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Dimanche 20 mai
Jean 17/20-26
Lectures Actes 7/55-60
et Apocalypse 22/12-20
Seule la foi en Jésus Christ peut nous
permettre de comprendre que le triomphe de la
vie peut jaillir du cœur d’un échec total. Seul Jésus
peut dire un échec en termes positifs et
lire l’espérance au cœur des drames. Pourtant
une question nous taraude : est-il toujours possible
de voir la main de Dieu agir quand tout s’effondre autour
de nous? Qui saura faire avec sagesse le bilan positif
d’une vie anéantie? Tout cela nous pose vraiment question
et nous ne pourrions pas donner de sens à notre
existence si Dieu ne venait pas visiter par sa présence
les drames de notre vie humaine. Mais comment voir cette
présence quand nous sommes aveuglés par ce qui devient
incompréhensible à notre raison? Pourquoi Dieu semble-t-il
absent quand nous souffrons le plus ? A travers l’expérience
de Jésus nous espérons trouver une réponse, car nous
savons que Dieu agit même si le malin nous cache sa
présence.
Nous avons dans ces paroles de la prière
sacerdotale que l’Evangéliste Jean place dans
la bouche de Jésus la réponse de Dieu à toutes
les expériences humaines concentrées dans les drames
de l’histoire des hommes. Jésus se trouve dans
une situation d’échec total et la mort en est la seule
issue. Plus rien ne devrait avoir de sens pour lui.
Ses amis qui sont encore autour de lui ne comprennent
rien à sa situation et chacun à son tour va l’abandonner
à la nuit du désespoir. Il va mourir d’une mort qu’il
a choisie mais que personne ne comprend. Le traître
est déjà en train de faire son œuvre. Ce décor
d’angoisse que je viens de décrire a été planté
par les autres Evangiles, mais il reste en toile de
fond de cette ultime prière que Jésus prononce
pour nous. Dans ce décor de désespoir jaillit la plus
forte protestation d’espérance que peut proférer un
humain. Il nous montre comment Dieu peut intervenir
dans les drames de la vie et donner du sens à
l’aventure humaine, même quand elle n'en a plus. A partir
de ce récit nous pouvons actualiser tous nos échecs
et entendre Jésus dire pour chacun de nous: «
Père, je veux que là où je suis ceux que tu m’as
donnés soient aussi... ». Mais si nous comprenons que
Dieu est présent et donne du sens à ce qui n’en a pas
, nous ne comprenons pas non plus son impuissance
à modifier le cours des choses et à faire simple alors
que nous paraît si compliqué.
Jésus se situe dans ce monde ci, celui
où nous sommes, mais il se tient à la frontière
d’un autre monde que nous ne connaissons pas encore
mais où se situe la vérité de Dieu. Le monde où nous
sommes avec ses drames et ses échecs fait écran et nous
empêche de voir une autre réalité qui est tout aussi
vraie que celle du monde où nous sommes. Jésus nous
permet d'entrevoir cette nouveauté et crée de
la sérénité là où nous ne voyons que drame et désespoir.
Il ne puise pas sa sérénité dans une science spéciale
qu’il serait le seul à connaître. Il la puise dans sa
compréhension des Ecritures où il trouve un motif
d'espérance. Il intègre complètement cette espérance
et nous la rend possible. A son contact elle devrait
devenir nôtre. Il l’intègre tellement qu’il finit
par s’identifier à Dieu au point d’être confondu avec
lui. C'est par l'espérance qu'il puise dans
l'Ecriture qu'il se fait si proche de Dieu qu'il se
confond avec lui.
Jésus ne devient pas alors fils de
Dieu par une naissance miraculeuse qui l'aurait mis
à part, mais il le devient parce qu'il se fait porteur
de l'espérance qu'il puise dans les Ecritures
au point qu'il se trouve absorbé dans la sainteté et
dans la gloire de Dieu. Etant de même nature que
lui, nous avons accès au même sort que lui. Il nous
devance seulement sur le chemin de la connaissance du
salut. Tous nos désespoirs et tous nos échecs trouvent
alors leur aboutissement dans la plénitude de Dieu.
Jésus s’avance sur le chemin de la connaissance
de Dieu aussi démunis que nous le sommes, mais il
nous encourage à le suivre et à l’imiter. C'est ainsi
qu'en partageant son espérance nous devenons
comme lui, un enfant de Dieu.
Le chemin qu'il propose est celui
que peut suivre tout individu s’il est guidé correctement.
Jésus nous donne l’exemple et se propose d’être notre
guide, tel Virgile dans la divine comédie guidant les
pas de Dante, ou tel l'ange guidant les pas de Jean
dans l'Apocalypse. Rien ne se fait sans peine
et sans effort.
Tout a commencé à l’origine du monde.
Pour comprendre cela il va falloir que nous fassions
un long retour en arrière jusqu’aux origines de la création
comme Jésus nous y invite quand il dit : « Tu
m’as aimé dès avant la fondation du monde » Il
nous ramène à l’origine de toute chose, quand après
avoir surgi hors du néant Dieu s’est intéressé
à lui. Jésus a compris, le premier avant tous, qu’avant
même que le monde soit, Dieu qui était déjà amour, se
préparait à animer de cet amour les êtres pensants
qui allaient devenir ses vis à vis et qu'il commençait
déjà à aimer.
Autrement dit avant même que
ne retentisse dans l’univers qui n’existait pas encore
le fracas du big bang qu’aucune oreille n’avait pu
entendre puisqu’il n’y en avait pas une seule, avant
même que ce moment mystique ne se produise, existait
déjà une pulsion d'amour qui allait animer
ce qui n'était pas encore créé
Jésus a fait de la notion d'amour
le code de lecture indispensable pour lire les
Ecritures. C'est tout plein de cette intuition, que
Jésus a décrypté les Ecritures pour nous.
Il a compris que cet amour était présent
à chaque étape de la révélation. Ce n'était pas
seulement une idée sublime, capable de nous faire réver,
il a découvert que l’amour pouvait se matérialiser.
Toute sa personne a rendu compte de cette réalité et
il est devenu dans sa personne l'expression de l'amour
tel que Dieu l’avait conçu.
On aurait pu penser que s'étant
approché de Dieu jusqu'à ce point, il allait
entrer tout vivant dans le mystère de Dieu. Il n’en
fut rien. Il aurait pu être comme ces grands
sages de l’Inde qui a force d’ascèse et d’abstinence
arrivent à s’identifier au divin si bien que leur apparence
physique tend à s’estomper jusqu’à disparaître. On aurait
pu croire que Jésus allait vivre la même initiation
et que sa vie se serait terminée en s’anéantissant dans
le divin donnant ainsi une dimension cohérente à l’Ascension.
