Prédications :

PasteurSimon Wiblé

- Matthieu 25, 14-30
- Texte biblique : Jean 2,13-25

- Dimanche 20 juillet 2008
Romains 8, 26-30
- Dimanche 13 juillet 2008 : 
Matthieu 16 : 13-22

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Retour haut de page

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Retour haut de page

Matthieu 25, 14-30

Les chapitres 24 et 25 de l’évangile selon Matthieu offrent une réponse de Jésus à une question angoissée des disciples : « Dis-nous quand cela arrivera et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ? »

La parabole des talents fait partie d'un ensemble de paraboles regroupées autour du thème de la vigilance dans l'attente du retour du maître. Elle nous dit que la vraie vigilance n'est autre que la fidélité dans le service du Seigneur. « Veillez et travaillez »

Elle détruit donc la notion d'une foi passive, paresseuse, déresponsabilisante, la religion opium du peuple, oreiller de paresse, dans laquelle il s'agit de s'en remettre à Dieu qui nous prend en charge et nous dégage de nos responsabilités.

Mais elle n'enseigne pas pour autant l'activisme, la morale du devoir, de l'effort, du travail, la peur de ne pas en faire assez, en un mot le salut par les œuvres.

Ni une foi endormante ni une foi écrasante.

L'accent ne porte pas tant sur nos devoirs à remplir que sur notre relation à Dieu et notre responsabilité devant Dieu. Cette relation à Dieu doit d'abord être une relation de confiance et d'amour.

La première chose que nous révèle cette parabole, c'est que Dieu nous fait confiance.

Voici un maître qui confie à ses serviteurs d'énormes sommes d'argent. Le talent, qui a pris dans notre langue le sens de capacité naturelle, d'aptitude particulière, était à l'époque un certain poids d'argent ou d'or.

Un talent représentait environ vingt années de salaire d'un ouvrier. On peut donc entendre par là non seulement nos talents naturels ou les dons spirituels que Dieu nous accorde, mais aussi tous les biens que Dieu met à notre disposition et qui lui appartiennent.

Ainsi donc, ce maître confie à ses serviteurs une importante partie de ses biens et s'en va en leur faisant confiance pour les utiliser au mieux. Il leur laisse à cet effet une grande liberté, il ne leur dicte pas leur conduite, il ne les enferme pas dans un règlement à appliquer bêtement.

Il les traite en adultes, en hommes responsables, capables d'initiative.

C'est ainsi que Dieu agit envers nous. En quittant ses disciples, Jésus leur a fait confiance. Il leur a remis ses biens jusqu'à son retour, en leur laissant une grande marge d'initiative.

Le serviteur de Dieu, c'est-à-dire le chrétien, a une tâche à accomplir, mais en adulte, en homme ou en femme responsable.

On a pu dire que la vraie maturité se voit à la capacité d'accomplir avec autant de soin notre tâche quand personne ne nous regarde que quand quelqu'un nous surveille !

Les deux premiers serviteurs de la parabole ont compris cela. Le maître leur a fait confiance. Ils veulent se montrer dignes de cette confiance. Ils veillent à ne pas décevoir l'attente du maître.

Ils se reconnaissent responsables devant lui. Aussitôt, ils s'emploient à faire valoir le bien reçu. Cet empressement montre qu'ils n'agissent pas simplement par devoir, mais par amour. Les affaires de leur maître leur tiennent à cœur.

Ils ne se sentent pas exploités, bernés, brimés, mais bien honorés, valorisés par la confiance qui leur est faite. Ils croient à la bienveillance de leur maître.

Faisons un pas de plus en affirmant que le maître de la parabole donne, sans rien exiger en retour. Et que l’action des serviteurs n’est pas liée à la réaction ou au jugement du maître

Est-ce bien ainsi que nous voyons la tâche que Dieu nous confie, à nous chrétiens ? Comme une marque de confiance, une grâce, mais qui nous met en position de responsabilité et nous appelle à la fidélité ?

L'Evangile est un message de grâce. Il nous parle d'abord de ce que Dieu nous donne, d'un salut qui est un don gratuit.

Cette grâce mobilise, elle met en route.

Le don de Dieu comporte une mission, une tâche à accomplir, une réponse d'amour qui est l'engagement de notre vie à son service.

La grâce conduit au service.

C'est ce que le troisième serviteur de la parabole n'a pas su — ou voulu — comprendre. Son comportement peut nous paraître étrange. Un trou dans la terre ; quelle drôle d'idée ! Pas si drôle que ça quand on sait que, d'après la législation rabbinique, le dépositaire d'une somme d'argent était dégagé de sa responsabilité en enfouissant cet argent dans la terre, puisque c'était là la plus sûre protection contre les voleurs.

