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Dimanche 20 mai
Jean 17/20-26
Lectures Actes 7/55-60
et Apocalypse 22/12-20
Seule la foi en Jésus Christ peut nous
permettre de comprendre que le triomphe de la
vie peut jaillir du cœur d’un échec total. Seul Jésus
peut dire un échec en termes positifs et
lire l’espérance au cœur des drames. Pourtant
une question nous taraude : est-il toujours possible
de voir la main de Dieu agir quand tout s’effondre autour
de nous? Qui saura faire avec sagesse le bilan positif
d’une vie anéantie? Tout cela nous pose vraiment question
et nous ne pourrions pas donner de sens à notre
existence si Dieu ne venait pas visiter par sa présence
les drames de notre vie humaine. Mais comment voir cette
présence quand nous sommes aveuglés par ce qui devient
incompréhensible à notre raison? Pourquoi Dieu semble-t-il
absent quand nous souffrons le plus ? A travers l’expérience
de Jésus nous espérons trouver une réponse, car nous
savons que Dieu agit même si le malin nous cache sa
présence.
Nous avons dans ces paroles de la prière
sacerdotale que l’Evangéliste Jean place dans
la bouche de Jésus la réponse de Dieu à toutes
les expériences humaines concentrées dans les drames
de l’histoire des hommes. Jésus se trouve dans
une situation d’échec total et la mort en est la seule
issue. Plus rien ne devrait avoir de sens pour lui.
Ses amis qui sont encore autour de lui ne comprennent
rien à sa situation et chacun à son tour va l’abandonner
à la nuit du désespoir. Il va mourir d’une mort qu’il
a choisie mais que personne ne comprend. Le traître
est déjà en train de faire son œuvre. Ce décor
d’angoisse que je viens de décrire a été planté
par les autres Evangiles, mais il reste en toile de
fond de cette ultime prière que Jésus prononce
pour nous. Dans ce décor de désespoir jaillit la plus
forte protestation d’espérance que peut proférer un
humain. Il nous montre comment Dieu peut intervenir
dans les drames de la vie et donner du sens à
l’aventure humaine, même quand elle n'en a plus. A partir
de ce récit nous pouvons actualiser tous nos échecs
et entendre Jésus dire pour chacun de nous: «
Père, je veux que là où je suis ceux que tu m’as
donnés soient aussi... ». Mais si nous comprenons que
Dieu est présent et donne du sens à ce qui n’en a pas
, nous ne comprenons pas non plus son impuissance
à modifier le cours des choses et à faire simple alors
que nous paraît si compliqué.
Jésus se situe dans ce monde ci, celui
où nous sommes, mais il se tient à la frontière
d’un autre monde que nous ne connaissons pas encore
mais où se situe la vérité de Dieu. Le monde où nous
sommes avec ses drames et ses échecs fait écran et nous
empêche de voir une autre réalité qui est tout aussi
vraie que celle du monde où nous sommes. Jésus nous
permet d'entrevoir cette nouveauté et crée de
la sérénité là où nous ne voyons que drame et désespoir.
Il ne puise pas sa sérénité dans une science spéciale
qu’il serait le seul à connaître. Il la puise dans sa
compréhension des Ecritures où il trouve un motif
d'espérance. Il intègre complètement cette espérance
et nous la rend possible. A son contact elle devrait
devenir nôtre. Il l’intègre tellement qu’il finit
par s’identifier à Dieu au point d’être confondu avec
lui. C'est par l'espérance qu'il puise dans
l'Ecriture qu'il se fait si proche de Dieu qu'il se
confond avec lui.
Jésus ne devient pas alors fils de
Dieu par une naissance miraculeuse qui l'aurait mis
à part, mais il le devient parce qu'il se fait porteur
de l'espérance qu'il puise dans les Ecritures
au point qu'il se trouve absorbé dans la sainteté et
dans la gloire de Dieu. Etant de même nature que
lui, nous avons accès au même sort que lui. Il nous
devance seulement sur le chemin de la connaissance du
salut. Tous nos désespoirs et tous nos échecs trouvent
alors leur aboutissement dans la plénitude de Dieu.
Jésus s’avance sur le chemin de la connaissance
de Dieu aussi démunis que nous le sommes, mais il
nous encourage à le suivre et à l’imiter. C'est ainsi
qu'en partageant son espérance nous devenons
comme lui, un enfant de Dieu.
Le chemin qu'il propose est celui
que peut suivre tout individu s’il est guidé correctement.
Jésus nous donne l’exemple et se propose d’être notre
guide, tel Virgile dans la divine comédie guidant les
pas de Dante, ou tel l'ange guidant les pas de Jean
dans l'Apocalypse. Rien ne se fait sans peine
et sans effort.
Tout a commencé à l’origine du monde.
Pour comprendre cela il va falloir que nous fassions
un long retour en arrière jusqu’aux origines de la création
comme Jésus nous y invite quand il dit : « Tu
m’as aimé dès avant la fondation du monde » Il
nous ramène à l’origine de toute chose, quand après
avoir surgi hors du néant Dieu s’est intéressé
à lui. Jésus a compris, le premier avant tous, qu’avant
même que le monde soit, Dieu qui était déjà amour, se
préparait à animer de cet amour les êtres pensants
qui allaient devenir ses vis à vis et qu'il commençait
déjà à aimer.
Autrement dit avant même que
ne retentisse dans l’univers qui n’existait pas encore
le fracas du big bang qu’aucune oreille n’avait pu
entendre puisqu’il n’y en avait pas une seule, avant
même que ce moment mystique ne se produise, existait
déjà une pulsion d'amour qui allait animer
ce qui n'était pas encore créé
Jésus a fait de la notion d'amour
le code de lecture indispensable pour lire les
Ecritures. C'est tout plein de cette intuition, que
Jésus a décrypté les Ecritures pour nous.
Il a compris que cet amour était présent
à chaque étape de la révélation. Ce n'était pas
seulement une idée sublime, capable de nous faire réver,
il a découvert que l’amour pouvait se matérialiser.
Toute sa personne a rendu compte de cette réalité et
il est devenu dans sa personne l'expression de l'amour
tel que Dieu l’avait conçu.
On aurait pu penser que s'étant
approché de Dieu jusqu'à ce point, il allait
entrer tout vivant dans le mystère de Dieu. Il n’en
fut rien. Il aurait pu être comme ces grands
sages de l’Inde qui a force d’ascèse et d’abstinence
arrivent à s’identifier au divin si bien que leur apparence
physique tend à s’estomper jusqu’à disparaître. On aurait
pu croire que Jésus allait vivre la même initiation
et que sa vie se serait terminée en s’anéantissant dans
le divin donnant ainsi une dimension cohérente à l’Ascension.
Mais il en a été autrement. Pour
entraîner tous les hommes à sa suite il a consenti à
aller jusqu' aux portes du néant pour que le
néant s’ ouvre sur l’Eternité pour tous ceux qui
le suivraient. Tout cela ne pouvait s’achever dans une
pirouette où on aurait vu Jésus disparaître dans le
divin. Il fallait que son action concerne
aussi la matière. L’affrontement avec la mort devenait
inévitable. Il fallait que le divin s’empare du néant
et de la mort. La fin de Jésus telle que nous la connaissons
devenait désormais inévitable. C’est donc porteur des
promesses déjà contenues dans tout ce qui a préludé
à la création que Jésus a vu venir la mort vers lui
et qu’elle est devenue vie et éternité. La victoire
sur la mort signifie donc qu’il n’y a désormais aucun
lieu d’exclusion, aucune situation d’échec irrémédiable
où Dieu ne puisse apporter une note d’espérance.
Tout cela en termes clairs signifie
que depuis toujours Dieu s’efforce d’intégrer tous les
drames humains, qu’il n’est indifférent à aucun échec.
Jésus a montré que par sa mort le désespoir n’a aucune
place dans les projets de Dieu pour les hommes. Bien
entendu, le malin s’acharne à brouiller les cartes et
à projeter sur nous la perturbation, mais il ne peut
anéantir l’espace d’éternité que Dieu a inscrit en chacun
de nous.
Dimanche 13 mai
Jean 14/23-29
Il arrive que parfois nous nous
penchions sur nous-mêmes, que nous réfléchissions
à ce que nous sommes et que des questions surgissent
en nous avec une telle intensité que l’on préfère ne
pas poursuivre. Mais est-il possible d’échapper
à ces moments de vérité quand nous découvrons qu’il
y a un déséquilibre entre ce que nous faisons
et ce que nous pensons.
La Bible ne cesse de nous mettre
en face de cette double tension selon laquelle
l’être de chair et de sang que sommes ne s’accorde pas
toujours avec ce que lui dicte sa conscience.
Les croyants espèrent bien sûr en être définitivement
libérés quand la résurrection finale aura fait son œuvre
en eux ! Mais personne n’est vraiment pressé.
En attendant nous aimerions accorder nos
désirs avec ceux que nos voix intérieures nous
réclament.
Ce problème a hanté l’apôtre Paul dont
les épîtres ne se lassent pas de nous provoquer. Il
se demande , en nous renvoyant la question, pourquoi
nous faisons le mal que nous ne voulons
pas faire et que nous ne faisons pas le bien que
nous voudrions faire. Il remonte même jusqu’à Adam pour
savoir si son geste de rébellion contre Dieu n’aurait
pas encore des conséquences sur nous. Jésus traite
ici le même sujet, mais il ne s’y prend pas du
tout de la même façon. Il ne va pas chercher en
quoi nous serions les héritiers d’une faute primitive
à partir de laquelle découleraient toutes les
angoisses et toutes les fautes du monde. Inutile
de nous torturer pour savoir pourquoi nous faisons le
mal que nous ne voulons pas faire.
Jésus lui, ne cherche pas à anticiper
Freud, en cherchant des subtilités psychologiques. Il
va droit au but . Pour lui, il suffit de deux mots pour
rétablir l’harmonie en nous. Paix et amour. C’est
simple et radical, mais bien évidemment cela ne nous
convient pas davantage que les longs développements
de Paul. Nos ambitions personnelles et nos
préoccupations quotidiennes s’accordent mal avec
ces deux mots qui évoquent pour nous une
quiétude et un bien être qui ne conviennent qu’à
l’évocation de vie future dans l’au-delà quand
nous n’aurons plus de soucis matériels : « un tel est
entré dans la paix du Seigneur disons-nous », mais
nous ne sommes pas pressés, je l’ai déjà dit . Pourtant
Jésus revient à la charge car ces deux mots constituent
le thème récurent des chapitres 14
et 15 de l’Evangile de Jean. Selon lui, ces
deux mots constituent les valeurs indispensables
pour construire notre vie : paix et amour.
Nous trouvons que ces consignes sont
un peu simplistes. On préférerait des exigences
plus contraignantes auxquelles nous sommes plus
habituées tels le péché, la culpabilité
le repentir ou l’acquisition de méthodes d’ascèse nouvelles
. Tout cela appellerait de notre part des
réponses claires. Elles nous mettraient sans doute plus
en cause mais nous feraient espérer
de Dieu que nous débarrasserait d’un passé gênant
et nous permettrait de construire notre vie sur
une base solide. Pourtant ici, ce n’est pas le
cas. Il s’agit simplement de paix et d’amour. Tout
le reste passe après. Dans sa tendresse Dieu préfère
nous engager dans des comportements positifs par
rapport à nous-mêmes plutôt qu’à des attitudes
culpabilisantes sur un passé qui ne doit plus avoir
d’incidence sur le présent. Sans quoi à quoi servirait
le pardon ?
Il s’agit maintenant de savoir comment
nous allons gérer ces deux notions positives. C’est
par elles que Dieu se fait généralement
connaître. Dieu se propose de nous
mettre en paix avec lui et avec les autres par la pratique
de l’ amour. C’est dans la mesure où nous reconnaissons
que ces deux valeurs qui le caractérisent peuvent devenir
les nôtres que notre relation à lui devient différente
. C’ est par elles qu’il crée l’espérance et qu’il nous
donne d’aspirer à la nouveauté. Si Dieu se fait
présent dans notre vie d’aujourd’hui, c’est en tant
que créateur d’espérance. C’est en cela qu’il
est créateur.
La notion de création agite le monde
des penseurs d’aujourd’hui. Finie l’époque où l’on croyait
qu’il suffisait que Dieu souffle
sur une poupée d’argile pour que l’humanité existe.
Finie aussi l’époque où l’on pensait qu’il suffisait
à un singe de descendre d’un arbre pour que, selon
les lois de l’évolution, il devienne un homme. Est apparue
plus récemment la notion du « dessein intelligent »,
selon laquelle le monde serait guidé dans son évolution
par un esprit organisateur. Cette querelle n’a pas de
raisons d’être puisqu’elle qu’elle fonctionne
sur des idées selon lesquelles il
faudrait faire coïncider Bible et science. Alors
que les repères qui nous sont donnés par
l’Evangile résident dans les notions abstraites,
invisibles à l’œil nu telles que l’amour
et la paix, car c’est par elle que Dieu se rend présent
au monde.
Ce n’est pas évident de les repérer
tant les attitudes de violence du monde où nous sommes
les voilent. Par contre on les perçoit
au niveau de nos désirs profonds, comme si Dieu avait
mis sa trace en nous depuis l'origine. Pour vous
en rendre compte, je vous renvoie alors à nos
prières d’intercession pour que constater combien ces
deux notions font partie de nos aspirations et que nous
les renvoyons à Dieu pour qu’il se manifeste par elles
car c’est par elles que nous espérons constater
sa présence. Nous lui demandons sa paix et nous espérons
voir se manifester son amour par le mieux être de ceux
qui désespèrent. Nous le demandons chaque dimanche,
comme par un acte de foi insoupçonné.
Pour soutenir et accompagner
nos demandes et nos désirs Dieu nous donne un
secours puissant, le Saint Esprit qui porte ici le nom
de « Consolateur ». Les traducteurs ont eu du mal à
nous rendre compte du mot utilisé dans l’Evangile.
On le rend par Paraclet, défenseur, celui
qui réconforte, l’avocat…On a du mal à le traduire tant
ses compétences sont vastes. Toutes ces variantes de
traduction nous laissent entendre combien nos sentiments,
sont confus et pleins d’espoir.
Nous avons avant toute chose
besoin d’être consolés, réconfortés, réconciliés avec
nous-mêmes et avec Dieu. Et tant que cela
n’aura pas eu lieu nous resterons en manque. Nous resterons
incapables d’être en paix, et incapables d’aimer sans
abuser des autres. Cet esprit du Seigneur nous prend
d’abord en charge, pour nous mettre en vérité par rapport
à nous-mêmes. Il nous rappelle que si nous avons
perçu que Dieu agissait en Jésus Christ, il nous
fallait mettre de l’ordre dans notre manière de penser
et donner priorité à ce qui avait priorité en Jésus
et ce n’est pas si simple.
Nous reconnaissons alors que
le Dieu de Jésus Christ n’est pas le Dieu au quel les
hommes aspirent. Ils cherchent un Dieu de puissance
et de justice dont les effets seraient spectaculaires
: un Dieu rendu familier par le cinéma. Il confond sa
voix avec celle du tonnerre, un Dieu dont les colères
sont redoutables et qui privilégie les hommes qui
servent sa gloire. Pourtant depuis le prophète Elie,
on a appris qu’il confondait sa voix avec celle d’un
doux zéphyr, avec Esaïe on a découvert que son action
consistait à compatir à la plainte de son
serviteur souffrant, on a aussi été surpris
d’apprendre qu’il n’aimait pas nos cérémonies
mais qu’il leur préférait un repentir sincère
et que le seul culte qui pouvait lui rendre
gloire c’était de pratiquer la justice. Jésus nous a
confirmé tout cela, quand agonisant sur une croix
il a manifesté à ceux qui désespèrent qu’il est le Dieu
de la vie et de l’éternité. Pour opérer un tel renversement
de valeurs, nous avons bien besoin d’un Consolateur
puissant qui nous aide à restructurer nos idées et à
repenser nos actions. C’est alors que si nous
nous mettons en harmonie avec lui, la paix viendra sur
nous et l’amour véritable sera possible. C’est alors
que nous verrons Dieu à l’œuvre dans la création du
monde.
Le cherchant dans des manifestations
visibles, les hommes ne sont pas attentifs à l’action
qu’il mène dans l’invisible de leur cœur. Nous
devons réaliser que les mystères de Dieu, dans sa relation
avec les hommes sont de l’ordre de l’invisible. C’est
ainsi que le salut en Jésus Christ n’est accessible
que par la foi qui ne se voit pas , et que le
pouvoir créateur de Dieu n’est discernable que
pour celui qui vit en intimité avec lui. Les éléments
fondateurs de cette intimité sont la paix et l’amour.
La paix s’installe en nous quand toutes
les barrières qui se dressent entre Dieu et nous sont
tombées. Se crée alors en nous un état de sérénité
par lequel nous sommes en en harmonie avec notre
Dieu. C’est ainsi que par son génie créateur
il nous donne l’audace d’avancer et l’espérance
d’aboutir.
Rien de tout cela n’est visible à l’œil
nu, seuls ceux qui croient peuvent s’en rendre
compte, c’est pourquoi il est urgent de gagner les homme
à la foi car c’est par elle qu’ils découvriront qu’il
ne sont plus séparés de Dieu mais qu’ils sont sauvés.
L’amour devient le moteur de l’action de
tous ceux qui sont en paix avec Dieu . Ils se mettent
à aimer pour que tous les hommes aillent mieux,
pour quel la terre aille mieux et que la création
se prolonge aussi longtemps que les hommes seront en
paix avec Dieu. L’avenir est donc grandement ouvert
pour ceux qui savent aimer car c’est ainsi que s’inscrira
l’avenir dans le projet de Dieu pour le monde ..
Dimanche 6 mai Pentemont
Apocalypse 21/1 à 5b.