Mais il en a été autrement. Pour
entraîner tous les hommes à sa suite il a consenti à
aller jusqu' aux portes du néant pour que le
néant s’ ouvre sur l’Eternité pour tous ceux qui
le suivraient. Tout cela ne pouvait s’achever dans une
pirouette où on aurait vu Jésus disparaître dans le
divin. Il fallait que son action concerne
aussi la matière. L’affrontement avec la mort devenait
inévitable. Il fallait que le divin s’empare du néant
et de la mort. La fin de Jésus telle que nous la connaissons
devenait désormais inévitable. C’est donc porteur des
promesses déjà contenues dans tout ce qui a préludé
à la création que Jésus a vu venir la mort vers lui
et qu’elle est devenue vie et éternité. La victoire
sur la mort signifie donc qu’il n’y a désormais aucun
lieu d’exclusion, aucune situation d’échec irrémédiable
où Dieu ne puisse apporter une note d’espérance.
Tout cela en termes clairs signifie
que depuis toujours Dieu s’efforce d’intégrer tous les
drames humains, qu’il n’est indifférent à aucun échec.
Jésus a montré que par sa mort le désespoir n’a aucune
place dans les projets de Dieu pour les hommes. Bien
entendu, le malin s’acharne à brouiller les cartes et
à projeter sur nous la perturbation, mais il ne peut
anéantir l’espace d’éternité que Dieu a inscrit en chacun
de nous.
Dimanche 13 mai
Jean 14/23-29
Il arrive que parfois nous nous
penchions sur nous-mêmes, que nous réfléchissions
à ce que nous sommes et que des questions surgissent
en nous avec une telle intensité que l’on préfère ne
pas poursuivre. Mais est-il possible d’échapper
à ces moments de vérité quand nous découvrons qu’il
y a un déséquilibre entre ce que nous faisons
et ce que nous pensons.
La Bible ne cesse de nous mettre
en face de cette double tension selon laquelle
l’être de chair et de sang que sommes ne s’accorde pas
toujours avec ce que lui dicte sa conscience.
Les croyants espèrent bien sûr en être définitivement
libérés quand la résurrection finale aura fait son œuvre
en eux ! Mais personne n’est vraiment pressé.
En attendant nous aimerions accorder nos
désirs avec ceux que nos voix intérieures nous
réclament.
Ce problème a hanté l’apôtre Paul dont
les épîtres ne se lassent pas de nous provoquer. Il
se demande , en nous renvoyant la question, pourquoi
nous faisons le mal que nous ne voulons
pas faire et que nous ne faisons pas le bien que
nous voudrions faire. Il remonte même jusqu’à Adam pour
savoir si son geste de rébellion contre Dieu n’aurait
pas encore des conséquences sur nous. Jésus traite
ici le même sujet, mais il ne s’y prend pas du
tout de la même façon. Il ne va pas chercher en
quoi nous serions les héritiers d’une faute primitive
à partir de laquelle découleraient toutes les
angoisses et toutes les fautes du monde. Inutile
de nous torturer pour savoir pourquoi nous faisons le
mal que nous ne voulons pas faire.
Jésus lui, ne cherche pas à anticiper
Freud, en cherchant des subtilités psychologiques. Il
va droit au but . Pour lui, il suffit de deux mots pour
rétablir l’harmonie en nous. Paix et amour. C’est
simple et radical, mais bien évidemment cela ne nous
convient pas davantage que les longs développements
de Paul. Nos ambitions personnelles et nos
préoccupations quotidiennes s’accordent mal avec
ces deux mots qui évoquent pour nous une
quiétude et un bien être qui ne conviennent qu’à
l’évocation de vie future dans l’au-delà quand
nous n’aurons plus de soucis matériels : « un tel est
entré dans la paix du Seigneur disons-nous », mais
nous ne sommes pas pressés, je l’ai déjà dit . Pourtant
Jésus revient à la charge car ces deux mots constituent
le thème récurent des chapitres 14
et 15 de l’Evangile de Jean. Selon lui, ces
deux mots constituent les valeurs indispensables
pour construire notre vie : paix et amour.
Nous trouvons que ces consignes sont
un peu simplistes. On préférerait des exigences
plus contraignantes auxquelles nous sommes plus
habituées tels le péché, la culpabilité
le repentir ou l’acquisition de méthodes d’ascèse nouvelles
. Tout cela appellerait de notre part des
réponses claires. Elles nous mettraient sans doute plus
en cause mais nous feraient espérer
de Dieu que nous débarrasserait d’un passé gênant
et nous permettrait de construire notre vie sur
une base solide. Pourtant ici, ce n’est pas le
cas. Il s’agit simplement de paix et d’amour. Tout
le reste passe après. Dans sa tendresse Dieu préfère
nous engager dans des comportements positifs par
rapport à nous-mêmes plutôt qu’à des attitudes
culpabilisantes sur un passé qui ne doit plus avoir
d’incidence sur le présent. Sans quoi à quoi servirait
le pardon ?
Il s’agit maintenant de savoir comment
nous allons gérer ces deux notions positives. C’est
par elles que Dieu se fait généralement
connaître. Dieu se propose de nous
mettre en paix avec lui et avec les autres par la pratique
de l’ amour. C’est dans la mesure où nous reconnaissons
que ces deux valeurs qui le caractérisent peuvent devenir
les nôtres que notre relation à lui devient différente
. C’ est par elles qu’il crée l’espérance et qu’il nous
donne d’aspirer à la nouveauté. Si Dieu se fait
présent dans notre vie d’aujourd’hui, c’est en tant
que créateur d’espérance. C’est en cela qu’il
est créateur.
La notion de création agite le monde
des penseurs d’aujourd’hui. Finie l’époque où l’on croyait
qu’il suffisait que Dieu souffle
sur une poupée d’argile pour que l’humanité existe.
Finie aussi l’époque où l’on pensait qu’il suffisait
à un singe de descendre d’un arbre pour que, selon
les lois de l’évolution, il devienne un homme. Est apparue
plus récemment la notion du « dessein intelligent »,
selon laquelle le monde serait guidé dans son évolution
par un esprit organisateur. Cette querelle n’a pas de
raisons d’être puisqu’elle qu’elle fonctionne
sur des idées selon lesquelles il
faudrait faire coïncider Bible et science. Alors
que les repères qui nous sont donnés par
l’Evangile résident dans les notions abstraites,
invisibles à l’œil nu telles que l’amour
et la paix, car c’est par elle que Dieu se rend présent
au monde.
Ce n’est pas évident de les repérer
tant les attitudes de violence du monde où nous sommes
les voilent. Par contre on les perçoit
au niveau de nos désirs profonds, comme si Dieu avait
mis sa trace en nous depuis l'origine. Pour vous
en rendre compte, je vous renvoie alors à nos
prières d’intercession pour que constater combien ces
deux notions font partie de nos aspirations et que nous
les renvoyons à Dieu pour qu’il se manifeste par elles
car c’est par elles que nous espérons constater
sa présence. Nous lui demandons sa paix et nous espérons
voir se manifester son amour par le mieux être de ceux
qui désespèrent. Nous le demandons chaque dimanche,
comme par un acte de foi insoupçonné.
Pour soutenir et accompagner
nos demandes et nos désirs Dieu nous donne un
secours puissant, le Saint Esprit qui porte ici le nom
de « Consolateur ». Les traducteurs ont eu du mal à
nous rendre compte du mot utilisé dans l’Evangile.
