Prédications 2007 :

Pasteur Jean Besset

 La prédication la plus récente
Toutes les prédications 2006
Toutes les prédications 2005

  Prières choisies

 Prédications 2007

- Dimanche 20 mai : Jean 17
- Dimanche 13 mai : Jean 17
- Dimanche 6 mai : Apocalypse 21
-Dimanche 29 avril : Actes 13
-Dimanche 8 avril : Mathieu 28
- Dimanche 1er avril : Luc 15
- Dimanche 18 mars : Luc 15
- Dimanche 4 mars : Luc 9
- Dimanche 18 février : Luc 6
- Dimanche 11 février : I Cor 15
- Dimanche 4 février : Luc 5
- Dimanche 28 janvier : Mathieu 8
- Dimanche 21 janvier : Jean 2
- Dimanche 14 janvier : Jean 2
- Dimanche 7 janvier : Esaïe 60

  Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Retour haut de page

 

Dimanche 20 mai

Jean 17/20-26

 Lectures  Actes 7/55-60 et Apocalypse 22/12-20

Seule la foi en Jésus Christ peut nous permettre de comprendre que  le triomphe de la vie peut jaillir du cœur d’un échec total. Seul Jésus peut  dire un échec en termes positifs  et lire l’espérance au cœur  des drames.  Pourtant une question nous taraude : est-il toujours possible de voir la main de Dieu agir quand tout s’effondre autour de nous? Qui saura faire avec sagesse le bilan positif d’une vie anéantie? Tout cela nous pose vraiment question et nous  ne pourrions pas donner de sens à notre existence si Dieu ne venait pas visiter par sa présence les drames de notre vie humaine. Mais comment voir cette présence quand nous sommes aveuglés par ce qui devient incompréhensible à notre raison? Pourquoi Dieu semble-t-il absent quand nous souffrons le plus ? A travers l’expérience de Jésus nous espérons trouver une réponse, car nous savons que Dieu agit même si le malin nous cache sa présence.

Nous avons dans ces paroles de la prière sacerdotale  que l’Evangéliste Jean place dans la bouche de Jésus la réponse  de Dieu à toutes les expériences humaines concentrées dans les drames de  l’histoire des hommes. Jésus se trouve dans une situation d’échec total et la mort en est la seule issue. Plus rien ne devrait avoir de sens pour lui. Ses amis qui sont encore autour de lui ne comprennent rien à sa situation  et chacun à son tour va l’abandonner à la nuit du désespoir. Il va mourir d’une mort qu’il a choisie mais que personne ne comprend. Le traître est  déjà en train de faire son œuvre. Ce décor d’angoisse que je viens de décrire  a été planté par les autres Evangiles, mais il reste en toile de fond  de cette ultime prière que Jésus  prononce pour nous. Dans ce décor de désespoir jaillit la plus forte protestation d’espérance que peut proférer un humain. Il nous montre comment Dieu peut intervenir dans  les drames de la vie et donner du sens à l’aventure humaine, même quand elle n'en a plus. A partir de ce récit  nous pouvons actualiser tous nos échecs et entendre Jésus dire  pour chacun de nous: «  Père, je veux que là où je suis ceux que tu m’as donnés soient aussi... ». Mais si nous comprenons que Dieu est présent et donne du sens à ce qui n’en a pas , nous ne comprenons pas non plus  son impuissance à modifier le cours des choses et à faire simple alors que nous paraît si compliqué.

Jésus se situe dans ce monde ci, celui où nous sommes, mais il se tient  à la frontière d’un autre monde que nous ne connaissons pas encore mais où se situe la vérité de Dieu. Le monde où nous sommes avec ses drames et ses échecs fait écran et nous empêche de voir une autre réalité qui est tout aussi vraie que celle du monde où nous sommes. Jésus nous permet d'entrevoir cette nouveauté et  crée de la sérénité là où nous ne voyons que drame et désespoir. Il ne puise pas sa sérénité dans une science spéciale qu’il serait le seul à connaître. Il la puise dans  sa compréhension des Ecritures où il trouve  un motif d'espérance. Il intègre complètement cette espérance et nous la rend possible. A son contact elle devrait devenir nôtre.  Il l’intègre tellement qu’il finit par s’identifier à Dieu au point d’être confondu avec lui.   C'est par l'espérance qu'il puise dans l'Ecriture qu'il se fait si proche de Dieu qu'il se confond avec lui.

Jésus ne devient pas alors fils de Dieu par une naissance miraculeuse qui l'aurait mis à part, mais il le devient parce qu'il se fait porteur de  l'espérance qu'il puise dans les Ecritures au point qu'il se trouve absorbé dans la sainteté et dans la gloire de Dieu.  Etant de même nature que lui, nous avons accès au même sort que lui. Il nous devance seulement sur le chemin de la connaissance du salut. Tous nos désespoirs et tous nos échecs trouvent alors leur aboutissement dans la plénitude de Dieu. Jésus  s’avance sur le chemin de la connaissance de Dieu aussi démunis que nous le sommes, mais  il nous encourage à le suivre et à l’imiter. C'est ainsi  qu'en partageant son espérance  nous devenons  comme lui, un enfant de Dieu.

Le chemin qu'il  propose est celui que peut suivre tout individu s’il est guidé correctement. Jésus nous donne l’exemple et se propose d’être notre guide, tel Virgile dans la divine comédie guidant les pas de Dante, ou tel l'ange guidant les pas de Jean dans l'Apocalypse. Rien ne se fait  sans peine et sans effort.

Tout a commencé à l’origine du monde. Pour comprendre cela il va falloir que nous fassions un long retour en arrière jusqu’aux origines de la création comme Jésus nous y invite  quand il dit : « Tu m’as aimé dès avant la fondation du monde »  Il nous ramène à l’origine de toute chose, quand après avoir surgi hors  du néant Dieu s’est intéressé à lui. Jésus a compris, le premier avant tous, qu’avant même que le monde soit, Dieu qui était déjà amour,  se préparait à animer  de cet amour les êtres pensants qui allaient  devenir ses vis à vis et qu'il commençait déjà à  aimer.

 Autrement dit avant même que ne retentisse dans l’univers qui n’existait pas encore le fracas du big bang qu’aucune oreille n’avait  pu entendre puisqu’il n’y en avait pas une seule, avant même que ce moment mystique ne se produise, existait déjà une pulsion d'amour  qui allait  animer ce qui n'était pas encore créé

 Jésus a fait de la notion d'amour  le code de lecture indispensable pour lire les Ecritures. C'est tout plein de cette intuition, que  Jésus a décrypté  les Ecritures pour nous. Il  a compris  que cet amour était présent à chaque étape de la révélation. Ce n'était  pas seulement une idée sublime, capable de nous faire réver, il a découvert que l’amour  pouvait se matérialiser. Toute sa personne a rendu compte de cette réalité et il est devenu dans sa personne l'expression de l'amour tel que Dieu l’avait conçu.

On aurait pu penser  que s'étant approché de Dieu jusqu'à  ce point,  il allait entrer tout vivant dans le mystère de Dieu. Il n’en fut rien.  Il aurait pu  être comme ces grands sages de l’Inde qui a force d’ascèse et d’abstinence arrivent à s’identifier au divin si bien que leur apparence physique tend à s’estomper jusqu’à disparaître. On aurait pu croire que Jésus allait vivre la même initiation et que sa vie se serait terminée en s’anéantissant dans le divin donnant ainsi une dimension cohérente à l’Ascension.

Mais il en a été autrement.  Pour entraîner tous les hommes à sa suite il a consenti  à aller jusqu' aux  portes du néant pour que  le néant  s’ ouvre sur l’Eternité pour tous ceux qui le suivraient. Tout cela ne pouvait s’achever dans une pirouette où on aurait vu Jésus disparaître dans le divin.  Il fallait que son action  concerne aussi la matière. L’affrontement avec la mort devenait inévitable. Il fallait que le divin s’empare du néant et de la mort. La fin de Jésus telle que nous la connaissons devenait désormais inévitable. C’est donc porteur des promesses déjà contenues dans tout ce qui a préludé à la création que Jésus a vu venir la mort vers lui et qu’elle est devenue vie et éternité. La victoire sur la mort signifie donc qu’il n’y a désormais aucun lieu d’exclusion, aucune situation d’échec irrémédiable où Dieu ne puisse apporter une note d’espérance.

Tout cela en termes clairs signifie que depuis toujours Dieu s’efforce d’intégrer tous les drames humains, qu’il n’est indifférent à aucun échec. Jésus a montré que par sa mort le désespoir n’a aucune place dans les projets de Dieu pour les hommes. Bien entendu, le malin s’acharne à brouiller les cartes et à projeter sur nous la perturbation, mais il ne peut anéantir l’espace d’éternité que Dieu a inscrit en chacun de nous.

Dimanche 13 mai

Jean 14/23-29

 Il arrive que parfois  nous nous penchions  sur nous-mêmes, que nous réfléchissions à ce que nous sommes et que des questions surgissent en nous avec une telle intensité que l’on préfère ne pas poursuivre.  Mais est-il possible d’échapper à ces moments de vérité quand nous découvrons qu’il y a un  déséquilibre entre  ce que nous faisons   et ce que nous pensons.

 La Bible  ne cesse de nous mettre en face de cette double tension  selon laquelle l’être de chair et de sang que sommes ne s’accorde pas toujours  avec ce que lui dicte sa conscience. Les croyants espèrent bien sûr  en être définitivement libérés quand la résurrection finale aura fait son œuvre en eux ! Mais personne n’est vraiment  pressé.  En attendant  nous aimerions accorder nos désirs  avec ceux que nos voix intérieures nous réclament.

 Ce problème a hanté l’apôtre Paul dont les épîtres ne se lassent pas de nous provoquer. Il se demande , en nous renvoyant la question, pourquoi nous  faisons le mal que nous  ne voulons pas faire et que nous ne faisons  pas le bien que nous voudrions faire. Il remonte même jusqu’à Adam pour savoir si son geste de rébellion contre Dieu n’aurait pas encore des conséquences sur nous.  Jésus traite  ici le même sujet, mais il ne s’y prend pas  du tout de la  même façon. Il ne va pas chercher en quoi nous serions les héritiers d’une faute primitive à partir de  laquelle découleraient toutes les angoisses et toutes les fautes du monde.  Inutile de nous torturer pour savoir pourquoi nous faisons le mal que nous ne voulons pas faire.

Jésus lui,  ne cherche pas à anticiper Freud, en cherchant des subtilités psychologiques. Il va droit au but . Pour lui, il suffit de deux mots pour rétablir l’harmonie en nous.  Paix et amour. C’est simple et radical, mais bien évidemment cela ne nous convient pas davantage que les longs développements de Paul.  Nos ambitions personnelles  et nos préoccupations quotidiennes s’accordent mal  avec ces  deux mots  qui évoquent pour nous une quiétude et un bien être  qui ne conviennent qu’à l’évocation  de vie future dans l’au-delà   quand nous n’aurons plus de soucis matériels : « un tel est entré dans la paix du Seigneur disons-nous »,  mais nous ne sommes pas pressés, je l’ai déjà dit . Pourtant Jésus revient à la charge car ces deux mots constituent le thème récurent   des  chapitres 14 et 15 de l’Evangile de Jean.  Selon lui,  ces deux  mots constituent  les valeurs indispensables pour construire notre vie : paix et amour.

Nous trouvons que ces consignes sont un peu simplistes. On préférerait  des exigences  plus contraignantes auxquelles nous sommes  plus habituées  tels le péché, la  culpabilité le repentir ou l’acquisition de méthodes d’ascèse  nouvelles .  Tout cela appellerait de notre part  des réponses claires. Elles nous mettraient sans doute plus en cause   mais nous feraient  espérer de  Dieu que nous débarrasserait d’un passé gênant et nous permettrait  de construire notre vie  sur une base solide.  Pourtant ici, ce n’est pas le cas. Il s’agit simplement de paix et d’amour.  Tout le reste passe après.  Dans sa tendresse Dieu préfère nous engager dans des comportements  positifs  par rapport à nous-mêmes  plutôt qu’à des attitudes culpabilisantes sur un passé qui ne doit plus avoir d’incidence sur le présent. Sans quoi à quoi servirait le pardon ?

Il s’agit maintenant de savoir comment nous allons gérer ces deux notions positives. C’est  par elles  que Dieu se fait généralement connaître.  Dieu  se propose  de nous mettre en paix avec lui et avec les autres par la pratique de l’ amour. C’est dans la mesure  où nous reconnaissons que ces deux valeurs qui le caractérisent peuvent  devenir les nôtres que notre relation à lui devient différente . C’ est par elles qu’il crée l’espérance et qu’il nous donne d’aspirer à la nouveauté.  Si Dieu se fait présent dans notre vie d’aujourd’hui, c’est en tant que créateur  d’espérance. C’est en cela qu’il est créateur.

La notion de création agite le monde des penseurs d’aujourd’hui. Finie l’époque où l’on croyait  qu’il suffisait  que  Dieu  souffle sur une poupée d’argile pour que l’humanité existe. Finie aussi l’époque où l’on pensait qu’il suffisait à  un singe de descendre d’un arbre pour que, selon les lois de l’évolution, il devienne un homme. Est apparue plus récemment la notion du « dessein intelligent », selon laquelle le monde serait guidé dans son évolution par un esprit organisateur. Cette querelle n’a pas de raisons d’être puisqu’elle qu’elle  fonctionne  sur des idées  selon lesquelles  il faudrait faire coïncider Bible et  science.  Alors  que les repères  qui nous sont donnés  par l’Evangile  résident dans les notions abstraites, invisibles à l’œil  nu  telles que l’amour et la paix, car c’est par elle que Dieu se rend présent au monde.

Ce n’est pas évident de les  repérer tant les attitudes de violence du monde où nous sommes  les voilent.  Par contre  on les perçoit au niveau de nos désirs profonds, comme si Dieu avait mis sa trace en nous depuis l'origine.  Pour vous en rendre compte, je  vous renvoie alors à nos prières d’intercession pour que constater combien ces deux notions font partie de nos aspirations et que nous les renvoyons à Dieu pour qu’il se manifeste par elles car c’est  par elles que nous espérons constater sa présence. Nous lui demandons sa paix et nous espérons voir se manifester son amour par le mieux être de ceux qui désespèrent.  Nous le demandons chaque dimanche, comme par un acte de foi insoupçonné.

 Pour soutenir et accompagner nos demandes et nos désirs  Dieu nous donne un secours puissant, le Saint Esprit qui porte ici le nom de « Consolateur ». Les traducteurs ont eu du mal à nous rendre compte du mot  utilisé dans l’Evangile. On le rend par  Paraclet, défenseur,  celui qui réconforte, l’avocat…On a du mal à le traduire tant ses compétences sont vastes. Toutes ces variantes de traduction nous laissent entendre combien nos  sentiments,  sont confus  et pleins d’espoir.

 Nous avons avant toute chose besoin d’être consolés, réconfortés, réconciliés avec nous-mêmes  et avec Dieu.  Et tant que cela n’aura pas eu lieu nous resterons en manque. Nous resterons incapables d’être en paix, et incapables d’aimer sans abuser des autres. Cet esprit du Seigneur nous prend d’abord en charge, pour nous mettre en vérité par rapport à nous-mêmes.  Il nous rappelle que si nous avons perçu que Dieu agissait  en Jésus Christ, il nous fallait mettre de l’ordre dans notre manière de penser et donner priorité à ce qui avait priorité en Jésus et ce n’est pas si simple.

 Nous reconnaissons alors que le Dieu de Jésus Christ n’est pas le Dieu au quel les hommes aspirent.  Ils cherchent un Dieu de puissance  et de justice  dont les effets seraient spectaculaires : un Dieu rendu familier par le cinéma. Il confond sa voix avec celle du tonnerre, un Dieu dont les colères sont redoutables et qui privilégie les hommes  qui servent sa gloire. Pourtant depuis le prophète Elie, on a appris qu’il confondait sa voix avec celle d’un doux zéphyr, avec Esaïe on a découvert que son action consistait  à compatir à  la plainte de son serviteur souffrant,  on a  aussi été surpris d’apprendre qu’il  n’aimait pas nos cérémonies mais qu’il  leur préférait un repentir sincère et que le seul culte  qui  pouvait lui rendre gloire c’était de pratiquer la justice. Jésus nous a confirmé tout cela, quand  agonisant sur une croix il a manifesté à ceux qui désespèrent qu’il est le Dieu de la vie et de l’éternité. Pour opérer un tel renversement de valeurs, nous avons bien besoin d’un Consolateur puissant qui nous aide à restructurer nos idées et à repenser nos actions. C’est alors  que si nous nous mettons en harmonie avec lui, la paix viendra sur nous et l’amour véritable sera possible. C’est alors que nous verrons Dieu à l’œuvre dans la création du monde.

 Le cherchant dans  des manifestations visibles, les hommes  ne sont pas attentifs à l’action qu’il mène dans l’invisible de leur  cœur. Nous devons réaliser que les mystères de Dieu, dans sa relation avec les hommes sont de l’ordre de l’invisible.  C’est ainsi que le salut en Jésus Christ n’est accessible que par la foi qui ne se voit pas ,  et que le  pouvoir créateur de Dieu n’est discernable que pour celui qui vit en intimité avec lui. Les éléments fondateurs de cette intimité sont la paix et l’amour.

La paix s’installe en nous quand toutes les barrières qui se dressent entre Dieu et nous sont tombées. Se crée alors en nous un  état de sérénité par lequel nous sommes en  en harmonie avec notre Dieu. C’est ainsi  que  par son génie créateur il nous donne l’audace d’avancer  et l’espérance d’aboutir.