Nous discernons donc la première préoccupation de ce serviteur : se dégager de sa responsabilité, reprendre sa liberté, laisser de côté les affaires du maître pour s'occuper des siennes propres.

A ses yeux, la confiance qui lui est faite est un fardeau. Travailler pour un autre, c'est être exploité. Tout ce qu'il fait pour le maître est perdu pour lui. Cette façon de penser n'est pas si étrange. Elle nous paraît même naturelle, évidente — au moins à certains moments.

Mais comment faire, se dit ce serviteur, pour révoquer le droit du maître, ou tout au moins pour le rendre inoffensif. Le trou dans la terre, c'est la solution. A son retour, je pourrai lui dire : "Voilà, tu as ce qui est à toi. Je n'ai rien perdu. Je ne suis pas de ces mécréants qui gaspillent ce qui ne leur appartient pas".

Derrière ce raisonnement se cache une autre motivation : ma sécurité d'abord. Ce serviteur ne veut rien faire qui comporte des risques. Il cherche à s'assurer, à se garder de l'échec possible, à ne pas commettre de faute. Mieux vaut ne rien faire que mal faire. Il n'a rien fait de mal — Il ne doit rien à personne. Sa responsabilité est dégagée.

La solution qu'il a trouvée lui paraît donc astucieuse. La suite des événements montre qu’elle est, en réalité, stupide. Parce qu'elle repose sur une fausse image du maître, sur un manque de confiance dans la bienveillance du maître, sur une mentalité d'esclave, et non de collaborateur à qui on a fait confiance.

"Tu es un homme dur qui moissonne où il n'a pas semé". Dans sa relation au maître, c'est la méfiance qui règne, et non la confiance ; la grogne, et non la bonne volonté ; la rancune et non l'amour.

Or, voilà qu'en voulant se défendre de son maître, il s'expose à son jugement.

Rien n'est pire, en effet, que de chercher à se défendre de Dieu au lieu de lui faire confiance, en acceptant la confiance que lui nous fait. Rien n'est pire que de vouloir se soustraire au jugement de Dieu, en lui refusant le droit de nous demander des comptes.

Il est bien question de jugement dans cette parabole. Le maître revient et demande à ses serviteurs de lui rendre des comptes. Je sais que c'est là une idée qui déplaît, qui fait peur. On évite d'en parler pour ne pas effrayer. On cherche à l'éliminer de la Bible. Mais je crois que, si nous refusons l'idée de jugement, c'est que nous comprenons mal de quoi il s'agit. Je crains même que cela ne révèle que nous en restons encore peu ou prou à la mentalité défensive, possessive, revendicatrice du troisième serviteur de la parabole.

Essayons de comprendre le sens du jugement tel qu'il apparaît ici. Le maître demande des comptes à ses serviteurs : c'est cela qui les rend vraiment responsables. Responsable veut dire capable de répondre de ses actes, de ses choix. Mais aussi tenu de répondre. Dans nos relations avec les autres, nous cherchons mille excuses pour ne pas avoir à répondre, à rendre compte.

Le jugement signifie encore autre chose : un jour, la vérité apparaîtra. Il faut qu'elle apparaisse, que soit mis fin aux mensonges, aux tromperies, aux faux semblants, aux tricheries qui empoisonnent les rapports humains. Il faut qu'on y voit clair. Un jour, nos camouflages s'évanouiront, la vérité de notre vie sera dévoilée.

Nous pouvons chercher à repousser ce jour, y parvenir longtemps, mais pas toujours.

Nous autres humains, nous sommes de remarquables fabricants d'excuses. Mais nos excuses cachent le plus souvent une fuite devant la responsabilité d'aimer, notre infidélité du service de Dieu et des hommes, notre manque de courage, notre égoïsme qui nous pousse à garder pour nous la grâce qui doit être partagée avec d'autres.

Le malheur, c'est qu'en fuyant le jugement, en esquivant notre responsabilité, nous nous condamnons nous-mêmes, comme le serviteur de la parabole.

Parce que notre attitude révèle que notre relation à Dieu est celle d'un esclave, qui n'aime pas son maître et lui refuse sa confiance. Et c'est cela qui nous juge, plus que nos fautes et nos échecs.

Pour qui fait confiance à Dieu, son jugement n'est pas à craindre.

L'évangile de Jean déclare que Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui n'est pas jugé. Dieu lui fait grâce.

