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Dimanche 22 Juillet 2007
(Psaume CXXXIII, Romains X 11 à 15,
Matthieu XXIII 25 à 28)
[La Beauté]
Jésus dit : « Malheur à vous Pharisiens
hypocrites ! Parce que vous ressemblez à des sépulcres
blanchis qui paraissent beaux au dehors, et qui au-dedans
sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce
d’impureté. »
Jésus s’attaque à l’apparence que revêtent
les pharisiens, qui représentent dans l’Evangile de
Matthieu, non le juif en particulier, mais l’homme religieux
en général. Mais, que cela signifie pour nous aujourd’hui
? Il existe dans nos sociétés contemporaines, au moins
trois types de relation au beau, à la beauté.
Tout d’abord, nous avons ceux qui évoluent
sans conception, sans référence culturelle établie,
sans enracinement véritable dans leur aspiration au
beau. Nous pouvons les reconnaître aisément puisqu’ils
suivent benoîtement la mode, les tendances dans le but
de paraître. Ils font toutes sortes d’acquisitions chez
les représentants de la mode en vogue. Ils passent par
toutes les tendances de leur temps. Ils aspirent à suivre
une image de grandeur, de sveltesse et de jeunesse,
que l’on nous matraque quotidiennement. Comme si fraîcheur
allait de pair avec le beau, et comme si le beau était
une histoire de dimension. Je préfère personnellement
lui associer l’idée de proportion.
Au moins, loin de cette mascarade,
le « bourgeois bohême » lui, ne succombe pas à ce goût
pour le neuf et le clinquant. Ce type d’absence réelle
de conception esthétique s’accompagne généralement,
d’une attitude des plus superficielle et utilitariste,
qui parfois peut nous charmer par son caractère reposant.
Nous pouvons associer à cette conception du beau l’image
de l’acculturé, de parvenu du monde.
Il existe une seconde conception du
beau. Celle-ci s’inscrit dans le temps, à l’épreuve
du temps. Ce rapport au beau se traduit souvent par
un raffinement certain, généralement selon une conception
du monde. Il s’agit de mettre en harmonie les formes,
les matières et les couleurs selon un goût reconnu comme
sûr, s’exprimant au travers des choix vestimentaires
en fonction du physique de l’individu. D’ailleurs, et
ce n’est pas un hasard, si le plus ancien parfumeur
français opérait à l’origine, une création particulière
et personnelle, pour chacune des personnes désireuses
d’une fragrance agréable.
Nous sommes ici devant la description
du gentilhomme, dont la relation aux choses et aux autres
veut se maintenir dans une image policée, élégante,
courtoise.
Néanmoins, là justement, intervient
la diatribe de Jésus envers les pharisiens, diatribe
envers l’homme d’une conception du monde, diatribe envers
l’homme religieux. Nous pouvons aisément imaginer un
Jésus en colère, en colère devant cette impiété prétendument
pieuse. En effet, l’homme religieux peut être amener
à reléguer sa relation à Dieu au profit de sa relation
au monde selon des codes vestimentaires et de conduite
déjà établis et conditionnés.
Dès lors, l’homme religieux va se draper
d’un vêtement, d’une attitude toute humaine, renvoyant
en apparence seulement, à une forte relation à Dieu.
En fait, l’homme religieux est un homme
païen qui se travesti en homme de Dieu. C’est un grec
déguisé en homme de foi, comme aurait pu le formuler
Paul.
Les deux rapports au beau que nous
avons décrits, trahissent une ambiguïté dans la relation
à Dieu, ambiguïté que je ne peux pas manquer de signaler
:
1) Le premier rapport au beau, celui
de l’acculturé, du parvenu, conçoit un rapport au temps
positiviste qui voudrait que la nouveauté coïncide toujours
davantage avec son aspiration au beau. Et ainsi dans
une quête toute humaine vers le beau, la nouveauté l’emporterait
de façon systématique sur l’ancien.
2) Dans le second rapport au temps,
celui du gentilhomme, se manifeste une autre l’ambiguïté,
le risque pernicieux que s’installe une absence de relation
première à Dieu, dans laquelle Dieu ne serait plus Souverain
et donc plus Dieu. Comme me le signalait dernièrement
Jean-Matthieu Hellich :« Tout procède d’une chose
et de son contraire. Et ces contraires, en tension,
sont à penser ensembles. »
Dès lors, cette apparence entretenue
par les pharisiens ne peut pas ne pas appeler une intériorité
pécheresse. C’est un aspect de ce que Paul appelle la
perversion de la Loi.
En d’autres termes, ces deux postures
nous renvoie à une divinisation du temps, et par conséquent,
la Sainteté de Dieu se trouverait profanée.
Par ailleurs, nous pouvons remarquer
que ces rapports au beau, conçoivent le beau comme relatif
aux choses en soi ou aux êtres en soi, souvent sur le
mode de la nécessité, selon une vision conditionnée
du monde. Mais encore, il s’agit de postures objectivées
et extérieures. Elles ne peuvent pas réellement répondre
à la subjectivité de notre foi.
Mais alors quelle type de relation
au beau pouvons nous déduire du discours de Jésus ?
Jésus compare les pharisiens à des
sépulcres blanchis, symbolisant extérieurement le pure,
le juste et le beau, mais qui renferme en fait, la mort
et l’impureté, l’hypocrisie et l’iniquité.
Or, la notion de juste est relative
non à la justice, mais à la justesse. Et, tout comme
la notion de pureté, elle nous renvoie directement à
Dieu. Dès lors, Jésus réaffirme la primauté de la relation
à Dieu par rapport à la relation aux autres et au monde.
Ainsi, par sa Précédence aimante, Dieu nous permet d’acquérir
non un statut éphémère de parvenu, ni un statut tout
humain de gentilhomme, mais un statut éternel de Privilégier.
Autrement dit, la beauté s’origine
dans notre intériorité, dans l’intimité de notre foi,
jusque dans la fébrilité notre cœur de chrétien. Et
par conséquent, Jésus préfère mettre l’accent sur la
beauté intérieure, plutôt que sur l’extérieur qui prétend
au beau.
En effet, la beauté intérieure se manifestera,
tôt ou tard dans la relation au prochain, aux choses
de ce monde, et laissera les prétentions extérieures
du beau, stériles.
Par conséquent, au beau de la chose
en soi, se substitue la beauté dans la relation aux
choses, et surtout la beauté dans la relation à l’autre,
aux autres.
Il n’est pas ici question de discréditer
l’aspiration toute humaine vers le beau, mais de souligner
la primauté de l’homme intérieur, de l’homme de foi
sur l’homme extérieur, l’homme du croire, l’homme publique,
tel que Jésus la rétablit.
D’ailleurs, ici s’exprime tout l’écart
existant, entre ce que l’on nomme communément le gentilhomme
catholique et le gentleman protestant, entre l’homme
enfermé dans des conceptions convenues et provinciales,
et, l’homme radicalement ouvert au monde, puisque radicalement
ouvert à Dieu.
Ainsi, dans cette époque marquée par
un certain désenchantement du monde, que nous le voulions
ou non, est offert à chacune et chacun d’entre nous,
le privilège, le rôle de participer au ré-enchantement
du monde, par une relation aux choses, aux êtres qui
nous entourent, s’enracinant dans une prise de conscience
croissante, dans l’assurance renouvelée que Dieu nous
aime.
Car je vous pose franchement la question
: Dans ce monde, où l’homme doit se résoudre à des tentatives
précaires de sauvetage, de sauvetage de l’existence
de son prochain, existe-t-il plus grande promesse de
beauté que cette relation d’Amour initiée par Dieu qui
nous est signifiée par le don pure et parfait de son
Fils unique qui mourut afin que nous soit offert la
vie éternelle ?
AMEN.
Dimanche 8 Juillet 2007
(Esaïe LXVI 10 à 14c; Galates VI 14
à 18; Luc X 1 à 20)
Après le passage de l’évangile de Luc
qui nous invite à comprendre comment l’on doit suivre
le Christ de Jésus dans notre rapport au temps, dans
l’attente du Royaume, le présent passage, à travers
la figure des missionnaires nous invite à comprendre
comment la Suivance du Christ se prolonge dans la mission
justement, comment nous ne pouvons pas ne pas annoncer
le Christ, le Dieu révélé dans le monde. Ainsi, nous
seront chacune et chacun à même de mieux comprendre
la manifestation de Dieu, de Dieu en Christ. Car ne
l’oublions pas ; nous sommes toujours les premiers à
écouter la parole que nous formulons, à écouter notre
propre parole, parole dans laquelle Dieu est susceptible
de se manifester à nous-mêmes comme à notre prochain.
