Prédications 2007 :

Pasteur Jean Besset

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 Prédications 2007

- Dimanche 20 mai : Jean 17
- Dimanche 13 mai : Jean 17
- Dimanche 6 mai : Apocalypse 21
-Dimanche 29 avril : Actes 13
-Dimanche 8 avril : Mathieu 28
- Dimanche 1er avril : Luc 15
- Dimanche 18 mars : Luc 15
- Dimanche 4 mars : Luc 9
- Dimanche 18 février : Luc 6
- Dimanche 11 février : I Cor 15
- Dimanche 4 février : Luc 5
- Dimanche 28 janvier : Mathieu 8
- Dimanche 21 janvier : Jean 2
- Dimanche 14 janvier : Jean 2
- Dimanche 7 janvier : Esaïe 60

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Dimanche 20 mai

Jean 17/20-26

 Lectures  Actes 7/55-60 et Apocalypse 22/12-20

Seule la foi en Jésus Christ peut nous permettre de comprendre que  le triomphe de la vie peut jaillir du cœur d’un échec total. Seul Jésus peut  dire un échec en termes positifs  et lire l’espérance au cœur  des drames.  Pourtant une question nous taraude : est-il toujours possible de voir la main de Dieu agir quand tout s’effondre autour de nous? Qui saura faire avec sagesse le bilan positif d’une vie anéantie? Tout cela nous pose vraiment question et nous  ne pourrions pas donner de sens à notre existence si Dieu ne venait pas visiter par sa présence les drames de notre vie humaine. Mais comment voir cette présence quand nous sommes aveuglés par ce qui devient incompréhensible à notre raison? Pourquoi Dieu semble-t-il absent quand nous souffrons le plus ? A travers l’expérience de Jésus nous espérons trouver une réponse, car nous savons que Dieu agit même si le malin nous cache sa présence.

Nous avons dans ces paroles de la prière sacerdotale  que l’Evangéliste Jean place dans la bouche de Jésus la réponse  de Dieu à toutes les expériences humaines concentrées dans les drames de  l’histoire des hommes. Jésus se trouve dans une situation d’échec total et la mort en est la seule issue. Plus rien ne devrait avoir de sens pour lui. Ses amis qui sont encore autour de lui ne comprennent rien à sa situation  et chacun à son tour va l’abandonner à la nuit du désespoir. Il va mourir d’une mort qu’il a choisie mais que personne ne comprend. Le traître est  déjà en train de faire son œuvre. Ce décor d’angoisse que je viens de décrire  a été planté par les autres Evangiles, mais il reste en toile de fond  de cette ultime prière que Jésus  prononce pour nous. Dans ce décor de désespoir jaillit la plus forte protestation d’espérance que peut proférer un humain. Il nous montre comment Dieu peut intervenir dans  les drames de la vie et donner du sens à l’aventure humaine, même quand elle n'en a plus. A partir de ce récit  nous pouvons actualiser tous nos échecs et entendre Jésus dire  pour chacun de nous: «  Père, je veux que là où je suis ceux que tu m’as donnés soient aussi... ». Mais si nous comprenons que Dieu est présent et donne du sens à ce qui n’en a pas , nous ne comprenons pas non plus  son impuissance à modifier le cours des choses et à faire simple alors que nous paraît si compliqué.

Jésus se situe dans ce monde ci, celui où nous sommes, mais il se tient  à la frontière d’un autre monde que nous ne connaissons pas encore mais où se situe la vérité de Dieu. Le monde où nous sommes avec ses drames et ses échecs fait écran et nous empêche de voir une autre réalité qui est tout aussi vraie que celle du monde où nous sommes. Jésus nous permet d'entrevoir cette nouveauté et  crée de la sérénité là où nous ne voyons que drame et désespoir. Il ne puise pas sa sérénité dans une science spéciale qu’il serait le seul à connaître. Il la puise dans  sa compréhension des Ecritures où il trouve  un motif d'espérance. Il intègre complètement cette espérance et nous la rend possible. A son contact elle devrait devenir nôtre.  Il l’intègre tellement qu’il finit par s’identifier à Dieu au point d’être confondu avec lui.   C'est par l'espérance qu'il puise dans l'Ecriture qu'il se fait si proche de Dieu qu'il se confond avec lui.

Jésus ne devient pas alors fils de Dieu par une naissance miraculeuse qui l'aurait mis à part, mais il le devient parce qu'il se fait porteur de  l'espérance qu'il puise dans les Ecritures au point qu'il se trouve absorbé dans la sainteté et dans la gloire de Dieu.  Etant de même nature que lui, nous avons accès au même sort que lui. Il nous devance seulement sur le chemin de la connaissance du salut. Tous nos désespoirs et tous nos échecs trouvent alors leur aboutissement dans la plénitude de Dieu. Jésus  s’avance sur le chemin de la connaissance de Dieu aussi démunis que nous le sommes, mais  il nous encourage à le suivre et à l’imiter. C'est ainsi  qu'en partageant son espérance  nous devenons  comme lui, un enfant de Dieu.

Le chemin qu'il  propose est celui que peut suivre tout individu s’il est guidé correctement. Jésus nous donne l’exemple et se propose d’être notre guide, tel Virgile dans la divine comédie guidant les pas de Dante, ou tel l'ange guidant les pas de Jean dans l'Apocalypse. Rien ne se fait  sans peine et sans effort.

Tout a commencé à l’origine du monde. Pour comprendre cela il va falloir que nous fassions un long retour en arrière jusqu’aux origines de la création comme Jésus nous y invite  quand il dit : « Tu m’as aimé dès avant la fondation du monde »  Il nous ramène à l’origine de toute chose, quand après avoir surgi hors  du néant Dieu s’est intéressé à lui. Jésus a compris, le premier avant tous, qu’avant même que le monde soit, Dieu qui était déjà amour,  se préparait à animer  de cet amour les êtres pensants qui allaient  devenir ses vis à vis et qu'il commençait déjà à  aimer.

 Autrement dit avant même que ne retentisse dans l’univers qui n’existait pas encore le fracas du big bang qu’aucune oreille n’avait  pu entendre puisqu’il n’y en avait pas une seule, avant même que ce moment mystique ne se produise, existait déjà une pulsion d'amour  qui allait  animer ce qui n'était pas encore créé

 Jésus a fait de la notion d'amour  le code de lecture indispensable pour lire les Ecritures. C'est tout plein de cette intuition, que  Jésus a décrypté  les Ecritures pour nous. Il  a compris  que cet amour était présent à chaque étape de la révélation. Ce n'était  pas seulement une idée sublime, capable de nous faire réver, il a découvert que l’amour  pouvait se matérialiser. Toute sa personne a rendu compte de cette réalité et il est devenu dans sa personne l'expression de l'amour tel que Dieu l’avait conçu.