Rien de tout cela n’est visible à l’œil  nu, seuls ceux qui croient peuvent s’en rendre compte, c’est pourquoi il est urgent de gagner les homme à la foi car c’est par elle qu’ils découvriront qu’il ne sont plus séparés de Dieu mais qu’ils sont sauvés.  L’amour devient  le moteur de l’action de tous ceux qui sont en paix avec Dieu . Ils se mettent à aimer pour que  tous les hommes aillent mieux,  pour quel la terre aille mieux et que la création se prolonge aussi longtemps que les hommes seront en paix avec Dieu. L’avenir est donc grandement ouvert pour ceux qui savent aimer car c’est ainsi que s’inscrira l’avenir dans le projet de Dieu pour le monde ..

Dimanche 6 mai Pentemont

Apocalypse 21/1 à 5b.  

Autres lectures Actes 14/21b à 27 et Jean 13/31-35

Le monde dans lequel  nous évoluons est beau, on ne le dira jamais assez puisqu'il est l'œuvre de Dieu et qu' il est sensé nous renvoyer les reflets de sa gloire. Mais comme par un malin plaisir, nous passons notre temps à le dénigrer. Nous ne nous lassons pas de répéter ce que je vais encore une fois dire, à savoir que l'activité humaine dégrade la terre et va y rendre la vie bien difficile, que la survie des espèces est menacée, que l'homme est perçu comme le plus grand prédateur vivant. C'est pour cela que  le problème de la sauvegarde de la planète a fait irruption dans la campagne électorale et s'y est imposé comme un des  thèmes majeurs. La colère de l'homme qui n'y peut plus rien, se retourne contre lui-même et il ne peut que désormais se lamenter  sur son propre sort en accusant les autres de n'avoir rien fait. Les plus audacieux vont même jusqu'à imaginer la possibilité d'une fuite des humains hors de notre galaxie vers des planètes aptes à nous recevoir. Ils reprennent  à leur compte le thème de films célèbres tels « Rencontre du troisième types » ou  « E.T » Les hommes en seraient les acteurs et non plus les victimes. Tout cela ne pourrait être envisageable que si les techniques sont suffisamment avancées quand le moment d'inhabilité de la planète se manifestera. Nous échapperions ainsi à la malédiction de l'Apocalypse puisque c'est de ce sujet que nous allons traiter.

En ouvrant le Livre de l'Apocalypse, le lecteur du vingt et unième siècle, comme celui de tous les siècles qui l'ont précédé y trouve le reflet des malheurs de son temps. Ces malheurs auraient pour cause la colère de Dieu qui punirait ainsi les hommes de tous les maux de la planète dont ils se  seraient rendus coupables.  Les lecteurs attentifs au message de l'Evangile ont du mal à y reconnaître un  message  du Dieu d'amour, le Père de Jésus-Christ qui se trouve ici, lui-même, transformé en agneau égorgé qui  se transmuterait en un juge suprême  particulièrement sévère puisqu'une poignée de 144 000 élus seulement échapperaient à son châtiment. Pourtant  le passage que nous avons lu nous laisse supposer une autre fin et nous invite  à  porter un autre regard sur ces choses qui nous préoccupent.

Si donc nous songions, dans nos égarements les plus abracadabrantesques à fuir notre planète devenue inhospitalière à cause de nos fautes et à priver  Jésus de son jugement contre nous, ces lignes nous ramèneraient à une autres réalité. Elles nous disent que l'évasion  que nous fomentons  ne nous amènera nulle part, puisque le salut ne viendra à nous que par la volonté de Dieu qui nous promet un temps nouveau, sur une terre recrée qui viendrait du ciel comme un cadeau immérité. Alors que  nous cherchons à nous en sortir par les élucubrations fumeuses de notre cerveau humain, le salut nous est offert. Il nous suffit de l'accepter.

Le terrien que nous sommes est une créature étrange. En apparence il est fragile, sans aucune protection naturelle, un bipède sans poils ni plumes comme dirait Diogène. Il ne serait doté que  de son génie propre pour s'en sortir. Et il s’en sort très bien. A la différence des autres espèces animales, il utilise sa prodigieuse intelligence non  seulement  pour se tirer d’affaire mais aussi pour dominer ou éliminer ses semblables, car il les considère tous comme des rivaux. Il y réussit assez bien, c'est pourquoi la planète est dans l'état où elle est. C'est ainsi que nous revenons aux constatations de  notre point de départ qui consistaient à considérer l'homme comme un prédateur redoutable.

Si l'espèce humaine survit et s'améliore, c'est grâce  à son intelligence, mais c'est aussi au détriment de ce qui l'entoure. C'est parce qu'il s'adapte que l'homme invente, et s'il prend le contrôle de tout ce qui vit c'est parce qu'il s'active intellectuellement.

J'ai dit  que c'était grâce à son intelligence. Mais avez-vous déjà vu une intelligence à l'état brut? Avez-vous déjà touché une intelligence ou en avez-vous vu la couleur? Bien sûr que non. Et pourtant, nous sommes tellement sûrs de son existence que nous avons réussi à la tester et à la mesurer!

Nous vivons donc  et nous évoluons grâce à notre intelligence qui est une réalité invisible, indéfinissable, intouchable, mais étrangement efficace. Elle est la clé de notre existence. Ayant fait ce constat, l'être humain que nous sommes, doté d'une super faculté de raisonnement se sait maître de tout. Mais il ne supporte pas qu'une autre réalité, puisse rivaliser avec lui, c'est pourquoi il se sent un  peu seul face à lui-même dans ce vaste univers qu'il découvre un peu mieux chaque jour, si bien que quand il aura épuisé les possibilités de vie que lui donne sa super intelligence, il ne trouvera de solution que dans la fuite, comme un vulgaire lapereau atterré, et il mettra tout en branle pour quitter la planète.

Il y a cependant une question que notre cerveau prodigieux ne s'est pas vraiment posée et que ce texte  pose pour nous.  Peut-il y avoir une réalité invisible, insaisissable, qui ne serait pas nous-mêmes et qui pourrait rivaliser avec nous et dont nous pourrions cependant mesurer les effets ? Si cela était possible, les choses prendraient sans doute un autre aspect.

Cette première question en entraîne une seconde: D'où nous vient cette idée qui ne se vérifie pas dans nos actions, selon laquelle, si nous portions un peu d’amour à ceux que nous cherchons à dominer, les choses pourraient vraiment changer et inverser le sens du destin? Comment se fait-il que nous n'ayons pas expérimenté cette hypothèse  qui consiste  à considérer les autres, comme étant  semblables à  nous-mêmes, comme des amis et des êtres aimables? D'où nous vient cette suggestion, parfaitement étrangère à nos comportements? Elle résonne en nous comme une voix inaudible mais cependant perceptible.  Elle nous propose des pistes à explorer  que notre propre intelligence ne nous a pas révélée.

Si nous creusions cette idées, nous découvririons par simple déduction que nous ne sommes pas les seuls à penser dans l’univers et que des idées  autres que les nôtres nous habitent aussi.  Une intelligence supérieure à la nôtre viendrait donc nous visiter et nous proposerait d’entreprendre des actions nouvelles qui auraient  certainement  plus de noblesse à être expérimentée qu'une fuite éperdue vers des galaxies inconnues pour y répandre à nouveau les  nuisances que nous avons  déjà inventées et qui nous auraient chassées de la terre.

Il est donc concevable qu’une autre intelligence cohabite avec nous et oriente nos visées dans une d'autres directions.  Elle est capable de nous corriger, de modifier nos comportements.

Regardons donc le monde en tenant compte de cette hypothèse! Nous constaterons alors que ce qui en  fait la beauté, ne réside  pas tellement  dans ce que l'on perçoit avec nos sens, mais dans ce que  nous discernons dans le domaine des idées. C'est donc  dans l'invisible que se joue la réalité. Il est donc temps de changer notre regard sur nous et sur ce qui nous entoure.

Les notions d'altruisme  et d'amour du prochain  sont  aussi vieilles que l'humanité. Elles nous ont  été transmises de proche en proche  par ceux qui croyaient qu'une force d'amour extérieure à eux-mêmes pouvait transformer le monde. Lentement cette idée a fait son chemin au travers des vicissitudes de ceux qui la portaient. Ils ont été  marginalisés, rejetés, tués parfois, parce que cette idée venue d'ailleurs n'était pas issue d'une intelligence humaine. Mais pourtant elle s'impose et s'imposera encore plus profondément parce qu'elle suscite la vie  partout où elle se répand, c’est pourquoi elle est porteuse d’avenir.  

Celui qui se laisse habiter par cette force extérieure est entraînée au delà de la vie, dans l'éternité. Jésus à qui l'Apocalypse rend hommage a été habité  par une telle puissance d'amour qu'elle est devenue contagieuse  pour quiconque la pratique  au point de transformer sa vision du monde. La lecture de l'Apocalypse devient alors différente de celle à laquelle nous avons été habitués, elle nous montre que les forces d'amour sont aux prises avec les forces maléfiques que peut produire  l'intelligence humaine. Ce combat a pris des dimensions cosmiques qui sont décrites dans  ce livre. Il  dure depuis l'origine des temps. Mais chaque jour l'amour gagne du terrain à sa cause jusqu'à ce que les certitudes d'une vie nouvelle s'imposent à l'humanité. Cela  nous est donnée par cette force que nous nommons Dieu.  Elle nous est ici présentée comme un cadeau qui nous vient du ciel, c'est dire qu’elle  ne dépend pas de nous et ne peut être efficace que si nous l'acceptons comme un don.

Dimanche 29 avril

Actes 13/14-52

Autres textes  Jean 10/27-30

Ce texte m'étonne, et peut être éprouvez-vous le même sentiment que moi. Je suis surpris  par le manque de réaction des gens de la synagogue d’Antioche qui n'ont pas manifesté leur désapprobation  à la suite de l'intervention de Paul.  Au contraire, ils l’ont invité à revenir la semaine d’après pour approfondir son discours.  Le mouvement de foule que je croyais inévitable n'aura lieu que huit jours plus tard il jaillira du sein des dames de la bonne société. Mais le sujet  qui les a fait réagir n’est pas le même que celui qui me fait réagir à l’instant.  

Le mécontentement  de la population juive locale venait  des propos  que Paul a tenus  au sujet des païens. Paul affirmait qu’ils avaient droit au salut au même titre que les juifs de souche. En fait Paul était allé encore plus loin.  Il avait accusé les juifs de Jérusalem de ne pas avoir su accueillir la « bonne nouvelle du salut en son temps », c’est pourquoi il s'était  senti autorisé par Dieu à l’annoncer aux païens. Le résultat avait  été  spectaculaire, les païens s'étaient  convertis en masse et c’est cela qui a rendu jaloux les membres de la synagogue d’Antioche. Il y aurait  même de quoi rendre aussi jaloux les prédicateurs modernes qui arrivent rarement à opérer un tel niveau de conversion. Mais ce n’est pas à cause de l’insuccès de ma propre prédication ni du succès de celle de Paul que j’ai manifesté ma surprise  en commençant mon propos.

Ma surprise vient du fait que Paul a ici une curieuse notion de l’histoire d’Israël. Sans regarder le texte à la loupe,  vous remarquerez  qu’il ne mentionne pas le nom de Moïse en parlant de la sortie d’Egypte. Il ne parle pas non plus du don de la Loi qui est l’acte fondateur du peuple juif au Sinaï. Il n’y fera qu’une brève allusion à la fin de son discours pour en contester les effets. Il présente ensuite l’époque des Juges comme une période idyllique de 450 ans alors  qu’il est relativement facile de vérifier qu’elle n’a duré que 150 ans environs.  Quant aux 450 ans, il s’agissait plutôt du souvenir que la mémoire collective avait gardé du long séjour d’esclavage en Egypte  en Egypte. Ce glissement  de période permettait de laisser entendre que à partir de la première intervention de Dieu au moment de l'esclavage en Egypte l’histoire du peuple hébreux avait été une longue période heureuse, qui a conduit ce peule jusqu'à l'époque bénie du  roi David.  Ce discours semble donc gommer toutes les phases négatives de l'histoire des hébreux.

Tout en contestant la qualité d’historien de Paul je laisse entendre qu’en parlant comme il l'a fait,  il avait  un but précis qu'il nous faudra découvrir.  C'est alors qu'il s’attarde à décrire la période du Roi David  avec complaisance. S'il mentionne, l’échec du premier roi Saül c'est  pour mieux valoriser la réussite du roi David. Sans transition, il saute  alors directement à Jean baptise  dont les Israélites d’Asie mineure ignoraient  certainement  l’existence. Il ne mentionne même pas la période des prophètes qui est si importante pour comprendre la venue du messie en la personne de Jésus.   C’est à ce point de son raisonnement, comme s’il avait oublié quelque chose, qu’il parle d’Abraham dont il mentionne le nom , comme pour dire que c’est à ses fils que ce discours s’adresse. Il semble rappeler ainsi  à ses auditeurs  que la descendance  d’Abraham  est aussi nombreuse que le sable des mers et recouvre  d’autres peuples que les peuples sémites.

Ce discours est pour le moins fantaisiste. Il  présente quelques libertés par rapports à l’histoire que je n’aurais pas supportées de la part de mes catéchumènes. Pourquoi les tolèrerai-je alors de la part de Paul ? Ce long discours  prononcé par Paul sert  de prologue à l’enseignement  de Paul sur Jésus d’où il ressort que les juifs de Jérusalem n’avaient rien compris à son  message. Par contre à la suite de ce développement il devrait être évident pour les juifs d’Antioche que Jésus est bien le fils de David et que sa résurrection programmée déjà à l’époque du grand roi constitue la preuve dont tous ont besoin pour croire au salut  des hommes et aux promesses de pardon.  C'est effectivement ce qui se passe. Le discours de Paul obtient, pour un premier temps, la faveur de tous.  Je n’ai bien entendu rien à opposer à cette conclusion à laquelle nous devrions tous adhérer.  Pourtant il n’est pas encore dit  clairement  quelle notion recouvre l’idée de salut qui est émise ici.

Au point où j’en suis de mon raisonnement, je pense que vous commencez à avoir envie de rejoindre les bourgeoises  d'Antioche et de contester mes propos. Vous pensez sans doute qu’un sermon n’a d’intérêt que s’il simplifie ce qui est compliqué et non pas qu’il complique les choses pour les rendre encore moins intelligibles. Mais on ne peut rendre compte d’un texte, à partir duquel nous cherchons à discerner la Parole de Dieu sans en soulever les problèmes qu’il pose car c’est sans doute en repérant les problèmes qu’on dégagera peut être une  parcelle de vérité.

En revenant à une idée déjà émise, Il est évident que l’on ne peut en rien accuser Paul d’ignorance. On ne peut pas accuser non plus Luc, qui est l’auteur du Livre des Actes d’être incompétent et d'avoir rapporté les propos de Paul d'une manière fautive. Pourtant en commençant j’ai laissé entendre que ce discours aurait du provoquer des remous? S'il ne l’a pas fait à cause des erreurs et omissions que nous avons relevées c’est qu’il a sans doute  été recomposé après coup. C’était en fait l’habitude chez les historiens antiques d’opérer ainsi  et de rendre compte des événements à partir de propos rapportés sous forme de discours qui en fait n’avaient  jamais été vraiment prononcés.  Même si cela vous choque c’était la manière d’opérer de l’époque, et la meilleure preuve en est,  que personne n’a réagi. Ce discours est sans doute rapporté ainsi pour  exprimer une intention théologique, et c’est cela qu’il faut essayer de dégager maintenant. Luc est un trop bon connaisseur de la Bible pour avoir rapporté les choses sans  avoir l'intention  de nous aider à construire notre foi.

Une première question, déjà soulevée doit provoquer notre attention. Pourquoi donc  le nom de Moïse n’est-il pas prononcé  dans l’évocation de la sortie d’Egypte ?  A mon avis Paul ne voulait pas mettre Dieu et Moïse en concurrence. L'action libératrice de Moïse aurait voilée celle de Dieu. Paul veut montrer que  le premier acte de Dieu  est de libérer. Le premier acte  révélateur de Dieu est un acte libérateur. Le premier acte que fait Dieu pour se faire connaître est un acte créateur qui consiste à libérer  les hébreux captifs, mais aussi tous ceux qui sont prisonniers, quelle que soit la nature de leur dépendance. Et le propos de  Paul s’achèvera par la libération définitive de la mort par Jésus pour quiconque croit en  lui. Ces propos sont présentés  comme la conclusion logique de son raisonnement.

Si au cours de son discours Paul avait parlé de Moïse, il aurait obligatoirement parlé de la Loi qu’il considère par ailleurs comme aliénante.  Les juifs pensaient que l’on été sauvé grâce à une pratique rigoureuse de la Loi, et ici le texte nous dit que bien avant que la Loi soit donnée par Moïse, le projet de Dieu était déjà de sauver les hommes. Le salut devenait alors, pour chacun de ceux qui écoutaient Paul,  la certitude  que chacun avait de la valeur aux yeux de Dieu avant même qu’il ait  eu conscience d’être pécheur. Le salut selon ce passage précède toute  faute, si bien que l’homme est sauvé avant d’être reconnu coupable. C’est cela que la Réforme développera sous l’expression de « salut par la grâce »

C’est  la raison pour laquelle seul David est mentionné parmi les rois  car il devient sous la plume de Luc le type même de celui qui  en accueillant  la grâce qu'il ne mérite pas  est revêtu du titre de Fils de Dieu. Ce n’est pas à cause de ses vertus personnelles  qu’il en est ainsi, mais c’est à cause de sa foi.

