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Interventions radiophoniques de Serge Oberkampf
sur Fréquence
Protestante

Edition : 
Auteurs : Pasteur Serge
Oberkampf de Dabrun et Monseigneur Dominique Rey
Selon l'Evangile de Matthieu,
nous avons reçu du Christ la mission "d'aller chez
tous les peuples pour en faire des disciples" Que
faisons-nous aujourd'hui de cette injonction ? Dominique
Rey et Serge Oberkampf plaident pour que la préoccupation
de l'évangélisation soit placée au centre de la vie
des Eglises. Il y va de leur fidélité, mais sans doute
aussi de leur pertinence et donc de leur avenir. Et
puisque, malgré les divisions ecclésiales, nous sommes
tous d'accord pour proclamer la Seigneurie de Jésus-Christ,
pourquoi ne pas annoncer l'Evangile ensemble, catholique
et protestants ? Ce sera l'oecuménisme du XXIeme siècle
!

Serge Oberkampf de Dabrun vient de
signer un ouvrage, "L'Evangile au risque de la parole",
collectant 14 de ses prédications,
avec cerise sur le gateau, 4 prédications supplémentaires
sur un CD audio. Les pédicateurs laïcs se réjouiront
de ces propositions qui permettent de revisiter quelques
grandes figures bibliques (le jeune homme riche, Zachée,
le bon samaritain) sans oublier les temps forts de la
vie en Eglise (Baptêmes...) et les grandes fêtes carillonnées.
Préfacé par le pasteur Marcel Manoël, cet ouvrage à la
mise en page agréable, sera suivi par d'autres à plusieurs
voix cette fois-ci, selon Serge Sarkissian, qui dirige
les éditions Onésime 2000. Disponible
au stand de librairie,
à la sortie du culte, 58 rue Madame- Paris 6e
Librairie 7ici, 48 rue de Lille,
Paris 7e
Librairie
La Procure, 3 rue Mézières, Paris 6e. Llibrairie Un temps pour tout,
47 rue de Clichy 75009 Paris
Editions Onésimes 2000
1 rue Mireille 13190 ALLAUCH- 142p. -
17 euros
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Culte des Rameaux du 1er avril 2007
Texte : Luc 19, 28 à 40
Qu'ils sont touchants, ces fidèles
en procession, le buis à la main, chantant de fervents
Hosanna en défilant devant l'autel où le prêtre goupillonnera
leurs branchages. Joie, ferveur et enthousiasme, gloire
à Jésus le Roi des Rois ! La messe finie, le buis béni
va orner les crucifix et les pierres tombales jusqu'au
prochain mercredi des cendres, où il sera brûlé pour
marquer le commencement du Carême.
Et si la substitution des palmes qui,
certes, n'appartiennent pas à la flore de nos latitudes
par cet arbre à toutes petites feuilles, peut paraître
étrange, l'explication peut résider dans le fait que
ce végétal était chez les païens, symbole d'éternité. Fête
joyeuse que celle des Rameaux ? Célébration d'un roi
de gloire entrant en majesté dans nos vies étriquées
pour nous ordonner de prendre un peu de hauteur dans
notre train-train quotidien ? L'Evangile de Jean,
sans doute, nous permet cette interprétation qui décrit
un accueil triomphal, des jérusalémites en liesse. "Le
lendemain, la foule nombreuse qui était venue pour la
fête de la Pâque apprit que jésus arrivait à Jérusalem.
Tous prirent alors des branches de palmiers et sortirent
de la ville pour aller à sa rencontre ; ils criaient
: Gloire à Dieu ! Que Dieu bénisse celui qui vient au
nom du Seigneur ! Que Dieu bénisse le roi d'Israël !
Jésus trouva un âne et s'assit dessus, comme le déclare
l'Ecriture.
"N'aie pas peur, vilel de Sion
! Regarde ton roi vient, Assis sur le petit d'une
ânesse."
Tout d'abord, ses disciples ne comprirent
pas ces faits ; mais lorsque Jésus eut été élevé à la
gloire, ils se rappelèrent que l'Ecriture avait annoncé
cela à son sujet et qu'on avait accompli pour lui ce
qu'elle disait. Tous ceux qui étaient avec Jésus
quand il avait appelé Lazare hors du tombeau et l'avait
ramené d'entre les morts, racontaient ce qu'ils avaient
vu. C'est pouquoi la foule vint à sa rencontre : les
gens avaient appris qu'il avait fait ce signe miraculeux.