Tout d’abord apparaît un élément concret, Jésus envoie
les missionnaires deux à deux, l’un priant et invoquant
l’Esprit, tandis que l’autre annonce l’Evangile à une
tiers personne qui par l’intervention de l’Esprit Saint,
seront à même de prolonger l’Eglise. Puis, Jésus emploie
une image agricole pour formuler l’Amour de Dieu pour
toute l’Humanité déjà en soi incommensurable, la promesse
de Salut offerte à toute l’Humanité que nous sommes
appelés à actualiser en récoltant le travail préalable
de Dieu. Ainsi, nous en déduisons que par delà les apparences,
tout homme ne peut pas ne pas avoir une démarche, une
démarche relevant de sa dimension spirituelle. Que l’homme
ignore ou nie Dieu, que cela soit conscient ou non,
cela n’empêche pas l’homme de ressentir le besoin d’une
relation à quelque chose qui le dépasse. Parce que tout
homme sent la nécessité impérissable de dépasser cet
état duel, de son être fragmenté qui le fait souffrir,
comme nous le rappelle si justement Paul dans l’Epître
aux Romains. La logique du monde nous est connue. L’homme
au monde et le monde avec lui passe volontiers du désir
de subsister au désir de dominer, de dominer son prochain,
de dominer la création, de dominer Dieu. Ainsi, le monde
est irrévocablement marqué par l’incroyance. En effet,
comme le signalait Raymond Aron, l’homme est fondamentalement
un animal de proie solitaire, du genre d’un jaguar.
Mais l’homme pour arriver à ses fins dans sa malice,
eu l’idée de se liguer pour parfaire son forfait. C’est
pour cela que Jésus dit : « Je vous envoie comme
des agneaux au milieu des loups. » Cependant, la logique
sollicitée par Jésus auprès de l’homme envoyé en mission,
auprès de chacune et chacun de nous pour récolter la
moisson, est tout autre. Généralement, lorsque nous
voulons obtenir quelque chose par nos propres moyens,
lorsqu’il en va de notre amour propre, de notre réussite
dans le monde, nous planifions, nous projetons, nous
construisons un plan de route, étape par étape jusqu’à
obtenir le fruit désiré de notre démarche. Nous nous
parons de nos plus beaux vêtements, et nous nous accompagnons
de nos plus beaux signes extérieurs de richesses, afin
d’afficher et d’affirmer notre propre assurance, afin
de pouvoir extirper, de pouvoir obtenir de notre prochain
le fruit de nos désirs. Car l’exigence envers soi appelle
implicitement, dans une réciprocité toute humaine, une
exigence envers le prochain. Mais encore, si nous en
avons la possibilité, nous multiplierons les occasions,
les possibilités, dans une démarche résolument renouvelée,
nous n’hésitons pas à multiplier les relations avec
nos prochains, mettant en avant notre part de sociabilité,
en vue d’accomplir nos désirs. Mais paradoxalement,
Jésus nous invite spontanément, naturellement, dans
un esprit d’ouverture, au minimalisme matériel le plus
rudimentaire; point de « bourse », point de « sac »,
point de « sandales ». Par ailleurs, Jésus nous invite
au minimalisme de la démarche : « Ne passez pas de maison
en maison ». Enfin, Jésus nous invite au minimalisme
sur l’exigence à avoir envers notre prochain : « mangez
ce qu’on vous présentera ». Dès lors, nous pourrions
comprendre cette invitation de Jésus comme une invitation
à afficher des signes de pauvreté ou même à la pauvreté,
une invitation à la timidité ou même à l’effacement,
une invitation à une alimentation stricte ou même à
l’anorexie. Néanmoins, il n’en est absolument rien.
Par là, Jésus veut tout simplement nous signifier que
notre démarche ne dépend ni de notre richesse, ni de
notre affirmation de la personne, ni de notre appétit.
Jamais ce que l’on possède ou ce que l’on représente
dans le monde ne peut se substituer à ce que l’on est,
surtout devant Dieu. Car, il faut être honnête, nous
sommes résolument sous la logique de la Grâce reçue,
sous le signe de la Grâce que l’on ne peut pas ne pas
rendre. En effet, de cet Amour premier, incommensurable
et irrévocable de Dieu pour nous, qui nous est offert
gratuitement, nous sommes appelés à le rendre, à le
formuler, dans le maintient d’une logique de gratuité.
Par la suite, Jésus durcit le ton de son propos. Il
est question de jugement de villes telles que Chorazin
ou Bethsaïda pour leur manque de pénitence. Ainsi, les
propos de Jésus prennent une tournure temporelle et
politique. En effet, nous oublions parfois que dans
notre rapport à Dieu tel que nous le rapportent les
témoignages de foi que sont les livres de la Bible,
le jugement précède toujours la Grâce, la loi accusatrice
précède toujours la Bonne Nouvelle de l’Evangile, nous
invitant à chaque instant à la repentance, à une repentance
qui n’est pas dolorisme. Nous approchons par la question
du témoignage de foi de chacune et chacun dans le monde,
d’une question capitale, capitale pour nous en tant
qu’êtres humains, en tant que chrétiens, en tant que
protestants. Martin Luther par une formulation radicale
dit : « Si Dieu nous rend vivants, il le fait en nous
tuant, s’il nous justifie, il le fait en nous rendant
coupables, s’il nous élève vers le ciel, il le fait
en nous menant en enfer… Ainsi, il cache sa bonté et
sa miséricorde éternelle sous la colère éternelle, sa
justice sous l’iniquité. » Mais alors, vous allez me
dire que nous sommes libres de nous détourner de Dieu.
Vous allez me dire qu’il y a donc le mal et Dieu, que
le mal échappe à Dieu, qu’ainsi Dieu n’est pas tout
puissant, etc.… En effet, nous pourrions chercher à
percevoir un Dieu visible, à capter par l’usage de la
raison Dieu dans son essence au sein de la création,
au sein du monde. Dès lors, nous serions amenés de charybde
en silla, à glorifier le monde, à glorifier la création.
Par ailleurs et paradoxalement, cela nous mènerait en
tant qu’hommes à un orgueil et un aveuglement croissant,
reposant sur une surévaluation religieuse de l’homme,
se mettant au même niveau que Dieu. En fait, en niant
l’état fondamental d’incroyance de l’homme, en procédant
par la raison, nous prétendrions aussi à la liberté
devant Dieu et au salut par les œuvres. Il s’agit ici
de ce que Luther appelle la Théologie de la Gloire,
qu’il combattu avec vigueur et fermeté, qu’il accusa
d’athéisme. Luther, lui, mit en avant la Théologie de
la Croix, le mouvement de la foi, le caractère caché
du Dieu crucifié, révélé en Jésus-Christ, source intarissable
de scandale pour la raison, nous signifiant d’emblée
les limites de notre sagesse, les limites de notre justice,
pour laisser ainsi place à Dieu dans toute sa Souveraineté.
Et à cette Souveraineté, nous ne pouvons pas nous soustraire,
marque ainsi la primauté de la Grâce, de l’Amour de
Dieu pour nous. C’est dans le paradoxe, c’est dans la
contradiction avec le monde, c’est sous l’apparence,
un sentiment, une expérience contraire que Dieu se manifeste.
Par conséquent, nous constatons que le discours de Jésus
n’est ni plus ni moins que le paradoxe, la contradiction
appliquées à l’ensemble des activités humaines, en pensée,
en parole et en acte, en vue d’annoncer une parole,
une parole au travers de laquelle Dieu est susceptible
de se manifester à chacune et chacun. Néanmoins, il
serait pernicieux de comprendre que Dieu irait contre
le monde. Nous pouvons plutôt envisager que Dieu tel
qu’il s’est révélé dans son Amour en Jésus-Christ, n’est
pas dans une relation de dépendance au monde, que le
Dieu révélé en Jésus-Christ est ailleurs. Mais je n’ai
toujours pas abordé la question du mal. La question
du mal qui persiste dans le monde permet paradoxalement
de juger la validité d’une position théologique. Si
nous tentons d’expliquer le mal à partir de la raison,
avec l’hypothèse que Dieu existe. Nous devons nous résoudre
à deux possibilités. Soit Dieu n’est pas tout puissant
; à ce moment là, l’Amour de Dieu pour nous deviendrait
relatif et la Grâce perdrait de sa radicalité, de son
efficacité. Soit Dieu est tout puissant ; et dès lors,
il ne serait pas un Dieu d’Amour et l’annonce de sa
Grâce serait une chose creuse et vaine. Ainsi, dans
les deux cas, nous partirions de l’absence de relation
à Dieu, parlerions de Dieu sans l’avoir entendu et nous
arriverions à l’inexistence de Dieu, mais aussi à la
négation du Christ. En partant de la non manifestation
de Dieu, nous arriverions à l’inexistence de Dieu. Il
s’agit d’un cercle vicieux. Par contre, si par le témoignage
intérieur du Saint Esprit, nous sommes amenés à annoncer
en parole, en pensée et en acte, la Bonne Nouvelle que
Jésus-Christ mort et ressuscité pour nous, et plus largement
pour l’Humanité. Cette parole paradoxale nous saisit
et nous déplace. Par la force de l’Esprit, nous ne pouvons
pas nous soustraire de cette parole, de cette annonce
du salut offert irrévocablement à chacune à chacun,
d’un salut offert jusque dans nos souffrances les plus
terribles, d’un salut offert en dépit de notre finitude
la plus radicale, souffrance et finitude qui de part
en part sont les marques de nos existences. Cette parole
est un « Oui » aimant offert à chacune et chacun. Ce
« Oui » est la marque de la toute puissance de Dieu,
de la toute puissance qui permet justement de façon
contradictoire de nous rendre et nous laisser libre.