On aurait pu penser  que s'étant approché de Dieu jusqu'à  ce point,  il allait entrer tout vivant dans le mystère de Dieu. Il n’en fut rien.  Il aurait pu  être comme ces grands sages de l’Inde qui a force d’ascèse et d’abstinence arrivent à s’identifier au divin si bien que leur apparence physique tend à s’estomper jusqu’à disparaître. On aurait pu croire que Jésus allait vivre la même initiation et que sa vie se serait terminée en s’anéantissant dans le divin donnant ainsi une dimension cohérente à l’Ascension.

Mais il en a été autrement.  Pour entraîner tous les hommes à sa suite il a consenti  à aller jusqu' aux  portes du néant pour que  le néant  s’ ouvre sur l’Eternité pour tous ceux qui le suivraient. Tout cela ne pouvait s’achever dans une pirouette où on aurait vu Jésus disparaître dans le divin.  Il fallait que son action  concerne aussi la matière. L’affrontement avec la mort devenait inévitable. Il fallait que le divin s’empare du néant et de la mort. La fin de Jésus telle que nous la connaissons devenait désormais inévitable. C’est donc porteur des promesses déjà contenues dans tout ce qui a préludé à la création que Jésus a vu venir la mort vers lui et qu’elle est devenue vie et éternité. La victoire sur la mort signifie donc qu’il n’y a désormais aucun lieu d’exclusion, aucune situation d’échec irrémédiable où Dieu ne puisse apporter une note d’espérance.

Tout cela en termes clairs signifie que depuis toujours Dieu s’efforce d’intégrer tous les drames humains, qu’il n’est indifférent à aucun échec. Jésus a montré que par sa mort le désespoir n’a aucune place dans les projets de Dieu pour les hommes. Bien entendu, le malin s’acharne à brouiller les cartes et à projeter sur nous la perturbation, mais il ne peut anéantir l’espace d’éternité que Dieu a inscrit en chacun de nous.

Dimanche 13 mai

Jean 14/23-29

 Il arrive que parfois  nous nous penchions  sur nous-mêmes, que nous réfléchissions à ce que nous sommes et que des questions surgissent en nous avec une telle intensité que l’on préfère ne pas poursuivre.  Mais est-il possible d’échapper à ces moments de vérité quand nous découvrons qu’il y a un  déséquilibre entre  ce que nous faisons   et ce que nous pensons.

 La Bible  ne cesse de nous mettre en face de cette double tension  selon laquelle l’être de chair et de sang que sommes ne s’accorde pas toujours  avec ce que lui dicte sa conscience. Les croyants espèrent bien sûr  en être définitivement libérés quand la résurrection finale aura fait son œuvre en eux ! Mais personne n’est vraiment  pressé.  En attendant  nous aimerions accorder nos désirs  avec ceux que nos voix intérieures nous réclament.

 Ce problème a hanté l’apôtre Paul dont les épîtres ne se lassent pas de nous provoquer. Il se demande , en nous renvoyant la question, pourquoi nous  faisons le mal que nous  ne voulons pas faire et que nous ne faisons  pas le bien que nous voudrions faire. Il remonte même jusqu’à Adam pour savoir si son geste de rébellion contre Dieu n’aurait pas encore des conséquences sur nous.  Jésus traite  ici le même sujet, mais il ne s’y prend pas  du tout de la  même façon. Il ne va pas chercher en quoi nous serions les héritiers d’une faute primitive à partir de  laquelle découleraient toutes les angoisses et toutes les fautes du monde.  Inutile de nous torturer pour savoir pourquoi nous faisons le mal que nous ne voulons pas faire.

Jésus lui,  ne cherche pas à anticiper Freud, en cherchant des subtilités psychologiques. Il va droit au but . Pour lui, il suffit de deux mots pour rétablir l’harmonie en nous.  Paix et amour. C’est simple et radical, mais bien évidemment cela ne nous convient pas davantage que les longs développements de Paul.  Nos ambitions personnelles  et nos préoccupations quotidiennes s’accordent mal  avec ces  deux mots  qui évoquent pour nous une quiétude et un bien être  qui ne conviennent qu’à l’évocation  de vie future dans l’au-delà   quand nous n’aurons plus de soucis matériels : « un tel est entré dans la paix du Seigneur disons-nous »,  mais nous ne sommes pas pressés, je l’ai déjà dit . Pourtant Jésus revient à la charge car ces deux mots constituent le thème récurent   des  chapitres 14 et 15 de l’Evangile de Jean.  Selon lui,  ces deux  mots constituent  les valeurs indispensables pour construire notre vie : paix et amour.

Nous trouvons que ces consignes sont un peu simplistes. On préférerait  des exigences  plus contraignantes auxquelles nous sommes  plus habituées  tels le péché, la  culpabilité le repentir ou l’acquisition de méthodes d’ascèse  nouvelles .  Tout cela appellerait de notre part  des réponses claires. Elles nous mettraient sans doute plus en cause   mais nous feraient  espérer de  Dieu que nous débarrasserait d’un passé gênant et nous permettrait  de construire notre vie  sur une base solide.  Pourtant ici, ce n’est pas le cas. Il s’agit simplement de paix et d’amour.  Tout le reste passe après.  Dans sa tendresse Dieu préfère nous engager dans des comportements  positifs  par rapport à nous-mêmes  plutôt qu’à des attitudes culpabilisantes sur un passé qui ne doit plus avoir d’incidence sur le présent. Sans quoi à quoi servirait le pardon ?

Il s’agit maintenant de savoir comment nous allons gérer ces deux notions positives. C’est  par elles  que Dieu se fait généralement connaître.  Dieu  se propose  de nous mettre en paix avec lui et avec les autres par la pratique de l’ amour. C’est dans la mesure  où nous reconnaissons que ces deux valeurs qui le caractérisent peuvent  devenir les nôtres que notre relation à lui devient différente . C’ est par elles qu’il crée l’espérance et qu’il nous donne d’aspirer à la nouveauté.  Si Dieu se fait présent dans notre vie d’aujourd’hui, c’est en tant que créateur  d’espérance. C’est en cela qu’il est créateur.

La notion de création agite le monde des penseurs d’aujourd’hui. Finie l’époque où l’on croyait  qu’il suffisait  que  Dieu  souffle sur une poupée d’argile pour que l’humanité existe. Finie aussi l’époque où l’on pensait qu’il suffisait à  un singe de descendre d’un arbre pour que, selon les lois de l’évolution, il devienne un homme. Est apparue plus récemment la notion du « dessein intelligent », selon laquelle le monde serait guidé dans son évolution par un esprit organisateur. Cette querelle n’a pas de raisons d’être puisqu’elle qu’elle  fonctionne  sur des idées  selon lesquelles  il faudrait faire coïncider Bible et  science.  Alors  que les repères  qui nous sont donnés  par l’Evangile  résident dans les notions abstraites, invisibles à l’œil  nu  telles que l’amour et la paix, car c’est par elle que Dieu se rend présent au monde.

