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Matthieu 25, 14-30
Les chapitres 24 et 25 de l’évangile
selon Matthieu offrent une réponse de Jésus à une question
angoissée des disciples : « Dis-nous quand cela arrivera
et quel sera le signe de ton avènement et de la fin
du monde ? »
La parabole des talents fait partie
d'un ensemble de paraboles regroupées autour du thème
de la vigilance dans l'attente du retour du maître.
Elle nous dit que la vraie vigilance n'est autre que
la fidélité dans le service du Seigneur. « Veillez et
travaillez »
Elle détruit donc la notion d'une foi
passive, paresseuse, déresponsabilisante, la religion
opium du peuple, oreiller de paresse, dans laquelle
il s'agit de s'en remettre à Dieu qui nous prend en
charge et nous dégage de nos responsabilités.
Mais elle n'enseigne pas pour autant
l'activisme, la morale du devoir, de l'effort, du travail,
la peur de ne pas en faire assez, en un mot le salut
par les œuvres.
Ni une foi endormante ni une foi écrasante.
L'accent ne porte pas tant sur nos
devoirs à remplir que sur notre relation à Dieu et notre
responsabilité devant Dieu. Cette relation à Dieu doit
d'abord être une relation de confiance et d'amour.
La première chose que nous révèle cette
parabole, c'est que Dieu nous fait confiance.
Voici un maître qui confie à ses serviteurs
d'énormes sommes d'argent. Le talent, qui a pris dans
notre langue le sens de capacité naturelle, d'aptitude
particulière, était à l'époque un certain poids d'argent
ou d'or.
Un talent représentait environ vingt
années de salaire d'un ouvrier. On peut donc entendre
par là non seulement nos talents naturels ou les dons
spirituels que Dieu nous accorde, mais aussi tous les
biens que Dieu met à notre disposition et qui lui appartiennent.
Ainsi donc, ce maître confie à ses
serviteurs une importante partie de ses biens et s'en
va en leur faisant confiance pour les utiliser au mieux.
Il leur laisse à cet effet une grande liberté, il ne
leur dicte pas leur conduite, il ne les enferme pas
dans un règlement à appliquer bêtement.
Il les traite en adultes, en hommes
responsables, capables d'initiative.
C'est ainsi que Dieu agit envers nous.
En quittant ses disciples, Jésus leur a fait confiance.
Il leur a remis ses biens jusqu'à son retour, en leur
laissant une grande marge d'initiative.
Le serviteur de Dieu, c'est-à-dire
le chrétien, a une tâche à accomplir, mais en adulte,
en homme ou en femme responsable.
On a pu dire que la vraie maturité
se voit à la capacité d'accomplir avec autant de soin
notre tâche quand personne ne nous regarde que quand
quelqu'un nous surveille !
Les deux premiers serviteurs de la
parabole ont compris cela. Le maître leur a fait confiance.
Ils veulent se montrer dignes de cette confiance. Ils
veillent à ne pas décevoir l'attente du maître.
Ils se reconnaissent responsables devant
lui. Aussitôt, ils s'emploient à faire valoir le bien
reçu. Cet empressement montre qu'ils n'agissent pas
simplement par devoir, mais par amour. Les affaires
de leur maître leur tiennent à cœur.
Ils ne se sentent pas exploités, bernés,
brimés, mais bien honorés, valorisés par la confiance
qui leur est faite. Ils croient à la bienveillance de
leur maître.
Faisons un pas de plus en affirmant
que le maître de la parabole donne, sans rien exiger
en retour. Et que l’action des serviteurs n’est pas
liée à la réaction ou au jugement du maître
Est-ce bien ainsi que nous voyons la
tâche que Dieu nous confie, à nous chrétiens ? Comme
une marque de confiance, une grâce, mais qui nous met
en position de responsabilité et nous appelle à la fidélité
?
L'Evangile est un message de grâce.
Il nous parle d'abord de ce que Dieu nous donne, d'un
salut qui est un don gratuit.
Cette grâce mobilise, elle met en route.
