Prédications page 2 :

PasteurJean-Paul Morley

- Noël2009 :
Un défilé pas comme les autres
Isaïe 42 : 1-4
Luc 1 : 41-53 et  2 :15-20

 

- Juillet 2009 :
Mères porteuses
Genèse 16 : 1-10,
Matthieu 18 : 4-6
Matthieu 22 : 34-40

- Juin 2009 :
Le bonheur
Jérémie 1 : 4-10
Jean   11 :28-36
Matthieu 5 : 1-10

- Mars 2009 :
Akhior
Judith 5 : 1-5  
Judith 19 : 1-3

- Mars 2009 :
La tentation de Jésus
Genèse 3 : 1
II Timothée 1 : 8-10
Mathieu 4 : 1-11

 

Anciennes prédications

 

 

 

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Noël
Un défilé pas comme les autres

Cette nuit, la naissance du Christ…

Nouvelle formidable ! Formidable à l’échelle de l’humanité et de l’histoire… et totalement inaperçue à l’époque. Aujourd’hui, passablement détournée de son sens, elle est devenue fête familiale au mieux, au pire fête commerciale et moment de grande solitude pour les sans famille.

Pourtant, cet événement inaperçu à l’origine s’est entre-temps installé dans l’histoire, et la fête de cette naissance a finalement supplanté en prestige cette autre fête qui devrait être centrale pour les chrétiens : Pâques, la résurrection. Mais si ces deux fêtes étaient un peu la même fête ?

Noël, c’est la naissance d’un enfant qui arrive à la vie, mais qui au terme de son parcours reviendra à la vie, ressuscitera. Comme à Pâques. Alors, Noël c’est un peu comme si le Christ ressuscitait à nouveau, recommençait à nouveau, pas seulement à Pâques mais aussi à Noël.

Pour l’illustrer, je voudrais vous raconter ce que j’ai vu il y a trois semaines. Pour moi, cela a été comme un Noël reçu en plein visage et en plein cœur. Un Noël sans sapin, sans bougie, loin des cadeaux, du foie gras, des dindes et des bûches, mais un Noël de résurrection.

Qu’ai-je donc vu, il y a trois semaines ? Certains se souviennent peut-être que notre fille Alix, qui fait un stage dans un Foyer d’Accueil du CASP , le Centre d’Action Sociale Protestant, avait annoncé un défilé de mode préparé et réalisé par d’anciens SDF, avec des vêtements et des matériaux de récupération – certains d’entre vous ont peut-être même donné de vieux vêtements ou des jeux pour cet improbable défilé, merci encore !

Alors je ne vous raconterai pas la robe de mariée en papier bulles, superbe ; ni la veste tout en ouate, un vêtement comme de la neige ; ni même les robes en emballages de plaques de chocolat ou en canettes de Coca, ou en bouchons plastiques, totalement bling bling ; mais je vous raconterai ce à quoi j’ai assisté et que je ne pensais pas possible. Cela s’appelait “Récupérons-les, récupérons-nous”.

Récupérons-les : les vieux vêtements, les vieux objets, les vieux matériaux, ils ne sont pas foutus, ils peuvent encore servir — et être beaux.

Récupérons-nous : les vieux, les estropiés et les boiteux de la vie, les cassés, les anciens drogués ou alcolos, ils ne sont pas foutus, ils peuvent encore servir — et même être beaux .

Et ce soir-là tout a commencé par un simple générique… Un écran noir au fond de la scène, au centre duquel apparaît un nom, auquel succède un deuxième, puis un autre, et un autre encore, parfois accompagné d’un surnom familier. Et soudain, le cœur est saisi, on comprend ce qui se passe. Nous sommes plus de deux cents à regarder. Et ces noms, quels sont-ils ? Ceux de SDF. De vaincus de la vie. De recalés de l’amour, du travail, de la maladie, de la dignité ; des oubliés, des transparents, des inexistants, des gênent-le-paysage. Et ce soir-là, ils voient leur nom, seul au centre de l’écran, regardé par 200 personnes à la fois, comme des vedettes. Oui, eux sont les vedettes ce jour-là.

La preuve : le film continue, et elles et eux sont présentés, avec leurs visages marqués, leurs corps fatigués, mais une présentation particulière pour chacun, pleine d’humour et de tendresse. Et déjà, eux desquels on détourne le regard dans la rue, on se sent leurs amis.

Après le générique, certains montent sur scène, hésitants, parfois mal assurés sur leurs jambes, et ils chantent, ou lisent des textes, terribles et beaux, qu’ils ont eux-mêmes écrits. Comme celui-ci, d’une ancienne droguée, ancienne à vendre, qui demande pourquoi on peut tomber de plus en plus bas jusqu’à devenir plus rien, et d’abord à ses propres yeux…

Comment fait-on pour tomber si bas, si bas ?

Comment fait-on pour devenir craintif, sursauter à la vue de policiers, se ratatiner quand quelqu’un lève la voix,

Comment et pourquoi a-t-on peur quand on n’a rien fait de répréhensible ?

Comment fait-on pour devenir veule, laide, échevelée, sale, lâche, méprisée quand on a été belle, mince, innocente, honnête, sincère, pudique, amoureuse, le cœur plein de tristesse, puis de joie, puis d’assurance, puis d’espoir, puis de projets, puis de confiance ?

Pourquoi la douleur a-t-elle engendré la laideur ? Au lieu de la dignité ? Au lieu de la compassion ? Au lieu de la tendresse pour les faibles, pour les innocents ?

Et puis est venu le défilé. Redouté. Redouté parce que des femmes et des hommes comme cela, cassés par la vie, cassés physiquement et moralement, qui jouent les mannequins en portant les vêtements de soirée qu’ils ont eux-mêmes crées avec des matériaux de récupération… Oui, on redoute !

Arrive la première, devant les 200 spectateurs, vieille, abîmée, fragile. Poussant son déambulateur. Oui, son déambulateur. Sans un sourire. Le regard et le visage tendus, fixés sur l’autre bout du tapis rouge, fixés sur cet escalier qui conduit à la scène et qu’on ne sait comment elle pourra le monter. Regard et visage tendus, concentrés, crispés par l’effort de chaque pas et par la volonté de tenir son rôle. Dans un vêtement inouï, fait de ballons multicolores, comme pour la porter…

D’abord, un silence incrédule, saisi, respectueux. Puis un tonnerre d’applaudissements et d’encouragements joyeux : ce ne sont pas les ballons qui la portent, mais les applaudissements et la fierté. Et elle qui ne cille pas, mais marche, marche, et qu’on aidera à se hisser sur la scène, la première… Déjà, la gorge est nouée.

Suivent des couples improbables, dansant sans trop de souplesse, mais dansant, heureux et souriants sous les projecteurs et les regards de tous, réelles et vraies vedettes du jour. Vedettes méritées, parce que ce sont elles et eux qui ont osé, qui ont fait, et qui osent encore ce soir-là.