Ce n’est pas évident de les  repérer tant les attitudes de violence du monde où nous sommes  les voilent.  Par contre  on les perçoit au niveau de nos désirs profonds, comme si Dieu avait mis sa trace en nous depuis l'origine.  Pour vous en rendre compte, je  vous renvoie alors à nos prières d’intercession pour que constater combien ces deux notions font partie de nos aspirations et que nous les renvoyons à Dieu pour qu’il se manifeste par elles car c’est  par elles que nous espérons constater sa présence. Nous lui demandons sa paix et nous espérons voir se manifester son amour par le mieux être de ceux qui désespèrent.  Nous le demandons chaque dimanche, comme par un acte de foi insoupçonné.

 Pour soutenir et accompagner nos demandes et nos désirs  Dieu nous donne un secours puissant, le Saint Esprit qui porte ici le nom de « Consolateur ». Les traducteurs ont eu du mal à nous rendre compte du mot  utilisé dans l’Evangile. On le rend par  Paraclet, défenseur,  celui qui réconforte, l’avocat…On a du mal à le traduire tant ses compétences sont vastes. Toutes ces variantes de traduction nous laissent entendre combien nos  sentiments,  sont confus  et pleins d’espoir.

 Nous avons avant toute chose besoin d’être consolés, réconfortés, réconciliés avec nous-mêmes  et avec Dieu.  Et tant que cela n’aura pas eu lieu nous resterons en manque. Nous resterons incapables d’être en paix, et incapables d’aimer sans abuser des autres. Cet esprit du Seigneur nous prend d’abord en charge, pour nous mettre en vérité par rapport à nous-mêmes.  Il nous rappelle que si nous avons perçu que Dieu agissait  en Jésus Christ, il nous fallait mettre de l’ordre dans notre manière de penser et donner priorité à ce qui avait priorité en Jésus et ce n’est pas si simple.

 Nous reconnaissons alors que le Dieu de Jésus Christ n’est pas le Dieu au quel les hommes aspirent.  Ils cherchent un Dieu de puissance  et de justice  dont les effets seraient spectaculaires : un Dieu rendu familier par le cinéma. Il confond sa voix avec celle du tonnerre, un Dieu dont les colères sont redoutables et qui privilégie les hommes  qui servent sa gloire. Pourtant depuis le prophète Elie, on a appris qu’il confondait sa voix avec celle d’un doux zéphyr, avec Esaïe on a découvert que son action consistait  à compatir à  la plainte de son serviteur souffrant,  on a  aussi été surpris d’apprendre qu’il  n’aimait pas nos cérémonies mais qu’il  leur préférait un repentir sincère et que le seul culte  qui  pouvait lui rendre gloire c’était de pratiquer la justice. Jésus nous a confirmé tout cela, quand  agonisant sur une croix il a manifesté à ceux qui désespèrent qu’il est le Dieu de la vie et de l’éternité. Pour opérer un tel renversement de valeurs, nous avons bien besoin d’un Consolateur puissant qui nous aide à restructurer nos idées et à repenser nos actions. C’est alors  que si nous nous mettons en harmonie avec lui, la paix viendra sur nous et l’amour véritable sera possible. C’est alors que nous verrons Dieu à l’œuvre dans la création du monde.

 Le cherchant dans  des manifestations visibles, les hommes  ne sont pas attentifs à l’action qu’il mène dans l’invisible de leur  cœur. Nous devons réaliser que les mystères de Dieu, dans sa relation avec les hommes sont de l’ordre de l’invisible.  C’est ainsi que le salut en Jésus Christ n’est accessible que par la foi qui ne se voit pas ,  et que le  pouvoir créateur de Dieu n’est discernable que pour celui qui vit en intimité avec lui. Les éléments fondateurs de cette intimité sont la paix et l’amour.

La paix s’installe en nous quand toutes les barrières qui se dressent entre Dieu et nous sont tombées. Se crée alors en nous un  état de sérénité par lequel nous sommes en  en harmonie avec notre Dieu. C’est ainsi  que  par son génie créateur il nous donne l’audace d’avancer  et l’espérance d’aboutir.

Rien de tout cela n’est visible à l’œil  nu, seuls ceux qui croient peuvent s’en rendre compte, c’est pourquoi il est urgent de gagner les homme à la foi car c’est par elle qu’ils découvriront qu’il ne sont plus séparés de Dieu mais qu’ils sont sauvés.  L’amour devient  le moteur de l’action de tous ceux qui sont en paix avec Dieu . Ils se mettent à aimer pour que  tous les hommes aillent mieux,  pour quel la terre aille mieux et que la création se prolonge aussi longtemps que les hommes seront en paix avec Dieu. L’avenir est donc grandement ouvert pour ceux qui savent aimer car c’est ainsi que s’inscrira l’avenir dans le projet de Dieu pour le monde ..

Dimanche 6 mai Pentemont

Apocalypse 21/1 à 5b.  

Autres lectures Actes 14/21b à 27 et Jean 13/31-35

Le monde dans lequel  nous évoluons est beau, on ne le dira jamais assez puisqu'il est l'œuvre de Dieu et qu' il est sensé nous renvoyer les reflets de sa gloire. Mais comme par un malin plaisir, nous passons notre temps à le dénigrer. Nous ne nous lassons pas de répéter ce que je vais encore une fois dire, à savoir que l'activité humaine dégrade la terre et va y rendre la vie bien difficile, que la survie des espèces est menacée, que l'homme est perçu comme le plus grand prédateur vivant. C'est pour cela que  le problème de la sauvegarde de la planète a fait irruption dans la campagne électorale et s'y est imposé comme un des  thèmes majeurs. La colère de l'homme qui n'y peut plus rien, se retourne contre lui-même et il ne peut que désormais se lamenter  sur son propre sort en accusant les autres de n'avoir rien fait. Les plus audacieux vont même jusqu'à imaginer la possibilité d'une fuite des humains hors de notre galaxie vers des planètes aptes à nous recevoir. Ils reprennent  à leur compte le thème de films célèbres tels « Rencontre du troisième types » ou  « E.T » Les hommes en seraient les acteurs et non plus les victimes. Tout cela ne pourrait être envisageable que si les techniques sont suffisamment avancées quand le moment d'inhabilité de la planète se manifestera. Nous échapperions ainsi à la malédiction de l'Apocalypse puisque c'est de ce sujet que nous allons traiter.

En ouvrant le Livre de l'Apocalypse, le lecteur du vingt et unième siècle, comme celui de tous les siècles qui l'ont précédé y trouve le reflet des malheurs de son temps. Ces malheurs auraient pour cause la colère de Dieu qui punirait ainsi les hommes de tous les maux de la planète dont ils se  seraient rendus coupables.  Les lecteurs attentifs au message de l'Evangile ont du mal à y reconnaître un  message  du Dieu d'amour, le Père de Jésus-Christ qui se trouve ici, lui-même, transformé en agneau égorgé qui  se transmuterait en un juge suprême  particulièrement sévère puisqu'une poignée de 144 000 élus seulement échapperaient à son châtiment. Pourtant  le passage que nous avons lu nous laisse supposer une autre fin et nous invite  à  porter un autre regard sur ces choses qui nous préoccupent.

