepter de jouer ce rôle que
Dieu nous demande et d’être pour eux un reflet de la lumière de divine sur le
sentier de tous ceux qui cherchent la vérité.
Ce
ne sera pas forcément vraiment facile. L’Evangile n’est pas une école où on
édulcore la pensée ni la morale, mais c’est une école de vérité et
d’authenticité et l’Eglise ne peut progresser que si elle demeure fidèle à ces
principes.
Telle
est je crois notre mission, elle sera exigeante pour ceux qui s’engagent. Des
obstacles surgiront au hasard sous leurs
pas, ils rencontreront des revers et parfois l’incompréhension. La sagesse triomphera
cependant des difficultés que nous
rencontrerons si nous ne décidons pas des réponses avant d’avoir entendu les
questions.
Le
soutien de Dieu ne manque cependant jamais à ceux qui s’engagent à son service
et qui espèrent en ses promesses .
Dimanche 26 mars 2006 Pentemont
Jean 3/16
Autres lectures : 2 Chroniques 36/11-23 -
Ephésiens 2/4-10
Cantiques 84/1,2,3—608/1,2,3
- 610/1,2,3
Les hommes ont toujours cru que le seul moyen de régler leurs conflits était celui de la violence. La
raison du plus fort a presque toujours donné
raison au plus puissant, le plus faible se trouvant pour la plupart du
temps physiquement éliminé. Gandhi ou
Martin Luther King ont pris le pied contraire,
ils ont opposé la non-violence à la violence avec des succès incertains.
Les jeunes des années 70 ont mélangés
tous ces principes en dressant des barricades avec pour slogan
« faites l’amour et pas la guerre ». Nouvelle erreur. Malgré tout les
plus utopiques d’entre eux ont préconisé un style de vie qu’on a appelé le mouvement hippy qui a
ébranlé nos structures sans pouvoir
instituer une société durable dont ils rêvaient. Tout cela a fait place à la
société que nous connaissons qui apparemment est devenue plus dure, plus
aliénante, plus égoïste que jamais, et sans espoir pour ceux qui restent sur le
bord du chemin. Les fatalistes
diront : « ainsi va le monde en attendant qu’une nouvelle page
soit tournée. Jésus pour sa part a estimé que l’amour était le seul moyen d’arriver avec succès
à régler les conflit. Il en est mort
Je
ne vous dirai pas aujourd’hui pourquoi nous sommes en situation d’échec, je me
tournerai avec nostalgie vers les mouvements
du 19 eme siècle jusqu’à la fin du 20 eme qui se sont appuyés sur
l’amour en regrettant leurs échecs. Je constaterai seulement qu’ils avaient construit leur projet d’avenir
sur une idée de l’amour qu’ils avaient tous, d’une manière ou d’une autre
empruntée à l’Evangile. Dirai-je qu’ils ont échoué parce qu’ils n’avaient pas invité
Dieu à partager leurs utopies ? même pas. Je constate seulement que ça n’a
pas marché et que c’était
prévisible parce que l’amour
n’est ni un principe ni un acquis, c’est
une promesse toujours en danger d’être
pervertie par l’égoïsme, les intérêts personnels ou pire encore par des
théories en forme de doctrines intransigeantes.
Le
texte que nous lisons ensemble et que tout le monde connaît par cœur semble
dire que l’amour est l’ élément fondateur de l’histoire du monde. Toute la Bible nous raconte
l’histoire de l’amour entre Dieu et les hommes. Dieu a besoin d’exprimer
son amour et il le dit. Le récit de la création nous raconte comment Dieu s’investit complètement pour créer ce qui n’est pas encore et pour l’envelopper de son amour. Ecoutons
le appeler dans la nuit qui tombe le premier couple humain coupable de son
premier péché. Regardez comme il prend soin de lui en lui enlevant son pagne de
feuillage pour le couvrir de vêtements chauds et protecteurs faits de peaux de
bêtes, et s’il pousse Adam et Eve vers
l’extérieur où il vont désormais assumer leurs condition d’humains ce
n’est pas sans les mettre en garde contre la dureté du travail, ou la
difficulté de la procréation. On s’est
plu à lire ces textes comme des malédictions, mais il n’est pas impossible de
modifier notre regard pour les lire d’une autre façon que celle à laquelle on
est habitué et de découvrir que le Dieu qui entraîne l’homme vers son destin ne l’abandonne pas et reste pour lui un Dieu aimant et protecteur.
La
violence reprend ses droits et Caïn tue
son frère. Ce n’est alors pas l’œil de la vengeance qui poursuit Caïn de sa
colère, c’est la sollicitude paternelle qui protège Caïn contre lui-même. Et
plus tard, c’est Dieu encore qui met sa propre divinité en cause et sa toute
puissance pour sauver l’humanité qui
s’abîme dans les eaux du déluge
pour sauver le seul homme qui peut encore donner du sens à l’humanité. Nous
faisons rarement la lecture des premiers textes de la Bible sous l’angle de l’amour et de la sollicitude
de Dieu. Pourtant c’est de cette manière que Dieu a été perçu par les Pères
fondateurs qui nous ont transmis ces récits.