Et celui qui a cru en cette grâce, qui a reçu la bonne nouvelle que Dieu ne le traite pas durement comme un esclave, mais avec amour comme son enfant, celui-là peut alors comprendre que servir Dieu n'est pas un malheur, une privation de liberté, mais la réponse normale de notre amour au sien, la grâce d'être utile, de collaborer à l'œuvre du Dieu Sauveur.

Le fait est que ce qui va perdre le mauvais serviteur est plus sa théologie que son incapacité à bien gérer un Talent.

Ce serviteur ne pouvait croire au don, malgré le geste explicite du maître, il pensait que Dieu était un homme dur, moissonnant où il n'a pas semé..., il avait peur de Dieu, qu'il voyait, à tort, comme un maître exigeant, pouvant punir, et utilisant ses serviteurs pour son propre service, pour faire à sa place ce qu'il aurait dû faire lui-même.

Là est l'erreur grave et fondamentale. En fait, dans sa logique, il ne pouvait croire au don gratuit, restant dans une logique de la dette.

Or cette logique de la dette est catastrophique, autant pour ce qui est de notre relation à Dieu que pour ce qui est de notre relation aux autres.

Elle conduit à la peur, au jugement, à la violence, à la haine et à la mort.

Or le don n'est pas une avance, Dieu ne nous donne pas par avance pour mieux nous coincer et nous rendre redevable à son égard.

Si Dieu nous a donné, c'est pour une raison simple, c'est qu'il nous aime. Dieu a donc ses raisons, et ce n'est pas à nous à donner ensuite raison à Dieu de nous avoir offert.

Il faut croire que Dieu nous a aimé, et qu'il nous a donné. Ce don n'est pas pour nous écraser de devoir, mais pour nous libérer, pour nous donner la joie.

La liberté que donne le Christ est réelle, de même que le don de sa grâce est un vrai don, et totalement gratuit, nous n'avons pas à payer, ni par avance, ni après.

Nous sommes appelés à vivre dans la liberté et dans la joie, motivés non pas par la crainte de dévaloir, mais motivés par la reconnaissance.

La grâce est un moteur, une énergie, une force.

Le Christ ne nous écrase pas de devoirs, mais il nous invite à changer nos cœurs, à nous convertir, à accepter la grâce, et à vivre de la grâce.                                Amen

Texte biblique : Jean 2,13-25

Qu’évoque le mot temple à un contemporain ?

Dans un premier temps, il fera probablement penser aux temples gréco-romains ou aux temples d’Égypte, donc au paganisme.

Dans un deuxième temps, il sera peut-être associé au temple de Jérusalem ou plutôt aux temples de Jérusalem, puisqu'il y en a eu deux :  

-       le premier construit sous le règne du roi Salomon, au 10ème siècle, et détruit au début du 6ème siècle par les Babyloniens ;

-       le deuxième érigé à la fin du 6ème siècle, après le retour difficile de la captivité babylonienne, et ensuite élargi et embelli à partir de l’an 20 avant notre ère par le roi Hérode.

C’est ce temple que Jésus a connu, mais il n’a été définitivement achevé qu’après sa mort. Et quelques années plus tard, en l’an 70, il fut détruit par les soldats romains. Aujourd’hui, il n’en reste pratiquement rien, sauf le fameux mur des Lamentations.

Puis, il y a les temples réformés !

Cette appellation est une spécialité notamment française qui, au début, étonne un non réformé, mais à laquelle on finit par s’habituer.

Elle s’explique en partie par l’histoire religieuse mouvementée en France, par le souci des protestants français de se distinguer des catholiques et de leurs églises, même s’il semble qu’aux 16ème et 17ème siècles, le mot temple pût tout aussi bien désigner un sanctuaire catholique. Les protestants faisaient aussi valoir que dans la Bible, temple désigne un sanctuaire, contrairement à église qui désigne non pas un édifice, mais la communauté chrétienne.

Or il est moins connu que l’idée du temple subit des transformations dans le Nouveau Testament.

Revenons un moment sur ce récit de l’évangéliste Jean, « les vendeurs chassés du temple »

«  Les marchands du Temple " !

Histoire que nous connaissons tous.

Histoire que nous visualisons aisément.

Jésus se confectionne un fouet, se fraie un chemin au milieu de la foule bruyante et des étals de marchandages, qui renverse des tables, disperse les animaux et accompagne son intervention d'une parole, toute aussi brutale : " De la maison de mon Père, vous avez fait une caverne de bandits ". ‘Otez cela d’ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic’. (Segond révisé)

‘Enlevez tout cela d’ici ! Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce !’ (NBS)

A Jérusalem.

Dans le Temple.

