Prédications 2007 :

Alban BOITTIAUX

 

- Dimanche 22 juillet 2007
- Dimanche 8 juillet 2007
- Dimanche 1er juillet 2007
- Dimanche 24 juin 2007
- Dimanche 17 juin 2007
- Dimanche 10 juin 2007
- Dimanche 6 mai 2007
- Dimanche 25 mars 2007
- Dimanche 25 février 2007 

 

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Dimanche 22 Juillet 2007

(Psaume CXXXIII, Romains X 11 à 15, Matthieu XXIII 25 à 28)

[La Beauté]

 

Jésus dit : « Malheur à vous Pharisiens hypocrites ! Parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis qui paraissent beaux au dehors, et qui au-dedans sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impureté. »

Jésus s’attaque à l’apparence que revêtent les pharisiens, qui représentent dans l’Evangile de Matthieu, non le juif en particulier, mais l’homme religieux en général. Mais, que cela signifie pour nous aujourd’hui ? Il existe dans nos sociétés contemporaines, au moins trois types de relation au beau, à la beauté.

Tout d’abord, nous avons ceux qui évoluent sans conception, sans référence culturelle établie, sans enracinement véritable dans leur aspiration au beau. Nous pouvons les reconnaître aisément puisqu’ils suivent benoîtement la mode, les tendances dans le but de paraître. Ils font toutes sortes d’acquisitions chez les représentants de la mode en vogue. Ils passent par toutes les tendances de leur temps. Ils aspirent à suivre une image de grandeur, de sveltesse et de jeunesse, que l’on nous matraque quotidiennement. Comme si fraîcheur allait de pair avec le beau, et comme si le beau était une histoire de dimension. Je préfère personnellement lui associer l’idée de proportion.

Au moins, loin de cette mascarade, le « bourgeois bohême » lui, ne succombe pas à ce goût pour le neuf et le clinquant. Ce type d’absence réelle de conception esthétique s’accompagne généralement, d’une attitude des plus superficielle et utilitariste, qui parfois peut nous charmer par son caractère reposant. Nous pouvons associer à cette conception du beau l’image de l’acculturé, de parvenu du monde.

Il existe une seconde conception du beau. Celle-ci s’inscrit dans le temps, à l’épreuve du temps. Ce rapport au beau se traduit souvent par un raffinement certain, généralement selon une conception du monde. Il s’agit de mettre en harmonie les formes, les matières et les couleurs selon un goût reconnu comme sûr, s’exprimant au travers des choix vestimentaires en fonction du physique de l’individu. D’ailleurs, et ce n’est pas un hasard, si le plus ancien parfumeur français opérait à l’origine, une création particulière et personnelle, pour chacune des personnes désireuses d’une fragrance agréable.

Nous sommes ici devant la description du gentilhomme, dont la relation aux choses et aux autres veut se maintenir dans une image policée, élégante, courtoise.

Néanmoins, là justement, intervient la diatribe de Jésus envers les pharisiens, diatribe envers l’homme d’une conception du monde, diatribe envers l’homme religieux. Nous pouvons aisément imaginer un Jésus en colère, en colère devant cette impiété prétendument pieuse. En effet, l’homme religieux peut être amener à reléguer sa relation à Dieu au profit de sa relation au monde selon des codes vestimentaires et de conduite déjà établis et conditionnés.

Dès lors, l’homme religieux va se draper d’un vêtement, d’une attitude toute humaine, renvoyant en apparence seulement, à une forte relation à Dieu.

En fait, l’homme religieux est un homme païen qui se travesti en homme de Dieu. C’est un grec déguisé en homme de foi, comme aurait pu le formuler Paul.

Les deux rapports au beau que nous avons décrits, trahissent une ambiguïté dans la relation à Dieu, ambiguïté que je ne peux pas manquer de signaler :

1) Le premier rapport au beau, celui de l’acculturé, du parvenu, conçoit un rapport au temps positiviste qui voudrait que la nouveauté coïncide toujours davantage avec son aspiration au beau. Et ainsi dans une quête toute humaine vers le beau, la nouveauté l’emporterait de façon systématique sur l’ancien.

2) Dans le second rapport au temps, celui du gentilhomme, se manifeste une autre l’ambiguïté, le risque pernicieux que s’installe une absence de relation première à Dieu, dans laquelle Dieu ne serait plus Souverain et donc plus Dieu. Comme me le signalait dernièrement Jean-Matthieu Hellich  :« Tout procède d’une chose et de son contraire. Et ces contraires, en tension, sont à penser ensembles. »

Dès lors, cette apparence entretenue par les pharisiens ne peut pas ne pas appeler une intériorité pécheresse. C’est un aspect de ce que Paul appelle la perversion de la Loi.

En d’autres termes, ces deux postures nous renvoie à une divinisation du temps, et par conséquent, la Sainteté de Dieu se trouverait profanée.

Par ailleurs, nous pouvons remarquer que ces rapports au beau, conçoivent le beau comme relatif aux choses en soi ou aux êtres en soi, souvent sur le mode de la nécessité, selon une vision conditionnée du monde. Mais encore, il s’agit de postures objectivées et extérieures. Elles ne peuvent pas réellement répondre à la subjectivité de notre foi.  

Mais alors quelle type de relation au beau pouvons nous déduire du discours de Jésus ?

Jésus compare les pharisiens à des sépulcres blanchis, symbolisant extérieurement le pure, le juste et le beau, mais qui renferme en fait, la mort et l’impureté, l’hypocrisie et l’iniquité.

Or, la notion de juste est relative non à la justice, mais à la justesse. Et, tout comme la notion de pureté, elle nous renvoie directement à Dieu. Dès lors, Jésus réaffirme la primauté de la relation à Dieu par rapport à la relation aux autres et au monde. Ainsi, par sa Précédence aimante, Dieu nous permet d’acquérir non un statut éphémère de parvenu, ni un statut tout humain de gentilhomme, mais un statut éternel de Privilégier.

Autrement dit, la beauté s’origine dans notre intériorité, dans l’intimité de notre foi, jusque dans la fébrilité notre cœur de chrétien. Et par conséquent, Jésus préfère mettre l’accent sur la beauté intérieure, plutôt que sur l’extérieur qui prétend au beau.

En effet, la beauté intérieure se manifestera, tôt ou tard dans la relation au prochain, aux choses de ce monde, et laissera les prétentions extérieures du beau, stériles.

Par conséquent, au beau de la chose en soi, se substitue la beauté dans la relation aux choses, et surtout la beauté dans la relation à l’autre, aux autres.

Il n’est pas ici question de discréditer l’aspiration toute humaine vers le beau, mais de souligner la primauté de l’homme intérieur, de l’homme de foi sur l’homme extérieur, l’homme du croire, l’homme publique, tel que Jésus la rétablit.

D’ailleurs, ici s’exprime tout l’écart existant, entre ce que l’on nomme communément le gentilhomme catholique et le gentleman protestant, entre l’homme enfermé dans des conceptions convenues et provinciales, et, l’homme radicalement ouvert au monde, puisque radicalement ouvert à Dieu.

Ainsi, dans cette époque marquée par un certain désenchantement du monde, que nous le voulions ou non, est offert à chacune et chacun d’entre nous, le privilège, le rôle de participer au ré-enchantement du monde, par une relation aux choses, aux êtres qui nous entourent, s’enracinant dans une prise de conscience croissante, dans l’assurance renouvelée que Dieu nous aime.

Car je vous pose franchement la question : Dans ce monde, où l’homme doit se résoudre à des tentatives précaires de sauvetage, de sauvetage de l’existence de son prochain, existe-t-il plus grande promesse de beauté que cette relation d’Amour initiée par Dieu qui nous est signifiée par le don pure et parfait de son Fils unique qui mourut afin que nous soit offert la vie éternelle ?

AMEN.

