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Pasteur Jean Besset

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Dimanche 29 avril Pentemont

Actes 13/14-52

Autres textes  Jean 10/27-30

Cantiques 100/1,2,3,4  -  241/1,1,3,4  - 490/1,2,3,4

 

Ce texte m'étonne, et peut être éprouvez-vous le même sentiment que moi. Je suis surpris  par le manque de réaction des gens de la synagogue d’Antioche qui n'ont pas manifesté leur désapprobation  à la suite de l'intervention de Paul.  Au contraire, ils l’ont invité à revenir la semaine d’après pour approfondir son discours.  Le mouvement de foule que je croyais inévitable n'aura lieu que huit jours plus tard il jaillira du sein des dames de la bonne société. Mais le sujet  qui les a fait réagir n’est pas le même que celui qui me fait réagir à l’instant.  

Le mécontentement  de la population juive locale venait  des propos  que Paul a tenus  au sujet des païens. Paul affirmait qu’ils avaient droit au salut au même titre que les juifs de souche. En fait Paul était allé encore plus loin.  Il avait accusé les juifs de Jérusalem de ne pas avoir su accueillir la « bonne nouvelle du salut en son temps », c’est pourquoi il s'était  senti autorisé par Dieu à l’annoncer aux païens. Le résultat avait  été  spectaculaire, les païens s'étaient  convertis en masse et c’est cela qui a rendu jaloux les membres de la synagogue d’Antioche. Il y aurait  même de quoi rendre aussi jaloux les prédicateurs modernes qui arrivent rarement à opérer un tel niveau de conversion. Mais ce n’est pas à cause de l’insuccès de ma propre prédication ni du succès de celle de Paul que j’ai manifesté ma surprise  en commençant mon propos.

Ma surprise vient du fait que Paul a ici une curieuse notion de l’histoire d’Israël. Sans regarder le texte à la loupe,  vous remarquerez  qu’il ne mentionne pas le nom de Moïse en parlant de la sortie d’Egypte. Il ne parle pas non plus du don de la Loi qui est l’acte fondateur du peuple juif au Sinaï. Il n’y fera qu’une brève allusion à la fin de son discours pour en contester les effets. Il présente ensuite l’époque des Juges comme une période idyllique de 450 ans alors  qu’il est relativement facile de vérifier qu’elle n’a duré que 150 ans environs.  Quant aux 450 ans, il s’agissait plutôt du souvenir que la mémoire collective avait gardé du long séjour d’esclavage en Egypte  en Egypte. Ce glissement  de période permettait de laisser entendre que à partir de la première intervention de Dieu au moment de l'esclavage en Egypte l’histoire du peuple hébreux avait été une longue période heureuse, qui a conduit ce peule jusqu'à l'époque bénie du  roi David.  Ce discours semble donc gommer toutes les phases négatives de l'histoire des hébreux.

Tout en contestant la qualité d’historien de Paul je laisse entendre qu’en parlant comme il l'a fait,  il avait  un but précis qu'il nous faudra découvrir.  C'est alors qu'il s’attarde à décrire la période du Roi David  avec complaisance. S'il mentionne, l’échec du premier roi Saül c'est  pour mieux valoriser la réussite du roi David. Sans transition, il saute  alors directement à Jean baptise  dont les Israélites d’Asie mineure ignoraient  certainement  l’existence. Il ne mentionne même pas la période des prophètes qui est si importante pour comprendre la venue du messie en la personne de Jésus.   C’est à ce point de son raisonnement, comme s’il avait oublié quelque chose, qu’il parle d’Abraham dont il mentionne le nom , comme pour dire que c’est à ses fils que ce discours s’adresse. Il semble rappeler ainsi  à ses auditeurs  que la descendance  d’Abraham  est aussi nombreuse que le sable des mers et recouvre  d’autres peuples que les peuples sémites.

Ce discours est pour le moins fantaisiste. Il  présente quelques libertés par rapports à l’histoire que je n’aurais pas supportées de la part de mes catéchumènes. Pourquoi les tolèrerai-je alors de la part de Paul ? Ce long discours  prononcé par Paul sert  de prologue à l’enseignement  de Paul sur Jésus d’où il ressort que les juifs de Jérusalem n’avaient rien compris à son  message. Par contre à la suite de ce développement il devrait être évident pour les juifs d’Antioche que Jésus est bien le fils de David et que sa résurrection programmée déjà à l’époque du grand roi constitue la preuve dont tous ont besoin pour croire au salut  des hommes et aux promesses de pardon.  C'est effectivement ce qui se passe. Le discours de Paul obtient, pour un premier temps, la faveur de tous.  Je n’ai bien entendu rien à opposer à cette conclusion à laquelle nous devrions tous adhérer.  Pourtant il n’est pas encore dit  clairement  quelle notion recouvre l’idée de salut qui est émise ici.