Le don de Dieu comporte une mission,
une tâche à accomplir, une réponse d'amour qui est l'engagement
de notre vie à son service.
La grâce conduit au service.
C'est ce que le troisième serviteur
de la parabole n'a pas su — ou voulu — comprendre. Son
comportement peut nous paraître étrange. Un trou dans
la terre ; quelle drôle d'idée ! Pas si drôle que ça
quand on sait que, d'après la législation rabbinique,
le dépositaire d'une somme d'argent était dégagé de
sa responsabilité en enfouissant cet argent dans la
terre, puisque c'était là la plus sûre protection contre
les voleurs.
Nous discernons donc la première préoccupation
de ce serviteur : se dégager de sa responsabilité, reprendre
sa liberté, laisser de côté les affaires du maître pour
s'occuper des siennes propres.
A ses yeux, la confiance qui lui est
faite est un fardeau. Travailler pour un autre, c'est
être exploité. Tout ce qu'il fait pour le maître est
perdu pour lui. Cette façon de penser n'est pas si étrange.
Elle nous paraît même naturelle, évidente — au moins
à certains moments.
Mais comment faire, se dit ce serviteur,
pour révoquer le droit du maître, ou tout au moins pour
le rendre inoffensif. Le trou dans la terre, c'est la
solution. A son retour, je pourrai lui dire : "Voilà,
tu as ce qui est à toi. Je n'ai rien perdu. Je ne suis
pas de ces mécréants qui gaspillent ce qui ne leur appartient
pas".
Derrière ce raisonnement se cache une
autre motivation : ma sécurité d'abord. Ce serviteur
ne veut rien faire qui comporte des risques. Il cherche
à s'assurer, à se garder de l'échec possible, à ne pas
commettre de faute. Mieux vaut ne rien faire que mal
faire. Il n'a rien fait de mal — Il ne doit rien à personne.
Sa responsabilité est dégagée.
La solution qu'il a trouvée lui paraît
donc astucieuse. La suite des événements montre qu’elle
est, en réalité, stupide. Parce qu'elle repose sur une
fausse image du maître, sur un manque de confiance dans
la bienveillance du maître, sur une mentalité d'esclave,
et non de collaborateur à qui on a fait confiance.
"Tu es un homme dur qui moissonne
où il n'a pas semé". Dans sa relation au maître,
c'est la méfiance qui règne, et non la confiance ; la
grogne, et non la bonne volonté ; la rancune et non
l'amour.
Or, voilà qu'en voulant se défendre
de son maître, il s'expose à son jugement.
Rien n'est pire, en effet, que de chercher
à se défendre de Dieu au lieu de lui faire confiance,
en acceptant la confiance que lui nous fait. Rien n'est
pire que de vouloir se soustraire au jugement de Dieu,
en lui refusant le droit de nous demander des comptes.
Il est bien question de jugement dans
cette parabole. Le maître revient et demande à ses serviteurs
de lui rendre des comptes. Je sais que c'est là une
idée qui déplaît, qui fait peur. On évite d'en parler
pour ne pas effrayer. On cherche à l'éliminer de la
Bible. Mais je crois que, si nous refusons l'idée de
jugement, c'est que nous comprenons mal de quoi il s'agit.
Je crains même que cela ne révèle que nous en restons
encore peu ou prou à la mentalité défensive, possessive,
revendicatrice du troisième serviteur de la parabole.
Essayons de comprendre le sens du jugement
tel qu'il apparaît ici. Le maître demande des comptes
à ses serviteurs : c'est cela qui les rend vraiment
responsables. Responsable veut dire capable de répondre
de ses actes, de ses choix. Mais aussi tenu de répondre.
Dans nos relations avec les autres, nous cherchons mille
excuses pour ne pas avoir à répondre, à rendre compte.
Le jugement signifie encore autre chose
: un jour, la vérité apparaîtra. Il faut qu'elle apparaisse,
que soit mis fin aux mensonges, aux tromperies, aux
faux semblants, aux tricheries qui empoisonnent les
rapports humains. Il faut qu'on y voit clair. Un jour,
nos camouflages s'évanouiront, la vérité de notre vie
sera dévoilée.