 

Dimanche 8 Juillet 2007

(Esaïe LXVI 10 à 14c; Galates VI 14 à 18; Luc X 1 à 20)

 

Après le passage de l’évangile de Luc qui nous invite à comprendre comment l’on doit suivre le Christ de Jésus dans notre rapport au temps, dans l’attente du Royaume, le présent passage, à travers la figure des missionnaires nous invite à comprendre comment la Suivance du Christ se prolonge dans la mission justement, comment nous ne pouvons pas ne pas annoncer le Christ, le Dieu révélé dans le monde. Ainsi, nous seront chacune et chacun à même de mieux comprendre la manifestation de Dieu, de Dieu en Christ. Car ne l’oublions pas ; nous sommes toujours les premiers à écouter la parole que nous formulons, à écouter notre propre parole, parole dans laquelle Dieu est susceptible de se manifester à nous-mêmes comme à notre prochain. Tout d’abord apparaît un élément concret, Jésus envoie les missionnaires deux à deux, l’un priant et invoquant l’Esprit, tandis que l’autre annonce l’Evangile à une tiers personne qui par l’intervention de l’Esprit Saint, seront à même de prolonger l’Eglise. Puis, Jésus emploie une image agricole pour formuler l’Amour de Dieu pour toute l’Humanité déjà en soi incommensurable, la promesse de Salut offerte à toute l’Humanité que nous sommes appelés à actualiser en récoltant le travail préalable de Dieu. Ainsi, nous en déduisons que par delà les apparences, tout homme ne peut pas ne pas avoir une démarche, une démarche relevant de sa dimension spirituelle. Que l’homme ignore ou nie Dieu, que cela soit conscient ou non, cela n’empêche pas l’homme de ressentir le besoin d’une relation à quelque chose qui le dépasse. Parce que tout homme sent la nécessité impérissable de dépasser cet état duel, de son être fragmenté qui le fait souffrir, comme nous le rappelle si justement Paul dans l’Epître aux Romains. La logique du monde nous est connue. L’homme au monde et le monde avec lui passe volontiers du désir de subsister au désir de dominer, de dominer son prochain, de dominer la création, de dominer Dieu. Ainsi, le monde est irrévocablement marqué par l’incroyance. En effet, comme le signalait Raymond Aron, l’homme est fondamentalement un animal de proie solitaire, du genre d’un jaguar. Mais l’homme pour arriver à ses fins dans sa malice, eu l’idée de se liguer pour parfaire son forfait. C’est pour cela que Jésus dit : «  Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » Cependant, la logique sollicitée par Jésus auprès de l’homme envoyé en mission, auprès de chacune et chacun de nous pour récolter la moisson, est tout autre. Généralement, lorsque nous voulons obtenir quelque chose par nos propres moyens, lorsqu’il en va de notre amour propre, de notre réussite dans le monde, nous planifions, nous projetons, nous construisons un plan de route, étape par étape jusqu’à obtenir le fruit désiré de notre démarche. Nous nous parons de nos plus beaux vêtements, et nous nous accompagnons de nos plus beaux signes extérieurs de richesses, afin d’afficher et d’affirmer notre propre assurance, afin de pouvoir extirper, de pouvoir obtenir de notre prochain le fruit de nos désirs. Car l’exigence envers soi appelle implicitement, dans une réciprocité toute humaine, une exigence envers le prochain. Mais encore, si nous en avons la possibilité, nous multiplierons les occasions, les possibilités, dans une démarche résolument renouvelée, nous n’hésitons pas à multiplier les relations avec nos prochains, mettant en avant notre part de sociabilité, en vue d’accomplir nos désirs. Mais paradoxalement, Jésus nous invite spontanément, naturellement, dans un esprit d’ouverture, au minimalisme matériel le plus rudimentaire; point de « bourse », point de « sac », point de « sandales ». Par ailleurs, Jésus nous invite au minimalisme de la démarche : « Ne passez pas de maison en maison ». Enfin, Jésus nous invite au minimalisme sur l’exigence à avoir envers notre prochain : « mangez ce qu’on vous présentera ». Dès lors, nous pourrions comprendre cette invitation de Jésus comme une invitation à afficher des signes de pauvreté ou même à la pauvreté, une invitation à la timidité ou même à l’effacement, une invitation à une alimentation stricte ou même à l’anorexie. Néanmoins, il n’en est absolument rien. Par là, Jésus veut tout simplement nous signifier que notre démarche ne dépend ni de notre richesse, ni de notre affirmation de la personne, ni de notre appétit. Jamais ce que l’on possède ou ce que l’on représente dans le monde ne peut se substituer à ce que l’on est, surtout devant Dieu. Car, il faut être honnête, nous sommes résolument sous la logique de la Grâce reçue, sous le signe de la Grâce que l’on ne peut pas ne pas rendre. En effet, de cet Amour premier, incommensurable et irrévocable de Dieu pour nous, qui nous est offert gratuitement, nous sommes appelés à le rendre, à le formuler, dans le maintient d’une logique de gratuité. Par la suite, Jésus durcit le ton de son propos. Il est question de jugement de villes telles que Chorazin ou Bethsaïda pour leur manque de pénitence. Ainsi, les propos de Jésus prennent une tournure temporelle et politique. En effet, nous oublions parfois que dans notre rapport à Dieu tel que nous le rapportent les témoignages de foi que sont les livres de la Bible, le jugement précède toujours la Grâce, la loi accusatrice précède toujours la Bonne Nouvelle de l’Evangile, nous invitant à chaque instant à la repentance, à une repentance qui n’est pas dolorisme. Nous approchons par la question du témoignage de foi de chacune et chacun dans le monde, d’une question capitale, capitale pour nous en tant qu’êtres humains, en tant que chrétiens, en tant que protestants. Martin Luther par une formulation radicale dit : « Si Dieu nous rend vivants, il le fait en nous tuant, s’il nous justifie, il le fait en nous rendant coupables, s’il nous élève vers le ciel, il le fait en nous menant en enfer… Ainsi, il cache sa bonté et sa miséricorde éternelle sous la colère éternelle, sa justice sous l’iniquité. » Mais alors, vous allez me dire que nous sommes libres de nous détourner de Dieu. Vous allez me dire qu’il y a donc le mal et Dieu, que le mal échappe à Dieu, qu’ainsi Dieu n’est pas tout puissant, etc.… En effet, nous pourrions chercher à percevoir un Dieu visible, à capter par l’usage de la raison Dieu dans son essence au sein de la création, au sein du monde. Dès lors, nous serions amenés de charybde en silla, à glorifier le monde, à glorifier la création. Par ailleurs et paradoxalement, cela nous mènerait en tant qu’hommes à un orgueil et un aveuglement croissant, reposant sur une surévaluation religieuse de l’homme, se mettant au même niveau que Dieu. En fait, en niant l’état fondamental d’incroyance de l’homme, en procédant par la raison, nous prétendrions aussi à la liberté devant Dieu et au salut par les œuvres. Il s’agit ici de ce que Luther appelle la Théologie de la Gloire, qu’il combattu avec vigueur et fermeté, qu’il accusa d’athéisme. Luther, lui, mit en avant la Théologie de la Croix, le mouvement de la foi, le caractère caché du Dieu crucifié, révélé en Jésus-Christ, source intarissable de scandale pour la raison, nous signifiant d’emblée les limites de notre sagesse, les limites de notre justice, pour laisser ainsi place à Dieu dans toute sa Souveraineté. Et à cette Souveraineté, nous ne pouvons pas nous soustraire, marque ainsi la primauté de la Grâce, de l’Amour de Dieu pour nous. C’est dans le paradoxe, c’est dans la contradiction avec le monde, c’est sous l’apparence, un sentiment, une expérience contraire que Dieu se manifeste. Par conséquent, nous constatons que le discours de Jésus n’est ni plus ni moins que le paradoxe, la contradiction appliquées à l’ensemble des activités humaines, en pensée, en parole et en acte, en vue d’annoncer une parole, une parole au travers de laquelle Dieu est susceptible de se manifester à chacune et chacun. Néanmoins, il serait pernicieux de comprendre que Dieu irait contre le monde. Nous pouvons plutôt envisager que Dieu tel qu’il s’est révélé dans son Amour en Jésus-Christ, n’est pas dans une relation de dépendance au monde, que le Dieu révélé en Jésus-Christ est ailleurs. Mais je n’ai toujours pas abordé la question du mal. La question du mal qui persiste dans le monde permet paradoxalement de juger la validité d’une position théologique. Si nous tentons d’expliquer le mal à partir de la raison, avec l’hypothèse que Dieu existe. Nous devons nous résoudre à deux possibilités. Soit Dieu n’est pas tout puissant ; à ce moment là, l’Amour de Dieu pour nous deviendrait relatif et la Grâce perdrait de sa radicalité, de son efficacité. Soit Dieu est tout puissant ; et dès lors, il ne serait pas un Dieu d’Amour et l’annonce de sa Grâce serait une chose creuse et vaine. Ainsi, dans les deux cas, nous partirions de l’absence de relation à Dieu, parlerions de Dieu sans l’avoir entendu et nous arriverions à l’inexistence de Dieu, mais aussi à la négation du Christ. En partant de la non manifestation de Dieu, nous arriverions à l’inexistence de Dieu. Il s’agit d’un cercle vicieux. Par contre, si par le témoignage intérieur du Saint Esprit, nous sommes amenés à annoncer en parole, en pensée et en acte, la Bonne Nouvelle que Jésus-Christ mort et ressuscité pour nous, et plus largement pour l’Humanité. Cette parole paradoxale nous saisit et nous déplace. Par la force de l’Esprit, nous ne pouvons pas nous soustraire de cette parole, de cette annonce du salut offert irrévocablement à chacune à chacun, d’un salut offert jusque dans nos souffrances les plus terribles, d’un salut offert en dépit de notre finitude la plus radicale, souffrance et finitude qui de part en part sont les marques de nos existences. Cette parole est un « Oui » aimant offert à chacune et chacun. Ce « Oui » est la marque de la toute puissance de Dieu, de la toute puissance qui permet justement de façon contradictoire de nous rendre et nous laisser libre. D’ailleurs, toute autorité temporelle marquée par l’aveuglement et donc l’arbitraire, marquée par la non toute puissance même si elle y prétend, ne peut pas ne pas être amenée à dire « non ». Et ce « non » de l’autorité temporelle condamne et ainsi la condamne. Ceci explique la dimension politique du discours de Jésus : « Et toi, Capernaüm; seras-tu élevé

e jusqu’au ciel ? Non, tu seras abaissée jusqu’au séjour des morts. » Et une foi que nous aurons réellement et consciemment intégré l’Amour de Dieu pour nous. Quelle libération ! Dès lors, précédé dans l’amour par Dieu, nous ne pouvons pas ne pas partager cette libération, cette joie, cette félicité.  Et alors, nous serons amenés à témoigner du Christ, au moyen de la Croix, afin que le Royaume vienne et que Christ triomphe. Pour finir, comme l’a déclaré Paul à la fin de son Epîtres aux Galates, je vous dis : « Frères (et sœurs), que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit !

Amen !»

 

Dimanche 1er juillet 2007

(1 Rois XIX 16 à 21 ; Galates V 1 et 13 à 18 ; Luc IX 51 à 62)

 

Voici un texte de l’évangile de Luc qui ne manque pas de richesse. Mais nous allons aujourd’hui, nous concentrer sur une question centrale, sur la question centrale par excellence, c'est-à-dire la question de la venue du Royaume de Dieu. Plus précisément encore, nous allons aborder la question de l’attitude que nous pouvons adopter au sein de l’Eglise, dans le Monde face à cette question.

Tout d’abord, nous savons grâce à l’étude critique des textes, la recherche de sources textuelles des évangiles que l’annonce du Royaume tel qu’il est formulé généralement dans les paraboles de Jésus est la chose la plus attestée de son ministère.

Cependant, nous ne sommes pas présentement devant le récit d’une parabole, il n’y a point de langage métaphorique nous amenant à tenter de concevoir, de se représenter le Royaume, avec toute la part d’ambigüité qu’une telle représentation peut impliquer.  Ici, le texte nous questionne davantage sur le positionnement par rapport à la venue du Royaume.

Tout commence par une question de volonté. En effet, dans un cadre temporel de la proximité de la passion du Christ, il est dit « il prit la ferme résolution de se rendre à Jérusalem ». Il n’est pas question ici, d’intelligence, d’imagination, de sentiment ou de moralité. Aucune qualité particulière, aucun charisme n’est demandé, n’est exigé. Nous sommes toutes et tous appelés ici et maintenant à prendre une décision : Ou bien et en dépit des tentations, nous nous décidons à participer à la réalisation du Royaume, ou bien nous nous décidons, nous nous résignons à faire la volonté du monde, lieu potentiel de l’incroyance. Parce que la véritable et unique question qui traverse de part en part notre existence est : Que voulons-nous vraiment ?

Puis après un échec, où les disciples essuyèrent le silence d’un village samaritain, ils allèrent – les disciples et Jésus dans un autre village.

Et là, quelqu’un qui n’a visiblement rien compris à la relation à Dieu, dit benoitement à Jésus : «  Je te suivrai partout où tu iras. » En effet, la relation à Dieu n’est pas une imitation de ce que les évangiles nous rapportent de l’attitude de Jésus-Christ. Tout d’abord, les évangiles sont des témoignages de foi dans un contexte déterminé et aléatoire d’un évangile à l’autre. Mais encore, les évangiles ne décrivent pas tout à fait le même Jésus. En d’autre terme ; premièrement, nous ne connaissons quasiment rien de l’intériorité de Jésus. Deuxièmement, la personnalité de Jésus est irréductible aux descriptions des évangiles. Ainsi, nous avons un deuil à faire de la connaissance de la personne de Jésus, et ceci quelques soient les tentatives répétées et renouvelées de cerner l’individu. Mais, je vous le demande; est-ce la mort de Jésus sur la Croix qui justifie notre présence, notre appel à nous rendre ici, présentement au Culte ? Ou bien, ne serais-ce pas l’annonce de la bonne nouvelle, que Jésus-Christ est mort et ressuscité pour nous?

Ainsi, nous ne pouvons pas nous appuyer sur une imitation de Jésus-Christ. D’autant plus que cela pourrait être l’occasion de ne plus avoir à invoquer Dieu et le soutient de son Esprit. Ainsi notre attitude se dégraderait en habitude, qui dans le meilleur des cas finirait en justification par les œuvres et, au pire conduirait à des chemins de traverse. Mais cette phrase signifie aussi, que l’homme en tant que personne chrétienne, n’a pas à s’attacher à un lieu, à un espace de repos, un espace protecteur, qu’il pourrait juger par la suite Saint, et le mènerait à amalgamer Dieu à une grosse nounou. L’attachement à un lieu, à une terre, comme « le renard à une tanière et les oiseaux du ciel ont des nids » est un culte à la création au détriment du Créateur. C’est une attitude toute à fait païenne, d’un paganisme travesti dans un habit chrétien.

Par la suite, nous arrivons au cœur de ce qui concerne la fin des temps, les temps dernier, la venue du Royaume, que l’on nomme en patois de Canaan, l’eschatologie.

Jésus interpelle un homme par ces paroles : « Suis-moi ». Mais l’interlocuteur, dans lequel nous pouvons nous reconnaître lui demande de pouvoir ensevelir son père. Et Jésus de lui répondre le très célèbre et radical: « Laisse les morts enterrer leurs morts » avant d’ajouter « va annoncer le Royaume de Dieu ». En d’autres termes, nous pouvons comprendre que la notion du temps eschatologique ne suit pas une conception circulaire.

En effet, nous savons que la nature suit le rythme circulaire des saisons. De manière analogue, l’existence humaine va de la naissance à la mort, de générations en générations. L’existence est précédée de l’inexistence pour se finir dans l’inexistence. C’est pour cela que Jésus interpelle, comme selon un impératif éthique, enraciné dans le présent, dans l’instant : « et toi, va annoncer le Royaume de Dieu ».  

Puis, une autre personne lui dit qu’elle doit prendre congé de sa famille. Et Jésus, de nous révéler encore davantage la conception authentique dans laquelle s’inscrit la venue du Royaume. Il lui rétorque ainsi : « Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière, n’est pas bon pour le Royaume de Dieu. » Et là présentement, tout devient clair pour nous. D’une part, la venue du Royaume inscrite dans une conception linéaire du temps nécessite une annonce en parole et en action de la part de chacune et chacun d’entre nous. Mais encore, il ne s’agit pas d’un temps allant du passé vers le présent, comme nous avons l’habitude de concevoir les choses. Il s’agit d’un temps qui vient du futur et qui s’actualise dans le présent, du futur vers le présent.

J’en déduis donc que nous ne disposons d’aucun moyen de contrôler la venue du Royaume. Ce temps vient à chaque instant vers nous, nécessite une prise de décision renouvelée de la part de chacune et chacun à suivre le Christ. Afin que nous participions à la venue du Royaume. Par contre, je peux confesser que le travail du Saint-Esprit en moi, la venue du Royaume, sont ce qui permet à mon existence de rester une destinée, et m’empêche de faire de mon existence un destin.

Néanmoins, ici, il s’agit du temps de Dieu. Et vous pourriez croire qu’il suffit de le vouloir pour pouvoir participer à la venue du Royaume, en l’annonçant, en agissant. Ce n’est pas si simple.

Il y a en effet deux risques, deux dangers. Dans ce temps de l’Absence du Christ l’homme chrétien comme l’Eglise peut tour à tour céder à deux tentations, en croyant bien faire. C’est le risque de travestir la venue du Royaume enraciné dans le réel au nom du Royaume, justement.

Tout d’abord, il y a le risque du conservatisme, de la crispation, du légalisme, du vieillissement, comme une tendance à trop vivre dans le passé. D’autre part existe aussi la tentation du futurisme, du romantisme ou de l’utopie.

En d’autres termes, participer à la venue du Royaume n’est ni se résigner à l’attentisme en pensant que Dieu fera tout, ni se complaire dans l’activisme comme si l’homme seul édifiait le Royaume.

Le premier mouvement peut trahir une perte d’espoir dans le monde et face au monde, tandis que le second mouvement semble trahir au contraire un excès d’espoir dans le monde. Les deux mouvements procèdent d’une divinisation de nos existences et trahissent ainsi une confusion.