Puis vient – était-ce la dernière ? pas tout à fait – une femme… laide. Tellement marquée et abîmée par la vie, le corps lourd et maladroit, tassé, incertain, comme effondré, le visage lourd et triste, sans plus le moindre charme, dans une parure totalement décalée… Mais à travers ce visage sans attrait, qui visiblement a enduré de tout, s’exprimait une telle sérénité toute simple, une telle évidence d’être là, et de pouvoir elle aussi, elle justement, défiler, être mieux qu’applaudie : être regardée, tenir sa place, exister, que cela n’avait rien de ridicule, ni d’inconvenant, ni de pitoyable, c’était admirable, simplement, et c’était juste.

Les amies de notre fille, qu’elle avait invitées et qui étaient derrière nous, de grandes jeunes femmes de 25 ans, élégantes, diplômées, bien insérées, pleuraient d’émotion, et n’étaient pas les seules dans la salle…

Enfin, l’apothéose ! Tout ce monde mélangé, mêlé aux animateurs, des SDF aux universitaires, tous ensemble serrés sur la scène à 50 ou 60, dansant joyeusement, avec ou sans talent, mais surtout sans complexe et sans réserve, devant une salle debout, applaudissant à tout rompre et dansant aussi au rythme des tambours, sans plus vouloir s’arrêter…

Des SDF devenus vedettes… C’est un miracle. C’est de l’impossible et de l’impensable devenus vrais.  Vedettes… d’un soir ? Non, ce sont eux qui ont voulu, longuement préparé, réalisé et vécu cette soirée. Ils sont redevenus acteurs. Et c’est toute leur vie qui s’en trouve transformée. Ils ne sont plus des pauvres, puisque ce sont eux qui créent et qui donnent.

Et cela, si ce n’est pas une nouvelle naissance, qu’est-ce ? Si ce n’est pas ce que promet Noël, qu’est-ce que Noël ? Car ici, on est bien loin des sapins, des bougies, des cadeaux, du foie gras et des bûches ; ici, nous sommes dans l’étable, rejetés de la société normale, comme Marie et Joseph. Mais c’est là que naît Jésus. Et c’est là, c’est ainsi que renaissent ces femmes et ces hommes. Oui, j’ai vu Noël ce soir-là. Vraiment Noël ! Ce n’était pas un conte.

« Il ne casse pas le roseau qui fléchit, il n’éteint pas la lampe qui faillit, mais il apporte le droit… » dit Isaïe ; « Il accomplit des œuvres puissantes, il met en déroute les orgueilleux et il donne une place aux humbles » chante Marie…

Cela ne nous interdit pas, demain, de fêter Noël en famille et avec des amis, autour d’un sapin, de jolis paquets et d’un bon repas.

Cela ne nous interdit pas non plus de partager, d’être généreux et d’avoir du respect pour ceux qui le méritent le plus, ceux d’en bas…

Mais surtout, cela devrait nous convaincre que Noël n’est pas un simple conte de Noël. Je ne sais pas quelle est, à chacune et chacun de vous, sa blessure cachée, sa souffrance, son regret ou son inquiétude, sa fêlure peut-être profonde, mais quand je vois une telle renaissance comme ce soir-là au CASP, je me dis que Noël existe, et que pour chacun, chacune de nous aussi, Noël est une promesse.

Je ne sais pas laquelle, mais une promesse de nouveau départ, de nouvelle naissance, de lendemain, et que la seule chose qui nous soit demandée pour cela, c’est de toujours garder confiance et être prêt à aimer.  

Oui, la promesse de Noël est pour toi, aussi.

 

Juillet 2009 :
Mères porteuses

Vous en avez sans doute entendu parler : les Etats généraux de la bioéthique viennent de se terminer, en France, et un rapport sera présenté au Président de la République.

De son côté la Fédération Protestante de France a réuni un groupe de travail représentatif de ses diverses églises, des évangéliques aux Luthéro-réformés. Il vient de publier un avis sur ces sujets. D’un commun accord, il se prononce pour un rejet du “droit à l’enfant”, que ce soit pour les couples homosexuels, les célibataires, ou les mères porteuses ; il recommande d’encadrer strictement et de limiter les recherches sur l’embryon ; de prévenir toute tentation eugénique ; enfin de maintenir le refus de toute marchandisation du corps humain.

Sans reprendre tous ces thèmes, très difficiles et sur lesquels on peut avoir des avis différents, je vous propose ce matin de nous arrêter sur ce qui est peut-être la plus délicate et la moins consensuelle de ces questions : le droit à l’enfant, et plus précisément au travers des mères porteuses, ou gestation pour autrui.

Le Conseil d’Etat, par exemple, s’est déjà prononcé contre, en justifiant son avis par le souci de protéger tant les divers adultes concernés que l’enfant. Peut-on aussi donner un avis sur une telle question à partir de la Bible ? On peut en tout cas l’interroger, puisque des mères porteuses se trouvent dans la Bible, et pas n’importe lesquelles !

Abraham a reçu l’immense promesse : une descendance qu’on ne pourra compter, un pays, et de devenir bénédiction pour autrui.

Mais le temps passe, Abraham et son épouse Sarah n’ont toujours pas d’enfants, Sarah suppose que c’est elle-même qui est stérile. Alors, selon une coutume dans l’Orient ancien, elle offre sa servante à son mari pour qu’il passe quelques nuits avec elle. Abraham accepte, et la servante Hagar se retrouve enceinte. Elle devra, selon l’expression coutumière, accoucher sur les genoux de sa maîtresse, et l’enfant sera réputé être celui de Sarah. Une mère porteuse, nos techniques sophistiquées en moins.

Mais sitôt qu’elle se voit enceinte, Hagar manifeste un grand mépris pour sa maîtresse Sarah, dont la stérilité est ainsi confirmée. Hagar se considère déjà comme la seule mère de l’enfant d’Abraham, et revendique dès lors un nouveau statut. Sarah ne le supporte pas : c’est elle qui a proposé l’arrangement, et Hagar ne respecte pas le contrat. Alors elle se tourne vers le père et lui enjoint de choisir. Abraham choisit son épouse, la laisse traiter comme elle veut la servante, celle qui porte l’enfant qu’il attend depuis si longtemps. Au point qu’Hagar s’enfuit. Il faudra que Dieu intervienne lui-même pour la convaincre de revenir et de se soumettre, se soumettre à sa condition, se soumettre au contrat.

L’enfant naît, grandit. Ismaël sera son nom. Qui finalement tient le rôle de mère ? On ne sait pas bien. Mais quand Dieu vient confirmer à Abraham sa promesse de descendance, en annonçant que Sarah aura un fils, la réaction d’Abraham est immédiate : “O Eternel ! Qu’Ismaël vive devant toi.”  Abraham aime son fils et croit en lui. Mais Dieu lui répond, assez sèchement : “ Ce n’est pas ça ! Ismaël, d’accord, deviendra aussi une grande nation, mais c’est Sarah, ta femme, qui portera votre enfant. Et tu l’appelleras Isaac !”

Et malgré leur grand âge, Abraham et Sarah ont un fils, Isaac.

L’histoire ne fait pourtant que commencer, car les deux garçons grandissent et jouent ensemble, mais plus âgé, Ismaël l’aîné, domine. Et Sarah voit le moment où c’est le fils de l’autre qui héritera…

Alors elle demande carrément à Abraham de chasser son fils aîné, qu’elle avait pourtant voulu, qui est pourtant son fils légal.

Et Abraham, à nouveau, choisit son épouse et l’enfant qu’ils ont eu ensemble ; il chasse son aîné avec Hagar, sa mère biologique.