Autres
lectures Actes 14/21b à 27 et Jean 13/31-35
Le monde dans lequel nous évoluons
est beau, on ne le dira jamais assez puisqu'il est l'œuvre
de Dieu et qu' il est sensé nous renvoyer les reflets
de sa gloire. Mais comme par un malin plaisir, nous
passons notre temps à le dénigrer. Nous ne nous lassons
pas de répéter ce que je vais encore une fois dire,
à savoir que l'activité humaine dégrade la terre et
va y rendre la vie bien difficile, que la survie des
espèces est menacée, que l'homme est perçu comme le
plus grand prédateur vivant. C'est pour cela que le
problème de la sauvegarde de la planète a fait irruption
dans la campagne électorale et s'y est imposé comme
un des thèmes majeurs. La colère de l'homme qui
n'y peut plus rien, se retourne contre lui-même et il
ne peut que désormais se lamenter sur son propre
sort en accusant les autres de n'avoir rien fait. Les
plus audacieux vont même jusqu'à imaginer la possibilité
d'une fuite des humains hors de notre galaxie vers des
planètes aptes à nous recevoir. Ils reprennent à
leur compte le thème de films célèbres tels « Rencontre
du troisième types » ou « E.T » Les hommes en
seraient les acteurs et non plus les victimes. Tout
cela ne pourrait être envisageable que si les techniques
sont suffisamment avancées quand le moment d'inhabilité
de la planète se manifestera. Nous échapperions ainsi
à la malédiction de l'Apocalypse puisque c'est de ce
sujet que nous allons traiter.
En ouvrant le Livre de l'Apocalypse,
le lecteur du vingt et unième siècle, comme celui de
tous les siècles qui l'ont précédé y trouve le reflet
des malheurs de son temps. Ces malheurs auraient pour
cause la colère de Dieu qui punirait ainsi les hommes
de tous les maux de la planète dont ils se seraient
rendus coupables. Les lecteurs attentifs au message
de l'Evangile ont du mal à y reconnaître un message
du Dieu d'amour, le Père de Jésus-Christ qui se
trouve ici, lui-même, transformé en agneau égorgé qui
se transmuterait en un juge suprême particulièrement
sévère puisqu'une poignée de 144 000 élus seulement
échapperaient à son châtiment. Pourtant le passage
que nous avons lu nous laisse supposer une autre fin
et nous invite à porter un autre regard
sur ces choses qui nous préoccupent.
Si donc nous songions, dans nos égarements
les plus abracadabrantesques à fuir notre planète devenue
inhospitalière à cause de nos fautes et à priver Jésus
de son jugement contre nous, ces lignes nous ramèneraient
à une autres réalité. Elles nous disent que l'évasion
que nous fomentons ne nous amènera nulle
part, puisque le salut ne viendra à nous que par la
volonté de Dieu qui nous promet un temps nouveau, sur
une terre recrée qui viendrait du ciel comme un cadeau
immérité. Alors que nous cherchons à nous en sortir
par les élucubrations fumeuses de notre cerveau humain,
le salut nous est offert. Il nous suffit de l'accepter.
Le terrien que nous sommes est une
créature étrange. En apparence il est fragile, sans
aucune protection naturelle, un bipède sans poils ni
plumes comme dirait Diogène. Il ne serait doté que de
son génie propre pour s'en sortir. Et il s’en sort très
bien. A la différence des autres espèces animales, il
utilise sa prodigieuse intelligence non seulement
pour se tirer d’affaire mais aussi pour dominer
ou éliminer ses semblables, car il les considère tous
comme des rivaux. Il y réussit assez bien, c'est pourquoi
la planète est dans l'état où elle est. C'est ainsi
que nous revenons aux constatations de notre point
de départ qui consistaient à considérer l'homme comme
un prédateur redoutable.
Si l'espèce humaine survit et s'améliore,
c'est grâce à son intelligence, mais c'est aussi
au détriment de ce qui l'entoure. C'est parce qu'il
s'adapte que l'homme invente, et s'il prend le contrôle
de tout ce qui vit c'est parce qu'il s'active intellectuellement.
J'ai dit que c'était grâce à
son intelligence. Mais avez-vous déjà vu une intelligence
à l'état brut? Avez-vous déjà touché une intelligence
ou en avez-vous vu la couleur? Bien sûr que non. Et
pourtant, nous sommes tellement sûrs de son existence
que nous avons réussi à la tester et à la mesurer!
Nous vivons donc et nous évoluons
grâce à notre intelligence qui est une réalité invisible,
indéfinissable, intouchable, mais étrangement efficace.
Elle est la clé de notre existence. Ayant fait ce constat,
l'être humain que nous sommes, doté d'une super faculté
de raisonnement se sait maître de tout. Mais il ne supporte
pas qu'une autre réalité, puisse rivaliser avec lui,
c'est pourquoi il se sent un peu seul face à lui-même
dans ce vaste univers qu'il découvre un peu mieux chaque
jour, si bien que quand il aura épuisé les possibilités
de vie que lui donne sa super intelligence, il ne trouvera
de solution que dans la fuite, comme un vulgaire lapereau
atterré, et il mettra tout en branle pour quitter la
planète.
Il y a cependant une question que notre
cerveau prodigieux ne s'est pas vraiment posée et que
ce texte pose pour nous. Peut-il y avoir
une réalité invisible, insaisissable, qui ne serait
pas nous-mêmes et qui pourrait rivaliser avec nous et
dont nous pourrions cependant mesurer les effets ? Si
cela était possible, les choses prendraient sans doute
un autre aspect.
Cette première question en entraîne
une seconde: D'où nous vient cette idée qui ne se vérifie
pas dans nos actions, selon laquelle, si nous portions
un peu d’amour à ceux que nous cherchons à dominer,
les choses pourraient vraiment changer et inverser le
sens du destin? Comment se fait-il que nous n'ayons
pas expérimenté cette hypothèse qui consiste à
considérer les autres, comme étant semblables
à nous-mêmes, comme des amis et des êtres aimables?
D'où nous vient cette suggestion, parfaitement étrangère
à nos comportements? Elle résonne en nous comme une
voix inaudible mais cependant perceptible. Elle
nous propose des pistes à explorer que notre propre
intelligence ne nous a pas révélée.
Si nous creusions cette idées, nous
découvririons par simple déduction que nous ne sommes
pas les seuls à penser dans l’univers et que des idées
autres que les nôtres nous habitent aussi. Une
intelligence supérieure à la nôtre viendrait donc nous
visiter et nous proposerait d’entreprendre des actions
nouvelles qui auraient certainement plus
de noblesse à être expérimentée qu'une fuite éperdue
vers des galaxies inconnues pour y répandre à nouveau
les nuisances que nous avons déjà inventées
et qui nous auraient chassées de la terre.
Il est donc concevable qu’une autre
intelligence cohabite avec nous et oriente nos visées
dans une d'autres directions. Elle est capable
de nous corriger, de modifier nos comportements.
Regardons donc le monde en tenant compte
de cette hypothèse! Nous constaterons alors que ce qui
en fait la beauté, ne réside pas tellement
dans ce que l'on perçoit avec nos sens, mais dans
ce que nous discernons dans le domaine des idées.
C'est donc dans l'invisible que se joue la réalité.
Il est donc temps de changer notre regard sur nous et
sur ce qui nous entoure.
Les notions d'altruisme et d'amour
du prochain sont aussi vieilles que l'humanité.
Elles nous ont été transmises de proche en proche
par ceux qui croyaient qu'une force d'amour extérieure
à eux-mêmes pouvait transformer le monde. Lentement
cette idée a fait son chemin au travers des vicissitudes
de ceux qui la portaient. Ils ont été marginalisés,
rejetés, tués parfois, parce que cette idée venue d'ailleurs
n'était pas issue d'une intelligence humaine. Mais pourtant
elle s'impose et s'imposera encore plus profondément
parce qu'elle suscite la vie partout où elle se
répand, c’est pourquoi elle est porteuse d’avenir.
Celui qui se laisse habiter par cette
force extérieure est entraînée au delà de la vie, dans
l'éternité. Jésus à qui l'Apocalypse rend hommage a
été habité par une telle puissance d'amour qu'elle
est devenue contagieuse pour quiconque la pratique
au point de transformer sa vision du monde. La
lecture de l'Apocalypse devient alors différente de
celle à laquelle nous avons été habitués, elle nous
montre que les forces d'amour sont aux prises avec les
forces maléfiques que peut produire l'intelligence
humaine. Ce combat a pris des dimensions cosmiques qui
sont décrites dans ce livre. Il dure depuis
l'origine des temps. Mais chaque jour l'amour gagne
du terrain à sa cause jusqu'à ce que les certitudes
d'une vie nouvelle s'imposent à l'humanité. Cela nous
est donnée par cette force que nous nommons Dieu. Elle
nous est ici présentée comme un cadeau qui nous vient
du ciel, c'est dire qu’elle ne dépend pas de nous
et ne peut être efficace que si nous l'acceptons comme
un don.
Dimanche 29 avril
Actes 13/14-52
Autres textes Jean 10/27-30
Ce texte m'étonne, et peut être
éprouvez-vous le même sentiment que moi. Je suis
surpris par le manque de réaction des gens
de la synagogue d’Antioche qui n'ont pas manifesté
leur désapprobation à la suite de l'intervention
de Paul. Au contraire, ils l’ont invité à
revenir la semaine d’après pour approfondir son
discours. Le mouvement de foule que je croyais
inévitable n'aura lieu que huit jours plus tard
il jaillira du sein des dames de la bonne société.
Mais le sujet qui les a fait réagir n’est
pas le même que celui qui me fait réagir à l’instant.
Le mécontentement de la population
juive locale venait des propos que Paul
a tenus au sujet des païens. Paul affirmait
qu’ils avaient droit au salut au même titre que
les juifs de souche. En fait Paul était allé encore
plus loin. Il avait accusé les juifs de Jérusalem
de ne pas avoir su accueillir la « bonne nouvelle
du salut en son temps », c’est pourquoi il s'était
senti autorisé par Dieu à l’annoncer aux païens.
Le résultat avait été spectaculaire,
les païens s'étaient convertis en masse et
c’est cela qui a rendu jaloux les membres de la
synagogue d’Antioche. Il y aurait même de
quoi rendre aussi jaloux les prédicateurs modernes
qui arrivent rarement à opérer un tel niveau de
conversion. Mais ce n’est pas à cause de l’insuccès
de ma propre prédication ni du succès de celle de
Paul que j’ai manifesté ma surprise en commençant
mon propos.
Ma surprise vient du fait que Paul
a ici une curieuse notion de l’histoire d’Israël.
Sans regarder le texte à la loupe, vous remarquerez
qu’il ne mentionne pas le nom de Moïse en
parlant de la sortie d’Egypte. Il ne parle pas non
plus du don de la Loi qui est l’acte fondateur du
peuple juif au Sinaï. Il n’y fera qu’une brève allusion
à la fin de son discours pour en contester les effets.
Il présente ensuite l’époque des Juges comme une
période idyllique de 450 ans alors qu’il est
relativement facile de vérifier qu’elle n’a duré
que 150 ans environs. Quant aux 450 ans, il
s’agissait plutôt du souvenir que la mémoire collective
avait gardé du long séjour d’esclavage en Egypte
en Egypte. Ce glissement de période
permettait de laisser entendre que à partir de la
première intervention de Dieu au moment de l'esclavage
en Egypte l’histoire du peuple hébreux avait été
une longue période heureuse, qui a conduit ce peule
jusqu'à l'époque bénie du roi David. Ce
discours semble donc gommer toutes les phases négatives
de l'histoire des hébreux.
Tout en contestant la qualité d’historien
de Paul je laisse entendre qu’en parlant comme il
l'a fait, il avait un but précis qu'il
nous faudra découvrir. C'est alors qu'il s’attarde
à décrire la période du Roi David avec complaisance.
S'il mentionne, l’échec du premier roi Saül c'est
pour mieux valoriser la réussite du roi David.
Sans transition, il saute alors directement
à Jean baptise dont les Israélites d’Asie
mineure ignoraient certainement l’existence.
Il ne mentionne même pas la période des prophètes
qui est si importante pour comprendre la venue du
messie en la personne de Jésus. C’est
à ce point de son raisonnement, comme s’il avait
oublié quelque chose, qu’il parle d’Abraham dont
il mentionne le nom , comme pour dire que c’est
à ses fils que ce discours s’adresse. Il semble
rappeler ainsi à ses auditeurs que la
descendance d’Abraham est aussi nombreuse
que le sable des mers et recouvre d’autres
peuples que les peuples sémites.
Ce discours est pour le moins fantaisiste.
Il présente quelques libertés par rapports
à l’histoire que je n’aurais pas supportées de la
part de mes catéchumènes. Pourquoi les tolèrerai-je
alors de la part de Paul ? Ce long discours prononcé
par Paul sert de prologue à l’enseignement
de Paul sur Jésus d’où il ressort que les
juifs de Jérusalem n’avaient rien compris à son
message. Par contre à la suite de ce développement
il devrait être évident pour les juifs d’Antioche
que Jésus est bien le fils de David et que sa résurrection
programmée déjà à l’époque du grand roi constitue
la preuve dont tous ont besoin pour croire au salut
des hommes et aux promesses de pardon. C'est
effectivement ce qui se passe. Le discours de Paul
obtient, pour un premier temps, la faveur de tous.
Je n’ai bien entendu rien à opposer à cette
conclusion à laquelle nous devrions tous adhérer.
Pourtant il n’est pas encore dit clairement
quelle notion recouvre l’idée de salut qui
est émise ici.
Au point où j’en suis de mon raisonnement,
je pense que vous commencez à avoir envie de rejoindre
les bourgeoises d'Antioche et de contester
mes propos. Vous pensez sans doute qu’un sermon
n’a d’intérêt que s’il simplifie ce qui est compliqué
et non pas qu’il complique les choses pour les rendre
encore moins intelligibles. Mais on ne peut rendre
compte d’un texte, à partir duquel nous cherchons
à discerner la Parole de Dieu sans en soulever les
problèmes qu’il pose car c’est sans doute en repérant
les problèmes qu’on dégagera peut être une parcelle
de vérité.
En revenant à une idée déjà émise,
Il est évident que l’on ne peut en rien accuser
Paul d’ignorance. On ne peut pas accuser non plus
Luc, qui est l’auteur du Livre des Actes d’être
incompétent et d'avoir rapporté les propos de Paul
d'une manière fautive. Pourtant en commençant j’ai
laissé entendre que ce discours aurait du provoquer
des remous? S'il ne l’a pas fait à cause des erreurs
et omissions que nous avons relevées c’est qu’il
a sans doute été recomposé après coup. C’était
en fait l’habitude chez les historiens antiques
d’opérer ainsi et de rendre compte des événements
à partir de propos rapportés sous forme de discours
qui en fait n’avaient jamais été vraiment
prononcés. Même si cela vous choque c’était
la manière d’opérer de l’époque, et la meilleure
preuve en est, que personne n’a réagi. Ce
discours est sans doute rapporté ainsi pour exprimer
une intention théologique, et c’est cela qu’il faut
essayer de dégager maintenant. Luc est un trop bon
connaisseur de la Bible pour avoir rapporté les
choses sans avoir l'intention de nous
aider à construire notre foi.
Une première question, déjà soulevée
doit provoquer notre attention. Pourquoi donc le
nom de Moïse n’est-il pas prononcé dans l’évocation
de la sortie d’Egypte ? A mon avis Paul ne
voulait pas mettre Dieu et Moïse en concurrence.
L'action libératrice de Moïse aurait voilée celle
de Dieu. Paul veut montrer que le premier
acte de Dieu est de libérer. Le premier acte
révélateur de Dieu est un acte libérateur.
Le premier acte que fait Dieu pour se faire connaître
est un acte créateur qui consiste à libérer les
hébreux captifs, mais aussi tous ceux qui sont prisonniers,
quelle que soit la nature de leur dépendance. Et
le propos de Paul s’achèvera par la libération
définitive de la mort par Jésus pour quiconque croit
en lui. Ces propos sont présentés comme
la conclusion logique de son raisonnement.
Si au cours de son discours Paul
avait parlé de Moïse, il aurait obligatoirement
parlé de la Loi qu’il considère par ailleurs comme
aliénante. Les juifs pensaient que l’on été
sauvé grâce à une pratique rigoureuse de la Loi,
et ici le texte nous dit que bien avant que la Loi
soit donnée par Moïse, le projet de Dieu était déjà
de sauver les hommes. Le salut devenait alors, pour
chacun de ceux qui écoutaient Paul, la certitude
que chacun avait de la valeur aux yeux de
Dieu avant même qu’il ait eu conscience d’être
pécheur. Le salut selon ce passage précède toute
faute, si bien que l’homme est sauvé avant
d’être reconnu coupable. C’est cela que la Réforme
développera sous l’expression de « salut par la
grâce »
C’est la raison pour laquelle
seul David est mentionné parmi les rois car
il devient sous la plume de Luc le type même de
celui qui en accueillant la grâce qu'il
ne mérite pas est revêtu du titre de Fils
de Dieu. Ce n’est pas à cause de ses vertus personnelles
qu’il en est ainsi, mais c’est à cause de
sa foi.
Bien entendu, la résurrection de
Jésus, vient amplifier d’une manière glorieuse ce
qui était déjà dans le cœur de Dieu depuis toujours.
Celui qui accueille en lui la vérité de la
résurrection de Jésus devient l’homme nouveau
que Dieu a entrepris de créer depuis qu’il se manifeste
aux hommes. Désormais, chacun peut regarder l’avenir
avec assurance sans craindre d’être jugé, il peut
profiter de la vie sans qu’elle finisse par l'anéantissement
dans la mort. Chacun peut désormais comprendre
que le Dieu pour qui Jésus a mis sa vie en cause
donne du sens au monde qui trouve en lui l’organisateur
de toute chose et le dispensateur de la vie jusque
dans l’éternité.