On le rend par Paraclet, défenseur, celui
qui réconforte, l’avocat…On a du mal à le traduire tant
ses compétences sont vastes. Toutes ces variantes de
traduction nous laissent entendre combien nos sentiments,
sont confus et pleins d’espoir.
Nous avons avant toute chose
besoin d’être consolés, réconfortés, réconciliés avec
nous-mêmes et avec Dieu. Et tant que cela
n’aura pas eu lieu nous resterons en manque. Nous resterons
incapables d’être en paix, et incapables d’aimer sans
abuser des autres. Cet esprit du Seigneur nous prend
d’abord en charge, pour nous mettre en vérité par rapport
à nous-mêmes. Il nous rappelle que si nous avons
perçu que Dieu agissait en Jésus Christ, il nous
fallait mettre de l’ordre dans notre manière de penser
et donner priorité à ce qui avait priorité en Jésus
et ce n’est pas si simple.
Nous reconnaissons alors que
le Dieu de Jésus Christ n’est pas le Dieu au quel les
hommes aspirent. Ils cherchent un Dieu de puissance
et de justice dont les effets seraient spectaculaires
: un Dieu rendu familier par le cinéma. Il confond sa
voix avec celle du tonnerre, un Dieu dont les colères
sont redoutables et qui privilégie les hommes qui
servent sa gloire. Pourtant depuis le prophète Elie,
on a appris qu’il confondait sa voix avec celle d’un
doux zéphyr, avec Esaïe on a découvert que son action
consistait à compatir à la plainte de son
serviteur souffrant, on a aussi été surpris
d’apprendre qu’il n’aimait pas nos cérémonies
mais qu’il leur préférait un repentir sincère
et que le seul culte qui pouvait lui rendre
gloire c’était de pratiquer la justice. Jésus nous a
confirmé tout cela, quand agonisant sur une croix
il a manifesté à ceux qui désespèrent qu’il est le Dieu
de la vie et de l’éternité. Pour opérer un tel renversement
de valeurs, nous avons bien besoin d’un Consolateur
puissant qui nous aide à restructurer nos idées et à
repenser nos actions. C’est alors que si nous
nous mettons en harmonie avec lui, la paix viendra sur
nous et l’amour véritable sera possible. C’est alors
que nous verrons Dieu à l’œuvre dans la création du
monde.
Le cherchant dans des manifestations
visibles, les hommes ne sont pas attentifs à l’action
qu’il mène dans l’invisible de leur cœur. Nous
devons réaliser que les mystères de Dieu, dans sa relation
avec les hommes sont de l’ordre de l’invisible. C’est
ainsi que le salut en Jésus Christ n’est accessible
que par la foi qui ne se voit pas , et que le
pouvoir créateur de Dieu n’est discernable que
pour celui qui vit en intimité avec lui. Les éléments
fondateurs de cette intimité sont la paix et l’amour.
La paix s’installe en nous quand toutes
les barrières qui se dressent entre Dieu et nous sont
tombées. Se crée alors en nous un état de sérénité
par lequel nous sommes en en harmonie avec notre
Dieu. C’est ainsi que par son génie créateur
il nous donne l’audace d’avancer et l’espérance
d’aboutir.
Rien de tout cela n’est visible à l’œil
nu, seuls ceux qui croient peuvent s’en rendre
compte, c’est pourquoi il est urgent de gagner les homme
à la foi car c’est par elle qu’ils découvriront qu’il
ne sont plus séparés de Dieu mais qu’ils sont sauvés.
L’amour devient le moteur de l’action de
tous ceux qui sont en paix avec Dieu . Ils se mettent
à aimer pour que tous les hommes aillent mieux,
pour quel la terre aille mieux et que la création
se prolonge aussi longtemps que les hommes seront en
paix avec Dieu. L’avenir est donc grandement ouvert
pour ceux qui savent aimer car c’est ainsi que s’inscrira
l’avenir dans le projet de Dieu pour le monde ..
Dimanche 6 mai Pentemont
Apocalypse 21/1 à 5b.
Autres
lectures Actes 14/21b à 27 et Jean 13/31-35
Le monde dans lequel nous évoluons
est beau, on ne le dira jamais assez puisqu'il est l'œuvre
de Dieu et qu' il est sensé nous renvoyer les reflets
de sa gloire. Mais comme par un malin plaisir, nous
passons notre temps à le dénigrer. Nous ne nous lassons
pas de répéter ce que je vais encore une fois dire,
à savoir que l'activité humaine dégrade la terre et
va y rendre la vie bien difficile, que la survie des
espèces est menacée, que l'homme est perçu comme le
plus grand prédateur vivant. C'est pour cela que le
problème de la sauvegarde de la planète a fait irruption
dans la campagne électorale et s'y est imposé comme
un des thèmes majeurs. La colère de l'homme qui
n'y peut plus rien, se retourne contre lui-même et il
ne peut que désormais se lamenter sur son propre
sort en accusant les autres de n'avoir rien fait. Les
plus audacieux vont même jusqu'à imaginer la possibilité
d'une fuite des humains hors de notre galaxie vers des
planètes aptes à nous recevoir. Ils reprennent à
leur compte le thème de films célèbres tels « Rencontre
du troisième types » ou « E.T » Les hommes en
seraient les acteurs et non plus les victimes. Tout
cela ne pourrait être envisageable que si les techniques
sont suffisamment avancées quand le moment d'inhabilité
de la planète se manifestera. Nous échapperions ainsi
à la malédiction de l'Apocalypse puisque c'est de ce
sujet que nous allons traiter.
En ouvrant le Livre de l'Apocalypse,
le lecteur du vingt et unième siècle, comme celui de
tous les siècles qui l'ont précédé y trouve le reflet
des malheurs de son temps. Ces malheurs auraient pour
cause la colère de Dieu qui punirait ainsi les hommes
de tous les maux de la planète dont ils se seraient
rendus coupables. Les lecteurs attentifs au message
de l'Evangile ont du mal à y reconnaître un message
du Dieu d'amour, le Père de Jésus-Christ qui se
trouve ici, lui-même, transformé en agneau égorgé qui
se transmuterait en un juge suprême particulièrement
sévère puisqu'une poignée de 144 000 élus seulement
échapperaient à son châtiment. Pourtant le passage
que nous avons lu nous laisse supposer une autre fin
et nous invite à porter un autre regard
sur ces choses qui nous préoccupent.
Si donc nous songions, dans nos égarements
les plus abracadabrantesques à fuir notre planète devenue
inhospitalière à cause de nos fautes et à priver Jésus
de son jugement contre nous, ces lignes nous ramèneraient
à une autres réalité. Elles nous disent que l'évasion
que nous fomentons ne nous amènera nulle
part, puisque le salut ne viendra à nous que par la
volonté de Dieu qui nous promet un temps nouveau, sur
une terre recrée qui viendrait du ciel comme un cadeau
immérité. Alors que nous cherchons à nous en sortir
par les élucubrations fumeuses de notre cerveau humain,
le salut nous est offert. Il nous suffit de l'accepter.