Jésus pour sa part
s’attachera à nous présenter Dieu son Père, comme un Père plein de
sollicitude et il centrera tout son message sur ce verset que nous avons lu : Dieu a tant
aimé le monde qu’il a donné son fils
unique afin que quiconque croit en lui, ne périsse pas mais reçoive la vie
éternelle. Il dira encore « je vous donne un commandement nouveau :
aimez-vous les uns les autres. » L’amour de Dieu est si puissant que
la mort ne réussira pas à le neutraliser
si bien qu’il arrachera à la mort Jésus
crucifié pour qu’il demeure parmi nous et nous associe à sa nouvelle vie de
ressuscité.
Saisis
par cet amour qui affleure à toutes les pages de l’Ecriture, je vous invite à
regarder notre monde avec attention. Nous voyons l’amour se manifester à maints
endroits dans le cœur de beaucoup. Nous le voyons à l’œuvre chez ces admirables
acteurs des ONG qui s’oublient eux-mêmes pour que les autres survivent. Nous
les voyons agir dans les carrefours de nos grandes agglomérations et prodiguer
leurs soins à tous ceux qui en ont tant besoin. Nous les voyons dans les
hôpitaux, dans les lieux d’hébergement, sous les ponts, ce qui nous fait rendre
gloire en constatant que tous ces gens croient que l’amour les pousse à faire
l’impossible, et l’impossible devient possible. Ceux qui savent lire le sens
des choses savent que Dieu discrètement est à l’œuvre dans toutes ces actions
bonnes. Nous sommes remplis d’espérance en constatant que tous ces gens croient
au pouvoir créateur de l’amour.
Mais
nous ne sommes pas non plus aveugles, nous constatons le pouvoir des forces
d’égoïsme, de violence et de haine qui défigurent le monde plus vite que
l’amour ne l’embellit et risque de
provoquer un retour au néant. Ces forces
n’habitent pas seulement au delà des frontières, des pays que nous
prétendons civilisés, elles n’habitent
pas seulement dans les nations qui ne participent pas à notre culture, on les trouve au cœur
des peuples qui se réclament de la foi en Jésus Christ. Elles se trouvent au
fond de l’âme de tous ceux qui ne conçoivent l’avenir du monde qu’en termes de
violence, d’injustice ou de fatalisme et d’impuissance. Elles sont le produit
du péché de tous ceux qui refusent de
croire que la puissance de l’amour a le
pouvoir de redonner aux hommes la
capacité d’inverser le sens de l’histoire et de donner d’espérer en un avenir
de justice.
Comment
alors nos églises peuvent-elles se résigner à ce que le mot «
amour » qui est le mot fort de
l’Evangile ne soit plus ou même n’ait jamais été le mot fort des sociétés dont
elles sont issues. Comment se fait-il qu’en prêchant un Dieu d’amour nos
églises ont laissé les puissances
d’égoïsme s’emparer des règles de conduite du monde ? Comment se fait-il
qu’en voulant semer l’amour nous ne réussissons à ne récolter que la haine et
la violence ?
Je
n’ai pas forcément de réponse à donner.
Mais on peut trouver quand même des pistes d’explication. Il me semble
que sans le vouloir nous avons considéré que les églises étaient des
institutions nécessaires que nous nous sommes efforcés de structurer en fonction de nos traditions. Pour les uns, la foi qu’ils ont prêché a reposé sur la fidélité au sacrement sans
lequel les hommes ne pouvaient être
sauvés, pour les autres, le salut reposait sur la grâce qui devenait première dans notre manière de concevoir l’Eglise. L’Eglise a été conçue dans notre monde protestant comme la société
des pécheurs pardonnés. Malgré la grâce
que nous considérons comme première, nous tenons compte de l’importance du
péché pour faire surgir
la valeur de la grâce, si bien que le péché occupe sans que nous le
voulions le devant de la scène. Une
analyse un peu semblable peut se faire pour parler de ceux qui donnent priorité
aux sacrements dont la valeur a pour mérite de
nous purifier des conséquences du
péché.
Nous
constatons alors que l’amour arrive au mieux en troisième position dans notre
manière de concevoir nos institutions, alors que l’Evangile nous dit qu’il a
priorité sur tout ce à quoi nous avons donné priorité. Si c’est l’amour qui est
premier, nous devons en parler avant la grâce et non après. Calvin, Luther et
les autres se voilent la face !
Nous
avons pris l’habitude d’élaborer nos théologies
en commençant par dénoncer ce qu’il y a de mauvais en l’homme au lieu d’affirmer la primauté de
l’amour sur tout. C’est parce que nous
avons le profond sentiment d’être aimés que nous prenons acte du péché et de la
grâce. C’est parce que nous avons
inversé les valeurs que nous n’arrivons
pas à donner vraiment priorité à l’amour . C’est pour cela
que nous nous querellons sur ce qui n’a pas lieu d’être et que nous laissons
les notions de pouvoir, d’égoïsme prendre le dessus dans ce monde.