Dimanche 8 avril Pâques 2007
Matthieu 28/1-10
Autres textes Actes 10/34-43
et Colossiens 3/1-4
Chers frères et sœurs, chers amis
regardez-vous les uns les autres ! Ne trouvez-vous
pas que celui ou celle qui est à côté de vous
est merveilleux ? Je suis sûr que si tel n’est
pas votre sentiment, c’est pourtant celui de Dieu
! Je suis sûr pour ma part que Dieu ne cesse pas
de s'émerveiller en regardant les hommes se
mouvoir sur cette terre. Certainement, il
doit s’étonner de notre esprit d’invention, de notre
capacité à nous adapter aux situations nouvelles
et de nos facultés à maîtriser les catastrophes.
Depuis que l’homme existe sur terre, malgré sa fragilité
apparente, il a résisté à toutes les épidémies,
à toutes les famines, à tous les changements climatiques.
Les mammouths ont disparu, mais les hommes ont survécu.
Pourtant, sa capacité à maîtriser
les situations a aussi ses faiblesses. Les hommes
n’acceptent pas de ne pas être seuls à bord
pour piloter le monde. Ils ont du mal à imaginer
qu'un être pensant puisse leur être supérieur
et qu'il soit à l'origine de tout. Si Dieu admire
les hommes, les hommes par contre sont plus réticents
à lui rendre la pareille. C’est d’ailleurs là un
des sujets de contestation entre les humains. Ils
ne s'accordent pas entre eux sur le principe de
l’existence ou de la non existence de Dieu. Si les
plus entreprenants arrivent à concéder aux
autres qu’il y ait au-delà de tout, un être supérieur,
ils répugnent pourtant à lui reconnaître du
pouvoir sur le monde et une capacité quelconque
à diriger les actions humaines. Y a-t-il alors
un être suprême ? Si oui nous juge-t-il, nous
condamne-t-il, à quoi sert-il ? Quel est son
volent de manœuvre : créationnisme ou évolutionnisme
?
Au delà de ces clivages, il y a
d'autres penseurs, et ils sont nombreux, pour
qui, il suffit d’être un peu plus intelligents que
les autres pour tout comprendre. Le fait de
formuler l’hypothèse qu’un Dieu organisateur soit
à l’origine de toute chose est pour eux une
facilité qui ne convient pas à des êtres évolués.
Ainsi nient-ils tout en bloc. Cette attitude
leur permet de formuler une réponse facile à un
problème complexe, c'est à dire à avoir une
mauvaise réponse. Beaucoup d'autres encore
ne se posent pas de problèmes du tout, ils se
contentent pour la plupart d’affirmer l’existence
de Dieu et de ne tolérer aucune autre opinion
à ce sujet que la leur. Ils ont ainsi hérité de
traditions familiales ou nationales, et à
ce titre elles sont intouchables. Voilà encore un
autre sujet d’étonnement de la part de Dieu qui
a du mal à concevoir que les humains se divise à
cause de lui.
Comment se fait-il, doit-il se
demander, que les hommes si intelligents, si inventifs,
si entreprenants sur le plan technique et sur le
plan scientifique manifestent si peu d’intelligence
face aux problèmes métaphysiques. Comment se fait-il
qu’ils agissent vis à vis de Dieu comme
si leur opinion ne dépendait que d’une
intuition subjective ou d’une tradition héritée
des ancêtres ? Comment se fait-il que
l’humanité si rationnelle pour gérer ses intérêts
dans le monde, soit si empirique dans sa relation
à Dieu ? N’est-ce pas là un sujet d’étonnement pour
Dieu s’il existe ?
Le Dieu dont Jésus est le témoin
n’ignore pas ce comportement, c’est pourquoi il
a choisi d’établir un rapport privilégié avec l’humanité.
Il se révèle donc au monde des humains comme un
Père, et c’est à ce titre là qu’il se définit comme
créateur. Ce processus s’est fait dans la durée.
Il se révèle lit-on dans les Ecritures à Abraham,
il se fait connaître à Moïse, il parle par
les prophètes et avec Jésus il rend compte du processus
de vie qui ouvre à l’humanité le chemin de
l’éternité.
C’est à la suite de ce long cheminement
à travers les âges qu’il se propose, comme pour
Jésus, de vivre une expérience personnelle
avec chacun de nous et d’éclairer notre histoire.
Cette histoire a été initiée bien avant que
nous ayons eu conscience d’exister. Un jour
chacun a plus ou moins pris conscience de
la présence de Dieu à ses côtés. Les uns ont pris
soin de cultiver cette intimité, elle s'est épanouit
dans un acte de foi qui a illuminé leur vie.
Les autres mal guidés ou trop indépendants n’ont
pas entretenu cette relation. Ils ont oublié que
Dieu s’était approché d’eux. Leur foi trop
faible pour résister s’est desséchée et n’a subsisté
alors que sous forme de souvenir.
Notre relation avec Dieu n’est
pas liée au hasard. Elle est l’aboutissement d’une
longue aventure dont les racines se trouvent aux
origines de l’humanité, et telle la sève de la plante,
l'esprit de Dieu a cheminé lentement jusqu’à nous
par des canaux mystérieux. Dieu était à l’œuvre
dans l’humanité bien avant que nous nous éveillions
à la foi. Elle s’est manifestée un jour à nous comme
une prise de conscience, telle un éveil à une nouvelle
dimension de la vie. Tel en tout cas était
le but de Dieu qui nous a cependant laissé libres
de le suivre.
Ce constat étant fait, il nous
appartient maintenant d’assumer librement
nos responsabilités et de travailler sur nous-mêmes.
Guidés par Jésus, il nous faut descendre en
notre fort intérieur pour découvrir la source qui
peut irriguer nos jardins secrets. C'est elle,
qui peut ouvrir notre être au souffle de Dieu
qui pourra définitivement bousculer
nos a priori et nos idées reçues. Si nous
l’accompagnons dans ce travail d’exploration
de nous-mêmes nous découvrirons alors
l’action créatrice de Dieu en nous. Nous collaborons
donc avec lui pour qu'il fasse de nous des êtres
nouveaux qu'il marque de son sceau et qu'il introduit
dans sa éternité. C’est cela la résurrection. Grâce
à Jésus qui nous guide nous retrouvons l’itinéraire
que chacun doit suivre pour que sa foi
en Dieu prenne vraiment du sens. Si la résurrection
est un don de Dieu, nous n'en prenons conscience
qu'au prix d'un certain effort de notre part.
Tous ne suivent pas ce chemin à
la suite de Jésus et préfèrent donner
autorité à des formes de piété que la religiosité
populaire à véhiculées depuis des siècles. Elles
correspondent certainement à leurs désirs,
mais ne relèvent pas d’une aventure personnelle
de la foi, si bien que Dieu après s’être
émerveillé du comportement de l’homme se trouve
navré de sa facilité à repousser les expériences
de vie intérieure qu’il leur propose.
Nous avons pris conscience du
fait que la résurrection s’impose à nous comme
le résultat d’un long cheminement avec Dieu au terme
duquel nous le découvrons en tant que créateur de
notre vie. Comme tout acte créateur de Dieu, cet
événement est lié à une parole qui vient de
lui, car Dieu, quand il crée, est-il dit,
il le fait par sa parole, c’est à dire par un acte
qui le rend accessible. Il adresse ainsi une
parole à chacun de nous qui appelle notre adhésion.
« Pourquoi me persécutes-tu » avait
entendu Paul en tombant de cheval. Ce fut
dans la voix et non dans la chute qu’il avait
reconnu la présence de Dieu. Il évoquera plus
tard cette voix comme étant l’élément qui
a provoqué sa prise de conscience de la résurrection.
Chaque fois que l’Ecriture fait
état de la résurrection il nous est dit qu’une voix
a accompagné la prise de conscience des témoins
pour bien signifier que la résurrection est un acte
créateur de Dieu. Nous prenons conscience de cette
voix sans que pour autant elle se manifeste à nos
oreilles. C'est une voix qui est pleine de
vie puisqu'elle met en route ceux ou celles qui
l'entendent. "Allez dire à mes frères que je
les précède en Galilée". La voix renvoie
les femmes chez elles, dans leur maison, car c’est
là qu’elles vont vivre leur propre résurrection,
car c’est d’abord pour vivre sur terre qu’il nous
est donné de prendre conscience de la résurrection.
Pourquoi alors s’étonner si pour
décrire une telle transformation, l’écrivain biblique
a eu recours à la description d’un ange de
lumière. Il traduit ainsi l’émerveillement
qu’il ressent, car l’expérience de la foi
est intraduisible dans notre langage usuel et quand
on l’exprime il faut utiliser des images fortes
pour qu’elle devienne accessible aux autres.
Ecoutez donc, frères et sœurs toutes
ces voix intérieures qui créent en vous la
certitude que la résurrection vous est donnée comme
l’aboutissement de vos expériences spirituelles
avec Dieu. C’est par elles qu’il crée en vous l’être
nouveau dont il a besoin pour provoquer
vos semblables afin qu’ils se laissent saisir
à leur tour par l’aventure de la résurrection qui
est en même temps une expérience de création et
qui a pour effet de remplir le monde d'espérance.
Dimanche
1er avril culte des Rameaux - Pentemont
Luc 19/28-40 et Esaïe 50-7
Depuis des siècles, nous ouvrons la
semaine sainte en écoutant le martellement des sabots
d'un petit âne sur les pavés de la vieille ville de
Jérusalem. Il emprunte à peu de choses près le
même chemin que Salomon aurait suivi, juché sur l'ânesse
de son Père pour être intronisé roi à sa suite. Il s'agissait
d'une révolution de palais qui consistait à imposer
Salomon sur le trône de David à la place de son
aîné. L’affaire fut chaude. Il y a donc fort peu
de similitude entre les deux événements si non
le lieu et la monture. Pourtant il s'agit bien aussi
pour Jésus, d'une révolution, mais elle est d'un autre
ordre.
Jésus ne cherche pas à renverser le
pouvoir. Il ne bouscule pas les valeurs
sociales comme on a pris l’habitude de l’imaginer. Il
n'institue pas le règne des pauvres. Il ne suggère pas,
avant l'heure, une forme de dictature du prolétariat.
Le mouvement qui anime Jésus puise ses racines dans
les origines prophétiques du judaïsme. Il trouve son
inspiration dans la longue complainte du Serviteur
souffrant auquel le prophète Esaïe a prêté sa voix et
sa plume. Son histoire trouve son épilogue dans l'agonie
de Jésus, au moment où sur la croix il s'écrie: "Mon
Dieu mon Dieu, pourquoi, m'as-tu abandonné?" C’est
là le dernier élément d’une révolution qui concerne
la création, car c’est bien de création qu’il s’agit,
comme on, va le voir, elle fut initiée jadis
par Esaïe, le deuxième du nom.
Nous le connaissons bien ce serviteur
torturé. On lui arrache la barbe sans qu'il se plaigne,
on le mène à la boucherie comme un agneau sans
qu'il proteste. Les chants du Serviteur souffrant servent
de toile de fond aux nombreuses liturgies de la semaine
sainte. Sa plainte s'achève dans la mort de Jésus comme
l'affirmation de la présence de Dieu au
sein de la souffrance. Six siècles séparent les deux
événements. L’Evangile donne, dans la mort
de Jésus, une réponse aux questions que se posait déjà
Esaïe au sujet de toutes les injustices et des meurtrissures
que subissent les hommes. Dieu les prend en charge
dans l'agonie de Jésus et transforme en
espérance de vie tout ce qui était
marqué par la mort.
Jadis, le prophète Esaïe a osé dire
qu'il n'y avait pas de rapport de cause à effet
entre les souffrances des hommes et la volonté de Dieu.
Il parle d’un homme juste qui souffre, persécuté par
ses semblables et il affirme que cette souffrance n'a
pas vraiment de cause. On le persécute et Dieu laisse
faire. Il est torturé et Dieu n'intervient pas. Le
prophète sait bien en disant cela qu'il est témoin de
l'un des temps forts de la révélation, et que la qualité
de notre foi dépend de la réponse qui sera donnée
à toutes ces questions qui surgissent. Comment se fait-il
que l'innocent puisse être considéré comme un coupable
sans que Dieu n'intervienne? Est-il vraiment possible
que l'on souffre sans raison apparente et que le seul
baume qui soit efficace ne le soit que quand la mort
aura détruit notre personne?
Dans la révolution instaurée
par Esaïe, le prophète se propose de dire
délibérément dans quel camp Dieu se situe. Si
Dieu participe à la révolte de celui qui souffre
et le soutient dans son épreuve, il ne peut être en
même temps dans le camp de celui qui lui inflige sa
peine. Qu’on se le dise !
La révolution que le prophète
Esaïe inaugure avec les chants du serviteur et que Jésus
reprend à son compte signifie que Dieu a délibérément
pris position en faveur de celui qui souffre. Ce
n’est pas l’avis de ceux qui considèrent comme
un acte de foi qu’il faut accepter son sort sans
protester. Et, s’il plaît à Dieu de nous voir souffrir
et de nous mettre à l'épreuve, il ne nous reste qu'à
serrer les dents et faire contre mauvaise fortune bon
cœur en attendant qu'il daigne faire un miracle.
Nous nous demandons alors
en quoi un tel Dieu peut correspondre au
Père aimant en qui Jésus trouve sa joie? Le
prophète Esaïe qui nous rapporte ce récit est le Deutéro
Esaïe. Il vivait à l'époque de l'exil sous la domination
babylonienne. Il a vu s'effondrer l’état d’Israël et
il partage le sort de ses compatriotes en déportation.
Nous lisons ses écrits à partir du chapitre 40
du livre qui porte son nom. Les savants se demandent
encore qui est ce serviteur souffrant? Est-ce
le peuple d'Israël? Est-ce le prophète lui-même
dont un autre raconte les souffrances? Dans ces
textes provoquants le prophète essaye de trouver de
la cohérence dans ce qui est incohérent et de l'ordre
dans le désordre. Il cherche du sens à la souffrance
qui ne semble pas en avoir.
Plus l'humanité évolue, plus
elle se trouve engoncée dans ce qui n'a pas de sens.
Plus l'humanité tend à s'organiser, plus surgissent
en son sein des causes de rivalité et de désespoir.
Plus la médecine évolue, plus les moyens de destructions
s’amplifient. Nous sommes encore dans la
même situation de chaos, tel qu’il est décrit
au commencement de l’Ecriture. A l'origine, nous
est-il dit, l'Esprit de Dieu se mouvait au
dessus de l'immensité qui n'était qu'un Tohu-Wabou informe
et vide. Cette description du début des temps
correspondrait-elle encore à la réalité
d’aujourd’hui ?
Dieu est-il encore en train
de se battre contre ce désordre qu'il essaye d'organiser
depuis toujours? Est-il encore en train de bousculer
les forces hostiles pour que la terre s’épanouisse.
Est-il encore en train de diviser le firmament
pour maintenir le jour et la nuit en équilibre
et pour que l'ensemble de la planète évolue
sans que la terre ne tremble et les océans ne se révoltent.
Est-il toujours en train de pousser les hommes à agir
au milieu de toute cette agitation pour que la cohérence
prenne le dessus. Tout se passe comme si toutes les
étapes de la création étaient mêlées les unes
aux autres et non pas classées en 6 jours distincts.
C'est à se demander si le poète qui nous a transmis
ces récits merveilleux de la Création n'a pas
séparés les époques pour mieux les décrire, alors
que dans la réalité, elles restent toutes étroitement
imbriquées les unes dans les autres? S’ il en est ainsi,
c’est que Dieu est encore aujourd’hui en train
de s’efforcer de créer le monde à l’image de son
désir et invite l’homme à l’y rejoindre.
Dieu patiemment attend le 7 eme jour
qui n'est pas encore accompli, et continue à se
colleter avec le Tohou Wabou. Il s’efforce en
même temps de projeter en chaque humain
le désir d'ordre qui est en lui. Dieu a
confiance en l’homme qu’il a créé et il
cherche à s’en faire un complice, c’est pourquoi il
a besoin de partager son désir avec lui pour l’aider
à construire le monde dans une évolution cohérente.
Il est dans la nature du monde qui,
à peine a-t-il échappé au big bang primitif de résister
au talent organisateur de Dieu. Cette résistance prend
toutes les formes possibles et contamine l'homme lui-même.
L'homme avant de se soumettre à Dieu reste
le pure produit de ce monde rebelle. N’est-il
pas issu, selon les textes, de cette terre qui résiste
à ce Dieu alors que Dieu essaye de la dompter
pour la créer. L’homme, issu de la poussière de
la terre, selon les textes reste un élément rebelle
jusqu’à ce qu’il se soumette à son Dieu. Dans
la nature, toujours insoumise, les lions, les insectes
et les autres bêtes dites dangereuses, aussi
bien que les virus et les microbes se font la
guerre entre eux aussi bien qu'aux hommes et les combattent
jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Y a-t-il alors du sens à tout cela?
Tout cela a du sens car Dieu fait confiance
en l’homme . Il le lui montre par toutes les tentatives
qu’il a entreprises pour essayer de faire
entrer le monde dans un ordre harmonieux et équilibré
afin que l’humanité s’y épanouisse. Dieu, quant
à lui se refuse à accepter la loi du monde tant
qu’il ne le contrôle pas. Au contraire, il s'efforce
de créer des lois d'équilibre dont le secret est
l'amour . Pour rallier le monde à cette loi il agit
sur les hommes pour qu’ils se tournent vers lui et adoptent
son projet d ‘avenir. L’harmonie deviendra
la seule règle et le mal vaincu s’estompera au
point de disparaître. Dieu espère que la prodigieuse
intelligence qui habite chaque humain sera mise au service
de ce monde nouveau qu’il est en train de créer.
Il met tout en œuvre pour que la loi d'amour
devienne la Loi de l'évolution. En réponse à notre
collaboration Jésus nous apprend par le mystère de sa
mort que c'est Dieu qui détient le secret de la vie
et que toute vie qui s'épanouit en lui débouche
inévitablement dans l'éternité.
Dimanche 18 mars 2006 Culte
Cantate.