D’ailleurs, toute autorité temporelle marquée par l’aveuglement
et donc l’arbitraire, marquée par la non toute puissance
même si elle y prétend, ne peut pas ne pas être amenée
à dire « non ». Et ce « non » de l’autorité temporelle
condamne et ainsi la condamne. Ceci explique la dimension
politique du discours de Jésus : « Et toi, Capernaüm;
seras-tu élevé
e jusqu’au ciel ? Non, tu seras abaissée
jusqu’au séjour des morts. » Et une foi que nous aurons
réellement et consciemment intégré l’Amour de Dieu pour
nous. Quelle libération ! Dès lors, précédé dans l’amour
par Dieu, nous ne pouvons pas ne pas partager cette
libération, cette joie, cette félicité. Et alors,
nous serons amenés à témoigner du Christ, au moyen de
la Croix, afin que le Royaume vienne et que Christ triomphe.
Pour finir, comme l’a déclaré Paul à la fin de son Epîtres
aux Galates, je vous dis : « Frères (et sœurs), que
la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec votre
esprit !
Amen !»
Dimanche 1er juillet 2007
(1 Rois XIX 16 à 21 ; Galates V 1 et
13 à 18 ; Luc IX 51 à 62)
Voici un texte de l’évangile de Luc
qui ne manque pas de richesse. Mais nous allons aujourd’hui,
nous concentrer sur une question centrale, sur la question
centrale par excellence, c'est-à-dire la question de
la venue du Royaume de Dieu. Plus précisément encore,
nous allons aborder la question de l’attitude que nous
pouvons adopter au sein de l’Eglise, dans le Monde face
à cette question.
Tout d’abord, nous savons grâce à l’étude
critique des textes, la recherche de sources textuelles
des évangiles que l’annonce du Royaume tel qu’il est
formulé généralement dans les paraboles de Jésus est
la chose la plus attestée de son ministère.
Cependant, nous ne sommes pas présentement
devant le récit d’une parabole, il n’y a point de langage
métaphorique nous amenant à tenter de concevoir, de
se représenter le Royaume, avec toute la part d’ambigüité
qu’une telle représentation peut impliquer. Ici,
le texte nous questionne davantage sur le positionnement
par rapport à la venue du Royaume.
Tout commence par une question de volonté.
En effet, dans un cadre temporel de la proximité de
la passion du Christ, il est dit « il prit la ferme
résolution de se rendre à Jérusalem ». Il n’est pas
question ici, d’intelligence, d’imagination, de sentiment
ou de moralité. Aucune qualité particulière, aucun charisme
n’est demandé, n’est exigé. Nous sommes toutes et tous
appelés ici et maintenant à prendre une décision : Ou
bien et en dépit des tentations, nous nous décidons
à participer à la réalisation du Royaume, ou bien nous
nous décidons, nous nous résignons à faire la volonté
du monde, lieu potentiel de l’incroyance. Parce que
la véritable et unique question qui traverse de part
en part notre existence est : Que voulons-nous vraiment
?
Puis après un échec, où les disciples
essuyèrent le silence d’un village samaritain, ils allèrent
– les disciples et Jésus dans un autre village.
Et là, quelqu’un qui n’a visiblement
rien compris à la relation à Dieu, dit benoitement à
Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. »
En effet, la relation à Dieu n’est pas une imitation
de ce que les évangiles nous rapportent de l’attitude
de Jésus-Christ. Tout d’abord, les évangiles sont des
témoignages de foi dans un contexte déterminé et aléatoire
d’un évangile à l’autre. Mais encore, les évangiles
ne décrivent pas tout à fait le même Jésus. En d’autre
terme ; premièrement, nous ne connaissons quasiment
rien de l’intériorité de Jésus. Deuxièmement, la personnalité
de Jésus est irréductible aux descriptions des évangiles.
Ainsi, nous avons un deuil à faire de la connaissance
de la personne de Jésus, et ceci quelques soient les
tentatives répétées et renouvelées de cerner l’individu.
Mais, je vous le demande; est-ce la mort de Jésus sur
la Croix qui justifie notre présence, notre appel à
nous rendre ici, présentement au Culte ? Ou bien, ne
serais-ce pas l’annonce de la bonne nouvelle, que Jésus-Christ
est mort et ressuscité pour nous?
Ainsi, nous ne pouvons pas nous appuyer
sur une imitation de Jésus-Christ. D’autant plus que
cela pourrait être l’occasion de ne plus avoir à invoquer
Dieu et le soutient de son Esprit. Ainsi notre attitude
se dégraderait en habitude, qui dans le meilleur des
cas finirait en justification par les œuvres et, au
pire conduirait à des chemins de traverse. Mais cette
phrase signifie aussi, que l’homme en tant que personne
chrétienne, n’a pas à s’attacher à un lieu, à un espace
de repos, un espace protecteur, qu’il pourrait juger
par la suite Saint, et le mènerait à amalgamer Dieu
à une grosse nounou. L’attachement à un lieu, à une
terre, comme « le renard à une tanière et les oiseaux
du ciel ont des nids » est un culte à la création au
détriment du Créateur. C’est une attitude toute à fait
païenne, d’un paganisme travesti dans un habit chrétien.
Par la suite, nous arrivons au cœur
de ce qui concerne la fin des temps, les temps dernier,
la venue du Royaume, que l’on nomme en patois de Canaan,
l’eschatologie.
Jésus interpelle un homme par ces paroles
: « Suis-moi ». Mais l’interlocuteur, dans lequel nous
pouvons nous reconnaître lui demande de pouvoir ensevelir
son père. Et Jésus de lui répondre le très célèbre et
radical: « Laisse les morts enterrer leurs morts » avant
d’ajouter « va annoncer le Royaume de Dieu ». En d’autres
termes, nous pouvons comprendre que la notion du temps
eschatologique ne suit pas une conception circulaire.
En effet, nous savons que la nature
suit le rythme circulaire des saisons. De manière analogue,
l’existence humaine va de la naissance à la mort, de
générations en générations. L’existence est précédée
de l’inexistence pour se finir dans l’inexistence. C’est
pour cela que Jésus interpelle, comme selon un impératif
éthique, enraciné dans le présent, dans l’instant :
« et toi, va annoncer le Royaume de Dieu ».
Puis, une autre personne lui dit qu’elle
doit prendre congé de sa famille. Et Jésus, de nous
révéler encore davantage la conception authentique dans
laquelle s’inscrit la venue du Royaume. Il lui rétorque
ainsi : « Quiconque met la main à la charrue et regarde
en arrière, n’est pas bon pour le Royaume de Dieu. »
Et là présentement, tout devient clair pour nous. D’une
part, la venue du Royaume inscrite dans une conception
linéaire du temps nécessite une annonce en parole et
en action de la part de chacune et chacun d’entre nous.
Mais encore, il ne s’agit pas d’un temps allant du passé
vers le présent, comme nous avons l’habitude de concevoir
les choses. Il s’agit d’un temps qui vient du futur
et qui s’actualise dans le présent, du futur vers le
présent.
J’en déduis donc que nous ne disposons
d’aucun moyen de contrôler la venue du Royaume. Ce temps
vient à chaque instant vers nous, nécessite une prise
de décision renouvelée de la part de chacune et chacun
à suivre le Christ. Afin que nous participions à la
venue du Royaume. Par contre, je peux confesser que
le travail du Saint-Esprit en moi, la venue du Royaume,
sont ce qui permet à mon existence de rester une destinée,
et m’empêche de faire de mon existence un destin.
Néanmoins, ici, il s’agit du temps
de Dieu. Et vous pourriez croire qu’il suffit de le
vouloir pour pouvoir participer à la venue du Royaume,
en l’annonçant, en agissant. Ce n’est pas si simple.
Il y a en effet deux risques, deux
dangers. Dans ce temps de l’Absence du Christ l’homme
chrétien comme l’Eglise peut tour à tour céder à deux
tentations, en croyant bien faire. C’est le risque de
travestir la venue du Royaume enraciné dans le réel
au nom du Royaume, justement.
Tout d’abord, il y a le risque du conservatisme,
de la crispation, du légalisme, du vieillissement, comme
une tendance à trop vivre dans le passé. D’autre part
existe aussi la tentation du futurisme, du romantisme
ou de l’utopie.
En d’autres termes, participer à la
venue du Royaume n’est ni se résigner à l’attentisme
en pensant que Dieu fera tout, ni se complaire dans
l’activisme comme si l’homme seul édifiait le Royaume.
Le premier mouvement peut trahir une
perte d’espoir dans le monde et face au monde, tandis
que le second mouvement semble trahir au contraire un
excès d’espoir dans le monde. Les deux mouvements procèdent
d’une divinisation de nos existences et trahissent ainsi
une confusion.
Hors ici, il n’est pas question d’espoir
humain dans le temps, mais d’une irruption dans le présent
du temps de Dieu, du temps de Dieu qui nous travaille
chacune et chacun par son Esprit, faisant accroître
en nous l’espérance. Ainsi lorsqu’il nous arrive
de perdre espoir dans une succession d’événements douloureux,
l’espérance croissance vient suppléer et même supplanter
notre perte d’espoir. Parce que l’espérance est le fruit
de la Foi, que la Foi est la chose la plus intime, son
enracinement plus profond permet d’avancer endépit des
fluctuations de nos espoirs.