Nous pouvons chercher à repousser ce
jour, y parvenir longtemps, mais pas toujours.
Nous autres humains, nous sommes de
remarquables fabricants d'excuses. Mais nos excuses
cachent le plus souvent une fuite devant la responsabilité
d'aimer, notre infidélité du service de Dieu et des
hommes, notre manque de courage, notre égoïsme qui nous
pousse à garder pour nous la grâce qui doit être partagée
avec d'autres.
Le malheur, c'est qu'en fuyant le jugement,
en esquivant notre responsabilité, nous nous condamnons
nous-mêmes, comme le serviteur de la parabole.
Parce que notre attitude révèle que
notre relation à Dieu est celle d'un esclave, qui n'aime
pas son maître et lui refuse sa confiance. Et c'est
cela qui nous juge, plus que nos fautes et nos échecs.
Pour qui fait confiance à Dieu, son
jugement n'est pas à craindre.
L'évangile de Jean déclare que Dieu
n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le
monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Celui
qui croit en lui n'est pas jugé. Dieu lui fait grâce.
Et celui qui a cru en cette grâce,
qui a reçu la bonne nouvelle que Dieu ne le traite pas
durement comme un esclave, mais avec amour comme son
enfant, celui-là peut alors comprendre que servir Dieu
n'est pas un malheur, une privation de liberté, mais
la réponse normale de notre amour au sien, la grâce
d'être utile, de collaborer à l'œuvre du Dieu Sauveur.
Le fait est que ce qui va perdre le
mauvais serviteur est plus sa théologie que son incapacité
à bien gérer un Talent.
Ce serviteur ne pouvait croire au don,
malgré le geste explicite du maître, il pensait que
Dieu était un homme dur, moissonnant où il n'a pas semé...,
il avait peur de Dieu, qu'il voyait, à tort, comme un
maître exigeant, pouvant punir, et utilisant ses serviteurs
pour son propre service, pour faire à sa place ce qu'il
aurait dû faire lui-même.
Là est l'erreur grave et fondamentale.
En fait, dans sa logique, il ne pouvait croire au don
gratuit, restant dans une logique de la dette.
Or cette logique de la dette est catastrophique,
autant pour ce qui est de notre relation à Dieu que
pour ce qui est de notre relation aux autres.
Elle conduit à la peur, au jugement,
à la violence, à la haine et à la mort.
Or le don n'est pas une avance, Dieu
ne nous donne pas par avance pour mieux nous coincer
et nous rendre redevable à son égard.
Si Dieu nous a donné, c'est pour une
raison simple, c'est qu'il nous aime. Dieu a donc ses
raisons, et ce n'est pas à nous à donner ensuite raison
à Dieu de nous avoir offert.
Il faut croire que Dieu nous a aimé,
et qu'il nous a donné. Ce don n'est pas pour nous écraser
de devoir, mais pour nous libérer, pour nous donner
la joie.
La liberté que donne le Christ est
réelle, de même que le don de sa grâce est un vrai don,
et totalement gratuit, nous n'avons pas à payer, ni
par avance, ni après.
Nous sommes appelés à vivre dans la
liberté et dans la joie, motivés non pas par la crainte
de dévaloir, mais motivés par la reconnaissance.
La grâce est un moteur, une énergie,
une force.
Le Christ ne nous écrase pas de devoirs,
mais il nous invite à changer nos cœurs, à nous convertir,
à accepter la grâce, et à vivre de la grâce. Amen
Texte biblique : Jean 2,13-25
Qu’évoque le mot temple à un contemporain ?
Dans un premier temps, il fera probablement penser
aux temples gréco-romains ou aux temples d’Égypte, donc
au paganisme.