Si donc nous songions, dans nos égarements les plus abracadabrantesques à fuir notre planète devenue inhospitalière à cause de nos fautes et à priver  Jésus de son jugement contre nous, ces lignes nous ramèneraient à une autres réalité. Elles nous disent que l'évasion  que nous fomentons  ne nous amènera nulle part, puisque le salut ne viendra à nous que par la volonté de Dieu qui nous promet un temps nouveau, sur une terre recrée qui viendrait du ciel comme un cadeau immérité. Alors que  nous cherchons à nous en sortir par les élucubrations fumeuses de notre cerveau humain, le salut nous est offert. Il nous suffit de l'accepter.

Le terrien que nous sommes est une créature étrange. En apparence il est fragile, sans aucune protection naturelle, un bipède sans poils ni plumes comme dirait Diogène. Il ne serait doté que  de son génie propre pour s'en sortir. Et il s’en sort très bien. A la différence des autres espèces animales, il utilise sa prodigieuse intelligence non  seulement  pour se tirer d’affaire mais aussi pour dominer ou éliminer ses semblables, car il les considère tous comme des rivaux. Il y réussit assez bien, c'est pourquoi la planète est dans l'état où elle est. C'est ainsi que nous revenons aux constatations de  notre point de départ qui consistaient à considérer l'homme comme un prédateur redoutable.

Si l'espèce humaine survit et s'améliore, c'est grâce  à son intelligence, mais c'est aussi au détriment de ce qui l'entoure. C'est parce qu'il s'adapte que l'homme invente, et s'il prend le contrôle de tout ce qui vit c'est parce qu'il s'active intellectuellement.

J'ai dit  que c'était grâce à son intelligence. Mais avez-vous déjà vu une intelligence à l'état brut? Avez-vous déjà touché une intelligence ou en avez-vous vu la couleur? Bien sûr que non. Et pourtant, nous sommes tellement sûrs de son existence que nous avons réussi à la tester et à la mesurer!

Nous vivons donc  et nous évoluons grâce à notre intelligence qui est une réalité invisible, indéfinissable, intouchable, mais étrangement efficace. Elle est la clé de notre existence. Ayant fait ce constat, l'être humain que nous sommes, doté d'une super faculté de raisonnement se sait maître de tout. Mais il ne supporte pas qu'une autre réalité, puisse rivaliser avec lui, c'est pourquoi il se sent un  peu seul face à lui-même dans ce vaste univers qu'il découvre un peu mieux chaque jour, si bien que quand il aura épuisé les possibilités de vie que lui donne sa super intelligence, il ne trouvera de solution que dans la fuite, comme un vulgaire lapereau atterré, et il mettra tout en branle pour quitter la planète.

Il y a cependant une question que notre cerveau prodigieux ne s'est pas vraiment posée et que ce texte  pose pour nous.  Peut-il y avoir une réalité invisible, insaisissable, qui ne serait pas nous-mêmes et qui pourrait rivaliser avec nous et dont nous pourrions cependant mesurer les effets ? Si cela était possible, les choses prendraient sans doute un autre aspect.

Cette première question en entraîne une seconde: D'où nous vient cette idée qui ne se vérifie pas dans nos actions, selon laquelle, si nous portions un peu d’amour à ceux que nous cherchons à dominer, les choses pourraient vraiment changer et inverser le sens du destin? Comment se fait-il que nous n'ayons pas expérimenté cette hypothèse  qui consiste  à considérer les autres, comme étant  semblables à  nous-mêmes, comme des amis et des êtres aimables? D'où nous vient cette suggestion, parfaitement étrangère à nos comportements? Elle résonne en nous comme une voix inaudible mais cependant perceptible.  Elle nous propose des pistes à explorer  que notre propre intelligence ne nous a pas révélée.

Si nous creusions cette idées, nous découvririons par simple déduction que nous ne sommes pas les seuls à penser dans l’univers et que des idées  autres que les nôtres nous habitent aussi.  Une intelligence supérieure à la nôtre viendrait donc nous visiter et nous proposerait d’entreprendre des actions nouvelles qui auraient  certainement  plus de noblesse à être expérimentée qu'une fuite éperdue vers des galaxies inconnues pour y répandre à nouveau les  nuisances que nous avons  déjà inventées et qui nous auraient chassées de la terre.

Il est donc concevable qu’une autre intelligence cohabite avec nous et oriente nos visées dans une d'autres directions.  Elle est capable de nous corriger, de modifier nos comportements.

Regardons donc le monde en tenant compte de cette hypothèse! Nous constaterons alors que ce qui en  fait la beauté, ne réside  pas tellement  dans ce que l'on perçoit avec nos sens, mais dans ce que  nous discernons dans le domaine des idées. C'est donc  dans l'invisible que se joue la réalité. Il est donc temps de changer notre regard sur nous et sur ce qui nous entoure.

Les notions d'altruisme  et d'amour du prochain  sont  aussi vieilles que l'humanité. Elles nous ont  été transmises de proche en proche  par ceux qui croyaient qu'une force d'amour extérieure à eux-mêmes pouvait transformer le monde. Lentement cette idée a fait son chemin au travers des vicissitudes de ceux qui la portaient. Ils ont été  marginalisés, rejetés, tués parfois, parce que cette idée venue d'ailleurs n'était pas issue d'une intelligence humaine. Mais pourtant elle s'impose et s'imposera encore plus profondément parce qu'elle suscite la vie  partout où elle se répand, c’est pourquoi elle est porteuse d’avenir.  

Celui qui se laisse habiter par cette force extérieure est entraînée au delà de la vie, dans l'éternité. Jésus à qui l'Apocalypse rend hommage a été habité  par une telle puissance d'amour qu'elle est devenue contagieuse  pour quiconque la pratique  au point de transformer sa vision du monde. La lecture de l'Apocalypse devient alors différente de celle à laquelle nous avons été habitués, elle nous montre que les forces d'amour sont aux prises avec les forces maléfiques que peut produire  l'intelligence humaine. Ce combat a pris des dimensions cosmiques qui sont décrites dans  ce livre. Il  dure depuis l'origine des temps. Mais chaque jour l'amour gagne du terrain à sa cause jusqu'à ce que les certitudes d'une vie nouvelle s'imposent à l'humanité. Cela  nous est donnée par cette force que nous nommons Dieu.  Elle nous est ici présentée comme un cadeau qui nous vient du ciel, c'est dire qu’elle  ne dépend pas de nous et ne peut être efficace que si nous l'acceptons comme un don.

Dimanche 29 avril

Actes 13/14-52

Autres textes  Jean 10/27-30

Ce texte m'étonne, et peut être éprouvez-vous le même sentiment que moi. Je suis surpris  par le manque de réaction des gens de la synagogue d’Antioche qui n'ont pas manifesté leur désapprobation  à la suite de l'intervention de Paul.  Au contraire, ils l’ont invité à revenir la semaine d’après pour approfondir son discours.  Le mouvement de foule que je croyais inévitable n'aura lieu que huit jours plus tard il jaillira du sein des dames de la bonne société. Mais le sujet  qui les a fait réagir n’est pas le même que celui qui me fait réagir à l’instant.  

