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Chronique du 9 octobre 2006 – Fréquence
Protestante Pasteur Serge Oberkampf.
Je reviens du colloque des Associations
Familiales Protestantes, qui se tient tous les deux
ans en l'Abbaye Royale de Fontevraud.
Ce colloque est l'occasion d'entendre
des esprits brillants et divers donner leur commentaire
sur différents aspects de notre vie sociale.
L'une des interventions dénonçait avec
beaucoup d'humour la captation de notre pays par le
modèle RFA, qui ne signifie pas République Fédérale
d'Allemagne mais Ruquier, Fogiel, Ardisson, ou encore
Relativisme, Fantasmagorie, Approximation.
Relativisme parce que il nous est proposé
un modèle sans morale, où tout se vaut, une sorte de
morale de la statistique, où l'on observe ce qui se
pratique et qui se borne à constater ce qui se fait,
sans se poser la question des effets à court et à long
terme, sans qu'aucun jugement de valeur ne soit émis.
L'intervenant fait remonter l'origine
de cette caractéristique du modèle RFA dans le fameux
rapport du Docteur Kinsey sur la vie sexuelle des américains.
Il faisait observer que le Docteur Kinsey n'était pas
docteur en médecine, mais entomologiste et qu'il observait
les humains comme s'ils étaient des fourmis. Les émissions
médiatiques permettent de s'esclaffer devant toutes
les inventions nouvelles et à fustiger tous ceux qui
voudraient les réguler par quelque norme que ce soit.
Fantasmagories. Cette attitude consiste
à poser des principes immédiatement généreux sans examiner
ce qu'ils impliquent, surtout si les conséquences de
l'application des dits principes ne risquent pas d'entraver
le bien-être de ceux qui les posent. Il est facile d'aller
se montrer la main sur le cœur dans le gymnase de Cachan
si l'on sait qu'on ira ensuite tranquillement dîner
sur les Champs-Elysées. Une compassion à peu de frais,
une générosité spontanée permettent d'exciter les bonnes
consciences, étant entendu que ceux qui en subiront
les conséquences ne passeront pas à la télé pour raconter
les dégâts.
Approximation enfin, qui conduit tous
les débats à reposer sur des données souvent fantaisistes,
qu'il s'agisse du nombre de musulmans pratiquants en
France, la situation de l'Éducation nationale, ou l'état
de nos banlieues. Ceci permet à chacun de tenir les
raisonnements d'autant plus péremptoires qu'ils sont
infalsifiables.
A confondre politique et compassion,
on fuit ainsi la dure réalité ou hélas tout n'est pas
rose et les élans du cœur surfent sur un fond d'immobilisme,
on s'étonne de constater qu'en un quart de siècle notre
pays est tombé du 4e au 17e rang mondial.
Chronique du 10 octobre 2006 – Fréquence
Protestante Pasteur Serge Oberkampf.
Il semblerait assez que tant à gauche
qu'à droite la campagne présidentielle s'oriente sur
la question de la rupture. On sait que ce terme revient
fréquemment à la bouche de Monsieur Sarkozy, qu'en revanche
la notion a toujours déplu au Président Chirac ainsi
qu'à Monsieur de Villepin.
Il semble se dessiner parmi les candidats
socialistes différents positionnements sur le même sujet.
L'attitude de Monsieur Fabius, malgré son souhait d'incarner
la seule alternative qui serait vraiment de gauche,
apparaît la plus conservatrice : recréer comme sous
l'ère Jospin "la gauche plurielle", avec la
ribambelle de discussions byzantines inter partisanes
que cela implique.
Madame Royal doit beaucoup de son succès
à la liberté qu'elle prend avec les vieux poncifs, n'hésitant
pas à émailler son discours d'hérésies manifestes à
l'encontre des dogmes traditionnels de son camp. Monsieur
Strauss-Kahn, avec le soutien affiché de Michel Rocard,
développe comme première idée –force un credo social
démocrate, la reconnaissance de l'économie de marché,
non plus comme un mal endémique dont il faudrait s'accommoder,
mais comme le seul moteur de progrès économique et social,
ce faisant, il rompt avec tout un pan du Parti socialiste.
La rupture a donc pour le moment partout
plutôt le vent en poupe, en tous cas dans les sondages.
Prenons garde cependant : quand on est encore à bonne
distance de l'obstacle, celui-ci parait facile à franchir.
A mesure que l'on s'en rapproche, il risque de devenir
aux yeux de beaucoup monstrueusement insurmontable,
et le renversement de tendance n'est pas impossible.
Les partisans de la continuité, des réformes homéopathiques,
attendent leur heure qui arrivera quand l'échéance sera
plus proche.