Pourquoi Jésus intervient-il si violemment alors qu'il prêche par ailleurs la douceur ? Pourquoi lui donne-t-il une pareille publicité alors qu'il accompagne ses miracles d'une grande discrétion ? Quel sens donner à cet acte spectaculaire ?

Il convient d’abord de préciser le contexte.

Dans les Evangiles de Matthieu, Marc et Luc, l'épisode se situe à la fin du ministère de Jésus : ce dernier monte à Jérusalem. Il vient comme Messie pour purifier un culte devenu trop formel. Lorsqu'il est entendu par le sanhédrin, le conseil supérieur juif, il annonce qu'il vient détruire ce que le temple signifie - à savoir la primauté des rites - pour le remplacer par un culte spirituel.

Ici, la scène se déroule au début du ministère de Jésus, lors d'une fête de la Pâque. Jésus entre dans l'enceinte du Temple.

Il y trouve tout ce qui facilite l'exercice de la piété rituelle.

Il y a des marchands de bœufs, de brebis et de colombes, destinés à être vendus aux fidèles pour offrir des sacrifices. Quant aux changeurs, ils procurent aux pèlerins venant de l'étranger les monnaies acceptées par les prêtres chargés de recueillir les offrandes ainsi que l'impôt annuel versé par tout Juif adulte pour l'entretien du Temple.

Ces changeurs étaient d'autant plus nécessaires que les autorités du temple n'acceptaient que des monnaies provenant de la ville de Tyr car les Tyriens évitaient soigneusement de réduire dans leurs pièces la proportion de métaux précieux.

Pareil dispositif est habituel. Pourtant, un jour, Jésus ne l'accepte pas.

Il le renverse au péril de sa vie.

Jésus, en effet, sait qu'il enclenche un processus d'opposition violente avec les autorités juives et qu'il risque d'y laisser la vie. C'est ce qu'il laisse entendre en citant le Psaume 69 : " Le zèle (la passion jalouse) de ta maison me dévorera ".

Les disciples l'ont également compris. Ils lisent au futur que ce zèle de Jésus pour un vrai culte sera sa perte. Ce que Jésus fait là le conduit tout droit à la mort.

D'ailleurs, l'incident du Temple et les paroles qu'il prononce lui seront rappelées, sur la croix.

Qu'est-ce qui peut donc justifier un acte si lourd de conflits à venir ?

Spontanément, deux réponses nous viennent à l'esprit : Jésus veut réaffirmer la sainteté du Temple, souillé par l'argent et les tractations financières et il s'insurge contre une commercialisation de la religion.

Lorsque Jésus chasse les marchands du Temple, ce n'est pas pour purifier le Temple de la présence impure et grossière de bétail ou de vendeurs. Une telle idée est anachronique.

Le Temple de Jérusalem est un ensemble immense et composite, les vendeurs d'animaux se tiennent sous les portiques du parvis du temple, loin du saint des saints où réside la gloire de Dieu.

Une autre explication nous vient alors à l'esprit.

Jésus mettrait en garde les Juifs contre les fausses sécurités des rites. Les Juifs placent leur confiance dans les sacrifices, ils se croient ainsi en règle avec Dieu et en oublient l'essentiel : une foi profonde, spirituelle, qui se traduit dans la recherche permanente de la justice et de l'amour du prochain.

C'est pour ce motif que Jérémie a prononcé ces mêmes paroles. C'est pour ce motif que les prophètes n'ont cessé de dénoncer une foi superficielle et ont exhorté le peuple à une réforme de la foi, une intériorisation de la foi, une mise en pratique de la foi.

Ici, Jésus va plus loin. Il ne vient pas réclamer une nécessaire purification des sacrifices, il vient les supprimer. Il n'entend pas purifier le temple mais annoncer sa caducité.

Avant d'aller à Jérusalem, Jésus avait inauguré, à Cana, un procédé que nous allons retrouver ici. Il avait effectué un acte fort - la transformation d'eau en vin - auquel il avait donné sens par un enseignement.

Ici, il joint à son intervention une parole, qu'il prononce devant les représentants des Juifs, venu l'interroger sur sa légitimité.

" Qui es-tu pour oser contester des rites séculaires et sacrés ? " lui demandent-ils en substance.

" Détruisez ce Temple et, en trois jours, je le rebâtirai " répond Jésus. Je ne fais pas que purifier le temple, je le supprime car le nouveau temple, c'est moi. Je le suis ou plutôt je le serai, une fois ressuscité.

L’idée du temple subit une ici une transformation.