Le mécontentement  de la population juive locale venait  des propos  que Paul a tenus  au sujet des païens. Paul affirmait qu’ils avaient droit au salut au même titre que les juifs de souche. En fait Paul était allé encore plus loin.  Il avait accusé les juifs de Jérusalem de ne pas avoir su accueillir la « bonne nouvelle du salut en son temps », c’est pourquoi il s'était  senti autorisé par Dieu à l’annoncer aux païens. Le résultat avait  été  spectaculaire, les païens s'étaient  convertis en masse et c’est cela qui a rendu jaloux les membres de la synagogue d’Antioche. Il y aurait  même de quoi rendre aussi jaloux les prédicateurs modernes qui arrivent rarement à opérer un tel niveau de conversion. Mais ce n’est pas à cause de l’insuccès de ma propre prédication ni du succès de celle de Paul que j’ai manifesté ma surprise  en commençant mon propos.

Ma surprise vient du fait que Paul a ici une curieuse notion de l’histoire d’Israël. Sans regarder le texte à la loupe,  vous remarquerez  qu’il ne mentionne pas le nom de Moïse en parlant de la sortie d’Egypte. Il ne parle pas non plus du don de la Loi qui est l’acte fondateur du peuple juif au Sinaï. Il n’y fera qu’une brève allusion à la fin de son discours pour en contester les effets. Il présente ensuite l’époque des Juges comme une période idyllique de 450 ans alors  qu’il est relativement facile de vérifier qu’elle n’a duré que 150 ans environs.  Quant aux 450 ans, il s’agissait plutôt du souvenir que la mémoire collective avait gardé du long séjour d’esclavage en Egypte  en Egypte. Ce glissement  de période permettait de laisser entendre que à partir de la première intervention de Dieu au moment de l'esclavage en Egypte l’histoire du peuple hébreux avait été une longue période heureuse, qui a conduit ce peule jusqu'à l'époque bénie du  roi David.  Ce discours semble donc gommer toutes les phases négatives de l'histoire des hébreux.

Tout en contestant la qualité d’historien de Paul je laisse entendre qu’en parlant comme il l'a fait,  il avait  un but précis qu'il nous faudra découvrir.  C'est alors qu'il s’attarde à décrire la période du Roi David  avec complaisance. S'il mentionne, l’échec du premier roi Saül c'est  pour mieux valoriser la réussite du roi David. Sans transition, il saute  alors directement à Jean baptise  dont les Israélites d’Asie mineure ignoraient  certainement  l’existence. Il ne mentionne même pas la période des prophètes qui est si importante pour comprendre la venue du messie en la personne de Jésus.   C’est à ce point de son raisonnement, comme s’il avait oublié quelque chose, qu’il parle d’Abraham dont il mentionne le nom , comme pour dire que c’est à ses fils que ce discours s’adresse. Il semble rappeler ainsi  à ses auditeurs  que la descendance  d’Abraham  est aussi nombreuse que le sable des mers et recouvre  d’autres peuples que les peuples sémites.

Ce discours est pour le moins fantaisiste. Il  présente quelques libertés par rapports à l’histoire que je n’aurais pas supportées de la part de mes catéchumènes. Pourquoi les tolèrerai-je alors de la part de Paul ? Ce long discours  prononcé par Paul sert  de prologue à l’enseignement  de Paul sur Jésus d’où il ressort que les juifs de Jérusalem n’avaient rien compris à son  message. Par contre à la suite de ce développement il devrait être évident pour les juifs d’Antioche que Jésus est bien le fils de David et que sa résurrection programmée déjà à l’époque du grand roi constitue la preuve dont tous ont besoin pour croire au salut  des hommes et aux promesses de pardon.  C'est effectivement ce qui se passe. Le discours de Paul obtient, pour un premier temps, la faveur de tous.  Je n’ai bien entendu rien à opposer à cette conclusion à laquelle nous devrions tous adhérer.  Pourtant il n’est pas encore dit  clairement  quelle notion recouvre l’idée de salut qui est émise ici.

Au point où j’en suis de mon raisonnement, je pense que vous commencez à avoir envie de rejoindre les bourgeoises  d'Antioche et de contester mes propos. Vous pensez sans doute qu’un sermon n’a d’intérêt que s’il simplifie ce qui est compliqué et non pas qu’il complique les choses pour les rendre encore moins intelligibles. Mais on ne peut rendre compte d’un texte, à partir duquel nous cherchons à discerner la Parole de Dieu sans en soulever les problèmes qu’il pose car c’est sans doute en repérant les problèmes qu’on dégagera peut être une  parcelle de vérité.

En revenant à une idée déjà émise, Il est évident que l’on ne peut en rien accuser Paul d’ignorance. On ne peut pas accuser non plus Luc, qui est l’auteur du Livre des Actes d’être incompétent et d'avoir rapporté les propos de Paul d'une manière fautive. Pourtant en commençant j’ai laissé entendre que ce discours aurait du provoquer des remous? S'il ne l’a pas fait à cause des erreurs et omissions que nous avons relevées c’est qu’il a sans doute  été recomposé après coup. C’était en fait l’habitude chez les historiens antiques d’opérer ainsi  et de rendre compte des événements à partir de propos rapportés sous forme de discours qui en fait n’avaient  jamais été vraiment prononcés.  Même si cela vous choque c’était la manière d’opérer de l’époque, et la meilleure preuve en est,  que personne n’a réagi. Ce discours est sans doute rapporté ainsi pour  exprimer une intention théologique, et c’est cela qu’il faut essayer de dégager maintenant. Luc est un trop bon connaisseur de la Bible pour avoir rapporté les choses sans  avoir l'intention  de nous aider à construire notre foi.

Une première question, déjà soulevée doit provoquer notre attention. Pourquoi donc  le nom de Moïse n’est-il pas prononcé  dans l’évocation de la sortie d’Egypte ?  A mon avis Paul ne voulait pas mettre Dieu et Moïse en concurrence. L'action libératrice de Moïse aurait voilée celle de Dieu. Paul veut montrer que  le premier acte de Dieu  est de libérer. Le premier acte  révélateur de Dieu est un acte libérateur. Le premier acte que fait Dieu pour se faire connaître est un acte créateur qui consiste à libérer  les hébreux captifs, mais aussi tous ceux qui sont prisonniers, quelle que soit la nature de leur dépendance. Et le propos de  Paul s’achèvera par la libération définitive de la mort par Jésus pour quiconque croit en  lui. Ces propos sont présentés  comme la conclusion logique de son raisonnement.

Si au cours de son discours Paul avait parlé de Moïse, il aurait obligatoirement parlé de la Loi qu’il considère par ailleurs comme aliénante.  Les juifs pensaient que l’on été sauvé grâce à une pratique rigoureuse de la Loi, et ici le texte nous dit que bien avant que la Loi soit donnée par Moïse, le projet de Dieu était déjà de sauver les hommes. Le salut devenait alors, pour chacun de ceux qui écoutaient Paul,  la certitude  que chacun avait de la valeur aux yeux de Dieu avant même qu’il ait  eu conscience d’être pécheur. Le salut selon ce passage précède toute  faute, si bien que l’homme est sauvé avant d’être reconnu coupable. C’est cela que la Réforme développera sous l’expression de « salut par la grâce »

C’est  la raison pour laquelle seul David est mentionné parmi les rois  car il devient sous la plume de Luc le type même de celui qui  en accueillant  la grâce qu'il ne mérite pas  est revêtu du titre de Fils de Dieu. Ce n’est pas à cause de ses vertus personnelles  qu’il en est ainsi, mais c’est à cause de sa foi.