Dans un deuxième temps, il sera peut-être associé
au temple de Jérusalem ou plutôt aux temples de Jérusalem,
puisqu'il y en a eu deux :
- le premier
construit sous le règne du roi Salomon, au 10ème siècle,
et détruit au début du 6ème siècle par les Babyloniens
;
- le deuxième
érigé à la fin du 6ème siècle, après le retour difficile
de la captivité babylonienne, et ensuite élargi et embelli
à partir de l’an 20 avant notre ère par le roi Hérode.
C’est ce temple que Jésus a connu, mais il n’a été
définitivement achevé qu’après sa mort. Et quelques
années plus tard, en l’an 70, il fut détruit par les
soldats romains. Aujourd’hui, il n’en reste pratiquement
rien, sauf le fameux mur des Lamentations.
Puis, il y a les temples réformés !
Cette appellation est une spécialité notamment française
qui, au début, étonne un non réformé, mais à laquelle
on finit par s’habituer.
Elle s’explique en partie par l’histoire religieuse
mouvementée en France, par le souci des protestants
français de se distinguer des catholiques et de leurs
églises, même s’il semble qu’aux 16ème et 17ème siècles,
le mot temple pût tout aussi bien désigner un sanctuaire
catholique. Les protestants faisaient aussi valoir que
dans la Bible, temple désigne un sanctuaire, contrairement
à église qui désigne non pas un édifice, mais la communauté
chrétienne.
Or il est moins connu que l’idée du temple subit
des transformations dans le Nouveau Testament.
Revenons un moment sur ce récit de l’évangéliste
Jean, « les vendeurs chassés du temple »
« Les marchands du Temple " !
Histoire que nous connaissons tous.
Histoire que nous visualisons aisément.
Jésus se confectionne un fouet, se fraie un chemin
au milieu de la foule bruyante et des étals de marchandages,
qui renverse des tables, disperse les animaux et accompagne
son intervention d'une parole, toute aussi brutale :
" De la maison de mon Père, vous avez fait une
caverne de bandits ". ‘Otez cela d’ici, ne faites
pas de la maison de mon Père une maison de trafic’.
(Segond révisé)
‘Enlevez tout cela d’ici ! Cessez de faire de la
maison de mon Père une maison de commerce !’ (NBS)
A Jérusalem.
Dans le Temple.
Pourquoi Jésus intervient-il si violemment alors
qu'il prêche par ailleurs la douceur ? Pourquoi lui
donne-t-il une pareille publicité alors qu'il accompagne
ses miracles d'une grande discrétion ? Quel sens donner
à cet acte spectaculaire ?
Il convient d’abord de préciser le contexte.
Dans les Evangiles de Matthieu, Marc et Luc, l'épisode
se situe à la fin du ministère de Jésus : ce dernier
monte à Jérusalem. Il vient comme Messie pour purifier
un culte devenu trop formel. Lorsqu'il est entendu par
le sanhédrin, le conseil supérieur juif, il annonce
qu'il vient détruire ce que le temple signifie - à savoir
la primauté des rites - pour le remplacer par un culte
spirituel.
Ici, la scène se déroule au début du ministère de
Jésus, lors d'une fête de la Pâque. Jésus entre dans
l'enceinte du Temple.
Il y trouve tout ce qui facilite l'exercice de la
piété rituelle.
Il y a des marchands de bœufs, de brebis et de colombes,
destinés à être vendus aux fidèles pour offrir des sacrifices.
Quant aux changeurs, ils procurent aux pèlerins venant
de l'étranger les monnaies acceptées par les prêtres
chargés de recueillir les offrandes ainsi que l'impôt
annuel versé par tout Juif adulte pour l'entretien du
Temple.
Ces changeurs étaient d'autant plus nécessaires que
les autorités du temple n'acceptaient que des monnaies
provenant de la ville de Tyr car les Tyriens évitaient
soigneusement de réduire dans leurs pièces la proportion
de métaux précieux.
Pareil dispositif est habituel. Pourtant, un jour,
Jésus ne l'accepte pas.
Il le renverse au péril de sa vie.