Il n'est donc pas question de réformer le culte mais d'inaugurer une toute autre relation des hommes à Dieu. Il ne s'agit pas de dénoncer un " abus de biens religieux ", mais d'annoncer un changement radical : le Christ est le nouveau Temple de Dieu, en personne.

Au lendemain de la résurrection, lorsque l'Esprit leur fut accordé, les disciples discernèrent enfin le sens de ce geste et de cette parole de Jésus.

Ils avaient partagé l'incompréhension générale jusqu'au moment où, à la lumière du matin de Pâques, ils saisirent le sens de ce signe.

Jésus parlait de sa personne.

Il est cette présence de Dieu au milieu de son peuple, rendant inutiles es sacrifices, conformément à la prophétie de Zacharie : " Il n'y aura plus de marchands dans la maison du Seigneur tout puissant en ce jour-là ".

En Jésus, par Jésus, le croyant rencontre son Dieu.

Jésus est le point de jonction entre Dieu et les hommes.

Aujourd'hui encore, Jésus-Christ est le Temple de Dieu en ce qu'il rend Dieu présent et nous le fait connaître.

Par lui et avec lui, nous pouvons entrer en communion avec Dieu, connaître sa volonté, ses sentiments pour nous, sa puissance.

" Nul ne peut connaître Dieu " écrit Jean dans son prologue, mais " le Fils unique de Dieu nous l'a révélé ".

Ainsi, ce qui fonde notre foi, ce ne sont pas les rites même s'ils participent à toute vie religieuse, ni la vie communautaire même si elle consolide notre foi et la met en pratique, ni l'attachement identitaire à l'histoire et au peuple protestant réformé, ni la densité intellectuelle de telle prédication ou de tel courant théologique.

Ce qui fonde notre foi, ce qui nous permet d'entrer en communion avec Dieu, c'est Jésus-Christ.

Il nous faut donc sans cesse épurer notre vie, épurer notre foi et les recentrer sur Jésus-Christ, en écoutant son enseignement, en reconsidérant nos choix en fonction de lui, en accueillant sa présence dans nos vies.

Jésus est le temple de Dieu.

La porte est ouverte.

Nous sommes conviés.

Il vit devant nous, par sa Parole et par son Esprit

 

Amen !

Culte du dimanche 20 juillet 2008
Romains 8, 26-30

Vous savez sans doute ou bien vous avez déjà entendu dire que la prière est le moteur d'une piété vivante : tant que quelqu'un peut prier (appeler au secours, négocier son cahier de charges), il n'est pas tout à fait perdu...

Mais nous savons aussi que la prière, c'est-à-dire l'expression même de notre relation à Dieu, n'est pas ce qui marche le mieux dans notre vie quotidienne, et nous devons bien donner raison à l'apôtre quand il écrit que  « nous ne savons pas prier comme il faut » (v.26).

Tantôt trop distraits, tantôt trop stressés ou tout simplement paresseux ; et la première à en pâtir, c'est notre vie spirituelle !

Mais, vous l'avez entendu, ce passage du chapitre 8 de l’épître aux Romains sur lequel nous nous arrêtons un moment ce matin nous rapporte un bel encouragement :

« Quand nous ne savons pas prier comme il faut, l'Esprit de Dieu vient en aide à notre faiblesse » (v. 26).

Peut-être avez-vous déjà pu vérifier personnellement cette affirmation : vous étiez fatigués, à plat, mais Dieu s'est rappelé à vous par une image ou une parole qui vous ont touchés.

Cela vous a réveillés ou alors, vous avez vu les choses dans une autre perspective ; bref, Dieu vous a rendus à la vie, à la joie de vivre ou à vos responsabilités, en tout cas à la vie avec lui.

Cela ne veut pas dire que nos prières gagnent tout à coup en perfection ; peut-être ne sont-elles que des phrases très courtes : « Merci, Seigneur, de te savoir près de moi ! » ou « Prends pitié, mon Dieu ! », mais nous aurons la certitude que ce que l'Esprit Saint a ainsi suscité et exprimé, va, à tous les coups, rejoindre le cœur de Dieu et être compris par lui.

Il n'est donc pas surprenant que l'apôtre souligne dans ce contexte : « Nous savons, en effet, que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (v. 28).

Car si, dans sa grande bonté, notre Père céleste vient nous aider quand nous sommes incapables de prier, nous pouvons être sûrs qu'il ne nous abandonnera pas dans toutes les autres situations de la vie et nous pouvons donc lui remettre et nos soucis pour le pain quotidien et ceux qui concernent notre emploi ou l'avenir de nos enfants.

Attention, ce « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » ne signifie pas qu'il n'y ait plus de soucis à se faire : certaines difficultés peuvent se présenter. Il faut les affronter. Mais cela n’enlève pas la promesse qui a été faite.

