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Prédications
du pasteur Simon Wiblé
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- Vendredi 25 décembre 2010: Matthieu 2, 1-12
- Dimanche
27 juin 2010 : Luc 9, 57-62
- Dimanche 7
février 2010 : Luc 5, 1 à 11
Série "Les
10 paroles" (Les 10 commandements), 2010
- Dimanche 24
janvier 2010 : Néhémie 8, 1-10
/ 1
Corinthiens 12, 12-30 / Luc 1, 1-4 et 4, 14-21
Série "Le
Credo", 2009
- Matthieu 25, 14-30
- Dimanche
9 novembre 2008 : Jean 2,13-25
- Dimanche 20 juillet 2008
: Romains
8, 26-30
- Dimanche 13 juillet 2008 : Matthieu
16, 13-22
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| Vendredi 25 décembre 2010
Texte biblique :
Matthieu 2, 1-12
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Frères
et sœurs, bonne nouvelle : Vous ne l’aviez peut-être
pas envisagé mais ce matin, avec les mages, nous
rentrerons chez nous par un autre chemin.
Oui, qu’en ce jour de Noël,
le Christ nous aide à nous déplacer sur le chemin
où nous le cherchons.
Qu’il ouvre notre regard, de
manière à ce que nous puissions le reconnaître et
le recevoir dans sa vérité.
Qu’il vienne rencontrer nos vies pour nous permettre de rentrer chez nous comme les mages : par un autre chemin.
Le réformateur allemand Martin Luther disait :
"La naissance biblique du Christ
signifie partout sa naissance spirituelle, c’est-à-dire la
façon dont il naît en nous et nous en lui".
C’est cela qu’il faut
célébrer au cœur des Ecritures : que cette
naissance-là — celle-là et pas une autre —
devienne une nouvelle compréhension de notre vie, de Dieu et du
monde.
Alors, suivons les mages car ils nous
aident à reconnaître la naissance de Jésus,
là où ne nous l’attendions pas.
Ces mages sont des savants astronomes,
venus probablement de Babylone. Ils observent le ciel, scrutent,
analysent ; ils ont une révélation : le roi des
Juifs va naître.
Ils se mettent en route pour lui rendre
hommage et se dirigent tout naturellement vers la capitale des Juifs :
Jérusalem.
Arrivés dans la ville, ils
questionnent la population pour savoir où est le roi. Ils le
font avec suffisamment d'insistance pour que la rumeur remonte jusqu'au
roi Hérode qui est troublé.
Après s'être renseigné auprès de tout le
personnel religieux que compte la ville (les grands prêtres et
les scribes), sur l'endroit où devrait naître le messie,
Hérode convoque discrètement les mages, les envoie
à Bethléem et leur demande d'enquêter pour son
compte sur la naissance de ce futur roi des Juifs... afin, dit-il, de
pouvoir à son tour lui rendre hommage.
Les mages quittent Jérusalem
vers Bethléem et ce n'est qu'à partir de là (v. 9)
que l'étoile qu'ils avaient vu naître à Babylone
les conduit jusqu'à l'étable. Ils se présentent
à la crèche, se prosternent devant Jésus et Marie
et leur offrent en cadeau de l'or, de l'encens et de la myrrhe.
Enfin — et ce n'est pas la partie
la moins intéressante de notre récit —, ils
désobéissent aux instructions d'Hérode, et
rentrent chez eux sans passer par Jérusalem.
De l'histoire de ces mages, je souhaiterai retenir pour nous ce matin trois enseignements.
1. Ces mages sont des hommes qui se
sont mis en marche et ont entrepris un voyage de plusieurs mois
à cause d'une révélation qu'ils ont eu.
Et ils ont insisté, et
lorsqu'ils sont arrivés à Jérusalem, ils ont
enquêté avec suffisamment d'insistance pour que leur
présence soit signalée à Hérode.
Et ce n'est qu'à partir de ce
moment-là, que leur signe s'est manifesté dans sa
totalité et que l'étoile qu'ils avaient observée
est venue à leur rencontre pour les conduire jusqu'à
l'étable.
C'est la raison pour laquelle le texte
précise qu'ils connurent une grande joie... une vraie joie.
(Littéralement : « Ayant vu l’étoile, ils se
réjouirent d’une joie grande fortement » v. 10).
L'histoire de ces hommes est celle de
notre foi. Chacun d'entre nous, si nous observons lucidement notre
existence et notre monde, pouvons y repérer des signes de la
présence de Dieu qui ne sont pas plus fragiles que l'astre que
ces astronomes avaient repéré dans leurs observations.
A la différence des mages, il
nous manque sans doute le désir de la rencontre. Nous sommes
bien paresseux pour nous lever et nous mettre en route, dans nos vies,
afin de répondre à ces signes.
Et pourtant, si nous le faisions, j'ai
la conviction, dans la foi, que nous verrions des confirmations de
cette présence de Dieu aussi éclatante que cette
étoile qui est venue à la rencontre des mages pour les
conduire jusqu'au Christ.
Si nous ne voyons pas ces
confirmations, c'est probablement que nous ne nous sommes pas
levés et que nous continuons à vivre comme si nous
n'avions rien observé, comme si ces signes de Dieu n'existaient
pas, comme si la foi n'était qu'un pur jeu intellectuel.
De Babylone d'où ils sont partis
pour répondre à l'appel d'un signe fragile, les mages se
sont retrouvés beaucoup plus près du Christ
qu'Hérode qui n'était qu'à quelques
kilomètres de Bethléem et qui avait à sa
disposition toutes les données de l'Ecriture.
Mais ils ont accepté de se
laisser interpeller dans leur vie par cet appel de Dieu, alors
qu'Hérode voyait dans ce même appel une menace qui
risquait de contester sa vie, sa situation et ses certitudes.
2. Le second enseignement que ces mages
peuvent nous transmettre est celui de leur humilité : ils
viennent déposer leurs cadeaux au pied de la crèche.
Cette humilité explose à
nos yeux lorsque nous redisons qui étaient ces mages et qui ils
sont venus adorer.
Les mages, ce sont des savants, des
scientifiques de la grande école de Babylone, des hommes qui
voyagent. Nous pourrions dire : des experts qui participent à
des colloques internationaux.
En face, un enfant... Pas même un
enfant, un bébé (nouveau-né), qui n'est même
pas né à Jérusalem mais à Bethléem,
même pas dans une auberge mais dans une maison, une étable
(Matthieu ne nous donne pas de détails sur le lieu).
Et les scientifiques internationaux viennent déposer leurs trésors, leurs offrandes, dans cette maison.
Ils viennent se prosterner, avec leurs
richesses et leur savoir, devant cet enfant qui est peut-être le
futur roi d'Israël, mais qui est sûrement, ce
jour-là, le roi qui s'est fait petit, humble, pauvre et faible.
Le roi qui a voulu incarner dans sa vie
tout l'esprit des béatitudes que nous lirons au premier
trimestre de l’année prochaine, chaque dimanche.
Les mages manifestent ici une
lucidité de l'Evangile tout à fait étonnante. Ils
ont compris que leurs richesses et leurs connaissances ne prenaient
toutes leurs valeurs que si elles étaient offertes à la
crèche, c'est-à-dire si elles étaient venues dans
l'esprit des béatitudes.
Et à nous tous, quel que soit le
niveau de nos connaissances, de nos compétences et de nos
richesses, les mages viennent dire que tout ce que nous sommes, tout ce
que nous avons et tout ce que nous savons n'est que poursuite du vent
si nous ne savons pas les déposer au pied de la crèche,
c'est-à-dire les vivre dans l'esprit des béatitudes.
Après avoir relevé la
capacité de ces savants à se mettre en marche,
après avoir mis en valeur l'humilité de ces hommes, il
nous reste à observer leur liberté.
3. Cette liberté, ils l'avaient
déjà manifestée en quittant leurs laboratoires
pour adorer dans leur vie celui qu'ils avaient repéré
avec leur intelligence.
Ils l'avaient confirmé par leur
humilité. Il faut une grande liberté pour
reconnaître que nos avoirs et nos savoirs n'ont de sens que si
nous sommes capable de les offrir à Jésus-Christ.
Cette liberté, elle
éclate lorsque, sereinement, ils rentrent chez eux sans passer
par Jérusalem, sans obéir au roi Hérode qui leur
avait demandé de lui faire un rapport sur ce messie.
Avertis par Dieu en songe, les mages
refusent de se soumettre aux ordres du pouvoir. Ils ont la
liberté d'enfreindre les ordres. Ils refusent d'ouvrir leurs
voiles au vent qui vient d'en haut.
Ils refusent de se laisser
séduire par cette sorte de fascination qui rôde autour des
sphères des pouvoirs que nous connaissons.
Pour les mages, la vérité pèse plus lourd que tous
les pouvoirs humains : c'est cela leur liberté.
Bilan :
Par la capacité de ces mages
à se mettre en route, par leur humilité et par leur
liberté, l'Evangile de ce matin nous désigne tout
simplement la route sur laquelle Dieu nous appelle en ce jour de
Noël et cette année nouvelle qui vient.
Que nous soyons seulement capable de nous mettre en mouvement au nom de l'Evangile,
que nous soyons seulement capables de déposer ce que nous sommes et ce que nous avons aux pieds de Jésus-Christ,
que nous soyons seulement capables d'être libre vis-à-vis de tous les pouvoirs,
et alors, j'en ai la certitude, ce Noël 2010 sera pour nous un événement fécond et béni.
Rappelez vous cette phrase de Martin Luther :
"La naissance biblique du Christ
signifie partout sa naissance spirituelle, c’est-à-dire la
façon dont il naît en nous et nous en lui".
