Prédications 2005:

Pasteur Serge Oberkampf de Dabrun

Toutes les prédications 2006

Interventions radiophoniques de Serge Oberkampf du 9 octobre au 13 octobre 2006 sur Fréquence Protestante.

- Luc 10, 1 à 4  Juillet 2004

Edition :

 

Serge Oberkampf de Dabrun vient de signer un ouvrage, "L'Evangile au risque de la parole", collectant 14 de ses prédications, avec cerise sur le gateau, 4 prédications supplémentaires sur un CD audio. Les pédicateurs laïcs se réjouiront de ces propositions qui permettent de revisiter quelques grandes figures bibliques (le jeune homme riche, Zachée, le bon samaritain) sans oublier les temps forts de la vie en Eglise (Baptêmes...) et les grandes fêtes carillonnées. Préfacé par le pasteur Marcel Manoël, cet ouvrage à la mise en page agréable, sera suivi par d'autres à plusieurs voix cette fois-ci, selon Serge Sarkissian, qui dirige les éditions Onésime 2000. Disponible

au stand de librairie, à la sortie du culte, 58 rue Madame- Paris 6e

Librairie 7ici, 48 rue de Lille, Paris 7e
Librairie La Procure, 3 rue Mézières, Paris 6e.
Llibrairie Un temps pour tout, 47 rue de Clichy 75009 Paris
Editions Onésimes 2000
1 rue Mireille
13190 ALLAUCH- 142p. - 17 euros

Avent , 2e dimanche : 4 décembre 2005 Prédication de l'Avent  

Dimanche 13 novembre 2005 : Parabole des talents la parabole des talents 

Dimanche 30 octobre 2005 : RéformationPrédication Dimanche de  la Réformation Serge Oberkampf

DIMANCHE 7 JUILLET 2004 : Pasteur Serge Oberkampf de Dabrun

TEXTES BIBLIQUES

- Deutéronome 30, 13 à 20
- Colossiens 1, 12 à 23
- Luc 10, 1 à 4

Le "bon samaritain" a fini par désigner de façon un peu péjorative ce type de personne qui semble toujours à la recherche de quelqu'un à secourir, pour assouvir ses inextinguibles velléités humanitaires. Ainsi souvent se dégradent les histoires les plus célèbres.

C'est d'ailleurs leur principal inconvénient, devenir des rengaines auxquelles on ne prête pas attention tant nous sommes persuadés d'en avoir définitivement et depuis longtemps perçu le sens et absorbé le message.

Nous pouvons distinguer deux centres d'intérêt dans cette histoire : Un dialogue, probablement public, entre un spécialiste de la Loi et Jésus, et la parabole proprement dite, telle qu'elle est rapportée par l'évangéliste Luc.

Un légiste demande à Jésus ce que selon lui il faut faire pour recevoir la vie éternelle. Selon certains traducteurs ou commentateurs de Luc, ce légiste n'est pas animé des meilleures intentions, il chercherait à"piéger" Jésus. Cette tradition me semble excessive, je préfère "mettre à l'épreuve" ou "examiner": il est normal que celui qui est professionnellement le garant de l'orthodoxie mette à l'épreuve ces rabbis itinérants dont certains pouvaient dériver, voire délirer. Je crois ensuite que ce légiste cherche vraiment une réponse à sa question, tout comme le jeune homme riche du chapitre 18, et qu'il estime que Jésus est capable, sinon de lui fournir LA réponse, tout du moins de le faire avancer vers la solution de son problème. La question de la vie éternelle est en débat dans le Judaïsme de l'époque, de nombreux textes le prouvent, et la doctrine n'est pas fixée. Il faut savoir que la seule mention vétérotestamentaire de la vie éternelle se trouve dans le livre de Daniel, qui est un écrit des plus tardifs. Auparavant, seule la vie du Peuple avait de l'importance, l'individu trouvant toute satisfaction à se coucher avec ses pères, rassasié de jours, pour rejoindre un lieu où il sera assoupi dans un état comateux, le sheol.