En effet, le meilleur qui puisse nous arriver, c'est « d'être conformes à l'image du Fils de Dieu » et « d'être ajoutés au nombre de ses frères »(v. 29) !

Cette mention de l'image nous renvoie à l'une des premières affirmations de la Bible où il est dit que « l'homme a été créé à l'image de Dieu » et donc appelé à vivre en communion avec lui.

Oui, nous étions, en principe, capables de l'aimer et de nous abandonner à lui, mais en réalité nous constatons tous les jours combien nous avons perdu cette qualité d'origine, au point de ne même plus être « branchés sur sa longueur d'ondes ».

Car désormais pour pouvoir seulement imaginer ce que c'est que d'être « à l'image de Dieu », il nous faut considérer le Christ Jésus en qui se décline une vie faite de confiance en Dieu et d'obéissance à sa Parole.

Jésus-Christ est venu dans le monde, pour nous permettre de retrouver le sens premier de notre existence, savoir la représentation du Créateur au sein de la création !

Malgré les épreuves, les maladies, les difficultés de la vie, les déceptions ; Dieu est là, qui persévère à nous délivrer, pour nous redresser, pour nous permettre de repartir de l’avant.

A ce propos, il est utile de bien lire le « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » avec le précieux rajout qui le complète : « ...de ceux qui aiment Dieu et qui sont appelés selon son dessein » ! —

Souvent, nous laissons cela de côté, parce que nous ne savons pas comment comprendre ce « dessein », comme si Dieu avait, dès le commencement, décidé qui de nous héritera la vie éternelle et qui en sera définitivement exclu.

Je reconnais avec vous qu'une telle prédestination peut donner la chair de poule et nous décourager, surtout quand nous nous arrêtons à nos difficultés pour aimer Dieu et le prochain, mais l'apôtre ne parle pas ici de cette prédestination-là !

Il souligne seulement à l'adresse de chacun : si tu peux croire en la miséricorde de Dieu, ce n'est pas ton mérite, mais c'est parce que Dieu t'a fait grâce.

Nous pensons volontiers que la foi est notre affaire : c'est nous qui écoutons l'appel de Dieu et qui décidons de lui répondre ou non...

Et il y a du vrai dans cela : l'homme participe à son salut, puisqu'il choisit entre la vie et la mort et qu'il se met oui ou non à la suite du Christ.

Mais, dans tout cela, il s'agit plus de notre disposition que d'un mérite.

Si nous disons « oui » à l'Evangile, c'est parce que Dieu a tout fait pour que cet Evangile existe et nous parvienne, peu importe si c'est à travers l'Histoire en général ou à travers notre histoire particulière, par nos parents, nos connaissances ou par tel éducateur qui ont été ou qui a été notre évangéliste...

C'est d'ailleurs heureux que notre foi ne dépende pas de nos décisions ou de nos humeurs, car elle serait aussi incertaine et changeante qu'elles ; mais parce que nous pouvons savoir que notre foi a été suscitée par Dieu et qu'elle est fondée sur son amour, elle n'a plus rien à craindre ni des modes ni de quelque courant d'air !

Ce qui compte, c'est que nous nous sachions

« appelés, justifiés et glorifiés ».

Certains peuvent dater leur appel : il précède immédiatement leur repentir et leur engagement à suivre Jésus-Christ sur le chemin de la vie nouvelle.

Certains se savent appelés dès l'aube pour aller travailler dans la vigne du Seigneur, d'autres n'ont reçu leur convocation qu'au soir de leur vie, comme les ouvriers embauchés à différentes heures (Mt 20,1-16).

Pour la grande majorité d'entre nous, cet appel a même dû se répéter, comme pour Simon Pierre, pour qu'enfin nous soyons capables de prendre des responsabilités dans l'Eglise (Jn 20, 15-17).

Alors ne nous inquiétons pas, si nos enfants ou d'autres personnes que nous aimons traînent les pieds pour répondre à leur appel.

Dieu nous offre d'être rendus justes devant lui, à cause de son amour en Jésus-Christ ; alors acceptons ce cadeau et allons à Dieu, tels que nous sommes, et faisons-lui confiance : la croix du Christ nous a ouvert le chemin de son cœur et ... « nous a glorifiés » !

Oui, « glorifiés », car bien que nous cheminions encore sur terre, Dieu nous regarde comme ceux qui ont déjà atteint au but : puisque le « premier de cordée » — Jésus Christ — est arrivé dans sa gloire, il n'y a plus de doutes quant à notre destinée.