Faut-il
alors repenser complètement le fondement du christianisme pour que le monde
change et cesse de déraper ?.
Si je me permet de poser une telle question subversive c’est que d’autres l’ont formulée depuis
longtemps avant moi. Si nous affirmons la primauté de l’amour sur tout, je suis
sûr que le mal, l’égoïsme et le rejet des autres reculeront. Mais pour cela
nous devons reconstruire toutes nos structures d’Eglise à partir de l’amour de
Dieu et non à partir du péché des hommes.
Dimanche 19 mars 2006 Luxembourg
Ex.20/1-17
1 Cor 1/22-25
Jean2/13-22
Insaisissable Jésus! Encore un geste de sa part
qui ne nous permet pas de le
situer. On l'avait enfermé dans le cadre
de la non violence. Il s'en échappe. Il
fait un geste de violence apparemment gratuit, même s'il ne s'en prend
pas aux hommes, il s'en prend tout de même à leurs biens. Il prêchait dans le Temple et voilà qu'il
dénie toute valeur à ce lieu. Pourtant, ce lieu, s'il avait subsisté serait
sans doute aujourd'hui un des lieux les plus visités du monde. Jésus en s'en prenant à un lieu de culte
semble bien rigoriste! Ne sait-il pas que beaucoup de gens ont besoin de
symboles et de réalité visibles pour
construire leur spiritualité ? Il
arrive que les beaux monuments et les
lieux esthétiquement organisés puissent servir parfois à l’édification de notre
foi. Nous sommes également sensibles aux belles liturgies qui séduisent nos sens et favorisent l’édification
spirituelle, nous pensons même qu’elles nous rapprochent du divin. D’un revers
de main, ou plutôt d’un coup de fouet, Jésus pulvérise toutes ces vérités.
Il les tient pour quantité négligeable.
Il les considèrent même comme des
éléments contraires à l’expression de la foi. C’est l’idée que l’on peut
retenir de ce récit.
La grande question qui se dégage de tout
cela c'est quand même celle
qui consiste à comprendre pourquoi
Jésus a commis le seul acte de violence de sa vie en s’en prenant au temple.
On a cherché à l’expliquer par l’aspect
scandaleux que pouvait avoir le trafic de l’argent, mais ce trafic était rendu
nécessaire par un souci de pureté. On a pensé que les sacrifices avaient
quelque chose de provoquant et de répugnant, mais cette pratique, bien ancrée
dans les mœurs ne choque que nous, 20
siècles après. Le bâtiment du temple, avec sa majesté provocante aurait pu être
à l’origine de sa contestation. Mais l’édification de ce bâtiment, considéré
comme une merveille avait été construit avec le sang , les larmes et l’argent de
tout un peuple. Ce ne peut donc être à cause de cela que Jésus le voue à la
ruine.
Il faut chercher plus loin encore. Nous sommes à
l'approche de la fête de Pâques. Cette fête est la commémoration de la
libération du peuple juif qui avait été
jadis réduit en esclavage en Egypte. Cette libération est encore
aujourd'hui, perçue par les juifs comme l'événement fondateur de leur nation,
c'est par cette libération que Dieu leur donne le sentiment d'exister. Chaque
Israélite est invité à vivre cet événement comme si c'était une affaire
personnelle entre Dieu et lui. On peut
donc dire que c'est l'acte créateur
par lequel Dieu a donné vie à son
peuple, et à chaque individu.
Dès que l'on parle de
création on pense immédiatement au tout premier chapitre de la Bible quand Dieu créa toute
chose à partir du chaos initial et
mit de l'ordre dans l'univers en désordre. C'est dans ce contexte
spirituel et intellectuel qu'il faut situer la scène où Jésus bouscule le
parvis du temple de Jérusalem et y met symboliquement le désordre. Jésus
restaure donc en quelque sorte le désordre primitif dans le lieu de la présence
de Dieu pour que celui-ci puisse
exercer à nouveau sa fonction de créateur. Ce geste signifie un retour aux
origines, un retour au désordre dans l'attente d'une nouvelle création.
Jésus se situe dans la lignée des prophètes qui depuis des générations se
fatiguaient à dire au peuple élu que les choses ne se déroulaient pas selon la
volonté de Dieu. Il met le désordre dans le temple, ce lieu où les hommes avaient
enfermé Dieu selon un ordre qui leur convenait. Jésus met le désordre dans
l’ordre des hommes, afin de recréer,
comme au premier jour l' ordre
nouveau que Dieu l'a chargé d'instaurer. Jésus donc, fait ici une
action symbolique qui révèle le sens caché de son ministère à venir.
Jésus s'en prend au temple parce que les
célébrations qui y avaient lieu lui semblaient être en contradiction avec la
volonté de Dieu, non pas dans la manière dont elles se déroulaient puisqu'elles
étaient conformes à l'Ecriture mais dans l'esprit avec lequel les fidèles y
accomplissaient leurs devoirs religieux. J'utilise à dessein l'expression
"devoirs religieux",
car les accusations que Jésus portaient contre la piété de ses contemporains
seront valables aussi pour tous ceux qui limitent leurs relations à Dieu à des devoirs religieux ou à des rites.