L'interrogation du légiste dénote donc l'émergence de préoccupations personnelles chez les croyants. Ce constat est pour nous d'autant plus intéressant, qu'il évoque l'époque où est née la Réforme, qui portait cette préoccupation à un niveau quasi obsessionnel : Qui peut être sauvé ? Et puis, si la question était un faux semblant, l'histoire du bon samaritain serait-elle devenue l'une des plus connues du nouveau Testament ? La sincérité de l'interlocuteur de Jésus trouve un nouvel indice dans le fait qu'il accepte de se plier à répondre à Jésus qui ne lui fournit pas la réponse, mais l'interroge à son tour. Et notre homme va impeccablement citer ce que nous avons coutume d'appeler le sommaire de la loi, ce qui conduit Jésus à lui décerner les félicitations du jury et à lui dire que s'il fait cela, il vivra.

Intéressons-nous à l'attitude de Jésus : Nous qui savons qui il est, nous qui pensons qu'il est le seul capable d'obéir à ces commandements, nous pouvons trouver curieux qu'il cantonne son interlocuteur dans son domaine. Puisqu'il va s'agir dans la parabole du second commandement, nous devons observer que Jésus aime le légiste comme lui-même, non pas comme lui-même Jésus, mais comme lui-même légiste. Dans sa réponse, Jésus se met à la place de son interlocuteur, il ne cherche pas à le convertir. Dans l'histoire du jeune homme riche, il essaiera d'attirer celui-ci vers lui : "vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et toi, suis moi". Cet essai échouera. Ici, la réponse sur la vie éternelle faite par Jésus reste inscrite dans le cadre de la loi, que nous savons, nous, incapable de fournir une réponse satisfaisante. Nos commentateurs soupçonneux quant à la sincérité du légiste se frottent les mains : tel est pris qui croyait prendre ! Je préfère penser que l'attitude de Jésus se nourrit aux mamelles de la pédagogie plutôt qu'au désir de voir ce légiste au tapis.

Celui-ci revient à la charge pour demander une définition du prochain. Mais il ne le fait pas en posant une question théorique. Il demande :"Qui est mon prochain ?" Encore une attestation de l'émergence de la préoccupation personnelle. L'évangéliste infère l'idée que le légiste cherche à justifier aux yeux de Jésus et des spectateurs de l'entretien la pertinence de sa première question. Je préfère là encore lui accorder un crédit d'intention. Si à l'époque - réelle ou mythique, peu importe - de la souveraineté tant nationale que religieuse d'Israël, la question de l'identité du prochain ne se posait pas (il s'agissait des compatriotes et des étrangers désireux de s'intégrer) l'époque de la domination romaine et du cosmopolitisme impérial rend l'identité poreuse et la question du rapport entre la particularité, la singularité juive et l'universalité est la question essentielle, primordiale pour la primitive Eglise.

Abordons à présent cette histoire que vous connaissez tous par cœur.

Bien sûr à un premier niveau c’est très facile. Soit un homme sympathique, qui descend de son âne, et qui va secourir un type qui est blessé au bord de la route, le conduit à l'auberge et paye sa pension, contrairement à deux autres qui, comme par hasard, sont un prêtre et un lévite, donc les représentants par excellence du judaïsme, (nous sommes dans un contexte de polémique théologique entre chrétiens et juifs), qui eux passent leur chemin. Le gentil c’est le Samaritain, les méchants, ce sont les autres. Moralité : Si vous voulez faire plaisir au bon Dieu faîtes comme le Samaritain, cela vous évitera en outre d'être accusés de non-assistance à personne en danger.