Le terrien que nous sommes est une
créature étrange. En apparence il est fragile, sans
aucune protection naturelle, un bipède sans poils ni
plumes comme dirait Diogène. Il ne serait doté que de
son génie propre pour s'en sortir. Et il s’en sort très
bien. A la différence des autres espèces animales, il
utilise sa prodigieuse intelligence non seulement
pour se tirer d’affaire mais aussi pour dominer
ou éliminer ses semblables, car il les considère tous
comme des rivaux. Il y réussit assez bien, c'est pourquoi
la planète est dans l'état où elle est. C'est ainsi
que nous revenons aux constatations de notre point
de départ qui consistaient à considérer l'homme comme
un prédateur redoutable.
Si l'espèce humaine survit et s'améliore,
c'est grâce à son intelligence, mais c'est aussi
au détriment de ce qui l'entoure. C'est parce qu'il
s'adapte que l'homme invente, et s'il prend le contrôle
de tout ce qui vit c'est parce qu'il s'active intellectuellement.
J'ai dit que c'était grâce à
son intelligence. Mais avez-vous déjà vu une intelligence
à l'état brut? Avez-vous déjà touché une intelligence
ou en avez-vous vu la couleur? Bien sûr que non. Et
pourtant, nous sommes tellement sûrs de son existence
que nous avons réussi à la tester et à la mesurer!
Nous vivons donc et nous évoluons
grâce à notre intelligence qui est une réalité invisible,
indéfinissable, intouchable, mais étrangement efficace.
Elle est la clé de notre existence. Ayant fait ce constat,
l'être humain que nous sommes, doté d'une super faculté
de raisonnement se sait maître de tout. Mais il ne supporte
pas qu'une autre réalité, puisse rivaliser avec lui,
c'est pourquoi il se sent un peu seul face à lui-même
dans ce vaste univers qu'il découvre un peu mieux chaque
jour, si bien que quand il aura épuisé les possibilités
de vie que lui donne sa super intelligence, il ne trouvera
de solution que dans la fuite, comme un vulgaire lapereau
atterré, et il mettra tout en branle pour quitter la
planète.
Il y a cependant une question que notre
cerveau prodigieux ne s'est pas vraiment posée et que
ce texte pose pour nous. Peut-il y avoir
une réalité invisible, insaisissable, qui ne serait
pas nous-mêmes et qui pourrait rivaliser avec nous et
dont nous pourrions cependant mesurer les effets ? Si
cela était possible, les choses prendraient sans doute
un autre aspect.
Cette première question en entraîne
une seconde: D'où nous vient cette idée qui ne se vérifie
pas dans nos actions, selon laquelle, si nous portions
un peu d’amour à ceux que nous cherchons à dominer,
les choses pourraient vraiment changer et inverser le
sens du destin? Comment se fait-il que nous n'ayons
pas expérimenté cette hypothèse qui consiste à
considérer les autres, comme étant semblables
à nous-mêmes, comme des amis et des êtres aimables?
D'où nous vient cette suggestion, parfaitement étrangère
à nos comportements? Elle résonne en nous comme une
voix inaudible mais cependant perceptible. Elle
nous propose des pistes à explorer que notre propre
intelligence ne nous a pas révélée.
Si nous creusions cette idées, nous
découvririons par simple déduction que nous ne sommes
pas les seuls à penser dans l’univers et que des idées
autres que les nôtres nous habitent aussi. Une
intelligence supérieure à la nôtre viendrait donc nous
visiter et nous proposerait d’entreprendre des actions
nouvelles qui auraient certainement plus
de noblesse à être expérimentée qu'une fuite éperdue
vers des galaxies inconnues pour y répandre à nouveau
les nuisances que nous avons déjà inventées
et qui nous auraient chassées de la terre.
Il est donc concevable qu’une autre
intelligence cohabite avec nous et oriente nos visées
dans une d'autres directions. Elle est capable
de nous corriger, de modifier nos comportements.
Regardons donc le monde en tenant compte
de cette hypothèse! Nous constaterons alors que ce qui
en fait la beauté, ne réside pas tellement
dans ce que l'on perçoit avec nos sens, mais dans
ce que nous discernons dans le domaine des idées.
C'est donc dans l'invisible que se joue la réalité.
Il est donc temps de changer notre regard sur nous et
sur ce qui nous entoure.
Les notions d'altruisme et d'amour
du prochain sont aussi vieilles que l'humanité.
Elles nous ont été transmises de proche en proche
par ceux qui croyaient qu'une force d'amour extérieure
à eux-mêmes pouvait transformer le monde. Lentement
cette idée a fait son chemin au travers des vicissitudes
de ceux qui la portaient. Ils ont été marginalisés,
rejetés, tués parfois, parce que cette idée venue d'ailleurs
n'était pas issue d'une intelligence humaine. Mais pourtant
elle s'impose et s'imposera encore plus profondément
parce qu'elle suscite la vie partout où elle se
répand, c’est pourquoi elle est porteuse d’avenir.
Celui qui se laisse habiter par cette
force extérieure est entraînée au delà de la vie, dans
l'éternité. Jésus à qui l'Apocalypse rend hommage a
été habité par une telle puissance d'amour qu'elle
est devenue contagieuse pour quiconque la pratique
au point de transformer sa vision du monde. La
lecture de l'Apocalypse devient alors différente de
celle à laquelle nous avons été habitués, elle nous
montre que les forces d'amour sont aux prises avec les
forces maléfiques que peut produire l'intelligence
humaine. Ce combat a pris des dimensions cosmiques qui
sont décrites dans ce livre. Il dure depuis
l'origine des temps. Mais chaque jour l'amour gagne
du terrain à sa cause jusqu'à ce que les certitudes
d'une vie nouvelle s'imposent à l'humanité. Cela nous
est donnée par cette force que nous nommons Dieu. Elle
nous est ici présentée comme un cadeau qui nous vient
du ciel, c'est dire qu’elle ne dépend pas de nous
et ne peut être efficace que si nous l'acceptons comme
un don.
Dimanche 29 avril
Actes 13/14-52
Autres textes Jean 10/27-30
Ce texte m'étonne, et peut être
éprouvez-vous le même sentiment que moi. Je suis
surpris par le manque de réaction des gens
de la synagogue d’Antioche qui n'ont pas manifesté
leur désapprobation à la suite de l'intervention
de Paul. Au contraire, ils l’ont invité à
revenir la semaine d’après pour approfondir son
discours. Le mouvement de foule que je croyais
inévitable n'aura lieu que huit jours plus tard
il jaillira du sein des dames de la bonne société.
Mais le sujet qui les a fait réagir n’est
pas le même que celui qui me fait réagir à l’instant.
Le mécontentement de la population
juive locale venait des propos que Paul
a tenus au sujet des païens. Paul affirmait
qu’ils avaient droit au salut au même titre que
les juifs de souche. En fait Paul était allé encore
plus loin. Il avait accusé les juifs de Jérusalem
de ne pas avoir su accueillir la « bonne nouvelle
du salut en son temps », c’est pourquoi il s'était
senti autorisé par Dieu à l’annoncer aux païens.