Luc 15/ 11-32
On a sans doute, déjà tout dit
sur cette parabole. On a dit que les deux frères
représentaient deux aspects différents du caractère
du même homme. Chacun a souvent cherché à
s'identifier au deuxième fils dont le repentir à
quelque chose de sympathique et n' a pas cherché
à s'identifier à l'autre que l'on trouve trop mesquin
pour nous ressembler. On a noté l’absence
de leur mère et on a affirmé que cette carence
d’amour maternel se décelait dans leur comportement.
On a fait remarquer que Rembrandt dans le tableau
désormais célèbre qu’il a fait de cette parabole
a doté le père d’une main d’homme et d’une
main de femme qu’il pose avec tendresse sur les
épaules du fils agenouillé dont on ne voit que le
dos, car on pourrait reconnaître notre propre
visage dans le sien. Que pourrai-je désormais dire
de nouveau ?
On notera qu'au moment où le Père
entre en scène et court de l’un à l’autre
de ses fils, l’un et l’autre sont en fait dans la
même situation bien qu’ils semblent être dans des
situations totalement à l’opposé l’une de
l’autre. Ils sont tout deux enfermés dans
une attitude mortifère ou plutôt dans une absence
de vie.
Le premier, tout à son échec est
engoncé dans un processus de régression sociale
qui nous fait de la peine. De fils de famille
qu’il était il sollicite la charge d’ouvrier
agricole, c’est dire qu'il espère une
situation à peine supérieure à celle de l’esclave.
L’autre fils s’est enfermé dans sa rancœur.
Bien que maître de tout le domaine il refuse de
rentrer chez lui. Dans sa revendication geignarde,
il dénigre sa situation de privilégié et s’isole
dans le rôle de victime.
Nous n’avons pas grand mal à découvrir
ce que la situation des deux frères a de tragiquement
moderne. Le fils prodigue se comporte comme la société
l’exige d’un coupable. Il doit faire amande
honorable avant que l’on s’occupe de son cas et
qu’on puisse décider de sa capacité à s ‘amender.
Il a aussi tout le profil d’un « born again
» qui laisserait supposer un amendement cautionné
par Dieu. Quant à l’autre fils, il est le pur produit
de la société où nous sommes. Il se met dans
la situation de celui qui est brimé et se plaint
de ce que ses droits ne sont pas respectés.
Ces deux hommes sont bien frères.
Ils possèdent l’un et l’autre les mêmes carences.
Il ne croient pas qu’il y a une autre attitude possible
pour se sortir d’une telle situation que l’attitude
humiliante pour le premier ou l’attitude revendicatrice
pour l’autre. Ils n’imaginent pas qu’il pourrait
y avoir une troisième voie. Ils ignorent totalement
la puissance de transformation que représente
l’amour.
Pour reprendre un des thèmes
classiques de cette histoire, on voit bien qu’ils
ont manqué de mère. Ils semblent avoir été élevés
avec une telle carence d’amour que quand celui qui
est leur père vient vers eux, ils ne comprennent
rien au sentiment qu’il leur manifeste.
Ils vivent comme nous, dans une
société où ce sentiment d'amour est inaccessible
à la plupart. On l’admire quand il se manifeste
chez les autres mais on considère que ceux
qui en font preuve sont en dehors du coup.
Si on les admire on n’a pas envie de les imiter,
même si l’amour qu’ils manifestent les rend totalement
heureux. Nous sommes enfermés dans une société où
les hommes se divisent en deux catégories. Il y
a le petit groupe de ceux qui distribuent les rôles
et qui n'en sont pas forcément heureux, et
il y a les autres. Les autres se divisent
à leur tour en deux catégories d’individus dans
lesquelles on reconnaîtra quelque chose
de la situation de nos deux frères. Il y a ceux
qui protestent et il y a ceux qui subissent parce
qu’ils n’ont pas la force de protester.
Ceux qui protestent le font
t au nom de leurs droits. Ces droits ont été reconnus
de haute lutte comme nécessités fondamentales
: droits de l’homme, droits de la femme, droits
des enfants, droit à la dignité. Toute cette série
de droits ouvre une brèche dans la rigidité
de la société. Elle s’oppose à l’égoïsme des uns
et à l’indifférence des autres. Elle laisse entrevoir
qu’une autre possibilité de vivre ensemble
est possible. Cette brèche laisse pressentir qu’il
y a un ailleurs possible et une autre manière d’appréhender
les problèmes. Mais les résistances sont tellement
fortes que cette brèche n’a toujours pas permis
qu’en s’y engouffrant la société puisse entrevoir
que seule la puissance de l'amour peut
transformer la réalité quotidienne.
Il y a aussi ceux qui sont
brisés. Brisés par l’échec ou la fatalité,
brisés parce qu’ils pensent qu’il suffirait
d’un petit plus pour que leur sort soit différent,
et que ce petit plus ne se produit que bien rarement.
Ils demandent miséricorde. Ils ne nient
pas qu’ils ont une part de responsabilité
dans leur situation. Ils se demandent pourtant quel
intérêt on a de les maintenir dans
la situation humiliante des quémandeurs. L’espoir
ne fait plus partie de leurs modes de pensée. Ils
se demandent cependant si un jour on aura
pitié d’eux.
Nous constatons alors que
la pitié est une forme abâtardie de l’amour
et qu’il ne faudrait pas en rajouter beaucoup
pour qu'à partir de la pitié, on en
arrive à l’amour. C’est alors que tout serait
différent.
Nos deux frères, quant à eux pourraient
bien représenter dans leur histoire, la
caricature de notre société qui n’a pas encore vraiment
trouvé sa voie. Ces constatations nous suggèrent
qu’il y a encore des voies à explorer
qui ne l’ont pas été. Mais l’amour, car vous
avez bien senti que c’est de cela qu’il s’agit,
peut-il vraiment jouer un rôle dans ce monde?
Pourrait-il faire partie du programme de gouvernement
d’un candidat éventuel au suffrage populaire ? Or
l’amour, nous le savons fait partie du programme
que Dieu propose pour notre société, et apparemment
on n’a pas retenu cet élément comme une utopie suffisante
pour qu’on la propose à nos suffrages. Dieu serait
donc battu comme candidat possible et son
programme serait récusé.
Puisque nous sommes encore
dans le domaine de l’impossible, revenons à la parabole
et attardons-nous sur le comportement du Père, car
c’est lui qui est au centre de tout. Face à cette
réalité figée dans laquelle les deux fils se sont
enfermés, lui le Père s’agite. Il va de l’un à l’autre
s'efforçant de communiquer à chacun d’eux
l’espérance et la vie. Il les rejoint, chacun
dans sa situation et il propose de la faire évoluer
autrement, de telle sorte que le bonheur revienne
en eux et qu’ils éprouvent enfin la joie de vivre.
Le Père ne supporte pas l’humiliation
du cadet de ses fils. La vie s’est chargée de
lui en donner la leçon et ce n'est pas au père d'en
rajouter. C’est le monde des humains qui enfonce
les gens dans leurs erreurs. Ici, le Père qui représente
Dieu, relève son fils victime de lui-même,
victime de ses prétentions, victime de sa cupidité.
Il le prend en charge de sa main maternelle
et lui fait entrevoir qu’il y a une autre
issue à sa situation que seul l’amour peut lui offrir.
L’amour supporte tout, pardonne tout, il croit
tout, il ne périt jamais.
Le Père ne supporte pas non plus
les revendications de son fils ainé.
Elles le rendent malheureux et l’enferment dans
un sentiment de frustration. Il lui laisse entrevoir
à lui aussi que seul l’amour peut apporter une solution
à son problème. Mais dans son cas l’amour doit
venir dans son camp, c’est lui qui doit l’exercer
pour que ça change. Il lui suffit pour cela, de
regarder son frère autrement que comme un
opportuniste, mais seulement comme un garçon qui
a besoin d’amour, qui a besoin de son amour. Et
Dieu dans tout cela ? Il est à l'image du Père,
il aime, il propose et il souffre. A nous
de l'imiter.
Une telle attitude n’est pas naturelle.
Pour la réaliser il faut que nous nous laissions
approcher par cette force qui est en
Dieu et qui nous vient d’ailleurs.. Elle n’obéit
à aucune règle écrire à l’avance et ne peut
correspondre à aucune loi et à aucun programme
électoral. Mais elle seule est capable de
remplir le monde d’espérance. Il relève donc de
la responsabilité de chacun de la mettre en pratique,
en fonction de sa relation personnelle avec Dieu.
Tout dépend de notre intimité avec lui, et
elle même dépend notre volonté de nous
laisser animer par lui, sans que
personne d'autre que lui et nous se
sentent concerné. Dieu a pour programme
de changer le monde et la société, mais il ne peut
le faire qu’en détenant son pouvoir
de la bonne volonté des croyants. Allons-nous
lui donner nos suffrages?
Dimanche 4 mars 2007 Luxembourg –
Luc 9/ 28b-36 – La transfiguration Autres textes Genèse 15/5-18 et Philippiens
3/17/4-1 Cantiques 27/1,2,3,4 -231/1,2,3,4 -
405/1,2,3,4
Nous ne sommes pas seulement des êtres de chair et
de sang. Nous ne sommes pas seulement des êtres
faits de matière organique habitée par un esprit.
Nous ne sommes pas seulement soumis aux lois de l'évolution
des espèces. Il y a en nous un plus que nous ne savons
pas définir. Comme nous n'arrivons pas à décrire
ou même à expliquer ce supplément d'existence
nous avons tendance à l'ignorer, en vertu d'un principe,
que nous croyons moderne, selon lequel tout
ce qui échappe à notre esprit rationnel n'a pas lieu
d'être. Nous nous croyons alors maîtres de nous-mêmes.
Nous investissons notre corps de chair dont nous croyons
contrôler tous les gestes, grâce à notre
esprit qui est soumis à notre intelligence.
Tout cela fonctionne comme une mécanique bien huilée
que rien ne devrait perturber. Pourtant au
fond de nous-mêmes nous ne sommes pas satisfaits
car nous savons bien que cela ne marche
pas ainsi. Il y a en nous quelque chose
d'irrationnel qui nous échappe.
Il suffit parfois de peu de chose pour que
ce bel assemblage dysfonctionne. Il suffit d'un
rien, pour qu'en un instant nous ne contrôlions
plus la situation et qu'une fenêtre s'ouvre sur
un espace que nous ne connaissons pas. Ce sont des instants
d'extase, la plupart du temps assez brefs, pour
ne pas nous inquiéter, mais qui nous ravissent
cependant. Cela se produit sous l’effet d’une
émotion. Elle peut être artistique et se produit
en contemplant un tableau ou en écoutant
de la musique. Un paysage aussi bien qu’un
poème peuvent également produire en nous cet effet
de ravissement, sans parler de l’amour qui bien
évidemment peut produire une telle émotion
que nous arrivons à perdre le sens de la réalité.
En y réfléchissant nous éprouvons cependant
une sorte de malaise parce que nous
ne savons pas expliquer l'origine de cette émotion.
Nous ne savons pas sur quoi elle ouvre notre esprit
et on l'explique, sans doute trop vite, en parlant d'émotion
artistique ou même de coup de foudre. Nous sommes
obligés de constater que nous sommes ainsi faits. Nous
sommes sensibles à ce qui nous provoque de l'extérieur
et nous ne savons pas maîtriser ce sentiment.
Faute de pouvoir donner une explication nous nous empressons
d'oublier le fait que nous sommes accessibles à des
émotions extérieures à nous-mêmes. Mais malheur
à qui voudrait provoquer artificiellement ce type d’émotion
! C’est un autre sujet et nous n’en parlerons pas, mais
nous ne saurions l’ignorer.
Il est donc nécessaire, pour aller plus loin, que
nous nous penchions sur cet ailleurs, qui ne nous appartient
pas mais qui provoque en nous ces dépassements
émotionnels qui nous ravissent. C'est comme si
une puissance extérieure à nous-mêmes venait vers nous
pour nous rendre heureux. Dieu profiterait-il
de cette capacité que nous avons d'être saisis par ce
qui ne vient pas de nous-mêmes, pour venir vers nous,
sans dire son nom, et bousculer nos sécurités? D'autres
avant nous se sont posés ces mêmes questions, d'autres
après nous se les poseront à nouveau. Mais c’est auprès
de ceux qui nous ont précédés que nous allons
essayer d’explorer ce terrain là. C'est à partir
de leurs expériences que nous nous interrogerons sur
la nôtre et que nous comprendrons comment Dieu travaille
en nous pour se faire connaître.
L'Evangile de ce jour propose à notre sagacité de
s'attarder sur deux des plus illustres témoins de l'Ecriture.
Moïse et Elie tiennent ici le haut
du pavé. Pour que leur expérience puisse devenir la
nôtre il nous faut les connaître mieux . Certes, tout
le monde connaît Moïse tant Cécile B. de Mille a vulgarisé
son épopée. Mais au delà des légendes dont le film a
cherché à enjoliver l’ histoire, que reste-t-il
de son expérience de foi, car c'est celle-là qui
nous intéresse? Est-il seulement celui qui a traversé
la Mer Rouge sans se mouiller les pieds avec six cent
mille fugitifs juifs? Il est aussi celui qui a
brisé les tables de la Loi gravées du doigt de Dieu.
Mais sait-on aussi qu'il est celui
dont le souffle s'est mêlé à celui de Dieu et
que c'est ainsi, dans un baiser divin qu'il entra dans
l'éternité si bien que nul ne sait s'il mourut vraiment?
En tout cas l'Ecriture nous ouvre à son propos
une piste de réflexions sur les secrets de Dieu
concernant la mort et la vie. ( cf . Deutéronome 34.
Nos Bibles traduisent : « il mourut sur
un ordre de Dieu », l’hébreu dit « il mourut sur la
bouche de Dieu » et moi, je traduis, « il mourut sur
un baiser de Dieu ! »)
Elie, quant à lui, on le connaît moins. Pas
de films à grand spectacle à son sujet. Il faut être
allé à l'Ecole du Dimanche pour savoir qui il est. Traqué
par la reine Jézabel il massacra 500 prophètes de Baal.
Insatisfait cependant, il chercha à approfondir
la vérité sur Dieu, il se réfugia sur l'Horeb
où il découvrit Dieu dans le souffle d'une brise légère.
Il acheva alors sa vie emporté par le souffle
sacré et comme Moïse nul ne le revit, mais les croyants
attendent encore son retour.
Ces deux hommes exceptionnels viennent habiter l'histoire
des hommes, comme pour leur dire que la vie terrestre
ne s'achève pas dans le néant comme ils le redoutent.
C'est ce que comprennent Pierre, Jacques et Jean, témoins
en une commune extase de ce moment exceptionnel où dans
un bref instant, ils reçoivent la certitude que
leur histoire terrestre ne s'achève pas dans le néant,
mais qu'il y a un ailleurs que Jésus leur révèle et
qui fait partie du plan de Dieu. Tout cela pourrait
s'arrêter là comme pour nous garantir que Dieu se sert
de nos émotions pour nous ouvrir au mystère de
l'éternité.
Mais la particularité des hommes, c'est qu'ils sont
un peuple rebelle comme on dirait aujourd'hui,
la Bible dit que nous sommes un peuple au cou raide.
Ce travers de l’homme est curieusement perçu aujourd'hui
comme une qualité. C'est dire que notre
inconscient collectif nous pousse sans trop savoir comment,
à nous détourner des chemins battus pour aller
vers d'autres où nous espérons rencontrer les pas d'un
Autre qui pourrait être Dieu. Nous ne pourrons
cependant avancer sans faire l'économie de l'expérience
de la mort. Nous ne pourrons comprendre l'intérêt que
Dieu nous porte sans accompagner Jésus, sur le chemin
de sa mort..
L'Evangéliste Luc qui nous rapporte cette expérience
de la Transfiguration, nous raconte plus loin comment
deux hommes (encore 2), dans le sépulcre même où on
l’a mis, furent témoins du passage de Jésus de
cette vie dans l'autre. La vision de la transfiguration
se prolonge sous sa plume dans la tombe où comme les
deux autres Dieu est venu le chercher : Moïse
que le baiser de Dieu emporta dans l'éternité, comme
Elie qui fut enlevé par l'ange . Ils apportent
tous deux leur caution à l'enseignement de celui
que l'Ecriture reconnaît comme le Fils de Dieu. Cette
expérience devient alors la nôtre. Jésus, en compagnie
de Moïse et d'Elie, nous ouvre l'au-delà. C'est
alors dans un baiser de Dieu que s'achèvera
pour nous le passage vers l’éternité.
Bien que tout paraisse évident, nous ne cessons
cependant de nous demander pourquoi il est si difficile
de croire? Il suffit de poser la question pour trouver
la réponse. Nous négligeons trop souvent ces moments
où l'irrationnel provoque notre raison. Nous refusons
trop souvent de chercher ce qui se cache derrière nos
émotions et nous ne prenons pas le temps de trouver
dans l'Ecriture le support dont nous avons besoin
pour aller plus loin. Faute d'être assez familiers avec
les Ecritures nous doutons de la vérité sur laquelle
repose leur témoignage, comme il est de mode de le faire
aujourd'hui. Et si ce n'était pas vrai, nous suggère-t-on
? Et si ce n'étaient que contes et légendes?
La vérité n'est pas dans l'historicité des
récits, elle les dépasse. La vérité, c'est
qu'il y a une cohorte de témoins dont chacun de nous
est le dernier. Chacun à sa manière et dans sa
vérité, a éprouvé les émotions que nous avons dites.
Chacun a ressenti ce sentiment qui l'ouvrait à
un monde différent du sien où Dieu révélait sa présence.
Tous, nous avons eu ce type d'expérience, certains se
sont laissé saisir et ont découvert que Jésus portait
en lui cette vérité au point qu'il a été identifié à
Dieu. C'est alors que vivant depuis toujours il fait
de la vie future la révélation ultime de Dieu son Père.