Si on creuse un peu plus les choses, il faut savoir que la loi (Lévitique 21.2), interdit au prêtre de toucher un mort parce qu’il devient de ce fait impur. Par conséquent, pour pouvoir accomplir son rôle de prêtre, ce prêtre ne pouvait pas prendre le risque de toucher ce blessé, qui nous est décrit comme étant à demi mort, et qui aurait pu l'être complètement. Le lévite représente le degré en dessous : en effet, si tous les prêtres sont des lévites, tous les lévites ne sont pas prêtres, mais seulement ceux de la lignée d'Aaron. Et là ... l’histoire prend davantage de profondeur. Qu’est-il préférable de faire, de se préserver, au nom de la Loi, pour accomplir le service de Dieu, ou bien alors de manifester d’abord de la compassion pour celui qui est blessé ? Et le sens de la réponse de Jésus est probablement le suivant : c’est parce que l’homme était Samaritain (sur les Samaritains, lire 2 Rois 17. 24-41) qu’il a pu accomplir ce geste à l’égard de ce blessé, parce que le prêtre et même le lévite, les purs, les champions de l'obéissance aux commandements, s’étaient rendus à cause des devoirs qu’ils croyaient recevoir de la Loi inaptes à ce service du prochain. Il faut entendre là une condamnation de cet esprit religieux représenté par ce prêtre et ce lévite, dont la sentence serait : Il n’est pas possible que cette Loi, que ces commandements, que vous appliquez avec tant de scrupules et qui constituent pour vous la valeur suprême et l’horizon dernier, portent véritablement le sens que Dieu a voulu donner à la vie. Votre religion, avec la place qui y occupe selon vous la loi n’est pas capable de donner le salut, la preuve en est que le blessé reste sur le bord du chemin. Sous jacente se trouve non pas la réponse à la question sur la vie éternelle, mais au moins la mise en lumière de l'incapacité de la loi à la fournir. Nous sommes dans la droite ligne de l'enseignement de Jésus à ce sujet ainsi que l'atteste le peu de cas qu'il fait des règles de pureté, par exemple en mangeant et buvant avec les publicains et les prostituées. Rappelons qu'il s'agit là d'un débat principiel pour l'église débutante, ainsi qu'en témoigne le "conflit d'Antioche" entre Paul et Pierre. (Galates 2.11ss)

Le Samaritain reste aussi dans l'espace de la Loi : Il se met à la place du blessé et en ce sens devient son prochain, qu'il aime comme lui-même, non pas comme Samaritain, mais comme blessé. Contrairement à ce qu'énoncent des lectures aussi superficielles qu'ordinaires, relevons qu'il n'est pas écrit que le blessé est le prochain qu'il faut secourir, ce qui sert d'argument de base à tous ceux qui se font les chantres d'une générosité exponentielle à l'égard de tous les abîmés de la vie, mais que le Samaritain devient le prochain du blessé par sa compassion, sa décision de le secourir et l'acte de sauvetage qu'il accomplit à son égard. Votre prochain, ce ne sont pas tous les damnés de la terre mais ceux et seulement ceux dont vous aurez décidé de devenir proches. Selon votre liberté, et votre générosité, en acceptant pas que des lois viennent entraver cette liberté, ni que quiconque prétende vous dicter vos choix ou vos responsabilités. Dire cela, c'est honorer la similitude entre le premier et le second commandement : le chrétien est seul devant Dieu (coram Deo) disait Luther, il est aussi seul face à la question de l'amour de son prochain. Ni dans un cas ni dans l'autre la liberté chrétienne ne peut admettre le moindre magistère.