Hors ici, il n’est pas question d’espoir humain dans le temps, mais d’une irruption dans le présent du temps de Dieu, du temps de Dieu qui nous travaille chacune et chacun par son Esprit, faisant accroître en nous l’espérance.  Ainsi lorsqu’il nous arrive de perdre espoir dans une succession d’événements douloureux, l’espérance croissance vient suppléer et même supplanter notre perte d’espoir. Parce que l’espérance est le fruit de la Foi, que la Foi est la chose la plus intime, son enracinement plus profond permet d’avancer endépit des fluctuations de nos espoirs.

C’est pour cela que Jésus qui se révèle à nous être le Christ reprend durement les disciples Jacques et Jean en s’exclamant : « Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés. Car le Fils de l’homme est venu non pour perdre les âmes des hommes mais pour les sauver. »

Dès lors, nous avons la possibilité d’invoquer l’Esprit en parole, en pensée ou en acte, jusqu’au plus fond de notre détresse. Nos perpétuels tâtonnements, hésitations, revirements sont la marque d’un mouvement du passé vers le présent. Ils se trouvent inexorablement contrecarrer par la venue du temps de Dieu, dans un mouvement du futur vers le présent. Cette venue nous permet ainsi par la précédence de Dieu de mener une existence toujours davantage enracinée dans la réalité profane et présente du monde.

C’est seulement lorsque nous prenons toujours davantage conscience de l’Amour de Dieu pour nous, de cet amour infini qui nous précède. C’est seulement lorsque nous acquérons la certitude, l’assurance que Jésus-Christ est mort pour effacer notre faiblesse, notre incroyance, et, ressuscité pour nous offrir la vie éternelle, alors que nous sommes à même de participer à la venue du Royaume. C’est parce que Dieu a glorifié notre humanité jusque dans faiblesse la plus totale, que nous pouvons être à même de glorifier Dieu.AMEN.

Dimanche 24 juin 2007

(Genèse XV 1 à 6, Romains III 21 à 28, Galates III 1 à 11)

Dès le début du texte, nous sommes interpelés. Se pose à nous et d’emblée la question de l’autorité, la question de ce qui fait autorité pour nous ?

Là, Paul oppose d’une certaine manière ce qui relève de la pratique, de l’activité, de la Loi, à ce qui relève de l’écoute, de la réception, de la Foi. Ainsi, Paul soulève ce sempiternel problème, cette possible collusion entre l’homme extérieurement religieux, l’homme publique dans le monde se prétendant chrétien, et, l’intimité plus intime que toute intimité qu’est la foi pour l’homme chrétien. Nous savons qu’en chacune et chacun existe l’homme qui veut se déterminer par son extériorité, par sa tentative d’accomplir la Loi. Cette dimension suit le régime de la Loi, en voulant vivre ainsi sous la Loi. Dès lors et en d’autres termes, la question pourrait se formuler à nous ainsi : Cet homme là prévaut-il sur l’homme intérieur, prévaut-il sur l’homme en Christ, prévaut-il sur homme de la confiance en la foi de Jésus-Christ?

Par ailleurs, nous savons que l’homme en Christ est la dimension qui, en chacune et chacun de nous, et en dépit d’une existence parfois douloureuse et incertaine, tente de répondre par une confiance toujours plus grande envers la foi de Jésus-Christ, par une foi en Christ qui s’identifie toujours davantage à la foi de Jésus-Christ.

A partir de là, sur cette question encore ouverte, Paul réitère par une nouvelle interpellation, par un glissement sur les registres en introduisant la chair, relevant de l’homme périssable, de l’homme sujet au péché, à l’incroyance, de l’homme au monde. Son discours prend une tournure radicalement morale. Par conséquent, pour faire autorité, Paul interpelle notre expérience, nos existences telles quelles se sont révélées à chacune et chacun. C’est la force de Paul. Notre subjectivité, nos individualités considérées ensembles jusque dans nos particularismes les plus singuliers, lui permettent de faire autorité. Il ne s’agit pas d’une autorité au sens hiérarchique du terme, mais d’une autorité inscrite dans la durée, dans la pertinence et la libre évaluation par chacune et chacun d’entre nous.

C’est-à-dire qu’en s’appuyant sur l’Esprit, sur les miracles comme autant

d’actions de Dieu, reconnues au travers d’un monde radicalement profane, par la foi, mais aussi, en s’appuyant sur nos existences, Paul, de façon paradoxale, retourne sa faiblesse avérée, son manque de charisme avoué, en autorité, en argument de poids. Ceci signifie déjà pour chacune et chacun d’entre nous, qu’ici, nos capacités individuelles ne sont ni convoquées ni réclamées. Elles ne demandent pas à être dépassées. Ainsi, nous sommes accueillis, nous sommes acceptés jusque dans nos faiblesses les plus handicapantes, jusque dans nos failles les plus intimes. Paul crée de facto un espace ouvert où chacune et chacun est reçus dans sa finitude la plus radicale, dans les dimensions les plus aliénantes de son existence.

Néanmoins, et par delà la posture paulinienne, la question de la primauté de la pratique de la Loi ou de l’écoute par la Foi n’en reste pas moins pressante et capitale.

Et après avoir créé un espace ouvert, Paul l’inscrit dans le temps, l’enracine dans l’histoire de la Révélation. Dès lors, il se réfère explicitement à Abraham :

« Ainsi, Abraham crut Dieu, et cela lui fut compté comme justice. »

Cependant, il est notable que dans le récit de Genèse, il est question d’Abram, signifiant le « père élevé », auquel est faite la promesse d’une descendance nombreuse pareille aux étoiles [dans le ciel]. Tandis que Paul se réfère à Abraham, signifiant le « père d’une multitude », avec lequel Dieu réalisa d’ailleurs une alliance. Néanmoins, nous connaissons l’importance de la nomination de Dieu, de la signification que revêt le nom de chaque individu sur le plan de l’identité. Ce glissement très probablement volontaire de Paul ne peut pas ne pas nous apparaître, et nous renvoie à l’idée d’alliance, d’une alliance nouvelle ouverte par la crucifixion et la résurrection de Jésus-Christ, déjà dépeinte à l’auditoire.

Revenons au discours de Paul. Il nous énonce le cœur de son discours par la citation du livre de Genèse : « Ainsi, Abraham crut Dieu, et cela lui fut compté comme justice. » Paul nous accule à accepter, en dépit de nos tentations de succomber à l’incroyance et par là à nous justifier par nos propres forces, que seule la foi en Dieu nous rend juste, au sens de la justesse de relation, devant Dieu. D’ailleurs, nous pouvons interpréter « juste » comme la juste distance.

A partir de là, et par la foi, l’écriture comme support de la Loi se meut en support d’une promesse. [L’impératif se transforme en un futur initié par Dieu.]

Par conséquent, inscrite dans le temps, enracinée dans l’histoire comme histoire de la Révélation, cette promesse nous fait participer à une filiation, dans et par la Foi, comme antérieure à la Loi. Plus encore. Dans ce rapport au temps qui remonte à Abraham, l’espace ouvert créé par Paul vient supplanter l’espace clos et temporaire de notre réalité, mais aussi prétend à une vocation universelle. En effet, Paul rappelle la promesse faite à Abraham : « Toutes les nations seront bénies en toi. »

Enfin, dans un mouvement allant de la dimension accusatrice de la Loi vers la dimension libératrice de l’Evangile, dans et par la Foi, nous est remémoré le statut de ceux qui prétendre pouvoir vivre sous le régime exclusif de la Loi : « Maudit soit quiconque n’observe pas tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi, pour le mettre en pratique. »

En effet, la Loi est une chose toute à fait ambiguë et équivoque. Tout d’abord, la Loi n’est pas distincte ici de la loi au sens habituel du terme. Nous sommes dans un cadre juridique. Par ailleurs, la nature de l’homme est duelle. Existe en chaque individu chrétien une personne au monde, charnelle, temporaire et qui à tout moment peut être le moyen de mener l’individu à l’incroyance. Mais existe aussi, en chaque individu, la personne chrétienne, qui dans une démarche de foi s’appuie sur la promesse et qui désire ardemment la venue du Royaume. Ainsi la loi peut être la source d’une autojustification, où Dieu ne serait qu’un spectre, une ombre au seul profit de la loi. La loi, neutre en elle même, peut devenir le reflet de l’ambigüité de notre être, et peut ainsi être pervertie à tout moment. Elle n’offre donc aucune garantie. Par ailleurs, et comme je l’ai déjà signalé, nos limites, notre finitude toute humaine est une barrière irrévocable à une application pleine et entière de la loi. Ainsi, si nous instaurons la loi comme norme suprême, par delà les dangers de perversion, l’impossibilité de l’accomplir risque de devenir une propre source de jugement contre nous même. Et ceci nous mènerait à l’enfermement de nous même par nous même, à l’exacte opposée de la démarche de Paul. En d’autres termes, pour Paul, nul ne peut et ne pourra se justifier par les œuvres de la Loi.