Et c’est ainsi que commence la transmission de la promesse faite à Abraham, par une histoire triste, pleine de souffrance et de contradictions :

Abraham, le père d’intention, le père biologique, le père légal et père coutumier, est privé de son enfant pourtant aimé, qu’il doit lui-même chasser ;

Sarah, la mère d’intention, la mère coutumière et légale, est privée de cet enfant-là, qu’elle avait elle-même voulu, demandé, programmé et obtenu, et c’est elle-même qui réclame son départ ;

Hagar, la mère biologique, qui n’est ni mère d’intention, ni mère légale, ni mère coutumière, gardera pourtant avec elle l’enfant qu’elle avait porté pour d’autres, mais elle est chassée et perd son statut, son revenu et tout son environnement ;

Ismaël enfin, l’enfant, qui déjà se sait bâtard, demi-fils de ses mères, est privé de son père qui l’aimait pourtant, et de sa mère légale, et se retrouve en exil, chassé par son propre père…

Et c’est Dieu lui-même, Lui qui ne s’était pas satisfait de l’option “mère porteuse” pour Ismaël, c’est Lui qui a conseillé cette rupture, en conservant l’enfant à sa mère biologique.

Deuxième exemple, deux générations plus tard : Jacob et les quatre mères de ses treize enfants connus…

Jacob, en exil, ayant fui son frère Esaü après l’avoir berné, tombe amoureux de la jeune Rachel, et Rachel de Jacob. Mais, coutume aidant et beau-père magouillant, c’est Léa, la sœur aînée de Rachel, qu’il épouse d’abord.

Il épousera les deux, mais une concurrence acharnée s’installe rapidement entre les deux sœurs/deux épouses, Léa la féconde non aimée, et Rachel l’aimée stérile. Une jalousie amoureuse qui se focalise sur les enfants que Rachel n’a pas, au point que, désespérée, elle recourt à la même coutume que Sarah : elle offre sa servante à Jacob, pour qu’elle accouche sur ses propres genoux. Commence alors une véritable compétition au nombre d’enfants entre les deux sœurs avec leurs deux servantes, une compétition qui donnera les douze fils de Jacob, ancêtres des douze tribus d’Israël.

Mais au prix d’une seule femme aimée sur les quatre, Rachel, deuxième épouse mais seule aimée, qui finira par mourir en couches ;

d’une épouse première épouse, Léa, mais de deuxième rang, non-aimée, qui ne sera comblée que par la naissance de ses (au moins) sept enfants ;

de deux servantes mères porteuses, qui n’ont pas droit à l’amour de leur maître et ne portent d’enfants que pour leurs maîtresses, mais bénéficient d’un statut social amélioré ;

enfin de douze garçons qui ne sont plus là pour eux-mêmes, mais sont réduits au statut d’enjeu, d’objets, d’instruments de compétition, de sorte de mises dans le jeu de rôles familial.

Avec pour conséquence que les fils s’entendent mal, la rivalité s’est reportée sur eux, entre eux ; ils se disputent le droit d’aînesse et ne s’entendent qu’en désignant l’un d’entre eux comme bouc émissaire — le fils préféré de leur père, évidemment… Ici, pas de drame au niveau des parents, mais il se reporte au niveau des enfants avec l’élimination de Joseph. Image frappante de Jacob, parlant de “son” fils Joseph puis Benjamin, devant les dix autres fils qui doivent ainsi entendre qu’eux-mêmes ne comptent pas comme ses fils… Peu de drame, mais beaucoup de souffrances.

Alors, que conclure de ces deux exemples, où les mères porteuses ne semblent pas poser de problème juridique ou moral, mais s’accompagnent de contradictions et de souffrances ?

Devons-nous dire “oui” aux mères porteuses, puisque la Bible, avec les patriarches, figures phares et respectées du Premier Testament, en donne l’exemple et l’inscrit dans une étape fondatrice de l’histoire du salut ?

Devons-nous dire “non”, parce que, s’il est vrai que cette pratique existe dès la Bible, elle entraîne des situations complexes, insolubles et contradictoires, avec les souffrances qu’elles suscitent ? En observant aussi que les mères porteuses  de la Bible sont chaque fois des servantes ou des esclaves, dépendantes juridiquement ou économiquement, comme on le constate à nouveau le plus souvent aujourd’hui.

Je ne trancherai pas. D’abord parce que la Bible ne tranche pas. Elle expose, et n’en tire aucune conclusion. Alors je ne me permettrai pas de le faire à sa place. De même la Fédération Protestante de France, qui, si elle s’est prononcée contre le principe des mères porteuses, a précisé qu’il ne s’agit que d’un avis non normatif, qui ne vise qu’à éclairer et accompagner la décision de chacun. Elle veut, en bonne représentante de la démarche protestante, laisser chacun se déterminer en conscience, dans son colloque singulier avec lui-même et avec Dieu. Colloque évidemment élargi au couple et à ceux en qui il a confiance.

Sur des questions aussi délicates, où des situations très particulières peuvent se présenter, il serait présomptueux de donner un avis universel et définitif.

Mais pour éclairer la réflexion de chacun, peut-être peut-on rappeler simplement ici trois éléments :

Le premier, c’est que tout au long de la Bible, l’attention et la précaution se focalisent sur le petit, le faible, le pauvre, l’immigré, le dépendant. C’est dire qu’aux yeux de l’Evangile, l’intérêt de l’enfant, qui ne peut donner son avis, prévaut sur tout autre. Il devient alors difficile d’invoquer un “droit” à l’enfant. D’autant que la création de l’être humain en tant qu’‘image de Dieu’ rend impensable de considérer l’enfant comme un objet ni comme un droit, encore moins de le monnayer. Ce respect pour l’enfant, nous l’entendons de la bouche même de Jésus : “Celui qui fait tomber l’un de ces enfants, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui attache une lourde pierre autour du cou, et qu’on le jette à la mer…”

Second rappel : La Bible, et surtout pas l’Evangile, ne donnent un catalogue de permis et d’interdits, en particulier face aux nouvelles questions que pose notre siècle en pleine effervescence. Mais elle donne un repère stable et lumineux : le premier commandement, “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et tu aimeras ton prochain comme toi-même”. Cette balise-là, indéracinable, conduit inévitablement à considérer que notre situation personnelle n’est jamais le plus important, mais que la remise à Dieu de toute notre vie, et le bien d’autrui, sont non seulement le seul repère ultime et décisif, mais aussi le seul rocher sur lequel se fonder, s’accrocher et être heureux. Et donc avant son cas ou ses options personnels, avoir le souci de l’enfant à venir ; avoir le souci de l’éventuelle mère porteuse et des relations ultérieures — la Bible montre que la difficulté n’est pas la fabrication de l’enfant, mais les relations qui s’ensuivent – et enfin avoir aussi le souci des parents en espoir ou en désespoir d’enfant.

Troisième rappel, le pardon. Savoir redire, et nous redire à nous-mêmes, que, quoi que nous décidions ou fassions, si nous le faisons sous le regard de Dieu et en cherchant toujours le bien le plus large, nous sommes aussi, déjà, sous son pardon… Et que nos décisions, nous pouvons toujours et toujours ne les prendre qu’à genoux, dans la prière insistante, offerte, écoutante et confiante.