Au point où j’en suis de mon raisonnement, je pense que vous commencez à avoir envie de rejoindre les bourgeoises  d'Antioche et de contester mes propos. Vous pensez sans doute qu’un sermon n’a d’intérêt que s’il simplifie ce qui est compliqué et non pas qu’il complique les choses pour les rendre encore moins intelligibles. Mais on ne peut rendre compte d’un texte, à partir duquel nous cherchons à discerner la Parole de Dieu sans en soulever les problèmes qu’il pose car c’est sans doute en repérant les problèmes qu’on dégagera peut être une  parcelle de vérité.

En revenant à une idée déjà émise, Il est évident que l’on ne peut en rien accuser Paul d’ignorance. On ne peut pas accuser non plus Luc, qui est l’auteur du Livre des Actes d’être incompétent et d'avoir rapporté les propos de Paul d'une manière fautive. Pourtant en commençant j’ai laissé entendre que ce discours aurait du provoquer des remous? S'il ne l’a pas fait à cause des erreurs et omissions que nous avons relevées c’est qu’il a sans doute  été recomposé après coup. C’était en fait l’habitude chez les historiens antiques d’opérer ainsi  et de rendre compte des événements à partir de propos rapportés sous forme de discours qui en fait n’avaient  jamais été vraiment prononcés.  Même si cela vous choque c’était la manière d’opérer de l’époque, et la meilleure preuve en est,  que personne n’a réagi. Ce discours est sans doute rapporté ainsi pour  exprimer une intention théologique, et c’est cela qu’il faut essayer de dégager maintenant. Luc est un trop bon connaisseur de la Bible pour avoir rapporté les choses sans  avoir l'intention  de nous aider à construire notre foi.

Une première question, déjà soulevée doit provoquer notre attention. Pourquoi donc  le nom de Moïse n’est-il pas prononcé  dans l’évocation de la sortie d’Egypte ?  A mon avis Paul ne voulait pas mettre Dieu et Moïse en concurrence. L'action libératrice de Moïse aurait voilée celle de Dieu. Paul veut montrer que  le premier acte de Dieu  est de libérer. Le premier acte  révélateur de Dieu est un acte libérateur. Le premier acte que fait Dieu pour se faire connaître est un acte créateur qui consiste à libérer  les hébreux captifs, mais aussi tous ceux qui sont prisonniers, quelle que soit la nature de leur dépendance. Et le propos de  Paul s’achèvera par la libération définitive de la mort par Jésus pour quiconque croit en  lui. Ces propos sont présentés  comme la conclusion logique de son raisonnement.

Si au cours de son discours Paul avait parlé de Moïse, il aurait obligatoirement parlé de la Loi qu’il considère par ailleurs comme aliénante.  Les juifs pensaient que l’on été sauvé grâce à une pratique rigoureuse de la Loi, et ici le texte nous dit que bien avant que la Loi soit donnée par Moïse, le projet de Dieu était déjà de sauver les hommes. Le salut devenait alors, pour chacun de ceux qui écoutaient Paul,  la certitude  que chacun avait de la valeur aux yeux de Dieu avant même qu’il ait  eu conscience d’être pécheur. Le salut selon ce passage précède toute  faute, si bien que l’homme est sauvé avant d’être reconnu coupable. C’est cela que la Réforme développera sous l’expression de « salut par la grâce »

C’est  la raison pour laquelle seul David est mentionné parmi les rois  car il devient sous la plume de Luc le type même de celui qui  en accueillant  la grâce qu'il ne mérite pas  est revêtu du titre de Fils de Dieu. Ce n’est pas à cause de ses vertus personnelles  qu’il en est ainsi, mais c’est à cause de sa foi.

Bien entendu, la résurrection de Jésus, vient amplifier d’une manière glorieuse ce qui était déjà dans le cœur de Dieu depuis toujours.  Celui qui accueille en lui la vérité de la résurrection de Jésus devient  l’homme nouveau que Dieu a entrepris de créer depuis qu’il se manifeste aux hommes. Désormais, chacun peut regarder l’avenir avec assurance sans craindre d’être jugé, il peut profiter de la vie sans qu’elle finisse par l'anéantissement  dans la mort. Chacun peut désormais comprendre que le Dieu pour qui Jésus a mis sa vie en cause donne du  sens au monde qui trouve en lui l’organisateur de toute chose et le dispensateur de la vie jusque dans l’éternité.