C’est cela qu’il faut
célébrer au cœur des Ecritures : que cette
naissance-là — celle-là et pas une autre —
devienne une nouvelle compréhension de notre vie, de Dieu et du
monde.
Célébrer la naissance de
Jésus, ce n’est donc pas cocher une date qui jamais ne
peut appartenir au calendrier de notre vie et de notre histoire.
Car le Christ est né, je veux
dire Christ ne peut naître que dans le geste même de la
découverte et de la confiance accordée,
c’est-à-dire justement pour qui cette naissance devient un
événement décisif et alors qu’il n’y a
aucune raison objective à cela.
La crèche et la foi ne sont pas séparables. En effet, je peux toujours voir un enfant dans une crèche,
mais qu’avec cet enfant — celui-là et pas un autre — je puisse déclarer "Christ est né",
cela je ne peux le dire qu’au
moment où "Christ" devient le nom de ce qui survient, de ce qui
rencontre et modifie l’être humain que je suis.
Au fond, la déclaration "Christ
est né" coïncide toujours avec la naissance d’un
sujet chrétien.
Voilà une bonne nouvelle pour nous aujourd’hui : que Noël soit encore ce qui peut nous arriver.
Que Noël ne soit rien d’autre en réalité que ce qui nous arrive
aujourd’hui.
Joyeux Noël à tous. Alléluia !
Amen.
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Dimanche
27 juin 2010
Texte biblique :
Luc
9, 57-62
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Le
thème sur lequel il nous est donné de nous arrêter ensemble
ce matin est assez difficile à comprendre et à appliquer
:
Comment suivre Jésus, comment marcher
à sa suite, comment lui être fidèle ?
En cette fin d’année scolaire, où est-ce
que j’en suis avec ma vocation de chrétien ? Mon engagement
de foi, personnel et au service des autres ?
Point de départ et motivation de toute
vie chrétienne ; ce thème, dans le texte de l’Evangile
selon Luc est présenté avec trois réponses de Jésus,
trois sortes de maximes qui sont censées décrire ce
que cela représente que de suivre Jésus ; trois maximes
qui pourtant sonnent comme des réponses assez évasives
et pleines de mystère.
« Les renards ont des terriers et les
oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'Homme,
lui, n'a pas où poser sa tête ! »
« Laisse les morts enterrer leurs morts,
mais toi, va annoncer le règne de Dieu ! »
« Quiconque met la main à la
charrue, puis regarde en arrière, n'est pas fait (disposé,
approprié) pour le Royaume de Dieu. »
Et c'est sans doute un premier point
à noter : à ces trois hommes qui demandent à le suivre,
Jésus ne répond bien sûr pas par la négative ! Mais
il ne répond pas non plus par un « Oui » franc
et massif !
Il ne dit pas simplement : « Allez
venez, suivez moi ! Pas de problème ! » Il donne
au contraire ces trois réponses assez étranges et mêmes
assez dures, pour susciter chez les trois « candidats
» une réflexion, pour les amener à prendre conscience
que leur choix devra aussi entraîner une certaine manière
de vivre, pour les amener à prendre conscience que suivre
Jésus, c'est du sérieux et que cela ne se fait pas à
la légère.
« Les renards ont des terriers
et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de
l'Homme, lui, n'a pas où poser sa tête ! »
Avec
cette première image, Jésus a sans doute d'abord voulu
décrire sa propre situation de nomade et d'itinérant.
En effet, dans l'Évangile de Luc, Jésus et ses disciples
n'ont pas de maison à eux. Ils ne sont chez eux que
là où on les accueille pendant un moment.
Ils n'ont
ainsi pas de sécurité matérielle et pas de possession
propre. Ils sont pour ainsi dire entièrement dépendants
de la solidarité des autres. Cette première réponse
sonne donc comme un avertissement.
Dans le contexte
de l'époque, Jésus veut avertir cet homme qui demande
à le suivre que lui aussi devra renoncer à sa sécurité
matérielle et peut-être aussi à sa sécurité spirituelle,
à son confort, à ses certitudes.
Le chemin avec
Jésus est un chemin qui n'est pas forcément fait de
sécurité, car justement, il ne s'arrête jamais. Faire
route avec Jésus exclut le fait de vouloir s'installer
une fois pour toutes, que ce soit matériellement ou
spirituellement. Faire route avec Jésus, c'est être
prêt à aller toujours plus loin, toujours en avant,
quitte à renoncer à ce qui était acquis.
Mais si
on peut assez facilement comprendre cette réponse dans
le contexte de l'époque, n'est elle pas un peu étrangère
à nous aujourd'hui ?
Car nous, nous ne pouvons évidemment
plus suivre Jésus physiquement, sur les chemins de la
Palestine.
Cette parole a-t-elle alors encore quelque
chose à nous dire ? Je le crois, si nous la prenons
de façon un peu métaphorique. En effet, cette sécurité
à laquelle Jésus fait indirectement référence, n'est
ce pas exactement ce que nous recherchons de plus en
plus ?
Nous voulons être sécurisé et assuré dans
tout, que ce soit au niveau matériel ou spirituel, que
ce soit vis à vis de nous mêmes ou vis à vis des autres.
Le mot « insécurité » est devenu un mot qui fait
peur et qui nous sert à mettre des barrières entre nous
et ceux qui ne sont pas sûrs.
Si, il fut un temps,
l'insécurité c'était les maladies ou les catastrophes
naturelles, c'est aujourd'hui devenu les jeunes des
banlieues ou les immigrés et autres étrangers. Et le
fait de chercher à tout prix à nous mettre en sécurité
vis à vis de ces gens dénote en fait la peur qu'on en
a, une peur qui du même coup exclut la rencontre et
le dialogue.
Or, suivre Jésus, c'est aussi le suivre
là où la rencontre de l'autre présente des risques et
demande à ce qu'on surmonte ses peurs et ses préjugés.
Jésus n'est pas uniquement entré dans les maisons
où il pouvait tranquillement s'installer les pieds sous
la table ; il est allé aussi là où il risquait de se
faire jeter dehors, aussi là où il risquait d'être incompris,
aussi là où il risquait carrément sa vie. Le suivre,
c'est aussi le suivre là, même si ce n'est pas très
sécurisant.
Dans le domaine de la foi aussi nous
cherchons des sécurités.
On se pose souvent la question
: pourquoi les sectes ont-elles un tel succès, pourquoi
attirent-elles tant de monde ?
Un élément de réponse
qui me semble devoir être pris en ligne de compte, c'est
que justement, la plupart d'entre elles donnent des
réponses et évitent de poser des questions. Et la plupart
des gens qui sont adeptes sont bien des gens qui ne
veulent plus se poser de questions, qui veulent une
réponse, quelle qu'elle soit, qui les rassure et leur
évite de réfléchir.
Or, suivre Jésus, c'est aussi
être prêt à se poser des questions, et même être prêt
à se remettre en question. Jésus n'assène pas des réponses
toutes faites qui vaudraient pour chacun. Il laisse
l'homme libre de trouver son chemin et ses réponses
à ses questions.
Voilà ce qu'on peut retenir de
cette première réponse :
Prendre le risque ; le risque
d'aller là où on n'ose pas, le risque d'aller vers ceux
dont on a peur à priori ; le risque aussi de se remettre
en question à la lumière de la Parole de Dieu ;
La seconde réponse : « Laisse les morts
enterrer leurs morts, mais toi, va annoncer le règne
de Dieu ! » est certainement la plus difficile
à admettre des trois.
Il paraît incompréhensible
que Jésus ait donné à cet homme ce choix inhumain :
le suivre ou bien aller enterrer son Père.
Jésus
a certainement utilisé la situation pour dire autre
chose à cet homme. Pour lui dire peut être que les morts,
ce sont ceux qui n'entendent pas l'appel de Dieu lorsqu'il
leur est adressé.
Il est d'ailleurs significatif
que sur les trois hommes, ce deuxième est le seul où
c'est Jésus lui-même qui dit : « Suis moi ! »
C'est
Jésus qui appelle cet homme et qui lui dit que le suivre,
c'est maintenant faire le choix entre la vie et la mort.
Se mettre en route pour annoncer le règne de Dieu, c'est
laisser derrière soi toutes les puissances de mort qui
sont en nous et autour de nous pour miser avec confiance
sur la vie.
On peut aller un peu plus loin, je crois,
dans l'analyse de cette parole. En parlant de laisser
les morts enterrer leurs morts, Jésus ne pensait sans
doute pas au moment précis de l'enterrement mais bien
plus à ce qui suit, au deuil.
Et sans doute avait-il
remarqué, comme nous, que beaucoup de gens, après une
épreuve ou après la perte de quelqu'un, n'arrivaient
plus à vivre, n'avaient plus d'avenir, plus d'espérance.
Et ce que Jésus a voulu dire alors à cet homme à
qui il dit : « Suis moi », c'est qu'il pouvait retrouver
un tel avenir, une telle espérance.
Laisser les
morts enterrer leurs morts signifie, non pas qu'il ne
faille pas rendre les derniers devoirs aux disparus,
mais bien qu'après un deuil ou une épreuve, notre vie
ne s'arrête pas fatalement et ne doit pas fatalement
rester prisonnière du passé.
Image de l’horloge
dont le balancier s’est arrêté
Au contraire, à la
suite de Jésus, notre vie peut à nouveau s'ouvrir, retrouver
un sens.
Si on entend son appel et qu'on choisit
de le suivre, Jésus peut redonner une raison de vivre
à tous ceux qui n'en avaient plus.