Il est fidèle. Il ne nous abandonnera pas, quoi que nous décidions.

 

Juin 2009 :
Le bonheur

Ça y est, mais oui, mais oui, l’école est finie, l’été est là, ce sont bientôt les vacances…

Tout le monde est heureux ? Non, tout le monde n’est pas heureux, tout le monde ne part pas en vacances, et même en vacances, tout le monde n’est pas toujours heureux…

Mais au fait, que faut-il pour être heureux ? On sait bien que l’argent, ni les vacances, ni l’été, n’y suffisent.

Alors que faut-il pour être heureux ?

Allons voir dans la Bible comme toujours. Je vais vous en raconter trois histoires.

Première histoire : (Matthieu 15 : 21-2)

Jésus, dans  ses longues marches avec ses compagnons, a passé plusieurs frontières, et se retrouve au-delà d’Israël, au nord, près de grandes villes. Là-bas, Jésus continue de parler du règne de Dieu, qui va bientôt venir, et de l’amour de Dieu. Une femme, une étrangère, l’écoute et s’approche de lui. Elle l’appelle : “Maître ! Aie pitié ! Ma fille, ma petite fille est malade, très malade, j’ai peur qu’elle meure !” Mais Jésus se tait. Il ne dit rien, ne répond pas et continue son chemin. Elle insiste, supplie, l’appelle, crie comme on crie au secours, parce que de toute façon, c’est sa fille, alors, même si cela ne se fait pas, elle s’en moque, elle persiste. A la longue, les compagnons de Jésus s’impatientent : “Ecoute Jésus, ce n’est plus possible, renvoie-là, elle nous casse les oreilles !”

Jésus pourrait la renvoyer. Mais il hésite. Il répond à ses compagnons, mais c’est comme s’il se parlait à lui-même : “Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël !”  Dure, cette réponse de Jésus. Il n’a pas repoussé cette femme, mais il ne lui a pas répondu non plus, parce qu’il sait qu’elle n’est pas juive et qu’il pense avoir été choisi et envoyé par Dieu pour s’occuper de son peuple, Israël, mais pas des étrangers, pas du monde entier. Il pense donc qu’il ne peut guérir que les enfants d’Israël.

Mais la femme vient carrément devant lui, et tombe à genoux à ses pieds : “Maître, aide-moi !” Et jésus répond par la phrase qui est peut-être la plus dure de tout l’Evangile : “Ce n’est pas bien de prendre la nourriture des enfants, et de la jeter aux chiens !”

Oh !...Les enfants, ce sont les enfants d’Israël, bien sûr, et donc, les chiens, ce sont cette femme étrangère, et sa petite fille malade… A l’époque, il n’y a pas pire insulte qu’être traité de chien. Est-ce que cette mère humiliée, repoussée, va se relever et partir en insultant Jésus ? Non : c’est sa fille qui est malade. Et elle croit en Jésus. Alors tant pis si elle est traitée de chien, elle a confiance et elle veut sauver son enfant : “Je sais, c’est vrai Maître, répond-elle, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table des enfants”

Alors, Jésus s’arrête. Il regarde cette femme. Il voit sa foi, sa confiance, et son amour pour sa fille. Il la voit. “Que ta foi est grande ! dit-il. Tu peux aller ta fille est guérie.” Jésus a compris, Il a reconnu cette femme inconnue, il a reconnu sa douleur, son amour de mère, son humilité et sa confiance. Il a compris, grâce à elle, cette étrangère, qu’il n’était pas envoyé seulement pour les enfants d’Israël, mais pour tous.

Alors la femme est repartie, heureuse.  Heureuse parce qu’elle a été reconnue, elle et sa souffrance. Et que, par suite, sa fille a été sauvée.

Deuxième histoire (Jean 11 :28-36)

Jésus a trois amis proches, deus sœurs et un frère, Marthe, Marie et Lazare. Et Lazare, lui aussi, tombe gravement malade. Mais Jésus n’est pas là, il est encore dans une autre région, au-delà du fleuve, le Jourdain. On prévient Jésus, mais il ne bouge pas, comme il ne répondait pas à la femme étrangère. Lazare meurt. On prévient Jésus que ce n’est plus la peine de venir, et c’est alors que Jésus se met en route, malgré le danger, pour lui, de passer près de Jérusalem.

Quand il arrive, Lazare est déjà enterré, toute la famille et les amis de Marthe et Marie sont là pour les consoler. Elles se précipitent, l’une, ensuite l’autre, à sa rencontre en pleurant : “Si tu avais été là, notre frère ne serait pas mort !” Leurs amis, leurs proches, pleurent aussi, et Jésus voit combien Lazare était aimé. Ils conduisent Jésus jusqu’au tombeau, et quand il voit le tombeau fermé, à son tour, les larmes lui viennent, et il pleure lui aussi.

Alors tous se disent, les uns aux autres : “Regardez ! Il pleure ! Jésus aussi  pleure. Regardez comme il aimait Lazare, lui aussi !” Et cet amour de Jésus, cet amour de ses sœurs et de tous ses amis, tout cet amour fera que Lazare reviendra à la vie, lui rendra la vie. Parce qu’il était tellement aimé, de tous et de Jésus.

Troisième histoire (Jérémie 1 :1-10)

C’était un prêtre, un prêtre parmi d’autres, comme il y en avait beaucoup à cette époque ancienne autour du temple de Jérusalem. Mais Dieu, un jour, lui parle. Est-ce que c’est directement, est-ce que c’est à travers la prière, est-ce que c’est par l’intermédiaire de quelqu’un d’autre, qui lui parle de la part de Dieu ? On ne sait pas, la Bible ne le dit pas.

Mais Dieu lui parle : “ Je te connaissais avant même de te former, dans le ventre de ta mère, ¬— et c’est vrai pour chacun de nous — et, dit Dieu, je t’avais déjà destiné à me servir, avant que tu naisses !”

Mais ce prêtre, Jérémie, répond :

“- Seigneur, je suis beaucoup trop jeune ! Je ne peux pas parler pour toi !

- Ne dis pas que tu es trop jeune, tu iras voir ceux que je te dirai ; n’aie pas peur, car je serai avec toi, je te donne une mission, car j’ai besoin de toi. Tu auras beaucoup à faire, parfois à démolir, mais aussi à reconstruire et à replanter…”

Jérémie a écouté, et il a obéi à Dieu, toute sa vie. Il a connu des difficultés, il n’a pas toujours été heureux. Mais il n’a jamais regretté. Parce qu’il savait que le bonheur, ce n’est pas simplement d’être joyeux ou d’avoir tout ce qu’on veut, ou de faire tout ce qu’on veut, mais c’est d’être utile, d’être fidèle, et d’agir pour ce qu’on croit.

Voilà ces trois histoires. Quel lien entre elles, et quel lien avec le bonheur ? C’est simple. Ces trois histoires, ensemble, révèlent quelque chose d’extraordinaire, la clef du bonheur : la clef du bonheur, c’est d’être reconnu, d’être aimé et d’être utile.