L'enseignement que nous devons retenir de lui en
la matière , c'est de ne pas avoir peur de
nous nous laisser saisir par notre intuition de l'absolu
de Dieu quand elle nous provoque. Elle confirme la réalité
de la résurrection pour ceux qui avant nous en
ont fait l'expérience. Elle ne se démontre pas et
se refuse à tout raisonnement rationnel puisqu'elle
nous vient de Dieu qui échappe à notre raison, car Il
s'est fait connaître à notre monde fini pour y introduire
l'éternité. Si aujourd'hui vous entendez sa voix, laissez-vous
séduire par elle et vous goûterez déjà la
saveur de la résurrection.
Dimanche 18 février 2007-
rue Madame-
Luc 6/27-38,
Autres textes 1 Samuel 26/2-23
- Romains 7/ 17-25
Cantiques : 89/1,2,3 - 413/1,3,4
- 601/1,2,3
A y regarder d’un peu près, Jésus
semble avoir une approche des pécheurs plutôt
sympathique, les pécheurs sont des hommes
éloignés Dieu, pourtant, Jésus remarque qu’ils
sont capables de manifester de l’amour à leurs semblables,
ils leur font du bien, ils se prêtent
même leurs affaires entre eux. Ils se comportent
comme n’importe lequel d’entre nous. Cependant,
ils ne sont pas encore arrivés à leur épanouissement
définitif, leur création n’est pas encore achevée.
Elle ne peut se réaliser définitivement que
s’ils font une rencontre avec Dieu, car c’est
cette rencontre qui en fera des enfants du
Très Haut.
Quand cette rencontre a eu
lieu les Fils et les filles du Très Haut peuvent
alors aimer sans retenue, à tel point qu’ils sont
capables d’aimer mêmes leurs ennemis et ceux
qui leur font du mal. Ils peuvent donner non
seulement leur surplus, mais leur nécessaire sans
retenue et sans compter, et s’ils doivent
rendre service, ils ne tiennent compte ni
de leur temps ni de leur peine. Ils ressemblent
alors à ce voyageur qui avait un jour croisé sur
le bord de la route un blessé que personne n’avait
encore secouru. Il prit non seulement du temps pour
lui porter secours, mais il le conduisit dans
un hôtel et paya la facture à l’avance pour tout
le temps nécessaire à sa guérison.
En nous provoquant ainsi, Jésus
tente de réveiller la graine de super héros qui
sommeille en nous car il sait que nous avons des
possibilités d’amour et d’altruisme, bien supérieures
à celle dont apparemment nous sommes capables. Il
invite ceux qui l’écoutent, à prendre acte du fait
qu’il y a en eux des possibilités de faire mieux,
qu’il peuvent se dépasser et c’est en le faisant
qu’ils rejoignent la corporation des
enfants du Très Haut. Les Enfants du très Haut,
sont bien évidemment ceux qui se mettent normalement
en harmonie avec Dieu, ce sont ceux qui perçoivent
la volonté du Seigneur par intuition sans qu’on
ait à le leur dire. Les Fils du Très Haut sont
ceux qui collaborent avec Dieu pour
que le monde évolue vers la perfection.
Ce qui me réjouit ici c’est cette
conception optimiste de l’espèce humaine qui se
dégage des propos de Jésus et qui exprime l’opinion
favorable de Dieu à notre égard. Nous sommes
donc enclins à dépasser la lecture pessimiste à
laquelle Saint Augustin nous avait habitué en nous
décrivant l’homme pécheur, comme incapable
d’un élan généreux vers les autres et qui
ne cherche que sa satisfaction personnelle. Le portrait
de l’humanité sans Dieu que nous découvrons dans
ce portrait tracé par Jésus est tout autre.
L’être humain, bien qu’inachevé a des
aptitudes à faire ce que Dieu souhaite qu’il fasse.
L’être humain a en lui les capacités requises pour
poursuivre par ses actions la création
du monde entreprise par Dieu.
Comment en effet, pourrions-nous
imaginer que Dieu puisse aimer l’espère humaine
si elle n’a pas en elle des capacités à être
aimée ? Ce discours de Jésus nous en montre également
les limites. Ses capacités ne sont pas suffisantes
à elles toutes seules pour permettre à l’homme
de s'accomplir et d'assumer par lui-même
son propre destin. Il faut que le souffle de Dieu
passe sur chacun des humains pour qu'il soit réceptif
au son de sa voix. C’est alors, et alors seulement
qu'il deviendra capable de faire des choses qui
réjouiront Dieu, qui prendront en charge le monde
et infléchiront son évolution vers un avenir heureux.
Les capacités de réussir cela sont en lui, mais
elles ne peuvent entrer en action que si Dieu provoque
en lui le désir de se mettre en mouvement
dans le sens où il l'entraîne.
Ne nous laissons pas cependant
gagner par une euphorie qui ne serait pas de bon
aloi si nous n’apportions à ce que nous venons
de dire un correctif que l’apôtre Paul a lui-même
souligné dans l’épître aux Romains. Bien que
tout ce qui a été dit soit vrai, il y a en nous
des forces de résistances qui nous entraînent dans
des directions contraires à notre volonté. Nous
avons parfaitement conscience du bien que nous devrions
faire, mais en même temps, le désir de faire le
contraire tend à prendre le dessus. Nous savons
aussi ce qui déplaît à Dieu. Mais comme par un malin
plaisir, nous y fonçons dedans tête baissée.
Nous sommes bien conscients du fait que ce dysfonctionnement
à l’intérieur de nous-mêmes nous entraîne
vers la mort.
Paul pointe le doigt en direction
du coupable. Il dénonce clairement en nous
l’action du péché. Le péché, c’est ce compagnon
qui ne nous lâche pas d’une semelle, puisqu’il ramène
tout à nous-mêmes. Il entretient en nous le
ferment de l’égoïsme et provoque en nous des divisions
intérieures aussi bien dans les méandres de notre
âme que dans les fibres de notre corps. Jésus seul
est capable de nous en délivrer et de faire évoluer
les choses différemment.
En fait le péché provoque en nous
des tensions constantes entre notre désir et notre
faire. Notre incapacité à assumer ces tensions nous
pousse à faire des choses qu’une partie
de nous-mêmes récuse. Le péché est un profond
moteur de division qui détruit notre équilibre
intérieur. En opposition à cette tension intérieure,
Jésus provoque l’harmonie en ouvrant
notre âme à l’action du Saint Esprit. C’est le point
central de son enseignement. Par l’action
de l’esprit divin en nous, notre désir de
plaire à Dieu s’équilibre avec notre désir de nous
plaire à nous mêmes, si bien que les pulsions contradictoires
n’existent plus.
Vous avez bien compris qu’en
parlant de plaisir ici, je pourrais
rajouter le mot joie, mais aussi et surtout le mot
amour, car notre amour humain trouve sa plénitude
dans l’amour de Dieu. Notre amour humain trouve
en l’amour de Dieu la profondeur qu’il ne
connaissait pas jusqu’alors. L’amour
humain, visité par l’esprit divin ne
provoque plus seulement , cet
univers affectif dont notre personne
a tant besoin , mais devient l’élément par
lequel tous nos désirs nous dépassent pour
rejoindre celui de Dieu.
Quand nos amours sont vécues sous
le regard de Dieu notre vie se met comme par
miracle en harmonie avec Dieu lui-même. Les tensions
à l’intérieur de notre être s’estompent au point
que nous cessons d’être des hommes et des femmes
divisés à l’intérieur d’eux-mêmes mais harmonieusement
unis aux désirs de Dieu. Voila alors
réunies les conditions favorables pour que
cette faculté de dépassement à laquelle nous faisions
allusion tout à l’heure puisse enfin se réaliser
et que nous nous sublimions en entreprenant des
actions qui apporteront une autre coloration
à notre image du monde.
Bien évidemment une telle perfection
ne se réalise pas complètement. Les vicissitudes
de la vie quotidienne maintiennent la pression en
nous. « Il faut bien que la bête exulte » aurait
dit Jacques Brel. Le quotidien de notre vie
est fait d’éléments extérieurs à nous-mêmes et étrangers
à Dieu, si bien que nous ne pouvons totalement arriver
à être en harmonie et nous continuons à subir les
tensions que les hasards de la vie provoquent en
nous. Dieu cultive cependant en nous
la capacité que nous avons de pouvoir nous
dépasser. La présence de Dieu à nos
côtés nous incite à croire que les dépassements
sont toujours de l’ordre du possible. Une
telle attitude fait de nous des optimistes qui s’inscrivent
obligatoirement dans l’ordre de l’espérance.
Nous ne pouvons, bien sûr nous y maintenir que
par la prière. C’est là le sujet d’un nouveau sermon.
Pour faire bref, nous dirons cependant
que notre prière, à ce niveau là consiste
avant tout à faire un effort sur nous-mêmes
pour faire taire en nous toutes les voix qui
nous visitent pour nous laisser habiter par la voix
de Dieu seul, qui dans l’intimité de notre
jardin secret oriente nos projets et suggère nos
actions. C’est alors que tout ce que nous
entreprendrons deviendra porteur de cette
espérance et sera créateur de tous ces événements
nouveaux dont Dieu a besoin pour que le monde évolue
dans le sens où il le souhaite.
Dimanche 11 février 2007
1 Corinthiens 15/12 et 16-20
autres lectures Jérémie
17/5-8 – Luc 6/17 et 20-25
Cantiques 89/1,2,3 -
423/1,2,3 - 566/1,2,3
Bien souvent, sans même qu’ils
en prennent conscience les hommes émettent
des idées ou des opinions qui manifestent qu’ils
sont habités par un immense orgueil. Cette remarque
ne s’adresse pas seulement à ces humains
qui se croient supérieurs à cause des prouesses
techniques dont ils se sont rendus personnellement
capables ou à cause du raffinement particulier de
leurs pensées. Ce constat s’adresse à tout
un chacun, même le plus modeste d’entre nous, même
à celui qui n’a jamais rien fait de remarquable.
En effet nous nous arrogeons le droit de décider
ou non de l’existence de Dieu.
Il est banal de dire aujourd’hui
« je crois en Dieu » ou son contraire, « je ne crois
pas en Dieu ». Cette simple remarque va nous plonger
dans un abîme de réflexions. En effet, je vais essayer
de montrer qu’il est outrecuident d’utiliser cette
expression parce que celui qui l’utilise
s'arroge un pouvoir sur Dieu et met en cause sa
toute puissance. En effet, comment donc une
créature limitée dans le temps et dans l’espace,
telle que l’être humain peut-elle décider
de l’existence ou de la non existence de ce
qui est infini. ? Je ne suis pas le premier à me
poser la question. L’Ecclésiaste l'a fait avant
moi. La question appelle une réponse. Si nous pouvons
nous permettre de nous aventurer sur les terres
de la toute puissance divine, c'est que l’infini
aurait tendance à absorber le fini, autrement dit,
il est dans l’être de Dieu de venir vers l’homme.
C'est parce qu'ils perçoivent cela que les
hommes se croient capables du contraire et qu'ils
se croient autorisés à décider de l'existence ou
la non existence de Dieu. Outrecuident ou pas, c'est
ce que font la plupart des humains.
Un peu donc de modestie, frères
et sœurs en humanité! Il ne nous appartient pas
de dire je « crois ou je ne crois pas en Dieu
» car si nous le faisions nous essayerions d’avoir
du pouvoir sur lui. La seule chose que nous puissions
décemment dire c’est que nous avons connaissance
de Dieu ou que nous avons conscience
qu'il y a quelque chose au-delà de nous-mêmes.
Si en effet, je me laisse aller
à dire je crois, je me donne du pouvoir
sur Dieu. Et si je me donne du pouvoir sur Dieu,
c’est que je le lui enlève. Si je peux lui enlever
du pouvoir c’est qu’il n’est pas tout puissant,
et si j’ai du pouvoir sur lui, à l’instant
même où je dis « je crois » il n’est plus celui
en qui je crois. Si donc, quand je dis je crois,
et que Dieu reste ce qu’il est c’est que cette
capacité à dire « je crois » ne vient pas de moi,
mais elle vient justement de celui en qui
je prétends croire. C’est donc Dieu qui me donne
la faculté de dire je crois. Par contre, selon
la même logique si je dis « je ne crois pas » je
tombe dans l’absurde parce que j’emprunterai
du pouvoir à celui qui selon moi, n’en a pas et
qui me laisserait le lui prendre.
Vous pouvez maintenant vous demander
pourquoi je vous ai entraîné dans ce
long commentaire sur Dieu et pourquoi je me
suis avancé dans des élucubrations philosophiques
qui ne mènent pas à grand chose et qui ne
relèvent même pas de ma compétence.
La raison réside seulement dans le fait
que ce matin le texte que nous
avons lu nous interpelle sur la résurrection. Quand
nous parlons de résurrection, nous parlons forcément
de notre relation à Dieu. Nous envisageons la possibilité
qui nous serait donné de participer au divin.
Notre raisonnement nous a amené à dire que
si nous croyons, c’est que Dieu nous attire à lui
et en toute logique, si Dieu nous attire vers
lui il nous incorpore à sa divinité. C'est cela
la résurrection. Ce n’est sans doute pas aussi
simple, mais la vérité va quand même dans ce sens.
Me voilà donc pris à mon propre
piège ce matin. Je suis amené à vous
parler de Dieu et vous à dire ce que je ne
suis pas autorisé à vous dire puisque cela relève
de lui seul. Si cela est quand même
possible, c’est que celui qui est infini et qui
est tout autre m’en donne la possibilité. Il appartient
à sa volonté de renverser les valeurs et de
se faire connaître, donc d'intervenir dans ce sens.
C'est ainsi que nous pouvons accéder à sa
connaissance. Il est donc dans la logique de Dieu
de nous attirer vers lui pour nous incorporer à
sa propre divinité. Jésus a passé sa courte
vie à nous le dire. Il a manifesté dans sa
vie la réalité de la présence de Dieu là où il était
rejeté. Les événements qui ont suivi sa mort nous
ont rendus conscients de la fidélité de Dieu. C'est
cela la résurrection. Elle est désormais
inscrite comme le terme normal de l’existence de
quiconque accepte de rencontrer Dieu quand
il vient vers lui.
La relation avec Dieu, nous l’avons
bien compris ne peut se faire que dans une démarche
de Dieu vers l’homme. Si quelqu’un ose dire « je
crois en Dieu, » cela veut dire qu’il a reconnu
Dieu dans une démarche de Dieu vers lui. Et
si quelqu’un ose dire « je ne crois pas en Dieu
» cela signifie qu’il n’a pas été capable de reconnaître
Dieu quand il venait vers lui. C'est donc un échec
pour lui, même s'il prétend que c'est l'expression
de sa liberté.
Ce n'est un secret pour personne
de constater que les sondages
d’opinion nous montrent que ceux qui disent «
je ne crois pas » sont de plus
en plus nombreux. Cela nous laisse entendre que
l’évolution de cette société rend nos concitoyens
tellement infirmes qu’ils ne reconnaissent
plus Dieu quand il passe, et qu’ils ne l’entendent
plus quand il parle. A qui la faute ? Qu’il
me soit permis de dire en faisant
ce constat qu’il en va de même pour le réchauffement
de la planète : Il se peut que l’homme en soit responsable.
C’est une question qui reste ouverte pour nous et
nos églises.
Pour dire une absurdité et vous
réveiller au moment où mon verbiage est en train
de vous assoupir, je dirai qu’il est dans les gènes
de Dieu de dépasser l’infini dans lequel il est,
pour réaliser son devenir dans une communion
avec le fini de l’homme. Il en résultera évidemment
que l’homme a pour devenir d’entrer dans l’infini
de Dieu. Ce qu'il nous permet de comprendre, c’est
que depuis toujours l’avenir de l’humanité
est ainsi programmé par Dieu pour se fondre
en lui.
Les millénaires ont passé, des
milliers d’expériences ont été faites, des
milliers de sages en ont parlé et les hommes ont
continué à se fabriquer des fausses certitudes autant
dire des faux dieux pour essayer de s’approprier
l’éternité que Dieu leur donne. Leur
orgueil les aveugle au point de chercher à usurper
par ce qui leur est offert.
Pourtant, aujourd’hui sans doute
le savoir moderne a permis aux humains d’en
rajouter et en cultivant leurs orgueil, acquis
par leur savoir de les fermer à Dieu. Mais l’homme
seul ne peut échapper à son destin qui le mène vers
le néant. En dépit de toutes ses tentatives,
Dieu renonçant encore davantage à lui
même a concentré sa divinité en un seul homme Jésus,
dont les paroles libératrices sont capables à elles
seules de nous ouvrir à l’infini de Dieu. Par la
bouche de Jésus il se concrétise dans le seul
mot d’amour.
Si Dieu est amour, cela veut dire
qu’il ne peut se satisfaire de sa divinité sans
la partager. Si Jésus mort, est resté vivant c’est
qu’il a été absorbé tout entier dans le divinité
de Dieu, si bien que quiconque prend Jésus pour
référence entre immédiatement dans le divin de Dieu.
Tout être limité que nous sommes
accède à l’infini de Dieu, c’est à dire à la résurrection,
au moment où il prend conscience que Dieu
est venu vers lui. Dans son infinie majesté il s’est
offert tout entier dans l’instant où nous
l’avons rencontré. C'est parce que nous avons conscience
d'être déjà ressuscités que nous pouvons dire «
je crois ». C’est un acte qui prend effet immédiat,
même si, tant que nous sommes vivants, il ne peut
se vivre que dans l’espérance. Mais l’espérance
que l’on voit n’est plus espérance. Ce qu’on voit
peut-on l’espérer encore ? (Romains 8/24)
Prédication sur Jérémie 17 /5-13
- Pasteur Jean Besset
- 1
Corinthiens 15/1-12 et v 16-20 Luc /17
et 20-26
Avez-vous déjà senti l'odeur
épicée du genévrier dont les racines disputent aux
cailloux et aux grillons les quelques restes de
terre de garrigue que l'érosion n'a pas encore emportées.
Quiconque se promène sur les sentiers pierreux de
Judée, a été témoin de ces combats pour la vie que
mène la maigre végétation qui a tout à envier à
ces arbres majestueux que la chance ou le hasard
a planté le long des ruisseaux qui murmurent et
qui, tout à coup, sans y prendre garde provoquent
la naissance d'oasis de verdure au milieu des broussailles
qui végètent. Tel est le spectacle quotidien de
Jérémie qui nous livre ses réflexions toutes embaumées
des parfums de la nature qu'il découvre à chaque
pas.