Les pharisiens se dirent alors entre eux : "Vous
voyez que vous n'y pouvez rien : tout le monde s'est
mis à le suivre !". Palmes et rameaux sont ici
absents, même si les symboles du sacre restent présents
: l'âne et les manteaux sont bien des ingrédients du
sacre traditionnel des rois d'Israël, ainsi que les
acclamations du Psaume 118 que j'ai lu tout à l'heure.
Mais si nous faisons l'effort d'ôter
de nos esprits, l'euphorie traditionnelle, que nous
décrit cette scène ? Un homme qui a décidé qu'il
était le Seigneur, et qui tente un coup de force pour
se faire reconnaître comme tel. Les premiers mots de
notre lecture de l'Evangile de Luc sont : "Après
avoir ainsi parlé". Et que dit-il, au verset précédent
: "Quand à mes ennemis qui n'ont pas voulu de moi
comme roi, amenez-les ici et exécutez-les devant moi".
Doux Jésus ! Comme disait la servante de ma grand-mère.
Il arrive avec sa horde qui est seule
à l'acclamer, réquisitionne un âne sans dédommager son
propriétaire, prophétise la destruction de la ville
et enfin, entre au temple pour en chasser les marchands,
ce qui porte un dur coup à l'économie locale. Le moins
que l'on puisse dire est que le premier couplet du cantique
(chant 33-31) que nous venons de chanter n'évoque pas
ce que nous lisons ici. Sans aller jusqu'à évoquer l'entrée
d'Hitler à Prague, on peut à tout le moins penser à
celle d'un autre célèbre moustachu venant démanteler
un Mac Do dans une sous préfecture de l'Aveyron. Que
fait la police ? pensent les pharisiens et généralement
les bourgeois. S'il ne s'agit pas d'un sacre royal,
s'agit-il alors, comme on nous le prêchait dans ma jeunesse,
l'arrivée d'un révolutionnaire qui nous montre la voie
d'un meilleur alter monde ?
Ce n'est pas d'hier que l'histoire
de l'Eglise nous détaille les conflits générés par ces
deux interprétations concurrentes, qui sont, voyez-vous,
toutes les deux fausses, en ce sens qu'elles reposent
sur l'idée que Jésus recherche du pouvoir, alors que
c'est le contraire qui est vrai.
Car l'Evangile de Luc nous expose la
démarche consciente de celui qui vient ici offrir sa
vie pour nous. Rappelons-nous de ce que nous avons lu
au chapitre 13 : "Il faut, dit Jésus, que
je continue ma route, aujourd'hui, demain et le jour
suivant, car il ne convient pas qu'un prophète soit
mis à mort ailleurs qu'à Jérusalem". Et juste au
chapitre précédant, celui dont nous avons lu un extrait,
Jésus dit encore à ses disciples qui ne comprennent
rien à ses paroles : "Ecoutez, nous allons à Jérusalem
où se réalisera tout ce que les prophètes ont écrit
au sujet du Fils de l'homme. On le livrera aux païens,
qui se moqueront de lui, l'insulteront et cracheront
sur lui. Ils le frapperont à coups de fouet et le mettront
à mort". (Luc 18, 31 à 33)
Erudits comme vous l'êtes, il n'est
pas nécessaire que je répète ici le mécanisme si bien
et abondamment décrit par René Girard et qui fonde le
caractère unique, la pertinence et la vérité de notre
foi chrétienne. Pour inaugurer la ruine de la violence
sur lequel repose toute société humaine, il faut que
le juste absolu soit couronné. Certes, mais avec des
épines, et qu'à sa révolution soit préférée celle du
terroriste Barabbas. Rien sans doute, dans le Nouveau
Testament ne décrit mieux ce qui se passe en cette semaine
dont c'est aujourd'hui le premier jour que ce texte
de Paul aux Philippiens que nous avons aussi entendu. D'où
vient alors que tout semble continuer comme avant, et
que les guerres et les bruits de guerre ne cessent pas
?
Le règne de Dieu est comme une petite
graine qui met du temps à pousser. Peut-être pouvons-nous
cependant nous réjouir qu'en nos terres ensemencées
par la foi chrétienne, quelques signes montrent qu'il
y a déjà un arbuste, qui n'existe pas encore ailleurs.
Hommes frères et femmes sœurs, que
ferons-nous ?