Ce que nous pouvons
retenir de cette deuxième parole :
Suivre Jésus,
c'est ainsi laisser derrière nous nos peurs et tout
ce qui nous empêche de vivre ; c'est croire que toutes
ces puissances de mort qui nous enchaînent sont déjà
vaincues par le Christ et que nous avons le pouvoir
en toutes circonstances de faire triompher la vie.
La troisième parole, « Quiconque
met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n'est
pas fait (disposé, approprié) pour le Royaume de Dieu.
», comme la seconde, est un peu abrupte et ne
doit certainement pas être lue dans son sens littéral.
La réponse un peu choquante sert à susciter la réflexion
chez l'interlocuteur pour l'amener à sortir de ses idées
préétablies. Encore une fois, il serait difficile à
croire que Jésus ait refusé à cet homme le droit d'aller
faire ses adieux aux siens avant de le suivre. Encore
une fois, Jésus a voulu dire autre chose.
D'habitude,
on interprète cette parole un peu comme la seconde,
une exhortation à ne pas se raccrocher au passé et à
se tourner vers l'avenir. Mais il y a peut-être une
autre explication, plus juste.
Une petite anecdote
peut nous mettre sur la voix. Un jour qu'un pasteur
prêchait sur ce texte et citait cet homme qui met la
main à la charrue et qui regarde en arrière, tout le
monde s'est mis à rire.
Cela se passait dans un
milieu rural où tous les gens étaient agriculteurs.
Or un agriculteur moderne, sur son tracteur, est obligé
de regarder en arrière pour voir si son sillon est droit,
vu que le soc de la charrue est derrière.
Mais à
l'époque de Jésus, le soc était devant l'agriculteur
; pour le voir, il devait donc regarder devant. Cette
parole a donc moins à voir avec les notions de passé
et d'avenir qu'avec l'idée d'attention qu'on porte à
ce qu'on fait, au travail qu'on fait.
Dans l'exemple
de Jésus, celui qui regarde en arrière est celui qui
ne regarde pas ce qu'il fait, qui ne fait pas attention
à ce qu'il fait, qui n'est pas sérieux dans la tâche
qu'il accomplit. Il n’est pas disposé, approprié.
Ce
que nous pouvons retenir de cette troisième parole :
Suivre Jésus, travailler avec lui (acolyte) à l'annonce
du Royaume de Dieu, c'est du sérieux et demande une
attention et un engagement constants.
Réflexion, en cette fin d’année scolaire,
sur le ministère, l’engagement ecclésial. Porter le
nom de chrétien, devenir chrétien, c’est être mu par
un appel, par une vocation qui nous tire devant.
Suivre Jésus, c'est se donner une ligne
de conduite et la garder, l'avoir toujours en ligne
de mire, lui, pour ne pas dévier de ce chemin.
Au terme du survol de ces trois paroles
de Jésus, on peut donc résumer : suivre Jésus c'est
d'une part
- accepter
de prendre des risques, le risque de la rencontre de
l'autre, le risque de la remise en question ;
- c'est
aussi mettre toute sa confiance en lui et croire que
réellement il nous offre un avenir et une espérance
;
- c'est
enfin être et rester fidèle, prendre son engagement
au sérieux.
Suivre Jésus, c'est avoir part à ses
promesses, mais c'est aussi prendre un engagement clair
et solide et y rester fidèle.
Tout cela est sans doute plus facile
à dire qu'à vivre réellement et à appliquer ; mais c'est
pour cela aussi que Jésus ne nous laisse pas seuls,
qu'il nous accompagne jour après jour et pas après pas
sur ce chemin que nous pouvons faire avec lui.
« Celui qui me suit ne marchera pas
dans les ténèbres mais il aura la lumière de la vie.
» Que sa lumière nous accompagne sur les chemins
de nos vies.
Amen.
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Dimanche
7 février 2010
Culte au temple de Port-Royal. Culte commun avec
les luthériens de la paroisse de Trinité-Saint-Marcel
Thème : Suivre le Christ
Luc 5, 1 à 11
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« Ils laissèrent tout et le suivirent »
Deux barques pleines à en déborder de poissons. Ils
laissèrent tout. J'en connais qui auraient dit : "0n
va d'abord mettre tout cela au congélateur puis on reviendra".
ou encore : "il faut vendre, mettre l'argent à
la banque, puis on viendra" . Qui sait ce qui ce
passera plus tard.
Peut-être aussi : "On va d'abord distribuer
aux pauvres puis on viendra".
Simon (je l’appellerai parfois Pierre), Jacques et
Jean sont des professionnels. Ils connaissent la valeur
du travail, ils connaissent la valeur de la nourriture
gagnée à la sueur de leur front.
Voilà qu'ils abandonnent tout sur place, sans hésitation
sans discussion, sans rien mettre de côté, pour un homme
qu'ils connaissent à peine.
Nous sommes au début du long périple de Jésus en
Palestine, en Galilée.
Difficile à admettre ?
Pas pour celui qui a rencontré Christ.
Que s'est-il donc passé pour que ces hommes durs
abandonnent une telle pêche ? Ils ont obéi au Christ
!
Ne crains point, désormais tu seras pêcheur d'hommes.
Est-ce donc l'attrait d'un nouveau métier, la possibilité
d'abandonner un métier fait de lutte contre les éléments
ingrats et périlleux ?
La nouvelle existence ?
Le texte nous montre qu'il n'obéit pas par calcul,
par intérêt, il obéit spontanément.
Simon Pierre s'est converti et à partir de cela rien
ne compte sinon Christ et le royaume de Dieu.
Cette conversion est évoquée avec beaucoup de pudeur
: elle tient en deux mots: « Maître » et « Seigneur
».
Dans le premier il y a l'estime de Simon pour cet
homme qui vient de guérir sa belle-mère. L'estime pour
cet homme qui sait parler aux foules : "Maître
nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre
; mais sur ta parole je jetterai les filets". C'est
ce maître qui fera le miracle.
Peut-on dire que l'obéissance de Pierre est la conséquence
d'un espoir de pêche, après tant d'heures d'efforts
inutiles ?
Pierre s'attend-il à une récompense pour avoir prêté
sa barque à Jésus? Il semble qu'il ait obéi sans grand
espoir.
D'abord qu'est-ce que Jésus connaît de la pêche ?
N'est-il pas charpentier ? Et cet ordre de jeter les
filets en pleine eau ne contredit-il pas les règles
de la pêche ?
Pierre obéit et le miracle se produit. La pêche est
surabondante, il faut faire venir une deuxième barque
à la rescousse. Et l'épouvante les saisit, la crainte
devant l'incompréhensible.
La crainte devant l'intervention de Dieu.
Cette pêche extraordinaire n'est que l'aspect le
moindre du miracle : le miracle, c'est dans le cœur
de Pierre qu'il s'accomplit : « Seigneur, éloigne-toi
de moi parce que je suis un homme pécheur ».
Pierre reconnaît devant Jésus sa véritable nature
de pécheur, à qui une grâce a été faite. Oh non pas
la grâce d'une barque pleine mais la grâce de la rencontre
de Dieu en Jésus-Christ.
Il comprend que quand on a rencontré Jésus, quand
Jésus s'est emparé de quelqu'un, une seule chose est
importante : le salut, l'obéissance et l'adoration :
"Seigneur",
Non plus le maître qui remplit la vie, mais « le
Seigneur » qui lave les péchés et sauve le pécheur
Mais comment s'est opéré la grâce de cette conversion
car c'est bien de cela qu'il s'agit ?
C'est la rencontre qui a opéré ce miracle.
La guérison de la belle mère de Pierre est-ce que
cela le concernait personnellement ? Non. Un miracle
qui touche les autres excite notre admiration, peut-être
aussi notre scepticisme mais surtout l'admiration.
La lecture des récits de miracles peut nous faire
admirer mais ne nous fera pas abandonner le résultat
si tangible de notre travail pour suivre l'inconnu qui
a réalisé le miracle.
Pour arriver à délaisser barques, filets et poissons,
Pierre a été touché dans ce qu'il avait de plus profond,
de plus caché, de plus secret : sa nature profonde,
sa nature de pécheur.
Jésus lui a fait dire tout haut ce qu'il n'osait
dire tout bas : « je suis un homme pécheur ».
Cette rencontre a été une rencontre personnelle.
Pierre réparait ses filets en écoutant Jésus parler
à la foule mais quoi ? Pendant le sermon, on ne se sent
pas concerné, on ouvre le parapluie et tout passe sur
les épaules des voisins ? On bulle tranquille jusqu’au
prochain cantique ?
Ce n'est pas le sermon qui a agit. C'est l'appel
direct.
Jésus n'a pas besoin des hommes. Il n'a que faire
d'une masse anonyme. Il veut Pierre. Il te veut toi,
il me veut moi à son service.
Pour Pierre cela commence par la barque que Jésus
emprunte. Cela commence parce que ce n'est pas terminé
pour autant.
Nous ne nous mettons pas définitivement en ordre
avec Jésus en lui donnant un peu de ce que nous possédons.
Jésus veut régner sur nos forces, nos possibilités,
nos connaissances et que nous nous mettions totalement
à son service.
Pour cela Jésus nous cherche, personnellement.
Pierre ne se décide pas. Jésus l'appelle. Il ne l'appelle
pas à travers le sermon mais à travers la rencontre
personnelle. C'est quand la foule se sépare que commence
le travail du Christ. Alors le sermon n'a-t-il servi
à rien ? La prédication de l'Eglise est-elle vaine ?
Non car elle sensibilise, elle veut préparer le chemin
du Seigneur et nous préparer tous à la rencontre du
Christ.
La difficulté, c’est que cette rencontre n’est pas
toujours prévisible ou immédiatement vécue dès lors
que l’on s’y prépare.