Le résultat avait été spectaculaire,
les païens s'étaient convertis en masse et
c’est cela qui a rendu jaloux les membres de la
synagogue d’Antioche. Il y aurait même de
quoi rendre aussi jaloux les prédicateurs modernes
qui arrivent rarement à opérer un tel niveau de
conversion. Mais ce n’est pas à cause de l’insuccès
de ma propre prédication ni du succès de celle de
Paul que j’ai manifesté ma surprise en commençant
mon propos.
Ma surprise vient du fait que Paul
a ici une curieuse notion de l’histoire d’Israël.
Sans regarder le texte à la loupe, vous remarquerez
qu’il ne mentionne pas le nom de Moïse en
parlant de la sortie d’Egypte. Il ne parle pas non
plus du don de la Loi qui est l’acte fondateur du
peuple juif au Sinaï. Il n’y fera qu’une brève allusion
à la fin de son discours pour en contester les effets.
Il présente ensuite l’époque des Juges comme une
période idyllique de 450 ans alors qu’il est
relativement facile de vérifier qu’elle n’a duré
que 150 ans environs. Quant aux 450 ans, il
s’agissait plutôt du souvenir que la mémoire collective
avait gardé du long séjour d’esclavage en Egypte
en Egypte. Ce glissement de période
permettait de laisser entendre que à partir de la
première intervention de Dieu au moment de l'esclavage
en Egypte l’histoire du peuple hébreux avait été
une longue période heureuse, qui a conduit ce peule
jusqu'à l'époque bénie du roi David. Ce
discours semble donc gommer toutes les phases négatives
de l'histoire des hébreux.
Tout en contestant la qualité d’historien
de Paul je laisse entendre qu’en parlant comme il
l'a fait, il avait un but précis qu'il
nous faudra découvrir. C'est alors qu'il s’attarde
à décrire la période du Roi David avec complaisance.
S'il mentionne, l’échec du premier roi Saül c'est
pour mieux valoriser la réussite du roi David.
Sans transition, il saute alors directement
à Jean baptise dont les Israélites d’Asie
mineure ignoraient certainement l’existence.
Il ne mentionne même pas la période des prophètes
qui est si importante pour comprendre la venue du
messie en la personne de Jésus. C’est
à ce point de son raisonnement, comme s’il avait
oublié quelque chose, qu’il parle d’Abraham dont
il mentionne le nom , comme pour dire que c’est
à ses fils que ce discours s’adresse. Il semble
rappeler ainsi à ses auditeurs que la
descendance d’Abraham est aussi nombreuse
que le sable des mers et recouvre d’autres
peuples que les peuples sémites.
Ce discours est pour le moins fantaisiste.
Il présente quelques libertés par rapports
à l’histoire que je n’aurais pas supportées de la
part de mes catéchumènes. Pourquoi les tolèrerai-je
alors de la part de Paul ? Ce long discours prononcé
par Paul sert de prologue à l’enseignement
de Paul sur Jésus d’où il ressort que les
juifs de Jérusalem n’avaient rien compris à son
message. Par contre à la suite de ce développement
il devrait être évident pour les juifs d’Antioche
que Jésus est bien le fils de David et que sa résurrection
programmée déjà à l’époque du grand roi constitue
la preuve dont tous ont besoin pour croire au salut
des hommes et aux promesses de pardon. C'est
effectivement ce qui se passe. Le discours de Paul
obtient, pour un premier temps, la faveur de tous.
Je n’ai bien entendu rien à opposer à cette
conclusion à laquelle nous devrions tous adhérer.
Pourtant il n’est pas encore dit clairement
quelle notion recouvre l’idée de salut qui
est émise ici.
Au point où j’en suis de mon raisonnement,
je pense que vous commencez à avoir envie de rejoindre
les bourgeoises d'Antioche et de contester
mes propos. Vous pensez sans doute qu’un sermon
n’a d’intérêt que s’il simplifie ce qui est compliqué
et non pas qu’il complique les choses pour les rendre
encore moins intelligibles. Mais on ne peut rendre
compte d’un texte, à partir duquel nous cherchons
à discerner la Parole de Dieu sans en soulever les
problèmes qu’il pose car c’est sans doute en repérant
les problèmes qu’on dégagera peut être une parcelle
de vérité.
En revenant à une idée déjà émise,
Il est évident que l’on ne peut en rien accuser
Paul d’ignorance. On ne peut pas accuser non plus
Luc, qui est l’auteur du Livre des Actes d’être
incompétent et d'avoir rapporté les propos de Paul
d'une manière fautive. Pourtant en commençant j’ai
laissé entendre que ce discours aurait du provoquer
des remous? S'il ne l’a pas fait à cause des erreurs
et omissions que nous avons relevées c’est qu’il
a sans doute été recomposé après coup. C’était
en fait l’habitude chez les historiens antiques
d’opérer ainsi et de rendre compte des événements
à partir de propos rapportés sous forme de discours
qui en fait n’avaient jamais été vraiment
prononcés. Même si cela vous choque c’était
la manière d’opérer de l’époque, et la meilleure
preuve en est, que personne n’a réagi. Ce
discours est sans doute rapporté ainsi pour exprimer
une intention théologique, et c’est cela qu’il faut
essayer de dégager maintenant. Luc est un trop bon
connaisseur de la Bible pour avoir rapporté les
choses sans avoir l'intention de nous
aider à construire notre foi.
Une première question, déjà soulevée
doit provoquer notre attention. Pourquoi donc le
nom de Moïse n’est-il pas prononcé dans l’évocation
de la sortie d’Egypte ? A mon avis Paul ne
voulait pas mettre Dieu et Moïse en concurrence.
L'action libératrice de Moïse aurait voilée celle
de Dieu. Paul veut montrer que le premier
acte de Dieu est de libérer. Le premier acte
révélateur de Dieu est un acte libérateur.
Le premier acte que fait Dieu pour se faire connaître
est un acte créateur qui consiste à libérer les
hébreux captifs, mais aussi tous ceux qui sont prisonniers,
quelle que soit la nature de leur dépendance. Et
le propos de Paul s’achèvera par la libération
définitive de la mort par Jésus pour quiconque croit
en lui. Ces propos sont présentés comme
la conclusion logique de son raisonnement.
Si au cours de son discours Paul
avait parlé de Moïse, il aurait obligatoirement
parlé de la Loi qu’il considère par ailleurs comme
aliénante. Les juifs pensaient que l’on été
sauvé grâce à une pratique rigoureuse de la Loi,
et ici le texte nous dit que bien avant que la Loi
soit donnée par Moïse, le projet de Dieu était déjà
de sauver les hommes. Le salut devenait alors, pour
chacun de ceux qui écoutaient Paul, la certitude
que chacun avait de la valeur aux yeux de
Dieu avant même qu’il ait eu conscience d’être
pécheur. Le salut selon ce passage précède toute
faute, si bien que l’homme est sauvé avant
d’être reconnu coupable. C’est cela que la Réforme
développera sous l’expression de « salut par la
grâce »
C’est la raison pour laquelle
seul David est mentionné parmi les rois car
il devient sous la plume de Luc le type même de
celui qui en accueillant la grâce qu'il
ne mérite pas est revêtu du titre de Fils
de Dieu. Ce n’est pas à cause de ses vertus personnelles
qu’il en est ainsi, mais c’est à cause de
sa foi.