Bien entendu, la résurrection de Jésus, vient amplifier d’une manière glorieuse ce qui était déjà dans le cœur de Dieu depuis toujours.  Celui qui accueille en lui la vérité de la résurrection de Jésus devient  l’homme nouveau que Dieu a entrepris de créer depuis qu’il se manifeste aux hommes. Désormais, chacun peut regarder l’avenir avec assurance sans craindre d’être jugé, il peut profiter de la vie sans qu’elle finisse par l'anéantissement  dans la mort. Chacun peut désormais comprendre que le Dieu pour qui Jésus a mis sa vie en cause donne du  sens au monde qui trouve en lui l’organisateur de toute chose et le dispensateur de la vie jusque dans l’éternité.

Dimanche 8 avril Pâques 2007

Matthieu 28/1-10

Autres textes  Actes 10/34-43  et Colossiens 3/1-4

Chers frères et sœurs, chers amis  regardez-vous les uns les autres ! Ne trouvez-vous pas  que celui ou celle qui est à côté de vous est merveilleux ?  Je suis sûr que si tel n’est pas votre sentiment, c’est pourtant celui de Dieu ! Je suis sûr pour ma part que Dieu ne cesse pas de s'émerveiller  en regardant les hommes se mouvoir sur cette terre.  Certainement, il doit s’étonner de notre esprit d’invention, de notre capacité  à nous adapter aux situations nouvelles et  de nos facultés à maîtriser les catastrophes. Depuis que l’homme existe sur terre, malgré sa fragilité apparente, il a résisté à toutes les épidémies, à toutes les famines, à tous les changements climatiques. Les mammouths ont disparu, mais les hommes ont survécu.

Pourtant, sa  capacité à maîtriser les situations a aussi ses faiblesses. Les hommes n’acceptent pas  de ne pas être seuls à bord pour piloter le monde. Ils ont du mal à  imaginer qu'un être pensant  puisse leur être supérieur et qu'il soit à l'origine de tout. Si Dieu admire les hommes, les hommes par contre sont plus réticents à lui rendre la pareille. C’est d’ailleurs là un des sujets de contestation entre les humains. Ils ne s'accordent pas entre eux sur le principe de l’existence ou de la non existence de Dieu. Si les plus entreprenants arrivent à  concéder aux autres qu’il y ait au-delà de tout, un être supérieur, ils répugnent  pourtant à lui reconnaître  du pouvoir sur le monde et une capacité quelconque à diriger les actions humaines.  Y a-t-il alors un être suprême ? Si oui  nous juge-t-il, nous condamne-t-il, à quoi sert-il ?  Quel est son volent de manœuvre : créationnisme ou évolutionnisme ?

Au delà de ces clivages, il y a d'autres penseurs,  et ils sont nombreux,  pour qui, il suffit d’être un peu plus intelligents que les autres pour tout comprendre.  Le fait de formuler l’hypothèse qu’un Dieu organisateur soit à l’origine de toute chose est  pour eux une facilité qui ne convient pas à des êtres évolués. Ainsi nient-ils  tout en bloc. Cette attitude leur permet de formuler une réponse facile à un  problème complexe, c'est à dire à avoir une mauvaise réponse.  Beaucoup d'autres encore ne se posent pas de problèmes du tout, ils  se contentent pour la plupart d’affirmer  l’existence de Dieu  et de ne tolérer aucune autre  opinion à ce sujet que la leur. Ils ont ainsi hérité de traditions  familiales ou nationales, et à ce titre elles sont intouchables. Voilà encore un autre sujet d’étonnement de la part de Dieu qui a du mal à concevoir que les humains se divise à cause de lui.  

Comment se fait-il, doit-il se demander, que les hommes si intelligents, si inventifs, si entreprenants sur le plan technique et sur le plan scientifique  manifestent si peu d’intelligence face aux problèmes métaphysiques. Comment se fait-il qu’ils  agissent vis à vis de Dieu  comme  si leur opinion ne dépendait que  d’une intuition subjective  ou d’une tradition héritée des ancêtres ?  Comment se fait-il  que l’humanité si rationnelle pour gérer ses intérêts dans le monde, soit si empirique dans sa relation à Dieu ? N’est-ce pas là un sujet d’étonnement pour Dieu s’il existe ?

Le Dieu dont Jésus est le témoin n’ignore pas ce comportement, c’est pourquoi il a choisi d’établir un rapport privilégié avec l’humanité. Il se révèle donc au monde des humains comme un Père, et c’est à ce titre là qu’il se définit comme créateur. Ce processus s’est fait dans la durée. Il se révèle lit-on dans les Ecritures à Abraham, il  se fait connaître à Moïse, il parle par les prophètes et avec Jésus il rend compte du  processus de vie qui ouvre à l’humanité le  chemin de l’éternité.   

C’est à la suite de ce long cheminement à travers les âges qu’il se propose, comme pour Jésus, de vivre une  expérience personnelle avec chacun de nous  et d’éclairer notre histoire.  Cette histoire a été initiée bien avant que nous ayons eu conscience d’exister.  Un jour  chacun a plus ou moins pris conscience  de la présence de Dieu à ses côtés. Les uns ont pris soin de cultiver cette intimité, elle s'est épanouit dans un acte de foi qui a  illuminé leur vie. Les autres mal guidés ou trop indépendants n’ont pas entretenu cette relation. Ils ont oublié que Dieu s’était approché d’eux. Leur foi  trop faible pour résister s’est desséchée et n’a subsisté alors que sous forme de souvenir.

Notre relation avec Dieu n’est pas liée au hasard. Elle est l’aboutissement d’une longue aventure dont les racines se trouvent  aux origines de l’humanité, et telle la sève de la plante, l'esprit de Dieu a cheminé lentement jusqu’à nous par des canaux mystérieux. Dieu était à l’œuvre dans l’humanité bien avant que nous nous éveillions à la foi. Elle s’est manifestée un jour à nous comme une prise de conscience, telle un éveil à une nouvelle dimension de la vie.  Tel en tout cas était le but de Dieu qui nous a cependant laissé libres de le suivre.

Ce constat étant fait, il nous appartient maintenant  d’assumer librement nos responsabilités et de travailler sur nous-mêmes.  Guidés par Jésus, il nous faut descendre en notre fort intérieur pour découvrir la source qui peut irriguer nos jardins secrets.  C'est elle, qui  peut ouvrir notre être au souffle de Dieu qui   pourra  définitivement  bousculer nos a priori et nos idées reçues.  Si nous  l’accompagnons dans ce travail d’exploration  de nous-mêmes nous  découvrirons alors  l’action créatrice de Dieu en nous. Nous  collaborons donc avec lui pour qu'il fasse de nous des êtres nouveaux qu'il marque de son sceau et qu'il introduit dans sa éternité. C’est cela la résurrection. Grâce à Jésus qui nous guide nous retrouvons  l’itinéraire  que chacun doit suivre  pour que sa foi en Dieu prenne vraiment du sens. Si la résurrection est un don de Dieu, nous n'en prenons conscience qu'au prix d'un certain effort de notre part.

Tous ne suivent pas ce chemin à la suite de  Jésus et  préfèrent  donner autorité  à des formes de piété que la  religiosité populaire à véhiculées depuis des siècles. Elles  correspondent  certainement à leurs désirs,  mais ne relèvent pas d’une aventure  personnelle  de la foi, si  bien que Dieu après s’être émerveillé du comportement de l’homme se trouve navré de sa facilité à repousser  les expériences de vie intérieure qu’il leur propose.

Nous avons pris conscience  du fait que la résurrection s’impose  à nous comme le résultat d’un long cheminement avec Dieu au terme duquel nous le découvrons en tant que créateur de notre vie. Comme tout acte créateur de Dieu, cet événement  est lié à une parole qui vient de lui, car Dieu, quand il  crée, est-il dit, il le fait par sa parole, c’est à dire par un acte  qui le rend accessible. Il adresse ainsi une parole à chacun de nous qui appelle notre adhésion.

« Pourquoi me persécutes-tu »  avait entendu Paul en  tombant de cheval. Ce fut dans  la voix et non dans la chute qu’il  avait reconnu la présence de Dieu.  Il évoquera plus tard cette voix comme  étant l’élément  qui a provoqué sa prise de conscience de la résurrection.

Chaque fois que l’Ecriture fait état de la résurrection il nous est dit qu’une voix a accompagné la prise de conscience des témoins pour bien signifier que la résurrection est un acte créateur de Dieu. Nous prenons conscience de cette voix sans que pour autant elle se manifeste à nos oreilles. C'est  une voix qui est pleine de vie puisqu'elle met en route ceux ou celles  qui l'entendent. "Allez dire à mes frères que je les précède en Galilée".  La voix renvoie les femmes chez elles, dans leur maison, car c’est là qu’elles vont vivre leur propre résurrection, car c’est d’abord pour vivre sur terre qu’il nous est donné de prendre conscience de la résurrection.

Pourquoi alors s’étonner si pour décrire une telle transformation, l’écrivain biblique  a eu recours à la description d’un ange de lumière.   Il traduit ainsi l’émerveillement  qu’il ressent, car l’expérience de la foi est intraduisible dans notre langage usuel et quand on l’exprime il faut utiliser des images fortes  pour qu’elle devienne accessible aux autres.

Ecoutez donc, frères et sœurs toutes ces  voix intérieures qui créent en vous la certitude que la résurrection vous est donnée comme l’aboutissement de vos expériences spirituelles avec Dieu. C’est par elles qu’il crée en vous l’être nouveau  dont il a besoin pour  provoquer vos semblables afin qu’ils se  laissent saisir à leur tour par l’aventure de la résurrection qui est en même temps une expérience de création et qui a pour effet de remplir le monde d'espérance.  

Dimanche 1er avril culte des Rameaux - Pentemont

 Luc 19/28-40 et  Esaïe 50-7

Depuis des siècles, nous ouvrons la semaine sainte en écoutant le martellement des sabots d'un petit âne sur les pavés de la vieille ville de Jérusalem.  Il emprunte à peu de choses près le même chemin que Salomon aurait suivi, juché sur l'ânesse de son Père pour être intronisé roi à sa suite. Il s'agissait d'une révolution de palais qui consistait à imposer Salomon sur le trône de David  à la place de son aîné. L’affaire fut chaude.  Il y a donc fort peu de similitude entre les deux événements  si non le lieu et la monture. Pourtant il s'agit bien aussi pour Jésus, d'une révolution, mais elle est d'un autre ordre.

Jésus ne cherche pas à renverser le pouvoir.  Il ne bouscule pas  les valeurs sociales comme on a pris l’habitude de l’imaginer. Il n'institue pas le règne des pauvres. Il ne suggère pas, avant l'heure, une forme de dictature du prolétariat. Le mouvement qui anime Jésus puise ses racines dans les origines prophétiques du judaïsme. Il trouve son inspiration dans la longue complainte  du Serviteur souffrant auquel le prophète Esaïe a prêté sa voix et sa plume. Son histoire trouve son épilogue dans  l'agonie de Jésus, au moment où sur la croix il s'écrie: "Mon Dieu mon Dieu, pourquoi, m'as-tu abandonné?"  C’est là le dernier élément d’une révolution qui concerne la création, car c’est bien de création qu’il s’agit, comme on, va le voir, elle fut   initiée jadis par  Esaïe, le deuxième du nom.

Nous le connaissons bien ce serviteur torturé. On lui arrache la barbe sans qu'il se plaigne, on le mène à la  boucherie comme un agneau sans qu'il proteste. Les chants du Serviteur souffrant servent de toile de fond aux nombreuses liturgies de la semaine sainte. Sa plainte s'achève dans la mort de Jésus comme l'affirmation  de la présence de  Dieu au sein de la souffrance. Six siècles séparent les deux événements. L’Evangile  donne,  dans la mort de Jésus, une réponse aux questions que se posait déjà Esaïe au sujet de toutes les injustices et des meurtrissures  que subissent les hommes. Dieu les prend en charge dans l'agonie  de Jésus et  transforme en  espérance de vie  tout ce  qui était marqué par la mort.

Jadis, le prophète Esaïe a osé dire  qu'il n'y avait pas de rapport de cause à effet entre les souffrances des hommes et la volonté de Dieu. Il parle d’un homme juste qui souffre, persécuté par ses semblables et il affirme que cette souffrance n'a pas vraiment de cause. On le persécute et Dieu laisse faire. Il est torturé et Dieu n'intervient pas.  Le prophète sait bien en disant cela qu'il est témoin de l'un des temps forts de la révélation, et que la qualité de notre foi dépend de la  réponse qui sera donnée à toutes ces questions qui surgissent. Comment se fait-il que l'innocent puisse être considéré comme un coupable sans que Dieu n'intervienne?  Est-il vraiment possible que l'on souffre sans raison apparente et que le seul baume qui soit efficace ne le soit que quand la mort aura détruit notre personne?

Dans  la révolution instaurée par Esaïe, le prophète se  propose  de dire délibérément dans quel camp Dieu se  situe. Si Dieu participe à la révolte  de celui qui souffre et le soutient dans son épreuve, il ne peut être en même temps dans le camp de celui qui lui inflige sa peine. Qu’on se le dise !

La révolution que  le prophète Esaïe inaugure avec les chants du serviteur et que Jésus reprend à son compte signifie que Dieu  a délibérément pris position en faveur de celui qui souffre.  Ce n’est pas  l’avis de ceux qui considèrent  comme un acte de foi  qu’il faut accepter son sort sans protester. Et, s’il plaît à Dieu de nous voir souffrir et de nous mettre à l'épreuve, il ne nous reste qu'à serrer les dents et faire contre mauvaise fortune bon cœur  en attendant qu'il daigne faire un miracle.

Nous nous demandons   alors en quoi un tel  Dieu peut correspondre  au  Père aimant en qui Jésus trouve sa joie?  Le prophète Esaïe qui nous rapporte ce récit est le Deutéro Esaïe. Il vivait à l'époque de l'exil sous la domination babylonienne. Il a vu s'effondrer l’état d’Israël et il partage le sort de ses compatriotes en déportation. Nous lisons ses écrits  à partir du chapitre 40 du livre qui porte son nom. Les savants se demandent encore qui est ce serviteur souffrant?  Est-ce le peuple d'Israël?  Est-ce le prophète lui-même dont un autre raconte les souffrances?  Dans ces textes provoquants le prophète essaye de trouver de la cohérence dans ce qui est incohérent et de l'ordre dans le désordre. Il cherche du sens à la souffrance qui ne semble pas en avoir.

Plus l'humanité  évolue, plus elle se trouve engoncée dans ce qui n'a pas de sens. Plus l'humanité tend à s'organiser, plus surgissent en son sein des causes de rivalité et de désespoir. Plus la médecine évolue, plus les moyens de destructions s’amplifient.   Nous sommes encore dans la même situation de chaos,  tel qu’il est décrit au commencement  de l’Ecriture. A l'origine, nous est-il dit,  l'Esprit de Dieu se mouvait  au dessus de l'immensité qui n'était qu'un Tohu-Wabou informe et vide. Cette description  du début des temps  correspondrait-elle encore  à la réalité d’aujourd’hui ?

Dieu  est-il encore  en train de se battre contre ce désordre qu'il essaye d'organiser depuis toujours? Est-il encore en train de bousculer les forces hostiles pour que la terre s’épanouisse. Est-il encore  en train de diviser le firmament  pour maintenir  le jour et la nuit en équilibre et  pour que l'ensemble de la planète  évolue sans que la terre ne tremble et les océans ne se révoltent. Est-il toujours en train de pousser les hommes à agir au milieu de toute cette agitation pour que la cohérence prenne le dessus. Tout se passe comme si toutes les étapes  de la création étaient mêlées les unes aux autres et non pas classées en 6 jours distincts. C'est à se demander si le poète qui nous a transmis ces récits merveilleux  de la Création n'a pas séparés  les époques pour mieux les décrire, alors que dans la réalité, elles restent toutes étroitement imbriquées les unes dans les autres? S’ il en est ainsi,  c’est que Dieu est encore aujourd’hui en train de s’efforcer  de créer le monde à l’image de son désir et invite l’homme à l’y  rejoindre.

Dieu patiemment attend le 7 eme jour qui n'est pas encore accompli, et  continue à  se colleter avec le Tohou Wabou. Il s’efforce  en même temps  de projeter  en chaque humain le désir d'ordre qui est en lui.  Dieu  a confiance en l’homme  qu’il a créé  et il cherche à s’en faire un complice, c’est pourquoi  il a besoin de partager son désir avec lui pour  l’aider à construire le monde dans une évolution cohérente.

Il est dans la nature du monde qui, à peine a-t-il échappé au big bang primitif de résister au talent organisateur de Dieu. Cette résistance prend toutes les formes possibles et contamine l'homme lui-même.  L'homme avant de se soumettre  à Dieu reste le pure produit de ce  monde rebelle. N’est-il pas issu, selon les textes, de cette terre qui résiste à ce Dieu  alors que Dieu essaye de la dompter pour la créer.  L’homme, issu de la poussière de la terre, selon les textes reste un élément rebelle jusqu’à ce qu’il se soumette à son Dieu.  Dans la nature, toujours insoumise, les lions, les insectes  et  les autres bêtes dites dangereuses, aussi bien que les virus  et les microbes se font la guerre entre eux aussi bien qu'aux hommes et les  combattent jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Y a-t-il alors du sens à tout cela?

Tout cela a du sens car Dieu fait confiance en l’homme . Il le lui montre  par toutes les tentatives qu’il a entreprises  pour essayer  de faire entrer le monde dans un ordre harmonieux et équilibré afin que l’humanité  s’y épanouisse. Dieu, quant à lui se refuse à accepter la  loi du monde tant qu’il ne le contrôle pas. Au contraire, il s'efforce de créer des lois d'équilibre  dont le secret est l'amour . Pour rallier le monde à cette loi il agit sur les hommes pour qu’ils se tournent vers lui et adoptent son projet d ‘avenir.  L’harmonie  deviendra la seule règle  et le mal vaincu s’estompera au point de disparaître. Dieu  espère que la prodigieuse intelligence qui habite chaque humain sera mise au service de ce monde nouveau  qu’il est en train de créer. Il met tout en œuvre  pour que  la loi d'amour devienne la Loi de l'évolution.  En réponse à notre collaboration Jésus nous apprend par le mystère de sa mort que c'est Dieu qui détient le secret de la vie et que toute vie  qui s'épanouit  en lui débouche inévitablement dans l'éternité.