Jésus, en effet, sait qu'il enclenche un processus
d'opposition violente avec les autorités juives et qu'il
risque d'y laisser la vie. C'est ce qu'il laisse entendre
en citant le Psaume 69 : " Le zèle (la passion
jalouse) de ta maison me dévorera ".
Les disciples l'ont également compris. Ils lisent
au futur que ce zèle de Jésus pour un vrai culte sera
sa perte. Ce que Jésus fait là le conduit tout droit
à la mort.
D'ailleurs, l'incident du Temple et les paroles qu'il
prononce lui seront rappelées, sur la croix.
Qu'est-ce qui peut donc justifier un acte si lourd
de conflits à venir ?
Spontanément, deux réponses nous viennent à l'esprit
: Jésus veut réaffirmer la sainteté du Temple, souillé
par l'argent et les tractations financières et il s'insurge
contre une commercialisation de la religion.
Lorsque Jésus chasse les marchands du Temple, ce
n'est pas pour purifier le Temple de la présence impure
et grossière de bétail ou de vendeurs. Une telle idée
est anachronique.
Le Temple de Jérusalem est un ensemble immense et
composite, les vendeurs d'animaux se tiennent sous les
portiques du parvis du temple, loin du saint des saints
où réside la gloire de Dieu.
Une autre explication nous vient alors à l'esprit.
Jésus mettrait en garde les Juifs contre les fausses
sécurités des rites. Les Juifs placent leur confiance
dans les sacrifices, ils se croient ainsi en règle avec
Dieu et en oublient l'essentiel : une foi profonde,
spirituelle, qui se traduit dans la recherche permanente
de la justice et de l'amour du prochain.
C'est pour ce motif que Jérémie a prononcé ces mêmes
paroles. C'est pour ce motif que les prophètes n'ont
cessé de dénoncer une foi superficielle et ont exhorté
le peuple à une réforme de la foi, une intériorisation
de la foi, une mise en pratique de la foi.
Ici, Jésus va plus loin. Il ne vient pas réclamer
une nécessaire purification des sacrifices, il vient
les supprimer. Il n'entend pas purifier le temple mais
annoncer sa caducité.
Avant d'aller à Jérusalem, Jésus avait inauguré,
à Cana, un procédé que nous allons retrouver ici. Il
avait effectué un acte fort - la transformation d'eau
en vin - auquel il avait donné sens par un enseignement.
Ici, il joint à son intervention une parole, qu'il
prononce devant les représentants des Juifs, venu l'interroger
sur sa légitimité.
" Qui es-tu pour oser contester des rites séculaires
et sacrés ? " lui demandent-ils en substance.
" Détruisez ce Temple et, en trois jours, je
le rebâtirai " répond Jésus. Je ne fais pas que
purifier le temple, je le supprime car le nouveau temple,
c'est moi. Je le suis ou plutôt je le serai, une fois
ressuscité.
L’idée du temple subit une ici une transformation.
Il n'est donc pas question de réformer le culte mais
d'inaugurer une toute autre relation des hommes à Dieu.
Il ne s'agit pas de dénoncer un " abus de biens
religieux ", mais d'annoncer un changement radical
: le Christ est le nouveau Temple de Dieu, en personne.
Au lendemain de la résurrection, lorsque l'Esprit
leur fut accordé, les disciples discernèrent enfin le
sens de ce geste et de cette parole de Jésus.
Ils avaient partagé l'incompréhension générale jusqu'au
moment où, à la lumière du matin de Pâques, ils saisirent
le sens de ce signe.
Jésus parlait de sa personne.
Il est cette présence de Dieu au milieu de son peuple,
rendant inutiles es sacrifices, conformément à la prophétie
de Zacharie : " Il n'y aura plus de marchands dans
la maison du Seigneur tout puissant en ce jour-là ".
En Jésus, par Jésus, le croyant rencontre son Dieu.
Jésus est le point de jonction entre Dieu et les
hommes.
Aujourd'hui encore, Jésus-Christ est le Temple de
Dieu en ce qu'il rend Dieu présent et nous le fait connaître.