C'est dans le buisson qui se dessèche
que Dieu l'invite à reconnaître celui qui vit séparé
de Dieu. Et il reconnaît dans l'arbre verdoyant
celui qui ouvre son cœur à la caresse de l'esprit
du Seigneur.
Le prophète se met alors à penser
en lui-même. Il sait qu'il y a des hommes qui traversent
la vie sans se soucier de savoir s'il y a un avant
et un après pour eux. Voyageurs sans bagage, ils
se contentent de profiter des plaisirs du voyage
tout en ignorant si leur parcours à un but quelconque.
Ils se refusent à toute question sur le sens de
ce qui les entoure. Pour ne pas se laisser envahir
par des questions dont ils redoutent les réponses,
ils tentent de goûter à tous les plaisirs éphémères
d'une vie qui se terminera pour eux dans le néant.
Jérémie qui les voit ainsi s'agiter
frémit de pitié et se laisse aller à la colère.
S'il ne semble n'avoir que mépris pour ces gens
là c'est que le temps presse car il sait que leur
aveuglement précipite l'histoire vers un destin
qui n'est pas enviable. Pour lui il est insensé
de ne pas savoir quel est le sens de la vie. Le
monde où nous sommes ne peut prendre de sens que
pour celui qui met sa confiance en Dieu. Dieu a
placé chaque individu dans ce monde pour y jouer
un rôle qui révèle sa gloire. Et si la gloire de
Dieu n'est pas manifestée, le monde perd son sens
et se condamne lui-même à disparaître.
C'est là la leçon que nous retirons
de l'aventure de Jérémie qui voit dans l'anéantissement
prochain du peuple d'Israël condamné à l'exil une
perte de sens fatale pour l'humanité. Mais
Dieu ne se résigne jamais à l'échec des hommes.
Il se servira de la catastrophe pour donner à nouveau
du sens à ce qui n'en a plus.
C'est au contact de la nature et
des choses simples qui l'entourent que Jérémie puise
son inspiration. Il est accessible à la beauté des
choses et des hommes, il sait voir l'art du potier
et il se réjouit de son savoir faire. Il sourit
si d'aventure le pot rate, et il en tire leçon de
la part de Dieu (1). Toute le vie qui l'entoure
lui révèle la présence de Dieu. Même la perdrix
qui s'empare des œufs de sa voisine pour les intégrer
dans sa propre couvée est porteuse d'un avertissement
de la part de Dieu. Il n'est pas surprenant qu'en
ouvrant son livre, on découvre une branche d'amandier
en fleurs qui lui révèle sa propre mission (2).
C'est alors qu'il regarde bouillir le chaudron
de la soupe du soir que Dieu lui révèle que
le danger vient du Nord. Dieu est tellement présent
dans son environnement qu'il a du mal à comprendre
que les hommes puissent rester indifférents à la
présence de Dieu puisque sa gloire éclate de partout.
Il en va de la gloire de Dieu que
les hommes comprennent que le monde est conçu
par Dieu comme un vaste ensemble qui évolue
harmonieusement. Dieu se sert de l'histoire
d'Israël afin qu'elle serve d'enseignement pour
le monde. Si l'histoire d'Israël a du sens
dans le concert des nations, c'est que Dieu
lui a donné pour destin d'être témoin devant le
monde de cette harmonie. Malgré les injonctions
de Jérémie, Israël dérape, comme le pot raté du
potier. Israël préfère se confier en la sagesse
des hommes plutôt que de se rallier à l'intuition
que Dieu lui donne des choses. Si la collectivité
d'Israël est insensée, si elle ne comprend pas quel
rôle Dieu souhaite qu'elle joue dans l'histoire,
c'est parce que ses habitants eux-mêmes sont insensés
à la manière de la plupart des hommes de la planète.
Ils cherchent leur
satisfaction en l'homme. Chacun croit que le seul
but de sa vie est de profiter des avantages que
lui donne sa situation personnelle indépendamment
du reste de la collectivité. Il croit que
le seul intérêt de l'existence est de multiplier
les plaisirs individuels. A l'opposé, Dieu révèle
que le sens de la vie de chaque individu est d'entrer
dans l'harmonie générale de la société. Personne
ne doit prendre le pas sur l'autre, car personne
n'est né pour dominer ses semblables. Le seul qui
soit apte à le faire, c'est Dieu, et il choisit
justement de ne pas le faire.
Jésus lui-même mettra cette vision
de l'harmonie générale au centre de son enseignement.
Cela lui coûtera la vie. Il devra affronter les
hommes qui considèrent que l'évolution normale
de l'humanité réside dans la loi du plus fort, selon
laquelle il appartient aux hommes qui sont au pouvoir
de régler le destin de l'humanité. Même si parfois
ils font semblant d'associer Dieu à leur gestion
du monde, ils lui abandonnent seulement le droit
de gérer l'au-delà, de sauver les âmes des hommes
et d'administrer l'éternité.
Nous constatons nonobstant que
le monde qui s'est construit sur le principe de
cette séparation des pouvoirs ne se laisse plus
faire. La sagesse humaine qui s'exprime aujourd'hui
dans la notion de laïcité nous propose une image
de Dieu qui se veut discrète, invisible et qui n’est
pas forcément du goût de tous.
Sans vouloir nous appesantir sur
ces considérations, c’est la voix de Jérémie que
nous entendons : "Insensée, dirait-il à l'égard
de toutes nos approches humaines, vous n'y êtes
pas". Il dirait aux uns :
"Vous vous trompez quand
vous cherchez à rendre Dieu visible ou ostentatoire.
Dieu n'a pas besoin de signes pour se manifester.
Si vous cherchez à le montrer à l'extérieur de vous-mêmes,
c'est qu'il n'est pas présent à l'intérieur de votre
cœur, car c'est là qu'il a sa vraie place."
Il dirait aux autres qu'il n'appartient
pas aux hommes de délimiter les modes de présence
de Dieu, ni les lieux où cette présence est admise,
car celui qui cherche à limiter Dieu en interdisant
les signes de sa présence agit comme s'il croyait
avoir du pouvoir sur lui. Dieu se rit alors de celui
qui cherche à montrer sa foi par un signe
quel qu'il soit, mais Dieu se rit aussi de celui
qui interdit le signe, comme si le signe pouvait
avoir un pouvoir quelconque.
Si donc tu cherche à repérer
quelque part la trace de Dieu, c'est en toi
que tu la trouveras nous suggère le prophète. Ne
t'es-tu jamais demandé pourquoi ton âme vibrait
sous l'emprise de la beauté? Ne t'es-tu jamais demandé
comment il se faisait que tu sois capables d'ouvrir
tout ton être à des plaisirs que tu n'as ni inventés
ni soupçonnés, mais qui sont présents dans ce que
tu vois, dans ce que tu sens, dans ce que tu respires?
On se demande alors comment il se fait que
les hommes rejettent la notion de Dieu à cause
de ce qui est mauvais dans ce monde et qu'ils ne
voient pas sa présence dans les choses bonnes
que les hommes font parfois?
En effet, il est infiniment plus
facile de s'adonner à la violence qu'à l'amour.
Il est plus facile de hurler avec les loups que
de s'opposer à leurs hurlements. Pourtant, s'il
y a toujours beaucoup trop d'hommes pour rejoindre
la masse qui réclame la tête d'un présumé coupable,
il y en a toujours un ou deux qui essayent de faire
face à la meute avec des arguments de miséricorde,
de tolérance et de respect. Et eux-là se mettent
en danger au nom de la miséricorde. Il faut toujours
un courage admirable pour s'opposer au mal que font
les hommes et pour exprimer la grandeur de
l'amour et du respect des autres. N'est-ce pas là
la preuve d'une sagesse et d'un courage qui viennent
d'ailleurs? Cet ailleurs, est en Dieu.
C'est parce qu'un fils des hommes
a décidé de consacrer sa vie à affirmer cela qu'il
a fini ses jours sur un gibet. C'est alors que
l'on a constaté que Dieu se cachait en lui.
(1) Jérémie
chapitre 18.
(2)
Jérémie chapitre 1
Dimanche 4 février 2007
- Luc 5/1-11
Il est
des jours où on n’est pas réceptifs, ce sont des mauvais jours dit-on, car tout
va de travers. Ces jours là, rien ne nous réussit. Même Dieu nous paraît loin et le recours à la
prière semble inefficace. Le travail ne nous satisfait pas. Les autres nous agacent et le moindre propos nous
met de mauvaise humeur. Tout le monde connaît une fois ou l’autre ce genre
de situation. Cela nous arrive parfois de nous trouver ainsi, incapables de réagir alors que le sort
nous est contraire. Nous savons bien que ça ne durera pas. Ces moments de spleen ne durent pas plus d’un jour.
Ces situations ne jaillissent pas soudainement. Nous savons qu’à l’origine, il y a un élément
déclenchant qui est lié à une contrariété passagère dont les effets sont
amplifiés par un incident quelconque. Un concours de circonstances inopportunes vous
gâche ainsi la vie et nous rend
inaccessible à tout ce qui pourrait ramener la bonne humeur dans notre âme,
même les paroles les plus sensibles sont interprétées dans le mauvais sens. Ca ne dure pas, mais il faut que ça se passe. Il me plaît ce matin d’imaginer que Pierre traverse
ce genre de crise qui a pour cause une nuit de travail sans succès et dont les
conséquences sont faciles à imaginer : comment rentrer à la maison les mains vides car il
y a des ventres creux à nourrir.
Jésus semble connaître Pierre puisqu’il lui
emprunte sa barque et que l’autre ne proteste pas. Il le sollicite même pour manœuvrer l’embarcation sans qu’il proteste. On imagine facilement qu’il aurait pu lui dire des
paroles de réconfort ou le secouer pour qu’il réagisse et ne reste pas à
réparer ses filets en renâclant en lui
même contre le mauvais sort. Jésus aurait même pu lui parler de Dieu et lui dire
que Dieu a le pouvoir de l’aider à dépasser sa situation. C’est ce discours que dans l’Eglise on attendrait du
pasteur : « confiance, Dieu
peut renverser les situations les plus contraires. Un tel discours a parfois l’effet escompté,
mais bien souvent il a pour effet d’accroître la morosité de l’autre en y
ajoutant en plus un sentiment de culpabilité parce qu’il ne fait pas ce qu’il faut. Une telle
intervention a donc plus souvent un effet plus négatif que dynamisant. Nous avons la fâcheuse habitude
d’imaginer que pour que l’autre, notre
prochain, ressente l’amour de Dieu et
être sensible à sa présence il fallait qu’on lui enfonce encore plus la tête
dans notre mal être.
Ce n’est en tout cas pas l’attitude de Jésus. Il ne
tient aucun cas de la morosité de Pierre qui continue à réparer ses filets
alors que Jésus poursuit son enseignement et que les paroles qu’il dit lui
passent à côté. Il aurait sans doute besoin de les entendre, mais ce n’est pas
le moment.
Quand Jésus a fini, il se retourne vers lui et ce
qu’il lui dit n’a rien à voir avec son état d’âme ni avec ce qu’il vient
de dire à la foule. Il lui dit la seule
parole qui puisse le faire sortir de sa torpeur. « Retourne à la
pêche » lui dit-il. Je ne connais pas les termes exacts de ce que Jésus a dit, mais ce que je sais c’est
que Jésus n’a pas prononcé une parole à laquelle il pouvait s’attendre. Mais ce
que je sais c’est que cette parole a eu un effet dynamisant.
« Sur ta Parole, dit Pierre, je jetterait le
filet. » Ce matin là Jésus a dit de
très nombreuses paroles, et aucune d’elle n’a effleuré Pierre. C’est alors qu’il lui dit une seule
parole qui a pour effet de le pousser à se lever et d’ entre en action. C’est une parole qui le dynamise, c’est une
parole qui dépasse la situation. C’est une parole qui contient en elle tout ce
dont Pierre a besoin pour sortir de sa torpeur. Le miracle ne réside alors pas
tellement dans le fait que la pêche fut bonne et même excellente, mais dans le
fait que Jésus prononce une parole juste qui met l’autre debout.
Il est là l’Evangile de ce jour, il est dans le fait que nous
découvrons qu’il y a une parole susceptible de nous mettre debout alors que
nous sommes assis, occupés à subir le cours de la vie, indifférent à la bonne
nouvelle que Jésus dit pour les autres mais qui ne nus touche pas. La « bonne nouvelle » ici n’est
pas un long discours elle consiste à ce que l’individu à qui Jésus parle
comprenne que Jésus croit en lui et lui fait comprendre dans son propos que
Dieu croit en lui et c’est cette seule pensée qui est capable de
transformer celui, qui résigné à la
fatalité n’a plus la force d’entreprendre. Il y a ici dans
cet événement une promesse de Dieu que nous devons partager avec force, c’est que Dieu croit en l’homme au point de
mettre debout celui qui est résigné à ne
pas se lever.
Il nous appartient donc de nous approprier cette parole qui nous
pousse en avant. Elle réside dans le fait que Dieu s’intéresse plus à ce que nous allons faire qu’à ce que nous
avons fait. Dieu est davantage concerné par ce qui est devant nous que par ce
qui est derrière nous. La mauvaise nuit passée à la pêche, les trous dans les
filets, l’inquiétude de savoir qu’on ne va rien rapporter à la maison pour le
repas du soir et que les enfants auront faim, Jésus ne les ignore pas. Il en
connaît parfaitement la réalité, c’est pourquoi il n’a pas l’indélicatesse d’en
rajouter, il ne plaint pas Pierre sur la
mauvaise situation dans laquelle il se trouve car il ne veut pas rajouter au
sentiment d’échec un sentiment de culpabilité. C’est alors que Jésus prononce
une parole toute pleine d’espérance, car en face de l’échec c’est d’encouragement que Pierre a besoin. Il
doit ressentir que Dieu ne l’enferme pas dans la passivité mais qu’il met du
dynamisme en lui.
Que l’Eglise prenne donc leçon de cette situation. Le message qu’elle doit
donner au monde est avant tout un message d’espérance. Tout homme honnête avec lui-même, rempli de
bonne volonté est capable de faire le
bilan de ses échecs, il est capables d’analyser les situations pénibles dans
lesquelles il se trouve, mais où trouvera-t-il l’espérance si Dieu ne la lui
donne pas ? Qui lui donnera la force d’avancer, si elle ne lui vient pas
d’ailleurs ? C’est bien cette exhortation que confirme Jésus dans les paroles de conclusion qu’il donne à
la pêche.
Jésus dit alors à Pierre, « ne crains pas,
c’est désormais des humains que tu prendras vivants. » Je traduis
littéralement ici le texte que la tradition multiséculaire nous a rapportée
sous une autre forme et à laquelle nous sommes habituée : désormais, tu seras pécheur d’homme » Le français
fait un jeu de mot que le grec ne fait
pas. Cette autre traduction a sans doute le même sens mais elle ne reprend pas
le mot vivant qui a mon avis a de
l’importance ici.Jésus signifie que
celui qui a entendu la Parole
qui le met debout sera désormais quelqu’un qui sera porteur de vie pour les
autres. Il y a un souffle de vie communicatif qui traverse ce texte. Ce souffle
est transmis par Jésus et devient contagieux, porteur d’une espérance qui fait
vivre. Si aujourd’hui, nous entendons cette exhortation, et si nous la transmettons, comme Pierre est invité à le
faire, alors nous verrons le monde irradier de la lumière de l’espérance que Dieu réserve aux humains qui acceptent
de se mettre debout pour regarder avec confiance l’avenir qu’il leur propose.
Ce n’est que dans cette position de l’homme debout
et confiant que l’on peut alors assumer le poids du destin qui pèse sur nous.
C’est alors que l’on comprend que les erreurs et les péchés sont pris en compte
par Dieu qui nous en décharge et les efface. Les difficultés que la vie faisait
peser sur nous ne disparaissent pas pour autant, mais elles se trouvent allégée
du poids écrasant qu’elles avaient, car la vigueur que Dieu nous donne pour
nous redresser rejaillira forcément sur ce qui nous oppresse et nous aidera à
le porter plus vaillamment. Nous ne seront plus alors ce peuple humilié levant
les yeux au ciel attendant un miracle secourable qui ne vient pas, mais nous
deviendront grâce à l’espérance qui est désormais en nous les acteurs des
miracles qui transformeront nos vies.
Ainsi, dans le récit que nous avons approché, le
miracle n’est pas dans la multiplication des poissons mais dans la Parole que Jésus a prononcée
et qui a rendu Pierre capable de retourner à la pêche qui est alors devenue
miraculeuse. La parole qu’il a reçue a eu un pouvoir régénérateur qu’elle avait
au tout premier commencement quand il nous est dit que Dieu parlait et que la
chose existait et que tout cela était bien. Rien n’a donc changé, le miracle de
la parole qui devient féconde est toujours capable de se renouveler quand cette parole est correctement
prononcée et correctement reçue
Dimanche 28 janvier
2007 Pentemont
Sermon: Matthieu 8/5-13
Mais qui donc est Dieu ? qui est ce
Dieu à qui nous avons confié Rose (1) ce
matin et à qui nous demandons de lui permettre
de s’ouvrir à la vie ? Un baptême est souvent pour nous
une bonne occasion de se poser la question, ainsi que
peut l’être tout événement important. Ce matin, c’est
la grave maladie de l’esclave d’officier romain
qui va nous permettre de nous poser cette même question
et de nous lancer comme dans un parcours initiatique
à la recherche de Dieu. Qui donc est Dieu pour moi ?
Plusieurs réponses s’offrent. La première
qui paraît la plus évidente consiste à se demander ce
que le Bible en dit. Avec quelques variantes, nous arriverons
inévitablement à cette réponse selon laquelle le Dieu
que nous rencontrons dans la Bible est un être d’amour
infini. Très bien ! Mais la vie semble parfois
nous démontrer le contraire. Pour en savoir
plus, nous empruntons alors des idées à
d’autres courants spirituels qui ne sont pas sans intérêt.