C’est bien le secret du bonheur, cet état profond en nous, qui est tout autre chose qu’une simple joie ou du plaisir, mais un ressenti solide au fond de nous :

être reconnu pour ce qu’on est, exister aux yeux des autres, en est la première condition, indispensable mais insuffisante ;

être aimé nous apporte tout et nous rend heureux, mais cela ne suffit pas dans la durée ;

il nous faut aussi, quand nous regardons notre vie, pouvoir nous dire qu’elle sert à quelque chose et que nous sommes utiles — même si cela coûte parfois cher, même si cela coûte parfois ce que nous désirons, comme l’indiquent les Béatitudes, si difficiles à accepter.

Mais voilà pourquoi la femme étrangère repart heureuse, Lazare retrouve la vie, et Jérémie reste fidèle.

Or, c’est cela la merveille, être reconnu, être aimé, être utile, c’est précisément ce que Dieu nous donne, c’est la grande nouvelle de l’Evangile :

Dieu me reconnaît pour ce que je suis, Dieu m’aime et Dieu me propose d’être utile.

-       Il me reconnaît, comme il reconnaît la femme étrangère, la Cananéenne, quand il reconnaît sa douleur, son amour, sa modestie et sa confiance ; c’est Lui qui me connaît mieux que quiconque, et qui peut me pardonner ;

-       Il m’aime, comme il aime Lazare et ses deux sœurs, quand il voit le tombeau de son ami et qu’il pleure, comme Dieu pleure quand nous souffrons ou quand nous nous entre-déchirons ; c’est Lui qui m’aime et qui seul peut me donner d’aimer  à mon tour parce que, avec Lui, je me sais aimé ;

-       Et Il me propose d’être utile, comme il rend utile Jérémie le prêtre, comme il rend utile tous les compagnons de Jésus, quand il leur promet de faire d’eux ses témoins et des pêcheurs d’hommes. C’est Lui qui me donne, qui nous donne à tous, qui que nous soyons, quels que soient notre âge ou nos qualités, une mission, grande ou petite, mais qui nous rend indispensables sur cette terre.

Mais, bien sûr, pour recevoir ce qu’Il donne ainsi, pour recevoir ce bonheur incroyable — l’Evangile de Jean parle d’une joie parfaite — il y a une condition inévitable, cruciale : y croire ! Croire, sentir qu’il nous connaît de l’intérieur, nous aime, nous, petite chose, tels que nous sommes, et qu’Il a un projet pour nous, à vivre toute notre vie. Si nous n’y croyons pas, ce ne resteront que des mots vides… Et c’est cela la foi : sauter, plonger, s’ouvrir, y croire, et donner en réponse.

Mais n’oublions pas, n’oublions surtout pas, nous tous, que la reconnaissance et l’amour de Dieu passent aussi à travers nous, s’incarnent à travers nous, prennent réalité autour de nous à travers notre propre comportement : pour que cette reconnaissance et cet amour de Dieu puissent toucher aujourd’hui et demain de plus en plus de nos frères et sœurs humains, c’est à nous de nous estimer les uns les autres ; à nous de nous aimer les uns les autres, à nous de nous rendre utiles les uns aux autres. En particulier ici, parmi nous, autour de nous, dans l’Eglise, puisque pour recevoir la reconnaissance, l’amour et notre raison d’être de Dieu, l’Eglise est quand même un bon terrain, et que c’est bien à travers nous que cette reconnaissance et cet amour rejaillissent vers d’autres et les rendent heureux…

Alors nous comprenons que si la Bible parle si peu du bonheur, ou qu’elle en parle de façon si paradoxale avec les Béatitudes, c’est parce que le bonheur n’est ni un but ni un dû, parce que le bonheur ne s’acquiert pas, il se reçoit, il est une conséquence, une grâce.

Mais il peut s’accueillir ou se refuser, et il nous appartient, à nous, d’entretenir sans cesse ses conditions d’accueil.

Comment ? L’histoire de Léon est un bel exemple ; vous l’avez peut-être déjà entendue : je finirai avec elle :

Un pasteur disait un soir,  assez soucieux, au gardien de son église : “Je suis tracassé par le fait que chaque jour, à midi, depuis des semaines, un pauvre vieux, aux habits râpés, entre dans l’église. Je peux le voir de la fenêtre du presbytère : il s’avance vers la table, il n’y reste que quelques minutes, puis il ressort. Cela me paraît bien mystérieux et je m’inquiète, sachant qu’il y a des objets de valeur dans l’église. J’aimerais que vous puissiez l’interroger.”

Le lendemain, et plusieurs jours de suite, le concierge vérifie qu’en effet le pauvre visiteur, sur le coup de midi, entre dans l’église pour un court moment, puis sort sans hâte.

Il l’accoste enfin :

-       Dites donc l’ami, qu’est-ce qui vous prend de venir ainsi à l’église ?

-       Je vais prier, dit tranquillement le vieil homme.

-       Allons donc ! Vous ne restez pas assez longtemps pour cela. Vous aller seulement jusqu’à la table puis vous repartez. Qu’est-ce que cela signifie ?

-       C’est exact, répond le vieil homme. Mais voyez-vous, je ne connais pas les mots et je ne sais pas faire une longue prière. Pourtant je viens chaque jour à midi et je dis simplement : « Jésus… c’est Léon ! » Puis j’attends une minute et je m’en retourne. C’est une toute petite prière, mais je crois qu’il m’entend…

Peu après, le pauvre Léon est renversé par un scooter. On le transporte à l’hôpital. La salle où il est soigné donne depuis longtemps beaucoup de peine à l’infirmière qui en a la charge. Les malades sont grincheux et irrités, ils râlent, gémissent, se plaignent du matin au soir. Tous les efforts en vue d’améliorer l’ambiance s’avèrent vains. Mais voilà qu’un jour, l’infirmière entend un éclat de rire, elle s’étonne, entre et demande : “Mais qu’est-ce qui se passe ici ? Je n’ai jamais vu cela : vous voilà de bonne humeur ! Où sont vos plaintes, vos gémissements, vos cris, vos pleurs, qui me fatiguent tant ?”

“ Oh, c’est à cause du vieux Léon. Il souffre, il a mal, mais jamais il ne se plaint, il est toujours joyeux, content, il nous donne courage – cela nous fait un peu honte…”

L’infirmière se dirige alors vers le lit de Léon :

-       Vous avez fait là un miracle, vous avez fait envie à tous, vous êtes toujours heureux et joyeux malgré vos douleurs, c’est formidable, merci, mais quel est votre secret ?

-       Comment ne le serais-je pas, répond Léon, c’est grâce à mon visiteur qui me rend heureux jour après jour !

-       Votre visiteur ? Mais Léon, jamais personne n’est venu vous voir, vous êtes seul du matin au soir, et je n’ai rencontré aucun membre de votre famille ni aucun ami… Alors quand vient-il ?

-       Tous les jours à midi ! répond Léon dans un élan joyeux. Il se tient là, au pied de mon lit, je le vois, et il me dit : « Léon…, c’est Jésus ! »

Et Léon, même souffrant, même à l’hôpital, où il remonte le moral de ses compagnons, est heureux…

 Mars 2009 :
Akhior

 Avez-vous lu le livre de Judith ? C’est un petit roman d’aventures historico-érotiques — mais oui ! — qui est à la fois dans la Bible et pas dans la Bible. Vous le trouverez par exemple dans une TOB (Traduction Œcuménique de la Bible), mais pas dans nos bibles Segond ou Français courant, c’est-à-dire pas dans nos bibles protestantes.