On verra sortir alors du bois les rassembleurs
raisonnables et souriants qui promettront de faire don
de leur personne à la France pour éviter le chaos où
immanquablement la victoire des trublions agités plongera
le pays.
Voilà plus d'un quart de siècle que
nous sommes gouvernés par les "rassureurs"
même si les "audacieux" pouvaient être pronostiqués
victorieux 9 mois avant la date des élections.
La question est de savoir si les retards
accumulés dans beaucoup de domaines en notre pays sont
assez criants pour qu'il apparaisse que l'audace est
moins risquée que le statut quo. Pour qu'une telle
prise de conscience intervienne, il faut en France de
vraies crises et on ne peut douter que le lent déclin
qui est le nôtre puisse être compté comme tel, malgré
la crise des banlieues de l'hiver dernier. Et puis n'est
pas qui veut Clémenceau, Mendès-France ou De Gaulle.
Le risque demeure grand que cette fois-ci
encore se vérifie la célèbre phrase de Monsieur Queuille,
Président du conseil demeuré le plus longtemps en fonction
sous la IVe République,
"L'immobilisme est en marche et
rien ne saurait l'arrêter"
Chronique du 11 octobre 2006 – Fréquence
Protestante Pasteur Serge Oberkampf.
Faut-il après avoir reconnu le génocide
arménien, que la représentation nationale vote une loi
réprimant ceux qui voudraient le contester ?
Tel est le débat d'aujourd'hui à la
Chambre des Députés.
Ce qui est intéressant, c'est que l'on
trouve des avis divergents sur tous les bancs de l'Assemblée.
Bien sûr, la proposition de loi émanant de députés socialistes,
certains ont affirmé que malgré leur hésitation, ils
le soutiendraient, discipline du parti oblige.
Le raisonnement de ceux qui, dans la
ligne de la loi Gayssot, veulent sanctionner les déclarations
négationnistes tiennent le raisonnement suivant :
le pacte républicain consiste à ce que les citoyens
professent ensemble un corps de vérité, ou à tout le
moins que soient condamnés ceux qui entreraient ouvertement
en opposition à ce corps de vérité. Un pluralisme sans
limite équivaudrait à la dissolution du corps national.
Cette façon de voir repose sur une
conception scientifique de l'histoire et sur le caractère
objectif des qualificatifs employés pour le décrire.
Elle repose encore sur la compétence reconnue à la représentation
nationale pour en juger. Ainsi la proposition "
il y a eu un massacre d'arméniens en Turquie en
1915 " n'équivaut pas à la proposition "il
y a eu un génocide des arméniens en 1915. Elle repose
enfin sur l'idée qu'une loi ne sert à rien si
ceux qui y contreviennent ne sont pas punis.
Pour les autres, qui se contentent
de fait que la France ait officiellement reconnu le
génocide arménien, il est dangereux pour le Parlement
de s'aventurer en ces matières au-delà du symbole, dont
on sait qu'il ne fonctionne que lorsqu'il fait l'objet
d'une adhésion de plein gré. Ce faisant, ils confèrent
à la loi un rôle plus modeste que les républicains purs
et durs de la première catégorie. La loi peut se tromper,
elle peut tomber dans l'insignifiance par exagération.
Le même clivage peut s'observer dans
le domaine religieux.
Certains pensent qu'une Eglise se définit
par l'ensemble des dogmes qu'elle professe. D'autres
pensent que ces dogmes sont soumis, comme tout sur terre,
à l'usure du temps et qu'il ne convient pas de les graver
dans le marbre : la lettre tue et l'esprit vivifie.
Cela ne signifie pas qu'il faille s'abstenir
d'énoncer des convictions, ainsi la France a-t-elle
reconnu le génocide arménien, ainsi les Eglises chrétiennes
professent-elles la mort et la résurrection de Jésus-Christ,
mais elles savent aussi où cela mène de vouloir obliger
tous les hommes à une telle confession.
La liberté est qu'on le veuille ou
non, indissociable du droit à l'erreur et même de l'erreur
la plus stupide. Mais il y a des remèdes qui sont pires
que le mal.
Chronique du 12 octobre 2006 – Fréquence
Protestante Pasteur Serge Oberkampf.
Voilà un petit pays d'un peu plus de
vingt millions d'habitants qui vit, toutes frontières
fermées pour ses habitants, dans la peur et la faim.
La moindre critique exprimée contre
son dictateur Kim Jong Il, fils de son père également
dictateur, Kim Il Sung auquel il a succédé en 1994,
vaut à toute la famille le camp de rééducation par le
travail d'où on ne ressort presque jamais vivant. En
1995, une famine aurait fait trois millions de mort.