Bien entendu, la résurrection de Jésus, vient amplifier d’une manière glorieuse ce qui était déjà dans le cœur de Dieu depuis toujours.  Celui qui accueille en lui la vérité de la résurrection de Jésus devient  l’homme nouveau que Dieu a entrepris de créer depuis qu’il se manifeste aux hommes. Désormais, chacun peut regarder l’avenir avec assurance sans craindre d’être jugé, il peut profiter de la vie sans qu’elle finisse par l'anéantissement  dans la mort. Chacun peut désormais comprendre que le Dieu pour qui Jésus a mis sa vie en cause donne du  sens au monde qui trouve en lui l’organisateur de toute chose et le dispensateur de la vie jusque dans l’éternité.

Dimanche 8 avril Pâques 2007

Matthieu 28/1-10

Autres textes  Actes 10/34-43  et Colossiens 3/1-4

Chers frères et sœurs, chers amis  regardez-vous les uns les autres ! Ne trouvez-vous pas  que celui ou celle qui est à côté de vous est merveilleux ?  Je suis sûr que si tel n’est pas votre sentiment, c’est pourtant celui de Dieu ! Je suis sûr pour ma part que Dieu ne cesse pas de s'émerveiller  en regardant les hommes se mouvoir sur cette terre.  Certainement, il doit s’étonner de notre esprit d’invention, de notre capacité  à nous adapter aux situations nouvelles et  de nos facultés à maîtriser les catastrophes. Depuis que l’homme existe sur terre, malgré sa fragilité apparente, il a résisté à toutes les épidémies, à toutes les famines, à tous les changements climatiques. Les mammouths ont disparu, mais les hommes ont survécu.

Pourtant, sa  capacité à maîtriser les situations a aussi ses faiblesses. Les hommes n’acceptent pas  de ne pas être seuls à bord pour piloter le monde. Ils ont du mal à  imaginer qu'un être pensant  puisse leur être supérieur et qu'il soit à l'origine de tout. Si Dieu admire les hommes, les hommes par contre sont plus réticents à lui rendre la pareille. C’est d’ailleurs là un des sujets de contestation entre les humains. Ils ne s'accordent pas entre eux sur le principe de l’existence ou de la non existence de Dieu. Si les plus entreprenants arrivent à  concéder aux autres qu’il y ait au-delà de tout, un être supérieur, ils répugnent  pourtant à lui reconnaître  du pouvoir sur le monde et une capacité quelconque à diriger les actions humaines.  Y a-t-il alors un être suprême ? Si oui  nous juge-t-il, nous condamne-t-il, à quoi sert-il ?  Quel est son volent de manœuvre : créationnisme ou évolutionnisme ?

Au delà de ces clivages, il y a d'autres penseurs,  et ils sont nombreux,  pour qui, il suffit d’être un peu plus intelligents que les autres pour tout comprendre.  Le fait de formuler l’hypothèse qu’un Dieu organisateur soit à l’origine de toute chose est  pour eux une facilité qui ne convient pas à des êtres évolués. Ainsi nient-ils  tout en bloc. Cette attitude leur permet de formuler une réponse facile à un  problème complexe, c'est à dire à avoir une mauvaise réponse.  Beaucoup d'autres encore ne se posent pas de problèmes du tout, ils  se contentent pour la plupart d’affirmer  l’existence de Dieu  et de ne tolérer aucune autre  opinion à ce sujet que la leur. Ils ont ainsi hérité de traditions  familiales ou nationales, et à ce titre elles sont intouchables. Voilà encore un autre sujet d’étonnement de la part de Dieu qui a du mal à concevoir que les humains se divise à cause de lui.  

Comment se fait-il, doit-il se demander, que les hommes si intelligents, si inventifs, si entreprenants sur le plan technique et sur le plan scientifique  manifestent si peu d’intelligence face aux problèmes métaphysiques. Comment se fait-il qu’ils  agissent vis à vis de Dieu  comme  si leur opinion ne dépendait que  d’une intuition subjective  ou d’une tradition héritée des ancêtres ?  Comment se fait-il  que l’humanité si rationnelle pour gérer ses intérêts dans le monde, soit si empirique dans sa relation à Dieu ? N’est-ce pas là un sujet d’étonnement pour Dieu s’il existe ?

Le Dieu dont Jésus est le témoin n’ignore pas ce comportement, c’est pourquoi il a choisi d’établir un rapport privilégié avec l’humanité. Il se révèle donc au monde des humains comme un Père, et c’est à ce titre là qu’il se définit comme créateur. Ce processus s’est fait dans la durée. Il se révèle lit-on dans les Ecritures à Abraham, il  se fait connaître à Moïse, il parle par les prophètes et avec Jésus il rend compte du  processus de vie qui ouvre à l’humanité le  chemin de l’éternité.   

C’est à la suite de ce long cheminement à travers les âges qu’il se propose, comme pour Jésus, de vivre une  expérience personnelle avec chacun de nous  et d’éclairer notre histoire.  Cette histoire a été initiée bien avant que nous ayons eu conscience d’exister.  Un jour  chacun a plus ou moins pris conscience  de la présence de Dieu à ses côtés. Les uns ont pris soin de cultiver cette intimité, elle s'est épanouit dans un acte de foi qui a  illuminé leur vie. Les autres mal guidés ou trop indépendants n’ont pas entretenu cette relation. Ils ont oublié que Dieu s’était approché d’eux. Leur foi  trop faible pour résister s’est desséchée et n’a subsisté alors que sous forme de souvenir.

Notre relation avec Dieu n’est pas liée au hasard. Elle est l’aboutissement d’une longue aventure dont les racines se trouvent  aux origines de l’humanité, et telle la sève de la plante, l'esprit de Dieu a cheminé lentement jusqu’à nous par des canaux mystérieux. Dieu était à l’œuvre dans l’humanité bien avant que nous nous éveillions à la foi. Elle s’est manifestée un jour à nous comme une prise de conscience, telle un éveil à une nouvelle dimension de la vie.  Tel en tout cas était le but de Dieu qui nous a cependant laissé libres de le suivre.

Ce constat étant fait, il nous appartient maintenant  d’assumer librement nos responsabilités et de travailler sur nous-mêmes.  Guidés par Jésus, il nous faut descendre en notre fort intérieur pour découvrir la source qui peut irriguer nos jardins secrets.  C'est elle, qui  peut ouvrir notre être au souffle de Dieu qui   pourra  définitivement  bousculer nos a priori et nos idées reçues.  Si nous  l’accompagnons dans ce travail d’exploration  de nous-mêmes nous  découvrirons alors  l’action créatrice de Dieu en nous. Nous  collaborons donc avec lui pour qu'il fasse de nous des êtres nouveaux qu'il marque de son sceau et qu'il introduit dans sa éternité. C’est cela la résurrection. Grâce à Jésus qui nous guide nous retrouvons  l’itinéraire  que chacun doit suivre  pour que sa foi en Dieu prenne vraiment du sens. Si la résurrection est un don de Dieu, nous n'en prenons conscience qu'au prix d'un certain effort de notre part.