La faute à Luther, qui n’a accueilli dans la Bible que les textes écrits à l’origine en hébreu, et pas ceux écrits directement en grec. Le texte du livre de Judith fait pourtant bien partie de la tradition juive, probablement rédigé initialement en hébreu, mais dont ne nous sont parvenues que des traductions en grec. Faute d’original hébreu, Judith n’a donc pas été acceptée dans le canon biblique protestant, mais elle est reçue  dans le catholique — c’est ce que nous appelons les livres deutérocanoniques, ou du deuxième canon. Et on a le droit de les lire aussi !

De quoi s’agit-il ? Un jour le roi Nabuchodonosor, roi d’Assyrie, ordonne une expédition punitive conte tous les royaumes situés entre le sien et la Méditerranée, des royaumes qui refusaient de se soumettre. Il place pour cela le général Holopherne à la tête de ses armées, et Holopherne va répandre la terreur dans toute la région ; au point que tous les royaumes concernés se soumettent sans condition, s’agenouillent devant Holopherne, lui font fête et lui offrent de riches tributs. Holopherne n’a plus qu’à placer des garnisons partout et à quadriller le pays. La campagne militaire se transforme en une partie de campagne.

Sauf un. Un royaume. Un petit royaume. Qui refuse, sinon d’avoir peur, du moins de se soumettre : Israël. Israël qui compte sur sa géographie, montagneuse, pour se défendre, et compte surtout sur son Dieu, le seul vrai Dieu, qui a promis son secours aux hommes droits qui lui font une totale confiance.

Alors, en Israël, on prie, on jeûne, on se confie en Dieu et on s’organise : on occupe les sommets, on fortifie villes et bourgs, on accumule l’eau, les armes et les provisions.

Holopherne et son Etat-major étaient en train de banqueter lorsque des messagers lui apprennent que ce petit royaume de rien du tout refuse de se soumettre et prétend résister. Vexé, Holopherne, blême de rage, convoque tous ses généraux et aussi les généraux des royaumes récemment soumis : Moab, Ammon et les royaumes côtiers ; tous ennemis d’Israël. Et il les interroge : Qu’est-ce que c’est que ce royaume ? Combien de divisions ?  Quelle folie les saisit, de ne pas se soumettre ?

C’est alors qu’Akhior, commandant des fils d’Ammon s’avance et prend la parole, pour un surprenant discours, et raconte. Il raconte tout :

Comment ce peuple était esclave en Egypte ;

Comment il a été délivré par son Dieu ;

Ce que son Dieu a infligé à la grande et puissante Egypte ;

Comment ils ont vaincu tous les royaumes qui se sont opposés à eux,

et comment ils ont conquis leurs terres…

Et depuis, chaque fois qu’ils sont infidèles à leur Dieu, ils sont punis par la guerre, la peste ou la famine,

mais quand ils sont fidèles à leur Dieu, alors ils sont bénis, et aucune armée, même la plus puissante d’entre les puissantes, ne peut les vaincre…

Alors, recommande Akhior, qu’on envoie des espions et qu’on sache : soit ils sont aujourd’hui infidèles, et Holopherne n’en fera qu’une bouchée ; soit ils sont fidèles… et mieux vaut alors éviter de s’y confronter, car nous aurions la certitude d’être vaincus et ridicules.

Etonnant discours. Voilà un général commandant d’un peuple traditionnellement ennemi d’Israël, certes descendant de Lot et par là lointain cousin d’Abraham, mais régulièrement en guerre avec Israël, souvent son vassal lui devant tribut, même si Salomon puis d’autres ont épousé des Ammonites ; voilà ce chef d’un peuple ennemi qui tient l’occasion de se venger et qui fait au contraire l’éloge de son ennemi et surtout de son Dieu, appelant à accorder confiance à ce Dieu plutôt qu’en ses propres forces, alors qu’elles sont plus puissantes qu’il n’a jamais pu en rêver…

Quelle confession de foi ! Et quel courage ! Akhior prend parti pour la foi en Dieu contre la confiance en la force irrésistible du conquérant auquel lui-même et son peuple viennent de se soumettre… Dans l’intérêt de son nouveau maître, il prend le risque de s’exposer lui-même, à contre courant des attentes de ce maître et de tout son Etat-major, sans considération de son propre intérêt… A ces soldats, il parle de foi, d’une foi qui l’emporte sur la force. Il leur parle d’une force “ autre “ que la leur, pourtant sans égale…

Aussitôt, son discours déclenche un tumulte de cris d’indignation, de haine et de mépris, tous les conseillers d’Holopherne, ses propres officiers comme ses soumis insultent et menacent l’impudent. Parce qu’en face de lui, on ne croit qu’en la force humaine, on n’en conçoit pas d’autres, au point de confondre le terrestre et le divin, le matériel et le spirituel. Cette confusion est telle qu’Holopherne affirme qu’il n’y a pas d’autre Dieu que Nabuchodonosor lui-même, le roi. C’est à un véritable blocage que se heurte Akhior vis-à-vis de la foi : ces hommes, ce général, ces officiers ne peuvent imaginer avoir confiance en autre chose qu’en eux-mêmes et leurs propres forces, ne peuvent imaginer prendre en compte un ailleurs, une transcendance, quelque chose d’autre et de plus grand que soi.

Soyons honnêtes, cela nous est difficile aussi. Et sans doute ne faut-il pas nous en culpabiliser, puisque nous avons aussi besoin d’être lucides et responsables... Pourtant, la confiance est quand même toujours le bon choix.

A l’issue de ce tumulte, Holopherne prend la parole :

“Qui es-tu, toi, Akhior, pour oser parler ainsi devant moi ?

Qui es-tu pour vouloir nous donner une leçon de peur ?

Qui es-tu pour nous demander de douter de notre force, pour nous demander de nous soumettre à ce royaume de rien ? Pour douter de notre toute-puissance ?

Eh bien sois rassuré : mes hommes vont t’emmener aux confins de ce royaume que tu défends si bien, et t’y livrer : je ne vais pas te tuer tout de suite, tu seras égorgé par mes soldats quand ils égorgeront tous ces présomptueux que tu veux protéger.’’

L’ordre est aussitôt exécuté : malmené, frappé, dépouillé de ses attributs de chef, ligoté, attaché près de la ville de Béthulie, avant-poste d’Israël, Akhior est abandonné aux Israélites.

Ainsi, tandis que le fort ne fait confiance qu’en sa force, l’innocent, qui ne voulait que le bien de ceux à qui il s’adressait, qui a parlé avec sincérité et invité à la foi, ne se défend pas, mais accepte d’être sacrifié, condamné à mort, et livré par les autorités.

Et vous reconnaissez là ce qui commence à ressembler étrangement à une figure du Christ, l’innocent par excellence, qui ne se défend pas, accepte d’être sacrifié, condamné à mort et livré par les autorités.

Mais, ajoute Holopherne, “que ton visage ne soit pas abattu, puisque je t’envoie chez ceux que tu crois protégés par Dieu”. Et peut-être son visage n’est-il en réalité pas abattu, de même qu’on imagine serein le visage de Jésus devant Pilate ou devant Caïphe… Parce qu’Akhior, lui, a confiance, et croit en son propre discours.