Christ n'est pas toujours là quand nous l'attendons
mais il nous surprend comme il a dû surprendre Pierre
en lui demandant de le conduire.
Jésus ne vient pas à nous à heure fixe ; il n'attend
pas toujours que nous soyons dans ce qu'on appelle une
situation propice de douleur, de tristesse, de découragement
ou d'isolement.
Il y a des rencontres à ces moments-là mais aussi
en dehors de ces heures.
Pierre et ses compagnons lavaient leurs filets, après
une nuit de pêche infructueuse.
Rien ne laisse dire que lui et ses compagnons étaient
attristés de ses efforts vains de la nuit. Cela fait
partie du métier de pécheur, c’est le métier.
Jésus a besoin de Pierre ; d'abord pour une petite
chose insignifiante, l'éloigner de la côte, le conduire.
Et bien souvent Jésus prend contact avec nous par de
petites demandes qui nous semblent insignifiantes.
De petites demandes que nous aurions tendance à oublier,
à refuser car, nous voyons souvent mal leur rapport
avec le royaume de Dieu.
C'est le premier pas que fait Jésus et il a dû surprendre
Pierre mais il doit nous faire penser à cette phrase
que Jésus fait dire au maître de ce serviteur : « tu
as été fidèle dans les petites choses, je t'établirai
sur les grandes ».
Pierre était disponible pour les petites choses.
Il le sera aussi pour les grandes, pour l'évangélisation,
pour l'appel, la pêche des hommes.
Jésus ne demande pas tout de suite à Pierre de prouver
sa foi en allant de par le monde ; d'abord les petites
choses. Dans notre vie n'en est-il pas de même ? Dieu
nous demande beaucoup de petites choses.
Sommes-nous prêts à les accomplir, sommes-nous prêts
à nous mettre au service de Dieu, dans tout ce qu'il
nous demande, même dans les tâches ingrates ou attendons-nous
que Dieu nous demande d'être pêcheurs d'hommes ?
Si nous n'entendons pas ces petits appels il n'y
aura jamais d'autres appels.
Dieu appelle des disciples, et si nous savons le
voir, le recevoir en nous, en tant que Seigneur, alors
il nous dira à nous :
"Tu seras pêcheur d'hommes".
Et si notre découverte du Christ passe par les mêmes
étapes que celle de Pierre alors la question de savoir
ce que nous abandonnons ne se pose plus parce que comme
Pierre, Jacques et Jean, nous laisserons tout pour le
suivre.
Amen
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Dimanche
24 janvier 2010
Prédication
donnée au cours de la messe, célébrée par le Père Edouard
Bois, en l’église Notre-Dame des Champs, à l’occasion
de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens.
Textes bibliques :
- Néhémie 8, 1-10
-
1
Corinthiens 12, 12-30
- Luc 1, 1-4 et 4, 14-21
|
L’Évangéliste Luc a tenté de tracer
une présentation de la vie de Jésus la plus exacte possible.
Il écrit à Théophile pour le convaincre
de la certitude, de la solidité des enseignements reçus
Lorsque Luc accomplit ce travail, il
ne désire pas faire œuvre d’historien. Son intention
est de nous aider à entrer dans la personne de Théophile
et de découvrir-nous aussi qui est véritablement ce
Jésus de Nazareth.
Dans notre texte d’Evangile de ce matin,
Jésus se présente à Nazareth, à la synagogue et on lui
présente le texte d’Esaïe 61.
« L’Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il
m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer
aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles
qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la
libération, annoncer une année de bienfaits accordée
par le Seigneur »
Jésus se situe ainsi dans la lignée
des prophètes. Comme Néhémie l’avait fait en son temps,
il invite ceux et celles qui le voudront à se disposer
à l’Écoute de la Torah, de la Parole de Dieu.
Dans la droite ligne de la tradition
juive, Jésus souligne que la parole de Dieu est toujours
vivante agissante. Le Dieu de Jésus n’est pas une tradition
cachée derrière des mots mais un Dieu de vie qui vient
au devant des siens pour rappeler que « sa Parole »
ne saurait jamais être lettre morte.
Jésus proclame une parole qui est à
la fois nouvelle et ancienne.
Ancienne, parce que les prophètes bien
avant lui l’avait déjà criée, proclamée, mais elle est
nouvelle car Jésus proclame que cette parole concerne
tous ceux et celles qui à son époque autour de lui sont
privés d’espérance.
Jésus vient comme prophète et annonce
à son tour :
La bonne nouvelle de la libération
en faveur des pauvres
La libération des prisonniers
La guérison des aveugles
La fin du joug, de ce qui pèse et écrase
les humains.
Jésus, comme un juif pieux, vient à
la synagogue et dit simplement qu’à tout moment de l’histoire
humaine, Dieu demeure prêt à accomplir sa Parole et
qu’il nous invite à avoir foi en ses promesses.
Le Dieu de Jésus-Christ tel que Luc
nous le présente demeure le Dieu Sauveur et libérateur
qui nous arrache au mal et il le manifeste par des œuvres
de délivrance, de libération, de guérison.
Le Dieu que Jésus vient révéler, est
un Dieu au milieu de son peuple, Dieu parmi nous, Emmanuel.
Il ne suffit pas d’affirmer pour Luc
sa naissance hors du commun, mais de susciter notre
adhésion à son projet. Comme Théophile nous voilà invités
à entrer dans la découverte d’un Dieu qui ne se révèle
pas de manière unique, en une fois, mais qui nous invite
à cheminer avec lui à tous moments.
Ainsi, Jésus déclare être l'envoyé
de Dieu, l'oint du Seigneur, le Messie venue pour accomplir
le projet de Salut de Dieu pour l'humanité.
Il vient pour accomplir le nouvel exode,
pour délivrer les hommes de l'esclavage du péché.
La réaction de l'entourage de Jésus
a de quoi nous étonner.
La réaction des auditeurs est mitigée
et pour cause, il y a tant de vendeur de « doctrines
nouvelles », de proclamateur de liberté qui trompent
et asservissent. Jésus annonce qu’il est au service
du Dieu Sauveur créateur de nouveauté et que c’est lui
qu’il faut écouter.
Cet exclusivisme ne tient pas à sa
personne, mais au fait que ce qu’il dit vient de Dieu.
Pour nous en convaincre, l’évangéliste
Luc nous rapporte cet épisode à la synagogue où le texte,
aux yeux des auditeurs devient parole. Une parole qui
fait ce qu’elle dit.
L’alliance entre Dieu et les hommes
est nouvelle puisqu’elle est incarnée par Jésus de Nazareth.
C’est un peu comme si l’assemblée n’écoutait
plus seulement un texte définitif et figé mais comme
si elle « lisait » Jésus, incarnation de la nouvelle
alliance.
Cette bonne nouvelle nous engage, elle
nous mobilise, elle nous met en route : nous plaçons
notre confiance en un Dieu qui s’est révélé au milieu
de l’assemblée.
Jésus-Christ manifeste la présence
du royaume de Dieu.
Il nous appelle à nous décharger de
tout ce qui nous rend prisonnier et immobile.
Nous décharger de tout ce qui a triomphé
en nous, avec ou contre notre gré, et qui nous sépare
de Dieu, qui nous rend prisonnier.
Oui, qu’est ce qui a triomphé de nous
qu’est ce qui nous empêche d’entrer pleinement dans
la voie de l’Evangile ?
Les récits évangéliques rapportent
de nombreuses occasions où Jésus invite certains de
ses interlocuteurs à le suivre et qui ne sont guère
enthousiasmés par cette idée.
Prenez par exemple la rencontre avec
le jeune homme riche, le récit de Luc 18. Il souligne
que le jeune homme devint tout triste lorsqu’il entendit
l’exhortation de Jésus : « Vas et vends tout ce que
tu as ».
La bonté de Dieu va jusqu’à précéder
la compréhension humaine que l’on peut avoir de son
plan et de son amour.
Prenez le récit des dix lépreux ; ils
sont dix et demandent avec ardeur la guérison (Luc 17,
11 à 19). Ils l’obtiennent, nous dit le récit, et pourtant
il n'y en aura qu’un seul qui reviendra remercier Jésus.
Ils n’ont vu en lui qu’un guérisseur
et ils ne se sont pas posés de question sur ce qui leur
était arrivé !
La guérison des aveugles n’est pas
seulement physique.
Si l’Evangile est un appel à combattre
avec toute notre énergie le mal sous toutes ses formes,
il est aussi un appel à mettre la lumière là où elle
absente.
Il ne faut pas oublier que pour les
contemporains de Jésus le débat est grand et beaucoup
pensaient que la maladie était la conséquence du péché,
du mal commis par les humains. Certains iront jusqu’à
évoquer que l’aveuglement physique et spirituel est
la conséquence du péché et sa punition.
L’Evangéliste Luc veut nous amener
à saisir un Jésus qui ne vient pas seulement pour être
un guérisseur mais pour nous faire entrer dans une nouvelle
manière de vivre ; dans nos communautés, dans nos églises,
dans nos familles.
La rencontre avec Jésus nous amène
à poser un regard nouveau sur nos compagnons de route.
On peut bien sûr par habitude passer
son temps à répéter pendant des siècles de belles formules,
sans jamais les traduire en actes.
Jésus nous prend à contre-pied. Si
nos formules finissent par s’user et nous agacer les
oreilles, Dieu nous invite à nous laisser habiter par
elles.
Jésus considérait que des paroles,
finalement banales et classiques, avaient l’autorité
nécessaire pour devenir des paroles de vie
Etre disciple de Jésus c’est croire
qu’avec Lui, les hommes sont sauvés, libérés de tout
ce qui écrase ; c’est se mettre au travail pour que
le bonheur voulu par Dieu parvienne à tous ceux et celles
qui sont enfermés dans le malheur.