Bien entendu, la résurrection de
Jésus, vient amplifier d’une manière glorieuse ce
qui était déjà dans le cœur de Dieu depuis toujours.
Celui qui accueille en lui la vérité de la
résurrection de Jésus devient l’homme nouveau
que Dieu a entrepris de créer depuis qu’il se manifeste
aux hommes. Désormais, chacun peut regarder l’avenir
avec assurance sans craindre d’être jugé, il peut
profiter de la vie sans qu’elle finisse par l'anéantissement
dans la mort. Chacun peut désormais comprendre
que le Dieu pour qui Jésus a mis sa vie en cause
donne du sens au monde qui trouve en lui l’organisateur
de toute chose et le dispensateur de la vie jusque
dans l’éternité.
Dimanche 8 avril Pâques 2007
Matthieu 28/1-10
Autres textes Actes 10/34-43
et Colossiens 3/1-4
Chers frères et sœurs, chers amis
regardez-vous les uns les autres ! Ne trouvez-vous
pas que celui ou celle qui est à côté de vous
est merveilleux ? Je suis sûr que si tel n’est
pas votre sentiment, c’est pourtant celui de Dieu
! Je suis sûr pour ma part que Dieu ne cesse pas
de s'émerveiller en regardant les hommes se
mouvoir sur cette terre. Certainement, il
doit s’étonner de notre esprit d’invention, de notre
capacité à nous adapter aux situations nouvelles
et de nos facultés à maîtriser les catastrophes.
Depuis que l’homme existe sur terre, malgré sa fragilité
apparente, il a résisté à toutes les épidémies,
à toutes les famines, à tous les changements climatiques.
Les mammouths ont disparu, mais les hommes ont survécu.
Pourtant, sa capacité à maîtriser
les situations a aussi ses faiblesses. Les hommes
n’acceptent pas de ne pas être seuls à bord
pour piloter le monde. Ils ont du mal à imaginer
qu'un être pensant puisse leur être supérieur
et qu'il soit à l'origine de tout. Si Dieu admire
les hommes, les hommes par contre sont plus réticents
à lui rendre la pareille. C’est d’ailleurs là un
des sujets de contestation entre les humains. Ils
ne s'accordent pas entre eux sur le principe de
l’existence ou de la non existence de Dieu. Si les
plus entreprenants arrivent à concéder aux
autres qu’il y ait au-delà de tout, un être supérieur,
ils répugnent pourtant à lui reconnaître du
pouvoir sur le monde et une capacité quelconque
à diriger les actions humaines. Y a-t-il alors
un être suprême ? Si oui nous juge-t-il, nous
condamne-t-il, à quoi sert-il ? Quel est son
volent de manœuvre : créationnisme ou évolutionnisme
?
Au delà de ces clivages, il y a
d'autres penseurs, et ils sont nombreux, pour
qui, il suffit d’être un peu plus intelligents que
les autres pour tout comprendre. Le fait de
formuler l’hypothèse qu’un Dieu organisateur soit
à l’origine de toute chose est pour eux une
facilité qui ne convient pas à des êtres évolués.
Ainsi nient-ils tout en bloc. Cette attitude
leur permet de formuler une réponse facile à un
problème complexe, c'est à dire à avoir une
mauvaise réponse. Beaucoup d'autres encore
ne se posent pas de problèmes du tout, ils se
contentent pour la plupart d’affirmer l’existence
de Dieu et de ne tolérer aucune autre opinion
à ce sujet que la leur. Ils ont ainsi hérité de
traditions familiales ou nationales, et à
ce titre elles sont intouchables. Voilà encore un
autre sujet d’étonnement de la part de Dieu qui
a du mal à concevoir que les humains se divise à
cause de lui.
Comment se fait-il, doit-il se
demander, que les hommes si intelligents, si inventifs,
si entreprenants sur le plan technique et sur le
plan scientifique manifestent si peu d’intelligence
face aux problèmes métaphysiques. Comment se fait-il
qu’ils agissent vis à vis de Dieu comme
si leur opinion ne dépendait que d’une
intuition subjective ou d’une tradition héritée
des ancêtres ? Comment se fait-il que
l’humanité si rationnelle pour gérer ses intérêts
dans le monde, soit si empirique dans sa relation
à Dieu ? N’est-ce pas là un sujet d’étonnement pour
Dieu s’il existe ?
Le Dieu dont Jésus est le témoin
n’ignore pas ce comportement, c’est pourquoi il
a choisi d’établir un rapport privilégié avec l’humanité.
Il se révèle donc au monde des humains comme un
Père, et c’est à ce titre là qu’il se définit comme
créateur. Ce processus s’est fait dans la durée.
Il se révèle lit-on dans les Ecritures à Abraham,
il se fait connaître à Moïse, il parle par
les prophètes et avec Jésus il rend compte du processus
de vie qui ouvre à l’humanité le chemin de
l’éternité.
C’est à la suite de ce long cheminement
à travers les âges qu’il se propose, comme pour
Jésus, de vivre une expérience personnelle
avec chacun de nous et d’éclairer notre histoire.
Cette histoire a été initiée bien avant que
nous ayons eu conscience d’exister. Un jour
chacun a plus ou moins pris conscience de
la présence de Dieu à ses côtés. Les uns ont pris
soin de cultiver cette intimité, elle s'est épanouit
dans un acte de foi qui a illuminé leur vie.
Les autres mal guidés ou trop indépendants n’ont
pas entretenu cette relation. Ils ont oublié que
Dieu s’était approché d’eux. Leur foi trop
faible pour résister s’est desséchée et n’a subsisté
alors que sous forme de souvenir.
Notre relation avec Dieu n’est
pas liée au hasard. Elle est l’aboutissement d’une
longue aventure dont les racines se trouvent aux
origines de l’humanité, et telle la sève de la plante,
l'esprit de Dieu a cheminé lentement jusqu’à nous
par des canaux mystérieux. Dieu était à l’œuvre
dans l’humanité bien avant que nous nous éveillions
à la foi. Elle s’est manifestée un jour à nous comme
une prise de conscience, telle un éveil à une nouvelle
dimension de la vie. Tel en tout cas était
le but de Dieu qui nous a cependant laissé libres
de le suivre.
Ce constat étant fait, il nous
appartient maintenant d’assumer librement
nos responsabilités et de travailler sur nous-mêmes.
Guidés par Jésus, il nous faut descendre en
notre fort intérieur pour découvrir la source qui
peut irriguer nos jardins secrets. C'est elle,
qui peut ouvrir notre être au souffle de Dieu
qui pourra définitivement bousculer
nos a priori et nos idées reçues. Si nous
l’accompagnons dans ce travail d’exploration
de nous-mêmes nous découvrirons alors
l’action créatrice de Dieu en nous. Nous collaborons
donc avec lui pour qu'il fasse de nous des êtres
nouveaux qu'il marque de son sceau et qu'il introduit
dans sa éternité. C’est cela la résurrection. Grâce
à Jésus qui nous guide nous retrouvons l’itinéraire
que chacun doit suivre pour que sa foi
en Dieu prenne vraiment du sens. Si la résurrection
est un don de Dieu, nous n'en prenons conscience
qu'au prix d'un certain effort de notre part.