[D’ailleurs, l’épître aux Galates n’est que l’affirmation en long, en large et en travers, par l’usage de maintes figures rhétoriques que l’on ne peut pas se justifier par les œuvres de la Loi.]

Mais bien au contraire, c’est dans la confiance en la foi de Jésus-Christ, qui mourut sur la Croix, en accomplissant la loi, afin d’engloutir notre péché, permettant à chacune et chacun de voir son existence transformée par l’Esprit.

C’est pourquoi Paul insiste par ce qui est appelé à devenir pour chacune et chacun une évidence : « Le juste par la Foi vivra. » [Il en était déjà question dans l’épître aux Romains.]

Je vais tenter de vous formuler par un exemple concret la portée de ce texte. Cette semaine, parmi mes mails, j’ai reçu un courrier électronique de la paroisse de Montrouge, de l’ACAT - Montrouge sur les violences faites aux femmes en France mais aussi dans le monde où l’on apprend que tous les trois jours une femme meurt de violences conjugales. Interpellé par le sujet, je me suis rendu à la conférence. Nous était décrite la condition de la femme à

travers le monde, exposée notamment par une représentante de la Commission Femmes d’Amnesty International. Ainsi, nous fut exposées à la violence physique jusqu’au meurtre, à la soumission morale jusqu’à l’humiliation la plus totale, à la perversité sexuelle jusqu’à l’excision, et cela quelque soit le milieu social, quelque soit le degré de développement économique de la société où la femme évolue, et quelque soit la religion dominante du pays dont elle est ressortissante. [Il n’est nullement question de lutte des classes, de lutte des races ou de je ne sais quoi… De choc des cultures, de conflit des religions. C’est une constatation universelle.] Cela était parfois choquant, mais toujours éprouvant à écouter. Parmi les dames qui nous présentèrent l’état des lieux, la dernière nous parla plus précisément de la prostitution. Elle nous expliqua l’humiliation, la destruction de la personnalité, de l’identité des femmes prostituées, souvent déjà fragile à l’origine, sous le joug d’une organisation et d’un proxénète. Elle insista sur le climat général de mépris, sur la marginalisation des femmes prostituées au sein de notre société [qui se prétend] bien pensante; par le proxénète, par les concitoyens qui pensent que cela est normal puisque volontaire et libre de la part de la femme – c’est tellement plus facile ! -. Mais aussi par les représentants de la police qui détient officiellement la violence légale, en bon représentant de l’arbitraire étatique, s’embarrassent peu de finesses psychologiques et vont jusqu’à verbaliser des prostituées comme on verbalise une voiture mal garée. Sans parler des violences et autres mises à profit d’une situation de détresse que je préfère taire…

La dame qui nous a décrit le milieu de la prostitution, dans une démarche de foi explicite et en dépit de sa finitude, va à la rencontre des femmes prostituées.

Elle les écoute, guidée par l’amour, dans un geste de reconnaissance de l’autre.

Elle permet ainsi l’accomplissement de l’amour de soi, mais aussi, l’accomplissement de l’amour du prochain, afin ici de les extirper de ce milieu destructeur, de leur permettre de se libérer de cet enfermement, pour que leurs destinées ne se réduisent pas à un destin. Il apparait clairement que l’attitude de cette dame envers les prostituées illustre ce que Paul nous signifie, et s’enracine dans la Foi. Dès lors par l’action de l’Esprit, par la réception de l’Amour de Dieu pour nous, qui offrit librement au monde son Fils unique Jésus-Christ, mort sur la Croix afin d’engloutir notre péché, et ressuscité afin que nous soyons continuellement transformés par cet Amour. Cet Amour permet l’émergence en chacune et chacun d’entre nous d’un être nouveau capable d’accueillir, d’écouter et d’aider l’autre jusque dans sa détresse la plus totale.

Ainsi, aux travers de nos expériences, de nos existences respectives, s’impose progressivement à nous le reflexe d’invoquer le Seigneur en parole et en acte.

Dès lors, dans l’Esprit et par l’Esprit, nous sommes appelés à nous laisser conduire et mais aussi, nous sommes appelés à laisser l’Esprit porter ses fruits comme la reconnaissance et l’amour mutuel, qui de proche en proche ne peut pas ne pas permettre l’avènement du Royaume.

AMEN.

[] : Ajouts notables pendant la prédication.

Pour information, la maltraitance des femmes concerne, d’après les études et statistiques effectuées, le tiers de la population mondiale, c’est-à-dire environ un milliard de femmes.

 Dimanche 17 juin 2007

(Exode III 11 à 16 ; Actes IX 1 à 16 ; Jean III 1 à 21)

Après l’épisode où Jésus chassa les marchants du temple, pendant la période festive de pâque est relaté l’entretien avec un pharisien, un chef des juifs nommé Nicodème. Ainsi ce Nicodème se rend pendant une nuit de printemps auprès de Jésus pour le questionner. Nicodème reconnaît la provenance spirituelle de Jésus aux miracles que Jésus a accompli.

Ceci nous pose déjà problème. Pourquoi faut-il des miracles, des choses reconnues comme extraordinaires pour que les gens croient ? N’y-a-t-il pas un risque de confusions entre d’une part, un événement qui déborde notre savoir dans l’état actuel des sciences, et, d’autre part l’action de Dieu au sein du monde ? Ne risque-t-on pas de faire de Dieu un « dieu bouche-trou » ?

Cela signifie concrètement pour nous, que les catastrophes naturelles, les épidémies, ne sont pas l’expression du jugement de Dieu, sous prétexte qu’elles auraient fait irruption dans le cours des existences humaines. Dieu est fondamentalement le Tout-Autre. Voir dans des événements objectifs apparemment inexplicables l’action de Dieu reviendrait à faire de Dieu une chose, un truc, dont on pourrait discourir comme d’une table ou d’un arbre.

D’un autre côté, ceci nous évite concernant Dieu d’avoir à l’imaginer, de pouvoir le conceptualiser, d’en faire une idée.

Ainsi et pour cela, Jésus lui répond : « Si un homme ne naît de nouveau il ne peut voir le Royaume de Dieu. »

Mais cette réponse qui ne peut que déplacer Nicodème dans ses interrogations amène Nicodème au doute, au point qu’il demande à Jésus comment objectivement peut-on naitre, surtout si l’on est âgé.

Et Jésus dans sa réponse le déplace encore en lui évoquant le baptême : « Si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. »

Et là tout devient déjà plus clair. Jésus renvoie Nicodème à une compréhension spirituelle du miracle. Puisque l’homme baptisé est susceptible d’avoir reçu, de recevoir l’Esprit Saint, faisant déjà naître en lui un homme spirituel. Cet homme est rendu apte par la foi, dans la profanité du monde, de reconnaître des miracles, des miracles qui ne vont pas contre le cours de la nature, mais des miracles comme autant de signes avant-coureurs de la venue du Royaume, des miracles faisant ainsi accroitre notre espérance.

Jésus explique que la nature humaine est duelle, c’est-à-dire qu’il y a une partie charnelle en l’homme, qu’il ne faut absolument pas associer au corps, mais à l’homme du monde, à l’homme comme lieu d’action possible du péché, à l’homme qui se justifie aux yeux du monde. Mais aussi, Jésus nous signifie que par l’Esprit existe l’homme spirituel, l’homme chrétien, déjà justifié par Dieu, qui ne demande qu’à s’épanouir davantage en chacune et chacun.

Dans notre société occidentale, il est significatif de constater à quel point l’homme se complait à évacuer sa dimension spirituelle pour un temps. Puis voulant combler ce manque, cet homme aime à concilier la chèvre et le chou, et tente de plus en plus de se constituer une sorte de spiritualité patchwork et superficielle, sans que cela ne lui coute trop. Toute voie est pour lui bonne, aussi aberrante soit-elle, pourvu que le coût en temps, en investissement personnel soient faibles. Ainsi, au nom de l’homme spirituel, l’homme d’aujourd’hui, aime à faire, à condescendre à sa volonté d’homme charnel. Contrairement à cela, Jésus nous appelle chacune et chacun, à prendre une décision en faveur de l’accroissement de l’homme chrétien en nous.

Aujourd’hui nous voyons de plus en plus la personne publique, l’homme du monde empiéter sur la sphère privée, sur la sphère de la personne chrétienne.

Dès lors, ceci signifie que chacune et chacun est appelé à prendre conscience du danger actuel d’étouffement progressif de l’homme intérieur, d’autant plus que Jésus dans son enseignement privilégie plutôt le mouvement inverse.

Par la suite, par une analogie de l’Esprit au vent, Jésus explique à Nicodème, que l’Esprit fait ce qu’il veut. En d’autres termes, Jésus signifie que l’Esprit est absolument libre de ses mouvements selon une volonté qui nous est étrangère, selon la volonté du Dieu Tout-Autre.