Tous ne suivent pas ce chemin à la suite de  Jésus et  préfèrent  donner autorité  à des formes de piété que la  religiosité populaire à véhiculées depuis des siècles. Elles  correspondent  certainement à leurs désirs,  mais ne relèvent pas d’une aventure  personnelle  de la foi, si  bien que Dieu après s’être émerveillé du comportement de l’homme se trouve navré de sa facilité à repousser  les expériences de vie intérieure qu’il leur propose.

Nous avons pris conscience  du fait que la résurrection s’impose  à nous comme le résultat d’un long cheminement avec Dieu au terme duquel nous le découvrons en tant que créateur de notre vie. Comme tout acte créateur de Dieu, cet événement  est lié à une parole qui vient de lui, car Dieu, quand il  crée, est-il dit, il le fait par sa parole, c’est à dire par un acte  qui le rend accessible. Il adresse ainsi une parole à chacun de nous qui appelle notre adhésion.

« Pourquoi me persécutes-tu »  avait entendu Paul en  tombant de cheval. Ce fut dans  la voix et non dans la chute qu’il  avait reconnu la présence de Dieu.  Il évoquera plus tard cette voix comme  étant l’élément  qui a provoqué sa prise de conscience de la résurrection.

Chaque fois que l’Ecriture fait état de la résurrection il nous est dit qu’une voix a accompagné la prise de conscience des témoins pour bien signifier que la résurrection est un acte créateur de Dieu. Nous prenons conscience de cette voix sans que pour autant elle se manifeste à nos oreilles. C'est  une voix qui est pleine de vie puisqu'elle met en route ceux ou celles  qui l'entendent. "Allez dire à mes frères que je les précède en Galilée".  La voix renvoie les femmes chez elles, dans leur maison, car c’est là qu’elles vont vivre leur propre résurrection, car c’est d’abord pour vivre sur terre qu’il nous est donné de prendre conscience de la résurrection.

Pourquoi alors s’étonner si pour décrire une telle transformation, l’écrivain biblique  a eu recours à la description d’un ange de lumière.   Il traduit ainsi l’émerveillement  qu’il ressent, car l’expérience de la foi est intraduisible dans notre langage usuel et quand on l’exprime il faut utiliser des images fortes  pour qu’elle devienne accessible aux autres.

Ecoutez donc, frères et sœurs toutes ces  voix intérieures qui créent en vous la certitude que la résurrection vous est donnée comme l’aboutissement de vos expériences spirituelles avec Dieu. C’est par elles qu’il crée en vous l’être nouveau  dont il a besoin pour  provoquer vos semblables afin qu’ils se  laissent saisir à leur tour par l’aventure de la résurrection qui est en même temps une expérience de création et qui a pour effet de remplir le monde d'espérance.  

Dimanche 1er avril culte des Rameaux - Pentemont

 Luc 19/28-40 et  Esaïe 50-7

Depuis des siècles, nous ouvrons la semaine sainte en écoutant le martellement des sabots d'un petit âne sur les pavés de la vieille ville de Jérusalem.  Il emprunte à peu de choses près le même chemin que Salomon aurait suivi, juché sur l'ânesse de son Père pour être intronisé roi à sa suite. Il s'agissait d'une révolution de palais qui consistait à imposer Salomon sur le trône de David  à la place de son aîné. L’affaire fut chaude.  Il y a donc fort peu de similitude entre les deux événements  si non le lieu et la monture. Pourtant il s'agit bien aussi pour Jésus, d'une révolution, mais elle est d'un autre ordre.

Jésus ne cherche pas à renverser le pouvoir.  Il ne bouscule pas  les valeurs sociales comme on a pris l’habitude de l’imaginer. Il n'institue pas le règne des pauvres. Il ne suggère pas, avant l'heure, une forme de dictature du prolétariat. Le mouvement qui anime Jésus puise ses racines dans les origines prophétiques du judaïsme. Il trouve son inspiration dans la longue complainte  du Serviteur souffrant auquel le prophète Esaïe a prêté sa voix et sa plume. Son histoire trouve son épilogue dans  l'agonie de Jésus, au moment où sur la croix il s'écrie: "Mon Dieu mon Dieu, pourquoi, m'as-tu abandonné?"  C’est là le dernier élément d’une révolution qui concerne la création, car c’est bien de création qu’il s’agit, comme on, va le voir, elle fut   initiée jadis par  Esaïe, le deuxième du nom.

Nous le connaissons bien ce serviteur torturé. On lui arrache la barbe sans qu'il se plaigne, on le mène à la  boucherie comme un agneau sans qu'il proteste. Les chants du Serviteur souffrant servent de toile de fond aux nombreuses liturgies de la semaine sainte. Sa plainte s'achève dans la mort de Jésus comme l'affirmation  de la présence de  Dieu au sein de la souffrance. Six siècles séparent les deux événements. L’Evangile  donne,  dans la mort de Jésus, une réponse aux questions que se posait déjà Esaïe au sujet de toutes les injustices et des meurtrissures  que subissent les hommes. Dieu les prend en charge dans l'agonie  de Jésus et  transforme en  espérance de vie  tout ce  qui était marqué par la mort.

Jadis, le prophète Esaïe a osé dire  qu'il n'y avait pas de rapport de cause à effet entre les souffrances des hommes et la volonté de Dieu. Il parle d’un homme juste qui souffre, persécuté par ses semblables et il affirme que cette souffrance n'a pas vraiment de cause. On le persécute et Dieu laisse faire. Il est torturé et Dieu n'intervient pas.  Le prophète sait bien en disant cela qu'il est témoin de l'un des temps forts de la révélation, et que la qualité de notre foi dépend de la  réponse qui sera donnée à toutes ces questions qui surgissent. Comment se fait-il que l'innocent puisse être considéré comme un coupable sans que Dieu n'intervienne?  Est-il vraiment possible que l'on souffre sans raison apparente et que le seul baume qui soit efficace ne le soit que quand la mort aura détruit notre personne?

Dans  la révolution instaurée par Esaïe, le prophète se  propose  de dire délibérément dans quel camp Dieu se  situe. Si Dieu participe à la révolte  de celui qui souffre et le soutient dans son épreuve, il ne peut être en même temps dans le camp de celui qui lui inflige sa peine. Qu’on se le dise !

La révolution que  le prophète Esaïe inaugure avec les chants du serviteur et que Jésus reprend à son compte signifie que Dieu  a délibérément pris position en faveur de celui qui souffre.  Ce n’est pas  l’avis de ceux qui considèrent  comme un acte de foi  qu’il faut accepter son sort sans protester. Et, s’il plaît à Dieu de nous voir souffrir et de nous mettre à l'épreuve, il ne nous reste qu'à serrer les dents et faire contre mauvaise fortune bon cœur  en attendant qu'il daigne faire un miracle.