L’approche du Bouddhisme avec ses réincarnations
successives dans une réalité sans Dieu n’est pas sans
intérêt. Nous ne voulons pas non plus passer à côté
du Coran qui nous propose un Dieu omniprésent et omniscient
qui a une réponse à toutes les questions. Mais
toutes ces approches restent suffisantes parce qu’elles
ne tiennent compte ni de nos idées, ni de
nos intuitions personnelles, ni de nos expériences
qui apportent leur lot de nouveauté et qui précisent
ou modifient le visage de Dieu pour chacun de nous.
Après ce bref parcours, notre questionnement
reste entier. Parce que notre esprit fonctionne
également dans un autre sens. Nous constatons
aussi que Dieu est bien souvent absent de la réalité
humaine : Catastrophes naturelles, méchanceté
de l’homme, injustices sociales, inégalités devant la
vie ou inégalités devant la mort, échecs de la nature,
guerres… Autant de points qui ne laissent place qu’au
vide de nos réflexions et au constat de l’inefficacité
de Dieu.
Bien évidemment vous savez que je vais
enfin parler de Jésus et que la lumière va jaillir
au milieu du trouble que je viens de jeter. N’allons
pas trop vite en besogne cependant, car le nom de Jésus
ne va pas pour autant combler tous les vides laissés
par nos questions, même si sa personne est incontournable
pour mettre de la clarté dans le champ de nos recherches.
En revenant sur cet épisode de l’officier
romain, qui était le texte de référence pour
lequel Jean Sébastien Bach avait composé la cantate
que nous avons entendu et sur lequel
je m’appuie pour construire ce sermon, nous constaterons
que nous sommes provoqués d’une manière inhabituelle
dans la simplicité de l’histoire. Un officier
romain vient chercher Jésus pour solliciter ses talents
de guérisseur afin de soulager un de ses serviteurs
atteint d’une maladie grave. Jésus se décide promptement
à se rendre auprès du malade. Mais l’autre l’arrête
dans son élan et le malade est guéri à distance.
Jésus propose la foi de cet homme à l’admiration
des gens présents.
Ce qui semble avoir déclenché l’affaire,
c’est le petit discours e l’officier sur l’autorité.
Il en ressort qu’il reconnaît à Jésus autorité
sur les esprits qui commandent à la mort. Sans
doute cet officier livre-t-il ici le fruit de
ses réflexions. Il apparaît comme un homme dont
Jésus souligne la profonde sagesse. Mais où a-t-il acquis
une telle profondeur de réflexion ? Nul ne le
dit mais à coup sûr on peut prétendre qu’il ne fréquentait
pas les milieux juifs où il aurait pu élaborer les
éléments de sa foi. Il est d’origine païenne et il est
officier de l’armée d’occupation, ce qui est suffisant
pour dire qu’il n’avait certainement
pas fréquenté la synagogue locale. Sa spiritualité
a donc une autre origine que juive et s’il vient
à Jésus c’est sans avoir suivi les voies classiques
qui mènent naturellement à Dieu et à la
découverte de la foi.
Le fait que cet officier romain arrive
à structurer sa foi , (mais est-ce vraiment la
foi ?) sans avoir été éclairé par la sagesse
d’un homme de Dieu pose a priori une question, qui n’est
pas celle que l’on pose pas habituellement dans les
milieux d’église. Est-il possible en effet d’accéder
à la connaissance de Dieu sans l’aide de la sagesse
d’un croyant et sans le recours aux Ecritures
? Il faut bien répondre par l’affirmative car
ce phénomène ne se découvre pas seulement dans ce passage
de l’Ecriture, mais il a tendance à se généraliser aujourd’hui.
Face à de telles situations les
églises ne savent pas se situer car l’approche
de ces gens là évacue des pans entiers du
catéchisme dont ils ne se soucient pas toujours et parfois
qu’ils contestent. En effet, après avoir fortement
affirmé à tous ceux qui nous interrogent que Dieu
est amour, nous leur donnons par la suite un
enseignement qui se résume grosso modo,
par l’énumération d’interdits qui permettent, selon
nous, aux nouveaux croyants de se démarquer des
païens. A part les 10 commandements classiques
du décalogue qui servent encore aujourd’hui, en tout
cas pour les sept derniers, de structure à toute
société, ( tu ne tueras pas , tu ne voleras pas, tu
ne commettras pas d’adultère, tu ne laisseras pas tes
vieux parents sans soin ), il y a tous les interdit
moraux que nous glanons dans les Ecritures et qui nous
permettent croyons-nous de forger la personnalité des
croyants afin qu’ils se sortent su péché dans lequel
il sont englué depuis leur naissance puisqu’ils
seraient nés sous la malédiction du péché originel
antérieur à l’humanité elle-même et qui expliquerait
leur mauvais penchant.
En fait nous sommes surpris que
Jésus félicite cet officier pour sa foi, car nous-mêmes
en tant que Chrétiens nous ne lui reconnaissons pas
les qualités d’un croyant. En s’approchant de Jésus,
c’est plus un guérisseur qu’il vient chercher qu’un
homme de Dieu. Il fait fortement allusion aux
démons qui lui sont soumis et dont Jésus serait le maître,
mais il ne fait aucune allusion à Dieu dont nous
assurons que Jésus est le fils
Jésus l’accueille avec bonté, il ne
prononce aucune parole qui pourrait le mettre
mal à l’aise par rapport à sa foi chancelante.
Il ne lui dit pas que sa formation catéchétique
ou spirituelle laisse à désirer et que sa demande est
mal formulée. Au contraire il le félicite et donne sa
foi en exemple. Il ne tient aucun cas du fait qu’il
ne fait aucune allusion à Dieu, il ne lui parle ni de
péché ni de pardon, il s’émerveille. A coup sûr je dirai
que Jésus parie sur l’avenir en sachant que cet homme
est bien placé pour que sa foi maintenant se construise
et s’édifie. La réponse que lui fait Jésus à coup sûr
le mettra sur le chemin de la découverte du Dieu d’amour
qui ne tient pas compte du péché des hommes pour leur
manifester son amour.
C’est maintenant que je peux revenir
à mon propos de tout à l’heure sur Dieu, je le compléterai
en inversant les propositions. A ceux qui cherchent
Dieu avec les bagages que leur donne la vie, sans
que ce soit la référence à la Bible, avec les questions
que provoquent en eux leurs expériences personnelles,
je dirai que Dieu les cherche également et qu’il
les trouvera certainement, mais je dirai aussi que Dieu
à son tour se pose question sur l’homme : l’humanité
en général, et l’être humain que je suis ou que
vous êtes.
Qui est cet homme que j’aime se demande
Dieu ? Est-il cette créature à jamais perdue
et condamnée par avance par le péché dont il ne
peut se sortir ? Est-il à tout jamais le jouet du mal
à attendant que je ne l’en délivre ? Qu’y a-t-il
en lui qui justifierai mon amour ?
Il me semble que les interrogations
de l’homme sur Dieu sont de la même nature que les interrogations
de Dieu sur l’homme. A force de se questionner,
l’homme croise inévitablement le chemin
de Jésus qui lui révèle le vrai visage de Dieu, un
Dieu qui l’aime sans se soucier de son péché et qui
lui offre par avance, et depuis toujours un programme
de vie dont il ne soupçonne même pas la qualité.
De la même manière, Dieu qui s’interroge
sur l’homme, il s’émerveille de la capacité
de cette créature à le chercher, malgré tout ce
qui ne va pas en lui, malgré son péché et son instinct
de domination sur l’autre malgré les catastrophes
dans lesquelles il entraîne le monde. Dieu s’émerveille
de cette créature qu’il a voulu libre de le rejeter
et qui malgré tout le cherche pour se structurer.
Et s’accomplir. Dieu ne peut alors que l’en aimer
davantage. Plus Dieu s’interroge sur l’homme,
plus il l’aime. La capacité de l’homme et
de Dieu à se chercher mutuellement ne peut s’accomplir
que dans une commune reconnaissance. Ils
s’unissent alors dans un destin commun qui
nous permet de vérifier encore une fois que le deuxième
est fait à l’image du premier.
(1) Rose est une petite fille
qui a été baptisée ce jour là
Dimanche 21 janvier
2007 Luxembourg
à Saint Jean
Sermon : Luc 4/14-21
Vous qui êtes rassemblés ici, dans
ce joli temple ce matin, vous êtes privilégiés
parce que Dieu vous aime. Il a pour vous des projets
libérateurs, il vous comble de sa miséricorde et vous
promet le salut. Voila des paroles qui devraient vous
faire plaisir, car nombreux sommes-nous à nous interroger
sur la nature de nos relations avec Dieu, et j’espère
que de telles affirmations auront le don de vous rassurer.
Si ce sermon avait pour seul but de
vous satisfaire et de vous rassurer, je devrais m’arrêter
là, mais vous n’y trouveriez pas votre compte parce
que tout cela ferait un peu bref. Vous atteindrez,
peut-être le comble de la satisfaction si je compléte
mon propos en rajoutant que les Eglises de la Réforme
sont particulièrement aptes à comprendre
cela parce qu’elles savent depuis toujours que
Dieu veut nous sauver par pure grâce et que c'est un
grand privilège pour nous de le savoir. Paraphrasant
alors le texte de l’Evangile, je dirai, en constatant
votre air satisfait, que « vous êtes tous
ravis à l'énoncé de ces paroles merveilleuses.
»
Il suffirait maintenant que je prononce
une seule phrase de plus pour que votre satisfaction
d’un instant se transforme en interrogation, que vous
vous demandiez si ma théologie est bien orthodoxe et
si je prêche bien le message de ce même Jésus
que vous reconnaissez comme votre Sauveur. Je
vous disais donc que « vous êtes sauvés par grâce
». Et je vais rajouter la phrase qui va me faire
perdre votre faveur : « c’est un privilège que vous
partagez avec le reste de l’humanité ». Et vous
voilà perplexes: "Est-il en train de dire que le
salut est universel?" Chacun se demande alors
pourquoi il faut que l’on se convertisse si tous les
hommes doivent être sauvés. A quoi donc servirait la
repentance ? N’a-t-on pas enseigné que la grâce sauve
ceux qui croient et que le salut ne peut exister sans
la foi?
Ces questions que je soulève sont les
vôtres à n’en pas douter. C’est pourtant un événement
semblable que Jésus a vécu dans la synagogue
de Nazareth, c’est pourquoi je me suis permis de le
parodier. Tant qu’il s’adressait à ses compatriotes
dans le contexte religieux du moment il a suscité un
courant de satisfaction et de sympathie. La délivrance
des captifs, la guérison des aveugles, la faveur du
Seigneur, voila des bonnes nouvelles pour ceux qui écoutent,
c'est-à-dire les pratiquants de Nazareth, et ils se
sentent privilégiés par rapport aux autres. Mais
ils acceptent mal que cette même bonne nouvelle soit
aussi valable pour les gens du dehors, ceux qui ne sont
pas convertis, c'est-à-dire les païens qui partagent
avec eux cette terre et même les romains qui l’occupent
et les tiennent sous tutelle. C'est la liberté de Jésus
qui les choquent et ils ne veulent pas entrer dans sa
liberté.
Ils ont bien compris que les allusions
que Jésus fait à Elie concernent les non juifs, les
non convertis, les sans foi, les païens. En parlant
de la veuve de Sarepta, ils savent tous qu’elle ne s’est
pas convertie, même si elle a bénéficié des faveurs
de Dieu, et Naaman le Syrien, après avoir été guéri,
n’est-il pas retourné contraint et forcé vers ses pratiques
païennes? Jésus suggèrerait-il que même les incroyants
romains auraient droit eux aussi au salut ? Irait-on
à jusqu’ à penser, dans notre contexte actuel que le
salut pourrait s’étendre à ceux dont nous réprouvons
les comportements tant religieux que sociaux, voire
même les athées ?
Que de problèmes se posent à nous !
Nous pensons qu'une trop grande liberté nous amène à
des lectures tendancieuses de l'Ecriture et que jadis,
alors que les questions n’étaient pas les mêmes
et les réponses plus tranchées, c’était mieux que maintenant.
Et dans le contexte actuel, nous pensons que
demain, ce sera pire, à moins que les problèmes
étant résolus, ce soit mieux, et c’est ce que
nous espérons secrètement.
On pourrait bien évidemment épiloguer
longuement de la sorte en recadrant nos réflexions
sur le passé ou sur le futur. On pourrait aussi s’attarder
à débattre sur la bonne théologie du salut et il y aurait
à finalement à ce sujet autant d’opinions que de gens
rassemblés dans cette enceinte. On pourrait même
se mettre d’accord pour lyncher le prédicateur, comme
on a tenté de le faire à Nazareth, mais c’est passé
de mode et ça ne se fait plus. De toute façon
on passerait à côté de l’Evangile, c'est-à-dire au
souffle de liberté qui est porteur de la
bonne nouvelle qui est contenue dans ce texte.
Cette bonne nouvelle vous concerne.
Les gens de Nazareth n’ont pas su la recevoir. Jésus
leur a dit une phrase essentielle qu’ils n'ont
pas voulu entendre « La bonne nouvelle se réalise pour
vous aujourd’hui » a-t-il dit. Pour une fois,
nous sommes invités à faire un peu de nombrilisme et
à ramener les choses à nous-mêmes, car c’est chaque
individu, dans l’aujourd’hui de ce jour qui est concerné.
La parole de Dieu n’est pas seulement une promesse
faite jadis dans un contexte qui n’est plus le
nôtre, dans une société du Moyen Orient qui n’existe
plus et avec laquelle nous n’avons plus rien à voir.
Elle ne concerne pas non plus un Royaume fictif
qui viendra à la fin des temps. Cette parole de
Jésus s’adresse aujourd’hui à vous, dans le contexte
d’aujourd’hui et c’est aujourd’hui que vous devez l’entendre.
Elle parle de votre libération, de votre guérison
des faveurs de Dieu pour vous et par voie de conséquence
de votre salut. Il ne vous est pas demandé d’élucider
la question pour savoir qui aura droit au salut et si
d’autres que vous y auront droit, car il s’agit
aujourd’hui d'abord de vous et de vous seuls.
Le salut, c’est la certitude qui se
fait en nous que Dieu marche sur le même chemin que
nous, qu’il est au courant de tout ce qui nous concerne,
qu’il partage nos joies et qu’il connaît nos inquiétudes
et qu’il participe à notre guérison quand nous sommes
malades. Il place l’espérance en face de chacune
de nos difficultés. Il nous demande, comme un a priori
à toutes nos réflexions de poser dès aujourd’hui un
acte de foi en toute liberté à savoir que Dieu seul
rend toute chose possible.
Pas question de se réfugier dans des
chemins de traverses ou d'évoquer des expériences
négatives du passées. La foi
est une démarche, ou plutôt une attitude personnelle
qui se vit dans la plus grande liberté. Elle ne se nourrit
pas du passé mais se vit dans l'instant. Elle
ne se nourrit pas forcément de la foi des autres,
comme on aurait tendance à le croire, mais elle réclame
que l'on se concentre librement sur nous-mêmes et sur
la réalité de la présence de Dieu en nous. Certains
pensent que l’exemplarité des autres pourrait nous communiquer
le désir de nous rapprocher de Dieu. Il
nous invitent à regarder Martin Luther King,
par exemple, ou Mère Théréza, ou tous ceux dont on peut
recommander l’ exemple. Leur sort n'a pourtant
été enviable pour personne. Martin Luther King
a été assassiné, Mère Théréza a passé sa vie dans les
gourbis de Calcutta et la vie de tous les autres, cités
habituellement en exemple a ressemblé à
la leur. Personne de normalement équilibré n’a envie
de leur ressembler. L’exemplarité des autres ne nous
aidera nullement dans nos problèmes personnels qui réclament
d’abord la foi avant d’en constater les effets. Ce n’est
pas parce que nous constaterons des guérisons, ce n’est
pas parce que nous verrons des miracles que nous croirons,
mais nous croirons, parce qu’un jour, comme celui d’aujourd’hui
nous aurons constaté en nous-mêmes, dans notre fort
intérieur, que nous avons toutes les raisons de
croire et que nous n’avons aucune raison de ne pas croire.
Aujourd’hui, nous prenons la liberté
de n’être influencé par personne, si non par cette voix
intérieure qui se confond avec la voix de Dieu et qui
nous dit que l’avenir est ouvert, que la guérison est
possible que l’éternité relève de ce Dieu qui nous fait
entendre sa voix et que nous n’avons aucun argument
pour la contester. Dieu seul nous prend en charge dans
ce qui nous oppresse et c'est cela qui met en nous ce
sentiment de liberté.
Ainsi quiconque se sent maître
de lui-même ne peut que librement se tourner vers
ce Dieu qui lui parle et qui habite déjà en lui, pour
lui dire « je crois ». Il se sentira alors libre, les
difficultés du chemin subsisteront sans doute, mais
il sera revêtu de cette énergie étrange que seul le
Dieu que nous confessons peut donner par la foi. La
foi n’a pas donc besoin d’autre chose pour se
manifester si non de découvrir que Dieu nous rend
libres par rapport à tout ce qui peut avoir d’emprise
sur nous. Libres par rapport à tout ce qui nous fait
vivre ou qui nous entraîne dans la mort. C’est
ce sentiment de liberté qui nous ouvre à Dieu,
car la liberté ne peut être qu’en lui, puisqu’il
prend en charge tout ce qui nous opprime, c’est
pourquoi celui qui se sent vraiment libre, ne peut être
qu’un croyant et un homme de foi.
Dimanche 14 janvier
2007 Pentemont
Texte Jean 2/1-12. Lectures Esaïe 62/1-5 1
Corinthiens 12/4-11
Marie qui es-tu ? Que de choses
ont été dites sur toi !