Voilà, frères et sœurs, comment « Dieu vient en aide à notre faiblesse »

Si tu peux croire en la miséricorde de Dieu, ce n'est pas ton mérite, mais c'est parce que Dieu t'a fait grâce.

Qu’il nous soit en aide.

Amen.

Dimanche 13 juillets 2008 :
Esaïe 55, 6-13

L'avez-vous déjà réalisé ? Dieu est surprenant.

Il ne se laisse pas enfermer dans des idées ou dans des définitions, seraient-elles dans la tête ou sur les lèvres de ceux qui croient en lui !

C'est que Dieu colle rarement avec nos images de Dieu. Dieu se cache, à moins que ce ne soit comme un Dieu caché qu'il se fasse connaître…

Oui, notre Dieu est réellement surprenant, c'est sans doute pourquoi les gens ne le trouvent pas facilement : ils ne le cherchent peut-être pas au bon endroit ! Et nous ?…

Les humains pensent que Dieu est au ciel... et si Dieu n’est pas au ciel, ils se rabattent alors sur la terre : assurément Dieu est partout…

Si Dieu n’est pas partout, alors les humains se réfugient dans le concept : certainement Dieu est grand, Dieu est tout-puissant, Dieu est l'Etre.

Quant à nous, nous sommes touchés par le néant de la maladie, le néant de toutes sortes de détresses, nous sommes impuissants devant le monde et tous ses rouages, et même, nous sommes impuissants devant le moindre de nos semblables.

Nous sommes des petits, et ceux qui se croient grands ne sont guère différents des autres.

Si Dieu est tellement grand, et nous si petits, un tel dieu doit être bien dangereux, la distance entre sa majesté et notre petitesse est bien trop grande pour nous.

A moins qu'il ne soit trop près.

Si Dieu est trop près, les humains se noient alors dans la culpabilité !

Dans ce cas-là, Dieu est notre juge, le Dieu grand s'est approché, et tout ce qui nous arrive se révèle alors n'être que la sanction de notre misère. La venue de Dieu est pour le jugement, et voici la condamnation qui arrive. Qui donc serait trouvé pur, blanc comme neige, devant ce Dieu-là ? Si ce Dieu existe, qu'il s'en aille donc loin, oui, qu'il disparaisse de l'horizon de nos vies !

Mais Dieu n'est rien de tout cela. Dieu n'est pas un fantasme de l'ère pré-scientifique. Dieu n'est pas la projection de nos envies ou de nos peurs. Dieu n'est pas la raison de nos réussites ou de nos échecs. On ne peut pas non plus enfermer Dieu dans une doctrine ou théorie scientifique.

Dieu est différent.

Dieu se laisse chercher, Dieu se laisse trouver.

Dieu dévoile la méchanceté, mais pas pour la punir : c'est pour la transformer, pour la réduire !

Dieu n'est pas homme pour se venger, pour avoir besoin de la puissance, pour vouloir la richesse.

Dieu n'est pas homme pour avoir besoin qu'on le serve, qu'on lui rende un culte, qu'on lui sacrifie sa vie.

Dieu est un ami.

- Dieu est un Dieu qui marche, et non un Dieu qui réside.

- Dieu est un Dieu qui donne, et non un Dieu qui attend de recevoir.

- Dieu est un Dieu qui parle, et non un Dieu qui condamne.

Et la marche de Dieu à nos côtés, comme celle d'un ami, éclaire nos pas et nous soutient.

Et la grâce de Dieu pour nous, comme le cadeau d'un ami, n'attend rien en retour que la joie de celui qui reçoit.

Et la parole de Dieu pour nous, comme celle d'un ami, est faite de silence et de présence, de compassion et de discrétion.

Mais la parole de Dieu, si faible soit-elle, comme la parole d'un ami, est une parole agis¬sante, une parole qui transforme, qui relève, une parole qui, d'un mot, peut donner un sens ou changer un cap, comme ça, l'air de rien, juste par amour.

La parole de Dieu, sans fanfare ni décorum, la parole de Dieu change le monde, mais pas au-dessus de nos têtes : c'est dans nos cœurs, c'est dans les circonstances con¬crètes de la vie, que cette parole retentit. Cette parole, elle se livre à nous, dans les pages de cette Bible, dans les échos de ce temple (de cette chapelle).

C'est que Dieu, oui, le Dieu du ciel qui n'est pas dans le ciel, s'est fait proche, proche de nous, d'une proximité qui n'est pas celle de la terre.

Dieu se laisse trouver quand on le cherche, lui, et non pas un autre dieu.

Si c'est la science qui le cherche, elle ne le trouvera pas.