C’est pour cela que Jésus qui se révèle
à nous être le Christ reprend durement les disciples
Jacques et Jean en s’exclamant : « Vous ne savez de
quel esprit vous êtes animés. Car le Fils de l’homme
est venu non pour perdre les âmes des hommes mais pour
les sauver. »
Dès lors, nous avons la possibilité
d’invoquer l’Esprit en parole, en pensée ou en acte,
jusqu’au plus fond de notre détresse. Nos perpétuels
tâtonnements, hésitations, revirements sont la marque
d’un mouvement du passé vers le présent. Ils se trouvent
inexorablement contrecarrer par la venue du temps de
Dieu, dans un mouvement du futur vers le présent. Cette
venue nous permet ainsi par la précédence de Dieu de
mener une existence toujours davantage enracinée dans
la réalité profane et présente du monde.
C’est seulement lorsque nous prenons
toujours davantage conscience de l’Amour de Dieu pour
nous, de cet amour infini qui nous précède. C’est seulement
lorsque nous acquérons la certitude, l’assurance que
Jésus-Christ est mort pour effacer notre faiblesse,
notre incroyance, et, ressuscité pour nous offrir la
vie éternelle, alors que nous sommes à même de participer
à la venue du Royaume. C’est parce que Dieu a glorifié
notre humanité jusque dans faiblesse la plus totale,
que nous pouvons être à même de glorifier Dieu.AMEN.
Dimanche 24 juin 2007
(Genèse XV 1 à 6, Romains III 21 à
28, Galates III 1 à 11)
Dès le début du texte, nous sommes
interpelés. Se pose à nous et d’emblée la question de l’autorité, la question
de ce qui fait autorité pour nous ?
Là, Paul oppose d’une certaine manière
ce qui relève de la pratique, de l’activité, de la Loi, à ce qui relève
de l’écoute, de la réception, de la Foi. Ainsi, Paul soulève ce sempiternel problème,
cette possible collusion entre l’homme extérieurement religieux, l’homme publique
dans le monde se prétendant chrétien, et, l’intimité plus intime
que toute intimité qu’est la foi pour l’homme chrétien. Nous savons qu’en chacune
et chacun existe l’homme qui veut se déterminer par son extériorité, par
sa tentative d’accomplir la Loi. Cette dimension suit le régime de la Loi,
en voulant vivre ainsi sous la Loi. Dès lors et en d’autres termes, la question pourrait
se formuler à nous ainsi : Cet homme là prévaut-il sur l’homme intérieur, prévaut-il
sur l’homme en Christ, prévaut-il sur homme de la confiance en la foi
de Jésus-Christ?
Par ailleurs, nous savons que l’homme
en Christ est la dimension qui, en chacune et chacun de nous, et en dépit
d’une existence parfois douloureuse et incertaine, tente de répondre par une
confiance toujours plus grande envers la foi de Jésus-Christ, par une foi en
Christ qui s’identifie toujours davantage à la foi de Jésus-Christ.
A partir de là, sur cette question
encore ouverte, Paul réitère par une nouvelle interpellation, par un glissement sur
les registres en introduisant la chair, relevant de l’homme périssable, de
l’homme sujet au péché, à l’incroyance, de l’homme au monde. Son discours prend
une tournure radicalement morale. Par conséquent, pour faire autorité,
Paul interpelle notre expérience, nos existences telles quelles se sont révélées
à chacune et chacun. C’est la force de Paul. Notre subjectivité, nos individualités
considérées ensembles jusque dans nos particularismes les plus singuliers,
lui permettent de faire autorité. Il ne s’agit pas d’une autorité au sens hiérarchique
du terme, mais d’une autorité inscrite dans la durée, dans la pertinence
et la libre évaluation par chacune et chacun d’entre nous.
C’est-à-dire qu’en s’appuyant sur l’Esprit,
sur les miracles comme autant
d’actions de Dieu, reconnues au travers
d’un monde radicalement profane, par la foi, mais aussi, en s’appuyant sur
nos existences, Paul, de façon paradoxale, retourne sa faiblesse avérée, son manque
de charisme avoué, en autorité, en argument de poids. Ceci signifie déjà
pour chacune et chacun d’entre nous, qu’ici, nos capacités individuelles
ne sont ni convoquées ni réclamées. Elles ne demandent pas à être dépassées. Ainsi,
nous sommes accueillis, nous sommes acceptés jusque dans nos faiblesses
les plus handicapantes, jusque dans nos failles les plus intimes. Paul crée
de facto un espace ouvert où chacune et chacun est reçus dans sa finitude la
plus radicale, dans les dimensions les plus aliénantes de son existence.
Néanmoins, et par delà la posture paulinienne,
la question de la primauté de la pratique de la Loi ou de l’écoute par
la Foi n’en reste pas moins pressante et capitale.
Et après avoir créé un espace ouvert,
Paul l’inscrit dans le temps, l’enracine dans l’histoire de la Révélation. Dès
lors, il se réfère explicitement à Abraham :
« Ainsi, Abraham crut Dieu, et cela
lui fut compté comme justice. »
Cependant, il est notable que dans
le récit de Genèse, il est question d’Abram, signifiant le « père élevé », auquel
est faite la promesse d’une descendance nombreuse pareille aux étoiles [dans
le ciel]. Tandis que Paul se réfère à Abraham, signifiant le « père d’une
multitude », avec lequel Dieu réalisa d’ailleurs une alliance. Néanmoins,
nous connaissons l’importance de la nomination de Dieu, de la signification
que revêt le nom de chaque individu sur le plan de l’identité. Ce glissement
très probablement volontaire de Paul ne peut pas ne pas nous apparaître, et
nous renvoie à l’idée d’alliance, d’une alliance nouvelle ouverte par la crucifixion
et la résurrection de Jésus-Christ, déjà dépeinte à l’auditoire.
Revenons au discours de Paul. Il nous
énonce le cœur de son discours par la citation du livre de Genèse : « Ainsi,
Abraham crut Dieu, et cela lui fut compté comme justice. » Paul nous accule à
accepter, en dépit de nos tentations de succomber à l’incroyance et par là
à nous justifier par nos propres forces, que seule la foi en Dieu nous rend juste,
au sens de la justesse de relation, devant Dieu. D’ailleurs, nous pouvons interpréter
« juste » comme la juste distance.
A partir de là, et par la foi, l’écriture
comme support de la Loi se meut en support d’une promesse. [L’impératif
se transforme en un futur initié par Dieu.]
Par conséquent, inscrite dans le temps,
enracinée dans l’histoire comme histoire de la Révélation, cette promesse
nous fait participer à une filiation, dans et par la Foi, comme antérieure
à la Loi. Plus encore. Dans ce rapport au temps qui remonte à Abraham, l’espace
ouvert créé par Paul vient supplanter l’espace clos et temporaire de notre
réalité, mais aussi prétend à une vocation universelle. En effet, Paul rappelle
la promesse faite à Abraham : « Toutes les nations seront bénies en toi. »
Enfin, dans un mouvement allant de
la dimension accusatrice de la Loi vers la dimension libératrice de l’Evangile,
dans et par la Foi, nous est remémoré le statut de ceux qui prétendre pouvoir
vivre sous le régime exclusif de la Loi : « Maudit soit quiconque n’observe pas
tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi, pour le mettre en pratique. »
En effet, la Loi est une chose toute
à fait ambiguë et équivoque. Tout d’abord, la Loi n’est pas distincte ici de la
loi au sens habituel du terme. Nous sommes dans un cadre juridique. Par ailleurs,
la nature de l’homme est duelle. Existe en chaque individu chrétien une personne
au monde, charnelle, temporaire et qui à tout moment peut être le moyen de
mener l’individu à l’incroyance. Mais existe aussi, en chaque individu, la
personne chrétienne, qui dans une démarche de foi s’appuie sur la promesse
et qui désire ardemment la venue du Royaume. Ainsi la loi peut être la
source d’une autojustification, où Dieu ne serait qu’un spectre, une ombre au
seul profit de la loi. La loi, neutre en elle même,
peut devenir le reflet de l’ambigüité
de notre être, et peut ainsi être pervertie à tout moment. Elle n’offre
donc aucune garantie. Par ailleurs, et comme je l’ai déjà signalé, nos limites,
notre finitude toute humaine est une barrière irrévocable à une application
pleine et entière de la loi. Ainsi, si nous instaurons la loi comme norme suprême,
par delà les dangers de perversion, l’impossibilité de l’accomplir risque
de devenir une propre source de jugement contre nous même. Et ceci nous mènerait
à l’enfermement de nous même par nous même, à l’exacte opposée de la
démarche de Paul. En d’autres termes, pour Paul, nul ne peut et ne pourra
se justifier par les œuvres de la Loi.
[D’ailleurs, l’épître aux Galates n’est
que l’affirmation en long, en large et en travers, par l’usage de maintes figures
rhétoriques que l’on ne peut pas se justifier par les œuvres de la Loi.]