Etre disciple de Jésus, c’est accomplir,
avec Lui, des œuvres qui disent la réalité du Salut
offert, qui libèrent et rendent espoir aux humains,
qui leur permettent de vivre debout, dignes et fiers
car ils sont fils et filles bien aimés du Père.
Etre disciple du Christ, c’est croire
en ses paroles et être prêts à le suivre, en marchant
dans ses pas. C’est être comme lui annonciateur de bonne
nouvelle.
A la synagogue de Nazareth, les yeux
des membres de l’assemblée sont fixés sur Jésus.
Etre disciple du Christ, c’est découvrir
à travers la lecture du texte ancien, sa présence dans
notre vie aujourd’hui.
Citation de M Luther « Aujourd’hui,
reconnaîtrions-nous le Christ s’il passait par la fenêtre
? Mieux vaut chercher à le saisir par les Ecritures
»
Oui, « Cette parole de l’Ecriture,
que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle
s’accomplit »
Frères et sœurs, nous croyons en Dieu.
Christ est Parole de Dieu,
Il est vivant.
Amen
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Texte biblique :
Matthieu
25, 14-30
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Les chapitres 24 et 25 de l’évangile
selon Matthieu offrent une réponse de Jésus à une question
angoissée des disciples : « Dis-nous quand cela arrivera
et quel sera le signe de ton avènement et de la fin
du monde ? »
La parabole des talents fait partie
d'un ensemble de paraboles regroupées autour du thème
de la vigilance dans l'attente du retour du maître.
Elle nous dit que la vraie vigilance n'est autre que
la fidélité dans le service du Seigneur. « Veillez et
travaillez »
Elle détruit donc la notion d'une foi
passive, paresseuse, déresponsabilisante, la religion
opium du peuple, oreiller de paresse, dans laquelle
il s'agit de s'en remettre à Dieu qui nous prend en
charge et nous dégage de nos responsabilités.
Mais elle n'enseigne pas pour autant
l'activisme, la morale du devoir, de l'effort, du travail,
la peur de ne pas en faire assez, en un mot le salut
par les œuvres.
Ni une foi endormante ni une foi écrasante.
L'accent ne porte pas tant sur nos
devoirs à remplir que sur notre relation à Dieu et notre
responsabilité devant Dieu. Cette relation à Dieu doit
d'abord être une relation de confiance et d'amour.
La première chose que nous révèle cette
parabole, c'est que Dieu nous fait confiance.
Voici un maître qui confie à ses serviteurs
d'énormes sommes d'argent. Le talent, qui a pris dans
notre langue le sens de capacité naturelle, d'aptitude
particulière, était à l'époque un certain poids d'argent
ou d'or.
Un talent représentait environ vingt
années de salaire d'un ouvrier. On peut donc entendre
par là non seulement nos talents naturels ou les dons
spirituels que Dieu nous accorde, mais aussi tous les
biens que Dieu met à notre disposition et qui lui appartiennent.
Ainsi donc, ce maître confie à ses
serviteurs une importante partie de ses biens et s'en
va en leur faisant confiance pour les utiliser au mieux.
Il leur laisse à cet effet une grande liberté, il ne
leur dicte pas leur conduite, il ne les enferme pas
dans un règlement à appliquer bêtement.
Il les traite en adultes, en hommes
responsables, capables d'initiative.
C'est ainsi que Dieu agit envers nous.
En quittant ses disciples, Jésus leur a fait confiance.
Il leur a remis ses biens jusqu'à son retour, en leur
laissant une grande marge d'initiative.
Le serviteur de Dieu, c'est-à-dire
le chrétien, a une tâche à accomplir, mais en adulte,
en homme ou en femme responsable.
On a pu dire que la vraie maturité
se voit à la capacité d'accomplir avec autant de soin
notre tâche quand personne ne nous regarde que quand
quelqu'un nous surveille !
Les deux premiers serviteurs de la
parabole ont compris cela. Le maître leur a fait confiance.
Ils veulent se montrer dignes de cette confiance. Ils
veillent à ne pas décevoir l'attente du maître.
Ils se reconnaissent responsables devant
lui. Aussitôt, ils s'emploient à faire valoir le bien
reçu. Cet empressement montre qu'ils n'agissent pas
simplement par devoir, mais par amour. Les affaires
de leur maître leur tiennent à cœur.
Ils ne se sentent pas exploités, bernés,
brimés, mais bien honorés, valorisés par la confiance
qui leur est faite. Ils croient à la bienveillance de
leur maître.
Faisons un pas de plus en affirmant
que le maître de la parabole donne, sans rien exiger
en retour. Et que l’action des serviteurs n’est pas
liée à la réaction ou au jugement du maître
Est-ce bien ainsi que nous voyons la
tâche que Dieu nous confie, à nous chrétiens ? Comme
une marque de confiance, une grâce, mais qui nous met
en position de responsabilité et nous appelle à la fidélité
?
L'Evangile est un message de grâce.
Il nous parle d'abord de ce que Dieu nous donne, d'un
salut qui est un don gratuit.
Cette grâce mobilise, elle met en route.
Le don de Dieu comporte une mission,
une tâche à accomplir, une réponse d'amour qui est l'engagement
de notre vie à son service.
La grâce conduit au service.
C'est ce que le troisième serviteur
de la parabole n'a pas su — ou voulu — comprendre. Son
comportement peut nous paraître étrange. Un trou dans
la terre ; quelle drôle d'idée ! Pas si drôle que ça
quand on sait que, d'après la législation rabbinique,
le dépositaire d'une somme d'argent était dégagé de
sa responsabilité en enfouissant cet argent dans la
terre, puisque c'était là la plus sûre protection contre
les voleurs.
Nous discernons donc la première préoccupation
de ce serviteur : se dégager de sa responsabilité, reprendre
sa liberté, laisser de côté les affaires du maître pour
s'occuper des siennes propres.
A ses yeux, la confiance qui lui est
faite est un fardeau. Travailler pour un autre, c'est
être exploité. Tout ce qu'il fait pour le maître est
perdu pour lui. Cette façon de penser n'est pas si étrange.
Elle nous paraît même naturelle, évidente — au moins
à certains moments.
Mais comment faire, se dit ce serviteur,
pour révoquer le droit du maître, ou tout au moins pour
le rendre inoffensif. Le trou dans la terre, c'est la
solution. A son retour, je pourrai lui dire : "Voilà,
tu as ce qui est à toi. Je n'ai rien perdu. Je ne suis
pas de ces mécréants qui gaspillent ce qui ne leur appartient
pas".
Derrière ce raisonnement se cache une
autre motivation : ma sécurité d'abord. Ce serviteur
ne veut rien faire qui comporte des risques. Il cherche
à s'assurer, à se garder de l'échec possible, à ne pas
commettre de faute. Mieux vaut ne rien faire que mal
faire. Il n'a rien fait de mal — Il ne doit rien à personne.
Sa responsabilité est dégagée.
La solution qu'il a trouvée lui paraît
donc astucieuse. La suite des événements montre qu’elle
est, en réalité, stupide. Parce qu'elle repose sur une
fausse image du maître, sur un manque de confiance dans
la bienveillance du maître, sur une mentalité d'esclave,
et non de collaborateur à qui on a fait confiance.
"Tu es un homme dur qui moissonne
où il n'a pas semé". Dans sa relation au maître,
c'est la méfiance qui règne, et non la confiance ; la
grogne, et non la bonne volonté ; la rancune et non
l'amour.
Or, voilà qu'en voulant se défendre
de son maître, il s'expose à son jugement.
Rien n'est pire, en effet, que de chercher
à se défendre de Dieu au lieu de lui faire confiance,
en acceptant la confiance que lui nous fait. Rien n'est
pire que de vouloir se soustraire au jugement de Dieu,
en lui refusant le droit de nous demander des comptes.
Il est bien question de jugement dans
cette parabole. Le maître revient et demande à ses serviteurs
de lui rendre des comptes. Je sais que c'est là une
idée qui déplaît, qui fait peur. On évite d'en parler
pour ne pas effrayer. On cherche à l'éliminer de la
Bible. Mais je crois que, si nous refusons l'idée de
jugement, c'est que nous comprenons mal de quoi il s'agit.
Je crains même que cela ne révèle que nous en restons
encore peu ou prou à la mentalité défensive, possessive,
revendicatrice du troisième serviteur de la parabole.
Essayons de comprendre le sens du jugement
tel qu'il apparaît ici. Le maître demande des comptes
à ses serviteurs : c'est cela qui les rend vraiment
responsables. Responsable veut dire capable de répondre
de ses actes, de ses choix. Mais aussi tenu de répondre.
Dans nos relations avec les autres, nous cherchons mille
excuses pour ne pas avoir à répondre, à rendre compte.
Le jugement signifie encore autre chose
: un jour, la vérité apparaîtra. Il faut qu'elle apparaisse,
que soit mis fin aux mensonges, aux tromperies, aux
faux semblants, aux tricheries qui empoisonnent les
rapports humains. Il faut qu'on y voit clair. Un jour,
nos camouflages s'évanouiront, la vérité de notre vie
sera dévoilée.
Nous pouvons chercher à repousser ce
jour, y parvenir longtemps, mais pas toujours.
Nous autres humains, nous sommes de
remarquables fabricants d'excuses. Mais nos excuses
cachent le plus souvent une fuite devant la responsabilité
d'aimer, notre infidélité du service de Dieu et des
hommes, notre manque de courage, notre égoïsme qui nous
pousse à garder pour nous la grâce qui doit être partagée
avec d'autres.