 

Dimanche 18 mars 2006  Culte Cantate.

Luc 15/ 11-32

On a sans doute, déjà tout dit sur cette parabole. On a dit que les deux frères représentaient deux aspects différents du caractère du même homme.  Chacun a souvent cherché à s'identifier au deuxième fils dont le repentir  à quelque chose de sympathique et  n' a pas cherché à s'identifier à l'autre que l'on trouve trop mesquin pour nous ressembler.  On a noté l’absence  de leur mère et on a affirmé que cette carence d’amour maternel se décelait dans  leur comportement. On a fait remarquer que Rembrandt dans le tableau désormais célèbre qu’il a fait de cette parabole a  doté le père d’une main d’homme et d’une main de femme qu’il pose avec tendresse sur les épaules du fils agenouillé dont on ne voit que le dos, car  on pourrait reconnaître notre propre visage dans le sien. Que pourrai-je désormais dire de nouveau ?

On notera qu'au moment où le Père entre en scène et court de l’un  à l’autre de ses fils, l’un et l’autre sont en fait dans la même situation bien qu’ils semblent être dans des situations totalement  à l’opposé l’une de l’autre.  Ils sont tout deux enfermés dans une attitude mortifère ou plutôt dans une absence de vie.

Le premier, tout à son échec est  engoncé dans un processus de régression sociale  qui nous fait de la peine. De fils de famille qu’il était  il sollicite la charge d’ouvrier agricole, c’est  dire  qu'il espère une situation à peine supérieure à celle de l’esclave.  L’autre fils s’est enfermé dans sa rancœur. Bien que maître de tout le domaine il refuse de rentrer chez lui. Dans sa revendication geignarde, il dénigre sa situation de privilégié  et s’isole dans le rôle de victime.

Nous n’avons pas grand mal à découvrir ce que la situation des deux frères a de tragiquement moderne. Le fils prodigue se comporte comme la société l’exige  d’un coupable. Il doit faire amande honorable avant que l’on s’occupe de son cas et qu’on puisse décider de sa capacité à s ‘amender. Il a  aussi tout le profil d’un « born again » qui laisserait supposer un amendement cautionné par Dieu. Quant à l’autre fils, il est le pur produit de la société  où nous sommes. Il se met dans la situation de celui qui est brimé et se plaint de ce que ses droits ne sont pas respectés.

Ces deux hommes sont bien frères. Ils possèdent l’un et l’autre les mêmes carences. Il ne croient pas qu’il y a une autre attitude possible pour se sortir d’une telle situation que l’attitude  humiliante pour le premier ou l’attitude revendicatrice pour l’autre. Ils n’imaginent pas qu’il pourrait y avoir une troisième voie. Ils ignorent totalement la puissance  de transformation que représente  l’amour.

Pour reprendre  un des thèmes classiques de cette histoire, on voit bien qu’ils ont manqué de mère. Ils semblent avoir été élevés avec une telle carence d’amour que quand celui qui est leur père vient vers eux, ils ne comprennent rien  au sentiment qu’il leur manifeste.

Ils vivent comme nous, dans une société où ce sentiment  d'amour est  inaccessible à la plupart. On l’admire quand il se manifeste chez les autres mais  on considère que ceux qui en font preuve  sont en dehors du coup. Si on les admire on n’a pas envie de les imiter, même si l’amour qu’ils manifestent les rend totalement heureux. Nous sommes enfermés dans une société où les hommes se divisent en deux catégories. Il y a le petit groupe de ceux qui distribuent les rôles  et qui n'en sont pas forcément heureux, et il y a les autres.   Les autres se divisent à leur tour en deux catégories d’individus  dans lesquelles  on reconnaîtra  quelque chose de la situation de nos deux frères. Il y a ceux qui protestent et il y a ceux qui subissent  parce qu’ils n’ont pas la force de protester.

Ceux qui  protestent le font t au nom de leurs droits. Ces droits ont été reconnus de haute lutte  comme  nécessités fondamentales : droits de l’homme, droits de la femme, droits des enfants, droit à la dignité. Toute cette série de droits  ouvre une brèche dans la rigidité de la société. Elle s’oppose à l’égoïsme des uns et à l’indifférence des autres. Elle laisse entrevoir  qu’une autre possibilité de vivre ensemble est possible. Cette brèche laisse pressentir  qu’il y a un ailleurs possible et une autre manière d’appréhender les problèmes. Mais  les résistances sont tellement fortes  que cette brèche n’a toujours pas permis qu’en s’y engouffrant la société puisse entrevoir  que seule la puissance  de l'amour peut  transformer la réalité quotidienne.

 Il y a aussi ceux qui sont brisés.  Brisés par l’échec  ou la fatalité, brisés  parce qu’ils pensent  qu’il suffirait d’un petit plus pour que leur sort soit  différent, et que ce petit plus ne se produit que bien rarement.  Ils demandent miséricorde.  Ils ne nient pas  qu’ils ont une part de responsabilité dans leur situation. Ils se demandent pourtant quel  intérêt on a de les  maintenir  dans la situation humiliante des quémandeurs.   L’espoir ne fait plus partie de leurs modes de pensée.  Ils se demandent cependant  si un jour on  aura pitié d’eux.

Nous  constatons alors que la pitié  est une forme abâtardie de l’amour et qu’il ne faudrait pas en  rajouter  beaucoup   pour qu'à partir de la pitié, on en  arrive à l’amour. C’est alors que tout serait différent.

Nos deux frères, quant à eux  pourraient bien représenter  dans leur histoire,  la caricature de notre société qui n’a pas encore vraiment trouvé sa voie. Ces constatations nous suggèrent  qu’il y a  encore des voies à explorer  qui ne l’ont pas été. Mais l’amour, car vous avez bien senti que c’est de cela qu’il s’agit,  peut-il vraiment jouer un rôle dans ce monde? Pourrait-il faire partie du programme de gouvernement d’un candidat éventuel au suffrage populaire ? Or l’amour, nous le savons  fait partie du programme que Dieu propose pour notre société,  et apparemment on n’a pas retenu cet élément comme une utopie suffisante pour qu’on la propose à nos suffrages. Dieu serait donc battu comme candidat possible  et son programme serait récusé.

 Puisque nous sommes encore dans le domaine de l’impossible, revenons à la parabole et attardons-nous sur le comportement du Père, car c’est lui qui est au centre de tout. Face à cette réalité figée dans laquelle les deux fils se sont enfermés, lui le Père s’agite. Il va de l’un à l’autre s'efforçant  de communiquer à chacun d’eux l’espérance et la  vie. Il les rejoint, chacun dans sa situation et il propose de la faire évoluer autrement, de telle sorte  que le bonheur revienne en eux et qu’ils éprouvent enfin la joie de vivre.

Le Père ne supporte pas l’humiliation du cadet de ses fils. La vie s’est chargée  de lui en donner la leçon et ce n'est pas au père d'en rajouter. C’est le monde des humains qui enfonce les gens dans leurs erreurs. Ici, le Père qui représente Dieu, relève  son fils victime de lui-même, victime de ses prétentions, victime de sa cupidité.  Il le prend en charge de sa  main maternelle et lui fait entrevoir  qu’il y a une autre issue à sa situation que seul l’amour peut lui offrir.  L’amour supporte tout, pardonne tout, il croit tout, il ne périt jamais.

Le Père ne supporte pas non plus  les revendications de son  fils ainé. Elles le rendent malheureux et l’enferment dans un sentiment de frustration. Il lui laisse entrevoir à lui aussi que seul l’amour peut apporter une solution à son problème. Mais dans son cas l’amour  doit venir dans son camp, c’est lui qui doit l’exercer pour que ça change. Il lui suffit pour cela, de regarder  son frère autrement que comme un opportuniste, mais seulement comme un garçon qui a besoin d’amour, qui a besoin de son amour. Et Dieu dans tout cela ? Il est à l'image du Père, il aime, il propose et il souffre.  A nous de l'imiter.

Une telle attitude n’est pas naturelle. Pour la réaliser  il faut que nous nous laissions approcher par cette  force qui  est en Dieu et  qui nous vient d’ailleurs.. Elle n’obéit à aucune règle  écrire à l’avance et ne peut correspondre à aucune loi et  à aucun programme électoral.  Mais elle seule est capable de remplir le monde d’espérance. Il relève donc de la responsabilité de chacun de la mettre en pratique, en fonction de sa relation personnelle avec Dieu.  Tout dépend de notre intimité avec lui, et elle même dépend  notre  volonté de nous laisser animer par lui,    sans que personne  d'autre que lui et nous  se sentent concerné.   Dieu a pour programme de changer le monde et la société, mais il ne peut le faire  qu’en détenant son  pouvoir de la bonne volonté  des croyants.  Allons-nous lui donner nos suffrages?

Dimanche 4 mars  2007  Luxembourg –

Luc 9/ 28b-36 – La transfiguration
Autres textes  Genèse 15/5-18 et Philippiens 3/17/4-1
Cantiques  27/1,2,3,4  -231/1,2,3,4  -  405/1,2,3,4

Nous ne sommes pas seulement des êtres de chair et de sang.  Nous ne sommes pas seulement des êtres faits de matière organique habitée  par un esprit. Nous ne sommes pas seulement soumis aux lois de l'évolution des espèces. Il y a en nous un plus que nous ne savons pas définir. Comme nous n'arrivons pas à  décrire ou même à expliquer  ce supplément d'existence nous avons tendance à l'ignorer, en vertu d'un principe,  que nous croyons moderne, selon lequel  tout ce qui échappe à notre esprit rationnel n'a pas lieu d'être.  Nous nous croyons alors maîtres de nous-mêmes. Nous investissons notre corps de chair dont nous croyons contrôler tous les gestes, grâce à   notre esprit  qui est  soumis à notre intelligence. Tout cela fonctionne comme une mécanique bien huilée  que rien ne devrait perturber. Pourtant  au fond de nous-mêmes  nous ne sommes pas satisfaits  car nous savons bien que cela  ne marche  pas ainsi.  Il y a en nous quelque chose d'irrationnel qui nous échappe.

Il suffit parfois  de peu de chose pour que ce bel assemblage  dysfonctionne. Il suffit d'un rien, pour qu'en un instant  nous ne contrôlions plus la situation  et qu'une fenêtre s'ouvre sur un espace que nous ne connaissons pas. Ce sont des instants d'extase, la plupart du temps  assez brefs, pour ne pas  nous inquiéter, mais qui nous ravissent cependant. Cela se produit  sous l’effet d’une émotion. Elle peut être artistique  et se produit en contemplant  un tableau ou en  écoutant de la musique.  Un paysage aussi bien  qu’un poème  peuvent également produire en nous cet effet de ravissement, sans parler de l’amour  qui bien évidemment  peut produire  une telle émotion que nous arrivons à perdre  le sens de la réalité.

 En y réfléchissant nous éprouvons  cependant  une sorte de   malaise parce que nous ne savons pas expliquer l'origine de cette émotion.  Nous ne savons pas sur quoi elle ouvre notre esprit et on l'explique, sans doute trop vite, en parlant d'émotion artistique ou même de coup de foudre.  Nous sommes obligés de constater que nous sommes ainsi faits. Nous sommes sensibles à ce qui nous provoque de l'extérieur et nous ne savons pas  maîtriser ce sentiment. Faute de pouvoir donner une explication nous nous empressons d'oublier le fait que nous sommes accessibles à des émotions extérieures à nous-mêmes.  Mais malheur à qui voudrait provoquer artificiellement ce type d’émotion ! C’est un autre sujet et nous n’en parlerons pas, mais nous ne saurions l’ignorer. 

Il est donc nécessaire, pour aller plus loin, que nous nous penchions sur cet ailleurs, qui ne nous appartient  pas  mais qui provoque en nous ces dépassements émotionnels qui nous ravissent.  C'est comme si une puissance extérieure à nous-mêmes venait vers nous  pour nous rendre heureux.  Dieu  profiterait-il de cette capacité que nous avons d'être saisis par ce qui ne vient pas de nous-mêmes, pour venir vers nous, sans dire son nom, et bousculer nos sécurités? D'autres avant nous se sont posés ces mêmes questions, d'autres après nous se les poseront à nouveau. Mais c’est auprès de ceux qui nous ont précédés que nous  allons essayer  d’explorer ce terrain là. C'est à  partir de leurs expériences que nous nous interrogerons sur la nôtre et que nous comprendrons comment Dieu travaille en nous pour se faire connaître.  

L'Evangile de ce jour propose à notre sagacité de s'attarder sur deux des plus illustres témoins de l'Ecriture.  Moïse et Elie  tiennent  ici le haut du pavé. Pour que leur expérience puisse devenir la nôtre il nous faut les connaître mieux . Certes, tout le monde connaît Moïse tant Cécile B. de Mille a vulgarisé son épopée. Mais au delà des légendes dont le film a  cherché à enjoliver l’ histoire, que reste-t-il de  son expérience de foi, car c'est celle-là qui nous intéresse? Est-il seulement celui qui a traversé la Mer Rouge sans se mouiller les pieds avec six cent mille fugitifs juifs?  Il est aussi celui qui a brisé les tables de la Loi gravées du doigt de Dieu.   Mais sait-on aussi  qu'il est celui dont le souffle s'est mêlé à celui  de Dieu  et que c'est ainsi, dans un baiser divin qu'il entra dans l'éternité si bien que nul ne sait s'il mourut vraiment? En tout cas  l'Ecriture nous ouvre à son propos une piste de réflexions sur les secrets  de Dieu concernant la mort et la vie. ( cf . Deutéronome 34. Nos Bibles traduisent :  «  il mourut sur un ordre de Dieu », l’hébreu dit « il mourut sur la bouche de Dieu » et moi, je traduis, « il mourut sur un baiser de Dieu ! »)

Elie, quant à lui, on  le connaît moins. Pas de films à grand spectacle à son sujet. Il faut être allé à l'Ecole du Dimanche pour savoir qui il est.  Traqué par la reine Jézabel il massacra 500 prophètes de Baal. Insatisfait cependant,  il chercha à approfondir  la vérité sur Dieu,  il se réfugia sur l'Horeb où il découvrit Dieu dans le souffle d'une brise légère.  Il acheva alors sa vie  emporté par le souffle sacré et comme Moïse nul ne le revit, mais les croyants attendent  encore son retour.

Ces deux hommes exceptionnels viennent habiter l'histoire des hommes, comme pour leur dire que la vie terrestre ne s'achève pas  dans le néant comme ils le redoutent. C'est ce que comprennent Pierre, Jacques et Jean, témoins en une commune extase de ce moment exceptionnel où dans un bref instant, ils reçoivent la certitude  que leur histoire terrestre ne s'achève pas dans le néant, mais qu'il y a un ailleurs que Jésus leur révèle et qui fait partie du plan de Dieu. Tout cela pourrait s'arrêter là comme pour nous garantir que Dieu se sert de nos  émotions pour nous ouvrir au mystère de l'éternité.

Mais la particularité des hommes, c'est qu'ils sont un peuple rebelle  comme on dirait aujourd'hui, la Bible dit que nous sommes un peuple au cou raide.  Ce travers de l’homme est curieusement perçu aujourd'hui comme une qualité.  C'est dire  que notre inconscient collectif nous pousse sans trop savoir comment, à nous détourner  des chemins battus pour aller vers d'autres où nous espérons rencontrer les pas d'un Autre qui pourrait être Dieu.  Nous ne pourrons cependant avancer sans faire l'économie de l'expérience de la mort. Nous ne pourrons comprendre l'intérêt que Dieu nous porte sans accompagner Jésus, sur le chemin de sa mort..

L'Evangéliste Luc qui nous rapporte cette expérience de la Transfiguration, nous raconte plus loin  comment deux hommes (encore 2), dans le sépulcre même où on l’a mis, furent témoins  du passage de Jésus de cette vie dans  l'autre. La vision de la transfiguration se prolonge sous sa plume dans la tombe où comme les deux autres Dieu est venu le chercher :  Moïse que le baiser de Dieu emporta dans l'éternité, comme  Elie qui fut enlevé par l'ange . Ils  apportent  tous deux leur caution à l'enseignement de celui que l'Ecriture reconnaît comme le Fils de Dieu. Cette expérience devient alors la nôtre.  Jésus, en compagnie de Moïse et d'Elie,  nous ouvre l'au-delà.  C'est alors  dans un baiser de Dieu  que s'achèvera pour nous le passage vers l’éternité.

Bien que tout paraisse  évident, nous ne cessons cependant de nous demander pourquoi il est si difficile de croire? Il suffit de poser la question pour trouver la réponse. Nous négligeons  trop souvent ces moments où l'irrationnel provoque notre raison. Nous refusons trop souvent de chercher ce qui se cache derrière nos émotions et nous ne prenons pas le temps de trouver  dans l'Ecriture le support dont nous avons besoin pour aller plus loin. Faute d'être assez familiers avec les Ecritures nous doutons de la vérité sur laquelle repose leur témoignage, comme il est de mode de le faire aujourd'hui. Et si ce n'était pas vrai, nous suggère-t-on ?  Et si ce n'étaient que contes et légendes?