Jésus ne méprise pas pour autant le temple, mais il s'en prend à la manière d'y
exercer la piété à partir des rites qui s'y
font .
Le sanctuaire, c'est le lieu du rite, et le rite
c'est ce qui codifie la relation avec Dieu. Or pour Jésus, la relation avec
Dieu ne doit justement pas être codifiée, cette relation doit être faite de
sentiments partagés, elle vient du cœur
et n'a rien à voir avec les obligations quelles qu'elles soient. Dieu ne veut pas entrer dans le système où
les hommes cherchent à l'enfermer. Or les rites, sont des procédés
d'enfermement. Dieu ne veut donc pas être lié par des rites qui lui
imposeraient de "sauver"
ceux qui ne l'approchent que d'une manière conventionnelle et de "pardonner" seulement
ceux qui ont accompli les rites, sans vraiment l'aimer.
Cette manière de se comporter n'est pas propre
aux contemporains de Jésus, toutes les générations la connaissent. A chaque
époque la plupart des hommes ont considéré qu'ils suffisait de satisfaire à
quelques obligations pour plaire à Dieu et
qu'il suffisait de faire quelques rites de piété pour être en règle avec
sa conscience. Combien de pèlerinages sur les traces de Paul ou de Jésus,
combien de retraites chez les moines
d'ici ou d'ailleurs sont à mettre
à ce même crédit. Jésus signifie que ceux qui pensent ainsi sont dans
l'erreur. Croyant plaire à Dieu, ils offensent sa majesté.
Si Jésus radicalise sa position il n'innove pas
pour autant. Les prophètes avant lui avaient mené le même combat. " Je hais vos sacrifices"
avait dit Esaïe et Jérémie affirmait que
Dieu préférait la circoncision du coeur que celle de la chair. Ce qui pour
Jésus parait comme contraire à la volonté de Dieu, c'est que les hommes cherchent
à s'acquérir une pureté formelle dont Dieu devrait s'accommoder. Dieu serait ainsi pris au piège de sa propre
loi. Mais les hommes ne peuvent pas contraindre Dieu à entrer dans leurs
perversions. Dieu préfère tout changer, et même démolir le temple si nécessaire
et supprimer les rites, pour que les hommes changent leurs comportements à son
égard. Si Jésus bouscule tout et
préconise un changement radical, ce n'est pas parce que Dieu a changé, ce n'est
pas parce que le Dieu de l'ancien Testament serait différent de celui du
nouveau, mais c'est pour que les hommes changent, car c'est chez les hommes que
le changement doit se produire.
Pour que ce changement
qu'il préconise puisse avoir lieu, il propose de changer le Temple de pierre
contre le Temple de son corps. Ce que Jésus, et les prophètes avant lui
reprochaient aux fidèles c'est qu'ils se dispensaient de relations personnelles
avec Dieu. Ils n'avaient pas compris que Dieu voulait être en relation avec
chacun d'entre eux, comme il veut être en relation avec chacun de nous. La
relation se fait à partir de sentiments dont le plus fort est l'amour par lequel il établit
une relation permanente avec nous.
Nous comprenons alors pourquoi Jésus va faire du
pardon le grand thème de son
enseignement. Il proclame que le pardon est acquis d'une manière permanente à
tous ceux qui croient. En effet, c'est
pour se décharger du sentiment de culpabilité qui les accablent que les hommes
ont recours à des rites religieux. Le rite c'est l'acte facile à faire pour être
sûr, croit-on, d'obtenir son pardon. C'était le sacrifice rituel, tel qu'il
était pratiqué dans le temple de Jérusalem, c'est aujourd'hui encore les
obligations que les uns et les autres se contraignent à faire pour que Dieu
oublie leurs péchés. Mais Dieu ne veut pas de marchandage. Il veut une relation
d'intimité dans la vérité, c'est pourquoi il
proclame par la bouche de Jésus l'abrogation de tous les rites liés à
l'acquisition du pardon. Plus de sacrifices, pas de pénitence, gratuité totale du pardon et du salut.
Mais, dira-t-on, Jésus en supprimant les rites
du Temple, ne les a-t-il pas remplacés
par d'autres rites que nous appelons les
sacrements: la Sainte Cène
et le Baptême?