Par lui et avec lui, nous pouvons entrer en communion
avec Dieu, connaître sa volonté, ses sentiments pour
nous, sa puissance.
" Nul ne peut connaître Dieu " écrit Jean
dans son prologue, mais " le Fils unique de Dieu
nous l'a révélé ".
Ainsi, ce qui fonde notre foi, ce ne sont pas les
rites même s'ils participent à toute vie religieuse,
ni la vie communautaire même si elle consolide notre
foi et la met en pratique, ni l'attachement identitaire
à l'histoire et au peuple protestant réformé, ni la
densité intellectuelle de telle prédication ou de tel
courant théologique.
Ce qui fonde notre foi, ce qui nous permet d'entrer
en communion avec Dieu, c'est Jésus-Christ.
Il nous faut donc sans cesse épurer notre vie, épurer
notre foi et les recentrer sur Jésus-Christ, en écoutant
son enseignement, en reconsidérant nos choix en fonction
de lui, en accueillant sa présence dans nos vies.
Jésus est le temple de Dieu.
La porte est ouverte.
Nous sommes conviés.
Il vit devant nous, par sa Parole et par son Esprit
Amen !
Culte du dimanche 20 juillet 2008 Romains
8, 26-30
Vous savez sans doute ou bien vous
avez déjà entendu dire que la prière est le moteur d'une
piété vivante : tant que quelqu'un peut prier (appeler
au secours, négocier son cahier de charges), il n'est
pas tout à fait perdu...
Mais nous savons aussi que la prière,
c'est-à-dire l'expression même de notre relation à Dieu,
n'est pas ce qui marche le mieux dans notre vie quotidienne,
et nous devons bien donner raison à l'apôtre quand il
écrit que « nous ne savons pas prier comme il
faut » (v.26).
Tantôt trop distraits, tantôt trop
stressés ou tout simplement paresseux ; et la première
à en pâtir, c'est notre vie spirituelle !
Mais, vous l'avez entendu, ce passage
du chapitre 8 de l’épître aux Romains sur lequel nous
nous arrêtons un moment ce matin nous rapporte un bel
encouragement :
« Quand nous ne savons pas prier comme
il faut, l'Esprit de Dieu vient en aide à notre faiblesse
» (v. 26).
Peut-être avez-vous déjà pu vérifier
personnellement cette affirmation : vous étiez fatigués,
à plat, mais Dieu s'est rappelé à vous par une image
ou une parole qui vous ont touchés.
Cela vous a réveillés ou alors, vous
avez vu les choses dans une autre perspective ; bref,
Dieu vous a rendus à la vie, à la joie de vivre ou à
vos responsabilités, en tout cas à la vie avec lui.
Cela ne veut pas dire que nos prières
gagnent tout à coup en perfection ; peut-être ne sont-elles
que des phrases très courtes : « Merci, Seigneur, de
te savoir près de moi ! » ou « Prends pitié, mon Dieu
! », mais nous aurons la certitude que ce que l'Esprit
Saint a ainsi suscité et exprimé, va, à tous les coups,
rejoindre le cœur de Dieu et être compris par lui.
Il n'est donc pas surprenant que l'apôtre
souligne dans ce contexte : « Nous savons, en effet,
que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu »
(v. 28).
Car si, dans sa grande bonté, notre
Père céleste vient nous aider quand nous sommes incapables
de prier, nous pouvons être sûrs qu'il ne nous abandonnera
pas dans toutes les autres situations de la vie et nous
pouvons donc lui remettre et nos soucis pour le pain
quotidien et ceux qui concernent notre emploi ou l'avenir
de nos enfants.
Attention, ce « tout concourt au bien
de ceux qui aiment Dieu » ne signifie pas qu'il n'y
ait plus de soucis à se faire : certaines difficultés
peuvent se présenter. Il faut les affronter. Mais cela
n’enlève pas la promesse qui a été faite.