Saurons-nous, nous qui croyons en jésus
Christ, au milieu de ce monde qui court après l'espoir,
prêcher l'espérance, ce qui n'est pas le même choix
? Au milieu de tous ces gens qui cherchent à grimper
dans des radeaux de sauvetage, y compris en faisant
tomber tous les autres, prêcher le salut, ce n'est pas
la même chose ? Parmi tous ces cris d'appel à une
toujours meilleure existence, prêcher la vie, ce n'est
pas la même chose. Contrairement aux bateleurs de
télévision qui se disputent nos votes, nous savons que
rien ne peut pousser si les racines ne sont pas saines. Et
si le souterrain est peu spectaculaire puisque, par
définition, il est au fond, saurons-nous dire que c'est
là qu'il faut agir ? Saurons-nous prêcher l'Evangile,
la paradoxalement bonne nouvelle qui nous est donnée
: un homme entre à Jérusalem pour mourir pour nous et
pour le salut du monde.
Amen.
Culte de reconnaissance du ministère
de Christian TANON 
Reims,
le 10 septembre 2006
Textes
bibliques :
I
Rois XIX, 15-21 ; Colossiens II, 20 – III, 4 ; Jean
XV, 15-16
Nous,
les bons protestants, nous le proclamons et le déclinons
sur tous les tons, au risque d’agacer les autres, c’est
le Seigneur qui nous choisit et si nous sommes chrétiens,
c’est que nous avons été poussés par le vent de l’Esprit
à répondre à la mystérieuse vocation qui nous a fait
membre de l’Église que le Seigneur assemble de jour
en jour par la prédication de l’Évangile. Ceci d’ailleurs
ne marque pas, si nous l’entendons comme il sied, un
orgueil de notre part mais l’humble étonnement devant
une grâce dont nous sommes les premiers à reconnaître
qu’aucun mérite ne nous en rendrait dignes.
Cela dit, le fait même que nous reconnaissions
en cette vocation un mystère indique assez que la liste
des engagés n’est pas publiée de telle sorte que l’élection
divine apparaisse aux yeux de tous frappée au sceau
de l’évidence. Même la vocation pastorale de Christian
TANON, même l’élection à la fonction de prophète d’Élisée.
Voici
donc un homme de bien, fort à l’aise en son économie,
puisque disposant d’un champ de compétences tel que
douze paires de bœufs sont nécessaires à le labourer
de front, qui un jour reçoit sur les épaules une robe
pastorale, ou un manteau de prophète, ce qui revient
presque au même, selon Calvin. Notons qu’entre le moment
de ce geste et celui où le symbolique vêtement sera
endossé, il se passe un temps certain, qui se compte
en années, sans qu’il soit possible cependant d’en préciser
le nombre. Mais surtout il convient de relever la grande
ambiguïté du dialogue entre Élisée et Élie, mise en
lumière par les écarts de traduction que l’on rencontre
dans nos différentes versions de la Bible. Cela va de
« Laisse-moi aller embrasser mon père et ma mère, après
quoi je te suivrai » Réponse : « Mais, tu peux retourner
à ton travail, est-ce que je t’ai demandé quelque chose
? » (FC) ou bien « Va et reviens à cause de ce que je
t’ai fait » (NBS). Peut-être influencée par les derniers
versets du chapitre 9 de l’Evangile de Luc : « Je te
suivrai, Maître, mais permets-moi d’aller d’abord dire
adieu à ma famille ». « Celui qui se met à labourer
puis regarde en arrière n’est d’aucune utilité pour
le Royaume de Dieu » cette dernière traduction est nettement
minoritaire. L’intention du texte semble plutôt de montrer
qu’Élie entend laisser à Élisée l’entière responsabilité
de sa réponse au signe qui lui est adressé. En fin de
compte ce dernier ne va pas embrasser sa famille mais
sacrifie ses bœufs, brûle sa charrue et s’engage comme
disciple d’Élie. Christian, pour sa part a abandonné
un emploi prestigieux et lucratif, et entraîné Marie-Laure
et leurs enfants dans ce ministère, dont le moins que
l’on puisse dire est qu’aux yeux de ce monde il apparaît
comme une étrange lubie. Merci Marie-Laure, merci les
enfants.
L’élection se situe au confluent d’un
signe ou d’une parole adressée et d’une conviction intérieure
qui appartient à l’intimité la plus secrète. C’est cette
conviction, cette foi, qui inéluctablement sert à interpréter
le signe et à lui conférer une puissance qu’il n’a pas
seul. Ceci est vrai de notre baptême, comme de la vocation
particulière que constitue un ministère. Peut importent
au fond les réflexions de ceux qui ont participé au
banquet improvisé issu du sacrifice des bœufs : cela
peut aller de l’indignation devant un tel gâchis, la
suspicion d’un beau cas intéressant les spécialistes
de l’inconscient, jusqu’à la gratitude et la louange
devant une manifestation aussi éclatante du Saint-Esprit.