Le malheur, c'est qu'en fuyant le jugement,
en esquivant notre responsabilité, nous nous condamnons
nous-mêmes, comme le serviteur de la parabole.
Parce que notre attitude révèle que
notre relation à Dieu est celle d'un esclave, qui n'aime
pas son maître et lui refuse sa confiance. Et c'est
cela qui nous juge, plus que nos fautes et nos échecs.
Pour qui fait confiance à Dieu, son
jugement n'est pas à craindre.
L'évangile de Jean déclare que Dieu
n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le
monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Celui
qui croit en lui n'est pas jugé. Dieu lui fait grâce.
Et celui qui a cru en cette grâce,
qui a reçu la bonne nouvelle que Dieu ne le traite pas
durement comme un esclave, mais avec amour comme son
enfant, celui-là peut alors comprendre que servir Dieu
n'est pas un malheur, une privation de liberté, mais
la réponse normale de notre amour au sien, la grâce
d'être utile, de collaborer à l'œuvre du Dieu Sauveur.
Le fait est que ce qui va perdre le
mauvais serviteur est plus sa théologie que son incapacité
à bien gérer un Talent.
Ce serviteur ne pouvait croire au don,
malgré le geste explicite du maître, il pensait que
Dieu était un homme dur, moissonnant où il n'a pas semé...,
il avait peur de Dieu, qu'il voyait, à tort, comme un
maître exigeant, pouvant punir, et utilisant ses serviteurs
pour son propre service, pour faire à sa place ce qu'il
aurait dû faire lui-même.
Là est l'erreur grave et fondamentale.
En fait, dans sa logique, il ne pouvait croire au don
gratuit, restant dans une logique de la dette.
Or cette logique de la dette est catastrophique,
autant pour ce qui est de notre relation à Dieu que
pour ce qui est de notre relation aux autres.
Elle conduit à la peur, au jugement,
à la violence, à la haine et à la mort.
Or le don n'est pas une avance, Dieu
ne nous donne pas par avance pour mieux nous coincer
et nous rendre redevable à son égard.
Si Dieu nous a donné, c'est pour une
raison simple, c'est qu'il nous aime. Dieu a donc ses
raisons, et ce n'est pas à nous à donner ensuite raison
à Dieu de nous avoir offert.
Il faut croire que Dieu nous a aimé,
et qu'il nous a donné. Ce don n'est pas pour nous écraser
de devoir, mais pour nous libérer, pour nous donner
la joie.
La liberté que donne le Christ est
réelle, de même que le don de sa grâce est un vrai don,
et totalement gratuit, nous n'avons pas à payer, ni
par avance, ni après.
Nous sommes appelés à vivre dans la
liberté et dans la joie, motivés non pas par la crainte
de dévaloir, mais motivés par la reconnaissance.
La grâce est un moteur, une énergie,
une force.
Le Christ ne nous écrase pas de devoirs,
mais il nous invite à changer nos cœurs, à nous convertir,
à accepter la grâce, et à vivre de la grâce.
Amen
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Dimanche
9 novembre 2008
Texte biblique :
Jean
2, 13-25
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Qu’évoque le mot temple à un contemporain ?
Dans un premier temps, il fera probablement penser
aux temples gréco-romains ou aux temples d’Égypte, donc
au paganisme.
Dans un deuxième temps, il sera peut-être associé
au temple de Jérusalem ou plutôt aux temples de Jérusalem,
puisqu'il y en a eu deux :
- le premier
construit sous le règne du roi Salomon, au 10ème siècle,
et détruit au début du 6ème siècle par les Babyloniens
;
- le deuxième
érigé à la fin du 6ème siècle, après le retour difficile
de la captivité babylonienne, et ensuite élargi et embelli
à partir de l’an 20 avant notre ère par le roi Hérode.
C’est ce temple que Jésus a connu, mais il n’a été
définitivement achevé qu’après sa mort. Et quelques
années plus tard, en l’an 70, il fut détruit par les
soldats romains. Aujourd’hui, il n’en reste pratiquement
rien, sauf le fameux mur des Lamentations.
Puis, il y a les temples réformés !
Cette appellation est une spécialité notamment française
qui, au début, étonne un non réformé, mais à laquelle
on finit par s’habituer.
Elle s’explique en partie par l’histoire religieuse
mouvementée en France, par le souci des protestants
français de se distinguer des catholiques et de leurs
églises, même s’il semble qu’aux 16ème et 17ème siècles,
le mot temple pût tout aussi bien désigner un sanctuaire
catholique. Les protestants faisaient aussi valoir que
dans la Bible, temple désigne un sanctuaire, contrairement
à église qui désigne non pas un édifice, mais la communauté
chrétienne.
Or il est moins connu que l’idée du temple subit
des transformations dans le Nouveau Testament.
Revenons un moment sur ce récit de l’évangéliste
Jean, « les vendeurs chassés du temple »
« Les marchands du Temple » !
Histoire que nous connaissons tous.
Histoire que nous visualisons aisément.
Jésus se confectionne un fouet, se fraie un chemin
au milieu de la foule bruyante et des étals de marchandages,
qui renverse des tables, disperse les animaux et accompagne
son intervention d'une parole, toute aussi brutale :
" De la maison de mon Père, vous avez fait une
caverne de bandits ". ‘Otez cela d’ici, ne faites
pas de la maison de mon Père une maison de trafic’.
(Segond révisé)
‘Enlevez tout cela d’ici ! Cessez de faire de la
maison de mon Père une maison de commerce !’ (NBS)
A Jérusalem.
Dans le Temple.
Pourquoi Jésus intervient-il si violemment alors
qu'il prêche par ailleurs la douceur ? Pourquoi lui
donne-t-il une pareille publicité alors qu'il accompagne
ses miracles d'une grande discrétion ? Quel sens donner
à cet acte spectaculaire ?
Il convient d’abord de préciser le contexte.
Dans les Evangiles de Matthieu, Marc et Luc, l'épisode
se situe à la fin du ministère de Jésus : ce dernier
monte à Jérusalem. Il vient comme Messie pour purifier
un culte devenu trop formel. Lorsqu'il est entendu par
le sanhédrin, le conseil supérieur juif, il annonce
qu'il vient détruire ce que le temple signifie - à savoir
la primauté des rites - pour le remplacer par un culte
spirituel.
Ici, la scène se déroule au début du ministère de
Jésus, lors d'une fête de la Pâque. Jésus entre dans
l'enceinte du Temple.
Il y trouve tout ce qui facilite l'exercice de la
piété rituelle.
Il y a des marchands de bœufs, de brebis et de colombes,
destinés à être vendus aux fidèles pour offrir des sacrifices.
Quant aux changeurs, ils procurent aux pèlerins venant
de l'étranger les monnaies acceptées par les prêtres
chargés de recueillir les offrandes ainsi que l'impôt
annuel versé par tout Juif adulte pour l'entretien du
Temple.
Ces changeurs étaient d'autant plus nécessaires que
les autorités du temple n'acceptaient que des monnaies
provenant de la ville de Tyr car les Tyriens évitaient
soigneusement de réduire dans leurs pièces la proportion
de métaux précieux.
Pareil dispositif est habituel. Pourtant, un jour,
Jésus ne l'accepte pas.
Il le renverse au péril de sa vie.
Jésus, en effet, sait qu'il enclenche un processus
d'opposition violente avec les autorités juives et qu'il
risque d'y laisser la vie. C'est ce qu'il laisse entendre
en citant le Psaume 69 : " Le zèle (la passion
jalouse) de ta maison me dévorera ".
Les disciples l'ont également compris. Ils lisent
au futur que ce zèle de Jésus pour un vrai culte sera
sa perte. Ce que Jésus fait là le conduit tout droit
à la mort.
D'ailleurs, l'incident du Temple et les paroles qu'il
prononce lui seront rappelées, sur la croix.
Qu'est-ce qui peut donc justifier un acte si lourd
de conflits à venir ?
Spontanément, deux réponses nous viennent à l'esprit
: Jésus veut réaffirmer la sainteté du Temple, souillé
par l'argent et les tractations financières et il s'insurge
contre une commercialisation de la religion.
Lorsque Jésus chasse les marchands du Temple, ce
n'est pas pour purifier le Temple de la présence impure
et grossière de bétail ou de vendeurs. Une telle idée
est anachronique.
Le Temple de Jérusalem est un ensemble immense et
composite, les vendeurs d'animaux se tiennent sous les
portiques du parvis du temple, loin du saint des saints
où réside la gloire de Dieu.
Une autre explication nous vient alors à l'esprit.
Jésus mettrait en garde les Juifs contre les fausses
sécurités des rites. Les Juifs placent leur confiance
dans les sacrifices, ils se croient ainsi en règle avec
Dieu et en oublient l'essentiel : une foi profonde,
spirituelle, qui se traduit dans la recherche permanente
de la justice et de l'amour du prochain.
C'est pour ce motif que Jérémie a prononcé ces mêmes
paroles. C'est pour ce motif que les prophètes n'ont
cessé de dénoncer une foi superficielle et ont exhorté
le peuple à une réforme de la foi, une intériorisation
de la foi, une mise en pratique de la foi.
Ici, Jésus va plus loin. Il ne vient pas réclamer
une nécessaire purification des sacrifices, il vient
les supprimer. Il n'entend pas purifier le temple mais
annoncer sa caducité.
Avant d'aller à Jérusalem, Jésus avait inauguré,
à Cana, un procédé que nous allons retrouver ici. Il
avait effectué un acte fort - la transformation d'eau
en vin - auquel il avait donné sens par un enseignement.
Ici, il joint à son intervention une parole, qu'il
prononce devant les représentants des Juifs, venu l'interroger
sur sa légitimité.