Tous ne suivent pas ce chemin à
la suite de Jésus et préfèrent donner
autorité à des formes de piété que la religiosité
populaire à véhiculées depuis des siècles. Elles
correspondent certainement à leurs désirs,
mais ne relèvent pas d’une aventure personnelle
de la foi, si bien que Dieu après s’être
émerveillé du comportement de l’homme se trouve
navré de sa facilité à repousser les expériences
de vie intérieure qu’il leur propose.
Nous avons pris conscience du
fait que la résurrection s’impose à nous comme
le résultat d’un long cheminement avec Dieu au terme
duquel nous le découvrons en tant que créateur de
notre vie. Comme tout acte créateur de Dieu, cet
événement est lié à une parole qui vient de
lui, car Dieu, quand il crée, est-il dit,
il le fait par sa parole, c’est à dire par un acte
qui le rend accessible. Il adresse ainsi une
parole à chacun de nous qui appelle notre adhésion.
« Pourquoi me persécutes-tu » avait
entendu Paul en tombant de cheval. Ce fut
dans la voix et non dans la chute qu’il avait
reconnu la présence de Dieu. Il évoquera plus
tard cette voix comme étant l’élément qui
a provoqué sa prise de conscience de la résurrection.
Chaque fois que l’Ecriture fait
état de la résurrection il nous est dit qu’une voix
a accompagné la prise de conscience des témoins
pour bien signifier que la résurrection est un acte
créateur de Dieu. Nous prenons conscience de cette
voix sans que pour autant elle se manifeste à nos
oreilles. C'est une voix qui est pleine de
vie puisqu'elle met en route ceux ou celles qui
l'entendent. "Allez dire à mes frères que je
les précède en Galilée". La voix renvoie
les femmes chez elles, dans leur maison, car c’est
là qu’elles vont vivre leur propre résurrection,
car c’est d’abord pour vivre sur terre qu’il nous
est donné de prendre conscience de la résurrection.
Pourquoi alors s’étonner si pour
décrire une telle transformation, l’écrivain biblique
a eu recours à la description d’un ange de
lumière. Il traduit ainsi l’émerveillement
qu’il ressent, car l’expérience de la foi
est intraduisible dans notre langage usuel et quand
on l’exprime il faut utiliser des images fortes
pour qu’elle devienne accessible aux autres.
Ecoutez donc, frères et sœurs toutes
ces voix intérieures qui créent en vous la
certitude que la résurrection vous est donnée comme
l’aboutissement de vos expériences spirituelles
avec Dieu. C’est par elles qu’il crée en vous l’être
nouveau dont il a besoin pour provoquer
vos semblables afin qu’ils se laissent saisir
à leur tour par l’aventure de la résurrection qui
est en même temps une expérience de création et
qui a pour effet de remplir le monde d'espérance.
Dimanche
1er avril culte des Rameaux - Pentemont
Luc 19/28-40 et Esaïe 50-7
Depuis des siècles, nous ouvrons la
semaine sainte en écoutant le martellement des sabots
d'un petit âne sur les pavés de la vieille ville de
Jérusalem. Il emprunte à peu de choses près le
même chemin que Salomon aurait suivi, juché sur l'ânesse
de son Père pour être intronisé roi à sa suite. Il s'agissait
d'une révolution de palais qui consistait à imposer
Salomon sur le trône de David à la place de son
aîné. L’affaire fut chaude. Il y a donc fort peu
de similitude entre les deux événements si non
le lieu et la monture. Pourtant il s'agit bien aussi
pour Jésus, d'une révolution, mais elle est d'un autre
ordre.
Jésus ne cherche pas à renverser le
pouvoir. Il ne bouscule pas les valeurs
sociales comme on a pris l’habitude de l’imaginer. Il
n'institue pas le règne des pauvres. Il ne suggère pas,
avant l'heure, une forme de dictature du prolétariat.
Le mouvement qui anime Jésus puise ses racines dans
les origines prophétiques du judaïsme. Il trouve son
inspiration dans la longue complainte du Serviteur
souffrant auquel le prophète Esaïe a prêté sa voix et
sa plume. Son histoire trouve son épilogue dans l'agonie
de Jésus, au moment où sur la croix il s'écrie: "Mon
Dieu mon Dieu, pourquoi, m'as-tu abandonné?" C’est
là le dernier élément d’une révolution qui concerne
la création, car c’est bien de création qu’il s’agit,
comme on, va le voir, elle fut initiée jadis
par Esaïe, le deuxième du nom.
Nous le connaissons bien ce serviteur
torturé. On lui arrache la barbe sans qu'il se plaigne,
on le mène à la boucherie comme un agneau sans
qu'il proteste. Les chants du Serviteur souffrant servent
de toile de fond aux nombreuses liturgies de la semaine
sainte. Sa plainte s'achève dans la mort de Jésus comme
l'affirmation de la présence de Dieu au
sein de la souffrance. Six siècles séparent les deux
événements. L’Evangile donne, dans la mort
de Jésus, une réponse aux questions que se posait déjà
Esaïe au sujet de toutes les injustices et des meurtrissures
que subissent les hommes. Dieu les prend en charge
dans l'agonie de Jésus et transforme en
espérance de vie tout ce qui était
marqué par la mort.
Jadis, le prophète Esaïe a osé dire
qu'il n'y avait pas de rapport de cause à effet
entre les souffrances des hommes et la volonté de Dieu.
Il parle d’un homme juste qui souffre, persécuté par
ses semblables et il affirme que cette souffrance n'a
pas vraiment de cause. On le persécute et Dieu laisse
faire. Il est torturé et Dieu n'intervient pas. Le
prophète sait bien en disant cela qu'il est témoin de
l'un des temps forts de la révélation, et que la qualité
de notre foi dépend de la réponse qui sera donnée
à toutes ces questions qui surgissent. Comment se fait-il
que l'innocent puisse être considéré comme un coupable
sans que Dieu n'intervienne? Est-il vraiment possible
que l'on souffre sans raison apparente et que le seul
baume qui soit efficace ne le soit que quand la mort
aura détruit notre personne?
Dans la révolution instaurée
par Esaïe, le prophète se propose de dire
délibérément dans quel camp Dieu se situe. Si
Dieu participe à la révolte de celui qui souffre
et le soutient dans son épreuve, il ne peut être en
même temps dans le camp de celui qui lui inflige sa
peine. Qu’on se le dise !
La révolution que le prophète
Esaïe inaugure avec les chants du serviteur et que Jésus
reprend à son compte signifie que Dieu a délibérément
pris position en faveur de celui qui souffre. Ce
n’est pas l’avis de ceux qui considèrent comme
un acte de foi qu’il faut accepter son sort sans
protester. Et, s’il plaît à Dieu de nous voir souffrir
et de nous mettre à l'épreuve, il ne nous reste qu'à
serrer les dents et faire contre mauvaise fortune bon
cœur en attendant qu'il daigne faire un miracle.