Ce que nous vivons en ce moment même est à son tour
un signe que chacun interprètera à partir de son intime
conviction.
La conviction de l’Eglise Réformée
incarnée par sa Commission des Ministères, ici représentée
par son président, le pasteur Denis Heller, par le Conseil
presbytéral de l’Eglise de Reims, Épernay et autres
lieux où Christian TANON vient d’exercer deux ans de
proposanat, celle de Meudon Sèvres dont il a longtemps
présidé le Conseil Presbytéral, celle de Pentemont-Luxembourg
où il a effectué son stage de fin d’études, et je pourrais
facilement allonger la liste, est en tous cas d’une
si totale évidence qu’il me manque des superlatifs.
Mon cher Christian, quand tu m’as fait
le bonheur de me demander cette prédication, en m’indiquant
que tu souhaitais qu’elle portât sur le choix, j’ai
tout de suite pensé à l’histoire du prophète Élisée,
qui accomplit son ministère il y a bien longtemps et
dans des circonstances bien différentes des conditions
d’exercice du nôtre. C’est au travers de tels écarts
de situation qu’il est loisible de distinguer ce qui
constitue la pérennité du ministère de ce qui en est
l’expression conjoncturelle. Le prophète comme le pasteur
a pour fonction première, principielle, de parler de
la part de Dieu. Calvin disait ainsi du pasteur qu’il
est la bouche de Dieu. Voici pour la permanence.
Car bien que nous soyons ici à Reims,
il m’étonnerait fort que l’on demande un jour de nouveau
au prophète d’oindre des rois, comme Dieu l’a demandé
à Élie. Je ne crois pas non plus que tu sois conduit
à terminer l’épuration afin que ne restent que sept
mille hommes n’ayant pas plié le genou devant Baal.
Les pessimistes diraient qu’on doit déjà être en dessous
de ce chiffre. Et si de malveillants petits garnements
se moquaient de toi, je doute que deux ourses sortent
pour en mettre en pièce quarante deux, cela risquerait
d’avoir une influence négative sur la fréquentation
du catéchisme. Nous sommes ici dans des applications
conjoncturelles.
Cela dit, mon cher Christian, et d’autant
plus que nous ne sommes plus tout à fait tout jeunes,
il n’est pas inutile de nous demander comment utiliser
au mieux les années qui s’ouvrent devant nous autres
pasteurs dans la conjoncture présente. C’est la deuxième
façon d’envisager la question du choix. Quant à moi,
je me suis toujours en la matière, bien qu’en subissant
les assauts du péché, laissé guider par ces versets
de la lettre aux Colossiens : « Vous avez été ramenés
de la mort à la vie avec le Christ. Alors recherchez
les choses qui sont au ciel là où le Christ siège à
la droite de Dieu. Préoccupez vous de ce qui est là
haut et non de ce qui est sur la terre. Car vous êtes
morts et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu
». Voici pourquoi je les ai proposés à notre méditation.
A la lecture de l’épître, il apparaît
qu’à l’époque des débuts du christianisme les forces
spirituelles de ce monde se concentrent pour l’essentiel
dans un retour au légalisme sans cesse résurgent. Ce
ne me semble plus être la menace principale. Le modèle
caricatural du pasteur tatillon à l’épouse sévèrement
chignonnée, drapé dans une vertu suspicieuse, sévère
et ennuyeux, a heureusement fait place à une figure
plus joyeuse et plus détendue. La prédication de la
bonne nouvelle libératrice n’en est que mieux servie.
Entre l’obsession de l’exemplarité morale et la capacité
à être, pécheur pardonné parmi les autres pécheurs pardonnés,
celui qui parle de façon à ce que la figure du Christ
apparaisse, le choix me semble clair. Le rôle du pasteur
est de conduire au Christ, pas de recevoir l’auréole
du modèle de la vertu.
Demeurent quatre tentations qui au
reste ne sont vraiment à combattre que lorsque on y
succombe à l’excès.
Les deux premières sont propres à l’orgueil
pastoral, les deux autres sont en général provoquées
par des désirs paroissiens.
Tout d’abord la tentation intellectualiste.