 La vérité n'est pas dans l'historicité des récits, elle les dépasse.  La vérité,  c'est qu'il y a une cohorte de témoins dont chacun de nous est le dernier.  Chacun à sa manière et dans sa vérité, a éprouvé les émotions que nous avons dites. Chacun a ressenti ce sentiment  qui l'ouvrait à un monde différent du sien où Dieu révélait sa présence. Tous, nous avons eu ce type d'expérience, certains se sont laissé saisir et ont découvert que Jésus portait en lui cette vérité au point qu'il a été identifié à Dieu. C'est alors que vivant depuis toujours il fait de la vie future la révélation ultime de Dieu son Père.

L'enseignement que nous devons retenir de lui en la matière , c'est  de ne pas avoir peur  de nous nous laisser saisir par notre intuition de l'absolu de Dieu quand elle nous provoque. Elle confirme la réalité de la résurrection pour  ceux qui avant nous en ont fait l'expérience. Elle ne se démontre pas  et  se refuse à tout raisonnement rationnel puisqu'elle nous vient de Dieu qui échappe à notre raison, car Il s'est fait connaître à notre monde fini pour y introduire l'éternité. Si aujourd'hui vous entendez sa voix, laissez-vous séduire par elle et vous goûterez  déjà  la saveur de la résurrection.

Dimanche 18 février 2007- rue Madame-

Luc 6/27-38,

Autres textes  1 Samuel 26/2-23  -  Romains 7/ 17-25

Cantiques : 89/1,2,3  -  413/1,3,4  -  601/1,2,3

A y regarder d’un peu près, Jésus semble avoir une approche  des pécheurs plutôt sympathique, les pécheurs sont  des hommes éloignés Dieu, pourtant, Jésus remarque  qu’ils sont capables de manifester de l’amour à leurs semblables, ils  leur font du bien, ils  se prêtent même leurs affaires entre eux. Ils se comportent comme n’importe lequel d’entre nous. Cependant, ils ne sont pas encore arrivés  à leur épanouissement définitif, leur création n’est pas encore achevée.  Elle ne peut se réaliser définitivement que s’ils font une rencontre  avec Dieu, car c’est cette  rencontre qui en fera des enfants du Très Haut.   

Quand  cette rencontre a eu lieu les Fils et les filles du Très Haut peuvent alors aimer sans retenue, à tel point qu’ils sont capables  d’aimer mêmes leurs ennemis et ceux qui leur font du mal.  Ils peuvent donner non seulement leur surplus, mais leur nécessaire  sans  retenue et sans compter, et s’ils doivent rendre service, ils ne tiennent compte  ni de leur temps ni  de leur peine. Ils ressemblent alors à ce voyageur qui avait un jour croisé sur le bord de la route un blessé que personne n’avait encore secouru. Il prit non seulement du temps pour lui porter secours, mais il le conduisit  dans un hôtel et paya la facture à l’avance pour tout le temps nécessaire  à sa guérison.

En nous provoquant ainsi, Jésus tente de réveiller la graine de super héros qui sommeille en nous car il sait que nous avons des possibilités d’amour et d’altruisme, bien supérieures à celle dont apparemment nous sommes capables. Il invite ceux qui l’écoutent, à prendre acte du fait qu’il y a en eux des possibilités de faire mieux, qu’il peuvent se dépasser et  c’est en le faisant  qu’ils rejoignent  la corporation des enfants du Très Haut. Les Enfants du très Haut, sont bien évidemment ceux qui se mettent normalement en harmonie avec Dieu, ce sont ceux qui perçoivent la volonté du Seigneur par intuition sans qu’on ait à le leur dire. Les Fils du Très Haut  sont ceux qui  collaborent  avec Dieu pour que le monde  évolue vers la perfection.

Ce qui me réjouit ici c’est cette conception optimiste de l’espèce humaine qui se dégage des propos de Jésus et qui exprime l’opinion favorable de Dieu à notre égard.  Nous sommes donc enclins à dépasser la lecture pessimiste à laquelle Saint Augustin nous avait habitué en nous décrivant l’homme pécheur, comme  incapable d’un élan  généreux vers les autres et qui ne cherche que sa satisfaction personnelle. Le portrait de l’humanité sans Dieu que nous découvrons dans ce portrait tracé par Jésus  est tout autre.  L’être humain, bien  qu’inachevé a des aptitudes à faire ce que Dieu souhaite qu’il fasse. L’être humain a en lui les capacités requises  pour  poursuivre par ses actions  la création  du monde entreprise par Dieu.

Comment en effet, pourrions-nous imaginer que Dieu puisse aimer l’espère humaine si elle n’a pas en elle  des capacités à être aimée ? Ce discours de Jésus nous en montre également les limites. Ses capacités  ne sont pas suffisantes à elles toutes seules pour permettre à  l’homme  de s'accomplir et  d'assumer par lui-même son propre destin. Il faut que le souffle de Dieu passe sur chacun des humains pour qu'il soit réceptif au son de sa voix. C’est alors, et alors seulement qu'il deviendra capable de faire des choses qui réjouiront Dieu, qui prendront en charge le monde et infléchiront son évolution vers un avenir heureux. Les capacités de réussir cela sont en lui, mais elles ne peuvent entrer en action que si Dieu provoque en lui le désir de se  mettre en mouvement  dans le sens où il l'entraîne.

Ne nous laissons pas cependant gagner par une euphorie qui ne serait pas de bon aloi si nous n’apportions  à ce que nous venons de dire un correctif que l’apôtre Paul  a lui-même souligné  dans l’épître aux Romains. Bien que tout ce qui a été dit soit vrai, il y a en nous des forces de résistances qui nous entraînent dans des directions contraires à notre volonté. Nous avons parfaitement conscience du bien que nous devrions faire, mais en même temps, le désir de faire le contraire  tend à prendre le dessus. Nous savons aussi ce qui déplaît à Dieu. Mais comme par un malin  plaisir, nous y fonçons dedans tête baissée. Nous sommes bien conscients du fait que ce dysfonctionnement  à l’intérieur de nous-mêmes nous entraîne vers la mort.

Paul pointe le doigt en direction du coupable. Il dénonce  clairement en nous l’action du péché. Le péché, c’est ce compagnon qui ne nous lâche pas d’une semelle, puisqu’il ramène tout  à nous-mêmes. Il entretient en nous le ferment de l’égoïsme et provoque en nous des divisions intérieures aussi bien dans les méandres de notre âme que dans les fibres de notre corps. Jésus seul est capable de nous en délivrer et de faire évoluer les choses différemment.

En fait le péché provoque en nous des tensions constantes entre notre désir et notre faire. Notre incapacité à assumer ces tensions nous  pousse à faire des choses  qu’une partie de nous-mêmes récuse.  Le péché est un profond moteur de division qui détruit  notre  équilibre intérieur. En  opposition à cette tension  intérieure,  Jésus  provoque l’harmonie en ouvrant notre âme à l’action du Saint Esprit. C’est le point central de son enseignement.  Par l’action de l’esprit divin en nous,  notre désir de plaire à Dieu s’équilibre avec notre désir de nous plaire à nous mêmes, si bien que les pulsions contradictoires n’existent plus.

Vous avez bien compris  qu’en parlant  de plaisir  ici, je pourrais rajouter le mot joie, mais aussi et surtout le mot amour, car notre amour humain trouve sa plénitude dans l’amour de Dieu.  Notre amour humain trouve en l’amour de Dieu la profondeur  qu’il ne  connaissait pas  jusqu’alors.   L’amour  humain, visité par l’esprit divin  ne provoque plus   seulement ,  cet  univers affectif dont  notre personne a tant besoin , mais devient  l’élément par lequel tous nos désirs  nous dépassent pour rejoindre  celui de Dieu.

Quand nos amours sont vécues sous le regard de Dieu notre vie se met  comme par miracle en harmonie avec Dieu lui-même. Les tensions à l’intérieur de notre être s’estompent au point que nous cessons d’être des hommes et des femmes  divisés à l’intérieur d’eux-mêmes mais harmonieusement unis  aux désirs de Dieu.  Voila alors réunies les conditions favorables pour  que cette faculté de dépassement à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure puisse enfin se réaliser et que nous nous sublimions en entreprenant des actions  qui apporteront une autre coloration  à notre image du  monde.

Bien évidemment une telle perfection ne se réalise pas  complètement. Les  vicissitudes de la vie quotidienne maintiennent la pression en nous. « Il faut bien que la bête exulte » aurait dit Jacques  Brel. Le quotidien de notre vie est fait d’éléments extérieurs à nous-mêmes et étrangers à Dieu, si bien que nous ne pouvons totalement arriver à être en harmonie et nous continuons à subir les tensions que les hasards de la vie provoquent en nous.  Dieu cultive  cependant en nous la capacité que nous avons  de pouvoir nous dépasser.  La présence de Dieu  à nos côtés nous incite à croire   que les dépassements sont toujours de l’ordre du possible.  Une telle attitude fait de nous des optimistes qui s’inscrivent  obligatoirement dans l’ordre de l’espérance. Nous ne pouvons, bien sûr nous y maintenir  que par la prière. C’est là le sujet d’un nouveau sermon.

Pour faire bref, nous dirons cependant  que notre prière, à ce niveau là consiste  avant tout à faire un effort sur nous-mêmes pour faire taire en nous  toutes les voix qui nous visitent pour nous laisser habiter par la voix de Dieu seul, qui dans  l’intimité de notre jardin secret oriente nos projets et suggère nos actions. C’est alors que tout ce  que nous entreprendrons deviendra  porteur de cette espérance et sera créateur de tous ces événements nouveaux dont Dieu a besoin pour que le monde évolue dans le sens où il le souhaite.  

 

 

Dimanche 11 février  2007

1 Corinthiens 15/12 et 16-20

autres lectures  Jérémie 17/5-8 – Luc 6/17 et 20-25

Cantiques  89/1,2,3  - 423/1,2,3  - 566/1,2,3  

Bien souvent,  sans même qu’ils en prennent conscience les hommes  émettent des idées ou des opinions qui manifestent qu’ils sont habités par un immense orgueil. Cette remarque ne s’adresse pas seulement à   ces humains qui se croient supérieurs à cause  des prouesses techniques dont ils se sont rendus  personnellement capables ou à cause du raffinement particulier de leurs pensées. Ce constat  s’adresse à tout un chacun, même le plus modeste d’entre nous, même à celui qui n’a jamais rien fait de remarquable. En effet nous nous arrogeons le droit  de décider ou non de l’existence  de Dieu.

Il est banal  de dire aujourd’hui « je crois en Dieu » ou son contraire, « je ne crois pas en Dieu ». Cette simple remarque va nous plonger dans un abîme de réflexions. En effet, je vais essayer de montrer qu’il est outrecuident d’utiliser cette  expression parce que  celui qui l’utilise s'arroge un pouvoir sur Dieu et met en cause sa toute puissance. En effet,  comment donc une créature  limitée dans le temps et dans l’espace, telle que l’être  humain peut-elle décider de l’existence ou  de la non existence de ce qui est infini. ? Je ne suis pas le premier à me poser la question. L’Ecclésiaste l'a fait avant moi. La question appelle une réponse. Si nous pouvons nous permettre de nous aventurer sur les terres de la toute puissance divine, c'est  que  l’infini aurait tendance à absorber le fini, autrement dit,  il est dans l’être de Dieu de venir vers l’homme. C'est parce qu'ils perçoivent cela  que   les hommes se croient capables du contraire et qu'ils se croient autorisés à décider de l'existence ou la non existence de Dieu. Outrecuident ou pas, c'est ce que font la plupart des humains.

Un peu donc de modestie, frères et sœurs en humanité! Il ne nous appartient pas de dire  je « crois ou je ne crois pas en Dieu » car si nous le faisions nous essayerions d’avoir du pouvoir sur lui. La seule chose que nous puissions décemment dire  c’est que nous avons connaissance de Dieu ou  que  nous avons conscience qu'il y a quelque chose  au-delà de nous-mêmes.

Si en effet, je me laisse aller à  dire je crois,  je me donne du pouvoir sur Dieu. Et si je me donne du pouvoir sur Dieu, c’est que je le lui enlève. Si je peux lui enlever du pouvoir c’est qu’il n’est pas tout puissant,  et si j’ai du pouvoir sur lui, à l’instant même où je dis « je crois » il n’est plus celui en qui je crois. Si donc, quand je dis je crois, et que  Dieu reste ce qu’il est c’est que cette capacité à dire « je crois » ne vient pas de moi, mais elle vient  justement de celui en qui je prétends croire. C’est donc Dieu qui me donne  la faculté de dire je crois. Par contre,  selon la même logique si je dis « je ne crois pas » je tombe dans l’absurde  parce que j’emprunterai du pouvoir à celui qui selon moi, n’en a pas  et qui me laisserait le lui prendre.

Vous pouvez maintenant vous demander pourquoi je vous ai entraîné dans    ce long commentaire sur Dieu  et pourquoi je me suis avancé dans des élucubrations philosophiques qui ne mènent pas à grand chose  et qui ne relèvent même pas  de ma  compétence.  La raison  réside seulement dans le fait que   ce matin  le texte que nous avons lu nous interpelle sur la résurrection. Quand nous parlons de résurrection, nous parlons forcément de notre relation à Dieu. Nous envisageons la possibilité  qui nous serait donné de participer au divin.  Notre raisonnement nous a amené à dire que si nous croyons, c’est que Dieu nous attire à lui et en toute logique, si Dieu nous attire  vers lui il nous incorpore à sa divinité. C'est cela la résurrection.  Ce n’est sans doute pas aussi simple, mais la vérité va quand même dans ce sens.

Me voilà donc pris à mon propre piège  ce matin.  Je suis amené à vous parler  de Dieu et vous à dire ce que je ne suis pas autorisé à vous dire puisque cela relève de  lui seul. Si cela est  quand même possible, c’est que celui qui est infini et qui est tout autre m’en donne la possibilité. Il appartient à sa  volonté de renverser les valeurs et de se faire connaître, donc d'intervenir dans ce sens. C'est ainsi que nous pouvons  accéder à sa connaissance. Il est donc dans la logique de Dieu de nous attirer vers lui pour nous incorporer à sa propre divinité. Jésus  a passé sa courte vie  à nous le dire. Il a manifesté dans sa vie la réalité de la présence de Dieu là où il était rejeté. Les événements qui ont suivi sa mort  nous ont rendus conscients de la fidélité de Dieu. C'est  cela la résurrection.  Elle est désormais inscrite comme le terme normal de l’existence de quiconque  accepte de rencontrer Dieu quand il vient vers lui.

La relation avec Dieu, nous l’avons bien compris ne peut se faire que dans une démarche de Dieu vers l’homme. Si quelqu’un ose dire « je crois en Dieu, » cela veut dire qu’il a reconnu Dieu  dans une démarche de Dieu vers lui. Et si quelqu’un ose dire « je ne crois pas en Dieu » cela signifie qu’il n’a pas été capable de reconnaître Dieu quand il venait vers lui. C'est donc un échec pour lui, même s'il prétend que c'est  l'expression de sa liberté.  

Ce n'est un secret pour personne  de constater  que  les sondages d’opinion nous montrent que ceux qui disent  «  je  ne crois pas »  sont de plus en plus nombreux. Cela nous laisse entendre que l’évolution  de cette société rend nos concitoyens  tellement  infirmes qu’ils ne reconnaissent plus Dieu quand il passe, et qu’ils ne l’entendent plus quand il parle.  A qui la faute ? Qu’il me soit  permis  de dire  en faisant ce constat qu’il en va de même pour le  réchauffement de la planète : Il se peut que l’homme en soit responsable. C’est une question qui reste ouverte pour nous  et nos églises.

Pour dire une absurdité et vous réveiller au moment où mon verbiage est en train de vous assoupir, je dirai qu’il est dans les gènes de Dieu de dépasser l’infini dans lequel il est,  pour réaliser  son devenir dans une communion avec le fini de l’homme.  Il en résultera évidemment que l’homme a pour devenir d’entrer dans l’infini de Dieu. Ce qu'il nous permet de comprendre,  c’est que depuis toujours  l’avenir de l’humanité  est ainsi programmé par Dieu pour se fondre en lui.

Les millénaires ont passé, des milliers d’expériences ont été  faites, des milliers de sages en ont parlé et les hommes ont continué à se fabriquer des fausses certitudes  autant dire des faux dieux pour essayer de s’approprier  l’éternité  que Dieu leur donne. Leur orgueil les aveugle au point de chercher à usurper par ce qui leur est offert.

Pourtant, aujourd’hui sans doute  le savoir moderne a permis aux humains d’en rajouter  et en cultivant leurs orgueil, acquis par leur savoir de les fermer à Dieu. Mais  l’homme seul ne peut échapper à son destin qui le mène vers le néant.  En dépit de toutes ses tentatives,  Dieu renonçant encore davantage  à lui même a concentré sa divinité en un seul homme Jésus, dont les paroles libératrices sont capables à elles seules de nous ouvrir à l’infini de Dieu. Par la  bouche de Jésus il se concrétise dans le  seul mot d’amour.

Si Dieu est amour, cela veut dire qu’il ne peut se satisfaire de sa divinité sans la partager. Si Jésus mort, est resté vivant c’est qu’il a été absorbé tout entier dans le divinité de Dieu, si bien que quiconque prend Jésus pour référence entre immédiatement dans le divin de Dieu.