En juillet de cette année, de terribles inondations
ont fait plusieurs dizaines de milliers de victimes,
et ont détruit les récoltes et les réserves de grain.
L'hiver risque d'^être terrible.
Mais qu'importe si le peuple meurt,
il y aura toujours de quoi donner à manger à l' armée.
On a persuadé le peuple que celle-ci était un rempart
contre l'impérialisme américain qui selon la propagande
ferait vivre ceux qui sont sous sa coupe dans un tel
malheur que la vie Nord coréenne est un paradis en comparaison...
Comparaison que les Nord-Coréens ne
peuvent pas faire, coupés qu'ils sont de toute information
extérieure véridique.
Appliquant la vieille recette de toutes
les dictatures depuis Staline, le pouvoir brandit sans
cesse la menace d'une agression qui réclame l'accroissement
continuel des moyens de défense, moyens qui servent
en réalité à mater le peuple. C'est dans ce contexte,
à l'issue de rodomontades distillées depuis plusieurs
années qu'intervient cette explosion qui permet à Kim
Jong Il d'apparaître aux yeux de la population celui
qui a doté son pays de l'arme nécessaire à endiguer
définitivement l'impérialisme américain.
En fait, on est même pas sûr du caractère
nucléaire de cette explosion. L'important est d'entretenir
la fable tragique du petit pays qui consent des efforts
surhumains pour lutter contre le mal et ainsi justifier
le régime.
Celui-ci ne peut tenir que grâce à
une inflation continuelle du mensonge. Quelle sera le
prochain épisode ?
Hélas, le résultat immédiat va être
la suspension des aides humanitaires qui seules permettent
à la population de survivre.
Oui, l'hiver des Nord-Coréens sera
rude.
Chronique du 13 octobre 2006 – Fréquence
Protestante Pasteur Serge Oberkampf.
Voici près de quarante ans jour pour
jour que François Ponchaud tout juste ordonné prêtre
des Missions étrangères de Paris s'embarquait à Marseille
pour rejoindre le pays qui lui était assigné : le Cambodge.
Il n'a plus quitté ce pays, il en a
appris la langue, s'est imprégné de ses meurs, de sa
religion, de son âme. En 1975, il assiste à l'arrivée
des Khmers rouges, à l'évacuation forcée des habitants
de Phnom Penh. Il est le premier à) décrire l'horreur
quand encore, à Paris, certains parlent d'une libération.
Il se démène pour organiser les camps de refugiés en
Thaïlande, risque sa vie, souvent, lors de l'invasion
du pays par les Vietnamiens. Puis il trouve le temps
de traduire la Bible en Khmer. Après le retour à d'indépendance,
dans un pays dévasté, au milieu des soldats de l'ONU,
il campe pratiquement avec son évêque Yves Ramousse,
et autres prêtres, Emile Destombes devenu depuis évêque
de Phnom Penh et une ou deux sœurs à côté des ruines
de la cathédrale.
Il s'évertue à réorganiser l'Eglise,
créer des petites cellules dans tout le pays, écrit
des ouvrages de catéchisme, engage le dialogue avec
les bouddhistes.
Là où il est, il remet les paysans
au travail, les aide à creuser des canaux et des bassins
de rétention des eaux.
Cet homme aussi infatigable que modeste
donnera jeudi prochain dix-neuf octobre à 20h15 en l'Eglise
Saint-Sulpice, Paris 6e, une conférence à l'invitation
de la paroisse catholique et de l'Eglise réformée de
Pentemont-Luxembourg.
Au-delà d'un témoignage bouleversant,
le Père Ponchaud pose la question difficile de ce que
peut être aujourd'hui la mission.
A l'heure du sanglot de l'homme blanc
qui bat sa coulpe d'avoir colonisé les pays du Tiers(monde,
alors que rares sont les contrées où le développement
économique peut être espéré même à long terme, il est
essentiel pour les chrétiens de s'interroger sur ce
qu'ils peuvent faire pour attester l'universalité, la
catholicité de l'Eglise de Jésus-Christ.
Certains que j'appelle des "sortistes",
pensent que la meilleure solution est de se retirer
de ces pays, afin de contraindre, malgré les effusions
de sang probables, les peuples à prendre en main leur
avenir.
D'autres rêvent de bâtir des centres,
gérés par les occidentaux où il y aurait écoles, lycées,
centre de formation professionnelle afin de former une
élite qui pourrait ensuite gouverner leur pays.
D'autres encore se résolvent à accompagner,
cahincaha les hommes et les femmes, au travers des vicissitudes
de systèmes corrompus en espérant qu'à la fin du compte
le résultat sera positif.
Jeudi soir, avec le Père Ponchaud,
Eglise Saint-Sulpice, 20h15, soyez-là, c'est important!
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