Nous nous demandons alors
en quoi un tel Dieu peut correspondre au
Père aimant en qui Jésus trouve sa joie? Le
prophète Esaïe qui nous rapporte ce récit est le Deutéro
Esaïe. Il vivait à l'époque de l'exil sous la domination
babylonienne. Il a vu s'effondrer l’état d’Israël et
il partage le sort de ses compatriotes en déportation.
Nous lisons ses écrits à partir du chapitre 40
du livre qui porte son nom. Les savants se demandent
encore qui est ce serviteur souffrant? Est-ce
le peuple d'Israël? Est-ce le prophète lui-même
dont un autre raconte les souffrances? Dans ces
textes provoquants le prophète essaye de trouver de
la cohérence dans ce qui est incohérent et de l'ordre
dans le désordre. Il cherche du sens à la souffrance
qui ne semble pas en avoir.
Plus l'humanité évolue, plus
elle se trouve engoncée dans ce qui n'a pas de sens.
Plus l'humanité tend à s'organiser, plus surgissent
en son sein des causes de rivalité et de désespoir.
Plus la médecine évolue, plus les moyens de destructions
s’amplifient. Nous sommes encore dans la
même situation de chaos, tel qu’il est décrit
au commencement de l’Ecriture. A l'origine, nous
est-il dit, l'Esprit de Dieu se mouvait au
dessus de l'immensité qui n'était qu'un Tohu-Wabou informe
et vide. Cette description du début des temps
correspondrait-elle encore à la réalité
d’aujourd’hui ?
Dieu est-il encore en train
de se battre contre ce désordre qu'il essaye d'organiser
depuis toujours? Est-il encore en train de bousculer
les forces hostiles pour que la terre s’épanouisse.
Est-il encore en train de diviser le firmament
pour maintenir le jour et la nuit en équilibre
et pour que l'ensemble de la planète évolue
sans que la terre ne tremble et les océans ne se révoltent.
Est-il toujours en train de pousser les hommes à agir
au milieu de toute cette agitation pour que la cohérence
prenne le dessus. Tout se passe comme si toutes les
étapes de la création étaient mêlées les unes
aux autres et non pas classées en 6 jours distincts.
C'est à se demander si le poète qui nous a transmis
ces récits merveilleux de la Création n'a pas
séparés les époques pour mieux les décrire, alors
que dans la réalité, elles restent toutes étroitement
imbriquées les unes dans les autres? S’ il en est ainsi,
c’est que Dieu est encore aujourd’hui en train
de s’efforcer de créer le monde à l’image de son
désir et invite l’homme à l’y rejoindre.
Dieu patiemment attend le 7 eme jour
qui n'est pas encore accompli, et continue à se
colleter avec le Tohou Wabou. Il s’efforce en
même temps de projeter en chaque humain
le désir d'ordre qui est en lui. Dieu a
confiance en l’homme qu’il a créé et il
cherche à s’en faire un complice, c’est pourquoi il
a besoin de partager son désir avec lui pour l’aider
à construire le monde dans une évolution cohérente.
Il est dans la nature du monde qui,
à peine a-t-il échappé au big bang primitif de résister
au talent organisateur de Dieu. Cette résistance prend
toutes les formes possibles et contamine l'homme lui-même.
L'homme avant de se soumettre à Dieu reste
le pure produit de ce monde rebelle. N’est-il
pas issu, selon les textes, de cette terre qui résiste
à ce Dieu alors que Dieu essaye de la dompter
pour la créer. L’homme, issu de la poussière de
la terre, selon les textes reste un élément rebelle
jusqu’à ce qu’il se soumette à son Dieu. Dans
la nature, toujours insoumise, les lions, les insectes
et les autres bêtes dites dangereuses, aussi
bien que les virus et les microbes se font la
guerre entre eux aussi bien qu'aux hommes et les combattent
jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Y a-t-il alors du sens à tout cela?
Tout cela a du sens car Dieu fait confiance
en l’homme . Il le lui montre par toutes les tentatives
qu’il a entreprises pour essayer de faire
entrer le monde dans un ordre harmonieux et équilibré
afin que l’humanité s’y épanouisse. Dieu, quant
à lui se refuse à accepter la loi du monde tant
qu’il ne le contrôle pas. Au contraire, il s'efforce
de créer des lois d'équilibre dont le secret est
l'amour . Pour rallier le monde à cette loi il agit
sur les hommes pour qu’ils se tournent vers lui et adoptent
son projet d ‘avenir. L’harmonie deviendra
la seule règle et le mal vaincu s’estompera au
point de disparaître. Dieu espère que la prodigieuse
intelligence qui habite chaque humain sera mise au service
de ce monde nouveau qu’il est en train de créer.
Il met tout en œuvre pour que la loi d'amour
devienne la Loi de l'évolution. En réponse à notre
collaboration Jésus nous apprend par le mystère de sa
mort que c'est Dieu qui détient le secret de la vie
et que toute vie qui s'épanouit en lui débouche
inévitablement dans l'éternité.
Dimanche 18 mars 2006 Culte
Cantate.
Luc 15/ 11-32
On a sans doute, déjà tout dit
sur cette parabole. On a dit que les deux frères
représentaient deux aspects différents du caractère
du même homme. Chacun a souvent cherché à
s'identifier au deuxième fils dont le repentir à
quelque chose de sympathique et n' a pas cherché
à s'identifier à l'autre que l'on trouve trop mesquin
pour nous ressembler. On a noté l’absence
de leur mère et on a affirmé que cette carence
d’amour maternel se décelait dans leur comportement.
On a fait remarquer que Rembrandt dans le tableau
désormais célèbre qu’il a fait de cette parabole
a doté le père d’une main d’homme et d’une
main de femme qu’il pose avec tendresse sur les
épaules du fils agenouillé dont on ne voit que le
dos, car on pourrait reconnaître notre propre
visage dans le sien. Que pourrai-je désormais dire
de nouveau ?
On notera qu'au moment où le Père
entre en scène et court de l’un à l’autre
de ses fils, l’un et l’autre sont en fait dans la
même situation bien qu’ils semblent être dans des
situations totalement à l’opposé l’une de
l’autre. Ils sont tout deux enfermés dans
une attitude mortifère ou plutôt dans une absence
de vie.
Le premier, tout à son échec est
engoncé dans un processus de régression sociale
qui nous fait de la peine. De fils de famille
qu’il était il sollicite la charge d’ouvrier
agricole, c’est dire qu'il espère une
situation à peine supérieure à celle de l’esclave.
L’autre fils s’est enfermé dans sa rancœur.
Bien que maître de tout le domaine il refuse de
rentrer chez lui. Dans sa revendication geignarde,
il dénigre sa situation de privilégié et s’isole
dans le rôle de victime.
Nous n’avons pas grand mal à découvrir
ce que la situation des deux frères a de tragiquement
moderne. Le fils prodigue se comporte comme la société
l’exige d’un coupable. Il doit faire amand |