Tout être limité que nous sommes accède à l’infini de Dieu, c’est à dire à la résurrection, au moment où il prend conscience que  Dieu est venu vers lui. Dans son infinie majesté il s’est offert tout entier dans l’instant  où nous l’avons rencontré. C'est parce que nous avons conscience d'être déjà ressuscités que nous pouvons dire « je crois ». C’est un acte qui prend effet immédiat, même si, tant que nous sommes vivants, il ne peut se vivre que dans l’espérance. Mais l’espérance que l’on voit n’est plus espérance. Ce qu’on voit peut-on l’espérer encore ? (Romains 8/24)

Prédication sur Jérémie 17 /5-13 - Pasteur Jean Besset

 -  1 Corinthiens 15/1-12 et v 16-20  Luc  /17 et 20-26  

Avez-vous  déjà senti l'odeur épicée du genévrier dont les racines disputent aux cailloux et aux grillons les quelques restes de terre de garrigue que l'érosion n'a pas encore emportées. Quiconque se promène sur les sentiers pierreux de Judée, a été témoin de ces combats pour la vie que mène la maigre végétation qui a tout à envier à ces arbres majestueux que la chance ou le hasard a planté le long des ruisseaux qui murmurent et qui, tout à coup, sans y prendre garde provoquent la naissance d'oasis de verdure au milieu des broussailles qui végètent. Tel est le spectacle quotidien de Jérémie qui nous livre ses réflexions toutes embaumées des parfums de la nature qu'il découvre à chaque pas.

C'est dans le buisson qui se dessèche que Dieu l'invite à reconnaître celui qui vit séparé de Dieu. Et il reconnaît dans l'arbre verdoyant celui qui ouvre son cœur à la caresse de l'esprit du Seigneur.

Le prophète se met alors à penser en lui-même. Il sait qu'il y a des hommes qui traversent la vie sans se soucier de savoir s'il y a un avant et un après pour eux. Voyageurs sans bagage, ils se contentent de profiter des plaisirs du voyage tout en ignorant si leur parcours à un but quelconque. Ils se refusent à toute question sur le sens de ce qui les entoure. Pour ne pas se laisser envahir par des questions dont ils redoutent les réponses, ils tentent de goûter à tous les plaisirs éphémères d'une vie qui se terminera pour eux dans le néant.

Jérémie qui les voit ainsi s'agiter frémit de pitié et se laisse aller à la colère. S'il ne semble n'avoir que mépris pour ces gens là c'est que le temps presse car il sait que leur aveuglement précipite l'histoire vers un destin qui n'est pas enviable. Pour lui il est insensé de ne pas savoir quel est le sens de la vie. Le monde où nous sommes ne peut prendre de sens que pour celui qui met sa confiance en Dieu. Dieu a placé chaque individu dans ce monde pour y jouer un rôle qui révèle sa gloire. Et si la gloire de Dieu n'est pas manifestée, le monde perd son sens et se condamne lui-même à disparaître.

C'est là la leçon que nous retirons de l'aventure de Jérémie qui voit dans l'anéantissement prochain du peuple d'Israël condamné à l'exil une perte de sens fatale  pour l'humanité. Mais Dieu ne se résigne jamais à l'échec des hommes. Il se servira de la catastrophe pour donner à nouveau du sens à ce qui n'en a plus.

C'est au contact de la nature et des choses simples qui l'entourent que Jérémie puise son inspiration. Il est accessible à la beauté des choses et des hommes, il sait voir l'art du potier et il se réjouit de son savoir faire. Il sourit si d'aventure le pot rate, et il en tire leçon de la part de Dieu  (1). Toute le vie qui l'entoure lui révèle la présence de Dieu. Même la perdrix qui s'empare des œufs de sa voisine pour les intégrer dans sa propre couvée est porteuse d'un avertissement de la part de Dieu. Il n'est pas surprenant qu'en ouvrant son livre, on découvre une branche d'amandier en fleurs qui lui révèle sa propre mission (2). C'est alors qu'il regarde bouillir le  chaudron de  la soupe du soir que Dieu lui révèle que le danger vient du Nord. Dieu est tellement présent dans son environnement qu'il a du mal à comprendre que les hommes puissent rester indifférents à la présence de Dieu puisque sa gloire éclate de partout.

Il en va de la gloire de Dieu que les hommes  comprennent que le monde est conçu par Dieu comme un  vaste ensemble qui évolue harmonieusement.  Dieu se sert  de l'histoire d'Israël afin qu'elle serve d'enseignement pour le monde. Si  l'histoire d'Israël a du sens dans le concert des nations,  c'est que Dieu lui a donné pour destin d'être témoin devant le monde  de cette harmonie. Malgré les injonctions de Jérémie, Israël dérape, comme le pot raté du potier. Israël préfère se confier en la sagesse des hommes plutôt que de se rallier à l'intuition que Dieu lui donne des choses. Si la collectivité d'Israël est insensée, si elle ne comprend pas quel rôle Dieu souhaite qu'elle joue dans l'histoire, c'est parce que ses habitants eux-mêmes sont insensés à la manière de la plupart des hommes de la planète.

Ils  cherchent  leur satisfaction en l'homme. Chacun croit que le seul but de sa vie est de profiter des avantages que lui donne sa situation personnelle indépendamment du reste de la collectivité.  Il croit que le seul intérêt de l'existence est de multiplier les plaisirs individuels. A l'opposé, Dieu révèle que le sens de la vie de chaque individu est d'entrer dans l'harmonie générale de la société. Personne ne doit prendre le pas sur l'autre, car personne n'est né pour dominer ses semblables. Le seul qui soit apte à le faire, c'est Dieu, et il choisit justement de ne pas le faire.

Jésus lui-même mettra cette vision de l'harmonie générale au centre de son  enseignement. Cela lui coûtera la vie. Il devra affronter les  hommes qui considèrent que l'évolution normale de l'humanité réside dans la loi du plus fort, selon laquelle il appartient aux hommes qui sont au pouvoir de régler le destin de l'humanité. Même si parfois ils font semblant d'associer Dieu à leur gestion du monde, ils lui abandonnent seulement le droit de gérer l'au-delà, de sauver les âmes des hommes et d'administrer l'éternité.

Nous constatons nonobstant que le monde qui s'est construit sur le principe de cette séparation des pouvoirs ne se laisse plus faire. La sagesse humaine qui s'exprime aujourd'hui dans la notion de laïcité nous propose une image de Dieu qui se veut discrète, invisible et qui  n’est pas forcément du goût de tous.  

Sans vouloir nous appesantir sur ces considérations, c’est la voix de Jérémie  que nous entendons : "Insensée, dirait-il à l'égard de toutes nos approches humaines, vous n'y êtes pas". Il dirait aux uns :

 "Vous vous trompez quand vous cherchez à rendre Dieu visible ou ostentatoire. Dieu n'a pas besoin  de signes pour se manifester. Si vous cherchez à le montrer à l'extérieur de vous-mêmes, c'est qu'il n'est pas présent à l'intérieur de votre cœur, car c'est là qu'il a sa vraie place."

Il dirait aux autres qu'il n'appartient pas aux hommes de délimiter les modes de présence de Dieu, ni les lieux où cette présence est admise, car celui qui cherche à limiter Dieu en interdisant les signes de sa présence agit comme s'il croyait avoir du pouvoir sur lui. Dieu se rit alors de celui qui cherche  à montrer sa foi par un signe quel qu'il soit, mais Dieu se rit aussi de celui qui interdit le signe, comme si le signe pouvait avoir un pouvoir quelconque.

Si donc tu cherche  à repérer  quelque part la trace de Dieu, c'est en toi que tu la trouveras nous suggère le prophète. Ne t'es-tu jamais demandé pourquoi ton âme vibrait sous l'emprise de la beauté? Ne t'es-tu jamais demandé comment il se faisait que tu sois capables d'ouvrir tout ton être à des plaisirs que tu n'as ni inventés ni soupçonnés, mais qui sont présents dans ce que tu vois, dans ce que tu sens, dans ce que tu respires?  On se demande alors comment il se fait  que  les hommes rejettent la notion de Dieu à cause de ce qui est mauvais dans ce monde et qu'ils ne voient  pas sa présence dans les choses bonnes que les hommes font parfois?

En effet, il est infiniment plus facile de s'adonner à la violence qu'à l'amour. Il est plus facile de hurler avec les loups que de s'opposer à leurs hurlements. Pourtant, s'il y a toujours beaucoup trop d'hommes pour rejoindre la masse qui réclame la tête d'un présumé coupable, il y en a toujours un ou deux qui essayent de faire face à la meute avec des arguments de miséricorde, de tolérance et de respect. Et eux-là se mettent en danger au nom de la miséricorde. Il faut toujours un courage admirable pour s'opposer au mal que font  les hommes et pour exprimer la grandeur de l'amour et du respect des autres. N'est-ce pas là la preuve d'une sagesse et d'un courage qui viennent d'ailleurs? Cet ailleurs, est en Dieu.

C'est parce qu'un fils des hommes a décidé de consacrer sa vie à affirmer cela qu'il a fini ses jours sur un gibet. C'est alors  que l'on a constaté que Dieu se cachait en lui.

(1)     Jérémie chapitre 18.

(2)      Jérémie chapitre 1

 Dimanche 4 février  2007
- Luc 5/1-11

Il est des jours où on n’est pas réceptifs, ce sont des mauvais jours dit-on, car tout va de travers.
Ces jours là, rien ne nous réussit.
Même Dieu nous paraît loin et le recours à la prière semble inefficace.
Le travail ne nous satisfait pas.
Les autres nous agacent et le moindre propos nous met de mauvaise humeur.
Tout le monde connaît une fois ou l’autre ce genre de situation.
Cela nous arrive parfois de nous trouver ainsi, incapables de réagir alors que le sort nous est contraire.
Nous savons bien que ça ne durera pas.
Ces moments de spleen ne durent pas plus d’un jour.
 

Ces situations ne jaillissent pas soudainement.
Nous savons qu’à l’origine, il y a un élément déclenchant qui est lié à une contrariété passagère dont les effets sont amplifiés par un incident quelconque.
Un concours de circonstances inopportunes vous gâche ainsi la vie et nous rend inaccessible à tout ce qui pourrait ramener la bonne humeur dans notre âme, même les paroles les plus sensibles sont interprétées dans le mauvais sens.
Ca ne dure pas, mais il faut que ça se passe.
Il me plaît ce matin d’imaginer que Pierre traverse ce genre de crise qui a pour cause une nuit de travail sans succès et dont les conséquences sont faciles à imaginer : comment rentrer à la maison les mains vides car il y a des ventres creux à nourrir.
 

Jésus semble connaître Pierre puisqu’il lui emprunte sa barque et que l’autre ne proteste pas.
Il le sollicite même pour manœuvrer l’embarcation sans qu’il proteste.
On imagine facilement qu’il aurait pu lui dire des paroles de réconfort ou le secouer pour qu’il réagisse et ne reste pas à réparer ses filets en renâclant en lui même contre le mauvais sort. Jésus aurait même pu lui parler de Dieu et lui dire que Dieu a le pouvoir de l’aider à dépasser sa situation. C’est ce discours que dans l’Eglise on attendrait du pasteur : « confiance, Dieu peut renverser les situations les plus contraires. Un tel discours a parfois l’effet escompté, mais bien souvent il a pour effet d’accroître la morosité de l’autre en y ajoutant en plus un sentiment de culpabilité parce qu’il ne fait pas ce qu’il faut. Une telle intervention a donc plus souvent un effet plus négatif que dynamisant. Nous avons la fâcheuse habitude d’imaginer que pour que l’autre, notre prochain, ressente l’amour de Dieu et être sensible à sa présence il fallait qu’on lui enfonce encore plus la tête dans notre mal être.
 
Ce n’est en tout cas pas l’attitude de Jésus. Il ne tient aucun cas de la morosité de Pierre qui continue à réparer ses filets alors que Jésus poursuit son enseignement et que les paroles qu’il dit lui passent à côté. Il aurait sans doute besoin de les entendre, mais ce n’est pas le moment.
 
Quand Jésus a fini, il se retourne vers lui et ce qu’il lui dit n’a rien à voir avec son état d’âme ni avec ce qu’il vient de dire à la foule. Il lui dit la seule parole qui puisse le faire sortir de sa torpeur. « Retourne à la pêche » lui dit-il. Je ne connais pas les termes exacts de ce que Jésus a dit, mais ce que je sais c’est que Jésus n’a pas prononcé une parole à laquelle il pouvait s’attendre. Mais ce que je sais c’est que cette parole a eu un effet dynamisant.

« Sur ta Parole, dit Pierre, je jetterait le filet. » Ce matin là Jésus a dit de très nombreuses paroles, et aucune d’elle n’a effleuré Pierre. C’est alors qu’il lui dit une seule parole qui a pour effet de le pousser à se lever et d’ entre en action. C’est une parole qui le dynamise, c’est une parole qui dépasse la situation. C’est une parole qui contient en elle tout ce dont Pierre a besoin pour sortir de sa torpeur. Le miracle ne réside alors pas tellement dans le fait que la pêche fut bonne et même excellente, mais dans le fait que Jésus prononce une parole juste qui met l’autre debout.

Il est là l’Evangile de ce jour, il est dans le fait que nous découvrons qu’il y a une parole susceptible de nous mettre debout alors que nous sommes assis, occupés à subir le cours de la vie, indifférent à la bonne nouvelle que Jésus dit pour les autres mais qui ne nus touche pas. La « bonne nouvelle » ici n’est pas un long discours elle consiste à ce que l’individu à qui Jésus parle comprenne que Jésus croit en lui et lui fait comprendre dans son propos que Dieu croit en lui et c’est cette seule pensée qui est capable de transformer celui, qui résigné à la fatalité n’a plus la force d’entreprendre. Il y a ici dans cet événement une promesse de Dieu que nous devons partager avec force, c’est que Dieu croit en l’homme au point de mettre debout celui qui est résigné à ne pas se lever.

Il nous appartient donc de nous approprier cette parole qui nous pousse en avant. Elle réside dans le fait que Dieu s’intéresse plus à ce que nous allons faire qu’à ce que nous avons fait. Dieu est davantage concerné par ce qui est devant nous que par ce qui est derrière nous. La mauvaise nuit passée à la pêche, les trous dans les filets, l’inquiétude de savoir qu’on ne va rien rapporter à la maison pour le repas du soir et que les enfants auront faim, Jésus ne les ignore pas. Il en connaît parfaitement la réalité, c’est pourquoi il n’a pas l’indélicatesse d’en rajouter, il ne plaint pas Pierre sur la mauvaise situation dans laquelle il se trouve car il ne veut pas rajouter au sentiment d’échec un sentiment de culpabilité. C’est alors que Jésus prononce une parole toute pleine d’espérance, car en face de l’échec c’est d’encouragement que Pierre a besoin. Il doit ressentir que Dieu ne l’enferme pas dans la passivité mais qu’il met du dynamisme en lui.

Que l’Eglise prenne donc leçon de cette situation. Le message qu’elle doit donner au monde est avant tout un message d’espérance. Tout homme honnête avec lui-même, rempli de bonne volonté est capable de faire le bilan de ses échecs, il est capables d’analyser les situations pénibles dans lesquelles il se trouve, mais où trouvera-t-il l’espérance si Dieu ne la lui donne pas ? Qui lui donnera la force d’avancer, si elle ne lui vient pas d’ailleurs ? C’est bien cette exhortation que confirme Jésus dans les paroles de conclusion qu’il donne à la pêche.

Jésus dit alors à Pierre, « ne crains pas, c’est désormais des humains que tu prendras vivants. » Je traduis littéralement ici le texte que la tradition multiséculaire nous a rapportée sous une autre forme et à laquelle nous sommes habituée : désormais, tu seras pécheur d’homme » Le français fait un jeu de mot que le grec ne fait pas. Cette autre traduction a sans doute le même sens mais elle ne reprend pas le mot vivant qui a mon avis a de l’importance ici.Jésus signifie que celui qui a entendu la Parole qui le met debout sera désormais quelqu’un qui sera porteur de vie pour les autres. Il y a un souffle de vie communicatif qui traverse ce texte. Ce souffle est transmis par Jésus et devient contagieux, porteur d’une espérance qui fait vivre. Si aujourd’hui, nous entendons cette exhortation, et si nous la transmettons, comme Pierre est invité à le faire, alors nous verrons le monde irradier de la lumière de l’espérance que Dieu réserve aux humains qui acceptent de se mettre debout pour regarder avec confiance l’avenir qu’il leur propose.

Ce n’est que dans cette position de l’homme debout et confiant que l’on peut alors assumer le poids du destin qui pèse sur nous. C’est alors que l’on comprend que les erreurs et les péchés sont pris en compte par Dieu qui nous en décharge et les efface. Les difficultés que la vie faisait peser sur nous ne disparaissent pas pour autant, mais elles se trouvent allégée du poids écrasant qu’elles avaient, car la vigueur que Dieu nous donne pour nous redresser rejaillira forcément sur ce qui nous oppresse et nous aidera à le porter plus vaillamment. Nous ne seront plus alors ce peuple humilié levant les yeux au ciel attendant un miracle secourable qui ne vient pas, mais nous deviendront grâce à l’espérance qui est désormais en nous les acteurs des miracles qui transformeront nos vies.

Ainsi, dans le récit que nous avons approché, le miracle n’est pas dans la multiplication des poissons mais dans la Parole que Jésus a prononcée et qui a rendu Pierre capable de retourner à la pêche qui est alors devenue miraculeuse. La parole qu’il a reçue a eu un pouvoir régénérateur qu’elle avait au tout premier commencement quand il nous est dit que Dieu parlait et que la chose existait et que tout cela était bien. Rien n’a donc changé, le miracle de la parole qui devient féconde est toujours capable de se renouveler quand cette parole est correctement prononcée et correctement reçue

Dimanche  28  janvier 2007 Pentemont

Sermon:  Matthieu 8/5-13

Mais qui donc est Dieu ? qui est ce Dieu à qui nous avons  confié Rose (1)  ce matin et à qui nous demandons de  lui permettre de s’ouvrir à la vie ? Un baptême est souvent pour nous une bonne occasion de se poser la question, ainsi que peut l’être tout événement important. Ce matin, c’est la grave maladie  de l’esclave d’officier romain qui va nous permettre de nous poser cette même question et de nous lancer  comme dans un parcours initiatique à la recherche de Dieu. Qui donc est Dieu pour moi ?