Toujours est-il que les habitants de Béthulie vont le recueillir, l’entendre, et prient pour remercier et se confier.

Mais le siège de la ville commence, dur, les vivres et l’eau viennent à manquer, et rien ne se passe, aucun miracle libérateur, le peuple commence à douter.

Jusqu’à ce qu’une jeune veuve, droite et pieuse, très belle, leur reproche leur foi vacillante et leur affirme que Dieu va intervenir, comme il l’a toujours fait. Et que ce sera par elle. Elle se prépare, et plus belle que jamais, d’une beauté qui stupéfie ses concitoyens, elle sort de la ville, s’avance vers les lignes ennemies, se livre aux Assyriens, et demande à être présentée à Holopherne, ce que les soldats s’empressent de faire pour une aussi jolie femme. Elle le séduit immédiatement, lui affirme quitter son peuple qui ne mérite que d’être châtié par lui, vu son manque de foi. Et qu’elle l’y aidera.

Après quatre jours, le soir où Holopherne espère parvenir à ses fins, ou plutôt à son désir, elle l’incite à boire, trop, puis quand il est ivre mort, lui tranche la tête avec sa propre épée. Et elle rapporte cette tête dans sa ville.

Le lendemain, découvrant la tête d’Holopherne accrochée à la muraille de Béthulie, l’invincible armée, décapitée, paniquée, se débande et s’enfuit, poursuivie par les fils d’Israël… Quant à Akhior, il est en quelque sorte ressuscité, recueilli et accueilli par les habitants de Béthulie, sauvé. C’est lui qui identifiera et authentifiera la tête d’Holopherne, avant de se prosterner devant Dieu, en la personne de Judith — Judith, c’est à dire “la juive’’. Il se convertit, se fera circoncire et intégrera la maison d’Israël.

A nouveau figure ou préfiguration du Christ, dont le sacrifice permet la manifestation de Dieu, la foi des témoins, leur conversion et une vie nouvelle. Certains vitraux du Moyen Age, comme ceux de la cathédrale de Cologne, mettent en parallèle Akhior, attaché par des cordes pour être abandonné aux Israélites, avec Jésus attaché et flagellé avant d’être crucifié… Mais celui à qui on avait tressé une couronne d’épines par dérision, est devenu le Roi.

Quant à nous, il nous reste à savoir si nous sommes plutôt des Holopherne, plutôt des Akhior, plutôt des Judith, ou plutôt des habitants de Béthulie.

Des Holopherne et leur cour, qui faisons chaque jour davantage confiance en nous-mêmes et en nos propres forces plutôt qu’en l’accompagnement fidèle et sûr de Celui qui est plus grand que nous ?

Des Akhior, prêts à renoncer à nous-mêmes, à abandonner notre intérêt propre, pour le bien de ceux au milieu desquels nous vivons, parce que nous avons une calme confiance en Celui qui peut beaucoup plus que ne peuvent nos seules forces ?

Des Judith, qui comme cette femme, comme beaucoup de femmes, sont capables de tout tenter, parce que nous faisons une absolue confiance en Dieu ; capables à la fois de cette confiance totale, mais aussi d’action déterminée quels que soient les risques pourvu que la cause soit droite ?

Ou des habitants de Béthulie, qui peuvent être considérés comme une image de l’Eglise — l’étymologie de Béthulie semble être “maison de Dieu” – une Eglise dont les membres hésitent entre la foi et le réalisme, la confiance et le doute ? Des habitants de Béthulie qui avons besoin, au milieu de nous, d’une parole prophétique, pleine d’espérance, prête à s’incarner et à risquer ; et qui avons besoin d’agir, pour notre Eglise et pour l’Evangile, sans aucune peur et avec une confiance joyeuse.

Eh bien, que nos cultes servent à cela : à nous donner, à chacun de nous et pour notre Eglise, cette confiance calme et joyeuse d’Akhior et de Judith, et cette tranquille assurance que nous pouvons agir et risquer, chacun là où nous sommes, parce que c’est Dieu qui nous conduit et que nous Lui avons tout remis.

 La tentation de Jésus par le diable répond-elle à la tentation d’Eve et d’Adam par le serpent ?

 Mars 2009 :
La tentation de Jésus

Leur parallélisme est très instructif, et permet de repérer ce qui échappe peut-être à la lecture habituelle. Par exemple, Jésus est au début du récit de la tentation poussé au désert par le Saint Esprit, pour qu’il y soit tenté par le diable… C’est donc que Dieu considère comme nécessaire cette épreuve, nécessaire que Jésus soit tenté par le diable, nécessaire pour le bien de Jésus et pour sa mission.

Or, au début de l’autre récit dans la Genèse, que voyons-nous ? Que le serpent est la plus rusée des créatures de Dieu… Créature rusée : créée pourquoi, sinon pour tenter ?  C’est donc que Dieu considérait comme nécessaire cet épisode, nécessaire pour le bien d’Adam et Eve, pour leur destin d’humains et l’avenir de l’humanité.

C’est le premier parallélisme : dans les deux cas, il ne s’agit pas d’un piège tendu par le diable pour faire chuter l’être humain et contrecarrer le projet de Dieu, mais au contraire d’une étape nécessaire, prévue et préparée par Dieu, pour qu’avance son projet… Le diable, ici comme en d’autres endroits, n’est qu’un agent que Dieu utilise. Pour poser des questions — c’est le deuxième parallélisme — que Dieu ne peut poser lui-même.

De son côté, le serpent pose des questions avec un vrai talent de bonimenteur pour emberlificoter Eve et Adam. Il y réussit. Pour le plus grand bien de l’humanité, Dieu a réussi : l’humanité accède à la liberté ; et malheureusement, à la conscience de son coût.

Et de son côté, le diable pose des questions particulièrement tentantes à Jésus, pour le détourner. Est-ce comparable ? Pas tout à fait cette fois, car si Dieu, à travers Jésus, réussit, c’est justement parce que cette fois Jésus n’a pas suivi le diable.

Pourtant, la démarche est en réalité la même, il s’agit dans les deux cas d’un passage : Eve et Adam passent de l’innocence à la conscience et à l’histoire ; Jésus, lui, passe une sorte d’examen de passage, de grand oral, sans le succès duquel, il ne serait pas le Christ. Au fond, cette entrevue avec le diable peut se comprendre comme une retraite spirituelle de quarante jours au désert, où Jésus réfléchit. Il jeûne et réfléchit sur lui-même, sur ce que Dieu lui demande, sur sa mission ; il prie, jeûne et réfléchit en dialogue avec Dieu, qui parfois prend le visage du diable pour mieux l’obliger à se sonder lui-même, et à comprendre ce qu’il a à être et à faire.

Si Jésus répond bien aux questions-tentations, alors il sera qualifié, il aura réussi son examen, il aura été éprouvé : il peut devenir “ le Christ “, l’envoyé de Dieu sur terre, sa parole faite chair. Mais pas avant. C’est le terme d’un authentique parcours d’initiation : naissance singulière ; enfance à l’étranger, au pays de la sagesse, l’Egypte ; baptême qui l’inscrit dans l’héritage spirituel et religieux d’Israël et de la Bible ; enfin épreuve finale, ce grand oral de la tentation : s’il en sort vainqueur, il est vraiment de Dieu, il a renoncé à la logique humaine, il peut annoncer le Royaume de Dieu et l’incarner en lui-même, ce dont il n’est peut-être pas encore conscient. Mais il est déjà prêt à aller vers la croix. Maintenant Jésus est le Christ. Maintenant seulement.