Non, nos sacrements n'ont qu'une seule raison
d'être, celle de rendre plus forte et plus intense notre relation à Dieu. ce
sont des gestes que nous accomplissons pour être encore plus fortement en
communion avec Dieu et avec les hommes. C'est quand on les célèbre que la
prophétie de notre texte prend tout son sens : "il parlait du temple de son corps." Amen
Dimanche 12 mars 2006 Pentemont
Genèse
22/1-19 : la ligature d’Isaac ou le sacrifice d’Isaac
Autres
textes : Romains 8/31-39 - Marc 9/2-10
cantiques
148/1,2,3 - 208/1,2,3
- 420 /1,2,3
La vie nous paraît parfois bien mal faite, les choses ne se passent
pas comme prévues, elles se retournent même contre nous et nous nous demandons quelle force contraire nous
ballade au gré de l’imprévisible. Le
croyant en arrive même à se demander si Dieu ne l’a pas abandonné puisqu’il
semble rester silencieux et impuissant en face d’un destin qui l’accable. Il
pense même que c’est Dieu lui-même qui le met à l’épreuve. Il se répète alors
intérieurement la demande du Notre Père qu’il récite dans toutes ses
variantes : "Ne nous soumets pas à la tentation " ou
encore, « ne nous laisse pas succomber dans l’épreuve ». Il
répète intérieurement cette prière tout
en se souvenant de l’épître de Jacques où il est affirmé que Dieu ne tente
personne. Malgré tout cela, ses questions restent sans réponse. Il pense à Job qui fut victime d’un pari entre Dieu et le Diable et il se
demande s’il ne subit pas le même sort, à moins que l’ange du Seigneur chargé
de veiller sur lui n’ait relâché sa vigilance et que le démon en profite pour s’insinuer de manière sournoise dans les
événements de sa vie. Nous nous sommes sentis inévitablement confrontés à de
telles questions une fois ou l’autre dans notre vie.
Les questions que nous évoquons n’échappent à aucune religion.
Elles essayent toutes d'y répondre avec plus ou moins de bonheur. C’est en
fonction de ces réponses que nous nous sentirons libérés ou aliénés par elles.
Cela aussi dépend de notre propre
sensibilité. Certains n’ont pas du tout envie de se sentir libérés et préfèrent
rester sous la dépendance du pouvoir
divin. Les trois grands courants
du monothéisme se sont servis de cette
aventure d’Abraham pour essayer de répondre à la question. Comment
se fait-il que nous ayons parfois
l’impression que Dieu nous fait
à subir une épreuve insurmontable ? Comment Abraham, l’ami de Dieu, a-t-il pu recevoir du
Seigneur l’injonction de sacrifier son fils ?
Les différentes traditions ont retenue des réponses différentes.
Les unes reconnaissent que Dieu a mis Abraham à l’épreuve parce qu’il était sûr
de sa foi et que cette épreuve ne pouvait que le faire grandir et le rendre
plus fort. ! C’est psychologiquement tout à fait vrai, l’épreuve surmontée
a toujours un effet bénéfique sur celui qui s’en tire bien. S’appuyant sur
cette interprétations des penseurs
chrétiens ont reconnu dans cette épisode
une annonce prophétique de la mort de Jésus que Dieu aurait prévue pour
racheter les hommes. Pour ma part, je ne peux me résoudre à croire que celui
que Jésus appelait son Père ait pu
concevoir un tel projet qui relève d’un
procédé pervers, même s’il est conçu pour notre bien.
La tradition des rabbins du Talmud me convient davantage. Abraham
n’aurait pas compris, selon eux, ce que
Dieu lui demandait. « Fait monter ton Fils pour un sacrifice » traduisent-ils. Abraham aurait compris comprend que Dieu lui
demandait de faire monter son fils sur l’autel du sacrifice. Les rabbins
rajoutent même, qu’il fallait ensuite qu’il le fasse redescendre. Mais pourquoi
Dieu attend-il 3 jours pour intervenir ?.
D’autres encore, plus subtiles jouent sur les traditions et sur les mots. Le texte fait usage de 2 mots différents pour
désigner Dieu. Le Dieu qui fait la
demande du sacrifice, c’est Elohim, la
forme la plus ancienne du nom de Dieu. Celui qui sauve Isaac en tendant la main
c’est Yawhé, la forme du nom de Dieu à laquelle nous sommes le plus habitués.
Il s’agirait là de deux traditions différentes artificiellement rapprochées par
les rédacteurs bibliques. Mais cela ne
nous dit pas comment l'auteur biblique a pu imaginer une telle demande de la
part de Dieu. Comment trouver sa voie
dans toutes ces explications ? Pourquoi Isaac reste-t-il passif tout au
long de l’épreuve, d’autant plus qu’il n’est plus un enfant ?
Regardons le texte d’un peu plus près. Nous découvrons Abraham
comme un homme solitaire qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Il agit seul.
Il fend le bois seul, il scelle l’âne seul et s’il est accompagné de deux
serviteurs ceux-ci ne disent rien. Il n’en est pas moins seul. Il n’a rien dit
à sa femme. Il n’a même rien dit à Isaac. Abraham ne sait-il pas qu’il ne faut pas rester seul quand on croit
entendre Dieu demander l’impossible? Ne sait-il pas qu’il faut vérifier auprès des autres s’il
s’agit bien de la voix de Dieu? C’est à
travers les autres que nous vérifions ce que nous croyons entendre de Dieu.