Plusieurs réponses s’offrent. La première qui paraît la plus évidente consiste à se demander ce que le Bible en dit. Avec quelques variantes, nous arriverons inévitablement à cette réponse selon laquelle le Dieu que nous rencontrons dans la Bible est un être d’amour infini. Très bien ! Mais  la vie  semble  parfois nous démontrer  le contraire.  Pour en savoir plus,  nous  empruntons alors des idées à d’autres courants spirituels qui ne sont pas sans intérêt. L’approche du Bouddhisme avec  ses réincarnations successives dans une réalité sans Dieu n’est pas sans intérêt. Nous ne voulons pas non plus passer à côté du Coran qui nous propose un Dieu omniprésent et omniscient  qui a une réponse à toutes les questions.  Mais toutes ces approches restent suffisantes parce qu’elles ne tiennent compte  ni de nos idées,  ni de  nos intuitions personnelles, ni de nos expériences qui apportent leur lot de nouveauté et qui  précisent ou modifient le visage de Dieu pour chacun de nous.  

Après ce bref parcours, notre questionnement reste entier. Parce que notre esprit  fonctionne également dans un autre sens.  Nous constatons aussi que Dieu est bien souvent absent de la réalité  humaine : Catastrophes naturelles, méchanceté de l’homme, injustices sociales, inégalités devant la vie ou inégalités devant la mort, échecs de la nature, guerres… Autant de points qui ne laissent place qu’au vide de nos réflexions et au constat de l’inefficacité de Dieu.

Bien évidemment vous savez que je vais enfin  parler de Jésus et que la lumière va jaillir au milieu du trouble que je viens de jeter. N’allons pas trop vite en besogne cependant, car le nom de Jésus ne va pas pour autant combler tous les vides laissés par nos questions,  même si sa personne est incontournable pour mettre de la clarté dans le champ de nos recherches.

En revenant sur cet épisode de l’officier romain,  qui était le texte de référence  pour lequel Jean Sébastien Bach avait composé la cantate   que nous avons entendu  et sur lequel je m’appuie  pour construire ce sermon, nous constaterons que  nous sommes provoqués d’une manière inhabituelle dans la simplicité de l’histoire.  Un officier romain vient chercher Jésus pour solliciter ses talents de guérisseur afin de soulager un de ses serviteurs atteint d’une maladie grave. Jésus se décide promptement à se rendre auprès du malade. Mais l’autre l’arrête dans son élan et  le malade est guéri à distance. Jésus  propose la foi de  cet homme à l’admiration des  gens présents.

Ce qui semble avoir déclenché l’affaire, c’est  le petit discours e l’officier sur l’autorité. Il en ressort qu’il reconnaît  à Jésus autorité sur les esprits qui commandent à la mort.  Sans doute  cet officier livre-t-il ici le fruit de ses réflexions. Il apparaît comme un homme  dont Jésus souligne la profonde sagesse. Mais où a-t-il acquis  une telle profondeur de réflexion ? Nul ne le dit mais à coup sûr on peut prétendre qu’il ne fréquentait pas les milieux juifs où il aurait pu élaborer  les éléments de sa foi. Il est d’origine païenne et il est officier de l’armée d’occupation, ce qui est suffisant  pour  dire  qu’il n’avait  certainement  pas fréquenté la synagogue locale. Sa spiritualité a donc une autre origine que juive  et s’il vient à Jésus  c’est sans avoir suivi les voies classiques  qui mènent  naturellement à Dieu et à la découverte de la foi.

Le fait que cet officier romain arrive à structurer  sa foi , (mais est-ce vraiment la foi ?) sans avoir été éclairé par  la  sagesse d’un homme de Dieu pose a priori une question, qui n’est pas celle que l’on pose pas habituellement dans les milieux d’église.  Est-il possible en effet d’accéder à la connaissance de Dieu sans l’aide de la sagesse  d’un croyant  et sans le recours aux  Ecritures ?  Il faut bien répondre par l’affirmative car ce phénomène ne se découvre pas seulement dans ce passage de l’Ecriture, mais il a tendance à se généraliser aujourd’hui.

Face à de telles situations  les églises  ne savent pas se situer car l’approche de ces gens là   évacue des pans entiers du catéchisme dont ils ne se soucient pas toujours et parfois qu’ils contestent.  En effet, après avoir fortement  affirmé à tous ceux qui nous interrogent que Dieu est amour, nous  leur donnons par la suite  un  enseignement  qui se résume grosso modo, par l’énumération d’interdits qui permettent, selon nous, aux nouveaux  croyants de se démarquer des païens. A part les  10 commandements  classiques du décalogue qui servent encore aujourd’hui, en tout cas pour les  sept derniers, de structure à toute société, ( tu ne tueras pas , tu ne voleras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne laisseras pas tes vieux parents sans soin ), il y a  tous les interdit moraux que nous glanons dans les Ecritures et qui nous permettent croyons-nous de forger la personnalité des croyants afin qu’ils se sortent su péché dans lequel il sont  englué depuis leur naissance puisqu’ils seraient nés sous  la malédiction du péché originel antérieur à l’humanité elle-même et qui expliquerait leur mauvais penchant.

En fait  nous sommes surpris que Jésus  félicite cet officier pour sa foi, car  nous-mêmes en tant que Chrétiens nous ne lui reconnaissons  pas les qualités d’un croyant. En s’approchant de Jésus, c’est plus un guérisseur qu’il vient chercher qu’un homme de Dieu. Il fait fortement allusion  aux démons qui lui sont soumis et dont Jésus serait le maître, mais il ne fait aucune allusion à Dieu  dont nous assurons que Jésus est le fils

Jésus l’accueille avec bonté, il ne prononce aucune parole  qui pourrait le mettre mal à l’aise  par rapport à sa foi chancelante. Il ne lui dit pas  que sa formation catéchétique ou spirituelle laisse à désirer et que sa demande est mal formulée. Au contraire il le félicite et donne sa foi en exemple. Il ne tient aucun cas du fait qu’il ne fait aucune allusion à Dieu, il ne lui parle ni de péché ni de pardon, il s’émerveille. A coup sûr je dirai que Jésus parie sur l’avenir en sachant que cet homme est bien placé  pour que sa foi maintenant se construise et s’édifie. La réponse que lui fait Jésus à coup sûr le mettra sur le chemin de la découverte du Dieu d’amour qui ne tient pas compte du péché des hommes pour leur manifester son amour.

C’est maintenant que je peux revenir à mon propos de tout à l’heure sur Dieu, je le compléterai en inversant les propositions.  A ceux qui cherchent Dieu avec les bagages que leur donne la vie,  sans que ce soit la référence à la Bible, avec les questions que provoquent en eux leurs expériences personnelles, je dirai que  Dieu les cherche également et qu’il les trouvera certainement, mais je dirai aussi que Dieu à son tour se pose question sur l’homme : l’humanité en général,  et l’être humain que je suis ou que vous êtes.

Qui est cet homme que j’aime se demande Dieu ?  Est-il  cette créature à jamais perdue et condamnée par avance  par le péché dont il ne peut se sortir ? Est-il à tout jamais le jouet du mal à attendant que  je ne l’en délivre ? Qu’y a-t-il en lui qui justifierai mon amour ?

Il me semble que les interrogations de l’homme sur Dieu sont de la même nature que les interrogations  de Dieu sur l’homme. A force de se questionner,  l’homme croise  inévitablement le  chemin de Jésus qui lui révèle le vrai visage de Dieu,  un Dieu qui l’aime sans se soucier de son péché et qui lui offre  par avance, et depuis toujours un programme de vie dont il ne soupçonne même pas la qualité.

De la même manière, Dieu qui s’interroge sur l’homme, il  s’émerveille  de la capacité de cette créature à le chercher, malgré tout  ce qui ne va pas en lui, malgré son péché et son instinct de domination sur  l’autre malgré les catastrophes dans lesquelles il entraîne le monde.  Dieu s’émerveille de cette créature qu’il a voulu libre  de le rejeter  et qui malgré tout le cherche  pour se structurer. Et s’accomplir.  Dieu ne peut alors que l’en aimer  davantage. Plus Dieu s’interroge sur l’homme, plus il l’aime. La capacité  de l’homme  et de Dieu à se chercher mutuellement ne peut s’accomplir  que dans une commune reconnaissance.  Ils s’unissent alors  dans  un destin commun  qui nous permet de vérifier encore une fois que le deuxième est fait à l’image du premier.

(1)  Rose est une petite fille qui a été baptisée ce jour là

  Dimanche  21  janvier 2007 Luxembourg  à Saint Jean

Sermon : Luc 4/14-21

Vous qui êtes rassemblés ici, dans ce joli temple ce matin,  vous êtes privilégiés parce que Dieu vous aime. Il a pour vous des projets libérateurs, il vous comble de sa miséricorde et vous promet le salut. Voila des paroles qui devraient vous faire plaisir, car nombreux sommes-nous à nous interroger sur la nature de nos relations avec Dieu, et j’espère que de telles affirmations auront le don de vous rassurer.

Si ce sermon avait pour seul but de vous satisfaire et de vous rassurer, je devrais m’arrêter là, mais vous n’y trouveriez pas votre compte  parce que tout cela ferait un peu bref.  Vous atteindrez, peut-être le comble de la satisfaction si je compléte mon propos en rajoutant que les Eglises de la Réforme  sont particulièrement  aptes à comprendre cela  parce qu’elles savent depuis toujours  que Dieu veut nous sauver par pure grâce et que c'est un grand privilège pour nous de le savoir.  Paraphrasant alors le texte de l’Evangile, je dirai, en constatant votre air satisfait,  que « vous êtes  tous  ravis à l'énoncé  de ces paroles merveilleuses. »

Il suffirait maintenant que je prononce une seule phrase de plus pour que votre satisfaction d’un instant se transforme en interrogation, que vous vous demandiez si ma théologie est bien orthodoxe et  si je prêche bien le message de ce même Jésus que vous reconnaissez comme votre Sauveur.  Je  vous disais donc que « vous êtes sauvés par grâce ». Et je vais rajouter  la phrase qui va me faire perdre votre faveur : « c’est un privilège que vous partagez avec le reste de l’humanité ». Et  vous voilà perplexes: "Est-il en train de dire que le salut est universel?" Chacun se demande  alors pourquoi il faut que l’on se convertisse si tous les hommes doivent être sauvés. A quoi donc servirait la repentance ? N’a-t-on pas enseigné que la grâce sauve ceux qui croient et que le salut ne peut exister sans la foi?

Ces questions que je soulève sont les vôtres à n’en pas douter. C’est pourtant un événement  semblable que Jésus  a vécu dans la synagogue de Nazareth, c’est pourquoi je me suis permis de le parodier. Tant qu’il s’adressait à ses compatriotes dans le contexte religieux du moment il a suscité un courant de satisfaction et de sympathie. La délivrance des captifs, la guérison des aveugles, la faveur du Seigneur, voila des bonnes nouvelles pour ceux qui écoutent, c'est-à-dire les pratiquants de Nazareth, et ils  se sentent privilégiés  par rapport aux autres. Mais ils acceptent mal que cette même bonne nouvelle soit aussi valable pour les gens du dehors, ceux qui ne sont pas convertis, c'est-à-dire les païens qui partagent avec eux cette terre  et même les romains qui l’occupent et les tiennent sous tutelle. C'est la liberté de Jésus qui les choquent et ils ne veulent pas entrer dans sa liberté.

Ils ont bien compris que les allusions que Jésus fait à Elie concernent les non juifs, les non convertis, les sans foi, les païens.  En parlant de la veuve de Sarepta, ils savent tous qu’elle ne s’est pas convertie, même si elle a bénéficié des faveurs de Dieu, et Naaman le Syrien, après avoir été  guéri, n’est-il pas retourné contraint et forcé vers ses pratiques païennes? Jésus suggèrerait-il que même les incroyants romains auraient droit eux aussi au salut ?  Irait-on à jusqu’ à penser, dans notre contexte actuel que le salut pourrait s’étendre  à ceux dont nous réprouvons les comportements tant religieux que sociaux, voire même les athées ?

Que de problèmes se posent à nous ! Nous pensons qu'une trop grande liberté nous amène à des lectures tendancieuses de l'Ecriture et que   jadis,  alors que les questions n’étaient pas les mêmes et les réponses plus tranchées, c’était mieux que maintenant. Et dans le contexte actuel, nous pensons   que  demain, ce sera pire, à moins que les problèmes étant résolus, ce soit  mieux, et c’est ce que nous espérons secrètement.

On pourrait bien évidemment épiloguer longuement de la sorte en recadrant  nos réflexions sur le passé ou sur le futur. On pourrait aussi s’attarder à débattre sur la bonne théologie du salut et il y aurait à finalement à ce sujet autant d’opinions que de gens rassemblés dans cette enceinte.  On pourrait même se mettre d’accord pour lyncher le prédicateur, comme on a tenté de le faire à Nazareth, mais c’est passé de mode et ça ne se fait plus. De  toute façon on passerait à côté de l’Evangile, c'est-à-dire  au souffle de liberté  qui est  porteur de la bonne nouvelle qui est contenue dans ce texte.

Cette  bonne nouvelle vous concerne. Les gens de Nazareth n’ont pas su la recevoir. Jésus leur  a dit une phrase essentielle qu’ils  n'ont pas voulu entendre « La bonne nouvelle se réalise pour vous aujourd’hui » a-t-il dit.  Pour une fois, nous sommes invités à faire un peu de nombrilisme et à ramener les choses à nous-mêmes, car c’est chaque individu, dans l’aujourd’hui de ce jour qui est concerné. La parole de Dieu n’est pas  seulement une promesse faite jadis dans un contexte qui n’est plus  le nôtre, dans une société du Moyen Orient qui n’existe plus et avec laquelle nous n’avons plus rien à voir.  Elle ne concerne pas non plus un Royaume fictif qui viendra à la fin  des temps. Cette parole de Jésus s’adresse aujourd’hui à vous, dans le contexte d’aujourd’hui et c’est aujourd’hui que vous devez l’entendre. Elle parle de votre  libération, de votre  guérison des faveurs de Dieu  pour vous et par voie de conséquence de votre salut. Il ne vous est pas demandé d’élucider la question pour savoir qui aura droit au salut et si d’autres que vous y auront droit, car il  s’agit aujourd’hui  d'abord de vous et de vous seuls.

Le salut, c’est la certitude qui se fait en nous que Dieu marche sur le même chemin que nous, qu’il est au courant de tout ce qui nous concerne, qu’il partage nos joies et qu’il connaît nos inquiétudes et qu’il participe à notre guérison quand nous sommes  malades. Il place l’espérance en face de chacune de nos difficultés. Il nous demande, comme un a priori à toutes nos réflexions de poser dès aujourd’hui un acte de foi en toute liberté à savoir que Dieu seul rend  toute chose possible.

Pas question de se réfugier dans des chemins de traverses ou d'évoquer  des expériences   négatives  du passées.  La foi est une démarche, ou plutôt une attitude personnelle qui se vit dans la plus grande liberté. Elle ne se nourrit  pas du passé mais se vit dans l'instant. Elle ne se nourrit pas  forcément de la foi des autres, comme on aurait tendance à le croire, mais elle réclame que l'on se concentre librement sur nous-mêmes et sur la réalité de la présence de Dieu en nous.  Certains pensent que l’exemplarité des autres pourrait nous communiquer  le désir de nous rapprocher de Dieu.  Il nous invitent  à  regarder Martin Luther King, par exemple, ou Mère Théréza, ou tous ceux dont on peut recommander l’ exemple. Leur sort  n'a  pourtant  été enviable pour personne. Martin Luther King a été assassiné, Mère Théréza a passé sa vie dans les gourbis de Calcutta et la vie de tous les autres, cités habituellement  en exemple  a ressemblé à la leur. Personne de normalement équilibré n’a envie de leur ressembler. L’exemplarité des autres ne nous aidera nullement dans nos problèmes personnels qui réclament d’abord la foi avant d’en constater les effets. Ce n’est pas parce que nous constaterons des guérisons, ce n’est pas parce que nous verrons des miracles que nous croirons, mais nous croirons, parce qu’un jour, comme celui d’aujourd’hui nous aurons constaté en nous-mêmes, dans notre fort intérieur,  que nous avons toutes les raisons de croire et que nous n’avons aucune raison de ne pas croire.

Aujourd’hui, nous prenons la liberté de n’être influencé par personne, si non par cette voix intérieure qui se confond avec la voix de Dieu et qui nous dit que l’avenir est ouvert, que la guérison est possible que l’éternité relève de ce Dieu qui nous  fait entendre sa voix et que nous n’avons aucun argument pour la contester. Dieu seul nous prend en charge  dans ce qui nous oppresse et c'est cela qui met en nous  ce  sentiment de liberté.

Ainsi quiconque  se sent maître de lui-même ne peut  que librement se tourner vers ce Dieu qui lui parle et qui habite déjà en lui, pour lui dire « je crois ». Il se sentira alors libre, les difficultés du chemin subsisteront sans doute, mais il sera revêtu de cette énergie étrange que seul le Dieu que nous confessons peut donner par la foi. La foi n’a pas donc besoin d’autre chose  pour se manifester si non  de découvrir que Dieu nous rend libres par rapport à tout ce qui peut avoir d’emprise sur nous. Libres par rapport à tout ce qui nous fait vivre ou qui nous entraîne dans la  mort. C’est ce  sentiment de liberté qui nous ouvre à Dieu,  car la liberté ne peut être qu’en lui, puisqu’il prend  en charge tout ce qui nous opprime, c’est pourquoi celui qui se sent vraiment libre, ne peut être qu’un croyant et un homme de foi.

 Dimanche  14  janvier 2007 Pentemont

Texte Jean 2/1-12.
Lectures  Esaïe 62/1-5  1 Corinthiens 12/4-11

Marie qui es-tu ? Que  de choses ont été dites sur toi !