Je suis frappé d’entendre certains de nos collègues
incapables de prêcher sans étaler leur érudition exégétique,
dogmatique ou philosophique, enfilant des citations
et usant d’un langage aussi ésotérique que celui d’un
congrès de médecins. Au point que les fidèles les plus
cultivés en viennent à se demander si c’est eux qui
sont idiots alors bien même qu’ils se rappellent de
leur catéchisme que l’Evangile est destiné à ceux qui
renoncent aux excès d’une intelligence trop subtile.
Nous avons à cœur d’annoncer l’Évangile
à nos concitoyens qui pour la plupart d’entre eux en
ignorent les premiers rudiments. La première condition
est de parler une langue qui soit audible, et de ne
pas perdre nos auditeurs dans des labyrinthes dont nous
nous réserverions le fil d’Ariane.
Ensuite la tentation cléricale. Certains
trouvent que la paroisse locale où ils sont envoyés
est un bocal dont les parois les empêchent de déployer
les ailes de leur génie. Attirés comme des papillons
par un lampadaire, ils se ruent dans toutes les coordinations,
commissions et autres réunions qu’il est dans la nature
des institutions de secréter, rêvant du jour où ils
siègeront rue de Clichy, au point, comme le disait autrefois
le pasteur Jean Valette, que leur paroisse tend à devenir
uniquement le terrain d’atterrissage de leur chèque
de fin de mois. Loin de moi l’idée que tout cela est
inutile, mais on ne me fera jamais croire que là se
trouve la préoccupation de ce qui est là-haut. Si l’on
est pasteur c’est d’abord pour prêcher l’Évangile et
il convient de veiller, surtout lorsqu’on a reçu beaucoup
de talents, à ce qu’ils soient d’abord employés à cette
tâche.
Venons en rapidement aux deux dernières
tentations.
Le pasteur, par étymologie est le berger.
Mais pour conduire au seul vrai berger, Jésus-Christ.
Il n’est pas destiné à être le gentil chapelain tellement
compréhensif, ce que pourtant beaucoup de paroissiens
souhaitent. Ce n’est pas parce qu’il pleure avec ceux
qui pleurent qu’il doit geindre avec ceux qu geignent
ni se transformer peu à peu en mère biberonnante, qui
cajole les désespérés plutôt que leur réapprendre à
marcher. Son rôle ne consiste pas plus à distribuer
la justification que chacun attend de ses actes. Il
faut qu’il cultive la vertu de déranger et s’en aille
ailleurs quand elle finit par s’émousser, ce qui avec
le temps est à peu près inévitable.
Notre Eglise signifie cela en spécifiant
bien qu’un pasteur reste un envoyé dans sa paroisse,
qu’ainsi Christian et Rudiger sont pasteurs dans la
Marne et non pasteurs de la Marne. Il s’agit de manifester
que Dieu est toujours ailleurs que là où nous l’attendons.
Vient enfin la tentation activiste,
très favorisée par ceux qui pensent que l’Eglise joue
pleinement son rôle lorsqu’elle développe une masse
d’œuvres caritatives et lutte pour la justice. Certes,
il n’y a pas la foi sans les œuvres, mais le pasteur
n’a pas vocation à devenir ni un enragé de la pétition
ni une sorte de Brigitte Bardot des SDF ou des immigrés
clandestins, ni une antenne de psychiatrie et Dieu sait
combien souvent il y est sollicité.
Ces versets adressés aux Colossiens
sont et demeureront toujours folie. Comment faire entendre
aux hommes et aux femmes qui nous entourent qu’ils ne
dépendent pas de ce monde, que leur identité n’est pas
là, qu’elle ne dépend ni de Nicolas Sarkozy ni de Ségolène
Royal et surtout pas d’eux-mêmes ? Que c’est dans la
mesure où ils acceptent de la recevoir d’en haut plutôt
que de se la bricoler dans leur coin en jouant des rôles,
qu’ils deviennent libres ? Comment leur dire qu’en
vérité il leur suffit d’accepter l’échange que
dans son amour infini Dieu ne cesse de leur proposer
entre leur existence et la vie du Christ ? Car
notre véritable vie, c’est le Christ.
Et toi Christian Tanon, avec ta tête
de ressuscité, ta foi de ressuscité tu es là pour le
prêcher, afin que tous ceux qui t’écoutent en soient
à leur tour témoins dans leur vie chaque jour.
Quand à vous Eglise de Jésus-Christ
ici plantée, je ne sais pas si vous mesurez le cadeau
que Dieu vous fait. Réjouissez-vous.
Amen
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