Mais bien au contraire, c’est dans
la confiance en la foi de Jésus-Christ, qui mourut sur la Croix, en accomplissant
la loi, afin d’engloutir notre péché, permettant à chacune et chacun de voir
son existence transformée par l’Esprit.
C’est pourquoi Paul insiste par ce
qui est appelé à devenir pour chacune et chacun une évidence : « Le juste par
la Foi vivra. » [Il en était déjà question dans l’épître aux Romains.]
Je vais tenter de vous formuler par
un exemple concret la portée de ce texte. Cette semaine, parmi mes mails, j’ai
reçu un courrier électronique de la paroisse de Montrouge, de l’ACAT -
Montrouge sur les violences faites aux femmes en France mais aussi dans le
monde où l’on apprend que tous les trois jours une femme meurt de violences
conjugales. Interpellé par le sujet, je me suis rendu à la conférence. Nous était
décrite la condition de la femme à
travers le monde, exposée notamment
par une représentante de la Commission Femmes d’Amnesty International.
Ainsi, nous fut exposées à la violence physique jusqu’au meurtre,
à la soumission morale jusqu’à l’humiliation la plus totale, à la
perversité sexuelle jusqu’à l’excision, et cela quelque soit le milieu social, quelque
soit le degré de développement économique de la société où la femme
évolue, et quelque soit la religion dominante du pays dont elle est ressortissante.
[Il n’est nullement question de lutte des classes, de lutte des races
ou de je ne sais quoi… De choc des cultures, de conflit des religions. C’est une
constatation universelle.] Cela était parfois choquant, mais toujours éprouvant à
écouter. Parmi les dames qui nous présentèrent
l’état des lieux, la dernière nous parla plus précisément de la prostitution.
Elle nous expliqua l’humiliation, la destruction de la personnalité, de
l’identité des femmes prostituées, souvent déjà fragile à l’origine, sous le joug
d’une organisation et d’un proxénète. Elle insista sur le climat général de mépris,
sur la marginalisation des femmes prostituées au sein de notre société
[qui se prétend] bien pensante; par le proxénète, par les concitoyens qui
pensent que cela est normal puisque volontaire et libre de la part de la
femme – c’est tellement plus facile ! -. Mais aussi par les représentants de
la police qui détient officiellement la violence légale, en bon représentant
de l’arbitraire étatique, s’embarrassent peu de finesses psychologiques et vont
jusqu’à verbaliser des prostituées comme on verbalise une voiture mal
garée. Sans parler des violences et autres mises à profit d’une situation de détresse
que je préfère taire…
La dame qui nous a décrit le milieu
de la prostitution, dans une démarche de foi explicite et en dépit de sa finitude,
va à la rencontre des femmes prostituées.
Elle les écoute, guidée par l’amour,
dans un geste de reconnaissance de l’autre.
Elle permet ainsi l’accomplissement
de l’amour de soi, mais aussi, l’accomplissement de l’amour du prochain,
afin ici de les extirper de ce milieu destructeur, de leur permettre de se
libérer de cet enfermement, pour que leurs destinées ne se réduisent pas
à un destin. Il apparait clairement que l’attitude de cette dame envers les
prostituées illustre ce que Paul nous signifie, et s’enracine dans la Foi.
Dès lors par l’action de l’Esprit, par la réception de l’Amour de Dieu pour nous,
qui offrit librement au monde son Fils unique Jésus-Christ, mort sur la Croix
afin d’engloutir notre péché, et ressuscité afin que nous soyons continuellement
transformés par cet Amour. Cet Amour permet l’émergence en chacune et chacun
d’entre nous d’un être nouveau capable d’accueillir, d’écouter et
d’aider l’autre jusque dans sa détresse la plus totale.
Ainsi, aux travers de nos expériences,
de nos existences respectives, s’impose progressivement à nous le reflexe d’invoquer
le Seigneur en parole et en acte.
Dès lors, dans l’Esprit et par l’Esprit,
nous sommes appelés à nous laisser conduire et mais aussi, nous sommes
appelés à laisser l’Esprit porter ses fruits comme la reconnaissance et l’amour
mutuel, qui de proche en proche ne peut pas ne pas permettre l’avènement du
Royaume.
AMEN.
[] : Ajouts notables pendant la prédication.
Pour information, la maltraitance des
femmes concerne, d’après les études et statistiques
effectuées, le tiers de la population
mondiale, c’est-à-dire environ un milliard de femmes.
Dimanche 17 juin 2007
(Exode III 11 à 16 ; Actes IX 1 à 16
; Jean III 1 à 21)
Après l’épisode où Jésus chassa les
marchants du temple, pendant la période festive de pâque
est relaté l’entretien avec un pharisien, un chef des
juifs nommé Nicodème. Ainsi ce Nicodème se rend pendant
une nuit de printemps auprès de Jésus pour le questionner.
Nicodème reconnaît la provenance spirituelle de Jésus
aux miracles que Jésus a accompli.
Ceci nous pose déjà problème. Pourquoi
faut-il des miracles, des choses reconnues comme extraordinaires
pour que les gens croient ? N’y-a-t-il pas un risque
de confusions entre d’une part, un événement qui déborde
notre savoir dans l’état actuel des sciences, et, d’autre
part l’action de Dieu au sein du monde ? Ne risque-t-on
pas de faire de Dieu un « dieu bouche-trou » ?
Cela signifie concrètement pour nous,
que les catastrophes naturelles, les épidémies, ne sont
pas l’expression du jugement de Dieu, sous prétexte
qu’elles auraient fait irruption dans le cours des existences
humaines. Dieu est fondamentalement le Tout-Autre. Voir
dans des événements objectifs apparemment inexplicables
l’action de Dieu reviendrait à faire de Dieu une chose,
un truc, dont on pourrait discourir comme d’une table
ou d’un arbre.
D’un autre côté, ceci nous évite concernant
Dieu d’avoir à l’imaginer, de pouvoir le conceptualiser,
d’en faire une idée.
Ainsi et pour cela, Jésus lui répond
: « Si un homme ne naît de nouveau il ne peut voir le
Royaume de Dieu. »
Mais cette réponse qui ne peut que
déplacer Nicodème dans ses interrogations amène Nicodème
au doute, au point qu’il demande à Jésus comment objectivement
peut-on naitre, surtout si l’on est âgé.
Et Jésus dans sa réponse le déplace
encore en lui évoquant le baptême : « Si un homme ne
naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume
de Dieu. »
Et là tout devient déjà plus clair.
Jésus renvoie Nicodème à une compréhension spirituelle
du miracle. Puisque l’homme baptisé est susceptible
d’avoir reçu, de recevoir l’Esprit Saint, faisant déjà
naître en lui un homme spirituel. Cet homme est rendu
apte par la foi, dans la profanité du monde, de reconnaître
des miracles, des miracles qui ne vont pas contre le
cours de la nature, mais des miracles comme autant de
signes avant-coureurs de la venue du Royaume, des miracles
faisant ainsi accroitre notre espérance.
Jésus explique que la nature humaine
est duelle, c’est-à-dire qu’il y a une partie charnelle
en l’homme, qu’il ne faut absolument pas associer au
corps, mais à l’homme du monde, à l’homme comme lieu
d’action possible du péché, à l’homme qui se justifie
aux yeux du monde. Mais aussi, Jésus nous signifie que
par l’Esprit existe l’homme spirituel, l’homme chrétien,
déjà justifié par Dieu, qui ne demande qu’à s’épanouir
davantage en chacune et chacun.
Dans notre société occidentale, il
est significatif de constater à quel point l’homme se
complait à évacuer sa dimension spirituelle pour un
temps. Puis voulant combler ce manque, cet homme aime
à concilier la chèvre et le chou, et tente de plus en
plus de se constituer une sorte de spiritualité patchwork
et superficielle, sans que cela ne lui coute trop. Toute
voie est pour lui bonne, aussi aberrante soit-elle,
pourvu que le coût en temps, en investissement personnel
soient faibles. Ainsi, au nom de l’homme spirituel,
l’homme d’aujourd’hui, aime à faire, à condescendre
à sa volonté d’homme charnel. Contrairement à cela,
Jésus nous appelle chacune et chacun, à prendre une
décision en faveur de l’accroissement de l’homme chrétien
en nous.
Aujourd’hui nous voyons de plus en
plus la personne publique, l’homme du monde empiéter
sur la sphère privée, sur la sphère de la personne chrétienne.
Dès lors, ceci signifie que chacune
et chacun est appelé à prendre conscience du danger
actuel d’étouffement progressif de l’homme intérieur,
d’autant plus que Jésus dans son enseignement privilégie
plutôt le mouvement inverse.
Par la suite, par une analogie de l’Esprit
au vent, Jésus explique à Nicodème, que l’Esprit fait
ce qu’il veut. En d’autres termes, Jésus signifie que
l’Esprit est absolument libre de ses mouvements selon
une volonté qui nous est étrangère, selon la volonté
du Dieu Tout-Autre.
Ainsi, l’homme mu par cette volonté
n’est pas conditionné par nos représentations, nos compréhensions
et ainsi échappe à toute anticipation.
Mais où ce Jésus nous mène-t-il, lui
qui enseigne à Nicodème, dans ce témoignage de foi qu’est
l’évangile de Jean ?