Nous allons aujourd’hui, à partir du premier miracle de Jésus, où Marie joue un rôle controversé, essayer de faire le point sur le rôle qu’elle joue dans notre foi.

En fait, on ne parle d'elle qu’au début et  qu'à la fin et très peu  dans le corps des  évangiles eux-mêmes. Il est question d'elle  au commencement de la vie terrestre de Jésus  pour l'accueillir dans le monde des humains.  On la retrouve également au pied de la croix, comme pour ouvrir l a voie de l’éternité à son fils agonisant. L'Evangile de Jean nous la fait apparaître, pour la dernière fois, au pied de la croix comme une femme sans voix confiée à l'apôtre bien aimé. Les dernières paroles de Jésus supplicié, sont pour sa mère terrassée par la douleur et soutenue par son meilleur ami.   Ailleurs, dans les Evangiles seul l'épisode de Cana  et  celui de la découverte de Jésus au temple parlent vraiment d’elle.

 Dans  l'épisode de la croix, la sobriété du texte ne parle que de sa douleur et de son chagrin et ne dit rien d'autre.  En aucun cas il est dit quoi que ce soit du rôle que Dieu pourrait lui réserver. A la mort de Jésus; aucun programme particulier n’est prévu pour  Marie. Elle ne fait plus  partie du projet divin.

Venons en donc aux Evangiles de l'enfance. Un ange accueille Marie d’une manière théâtrale. On dirait  même des alexandrins :" Je te salue ô toi qui es pleine de grâce». Il annonce tout le programme qui se déroulera par la suite. Marie écoute avec ravissement. Aux merveilles succèdent les merveilles et rien n'altère le déroulement du plan de Dieu. Marie prononce des paroles sublimes qu'elle cueille sur la bouche des  prophètes de jadis  et compose le seul cantique du Nouveau Testament: " je magnifie le nom du Seigneur, je suis transportée d'allégresse ».

Quel contraste entre l'euphorie de la période de l'enfance et la scène tragique où le fils agonisant n’a pour tout souci que  le bien être de sa vieille mère après sa mort. Oubliées, les paroles de l’ange, le ciel semble s'être fermé, Marie devenue muette jusqu'à la fin des temps,  terrassée par la douleur et l'incompréhension ne  fera plus qu’une brève apparition silencieuse dans le livre des actes et ce sera tout.

Lue à travers l'Evangile, l'histoire de Marie ressemble à une tragédie qui s'ouvre sur une promesse et qui s'achève sur un tragique silence quand le rideau tombe et que les spectateurs atterrés n'osent pas applaudir. Les croyants  n'ont pas supportés ce silence final.  Ils ont rajouté une suite que nous connaissons bien. Marie a rejoint son fils dans le ciel où elle est devenue la mère de Dieu, saluée comme telle par les conciles. Pourtant  les Evangile nous l’ont montrée comme  mère de son fils, un fils d'homme, le fils de l’homme et par extension mère des hommes, et rien d’autre.

Nous la retrouvons dans le Temple, alors que Jésus a 12 ans a quitté la caravane qui le ramenait  avec ses parents à Nazareth après un pèlerinage. Elle est  inquiète. En compagnie  de Joseph  elle est à la recherche de son fils qu’ils découvrent absorbé dans un débat rabbinique, avec les Docteurs de la Loi. La caravane est partie le laissant à ses dévotions tandis que ses parents inquiets rebroussent chemin. A Marie qui  lui fait des reproches et attend des explications, peut être même des   regrets il  fait des reproches : "il fallait bien que je m'occupe des affaires de mon Père». Elle n'y comprend rien et elle est dépassée par les événements. Elle ne semble plus se souvenir des récits de l’enfance. Son fils lui échappe et elle ne comprend pas. Désormais son fils prendra de plus en plus de distance par rapport à elle. Pour la dernière fois, elle  le récupère et le ramène à la maison, mais il n’est déjà plus à elle. Il parle de son Père qui n’est pas le compagnon de Marie.

Bien plus tard, c’est à Cana qu’on les retrouve. Jésus est adulte et il  est devenu un maître respecté entouré de disciples et il fait semble-t-il encore la fierté de sa mère. Qui ne serait pas fier d’avoir un fils qui a rang de rabbi. Cependant, le fossé se creuse entre lui et Marie. « Ne t’occupe pas de ça » lui dit-il alors qu’elle  insiste pour qu’il intervienne dans l’intendance d’un repas de noce mal préparé. Il ne la désavoue pas pour autant, et elle ne perd pas la face. Il intervient et fait le miracle espéré, le premier de sa carrière. Mais ils ne sont plus sur  un terrain d’entente, la fracture entre elle et son fils est  nettement repérable. Qui donc est ce fils ? C’est sans doute avec ce genre de pensées qu’elle retournera chez elle après la fête. Elle repassait toutes ces choses dans son cœur comme il est dit par ailleurs, mais cette fois ce n’est pas pour s’émerveiller, mais plutôt pour faire le bilan de son infortune.

Un jour elle n’y tient plus, il faut qu’elle ait une discussion franche. Son fils se marginalise de plus en plus, en même temps que l’admiration des uns va croissante, l’hostilité des autres s’amplifie. Il a déserté l’atelier paternel. Elle pressent sans doute que tout cela finira mal. Est-ce pour le ramener à d’autres sentiments qu’elle vient vers lui ce jour là ? Est-ce pour des raisons économiques, ou est-ce simplement pour le voir ? Nul ne le sait, mais elle ne vient pas seule. Elle se fait accompagner de ses autres fils. Elle en fait une affaire de famille. On vient alors dire à Jésus que sa mère et ses frères veulent le voir. Nous savons sa réaction : « qui est ma mère, qui sont mes frères, si non ceux qui vont la volonté de mon Père » Encore son Père ! Il reprend les mêmes termes que jadis, enfant à Jérusalem devant les docteurs du temple. Il ne la reçoit pas. Sans doute la scène a-t-elle été pénible pour Jésus aussi, mais la rupture entre elle et lui est totale. On ne reverra plus Marie, si non au pied de la croix dans l’épisode célèbre dont nous avons parlé tout à l’heure.

Nous revenons à ce moment où dans l’Evangile Marie elle  assiste à l’exécution de son fils. En qui croit-elle à ce moment précis ? Qui est le Dieu qui habite sa pensée ?  En qui croit-elle au moment où toute sa vie s’effondre ? Que reste-t-il en elle  de la foi naïve de la jeune fille qui était  prête à affronter l’opprobre des foules parce que Dieu le lui demandait. « Je suis la servante sur Seigneur, avait-elle dit à l’ange » qu’il me soit fait selon sa volonté ». Comment allons-nous mettre de la cohérence entre les scènes de l’annonciation où Marie prophétise avec une candeur émerveillée, et cette dernière scène où elle ne prononce pas un mot quand son fils arrivé au bout d’une vie qu’elle n’a ni comprise ni partagée la confie à un autre qui va la prendre en charge et qui lui servira de fils pour l’accompagner dans la suite de son histoire. Et c’est la suite de cette histoire qui nous intéresse.  

Par la suite, on la retrouve quelques jours plus tard avec les disciples et les apôtres qu’elle a rejoints. On peut en conclure qu’elle a partagé le même étonnement en apprenant la résurrection, la même foi et le même enthousiasme à Pentecôte. Puis les Ecritures cessent de parler d’elle. Mais on le sait,  la tradition a pris le relais en .

l’ entourant d’une aura légendaire qui fera d’elle une pseudo divinité et on lui donnera le titre  de mère de Dieu.  Mais qu’en est-il alors  de la foi naïve de ses  débuts et du chagrin causé par le rejet de son fils ? C’est pourtant dans  cette vie si bousculée,  que nous allons trouver  un modèle pour construire notre propre foi.

En effet, il n’est pas rare que la foi se déclenche par un moment d’intense émotion où la présence de Dieu s’impose à nous comme une certitude incontournable. Après ce premier moment  de découverte basé essentiellement sur l’émotionnel  voire même l’irrationnel, la foi demande à se construire à l’écoute de Jésus.  Cette émotion Marie l’a ressentie dans les évangiles de l’enfance.  Puis vient le questionnement que provoque en elle  cette première émotion.  Elle cherche en Jésus  à entendre quelque chose de Dieu. Mais elle trouve plus de doute que de certitudes. Toutes les expériences religieuses  passent par cette étape où il s’agit de découvrir Dieu au travers de Jésus.  Nos questions restent parfois longtemps  sans réponse, on ne retrouve plus l’émotion primitive qui nous a mis en route. Le doute parfois s’empare de nous.  C’est cet itinéraire spirituel qu’a suivi Marie.

 La quête de Dieu s’achève quand celui qui a été illuminé un jour découvre que Dieu seul peut donner de la qualité à sa vie.  Cela se récapitule dans le mystère de la résurrection de Jésus . Elle en fera l’expérience, mais elle ne nous sera pas racontée. C’est là l’itinéraire de Marie, elle est allée de l’émerveillement à la découverte de la résurrection en passant par le doute et le sentiment d’abandon.  Mais  sa première expérience dans la foi l'a cependant maintenue dans la fidélité.  

Cette fidélité l’amène de la croix, au matin de Pâques, de la mort à la résurrection. Quand la découverte  de la résurrection vient habiter  notre vie nous sommes arrivés aux termes des expériences humaines  qu’il était nécessaire de faire pour être habités par une foi adulte. Cet itinéraire est celui de Marie, elle nous a appris  patiemment à découvrir le chemin  mystérieux qui  conduit chacun de nous à la découverte du plan de salut de Dieu pour les hommes, si  bien que Marie fait plus figure de mère des croyants que de reine du ciel.

Dimanche 7 janvier 2007 Pentemont

Sermon:  Esaïe 60
Autres lectures  Ephésiens 3/2-6  ;  Matthieu 2/1-12
Cantiques  25/1,2,3,4  -  254/1,2,3  -  264/1,2,3,4,5,6 ,

Bonne Année, meilleurs vœux se dit-on tous les ans en cette période pour présenter l’année qui commence sous un meilleur jour que l’année écoulée. Cela fonctionne  comme si, en ne formulant pas de tels souhaits  à ce moment précis, nous allions attirer sur nous et nos semblables des moments néfastes, alors que tout cela relève d’un choix décidé par les hommes d’une manière totalement arbitraire il y a de nombreux siècles. Pourtant nous  répétons ces vœux  à tous ceux que nous croisons en s'attardant surtout sur le souhait de bonne santé, comme si, en insistant on allait conjurer les mauvais sorts, lutter contre les microbes et les miasmes,  et enfin conjurer les mauvais esprits.

Bien sûr,  nous savons bien que tous ces souhaits  ne sont que des formules de  politesse socialement établies depuis longtemps. Mais nous savons qu’au delà des politesses, il y a  dans cette tradition  quelque chose de plus mystérieux qui fonctionne comme un rite  qui parcourt nos sociétés  et qui réclame un respect absolu, sans lequel les choses n'iraient pas  comme il se doit. Il y a comme une sorte de superstition collective qui nous habite et à laquelle nous obéissons comme si Dieu lui-même  exigeait que nous le fassions. Nous faisons comme s’il était le témoin silencieux de nos souhaits collectifs et que par cette tradition nous considérons qu’il s’engage lui-même à garantir les vœux que nous portons.

Ainsi, pendant les premières semaines de la nouvelle année les hommes communient-ils en  une immense prière collective qui ne dit pas son nom et qui est porteuse d’espérance et de bénédictions. Par la force des  habitudes, par le poids de la tradition, sans jamais que son nom soit prononcé, Dieu reprend ses droits dans une nation qui semble par ailleurs l’avoir oublié.

Que cette habitude d’échanger des vœux soit  solidement ancrée  dans les pays à forte tradition religieuse, cela se conçoit aisément et ne surprend personne, mais que cela soit joyeusement répandu dans un pays où la pratique religieuse est une des plus faible du monde a quelque chose de surprenant, car pour faire un souhait, il faut  se référer à une puissance supérieure pour l’exaucer. Pour formuler un vœu il faut  qu'il y ait  quelque chose  au delà de nous-mêmes qui lui donne de la puissance pour qu’il s’accomplisse.  Il y a là quelque chose de « laïquement » religieux qui me rend heureusement perplexe ce matin.  

« Chassez le naturel, il revient au galop ! » Bien que  Dieu ne joue apparemment plus de rôle dans la vie de plus de 75 pour cent de nos concitoyens, il continue à habiter leur inconscient collectif, comme si la conscience de Dieu était impérissable, comme si il y avait du divin en nous sans que nous le sachions. Nous sommes donc amenés à constater que la fidélité de Dieu est plus forte que l’infidélité des hommes puisqu’il nous rejoint dans notre inconscient alors  que notre conscient le récuse !

Heureux sommes-nous d’êtres placés sous le regard d’un tel Seigneur qui n’oublie aucun de nous, même si nous, nous l’avons oublié. Bien plus heureux encore sommes-nous, si malgré les vicissitudes de la vie et nos égarements de toutes sortes, nous lui restons  un peu fidèles.

Tout cela n’est pas nouveau, bien d’autres en ont fait état avant moi. Cette vérité se perd dans la nuit des temps car on sait que Dieu ne cesse de chercher l’homme, même si l’homme ne cesse de se cacher de lui. C’est ce que notre grand père  et notre grand mère Adam et Eve étaient  déjà sensés faire dans les branchages du jardin des origines.  C’est  ce que nous faisons quand nous nous perdons dans le tourbillon de nos activités multiples.  Malgré tout, Dieu pénètre l’intimité de chacun, il frappe à la porte de sa sensibilité.  Mais même quand l’homme ne répond pas, il garde en lui la trace de son passage. Elle reste active et dépose en chaque humain comme l’embryon de l’espérance.

 Il y a ainsi, profondément stratifiée en nous, comme  une impression qui deviendra, pour ceux qui se donnent la peine de réfléchir la connaissance du salut. Il y a en chacun  le désir  fossilisé de la connaissance de Dieu qui devient  plus ou moins perceptible, en fonction des événements que nous vivons. Ce désir ne cesse de  tarauder notre esprit, à moins  qu'à force de le négliger il ne finisse  par s'appesantir. Tout cela appartient au mystère de chacun. Mais la connaissance de Dieu reste  enkystée en nous, alors que nous ne le savons même pas, car la destiné de chacun est d’arriver à cette connaissance.

Dans l’attente de ce jour, le prophète Esaïe,  tout entier pénétré de cette certitude livre, à notre méditation le chant d'enthousiasme qui monte en lui et que nous venons de lire. Le Seigneur l'a visité, il a mis en lui la certitude  de la venue d'un temps nouveau où les hommes remplis de la connaissance de Dieu collaboreraient avec lui pour construire une réalité nouvelle: Tel un poète qui exprime l'inexprimable il décrit avec les termes de son temps  l'espérance que  lui dicte sa foi. Il vit une émotion tellement forte que tout est transfiguré autour de lui. La  paix promise pour le futur s'installe dans son âme, et même si Jérusalem n'existe plus,  même si le peuple est encore captif en exil dans la lointaine Babylone, la présence de Dieu transforme le marasme quotidien en un hymne d'espérance.

Il salue alors  la victoire de la lumière sur les ténèbres. Aussi sûr  que le soleil viendra éclairer l'aube qui va naître,  aussi sûrement  la présence de Dieu donnera-t-elle du sens à la vie de tous les hommes.  S'il nous est donné d'espérer le salut que Dieu nous donne, le temps où il s'accomplira en totalité ne nous est pas encore connu, mais Dieu jalonne notre vie de signes d'espérance qui nous entraînent à ne jamais douter de la vigilance attentive qu'il a sur chacune et chacun de nous, car la présence de  Dieu en nous est aussi sure que le lever du soleil au petit matin.

Une telle euphorie sera-t-elle de courte durée?   Déjà viennent à notre rencontre les prophètes de mauvais augure. Ils prétendent que ce sont nos fautes et nos mauvais comportements   qui retardent  la venue de ce  temps nouveau. Ils nous culpabilisent en rendant les hommes responsables de tous les maux de la terre, à tel point que même Dieu  serait amené à suspendre l'accomplissement de ses promesses. Le comportement des hommes serait si néfaste à la création qu'il voilerait même  l'éclat de la gloire de Dieu qui ne pourrait même plus se manifester à cause d'eux.  Ainsi en arriverait-on à croire que le monde désormais ignoré par Dieu serait paralysé par son propre péché.  Cette accusation semble tellement vraie que nous sommes tentés de  voir l'avenir de la planète sous un jour sombre.

Ô hommes de faible foi, n'avez-vous jamais entendu la voix des prophètes relayée de proche en proche jusqu'à celle de Jésus Christ qui perce le silence de l'histoire pour dire qu'il n'appartient pas aux  hommes de modifier les décisions de Dieu. Elle  proclame le pardon, là où les hommes s'enferment  dans le péché, elle parle de liberté   et détruit les tabous  culpabilisants. Si la responsabilité des hommes est engagée dans le mauvais état de la planète,  et qui oserait le nier,  la connaissance de Dieu est cependant porteuse  de salut et d'éternité. Jésus nous, rappelle que Dieu  a pris en charge le péché de l'humanité pour ouvrir devant elle  des chemins d'espérance qui sont toujours accessibles. Il déculpabilise  les  hommes pour qu'ils puissent agir sereinement  afin que sa volonté soit faite,  ici bas sur terre,  comme elle est déjà faite là haut dans les cieux.

C'est alors que la voix de Dieu relayée par celle du prophète se fait incisive en nous. C'est alors que nous accueillons l'espérance comme un fruit de Dieu capable de nous donner l'énergie et l'enthousiasme nécessaires pour que ses promesses s'accomplissent.