" Qui es-tu pour oser contester des rites séculaires
et sacrés ? " lui demandent-ils en substance.
" Détruisez ce Temple et, en trois jours, je
le rebâtirai " répond Jésus. Je ne fais pas que
purifier le temple, je le supprime car le nouveau temple,
c'est moi. Je le suis ou plutôt je le serai, une fois
ressuscité.
L’idée du temple subit une ici une transformation.
Il n'est donc pas question de réformer le culte mais
d'inaugurer une toute autre relation des hommes à Dieu.
Il ne s'agit pas de dénoncer un " abus de biens
religieux ", mais d'annoncer un changement radical
: le Christ est le nouveau Temple de Dieu, en personne.
Au lendemain de la résurrection, lorsque l'Esprit
leur fut accordé, les disciples discernèrent enfin le
sens de ce geste et de cette parole de Jésus.
Ils avaient partagé l'incompréhension générale jusqu'au
moment où, à la lumière du matin de Pâques, ils saisirent
le sens de ce signe.
Jésus parlait de sa personne.
Il est cette présence de Dieu au milieu de son peuple,
rendant inutiles es sacrifices, conformément à la prophétie
de Zacharie : " Il n'y aura plus de marchands dans
la maison du Seigneur tout puissant en ce jour-là ".
En Jésus, par Jésus, le croyant rencontre son Dieu.
Jésus est le point de jonction entre Dieu et les
hommes.
Aujourd'hui encore, Jésus-Christ est le Temple de
Dieu en ce qu'il rend Dieu présent et nous le fait connaître.
Par lui et avec lui, nous pouvons entrer en communion
avec Dieu, connaître sa volonté, ses sentiments pour
nous, sa puissance.
" Nul ne peut connaître Dieu " écrit Jean
dans son prologue, mais " le Fils unique de Dieu
nous l'a révélé ".
Ainsi, ce qui fonde notre foi, ce ne sont pas les
rites même s'ils participent à toute vie religieuse,
ni la vie communautaire même si elle consolide notre
foi et la met en pratique, ni l'attachement identitaire
à l'histoire et au peuple protestant réformé, ni la
densité intellectuelle de telle prédication ou de tel
courant théologique.
Ce qui fonde notre foi, ce qui nous permet d'entrer
en communion avec Dieu, c'est Jésus-Christ.
Il nous faut donc sans cesse épurer notre vie, épurer
notre foi et les recentrer sur Jésus-Christ, en écoutant
son enseignement, en reconsidérant nos choix en fonction
de lui, en accueillant sa présence dans nos vies.
Jésus est le temple de Dieu.
La porte est ouverte.
Nous sommes conviés.
Il vit devant nous, par sa Parole et par son Esprit
Amen !
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Dimanche
20 juillet 2008
Texte biblique :
Romains
8, 26-30
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Vous savez sans doute ou bien vous
avez déjà entendu dire que la prière est le moteur d'une
piété vivante : tant que quelqu'un peut prier (appeler
au secours, négocier son cahier de charges), il n'est
pas tout à fait perdu...
Mais nous savons aussi que la prière,
c'est-à-dire l'expression même de notre relation à Dieu,
n'est pas ce qui marche le mieux dans notre vie quotidienne,
et nous devons bien donner raison à l'apôtre quand il
écrit que « nous ne savons pas prier comme il
faut » (v.26).
Tantôt trop distraits, tantôt trop
stressés ou tout simplement paresseux ; et la première
à en pâtir, c'est notre vie spirituelle !
Mais, vous l'avez entendu, ce passage
du chapitre 8 de l’épître aux Romains sur lequel nous
nous arrêtons un moment ce matin nous rapporte un bel
encouragement :
« Quand nous ne savons pas prier comme
il faut, l'Esprit de Dieu vient en aide à notre faiblesse
» (v. 26).
Peut-être avez-vous déjà pu vérifier
personnellement cette affirmation : vous étiez fatigués,
à plat, mais Dieu s'est rappelé à vous par une image
ou une parole qui vous ont touchés.
Cela vous a réveillés ou alors, vous
avez vu les choses dans une autre perspective ; bref,
Dieu vous a rendus à la vie, à la joie de vivre ou à
vos responsabilités, en tout cas à la vie avec lui.
Cela ne veut pas dire que nos prières
gagnent tout à coup en perfection ; peut-être ne sont-elles
que des phrases très courtes : « Merci, Seigneur, de
te savoir près de moi ! » ou « Prends pitié, mon Dieu
! », mais nous aurons la certitude que ce que l'Esprit
Saint a ainsi suscité et exprimé, va, à tous les coups,
rejoindre le cœur de Dieu et être compris par lui.
Il n'est donc pas surprenant que l'apôtre
souligne dans ce contexte : « Nous savons, en effet,
que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu »
(v. 28).
Car si, dans sa grande bonté, notre
Père céleste vient nous aider quand nous sommes incapables
de prier, nous pouvons être sûrs qu'il ne nous abandonnera
pas dans toutes les autres situations de la vie et nous
pouvons donc lui remettre et nos soucis pour le pain
quotidien et ceux qui concernent notre emploi ou l'avenir
de nos enfants.
Attention, ce « tout concourt au bien
de ceux qui aiment Dieu » ne signifie pas qu'il n'y
ait plus de soucis à se faire : certaines difficultés
peuvent se présenter. Il faut les affronter. Mais cela
n’enlève pas la promesse qui a été faite.
En effet, le meilleur qui puisse nous
arriver, c'est « d'être conformes à l'image du Fils
de Dieu » et « d'être ajoutés au nombre de ses frères
»(v. 29) !
Cette mention de l'image nous renvoie
à l'une des premières affirmations de la Bible où il
est dit que « l'homme a été créé à l'image de Dieu »
et donc appelé à vivre en communion avec lui.
Oui, nous étions, en principe, capables
de l'aimer et de nous abandonner à lui, mais en réalité
nous constatons tous les jours combien nous avons perdu
cette qualité d'origine, au point de ne même plus être
« branchés sur sa longueur d'ondes ».
Car désormais pour pouvoir seulement
imaginer ce que c'est que d'être « à l'image de Dieu
», il nous faut considérer le Christ Jésus en qui se
décline une vie faite de confiance en Dieu et d'obéissance
à sa Parole.
Jésus-Christ est venu dans le monde,
pour nous permettre de retrouver le sens premier de
notre existence, savoir la représentation du Créateur
au sein de la création !
Malgré les épreuves, les maladies,
les difficultés de la vie, les déceptions ; Dieu est
là, qui persévère à nous délivrer, pour nous redresser,
pour nous permettre de repartir de l’avant.
A ce propos, il est utile de bien lire
le « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu »
avec le précieux rajout qui le complète : « ...de ceux
qui aiment Dieu et qui sont appelés selon son dessein
» ! —
Souvent, nous laissons cela de côté,
parce que nous ne savons pas comment comprendre ce «
dessein », comme si Dieu avait, dès le commencement,
décidé qui de nous héritera la vie éternelle et qui
en sera définitivement exclu.
Je reconnais avec vous qu'une telle
prédestination peut donner la chair de poule et nous
décourager, surtout quand nous nous arrêtons à nos difficultés
pour aimer Dieu et le prochain, mais l'apôtre ne parle
pas ici de cette prédestination-là !
Il souligne seulement à l'adresse de
chacun : si tu peux croire en la miséricorde de Dieu,
ce n'est pas ton mérite, mais c'est parce que Dieu t'a
fait grâce.
Nous pensons volontiers que la foi
est notre affaire : c'est nous qui écoutons l'appel
de Dieu et qui décidons de lui répondre ou non...
Et il y a du vrai dans cela : l'homme
participe à son salut, puisqu'il choisit entre la vie
et la mort et qu'il se met oui ou non à la suite du
Christ.
Mais, dans tout cela, il s'agit plus
de notre disposition que d'un mérite.
Si nous disons « oui » à l'Evangile,
c'est parce que Dieu a tout fait pour que cet Evangile
existe et nous parvienne, peu importe si c'est à travers
l'Histoire en général ou à travers notre histoire particulière,
par nos parents, nos connaissances ou par tel éducateur
qui ont été ou qui a été notre évangéliste...
C'est d'ailleurs heureux que notre
foi ne dépende pas de nos décisions ou de nos humeurs,
car elle serait aussi incertaine et changeante qu'elles
; mais parce que nous pouvons savoir que notre foi a
été suscitée par Dieu et qu'elle est fondée sur son
amour, elle n'a plus rien à craindre ni des modes ni
de quelque courant d'air !
Ce qui compte, c'est que nous nous
sachions
« appelés, justifiés et glorifiés ».
Certains peuvent dater leur appel :
il précède immédiatement leur repentir et leur engagement
à suivre Jésus-Christ sur le chemin de la vie nouvelle.
Certains se savent appelés dès l'aube
pour aller travailler dans la vigne du Seigneur, d'autres
n'ont reçu leur convocation qu'au soir de leur vie,
comme les ouvriers embauchés à différentes heures (Mt
20,1-16).
Pour la grande majorité d'entre nous,
cet appel a même dû se répéter, comme pour Simon Pierre,
pour qu'enfin nous soyons capables de prendre des responsabilités
dans l'Eglise (Jn 20, 15-17).
Alors ne nous inquiétons pas, si nos
enfants ou d'autres personnes que nous aimons traînent
les pieds pour répondre à leur appel.
Dieu nous offre d'être rendus justes
devant lui, à cause de son amour en Jésus-Christ ; alors
acceptons ce cadeau et allons à Dieu, tels que nous
sommes, et faisons-lui confiance : la croix du Christ
nous a ouvert le chemin de son cœur et ... « nous a
glorifiés » !