Si c'est la philosophie, elle se convaincra de son inexistence.

Si c'est la soif de mystère ou de magie, la soif de puissance de celui qui en manque ou de celui qui l'exerce, alors beaucoup de dieux se présenteront, mais aucun ne sera le vrai ; il ne se trouvera là que des mensonges, des vanités…

Qu'est-ce qui, en nous, doit chercher Dieu pour le trouver si près, lui, le vrai Dieu ? C'est la repentance, ou la conversion, dites-le comme vous voulez : c'est un seul mot dans la Bible !

Celui qui, en Dieu, cherche sa justice, celui qui, en Dieu, cherche l'ami qui lui parlera, le Père qui le nommera et qui l'appellera, celui-là est heureux : Dieu se laisse trouver, Dieu se révèle pour ce qu'il est, le Père miséricordieux, l'ami fidèle.

Mais à cela il faut bien une distance, la distance pour parler sans assourdir, et néanmoins être entendu. Il faut une distance parce qu'il faut une parole. Sans elle, la repentance ne serait qu'écrasement ; la conversion nouvel esclavage.

Dieu est donc distant et proche, et sa Parole, envoyée vers nous, agit en nous et nous tourne vers lui, comme les tournesols se tournent vers le soleil, et c'est bien ce qui les définit, c'est bien ce qui leur a donné un nom.

Il en est de même pour les chrétiens, puisque la parole envoyée vers nous s'appelle Christ, et que cette parole nous tourne vers le Père, dans le mouvement même de l'Esprit qui est la foi.

Dieu n'est pas en nous, sinon il ne pourrait être Père et nous ne pourrions être engendrés par lui à une vie nouvelle, à une identité nouvelle, d'enfant de Dieu. Et Dieu n'est pas si loin que son amour ne nous parvienne pas.

C'est qu'entre lui et nous, il y a Christ, vrai Dieu et vrai homme. Non pas un autre Dieu que le Père. Non pas d'une autre humanité que la nôtre.

Lieu vivant de la rencontre vivante entre Dieu et l'homme, entre le péché et le pardon, entre la misère et la justice. Vers ce lieu, tous sont appelés, Esaïe déjà le savait sans encore le connaître.

Liée à cet appel qui concerne tous les hommes, il y a une promesse pour ceux qui y répondent, pour ceux qui sont ainsi rencontrés par la Parole de Dieu. Cette promesse, ce n'est pas d'être un héros de la morale ou de la foi, ce n'est pas de devenir bon et pieux, encore que ça ne fasse de mal à personne…

La promesse de Dieu, frères et sœurs, ce sont quatre choses.

Les deux premières sont la joie et la paix.

Elles sont les fruits de la Parole de Dieu en nous. Les fruits de la rencontre, en Jésus-Christ, de Dieu et de cet être humain particulier que je suis. Les fruits de la foi, donc.

La joie et la paix ne se fabriquent pas et ne se perdent pas, elles se supportent mutuellement et permettent aussi de faire face aux moins joyeux des événements, aux plus violents des traumatismes.

De plus, elles sont communicatives ! Et voici la troisième promesse : elles le sont à toute la création. Montagnes et arbres deviendront eux-mêmes joyeux et pacifiés, lorsque nous, nous le serons, lorsque nous, nous le sommes… Ceci n'est pas dit pour souligner notre responsabilité et donc alourdir notre responsabilité, sinon ce serait une étrange joie, une drôle de paix. C'est bel et bien une promesse, un fruit de l'Esprit, là encore.

L'écologie biblique nous dit bien que la nature dépend de nous, mais dans ce sens bien spécial :                notre salut la fait éclater de joie !

Enfin, tout culmine avec la quatrième promesse, le quatrième fruit de la rencontre entre Dieu et nous : c'est que nous, nous qui recevons notre nom de Dieu, nous serons pour lui le nom par lequel il sera connu.

C'est donc bien une vraie adoption, et pas seulement un acte de charité. En nous voyant, on ne se dira plus sur Dieu qu'il est ici ou là et comme si ou comme ça. On se dira, le monde et ses habitants se diront : Dieu ? C'est leur Père !

Aussi, frères et sœurs, quand vous parlez, quand vous agissez, quand vous vous tenez quelque part, quand vous respirez !, laissez la Parole de Dieu porter fruit en vous, afin d'être vous-mêmes le témoignage que Dieu se rend dans le monde qui est le nôtre.

Mieux que les étoiles, la raison, la morale ou la puissance, c'est vous qui êtes la "renommée [de Dieu], un signe perpétuel qui ne sera pas retranché".

Amen.