Jésus nous éclaircit toujours davantage
sur sa démarche dans la suite de sa réponse à ce Nicodème,
venu le voir la nuit, probablement secrètement :
« Nous disons ce que nous savons, et
nous rendons témoignage de ce que nous avons vu. » Avant
d’ajouter cette parole terrible : « Et vous ne recevez
pas notre témoignage. »
En fait, en réaffirmant l’action unique
du Saint Esprit comme permettant de discerner véritablement
les miracles, Jésus signifie à Nicodème qu’il n’a pas
réellement reçu, comme ceux qu’ils représentent, le
témoignage de l’Esprit.
Ainsi du fait de la nature double de
l’homme, à la fois charnel et spirituel, Jésus signifie
que nous n’avons pas encore authentiquement reçu son
témoignage. Et ainsi, Jésus nous invite à nous convertir
davantage, à laisser davantage dans nos intériorités,
la place à l’homme spirituel, au chrétien. Jésus est
en train d’évangéliser Nicodème, et nous invite aussi
implicitement à nous convertir de nouveau.
Ainsi, Jésus renchérit : « Si vous
ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres,
comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses
célestes ? »
En d’autres termes, si sous l’action
du Saint Esprit que Jésus invoque ici en le nommant,
dans sa nomination, Nicodème ne se convertit pas par
une compréhension réelle de l’action de Dieu au travers
des miracles par le regard de la foi, comment celui-ci
pourrait-il pareillement mettre sa foi dans la venue
du Royaume ? Alors que précisément, c’est la venue,
la proximité du Royaume, qui est le cœur de l’enseignement
de Jésus. C’est uniquement par l’action du Saint Esprit
qui nous travaille que s’épanouie en nous l’homme spirituel,
l’homme chrétien, qui nous arrachant à l’homme charnel,
nous arrachant à l’homme de se monde soumis au péché,
que la vie éternelle nous est gratuitement offerte.
Dès lors, l’autorité, la légitimité
que l’on a à témoigner de notre foi dans le monde, de
ce salut offert gratuitement et irrévocablement par
le don opéré par Dieu de son Fils unique pour l’ensemble
de l’humanité, n’est possible que par la nomination
de Dieu, par l’invocation préalable de l’Esprit. Parce
que l’essence de Dieu est de se manifester, de se manifester
dans la parole. C’est pour cela que dans le récit d’Exode,
Dieu dit à Moïse : « Je suis celui que je suis ».
Par ailleurs, le livre des Actes nous
rapportant la conversion de Paul, nous rapporte qu’il
était un persécuteur officiel, un persécuteur légal
des chrétiens, probablement jusqu’au meurtre. Jusqu’au
jour où Paul vît une lumière, une lumière comme Proximité
de Dieu mais aussi comme événement rompant la continuité
de son existence de persécuteur, opérant ainsi en lui
une conversion, un retournement. Et Dieu encore une
fois se manifeste à lui par une voix. Parce que Dieu
ne se manifeste que dans la parole. C’est un signe d’authenticité
de la conversion de Paul. Et ce Paul, n’oublions pas
sera chargé de convertir les nations…
Ainsi, il nous apparaît que l’évangélisation
n’est rendu possible que par l’action de l’Esprit Saint
en nous, que nous pouvons invoquer pour nous venir en
aide.
Mais encore, sans cet Esprit Saint,
il n’est pas possible de sortir de soi-même, de s’émanciper
de l’homme charnel, afin de témoigner, de confesser
le nom de Jésus-Christ, nom par lequel nous est offert
le salut et la vie éternelle.
Et dans la suite du dialogue devenu
monologue nous est montré comment nous nous devons de
confesser le Christ : Dieu dans sa Précédence et dans
la manifestation de son Amour infini pour chacune et
chacun d’entre nous, nous a fait le don pur et parfait
de son Fils unique, la Parole incarnée, non pour nous
condamner, mais pour engloutir notre péché, notre incroyance,
pour nous sauver afin que chacune et chacun reçoive
ainsi la vie éternelle.
Alors, si je ne confesse ni ne témoigne
de Jésus-Christ comme étant personnellement, dans mon
existence propre, celui qui me sauve de la mort mais
aussi de la mort dans la vie, et qu’ainsi je le reconnais
comme mon Seigneur, alors à cet instant Dieu cesse d’exister
dans mon existence, mais aussi Dieu n’existe pas non
plus pour mon prochain, ainsi mon prochain n’est pas
libéré. Dès lors et au rebours, je nie la Grâce et l’amour
que j’ai reçu de Dieu.
Et cela me serait absolument insupportable,
cela reviendrait à nier ma propre identité, à nier ma
propre existence, à nier le sens de mon existence, à
m’enfermer dans une auto-condamnation.
Le relativisme ambiant de notre époque
nous invite au mutisme, à porter le masque hypocrite
du respect, comme si l’on pouvait traiter également
des choses inégales. Alors, puisque tout est opinion,
du moment que l’autre ne vient pas sur mes plats de
bande, que chacun croit à ses petites vérités, à ses
demi-mensonges dans son coins tranquillement… [Il est
aberrant de mettre au même niveau une voiture et le
salut !]
Mais cela serait oublier que ces vérités
même conciliées entre elles ne sont pas Dieu. Car Dieu
se manifeste dans sa Parole au travers de nos mots,
au sein de nos existences respectives, et fait autorité.
Parce que Dieu est Vérité.
Ainsi, que nous le voulions ou non,
que nous soyons pris par le doute, l’incertitude à la
vue de ce monde de souffrance, où règne le mal, Dieu
vous aime, Dieu nous aime. Voilà ! C’est comme ça… Et
seule cette conviction, cette assurance renouvelée de
l’Amour de Dieu pour nous, nous permettra toujours davantage
d’espérer en la venue du Royaume, de témoigner de notre
foi et, d’exister authentiquement dans notre entièreté.
AMEN.
Dimanche 10 Juin 2007
(Matthieu XXVI 26 à 29)
Il apparaît tout d’abord à la suite
des présentes lectures bibliques, que nous pourrions
interpréter ce repas de Jésus avec ses disciples comme
un événement passé, un événement dont nous aurions à
nous remémorer comme tant d’autres événements inscrits
dans l’Histoire, comme un événement qui à chaque remémoration
investit, réinvestit une partie de la mémoire collective.
Cet acte de faire mémoire revêtirait
alors une dimension purement communautaire et culturelle.
Mais quelques interrogations s’imposent à moi ; pourquoi
venir ce dimanche au Culte, alors que d’une part, la
grande majorité des personnes présentes sont conscientes
qu’il n’y aura pas de Cène, et donc pas d’acte objectivé
pour faire mémoire du dernier repas communautaire de
Jésus ? D’autre part, sur l’aspect communautaire : Y-a-t’il
une personne dans l’assemblée qui se serait chargée
personnellement de triller sur le volet les membres
de l’assemblée de ce matin. Enfin, une dernière question
s’impose : Pourquoi chacune et chacun n’a-t-il pas vaqué
à ses occupations, pourquoi n’est-il pas resté au lit
après une semaine chargée ? Ou, ne se serait-il pas
par exemple, rendu au marché afin de se procurer des
produits frais, en vue de préparer un repas pour des
ôtes, des ôtes choisies en âme et conscience selon son
bon vouloir, selon ses propres critères humains? Cependant,concrètement,
il n’en est rien… Voilà ! Il faut ien se rendre à l’évidence
que la remémoration que revêt la Cène au sein du Culte
dépasse le cadre, et même déplace le cadre traditionnel
d’une commémoration, d’une commémoration inscrite dans
une conception cyclique du temps, nous invitant à assister
benoitement à une manifestation relative à un passé
révolu, comme notre société se plait tant à nous en
offrir. Par ailleurs, nous pouvons constater que personne
dans l’assemblée, personne dans l’église ou même dans
le monde, n’a pu et ne peut prétendre être l’initiateur
ou l’organisateur de ce repas. Parce que l’initiateur
et l’organisateur du Culte, de la Cène, sont ailleurs.
En effet, l’Initiateur du Culte comme de la Cène est
le Dieu que nous reconnaissons dans la foi comme le
Créateur de toute chose, le Dieu qui se manifeste à
nous par son Amour, Amour sans cesse renouvelé, qui
nous a été révélé de façon irrévocable par le don de
son Fils unique, le Christ. Et le Christ, la Tête de
l’Eglise, comme aime à nous le dire Paul dans ses lettres,
est l’Organisateur à l’origine de cette convocation.
Dès lors, dans la communion de l’Initiateur et de l’Organisateur,
c’est-à-dire par l’action du Saint Esprit, nous est
rendu possible de participer pleinement, d’être réellement
acteur de ce Culte, de la Cène, libérés que nous sommes
de nos contraintes, de nos soucis, de nos difficultés,
de nos impossibilités. Ce jour d’élection est une occasion
supplémentaire de prendre conscience de la diversité
possible et avérée des points de vues des membres de
notre communauté, occasion de relativiser ses propres
convictions politiques de personne publique que chacune
et chacun incarne au quotidien, au profit de notre personne
devant Dieu, dans un mouvement de reconnaissance de
son prochain, dans sa différence, dans son altérité,
comme personne chrétienne fondée par sa relation personnelle
à Dieu. Que nous l’admettions ou non, la participation
au Culte est une réponse personnelle, de la totalité
de notre être, à un appel premier et aimant de Dieu.