Oui, « glorifiés », car bien que nous
cheminions encore sur terre, Dieu nous regarde comme
ceux qui ont déjà atteint au but : puisque le « premier
de cordée » — Jésus Christ — est arrivé dans sa gloire,
il n'y a plus de doutes quant à notre destinée.
Voilà, frères et sœurs, comment « Dieu
vient en aide à notre faiblesse »
Si tu peux croire en la miséricorde
de Dieu, ce n'est pas ton mérite, mais c'est parce que
Dieu t'a fait grâce.
Qu’il nous soit en aide.
Amen.
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Dimanche
13 juillet 2008
Texte biblique
:
Esaïe
55, 6-13
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L'avez-vous déjà réalisé ? Dieu est
surprenant.
Il ne se laisse pas enfermer dans des
idées ou dans des définitions, seraient-elles dans la
tête ou sur les lèvres de ceux qui croient en lui !
C'est que Dieu colle rarement avec
nos images de Dieu. Dieu se cache, à moins que ce ne
soit comme un Dieu caché qu'il se fasse connaître…
Oui, notre Dieu est réellement surprenant,
c'est sans doute pourquoi les gens ne le trouvent pas
facilement : ils ne le cherchent peut-être pas au bon
endroit ! Et nous ?…
Les humains pensent que Dieu est au
ciel... et si Dieu n’est pas au ciel, ils se rabattent
alors sur la terre : assurément Dieu est partout…
Si Dieu n’est pas partout, alors les
humains se réfugient dans le concept : certainement
Dieu est grand, Dieu est tout-puissant, Dieu est l'Etre.
Quant à nous, nous sommes touchés par
le néant de la maladie, le néant de toutes sortes de
détresses, nous sommes impuissants devant le monde et
tous ses rouages, et même, nous sommes impuissants devant
le moindre de nos semblables.
Nous sommes des petits, et ceux qui
se croient grands ne sont guère différents des autres.
Si Dieu est tellement grand, et nous
si petits, un tel dieu doit être bien dangereux, la
distance entre sa majesté et notre petitesse est bien
trop grande pour nous.
A moins qu'il ne soit trop près.
Si Dieu est trop près, les humains
se noient alors dans la culpabilité !
Dans ce cas-là, Dieu est notre juge,
le Dieu grand s'est approché, et tout ce qui nous arrive
se révèle alors n'être que la sanction de notre misère.
La venue de Dieu est pour le jugement, et voici la condamnation
qui arrive. Qui donc serait trouvé pur, blanc comme
neige, devant ce Dieu-là ? Si ce Dieu existe, qu'il
s'en aille donc loin, oui, qu'il disparaisse de l'horizon
de nos vies !
Mais Dieu n'est rien de tout cela.
Dieu n'est pas un fantasme de l'ère pré-scientifique.
Dieu n'est pas la projection de nos envies ou de nos
peurs. Dieu n'est pas la raison de nos réussites ou
de nos échecs. On ne peut pas non plus enfermer Dieu
dans une doctrine ou théorie scientifique.
Dieu est différent.
Dieu se laisse chercher, Dieu se laisse
trouver.
Dieu dévoile la méchanceté, mais pas
pour la punir : c'est pour la transformer, pour la réduire
!
Dieu n'est pas homme pour se venger,
pour avoir besoin de la puissance, pour vouloir la richesse.
Dieu n'est pas homme pour avoir besoin
qu'on le serve, qu'on lui rende un culte, qu'on lui
sacrifie sa vie.
Dieu est un ami.
- Dieu est un Dieu qui marche, et non
un Dieu qui réside.
- Dieu est un Dieu qui donne, et non
un Dieu qui attend de recevoir.
- Dieu est un Dieu qui parle, et non
un Dieu qui condamne.
Et la marche de Dieu à nos côtés, comme
celle d'un ami, éclaire nos pas et nous soutient.
Et la grâce de Dieu pour nous, comme
le cadeau d'un ami, n'attend rien en retour que la joie
de celui qui reçoit.
Et la parole de Dieu pour nous, comme
celle d'un ami, est faite de silence et de présence,
de compassion et de discrétion.
Mais la parole de Dieu, si faible soit-elle,
comme la parole d'un ami, est une parole agissante,
une parole qui transforme, qui relève, une parole qui,
d'un mot, peut donner un sens ou changer un cap, comme
ça, l'air de rien, juste par amour.
La parole de Dieu, sans fanfare ni
décorum, la parole de Dieu change le monde, mais pas
au-dessus de nos têtes : c'est dans nos cœurs, c'est
dans les circonstances con¬crètes de la vie, que cette
parole retentit. Cette parole, elle se livre à nous,
dans les pages de cette Bible, dans les échos de ce
temple (de cette chapelle).
C'est que Dieu, oui, le Dieu du ciel
qui n'est pas dans le ciel, s'est fait proche, proche
de nous, d'une proximité qui n'est pas celle de la terre.
Dieu se laisse trouver quand on le
cherche, lui, et non pas un autre dieu.
Si c'est la science qui le cherche,
elle ne le trouvera pas.
Si c'est la philosophie, elle se convaincra
de son inexistence.
Si c'est la soif de mystère ou de magie,
la soif de puissance de celui qui en manque ou de celui
qui l'exerce, alors beaucoup de dieux se présenteront,
mais aucun ne sera le vrai ; il ne se trouvera là que
des mensonges, des vanités…
Qu'est-ce qui, en nous, doit chercher
Dieu pour le trouver si près, lui, le vrai Dieu ? C'est
la repentance, ou la conversion, dites-le comme vous
voulez : c'est un seul mot dans la Bible !
Celui qui, en Dieu, cherche sa justice,
celui qui, en Dieu, cherche l'ami qui lui parlera, le
Père qui le nommera et qui l'appellera, celui-là est
heureux : Dieu se laisse trouver, Dieu se révèle pour
ce qu'il est, le Père miséricordieux, l'ami fidèle.
Mais à cela il faut bien une distance,
la distance pour parler sans assourdir, et néanmoins
être entendu. Il faut une distance parce qu'il faut
une parole. Sans elle, la repentance ne serait qu'écrasement
; la conversion nouvel esclavage.
Dieu est donc distant et proche, et
sa Parole, envoyée vers nous, agit en nous et nous tourne
vers lui, comme les tournesols se tournent vers le soleil,
et c'est bien ce qui les définit, c'est bien ce qui
leur a donné un nom.
Il en est de même pour les chrétiens,
puisque la parole envoyée vers nous s'appelle Christ,
et que cette parole nous tourne vers le Père, dans le
mouvement même de l'Esprit qui est la foi.
Dieu n'est pas en nous, sinon il ne
pourrait être Père et nous ne pourrions être engendrés
par lui à une vie nouvelle, à une identité nouvelle,
d'enfant de Dieu. Et Dieu n'est pas si loin que son
amour ne nous parvienne pas.
C'est qu'entre lui et nous, il y a
Christ, vrai Dieu et vrai homme. Non pas un autre Dieu
que le Père. Non pas d'une autre humanité que la nôtre.
Lieu vivant de la rencontre vivante
entre Dieu et l'homme, entre le péché et le pardon,
entre la misère et la justice. Vers ce lieu, tous sont
appelés, Esaïe déjà le savait sans encore le connaître.
Liée à cet appel qui concerne tous
les hommes, il y a une promesse pour ceux qui y répondent,
pour ceux qui sont ainsi rencontrés par la Parole de
Dieu. Cette promesse, ce n'est pas d'être un héros de
la morale ou de la foi, ce n'est pas de devenir bon
et pieux, encore que ça ne fasse de mal à personne…
La promesse de Dieu, frères et sœurs,
ce sont quatre choses.
Les deux premières sont la joie et
la paix.
Elles sont les fruits de la Parole
de Dieu en nous. Les fruits de la rencontre, en Jésus-Christ,
de Dieu et de cet être humain particulier que je suis.
Les fruits de la foi, donc.
La joie et la paix ne se fabriquent
pas et ne se perdent pas, elles se supportent mutuellement
et permettent aussi de faire face aux moins joyeux des
événements, aux plus violents des traumatismes.
De plus, elles sont communicatives
!
Et voici la troisième promesse : elles le sont à toute
la création. Montagnes et arbres deviendront eux-mêmes
joyeux et pacifiés, lorsque nous, nous le serons, lorsque
nous, nous le sommes… Ceci n'est pas dit pour souligner
notre responsabilité et donc alourdir notre responsabilité,
sinon ce serait une étrange joie, une drôle de paix.
C'est bel et bien une promesse, un fruit de l'Esprit,
là encore.
L'écologie biblique nous dit bien que
la nature dépend de nous, mais dans ce sens bien spécial
: notre
salut la fait éclater de joie !
Enfin, tout culmine avec la quatrième
promesse, le quatrième fruit de la rencontre entre Dieu
et nous : c'est que nous, nous qui recevons notre nom
de Dieu, nous serons pour lui le nom par lequel il sera
connu.
C'est donc bien une vraie adoption,
et pas seulement un acte de charité. En nous voyant,
on ne se dira plus sur Dieu qu'il est ici ou là et comme
si ou comme ça. On se dira, le monde et ses habitants
se diront : Dieu ? C'est leur Père !
Aussi, frères et sœurs, quand vous
parlez, quand vous agissez, quand vous vous tenez quelque
part, quand vous respirez !, laissez la Parole de Dieu
porter fruit en vous, afin d'être vous-mêmes le témoignage
que Dieu se rend dans le monde qui est le nôtre.
Mieux que les étoiles, la raison, la
morale ou la puissance, c'est vous qui êtes la "renommée
[de Dieu], un signe perpétuel qui ne sera pas retranché".
Amen.
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