Peut-on trouver une bonne nouvelle dans cette parabole, ou faut-il la cantonner au seul registre de la loi ? Au fond, quelle est ma place à moi, et quelle est la place de Jésus-Christ ? Entre le Samaritain et le blessé ? Ce n’est pas une question simple à résoudre. Est-ce que, dans cette parabole, quand nous la lisons, quand elle vient nous toucher, atteindre notre cœur, à qui nous identifions-nous spontanément ? Est-ce que nous sommes le blessé, nous qui recevons tous les jours des blessures dans nos existences, et qui avons souvent besoin que l’on vienne nous secourir, est-ce que nous attendons qu'on vienne à notre secours pour nous prendre et nous emmener dans l’auberge qui pourrait représenter la félicité du Royaume de Dieu. Ou bien alors, suis-je appelé à m’assimiler au Samaritain ? Comme le fait d’ailleurs sentir Jésus à ce légiste quand il lui dit « toi va, et fais de même ! » Est-ce que moi, je suis appelé ainsi par Jésus à laisser tomber mon devoir légal, à transgresser, pour me rendre disponible à ceux que je croise sur ma route et essayer de leur apporter ce que je peux de soins. Voilà la question qui se trouve posée à chacun d’entre nous et je ne crois pas qu’il faille la résoudre aussi simplement car, et ça n’est pas une réponse de normand, je pense et telle est la richesse de cette parabole, que nous sommes de temps en temps le blessé, et de temps en temps le Samaritain. Et que le Christ est de temps en temps le blessé, car nous devons reconnaître, si nous sommes un bon Samaritain, que Celui que nous considérons comme le plus important, est celui qui a été aussi lui blessé par des brigands et mis sur une croix. Et que donc il est beaucoup plus important d’aller le rencontrer là, devant cette croix et sur cette croix, qu’en allant accomplir notre service religieux dans le Temple. Attention, donc, ne détournez pas la Loi de son sens, n’en faîtes pas un absolu, car si vous en faîtes un absolu, vous ne pourrez pas rencontrer Dieu sur la croix de Jésus-Christ. A ce moment-là, comme le dit l’apôtre Paul, cette croix deviendra pour vous comme pour les juifs, un objet de scandale, et Jésus quelqu'un d'impur dont vous ne pourrez pas vous approcher. Et c’est pourtant là que vous êtes appelés en tant que Samaritain à rencontrer Jésus dans la figure de ce blessé. Et il vous appartient à vous de vous en approcher. De devenir, le prochain de celui qui est blessé.

A l’inverse, il nous faut reconnaître nous aussi, que nous sommes des blessés. Et que nous avons besoin que l’on vienne à notre secours. Il n’y a rien de plus enfermant, il n’y a rien, au bout du compte, de plus affreux, pour notre bonheur et pour notre joie dans la vie que de croire en permanence que nous pouvons, seuls, trouver en nous-même, en nous blindant, la force, urbi et orbi, devant tout le monde, de faire constamment bonne figure, et de n’avoir besoin de rien, de nous placer dans la figure du commandeur qui a toujours raison, parce qu’il est assuré d’avoir Dieu, et la Loi avec lui. La foi chrétienne nous demande d’abord, de lâcher prise de cette prétention, qui est une prétention qui anime beaucoup d’hommes et beaucoup de femmes de se prendre pour quelqu’un. C’est en arrêtant de se prendre pour quelqu’un, de se prendre pour un valeureux combattant, fut-ce de la foi, pour reconnaître qu’on est blessé et qu’on a besoin d’un secours que l’on commence, je crois, à comprendre la vie.

Voilà, je crois, ce qui nous est dit : Le Samaritain qui est cité ici en exemple, représente en quelque sorte l’homme du milieu que nous sommes appelés à être. L’homme du milieu dont on dit toujours qu’il est très difficile d’assumer cette position, qui est la position de tous les chrétiens, Vous savez : un pied dans le monde, et puis le bras accroché tel le tramway à son caténaire, au fil électrique qui lui permet de vivre, en suivant les impulsions qui lui sont envoyées par le Saint-Esprit. Etre l'homme du milieu consiste à accepter de vivre dans deux dimensions simultanément, bien que ce soit très inconfortable. Le samaritain n’est pas un ignare, le samaritain connaît la Loi. Le samaritain connaît l’histoire, le samaritain n’est pas un de ces illuminés qui arrivent guidés par une vision intérieure de la volonté divine. C’est quelqu’un qui est imprégné de toute cette culture, et en même temps est aussi tel Jésus rejeté, ayant accepté par la force des choses de n'être pas une pièce du système religieux et légaliste, et qui de ce fait peut concevoir quelque distance avec la Loi. L’essentiel, ça n’est pas la Loi, serait-elle, cette Loi, « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». L’important, c’est de savoir, dans cet acte, qui consiste à aimer son prochain comme soi-même, rencontrer le Seigneur qui nous sauve. Amen.

 

Culte à Boissy

 

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 DIMANCHE 30 OCTOBRE 2005 : Pasteur Serge Oberkampf de Dabrun

 Dimanche de la Réformation - Baptême d'Antoine BEL

Textes bibliques:
- Malachie 2,1-10 ;
- 1 Corinthiens 3, 11-23
- Matthieu 23, 1-12

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