Ainsi, l’homme mu par cette volonté n’est pas conditionné par nos représentations, nos compréhensions et ainsi échappe à toute anticipation.

Mais où ce Jésus nous mène-t-il, lui qui enseigne à Nicodème, dans ce témoignage de foi qu’est l’évangile de Jean ?

Jésus nous éclaircit toujours davantage sur sa démarche dans la suite de sa réponse à ce Nicodème, venu le voir la nuit, probablement secrètement :

« Nous disons ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu. » Avant d’ajouter cette parole terrible : « Et vous ne recevez pas notre témoignage. »

En fait, en réaffirmant l’action unique du Saint Esprit comme permettant de discerner véritablement les miracles, Jésus signifie à Nicodème qu’il n’a pas réellement reçu, comme ceux qu’ils représentent, le témoignage de l’Esprit.

Ainsi du fait de la nature double de l’homme, à la fois charnel et spirituel, Jésus signifie que nous n’avons pas encore authentiquement reçu son témoignage. Et ainsi, Jésus nous invite à nous convertir davantage, à laisser davantage dans nos intériorités, la place à l’homme spirituel, au chrétien. Jésus est en train d’évangéliser Nicodème, et nous invite aussi implicitement à nous convertir de nouveau.

Ainsi, Jésus renchérit : « Si vous ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes ? »

En d’autres termes, si sous l’action du Saint Esprit que Jésus invoque ici en le nommant, dans sa nomination, Nicodème ne se convertit pas par une compréhension réelle de l’action de Dieu au travers des miracles par le regard de la foi, comment celui-ci pourrait-il pareillement mettre sa foi dans la venue du Royaume ? Alors que précisément, c’est la venue, la proximité du Royaume, qui est le cœur de l’enseignement de Jésus. C’est uniquement par l’action du Saint Esprit qui nous travaille que s’épanouie en nous l’homme spirituel, l’homme chrétien, qui nous arrachant à l’homme charnel, nous arrachant à l’homme de se monde soumis au péché, que la vie éternelle nous est gratuitement offerte.

Dès lors, l’autorité, la légitimité que l’on a à témoigner de notre foi dans le monde, de ce salut offert gratuitement et irrévocablement par le don opéré par Dieu de son Fils unique pour l’ensemble de l’humanité, n’est possible que par la nomination de Dieu, par l’invocation préalable de l’Esprit. Parce que l’essence de Dieu est de se manifester, de se manifester dans la parole. C’est pour cela que dans le récit d’Exode, Dieu dit à Moïse : « Je suis celui que je suis ».

Par ailleurs, le livre des Actes nous rapportant la conversion de Paul, nous rapporte qu’il était un persécuteur officiel, un persécuteur légal des chrétiens, probablement jusqu’au meurtre. Jusqu’au jour où Paul vît une lumière, une lumière comme Proximité de Dieu mais aussi comme événement rompant la continuité de son existence de persécuteur, opérant ainsi en lui une conversion, un retournement. Et Dieu encore une fois se manifeste à lui par une voix. Parce que Dieu ne se manifeste que dans la parole. C’est un signe d’authenticité de la conversion de Paul. Et ce Paul, n’oublions pas sera chargé de convertir les nations…

Ainsi, il nous apparaît que l’évangélisation n’est rendu possible que par l’action de l’Esprit Saint en nous, que nous pouvons invoquer pour nous venir en aide.

Mais encore, sans cet Esprit Saint, il n’est pas possible de sortir de soi-même, de s’émanciper de l’homme charnel, afin de témoigner, de confesser le nom de Jésus-Christ, nom par lequel nous est offert le salut et la vie éternelle.

Et dans la suite du dialogue devenu monologue nous est montré comment nous nous devons de confesser le Christ : Dieu dans sa Précédence et dans la manifestation de son Amour infini pour chacune et chacun d’entre nous, nous a fait le don pur et parfait de son Fils unique, la Parole incarnée, non pour nous condamner, mais pour engloutir notre péché, notre incroyance, pour nous sauver afin que chacune et chacun reçoive ainsi la vie éternelle.

Alors, si je ne confesse ni ne témoigne de Jésus-Christ comme étant personnellement, dans mon existence propre, celui qui me sauve de la mort mais aussi de la mort dans la vie, et qu’ainsi je le reconnais comme mon Seigneur, alors à cet instant Dieu cesse d’exister dans mon existence, mais aussi Dieu n’existe pas non plus pour mon prochain, ainsi mon prochain n’est pas libéré. Dès lors et au rebours, je nie la Grâce et l’amour que j’ai reçu de Dieu.

Et cela me serait absolument insupportable, cela reviendrait à nier ma propre identité, à nier ma propre existence, à nier le sens de mon existence, à m’enfermer dans une auto-condamnation.

Le relativisme ambiant de notre époque nous invite au mutisme, à porter le masque hypocrite du respect, comme si l’on pouvait traiter également des choses inégales. Alors, puisque tout est opinion, du moment que l’autre ne vient pas sur mes plats de bande, que chacun croit à ses petites vérités, à ses demi-mensonges dans son coins tranquillement… [Il est aberrant de mettre au même niveau une voiture et le salut !]

Mais cela serait oublier que ces vérités même conciliées entre elles ne sont pas Dieu. Car Dieu se manifeste dans sa Parole au travers de nos mots, au sein de nos existences respectives, et fait autorité. Parce que Dieu est Vérité.

Ainsi, que nous le voulions ou non, que nous soyons pris par le doute, l’incertitude à la vue de ce monde de souffrance, où règne le mal, Dieu vous aime, Dieu nous aime. Voilà ! C’est comme ça… Et seule cette conviction, cette assurance renouvelée de l’Amour de Dieu pour nous, nous permettra toujours davantage d’espérer en la venue du Royaume, de témoigner de notre foi et, d’exister authentiquement dans notre entièreté.

AMEN.

Dimanche 10 Juin 2007

(Matthieu XXVI 26 à 29)

Il apparaît tout d’abord à la suite des présentes lectures bibliques, que nous pourrions interpréter ce repas de Jésus avec ses disciples comme un événement passé, un événement dont nous aurions à nous remémorer comme tant d’autres événements inscrits dans l’Histoire, comme un événement qui à chaque remémoration investit, réinvestit une partie de la mémoire collective.