Nous allons aujourd’hui, à partir du
premier miracle de Jésus, où Marie joue un rôle controversé,
essayer de faire le point sur le rôle qu’elle joue dans
notre foi.
En fait, on ne parle d'elle qu’au début
et qu'à la fin et très peu dans le corps
des évangiles eux-mêmes. Il est question d'elle
au commencement de la vie terrestre de Jésus pour
l'accueillir dans le monde des humains. On la
retrouve également au pied de la croix, comme pour ouvrir
l a voie de l’éternité à son fils agonisant. L'Evangile
de Jean nous la fait apparaître, pour la dernière fois,
au pied de la croix comme une femme sans voix confiée
à l'apôtre bien aimé. Les dernières paroles de Jésus
supplicié, sont pour sa mère terrassée par la douleur
et soutenue par son meilleur ami. Ailleurs,
dans les Evangiles seul l'épisode de Cana et celui
de la découverte de Jésus au temple parlent vraiment
d’elle.
Dans l'épisode de la croix,
la sobriété du texte ne parle que de sa douleur et de
son chagrin et ne dit rien d'autre. En aucun cas
il est dit quoi que ce soit du rôle que Dieu pourrait
lui réserver. A la mort de Jésus; aucun programme particulier
n’est prévu pour Marie. Elle ne fait plus partie
du projet divin.
Venons en donc aux Evangiles de l'enfance.
Un ange accueille Marie d’une manière théâtrale. On
dirait même des alexandrins :" Je te salue
ô toi qui es pleine de grâce». Il annonce tout le programme
qui se déroulera par la suite. Marie écoute avec ravissement.
Aux merveilles succèdent les merveilles et rien n'altère
le déroulement du plan de Dieu. Marie prononce des paroles
sublimes qu'elle cueille sur la bouche des prophètes
de jadis et compose le seul cantique du Nouveau
Testament: " je magnifie le nom du Seigneur, je
suis transportée d'allégresse ».
Quel contraste entre l'euphorie de
la période de l'enfance et la scène tragique où le fils
agonisant n’a pour tout souci que le bien être
de sa vieille mère après sa mort. Oubliées, les paroles
de l’ange, le ciel semble s'être fermé, Marie devenue
muette jusqu'à la fin des temps, terrassée par
la douleur et l'incompréhension ne fera plus qu’une
brève apparition silencieuse dans le livre des actes
et ce sera tout.
Lue à travers l'Evangile, l'histoire
de Marie ressemble à une tragédie qui s'ouvre sur une
promesse et qui s'achève sur un tragique silence quand
le rideau tombe et que les spectateurs atterrés n'osent
pas applaudir. Les croyants n'ont pas supportés
ce silence final. Ils ont rajouté une suite que
nous connaissons bien. Marie a rejoint son fils dans
le ciel où elle est devenue la mère de Dieu, saluée
comme telle par les conciles. Pourtant les Evangile
nous l’ont montrée comme mère de son fils, un
fils d'homme, le fils de l’homme et par extension mère
des hommes, et rien d’autre.
Nous la retrouvons dans le Temple,
alors que Jésus a 12 ans a quitté la caravane qui le
ramenait avec ses parents à Nazareth après un
pèlerinage. Elle est inquiète. En compagnie de
Joseph elle est à la recherche de son fils qu’ils
découvrent absorbé dans un débat rabbinique, avec les
Docteurs de la Loi. La caravane est partie le laissant
à ses dévotions tandis que ses parents inquiets rebroussent
chemin. A Marie qui lui fait des reproches et
attend des explications, peut être même des regrets
il fait des reproches : "il fallait bien
que je m'occupe des affaires de mon Père». Elle n'y
comprend rien et elle est dépassée par les événements.
Elle ne semble plus se souvenir des récits de l’enfance.
Son fils lui échappe et elle ne comprend pas. Désormais
son fils prendra de plus en plus de distance par rapport
à elle. Pour la dernière fois, elle le récupère
et le ramène à la maison, mais il n’est déjà plus à
elle. Il parle de son Père qui n’est pas le compagnon
de Marie.
Bien plus tard, c’est à Cana qu’on
les retrouve. Jésus est adulte et il est devenu
un maître respecté entouré de disciples et il fait semble-t-il
encore la fierté de sa mère. Qui ne serait pas fier
d’avoir un fils qui a rang de rabbi. Cependant, le fossé
se creuse entre lui et Marie. « Ne t’occupe pas de ça
» lui dit-il alors qu’elle insiste pour qu’il
intervienne dans l’intendance d’un repas de noce mal
préparé. Il ne la désavoue pas pour autant, et elle
ne perd pas la face. Il intervient et fait le miracle
espéré, le premier de sa carrière. Mais ils ne sont
plus sur un terrain d’entente, la fracture entre
elle et son fils est nettement repérable. Qui
donc est ce fils ? C’est sans doute avec ce genre de
pensées qu’elle retournera chez elle après la fête.
Elle repassait toutes ces choses dans son cœur comme
il est dit par ailleurs, mais cette fois ce n’est pas
pour s’émerveiller, mais plutôt pour faire le bilan
de son infortune.
Un jour elle n’y tient plus, il faut
qu’elle ait une discussion franche. Son fils se marginalise
de plus en plus, en même temps que l’admiration des
uns va croissante, l’hostilité des autres s’amplifie.
Il a déserté l’atelier paternel. Elle pressent sans
doute que tout cela finira mal. Est-ce pour le ramener
à d’autres sentiments qu’elle vient vers lui ce jour
là ? Est-ce pour des raisons économiques, ou est-ce
simplement pour le voir ? Nul ne le sait, mais elle
ne vient pas seule. Elle se fait accompagner de ses
autres fils. Elle en fait une affaire de famille. On
vient alors dire à Jésus que sa mère et ses frères veulent
le voir. Nous savons sa réaction : « qui est ma mère,
qui sont mes frères, si non ceux qui vont la volonté
de mon Père » Encore son Père ! Il reprend les mêmes
termes que jadis, enfant à Jérusalem devant les docteurs
du temple. Il ne la reçoit pas. Sans doute la scène
a-t-elle été pénible pour Jésus aussi, mais la rupture
entre elle et lui est totale. On ne reverra plus Marie,
si non au pied de la croix dans l’épisode célèbre dont
nous avons parlé tout à l’heure.
Nous revenons à ce moment où dans l’Evangile
Marie elle assiste à l’exécution de son fils.
En qui croit-elle à ce moment précis ? Qui est le Dieu
qui habite sa pensée ? En qui croit-elle au moment
où toute sa vie s’effondre ? Que reste-t-il en elle
de la foi naïve de la jeune fille qui était prête
à affronter l’opprobre des foules parce que Dieu le
lui demandait. « Je suis la servante sur Seigneur, avait-elle
dit à l’ange » qu’il me soit fait selon sa volonté ».
Comment allons-nous mettre de la cohérence entre les
scènes de l’annonciation où Marie prophétise avec une
candeur émerveillée, et cette dernière scène où elle
ne prononce pas un mot quand son fils arrivé au bout
d’une vie qu’elle n’a ni comprise ni partagée la confie
à un autre qui va la prendre en charge et qui lui servira
de fils pour l’accompagner dans la suite de son histoire.
Et c’est la suite de cette histoire qui nous intéresse.
Par la suite, on la retrouve quelques
jours plus tard avec les disciples et les apôtres qu’elle
a rejoints. On peut en conclure qu’elle a partagé le
même étonnement en apprenant la résurrection, la même
foi et le même enthousiasme à Pentecôte. Puis les Ecritures
cessent de parler d’elle. Mais on le sait, la
tradition a pris le relais en .
l’ entourant d’une aura légendaire
qui fera d’elle une pseudo divinité et on lui donnera
le titre de mère de Dieu. Mais qu’en est-il
alors de la foi naïve de ses débuts et du
chagrin causé par le rejet de son fils ? C’est pourtant
dans cette vie si bousculée, que nous allons
trouver un modèle pour construire notre propre
foi.
En effet, il n’est pas rare que la
foi se déclenche par un moment d’intense émotion où
la présence de Dieu s’impose à nous comme une certitude
incontournable. Après ce premier moment de découverte
basé essentiellement sur l’émotionnel voire même
l’irrationnel, la foi demande à se construire à l’écoute
de Jésus. Cette émotion Marie l’a ressentie dans
les évangiles de l’enfance. Puis vient le questionnement
que provoque en elle cette première émotion. Elle
cherche en Jésus à entendre quelque chose de Dieu.
Mais elle trouve plus de doute que de certitudes. Toutes
les expériences religieuses passent par cette
étape où il s’agit de découvrir Dieu au travers de Jésus.
Nos questions restent parfois longtemps sans
réponse, on ne retrouve plus l’émotion primitive qui
nous a mis en route. Le doute parfois s’empare de nous.
C’est cet itinéraire spirituel qu’a suivi Marie.
La quête de Dieu s’achève quand
celui qui a été illuminé un jour découvre que Dieu seul
peut donner de la qualité à sa vie. Cela se récapitule
dans le mystère de la résurrection de Jésus . Elle en
fera l’expérience, mais elle ne nous sera pas racontée.
C’est là l’itinéraire de Marie, elle est allée de l’émerveillement
à la découverte de la résurrection en passant par le
doute et le sentiment d’abandon. Mais sa
première expérience dans la foi l'a cependant maintenue
dans la fidélité.
Cette fidélité l’amène de la croix,
au matin de Pâques, de la mort à la résurrection. Quand
la découverte de la résurrection vient habiter
notre vie nous sommes arrivés aux termes des expériences
humaines qu’il était nécessaire de faire pour
être habités par une foi adulte. Cet itinéraire est
celui de Marie, elle nous a appris patiemment
à découvrir le chemin mystérieux qui conduit
chacun de nous à la découverte du plan de salut de Dieu
pour les hommes, si bien que Marie fait plus figure
de mère des croyants que de reine du ciel.
Dimanche 7 janvier 2007 Pentemont
Sermon: Esaïe 60 Autres lectures Ephésiens 3/2-6
; Matthieu 2/1-12 Cantiques 25/1,2,3,4 -
254/1,2,3 - 264/1,2,3,4,5,6 ,
Bonne Année, meilleurs vœux se dit-on
tous les ans en cette période pour présenter l’année
qui commence sous un meilleur jour que l’année écoulée.
Cela fonctionne comme si, en ne formulant pas
de tels souhaits à ce moment précis, nous allions
attirer sur nous et nos semblables des moments néfastes,
alors que tout cela relève d’un choix décidé par les
hommes d’une manière totalement arbitraire il y a de
nombreux siècles. Pourtant nous répétons ces vœux
à tous ceux que nous croisons en s'attardant surtout
sur le souhait de bonne santé, comme si, en insistant
on allait conjurer les mauvais sorts, lutter contre
les microbes et les miasmes, et enfin conjurer
les mauvais esprits.
Bien sûr, nous savons bien que
tous ces souhaits ne sont que des formules de
politesse socialement établies depuis longtemps.
Mais nous savons qu’au delà des politesses, il y a dans
cette tradition quelque chose de plus mystérieux
qui fonctionne comme un rite qui parcourt nos
sociétés et qui réclame un respect absolu, sans
lequel les choses n'iraient pas comme il se doit.
Il y a comme une sorte de superstition collective qui
nous habite et à laquelle nous obéissons comme si Dieu
lui-même exigeait que nous le fassions. Nous faisons
comme s’il était le témoin silencieux de nos souhaits
collectifs et que par cette tradition nous considérons
qu’il s’engage lui-même à garantir les vœux que nous
portons.
Ainsi, pendant les premières semaines
de la nouvelle année les hommes communient-ils en une
immense prière collective qui ne dit pas son nom et
qui est porteuse d’espérance et de bénédictions. Par
la force des habitudes, par le poids de la tradition,
sans jamais que son nom soit prononcé, Dieu reprend
ses droits dans une nation qui semble par ailleurs l’avoir
oublié.
Que cette habitude d’échanger des vœux
soit solidement ancrée dans les pays à forte
tradition religieuse, cela se conçoit aisément et ne
surprend personne, mais que cela soit joyeusement répandu
dans un pays où la pratique religieuse est une des plus
faible du monde a quelque chose de surprenant, car pour
faire un souhait, il faut se référer à une puissance
supérieure pour l’exaucer. Pour formuler un vœu il faut
qu'il y ait quelque chose au delà
de nous-mêmes qui lui donne de la puissance pour qu’il
s’accomplisse. Il y a là quelque chose de « laïquement
» religieux qui me rend heureusement perplexe ce matin.
« Chassez le naturel, il revient au
galop ! » Bien que Dieu ne joue apparemment plus
de rôle dans la vie de plus de 75 pour cent de nos concitoyens,
il continue à habiter leur inconscient collectif, comme
si la conscience de Dieu était impérissable, comme si
il y avait du divin en nous sans que nous le sachions.
Nous sommes donc amenés à constater que la fidélité
de Dieu est plus forte que l’infidélité des hommes puisqu’il
nous rejoint dans notre inconscient alors que
notre conscient le récuse !
Heureux sommes-nous d’êtres placés
sous le regard d’un tel Seigneur qui n’oublie aucun
de nous, même si nous, nous l’avons oublié. Bien plus
heureux encore sommes-nous, si malgré les vicissitudes
de la vie et nos égarements de toutes sortes, nous lui
restons un peu fidèles.
Tout cela n’est pas nouveau, bien d’autres
en ont fait état avant moi. Cette vérité se perd dans
la nuit des temps car on sait que Dieu ne cesse de chercher
l’homme, même si l’homme ne cesse de se cacher de lui.
C’est ce que notre grand père et notre grand mère
Adam et Eve étaient déjà sensés faire dans les
branchages du jardin des origines. C’est ce
que nous faisons quand nous nous perdons dans le tourbillon
de nos activités multiples. Malgré tout, Dieu
pénètre l’intimité de chacun, il frappe à la porte de
sa sensibilité. Mais même quand l’homme ne répond
pas, il garde en lui la trace de son passage. Elle reste
active et dépose en chaque humain comme l’embryon de
l’espérance.
Il y a ainsi, profondément stratifiée
en nous, comme une impression qui deviendra, pour
ceux qui se donnent la peine de réfléchir la connaissance
du salut. Il y a en chacun le désir fossilisé
de la connaissance de Dieu qui devient plus ou
moins perceptible, en fonction des événements que nous
vivons. Ce désir ne cesse de tarauder notre esprit,
à moins qu'à force de le négliger il ne finisse
par s'appesantir. Tout cela appartient au mystère
de chacun. Mais la connaissance de Dieu reste enkystée
en nous, alors que nous ne le savons même pas, car la
destiné de chacun est d’arriver à cette connaissance.
Dans l’attente de ce jour, le prophète
Esaïe, tout entier pénétré de cette certitude
livre, à notre méditation le chant d'enthousiasme qui
monte en lui et que nous venons de lire. Le Seigneur
l'a visité, il a mis en lui la certitude de la
venue d'un temps nouveau où les hommes remplis de la
connaissance de Dieu collaboreraient avec lui pour construire
une réalité nouvelle: Tel un poète qui exprime l'inexprimable
il décrit avec les termes de son temps l'espérance
que lui dicte sa foi. Il vit une émotion tellement
forte que tout est transfiguré autour de lui. La paix
promise pour le futur s'installe dans son âme, et même
si Jérusalem n'existe plus, même si le peuple
est encore captif en exil dans la lointaine Babylone,
la présence de Dieu transforme le marasme quotidien
en un hymne d'espérance.
Il salue alors la victoire de
la lumière sur les ténèbres. Aussi sûr que le
soleil viendra éclairer l'aube qui va naître, aussi
sûrement la présence de Dieu donnera-t-elle du
sens à la vie de tous les hommes. S'il nous est
donné d'espérer le salut que Dieu nous donne, le temps
où il s'accomplira en totalité ne nous est pas encore
connu, mais Dieu jalonne notre vie de signes d'espérance
qui nous entraînent à ne jamais douter de la vigilance
attentive qu'il a sur chacune et chacun de nous, car
la présence de Dieu en nous est aussi sure que
le lever du soleil au petit matin.
Une telle euphorie sera-t-elle de courte
durée? Déjà viennent à notre rencontre les
prophètes de mauvais augure. Ils prétendent que ce sont
nos fautes et nos mauvais comportements qui
retardent la venue de ce temps nouveau.
Ils nous culpabilisent en rendant les hommes responsables
de tous les maux de la terre, à tel point que même Dieu
serait amené à suspendre l'accomplissement de
ses promesses. Le comportement des hommes serait si
néfaste à la création qu'il voilerait même l'éclat
de la gloire de Dieu qui ne pourrait même plus se manifester
à cause d'eux. Ainsi en arriverait-on à croire
que le monde désormais ignoré par Dieu serait paralysé
par son propre péché. Cette accusation semble
tellement vraie que nous sommes tentés de voir
l'avenir de la planète sous un jour sombre.
Ô hommes de faible foi, n'avez-vous
jamais entendu la voix des prophètes relayée de proche
en proche jusqu'à celle de Jésus Christ qui perce le
silence de l'histoire pour dire qu'il n'appartient pas
aux hommes de modifier les décisions de Dieu.
Elle proclame le pardon, là où les hommes s'enferment
dans le péché, elle parle de liberté et
détruit les tabous culpabilisants. Si la responsabilité
des hommes est engagée dans le mauvais état de la planète,
et qui oserait le nier, la connaissance
de Dieu est cependant porteuse de salut et d'éternité.
Jésus nous, rappelle que Dieu a pris en charge
le péché de l'humanité pour ouvrir devant elle des
chemins d'espérance qui sont toujours accessibles. Il
déculpabilise les hommes pour qu'ils puissent
agir sereinement afin que sa volonté soit faite,
ici bas sur terre, comme elle est déjà faite
là haut dans les cieux.
C'est alors que la voix de Dieu relayée
par celle du prophète se fait incisive en nous. C'est
alors que nous accueillons l'espérance comme un fruit
de Dieu capable de nous donner l'énergie et l'enthousiasme
nécessaires pour que ses promesses s'accomplissent.
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