Cet appel se perpétue aussi pendant le Culte, notamment
au moment de la Cène. D’ailleurs, tout au long du Culte,
en dépit de nos invocations et prières en vue de recevoir
l’Esprit, cet Esprit est toujours libre d’agir, libre
d’agir auprès de celles et ceux qui n’auraient pas ressenti
consciemment l’appel à participer à la Cène, afin que
ceux-ci ressentent la présence du corps et du sang du
Christ. Dès lors, que nous le voulions ou non, conscients
ou non de la Précédence Aimante de Dieu, nous revêtons
déjà le statut de privilégié de Dieu, par un appel qui
nous saisit, nous déplace, nous libère au profit d’une
présence réelle active et entière au Culte en vue d’entendre
la Parole de Dieu. J’en déduis qu’en dépit de nos troubles,
de nos doutes, de nos inquiétudes, dans notre rapport
au monde, rien, absolument rien ne doit entraver ce
sentiment, ce sentiment qui au cours de notre existence
est appelé à devenir assurance, certitude. Mais que
signifie pour nous alors ce repas ? Ce repas signifie
qu’en tant que privilégiés de Dieu, en répondant à un
appel, à une convocation, nous sommes toujours davantage
appelés à prendre conscience de la gratuité de ce repas,
gratuité comme préfiguration dans le récit biblique
de la gratuité du Salut opéré par Jésus Christ, mort
sur la Croix pour nous, nous signifiant l’Amour premier
et inconditionnel de Dieu pour nous, comme les témoignages
de foi que sont les évangiles nous le relatent, d’un
Amour et du Salut recevables par chacune et chacun d’entre
nous, par l’action du Saint Esprit. En d’autres termes,
la Cène est matériellement une autre manière de nous
signifier, spirituellement parlant, que Dieu nous aime
indépendamment de ce que nous sommes dans le monde,
de notre position dans la société ; que nous soyons
riches ou pauvres, intégrés ou marginales, quelques
soient nos origines, quelque soit notre passé personnel,
quelques soient nos mérites. Et cet Amour nous réconcilie
avec nous-mêmes en dépit de nos zones d’ombre. Cet Amour
refonde notre être en dépit de nos blessures. Cet Amour
affermie notre conscience en dépit de nos doutes. Ainsi,
cet Amour nous fortifie en dépit de notre faiblesse
fondamentale. Jésus l’a bien dit : « Buvez en tous,
car ceci est le sang de l’alliance, qui est répandu
pour beaucoup, pour le pardon des péchés. » Et ceci
n’est rendu possible que sous l’action du Saint Esprit
qui nous travaille et témoigne ainsi en faveur de sa
provenance, afin que nous puissions reconnaître dans
l’événement de la consommation d’un petit bout de pain
et d’une gorgée de vin, le corps et le sang du Christ
pour nous, dans notre chair, offerts pour notre salut
personnel. Ainsi par l’action renouvelé de l’Esprit
en nous, nous est toujours davantage signifié l’Amour
incommensurable de Dieu pour chacune et chacun d’entre
nous. Dès lors, comme Jésus-Christ est ailleurs, c’est-à-dire
qu’il est remonté auprès du Père, ceci signifie que
seul l’Esprit Saint nous relie à Dieu dans sa plénitude.
Cela signifie aussi que le monde est et reste fondamentalement
et radicalement profane. En ce jour d’élection marqué
par le premier tour des législatives, et dans mouvement
comme tentation toute humaine de confusion des genres,
nous sommes mis en garde contre toute tentative de faire
de son « chouchou », de celle ou celui qui répond le
mieux à nos attentes personnelles, à nos aspirations,
quelque chose de plus qu’un individu ambitieux désireux
d’accéder à un certain pouvoir, et ceci par delà la
pertinence supposée de sa démarche. Mais la Cène se
réduit-elle, comme dans un acte de mémoire, du passé
réactualisé dans le présent de la commémoration, commémoration
dans laquelle nous pourrions voir un mouvement romantique
et de nostalgique d’une époque charmante et révolue
? Ce serait oublier la Promesse. Parce que dans cet
acte de mémoire s’enracine une promesse, une promesse
concernant la venue du Royaume, d’un futur qui se rend
à la rencontre renouvelée de notre présent, clairement
formulée par Jésus : « Je vous le dis, je ne boirai
plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour
où j’en boirai du nouveau avec vous dans le Royaume
de mon Père ». En d’autre terme, si nous sommes chacune
et chacun des privilégiés de Dieu, cela signifie que
précédés de Dieu, dans le monde, nous ne pouvons pas
ne pas tenir notre rang, comme réponse exigeante et
parfois douloureuse à un amour tout aussi exigeant de
Dieu. La promesse, la venue du Royaume ne peut se concevoir
que dans une participation relativement active de notre
part à sa venue, par l’entremise de l’action de l’Esprit
en nous. Ainsi, ne pouvant pas ne pas rendre dans notre
relation à notre prochain, mais aussi dans notre relation
au monde, ce surcroit d’Amour reçu de Dieu, nous sommes
appelés à nous rendre, dans les urnes afin de participer
à la transformation du monde initiée et voulue par Dieu,
afin de témoigner au mieux de notre foi en Christ, toujours
plus semblable à la foi de Jésus-Christ, comme Jésus
qui appelait Dieu, Père, tenu son rang jusque dans la
mort. Aujourd’hui, devant choisir l’un des différents
candidats qui se présentent à nous, nous sommes, chacune
et chacun, appelés en notre âme et conscience, et ceci
en dépit de nos doutes, de nos incertitudes, à arbitrer
avec confiance et assurance. Car nous ne devons jamais
oublier que Dieu aura toujours plus confiance en nous,
en nos capacités de discernement, que nous n’avons confiance
en nous-mêmes. Et ainsi, nous serons amener à choisir
dans le monde et devant Dieu, le vote qui nous semblera
le plus pertinent, afin de glorifier Dieu comme Dieu,
dans un pur et libre acte d’Amour, a offert son Fils
unique, Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous,
afin qu’en dépit de notre faiblesse, notre humanité
soit glorifiée.
AMEN.
Dimanche 6 Mai 2007
[Jour de second tour des élections
présidentielles]
(Jean XIII 31 à 35)
Nous sommes la nuit. Après l’annonce
par Jésus qu’un de ses disciples va le trahir, Judas
sort. Puis, Jésus reprend la parole. Il énonce le commandement
d’amour entre ses disciples, comme Dieu entretient une
relation d’amour avec lui-même. Cette relation, nous
la symbolisons traditionnellement par la communion du
Père et du Fils.
Nous savons que ce commandement d’amour
n’est pas propre au discours de Jésus. Il ne s’agit
pas d’une radicale nouveauté en soi. Il est déjà présent
dans un environnement, d’où naitra d’ailleurs le judaïsme
moderne. Donc nous ne pouvons pas nous glorifier, nous
enorgueillir de l’enseignement de Jésus.
La différence radicale d’avec l’environnement
porte sur l’origine de cet amour.
Il ne s’agit pas concrètement d’un
amour de son prochain au nom d’affinités, de sympathies.
Il ne s’agit pas non plus d’amour au nom de convictions
politiques communes. Il ne s’agit aucunement de se reconnaître
dans son prochain.
Mais tout au contraire, cet amour jamais
définitif, toujours en devenir, est le fruit, la transformation
qu’opère le Saint Esprit issue de la communion du Père
et du Fils en nous. Il s’agit de l’amour de sa sœur
ou de son frère en Christ tel qu’il est, dans sa ressemblance
mais surtout dans sa différence, dans sa radicale différence,
dans son altérité. Il s’agit d’un amour qui en dépit
de ce qui nous sépare, nous permet de dépasser ce qui
nous sépare pour accepter dans son entièreté notre prochain,
à chaque instant qu’il se manifeste à nous.
Que je sache, personne dans l’assemblée,
n’est venu présentement, dans le cadre d’un programme
touristique, pour assister à un Culte réformé. Nous
pouvions rester au lit, moi le premier, mais aussi aller
au marché, nous divertir, ou faire tout autre chose
ce matin.
Pourtant, chacune et chacun s’est rendu
présent au Culte en vu, dans l’espoir d’écouter la Parole
de Dieu.
Par conséquent, que cela soit conscient
ou non, il faut bien se résoudre au fait que chacune
et chacun d’entre nous répond à un appel, à une précédence,
voulu dans son antériorité par Dieu lui-même. Personne
ne peut prétendre avoir choisi les membres de l’assemblée
présente ce matin, sinon Dieu lui même.
Il en découle que nous ne pouvons pas
juger notre prochain sur quelque critère humain que
ce soit. Mais bien au contraire, nous sommes encouragés
à reconnaître en notre prochain notre sœur ou notre
frère en Christ.
Cela signifie qu’aujourd’hui, il serait
aberrant devant Dieu de former des clans sur des critères
subjectifs ; comme le clan des partisans de Mme Royal
d’un côté, les partisans de M. Sarkozy de l’autre, et,
peut-être le clan des votes blancs.