Cet acte de faire mémoire revêtirait alors une dimension purement communautaire et culturelle. Mais quelques interrogations s’imposent à moi ; pourquoi venir ce dimanche au Culte, alors que d’une part, la grande majorité des personnes présentes sont conscientes qu’il n’y aura pas de Cène, et donc pas d’acte objectivé pour faire mémoire du dernier repas communautaire de Jésus ? D’autre part, sur l’aspect communautaire : Y-a-t’il une personne dans l’assemblée qui se serait chargée personnellement de triller sur le volet les membres de l’assemblée de ce matin. Enfin, une dernière question s’impose : Pourquoi chacune et chacun n’a-t-il pas vaqué à ses occupations, pourquoi n’est-il pas resté au lit après une semaine chargée ? Ou, ne se serait-il pas par exemple, rendu au marché afin de se procurer des produits frais, en vue de préparer un repas pour des ôtes, des ôtes choisies en âme et conscience selon son bon vouloir, selon ses propres critères humains? Cependant,concrètement, il n’en est rien… Voilà ! Il faut ien se rendre à l’évidence que la remémoration que revêt la Cène au sein du Culte dépasse le cadre, et même déplace le cadre traditionnel d’une commémoration, d’une commémoration inscrite dans une conception cyclique du temps, nous invitant à assister benoitement à une manifestation relative à un passé révolu, comme notre société se plait tant à nous en offrir. Par ailleurs, nous pouvons constater que personne dans l’assemblée, personne dans l’église ou même dans le monde, n’a pu et ne peut prétendre être l’initiateur ou l’organisateur de ce repas. Parce que l’initiateur et l’organisateur du Culte, de la Cène, sont ailleurs. En effet, l’Initiateur du Culte comme de la Cène est le Dieu que nous reconnaissons dans la foi comme le Créateur de toute chose, le Dieu qui se manifeste à nous par son Amour, Amour sans cesse renouvelé, qui nous a été révélé de façon irrévocable par le don de son Fils unique, le Christ. Et le Christ, la Tête de l’Eglise, comme aime à nous le dire Paul dans ses lettres, est l’Organisateur à l’origine de cette convocation. Dès lors, dans la communion de l’Initiateur et de l’Organisateur, c’est-à-dire par l’action du Saint Esprit, nous est rendu possible de participer pleinement, d’être réellement acteur de ce Culte, de la Cène, libérés que nous sommes de nos contraintes, de nos soucis, de nos difficultés, de nos impossibilités. Ce jour d’élection est une occasion supplémentaire de prendre conscience de la diversité possible et avérée des points de vues des membres de notre communauté, occasion de relativiser ses propres convictions politiques de personne publique que chacune et chacun incarne au quotidien, au profit de notre personne devant Dieu, dans un mouvement de reconnaissance de son prochain, dans sa différence, dans son altérité, comme personne chrétienne fondée par sa relation personnelle à Dieu. Que nous l’admettions ou non, la participation au Culte est une réponse personnelle, de la totalité de notre être, à un appel premier et aimant de Dieu. Cet appel se perpétue aussi pendant le Culte, notamment au moment de la Cène. D’ailleurs, tout au long du Culte, en dépit de nos invocations et prières en vue de recevoir l’Esprit, cet Esprit est toujours libre d’agir, libre d’agir auprès de celles et ceux qui n’auraient pas ressenti consciemment l’appel à participer à la Cène, afin que ceux-ci ressentent la présence du corps et du sang du Christ. Dès lors, que nous le voulions ou non, conscients ou non de la Précédence Aimante de Dieu, nous revêtons déjà le statut de privilégié de Dieu, par un appel qui nous saisit, nous déplace, nous libère au profit d’une présence réelle active et entière au Culte en vue d’entendre la Parole de Dieu. J’en déduis qu’en dépit de nos troubles, de nos doutes, de nos inquiétudes, dans notre rapport au monde, rien, absolument rien ne doit entraver ce sentiment, ce sentiment qui au cours de notre existence est appelé à devenir assurance, certitude. Mais que signifie pour nous alors ce repas ? Ce repas signifie qu’en tant que privilégiés de Dieu, en répondant à un appel, à une convocation, nous sommes toujours davantage appelés à prendre conscience de la gratuité de ce repas, gratuité comme préfiguration dans le récit biblique de la gratuité du Salut opéré par Jésus Christ, mort sur la Croix pour nous, nous signifiant l’Amour premier et inconditionnel de Dieu pour nous, comme les témoignages de foi que sont les évangiles nous le relatent, d’un Amour et du Salut recevables par chacune et chacun d’entre nous, par l’action du Saint Esprit. En d’autres termes, la Cène est matériellement une autre manière de nous signifier, spirituellement parlant, que Dieu nous aime indépendamment de ce que nous sommes dans le monde, de notre position dans la société ; que nous soyons riches ou pauvres, intégrés ou marginales, quelques soient nos origines, quelque soit notre passé personnel, quelques soient nos mérites. Et cet Amour nous réconcilie avec nous-mêmes en dépit de nos zones d’ombre. Cet Amour refonde notre être en dépit de nos blessures. Cet Amour affermie notre conscience en dépit de nos doutes. Ainsi, cet Amour nous fortifie en dépit de notre faiblesse fondamentale. Jésus l’a bien dit : « Buvez en tous, car ceci est le sang de l’alliance, qui est répandu pour beaucoup, pour le pardon des péchés. » Et ceci n’est rendu possible que sous l’action du Saint Esprit qui nous travaille et témoigne ainsi en faveur de sa provenance, afin que nous puissions reconnaître dans l’événement de la consommation d’un petit bout de pain et d’une gorgée de vin, le corps et le sang du Christ pour nous, dans notre chair, offerts pour notre salut personnel. Ainsi par l’action renouvelé de l’Esprit en nous, nous est toujours davantage signifié l’Amour incommensurable de Dieu pour chacune et chacun d’entre nous. Dès lors, comme Jésus-Christ est ailleurs, c’est-à-dire qu’il est remonté auprès du Père, ceci signifie que seul l’Esprit Saint nous relie à Dieu dans sa plénitude. Cela signifie aussi que le monde est et reste fondamentalement et radicalement profane. En ce jour d’élection marqué par le premier tour des législatives, et dans mouvement comme tentation toute humaine de confusion des genres, nous sommes mis en garde contre toute tentative de faire de son « chouchou », de celle ou celui qui répond le mieux à nos attentes personnelles, à nos aspirations, quelque chose de plus qu’un individu ambitieux désireux d’accéder à un certain pouvoir, et ceci par delà la pertinence supposée de sa démarche. Mais la Cène se réduit-elle, comme dans un acte de mémoire, du passé réactualisé dans le présent de la commémoration, commémoration dans laquelle nous pourrions voir un mouvement romantique et de nostalgique d’une époque charmante et révolue ? Ce serait oublier la Promesse. Parce que dans cet acte de mémoire s’enracine une promesse, une promesse concernant la venue du Royaume, d’un futur qui se rend à la rencontre renouvelée de notre présent, clairement formulée par Jésus : « Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le Royaume de mon Père ». En d’autre terme, si nous sommes chacune et chacun des privilégiés de Dieu, cela signifie que précédés de Dieu, dans le monde, nous ne pouvons pas ne pas tenir notre rang, comme réponse exigeante et parfois douloureuse à un amour tout aussi exigeant de Dieu. La promesse, la venue du Royaume ne peut se concevoir que dans une participation relativement active de notre part à sa venue, par l’entremise de l’action de l’Esprit en nous. Ainsi, ne pouvant pas ne pas rendre dans notre relation à notre prochain, mais aussi dans notre relation au monde, ce surcroit d’Amour reçu de Dieu, nous sommes appelés à nous rendre, dans les urnes afin de participer à la transformation du monde initiée et voulue par Dieu, afin de témoigner au mieux de notre foi en Christ, toujours plus semblable à la foi de Jésus-Christ, comme Jésus qui appelait Dieu, Père, tenu son rang jusque dans la mort. Aujourd’hui, devant choisir l’un des différents candidats qui se présentent à nous, nous sommes, chacune et chacun, appelés en notre âme et conscience, et ceci en dépit de nos doutes, de nos incertitudes, à arbitrer avec confiance et assurance. Car nous ne devons jamais oublier que Dieu aura toujours plus confiance en nous, en nos capacités de discernement, que nous n’avons confiance en nous-mêmes. Et ainsi, nous serons amener à choisir dans le monde et devant Dieu, le vote qui nous semblera le plus pertinent, afin de glorifier Dieu comme Dieu, dans un pur et libre acte d’Amour, a offert son Fils unique, Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous, afin qu’en dépit de notre faiblesse, notre humanité soit glorifiée.

AMEN.

Dimanche 6 Mai 2007

[Jour de second tour des élections présidentielles]

(Jean XIII 31 à 35)

Nous sommes la nuit. Après l’annonce par Jésus qu’un de ses disciples va le trahir, Judas sort. Puis, Jésus reprend la parole. Il énonce le commandement d’amour entre ses disciples, comme Dieu entretient une relation d’amour avec lui-même. Cette relation, nous la symbolisons traditionnellement par la communion du Père et du Fils.

Nous savons que ce commandement d’amour n’est pas propre au discours de Jésus. Il ne s’agit pas d’une radicale nouveauté en soi. Il est déjà présent dans un environnement, d’où naitra d’ailleurs le judaïsme moderne. Donc nous ne pouvons pas nous glorifier, nous enorgueillir de l’enseignement de Jésus.

La différence radicale d’avec l’environnement porte sur l’origine de cet amour.

Il ne s’agit pas concrètement d’un amour de son prochain au nom d’affinités, de sympathies. Il ne s’agit pas non plus d’amour au nom de convictions politiques communes. Il ne s’agit aucunement de se reconnaître dans son prochain.

Mais tout au contraire, cet amour jamais définitif, toujours en devenir, est le fruit, la transformation qu’opère le Saint Esprit issue de la communion du Père et du Fils en nous. Il s’agit de l’amour de sa sœur ou de son frère en Christ tel qu’il est, dans sa ressemblance mais surtout dans sa différence, dans sa radicale différence, dans son altérité. Il s’agit d’un amour qui en dépit de ce qui nous sépare, nous permet de dépasser ce qui nous sépare pour accepter dans son entièreté notre prochain, à chaque instant qu’il se manifeste à nous.

Que je sache, personne dans l’assemblée, n’est venu présentement, dans le cadre d’un programme touristique, pour assister à un Culte réformé. Nous pouvions rester au lit, moi le premier, mais aussi aller au marché, nous divertir, ou faire tout autre chose ce matin.

Pourtant, chacune et chacun s’est rendu présent au Culte en vu, dans l’espoir d’écouter la Parole de Dieu.

Par conséquent, que cela soit conscient ou non, il faut bien se résoudre au fait que chacune et chacun d’entre nous répond à un appel, à une précédence, voulu dans son antériorité par Dieu lui-même. Personne ne peut prétendre avoir choisi les membres de l’assemblée présente ce matin, sinon Dieu lui même.

Il en découle que nous ne pouvons pas juger notre prochain sur quelque critère humain que ce soit. Mais bien au contraire, nous sommes encouragés à reconnaître en notre prochain notre sœur ou notre frère en Christ.