Nous nous demandons   alors en quoi un tel  Dieu peut correspondre  au  Père aimant en qui Jésus trouve sa joie?  Le prophète Esaïe qui nous rapporte ce récit est le Deutéro Esaïe. Il vivait à l'époque de l'exil sous la domination babylonienne. Il a vu s'effondrer l’état d’Israël et il partage le sort de ses compatriotes en déportation. Nous lisons ses écrits  à partir du chapitre 40 du livre qui porte son nom. Les savants se demandent encore qui est ce serviteur souffrant?  Est-ce le peuple d'Israël?  Est-ce le prophète lui-même dont un autre raconte les souffrances?  Dans ces textes provoquants le prophète essaye de trouver de la cohérence dans ce qui est incohérent et de l'ordre dans le désordre. Il cherche du sens à la souffrance qui ne semble pas en avoir.

Plus l'humanité  évolue, plus elle se trouve engoncée dans ce qui n'a pas de sens. Plus l'humanité tend à s'organiser, plus surgissent en son sein des causes de rivalité et de désespoir. Plus la médecine évolue, plus les moyens de destructions s’amplifient.   Nous sommes encore dans la même situation de chaos,  tel qu’il est décrit au commencement  de l’Ecriture. A l'origine, nous est-il dit,  l'Esprit de Dieu se mouvait  au dessus de l'immensité qui n'était qu'un Tohu-Wabou informe et vide. Cette description  du début des temps  correspondrait-elle encore  à la réalité d’aujourd’hui ?

Dieu  est-il encore  en train de se battre contre ce désordre qu'il essaye d'organiser depuis toujours? Est-il encore en train de bousculer les forces hostiles pour que la terre s’épanouisse. Est-il encore  en train de diviser le firmament  pour maintenir  le jour et la nuit en équilibre et  pour que l'ensemble de la planète  évolue sans que la terre ne tremble et les océans ne se révoltent. Est-il toujours en train de pousser les hommes à agir au milieu de toute cette agitation pour que la cohérence prenne le dessus. Tout se passe comme si toutes les étapes  de la création étaient mêlées les unes aux autres et non pas classées en 6 jours distincts. C'est à se demander si le poète qui nous a transmis ces récits merveilleux  de la Création n'a pas séparés  les époques pour mieux les décrire, alors que dans la réalité, elles restent toutes étroitement imbriquées les unes dans les autres? S’ il en est ainsi,  c’est que Dieu est encore aujourd’hui en train de s’efforcer  de créer le monde à l’image de son désir et invite l’homme à l’y  rejoindre.

Dieu patiemment attend le 7 eme jour qui n'est pas encore accompli, et  continue à  se colleter avec le Tohou Wabou. Il s’efforce  en même temps  de projeter  en chaque humain le désir d'ordre qui est en lui.  Dieu  a confiance en l’homme  qu’il a créé  et il cherche à s’en faire un complice, c’est pourquoi  il a besoin de partager son désir avec lui pour  l’aider à construire le monde dans une évolution cohérente.

Il est dans la nature du monde qui, à peine a-t-il échappé au big bang primitif de résister au talent organisateur de Dieu. Cette résistance prend toutes les formes possibles et contamine l'homme lui-même.  L'homme avant de se soumettre  à Dieu reste le pure produit de ce  monde rebelle. N’est-il pas issu, selon les textes, de cette terre qui résiste à ce Dieu  alors que Dieu essaye de la dompter pour la créer.  L’homme, issu de la poussière de la terre, selon les textes reste un élément rebelle jusqu’à ce qu’il se soumette à son Dieu.  Dans la nature, toujours insoumise, les lions, les insectes  et  les autres bêtes dites dangereuses, aussi bien que les virus  et les microbes se font la guerre entre eux aussi bien qu'aux hommes et les  combattent jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Y a-t-il alors du sens à tout cela?

Tout cela a du sens car Dieu fait confiance en l’homme . Il le lui montre  par toutes les tentatives qu’il a entreprises  pour essayer  de faire entrer le monde dans un ordre harmonieux et équilibré afin que l’humanité  s’y épanouisse. Dieu, quant à lui se refuse à accepter la  loi du monde tant qu’il ne le contrôle pas. Au contraire, il s'efforce de créer des lois d'équilibre  dont le secret est l'amour . Pour rallier le monde à cette loi il agit sur les hommes pour qu’ils se tournent vers lui et adoptent son projet d ‘avenir.  L’harmonie  deviendra la seule règle  et le mal vaincu s’estompera au point de disparaître. Dieu  espère que la prodigieuse intelligence qui habite chaque humain sera mise au service de ce monde nouveau  qu’il est en train de créer. Il met tout en œuvre  pour que  la loi d'amour devienne la Loi de l'évolution.  En réponse à notre collaboration Jésus nous apprend par le mystère de sa mort que c'est Dieu qui détient le secret de la vie et que toute vie  qui s'épanouit  en lui débouche inévitablement dans l'éternité.

 

Dimanche 18 mars 2006  Culte Cantate.

Luc 15/ 11-32

On a sans doute, déjà tout dit sur cette parabole. On a dit que les deux frères représentaient deux aspects différents du caractère du même homme.  Chacun a souvent cherché à s'identifier au deuxième fils dont le repentir  à quelque chose de sympathique et  n' a pas cherché à s'identifier à l'autre que l'on trouve trop mesquin pour nous ressembler.  On a noté l’absence  de leur mère et on a affirmé que cette carence d’amour maternel se décelait dans  leur comportement. On a fait remarquer que Rembrandt dans le tableau désormais célèbre qu’il a fait de cette parabole a  doté le père d’une main d’homme et d’une main de femme qu’il pose avec tendresse sur les épaules du fils agenouillé dont on ne voit que le dos, car  on pourrait reconnaître notre propre visage dans le sien. Que pourrai-je désormais dire de nouveau ?

On notera qu'au moment où le Père entre en scène et court de l’un  à l’autre de ses fils, l’un et l’autre sont en fait dans la même situation bien qu’ils semblent être dans des situations totalement  à l’opposé l’une de l’autre.  Ils sont tout deux enfermés dans une attitude mortifère ou plutôt dans une absence de vie.

Le premier, tout à son échec est  engoncé dans un processus de régression sociale  qui nous fait de la peine. De fils de famille qu’il était  il sollicite la charge d’ouvrier agricole, c’est  dire  qu'il espère une situation à peine supérieure à celle de l’esclave.  L’autre fils s’est enfermé dans sa rancœur. Bien que maître de tout le domaine il refuse de rentrer chez lui. Dans sa revendication geignarde, il dénigre sa situation de privilégié  et s’isole dans le rôle de victime.

Nous n’avons pas grand mal à découvrir ce que la situation des deux frères a de tragiquement moderne. Le fils prodigue se comporte comme la société l’exige  d’un coupable. Il doit faire amand