Abraham n'est pas sensible à l’exégèse
des rabbins qui diront dans le Talmud que faire monter ne signifie pas
sacrifier. Abraham n’est pas capable de
les entendre. Lui qui est l’ami de Dieu et qui sait argumenter avec lui, comme
dans l’affaire de Sodome, se tait curieusement et s’enferme dans la décision
qu’il a prise et qu’il ne veut partage avec personne. Il croit qu’il connaît
Dieu intuitivement et qu’il est le seul à savoir la volonté de Dieu. Il n’a
besoin de personne pour y voir clair. Il se croit dans la lumière alors qu’il
est aveuglé par ce qu’il croit être la foi et qui n’est pas la foi. C’est lui
qui dans un égarement curieux
projette ses sentiments sur Dieu alors
qu'il croit que c'est le contraire qui se produit.
Trois jours de marche silencieuse et le voilà en vue du mont Morija que Dieu lui avait
indiqué comme lieu du sacrifice. Morija n’est pas seulement un nom de lieu,
c’est le nom de la montagne où sera construit le Temple, plus tard. Ce lieu a
donc une histoire que nous trouvons dans le Livre des Chroniques. C’est le lieu
où David avait cru lui aussi discerner la volonté de Dieu et s’était lourdement
trompé. Certes dix siècles séparent les
deux personnages, mais les écrits qui rapportent ces événements ont été rédigés à la même époque, ils sont les seuls
à parler du mont Morija qui n'est
mentionné qu'à ces deux occasions. Ce
nom de Morija qui va nous servir de clé pour percer cette énigme. David avait cru que le Seigneur verrait d’un
bon œil le recensement des tribus d’Israël qu’il avait ordonné. Il n’avait pas écouté la parole de ses
proches qui lui disaient que telle
n’était pas la volonté de Dieu qui ne reconnaissait pas à David le droit de
compter son peuple. David n’écoutant que
lui-même s’était entêté. Le recensement eut bien lieu, Dieu se fâcha et décida
d’un châtiment exemplaire.C’est précisément sur cette montagne de Morija, sur l’ère d’Ornân
que David vit la main de l’Eternel arrêter l’épée de l’ange exterminateur pour protéger Jérusalem vouée à la
destruction en châtiment du péché de David.
Dans les deux cas, sur le même lieu la main de Dieu était
intervenue pour sauver Isaac d’une part, Jérusalem de l’autre, qui l’un et
l’autre était en danger de mort du fait
que deux des Pères fondateurs
d'Israël, Abraham et David, s’étaient crus capables à eux tout seuls de décider de la volonté de Dieu.
Que dire maintenant ? Si non qu'il peut arriver qu'on se
méprenne sur la volonté de Dieu, même quand on fait partie des fidèles parmi
les fidèles. Ceux-ci peuvent eux aussi se fourvoyer et ne pas comprendre la volonté de Dieu. En réalité, ni Abraham, ni David n’ont été
tenté par Dieu. Mais l’un et l’autre ont
cru que leur intimité avec le Seigneur leur donnait la clairvoyance qu’ils
n’avaient pas.
Quand Dieu parle et charge quelqu’un de mission, cette parole est
généralement confirmée d'une manière ou d’une autre. Chacun doit avoir
l’humilité de rechercher le contrôle des autres. Ni sa science, ni sa foi, ni
son orgueil ne sont suffisants. Pourtant il est bien souvent gratifiant de
penser que Dieu nous tente pour éprouver notre foi. Cela nous valorise de
penser que Dieu nous estime capable
d'affronter une épreuve. Ce serait comme un examen de passage à l'échelon
supérieur. Il est spirituellement confortable
de penser ainsi. Mais c'est une autre attitude que Dieu réclame de nous. Il
nous demande l’attitude que nous dicte la foi. La foi en la matière consiste à
croire que Dieu est toujours là, présent à nos côtés et que son esprit qui
repose en nous nous donne assez de force pour surmonter l’obstacle, même si
c’est celui de la mort. Dieu nous aide à surmonter l'obstacle et ce n'est
jamais lui qui le provoque.
Il est vrai aussi qu’au creuset de l’épreuve, nous avons
l’impression d’être dans un labyrinthe dont nous ne trouvons pas la sortie.
Regardons encore une fois Abraham qui subit l’épreuve. Enfermé sur lui-même par
la pensée qui l’obsède ; il avance solitaire. Il ne sait même plus parler
à Dieu son ami, et quand il voit le mont Morija, la montagne de Dieu, ce n'est
pas la libération de son tourment qu'il entrevoit. Malgré son obstination, son
blocage, sa douleur, Dieu veille. L’épreuve en devient d’autant plus douloureuse qu'Abraham croit que le seul qui
peut le soulager est responsable de sa situation.
Pourquoi ne lève-t-il pas les yeux ? pourquoi ne voit-il pas le bélier qui est déjà là par le soin de Dieu, pris par
les cornes ? pourquoi se fait-il mal à lui-même , pourquoi ne cherche-t-il
pas aide
et secours auprès de Dieu son ami?