Cela signifie qu’aujourd’hui, il serait aberrant devant Dieu de former des clans sur des critères subjectifs ; comme le clan des partisans de Mme Royal d’un côté, les partisans de M. Sarkozy de l’autre, et, peut-être le clan des votes blancs.

Ainsi de cet appel à venir au culte, nous ne pouvons pas ne pas y déceler le fait que chacune et chacun d’entre nous est un privilégier, un privilégier à qui Dieu s’est manifesté dans son Amour, dans son Absolue Proximité.

Car, il ne faudrait pas croire que l’amour que l’on manifesterait artificiellement, hypocritement, temporairement, conditionné par une finalité, cet amour des uns pour les autres comme le pratique l’homme sans Dieu, tel que l’homme de ce monde s’y exerce et parfois y excelle, nous permettrait devant Dieu de prétendre à quelque statut ou privilège que ce soit. Mais bien au contraire, Jésus nous affirme et incarne cet Amour premier, inconditionné, authentique et irréversible de Dieu pour chacune et chacun, dans une Absolue proximité.

Même si dans sa Proximité, Dieu peut librement se manifester sous la modalité de l’absence.

Ceci signifie qu’en dépit de nos impressions toutes humaines, psychiques et finies, de nos errements, de nos doutes, Dieu continue de nous aimer et d’avoir confiance en chacune et chacun d’entre nous.

Mais depuis sa mort, la résurrection de Jésus qui s’inscrit dans l’histoire, que nous ressentons et expérimentons dans nos existences nous permet de reconnaître Jésus comme étant le Christ, comme celui qui nous sauve, par l’action transformatrice du Saint Esprit en nous…

C’est ce que signifie Jésus lorsqu’il dit à ses disciples : « Mes enfants, je suis encore avec vous pour peu de temps, ensuite vous allez me chercher. »

Avant d’ajouter : « Vous ne pouvez pas aller là où je vais. »

Du temps de la Réforme, Jean Calvin eut notamment le génie, contrairement à ses prédécesseurs, de penser réellement et radicalement la résurrection de Jésus Christ ; Etant remonté auprès du Père, il apparaît clairement qu’il ne peut pas être ici ou là, dans la poche d’untel, dans la boite de tel autre, ou matériellement dans le pain et le vin de la cène. Ce sont des superstitions, des balivernes d’un autre âge. Car Jean Calvin l’a bien dit : « le Christ est ailleurs. »

Dès lors, nous pouvons être tentés d’absolutiser tel ou tel candidat, tel ou tel programme, ou inversement de diaboliser de façon manichéenne candidat adverse et son programme, en se considérant de facto comme un pur. C’est humain, tellement humain… Mais selon le témoignage de foi de l’évangéliste Jean et, à la suite de Jean Calvin, nous sommes irrévocablement mis en garde contre les tentatives de se fabriquer une idole, une idole incarnée, de se faire un Christ de substitution, dans notre désir pourtant estimable de le chercher.

Car le monde est et reste fondamentalement profane.

Revenons à l’Amour de Dieu pour nous. Nous savons que l’Amour de Dieu est marquée par son antécédence, sa précédence, et qu’ainsi nous revêtons de facto, qu’on le veuille ou non un statut de privilégier de Dieu.

Et cet Amour premier et privilégier de Dieu revêt deux aspects :

1°Tout d’abord et quelque soit notre statut dans le monde, cet Amour nous réconcilie avec nous-mêmes en dépit de nos zones d’ombre. Cet Amour refonde notre être en dépit de nos blessures. Cet Amour affermie notre conscience en dépit de nos doutes. Ainsi, cet Amour nous fortifie en dépit de notre faiblesse fondamentale.

2°Mais aussi, cet amour nous transforme, permettant à chacune et chacun d’entre nous de faire émerger un être nouveau en dépit du « vieil homme », comme l’on dit traditionnellement. Ainsi cet Amour revêt un caractère exigeant et même douloureux.

Il exige que l’on puisse toujours davantage, au sein du monde, tenir notre rend de privilégier de Dieu, vers une foi toujours plus semblable à la foi de Jésus-Christ, comme Jésus tenu son rang jusque dans la mort.

Mais d’un autre point de vue, il faut se résoudre à reconnaître que nous ne pouvons pas ne pas rendre dans notre relation à notre prochain, mais aussi dans notre relation à la Création toute entière, ce surcroit d’Amour.

Ainsi, nous sommes toutes et tous appelés à participer à la transformation du monde, à une transformation du monde initiée et voulue par Dieu, en vu que ce monde déjà très ancien disparaisse. C’est aussi pour cela que Jésus parle de commandement nouveau et qu’il ajoute : « Alors tout le monde saura que vous êtes mes disciples. »

Dès lors, il apparaît clairement qu’à la vue de l’Amour de Dieu pour nous, qui implique radicalement l’être et le faire de toutes et tous – et il n’y a pas besoin d’être un grand dogmaticien ou un grand exégète pour le constater -, aucun des deux candidats présents au second tour ne remplit réellement le cahier des charges du Christ. Et c’est très bien ainsi ! Comme cela, le choix que chacune et chacun fera ne pourra jamais se substituer à sa relation devant Dieu, telle que Jésus la radicalise dans sa formulation à ses disciples et à leurs filiations, et dans laquelle nous nous inscrivons. Ainsi la personne publique que nous incarnons dans le monde ne pourra jamais prétendre éclipser la personne chrétienne que nous incarnons plus fondamentalement devant Dieu.

Aujourd’hui, nous sommes, chacune et chacun, appelés en notre âme et conscience, et ceci en dépit de nos doutes, de nos incertitudes, à arbitrer avec confiance et assurance. Car nous ne devons jamais oublier que Dieu aura toujours plus confiance en nous, en nos capacités de discernement, que nous n’avons confiance en nous-mêmes.

Et ainsi, nous serons amener à choisir dans le monde et devant Dieu, le vote qui nous semblera le plus pertinent, afin de glorifier Dieu comme Dieu, dans un pur et libre acte d’Amour, a offert son Fils unique, Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous, afin qu’en dépit de notre faiblesse, notre humanité soit glorifiée.

AMEN.

Dimanche 25 mars 2007

[La femme adultère]

Quelques personnes s’approchent de Jésus. En effet, Jésus exerce déjà son autorité à ce moment présent. Il s’assoit se qui marque l’assise, symbolisant dans sa posture le poids de l’enseignement que transmet Jésus, de l’assurance, de la stabilité de son enseignement. L’on peut imaginer qu’il transmet un savoir, en s’inscrivant dans la Tradition, mais aussi en la renouvelant par un esprit nouveau.

Les maîtres de la Loi et les pharisiens vont tenter de faire chuter Jésus de son statut d’autorité, où Jésus se place au dessus de l’autorité de la Loi, jusque dans une opposition à l’usage qu’il est fait de la Loi.

Ceci est capital pour chacune et chacun d’entre nous. Nous devons respecter les conventions et les lois des lieux où nous sommes appelés à vivre au nom du Dieu créateur. Mais au nom de la posture de Jésus' telle que Jean nous la relate et au nom de notre foi, s’ouvre à nous un espace nous permettant de nous opposer à ces conventions et lois si celles-ci entravent notre foi, notre confiance, la fermeté de notre conscience devant le Seigneur.

Ainsi, les pharisiens et les maîtres de la Loi font s’approcher de Jésus une femme prise en flagrant délit d’adultère. Dans leur perfidie, les maîtres de la Loi et les pharisiens invoque la précarité de la situation de la femme au nom de la Loi écrite. Dès lors, ils instrumentalisent le péché de la femme pour faire chuter Jésus.

Dans le livre de Deutéronome, au chapitre XXII, les versets 22 à 24 signifient clairement la peine de mort pour l’homme et la femme pris en situation d’adultère. Ceci marque la gravité des faits et de l’offense faite devant Dieu. Mais jamais personne n’a été lapidé pour adultère.

Puis Jésus attend patiemment le moment de réagir, et se baisse pour dessiner des traits sur le sol. Ceci nous laisse penser que ses dessins se forment dans la poussière. Tout d’abord, la poussière peut symboliser aussi la vanité, la précarité d’une situation, son caractère éphémère, selon l’imagerie du livre de l’Ecclésiaste.

Cette précarité marquerait à la fois la situation de la femme adultère et la posture des maîtres de la Loi et les pharisiens.

L’intension de Jésus se baissant et de dessinant des traits dans la poussière semble être de susciter la mémoire collective, de réveiller les consciences des personnes présentes, en rappelant l’événement de la création de l’homme opérée par Dieu telle quelle est relatée dans le livre de Genèse.

Quoi qu’il en soit, Jésus, par son attitude à caractère amoral, ne manque pas d’ironie.

Mais les maîtres de la Loi et des pharisiens insistent. Jésus se redresse, dans un mouvement probablement soudain. Dans ce mouvement nous pouvons percevoir un renversement, percevoir un retournement auquel il ajoute