Car les questions ont été terrifiantes. Les tentations qui lui ont été offertes ne sont pas des tentations grossières ou évidentes, nos tentations habituelles. A première lecture, on pourrait s’y tromper et se dire, bon, les pierres en pain, c’est la richesse et l’abondance ; les anges qui le portent, c’est la gloire et le succès ; tous les royaumes du monde, c’est le pouvoir et la puissance… Mais il s’agit de tout autre chose, de bien plus terrible que cela. Ces tentations sont machiavéliques, parce qu’elles proposent à Jésus… d’être lui-même, avec en plus les moyens d’accomplir sa mission. Quelle est cette mission ? Faire reconnaître que Dieu est Dieu, que ce Dieu-là est amour et qu’il est lui, Jésus, son envoyé, son Fils, venu apporter le pardon et la fraternité.

Or le diable ne lui propose pas autre chose :

“ - Tu veux être reconnu comme le Fils de Dieu et apporter la fraternité ? Eh bien, sois Dieu et change les pierres en pains, tous te reconnaîtront, tous te suivront, et la pauvreté aura disparu !

- Non, répond Jésus, il n’y a pas que le pain, il y a aussi l’intimité avec Dieu, et elle ne s’achète pas.

- Bon ! Eh bien saute du haut du Temple et montre que le Tout-puissant est avec toi, tous te reconnaîtront, tous te suivront, et la foi se répandra sur la terre.

- Non, la foi se donne ou se reçoit, mais elle ne se démontre ni ne s’impose jamais.

- Alors, fais encore mieux : prend le pouvoir sur tous les royaumes de la terre, ils sont à moi : tous te reconnaîtront, tous te suivront, et la paix régnera sur le monde !

- Non, répond encore Jésus, on ne se soumettra à aucune puissance terrestre, mais à Dieu seul, librement.”

Terribles tentations, car le diable lui offre les moyens d’être ce qu’il est et de faire ce qu’il a à faire ! Terrible tentation, pour faire le bien ou accomplir sa vocation, d’utiliser des raccourcis, des compromis, des moyens. Quitte à les justifier, comme le diable qui n’hésite pas à citer un verset de la Bible…

Mais Jésus reste limpide : la foi ne s’achète, ni ne s’impose, ni ne se manipule.

Et nous, nos tentations ? Nous connaissons bien les tentations grossières, évidentes, quotidiennes ou occasionnelles, celles de l’argent, du plaisir, de la gloire ou du pouvoir. Soit on y résiste — avec l’aide de Dieu, ce n’est généralement pas si difficile. Soit on n’y résiste pas — et parfois cela n’est pas si grave, surtout quand seul notre orgueil est touché ; et lorsque cela nuit à autrui, il nous appartient de tenter de réparer ou consoler.

Mais au-delà des tentations grossières, beaucoup plus redoutables sont les vraies : celles qui se présentent comme le moyen d’accomplir du bien, d’accomplir ce que Dieu nous demande, ou tout simplement nos devoirs. Et là, il est plus difficile de résister, que ce soit dans notre vie quotidienne, familiale ou professionnelle, et de s’interdire de manipuler, d’imposer ou d’acheter…

Prenons un exemple : tous ceux d’entre nous qui ont ou ont eu des enfants souhaitent qu’ils suivent de bonnes études, pour qu’ils soient aussi bien armés que possible à l’âge adulte. On veille donc à ce qu’ils travaillent, on les conseille sur leur orientation, en privilégiant celles qui ouvrent le plus de possibilités. Cela pour leur plus grand bien et pour accomplir notre devoir de parents. Mais il m’est arrivé de rencontrer des ados lycéens dont les parents exerçaient une telle pression pour telle filière, interdisant formellement tout autre choix, que leurs enfants non seulement étaient dégoûtés par cette filière et la quittaient dès qu’ils le pouvaient, mais, plus grave, perdaient toute affection et toute confiance envers leurs parents. Qui voulaient sincèrement et totalement le bien de leurs enfants. Une excellente cause, un devoir même, mais le choix des moyens — imposer ¬— est en contradiction avec la fin — donner à son enfant la possibilité de choisir plus tard. Et cette contradiction est dévastatrice.

Cela peut nous arriver aussi dans le service de l’Evangile ou de l’Eglise. C’est la plus insidieuse, la plus subtile et la plus dramatique des tentations, se tromper sur les moyens du bien, en sorte qu’il devienne mal. Et cela peut devenir un engrenage, comme l’illustrait un film récent, “It’s a free world”, où l’héroïne, sympathique, battante, elle-même victime de magouilles, en arrive progressivement pour s’en sortir et garder son fils, à des choix contraires à ses convictions. Elle devient marchande de sommeil, trafiquante d’illégaux, et dénonce finalement à la police les squatters qu’elle avait elle-même installés…

C’est pour cela, parce qu’il n’y a pas de différence entre les moyens et la fin, que Jésus a, face au tentateur, refusé d’un bloc de tels glissements ou engrenages pour sa propre mission. Mais l’ultime conséquence de cette épreuve initiale au désert sera pour le Christ l’acceptation de la croix. Elle sera le prix de son innocence et de sa pureté. Mais aussi le symbole de sa victoire, et le chemin qui nous est offert.

Car si comme lui, à sa suite, il nous est donné de pouvoir écarter ces tentations-là, alors c’est une sorte de pureté qui nous est offerte à nous aussi. Une pureté qui peut descendre sur nous et prendre place en nous, nous envahir, quand notre être intérieur se met à l’écoute de Dieu, veut le bien qu’Il nous murmure, et veut pour le bien des moyens eux-mêmes conformes au bien. Alors nous découvrons en nous cette clarté, cette disponibilité et cette légèreté intérieures qui sont peut-être ce que les anciens appelaient  la béatitude, ce soulagement de se sentir soudain cohérent, entendant et accueillant en soi la volonté de Dieu, en paix avec elle et avec les moyens de la mettre en vie. C’est pour cela que Jésus a prié et jeûné pendant quarante jours et écarté ces tentations-là. Quarante jours. Un carême.

Mais il y a reçu cette justesse de regard, cette paix et cette force intérieure, cette confiance, ce rayonnement, cette lumière et cette pureté intérieures, cette calme et sereine assurance qui l’habitèrent ensuite jusqu’au bout.

Elle nous est offerte aussi. Gratuitement. Qui que nous soyons, quel que soit notre passé ou quels que soient nos peu de vertus religieuses ou morales jusqu’à ce jour. Gratuitement. Le carême n’a d’autre fonction que nous préparer à la recevoir. C’est la grâce qui nous est promise, celle dont Paul parle à Timothée, celle que, pour être reçue, n’a besoin que de se mettre à genoux et d’ouvrir les mains ou son âme.

Mais l’ouvrir vraiment. C’est-à-dire en renonçant au reste. C’est cela aussi le carême !