Ainsi de cet appel à venir au culte,
nous ne pouvons pas ne pas y déceler le fait que chacune
et chacun d’entre nous est un privilégier, un privilégier
à qui Dieu s’est manifesté dans son Amour, dans son
Absolue Proximité.
Car, il ne faudrait pas croire que
l’amour que l’on manifesterait artificiellement, hypocritement,
temporairement, conditionné par une finalité, cet amour
des uns pour les autres comme le pratique l’homme sans
Dieu, tel que l’homme de ce monde s’y exerce et parfois
y excelle, nous permettrait devant Dieu de prétendre
à quelque statut ou privilège que ce soit. Mais bien
au contraire, Jésus nous affirme et incarne cet Amour
premier, inconditionné, authentique et irréversible
de Dieu pour chacune et chacun, dans une Absolue proximité.
Même si dans sa Proximité, Dieu peut
librement se manifester sous la modalité de l’absence.
Ceci signifie qu’en dépit de nos impressions
toutes humaines, psychiques et finies, de nos errements,
de nos doutes, Dieu continue de nous aimer et d’avoir
confiance en chacune et chacun d’entre nous.
Mais depuis sa mort, la résurrection
de Jésus qui s’inscrit dans l’histoire, que nous ressentons
et expérimentons dans nos existences nous permet de
reconnaître Jésus comme étant le Christ, comme celui
qui nous sauve, par l’action transformatrice du Saint
Esprit en nous…
C’est ce que signifie Jésus lorsqu’il
dit à ses disciples : « Mes enfants, je suis encore
avec vous pour peu de temps, ensuite vous allez me chercher.
»
Avant d’ajouter : « Vous ne pouvez
pas aller là où je vais. »
Du temps de la Réforme, Jean Calvin
eut notamment le génie, contrairement à ses prédécesseurs,
de penser réellement et radicalement la résurrection
de Jésus Christ ; Etant remonté auprès du Père, il apparaît
clairement qu’il ne peut pas être ici ou là, dans la
poche d’untel, dans la boite de tel autre, ou matériellement
dans le pain et le vin de la cène. Ce sont des superstitions,
des balivernes d’un autre âge. Car Jean Calvin l’a bien
dit : « le Christ est ailleurs. »
Dès lors, nous pouvons être tentés
d’absolutiser tel ou tel candidat, tel ou tel programme,
ou inversement de diaboliser de façon manichéenne candidat
adverse et son programme, en se considérant de facto
comme un pur. C’est humain, tellement humain… Mais selon
le témoignage de foi de l’évangéliste Jean et, à la
suite de Jean Calvin, nous sommes irrévocablement mis
en garde contre les tentatives de se fabriquer une idole,
une idole incarnée, de se faire un Christ de substitution,
dans notre désir pourtant estimable de le chercher.
Car le monde est et reste fondamentalement
profane.
Revenons à l’Amour de Dieu pour nous.
Nous savons que l’Amour de Dieu est marquée par son
antécédence, sa précédence, et qu’ainsi nous revêtons
de facto, qu’on le veuille ou non un statut de privilégier
de Dieu.
Et cet Amour premier et privilégier
de Dieu revêt deux aspects :
1°Tout d’abord et quelque soit notre
statut dans le monde, cet Amour nous réconcilie avec
nous-mêmes en dépit de nos zones d’ombre. Cet Amour
refonde notre être en dépit de nos blessures. Cet Amour
affermie notre conscience en dépit de nos doutes. Ainsi,
cet Amour nous fortifie en dépit de notre faiblesse
fondamentale.
2°Mais aussi, cet amour nous transforme,
permettant à chacune et chacun d’entre nous de faire
émerger un être nouveau en dépit du « vieil homme »,
comme l’on dit traditionnellement. Ainsi cet Amour revêt
un caractère exigeant et même douloureux.
Il exige que l’on puisse toujours davantage,
au sein du monde, tenir notre rend de privilégier de
Dieu, vers une foi toujours plus semblable à la foi
de Jésus-Christ, comme Jésus tenu son rang jusque dans
la mort.
Mais d’un autre point de vue, il faut
se résoudre à reconnaître que nous ne pouvons pas ne
pas rendre dans notre relation à notre prochain, mais
aussi dans notre relation à la Création toute entière,
ce surcroit d’Amour.
Ainsi, nous sommes toutes et tous appelés
à participer à la transformation du monde, à une transformation
du monde initiée et voulue par Dieu, en vu que ce monde
déjà très ancien disparaisse. C’est aussi pour cela
que Jésus parle de commandement nouveau et qu’il ajoute
: « Alors tout le monde saura que vous êtes mes disciples.
»
Dès lors, il apparaît clairement qu’à
la vue de l’Amour de Dieu pour nous, qui implique radicalement
l’être et le faire de toutes et tous – et il n’y a pas
besoin d’être un grand dogmaticien ou un grand exégète
pour le constater -, aucun des deux candidats présents
au second tour ne remplit réellement le cahier des charges
du Christ. Et c’est très bien ainsi ! Comme cela, le
choix que chacune et chacun fera ne pourra jamais se
substituer à sa relation devant Dieu, telle que Jésus
la radicalise dans sa formulation à ses disciples et
à leurs filiations, et dans laquelle nous nous inscrivons.
Ainsi la personne publique que nous incarnons dans le
monde ne pourra jamais prétendre éclipser la personne
chrétienne que nous incarnons plus fondamentalement
devant Dieu.
Aujourd’hui, nous sommes, chacune et
chacun, appelés en notre âme et conscience, et ceci
en dépit de nos doutes, de nos incertitudes, à arbitrer
avec confiance et assurance. Car nous ne devons jamais
oublier que Dieu aura toujours plus confiance en nous,
en nos capacités de discernement, que nous n’avons confiance
en nous-mêmes.
Et ainsi, nous serons amener à choisir
dans le monde et devant Dieu, le vote qui nous semblera
le plus pertinent, afin de glorifier Dieu comme Dieu,
dans un pur et libre acte d’Amour, a offert son Fils
unique, Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous,
afin qu’en dépit de notre faiblesse, notre humanité
soit glorifiée.
AMEN.
Dimanche 25 mars
2007
[La femme adultère]
Quelques personnes s’approchent de
Jésus. En effet, Jésus exerce déjà son autorité à ce
moment présent. Il s’assoit se qui marque l’assise,
symbolisant dans sa posture le poids de l’enseignement
que transmet Jésus, de l’assurance, de la stabilité
de son enseignement. L’on peut imaginer qu’il transmet
un savoir, en s’inscrivant dans la Tradition, mais aussi
en la renouvelant par un esprit nouveau.
Les maîtres de la Loi et les pharisiens
vont tenter de faire chuter Jésus de son statut d’autorité,
où Jésus se place au dessus de l’autorité de la Loi,
jusque dans une opposition à l’usage qu’il est fait
de la Loi.
Ceci est capital pour chacune et chacun
d’entre nous. Nous devons respecter les conventions
et les lois des lieux où nous sommes appelés à vivre
au nom du Dieu créateur. Mais au nom de la posture de
Jésus' telle que Jean nous la relate et au nom de notre
foi, s’ouvre à nous un espace nous permettant de nous
opposer à ces conventions et lois si celles-ci entravent
notre foi, notre confiance, la fermeté de notre conscience
devant le Seigneur.
Ainsi, les pharisiens et les maîtres
de la Loi font s’approcher de Jésus une femme prise
en flagrant délit d’adultère. Dans leur perfidie, les
maîtres de la Loi et les pharisiens invoque la précarité
de la situation de la femme au nom de la Loi écrite.
Dès lors, ils instrumentalisent le péché de la femme
pour faire chuter Jésus.
Dans le livre de Deutéronome, au chapitre
XXII, les versets 22 à 24 signifient clairement la peine
de mort pour l’homme et la femme pris en situation d’adultère.
Ceci marque la gravité des faits et de l’offense faite
devant Dieu. Mais jamais personne n’a été lapidé pour
adultère.
Puis Jésus attend patiemment le moment
de réagir, et se baisse pour dessiner des traits sur
le sol. Ceci nous laisse penser que ses dessins se forment
dans la poussière. Tout d’abord, la poussière peut symboliser
aussi la vanité, la précarité d’une situation, son caractère
éphémère, selon l’imagerie du livre de l’Ecclésiaste.
Cette précarité marquerait à la fois
la situation de la femme adultère et la posture des
maîtres de la Loi et les pharisiens.
L’intension de Jésus se baissant et
de dessinant des traits dans la poussière semble être
de susciter la mémoire collective, de réveiller les
consciences des personnes présentes, en rappelant l’événement
de la création de l’homme opérée par Dieu telle quelle
est relatée dans le livre de Genèse.
Quoi qu’il en soit, Jésus, par son
attitude à caractère amoral, ne manque pas d’ironie.
Mais les maîtres de la Loi et des pharisiens
insistent. Jésus se redresse, dans un mouvement probablement
soudain. Dans ce mouvement nous pouvons percevoir un
renversement, percevoir un retournement auquel il ajoute
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