Face à tous ces pourquoi, je
peux dire seulement que quand l’épreuve pèse lourdement sur nous, au
lieu d’accuser Dieu qui n’en est pas l’auteur il nous faut inlassablement
chercher sa main qui nous cherche et que dans notre désarroi nous avons du mal
à trouver. C’est le sujet d'un d’un
nouveau sermon, mais ce sera pour une autre fois.
Dimanche 5
mars . Culte à Luxembourg. L’Alliance de Dieu avec Noé
Genèse 9/ 8-17
Autres
lectures 1 Pierre 3/18-22 - Marc 1/12-15
Cantiques Psaume
46/1,2,3 - 252/1,2,3
- 423/1,2,3
La Bible nous dit que Dieu a fait
l’homme à son image. Les philosophes qui critiquent la religion disent
exactement le contraire, selon eux c’est l’homme qui aurait créé Dieu à la dimension de ses désirs. Bien que cette deuxième affirmation ne me
gène pas personnellement, on va cependant s'apercevoir que beaucoup de choses
ne collent pas en cherchant à la vérifier. Nous allons plutôt découvrir
que le
Dieu dont nous parle l’Ecriture
et auquel nous croyons n’est pas la somme des désirs que nous
projetterions sur lui, au contraire, il est insaisissable et cependant tout
proche, il est tout autre, et il est
ailleurs que là où nous le plaçons.
A
partir de ce bref récit de l’histoire de
Noé dont nous avons lu une partie nous allons essayer de découvrir un des aspects de Dieu que la Bible nous donne de lui.
Ici, nous découvrons qu'il est soucieux
du drame qui vient de se produire. Le
qualificatif de « soucieux » ne fait pas habituellement partie des attributs de Dieu ! Un tsunamis a
failli détruire l’humanité et Dieu a
joué un rôle contradictoire dans le
déroulement de l’événement. Il a provoqué la catastrophe et il est en même
temps intervenu pour que le drame ne soit pas total. Nous découvrons là l'aspect insaisissable de
la personnalité de Dieu , il met lui-même
en cause sa toute puissance en
laissant ses sentiments de générosité
prendre le dessus. Pourtant c'est sa
propre colère qui est à l’origine
du drame quand il a réalisé que les hommes lui ont échappé et
qu’il ne les contrôle plus.
Leur indépendance et leur a
liberté ont fait qu’ils se sont totalement éloignés de lui.
Dieu
est partagé par un double sentiment. Il
veut sauvegarder sa toute puissance et en même temps donner droit à sa générosité. Il coupe la poire en deux, il décide de conserver le meilleur spécimen
de l’espèce humaine pour essayer de tout recommencer. C’est un défi qu’il se
pose à lui-même autant qu’à l’humanité. Il fait le pari que l’humanité n’est
pas aussi déchue qu’il l’a pensé. Si
c’est le cas, il est prêt à reconnaître qu’il se serait trompé. Si le défit
est relevé l’humanité sera sauvée et la Seigneurie de Dieu sera
préservée, mais au prix d'une énorme concession. Nous découvrons ici, un Dieu
inquiet enclin aux concessions. Cela vaut le coup qu'on y réfléchisse.
La
suite nous présente la mise en place de
cette nouvelle situation, Dieu va établir de nouvelles règles pour permettre à
l’humanité de s’accomplir. Chose étrange, il s’impose à lui-même des
contraintes, car l’arc qui va s’allumer dans la nue c'est pour l'avertir, lui Dieu qu'il va
s'éclairer, pour qu’il se souvienne et
qu’il ne se mette plus en colère en compromettant l'avenir de
l’homme. Il n'interviendra donc plus pour limiter sa liberté.
Je
m’émerveille de découvrir que ce texte
éclaire comme un phare puissant tout le reste de l’Ecriture. C’est cet aspect de Dieu compatissant, lent à la colère, inquiet de voir l’homme se
perdre et toujours soucieux d’inventer une nouvelle solution pour sauver
l’homme qui domine. Il s’engage à garantir
la liberté de l’homme. Dieu décide ainsi
qu’il ne doit plus intervenir
dans les événements du monde. Il se
laisse percevoir comme celui qui ayant donné les règles de vie aux hommes les
accompagne dans leurs projets. Dieu devient
alors le garant de notre humanité.
Si
certains hommes s’interrogent sur le
sens de leur destiné , qu’ils
regardent donc à Dieu. A son contact, ils découvriront qu’ils ont sans doute une tâche
à accomplir en tant qu’êtres humains, ils découvriront aussi qu'ils n’ont pas à empiéter sur le domaine du
divin . La liberté de l’un cessant
là où commence celle de l’autre. Et si elle dépasse les limites, si les hommes
décident de régenter le monde à leur a guise, Dieu en sera contrarié, mais n’interviendra
cependant pas. Le garde fou que représente l’arc dans le ciel est un frein que
Dieu se donne à lui-même pour ne pas intervenir contre les hommes quand il se
prennent pour Dieu. Et ils ne cesseront
de le faire , à commencer par la suite de ce chapitre. Comment s’en sortir ?
Nous avons ici comme un renversement des valeurs qui vont devenir la
règle pour ce qui concerne Dieu. Il est tendresse et délicatesse, il n’hésite pas à se mettre personnellement en
cause , il va se donner à lui-même les attributs qui caractérisent les humains,
et il espère que c’est cette image de Dieu qu’ils reproduiront dans leurs
actions. Las, nous savons que les hommes
feront tout le contraire, ils chercheront à s’approprier l’image du Dieu
tout- puissant et ils se croiront tout puissants à leur tour, si bien que c’est
cette image là qu’ils projetteront sur Dieu,
et que c’est cette image là que Dieu contestera dans celle qu’il nous
donne de lui en Jésus Christ.
Mais
l’homme ne peut pas prendre la place de Dieu, c’est ontologiquement impossible,
et pourtant il croit pouvoir le faire. L’homme sait qu’il est limité et qu’il
n’est pas Dieu, mais il lui arrive de devenir fou et de ne plus savoir qui il
est vraiment. Pourtant, en tant qu'humains,
nous avons nous-aussi un garde fou, c’est l’Ecriture. Ces textes que
nous lisons sont parvenus jusqu’à nous en tant que Parole de Dieu. Cela veut
dire que nous leur conférons une valeur sacrée et nous reconnaissons en eux
l’expression de la volonté de Dieu pour nous. Quelle que soit l’histoire de ces textes et quelle que soit
la manière dont ils sont parvenus jusqu’à nous, nous y lisons la volonté de
Dieu pour nous.
Ils
deviennent alors notre guide et ils nous
aident à ne pas enfreindre les limites
qui sont réservées à l’humanité. Ils représentent donc une alliance de sagesse
entre Dieu et nous. En les lisant, nous
les recevons comme une exhortation à rester dans notre rôle d’humain
sans empiéter sur les fonctions de Dieu.
J'en
reviens alors à ma remarque du début de
mon propos, il m'importe peu que ce soit Dieu qui ait créé l’homme ou le
contraire, ce qui importe, c’est qu’en acceptant les textes fondateurs, nous
acceptions en tant qu’humains, d’être
guidés par des valeurs universelles qui nous dépassent quant à leur
origine et qui nous limitent quant à
notre réalité. C’est alors qu’en toute
cohérence nous reconnaissons qu’elles ne
peuvent avoir leur origine qu’en Dieu.
Que
l’on tourne alors seulement une page de l’Ecriture, que l’on se donne la peine
de lire les lignes qui suivent et on découvrira que l’homme imbu de sa liberté
s’empare de ce pouvoir qui le dépasse. A peine cette alliance de
coopération et de sagesse est-elle
conclue avec Dieu que l'homme la
transgresse. Il se prend pour Dieu et n'y arrivant pas, puisque c'est
ontologiquement impossible il devient abjecte à ses propres yeux. Noé, le sage
Noé, choisi entre tous pour préserver l’humanité transgresse toutes les règles
et perd le contrôle de lui-même. Il donne dans tous les débordements possibles,
l’abus d’alcool lui fait perdre la raison et il succombe à l’inceste… tout est
à recommencer. L’homme ne peut devenir libre sans être guidé.
Qui
d’autre que Dieu pourrait le guider ? Dieu Renonce à sa toute puissance
qui faisait de lui un juge lointain, et il
se convertit au rôle d’accompagnateur de l’humanité. C’est cette
découverte que chacun doit faire pour
devenir libre et responsable. L’histoire de Noé lui apprend qu’il ne peut y
parvenir par lui-même. Il faut qu’il soit guidé par celui qui se tient tout,
près de lui, et qui n’est pas lui.
En
nous appuyant sur nos propres expériences
nous constatons que nous ne
savons pas vraiment nous situer, nous ne savons pas repérer les limites
entre le bien et le mal, nous ne savons pas maîtriser les forces qui nous
poussent à dépasser les limites du domaine propre à l’humanité. Ce constat ne
peut se faire qu’en découvrant Dieu sous
les traits que ce texte lui donne. Il
n’est pas un être d’autorité qui domine et contraint mais une réalité de
douceur et d’abnégation. Douceur vis à vis des autres et abnégation vis à vis
de soi-même. Ces qualités se résument en un seul mot : celui d’amour.
Homme et Dieu se trouvent désormais partenaires d’un même projet dont le seul instrument pour le mener à bien
est le même pour l’un comme pour l’autre : c’est le verbe aimer. Pour y
arriver, Dieu attend patiemment que les
hommes le reconnaissent. Il ne force personne, mais avec douceur il attend.
C’est
alors une nouvelle étape qui se prépare
pour nous. Dieu nous apprend à
conjuguer le verbe aimer à tous les temps et à tous les modes. Il nous apprend toutes les nuances du mot.
Eros ou Agapè signifient tous les deux aimer de deux manières différentes
mais qui excluent l’un et l’autre l’idée
de dominer. Déjà à l’ombre de Noé et malgré sa terrible rechute, nous voyons se
profiler entre nous et le divin la
personne de Jésus que l’Evangile rend tellement vivant qu’il se met à vivre en
nous. Il dépasse alors les limites du temps et de |