En effet, le meilleur qui puisse nous
arriver, c'est « d'être conformes à l'image du Fils
de Dieu » et « d'être ajoutés au nombre de ses frères
»(v. 29) !
Cette mention de l'image nous renvoie
à l'une des premières affirmations de la Bible où il
est dit que « l'homme a été créé à l'image de Dieu »
et donc appelé à vivre en communion avec lui.
Oui, nous étions, en principe, capables
de l'aimer et de nous abandonner à lui, mais en réalité
nous constatons tous les jours combien nous avons perdu
cette qualité d'origine, au point de ne même plus être
« branchés sur sa longueur d'ondes ».
Car désormais pour pouvoir seulement
imaginer ce que c'est que d'être « à l'image de Dieu
», il nous faut considérer le Christ Jésus en qui se
décline une vie faite de confiance en Dieu et d'obéissance
à sa Parole.
Jésus-Christ est venu dans le monde,
pour nous permettre de retrouver le sens premier de
notre existence, savoir la représentation du Créateur
au sein de la création !
Malgré les épreuves, les maladies,
les difficultés de la vie, les déceptions ; Dieu est
là, qui persévère à nous délivrer, pour nous redresser,
pour nous permettre de repartir de l’avant.
A ce propos, il est utile de bien lire
le « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu »
avec le précieux rajout qui le complète : « ...de ceux
qui aiment Dieu et qui sont appelés selon son dessein
» ! —
Souvent, nous laissons cela de côté,
parce que nous ne savons pas comment comprendre ce «
dessein », comme si Dieu avait, dès le commencement,
décidé qui de nous héritera la vie éternelle et qui
en sera définitivement exclu.
Je reconnais avec vous qu'une telle
prédestination peut donner la chair de poule et nous
décourager, surtout quand nous nous arrêtons à nos difficultés
pour aimer Dieu et le prochain, mais l'apôtre ne parle
pas ici de cette prédestination-là !
Il souligne seulement à l'adresse de
chacun : si tu peux croire en la miséricorde de Dieu,
ce n'est pas ton mérite, mais c'est parce que Dieu t'a
fait grâce.
Nous pensons volontiers que la foi
est notre affaire : c'est nous qui écoutons l'appel
de Dieu et qui décidons de lui répondre ou non...
Et il y a du vrai dans cela : l'homme
participe à son salut, puisqu'il choisit entre la vie
et la mort et qu'il se met oui ou non à la suite du
Christ.
Mais, dans tout cela, il s'agit plus
de notre disposition que d'un mérite.
Si nous disons « oui » à l'Evangile,
c'est parce que Dieu a tout fait pour que cet Evangile
existe et nous parvienne, peu importe si c'est à travers
l'Histoire en général ou à travers notre histoire particulière,
par nos parents, nos connaissances ou par tel éducateur
qui ont été ou qui a été notre évangéliste...
C'est d'ailleurs heureux que notre
foi ne dépende pas de nos décisions ou de nos humeurs,
car elle serait aussi incertaine et changeante qu'elles
; mais parce que nous pouvons savoir que notre foi a
été suscitée par Dieu et qu'elle est fondée sur son
amour, elle n'a plus rien à craindre ni des modes ni
de quelque courant d'air !
Ce qui compte, c'est que nous nous
sachions
« appelés, justifiés et glorifiés ».
Certains peuvent dater leur appel :
il précède immédiatement leur repentir et leur engagement
à suivre Jésus-Christ sur le chemin de la vie nouvelle.
Certains se savent appelés dès l'aube
pour aller travailler dans la vigne du Seigneur, d'autres
n'ont reçu leur convocation qu'au soir de leur vie,
comme les ouvriers embauchés à différentes heures (Mt
20,1-16).
Pour la grande majorité d'entre nous,
cet appel a même dû se répéter, comme pour Simon Pierre,
pour qu'enfin nous soyons capables de prendre des responsabilités
dans l'Eglise (Jn 20, 15-17).
Alors ne nous inquiétons pas, si nos
enfants ou d'autres personnes que nous aimons traînent
les pieds pour répondre à leur appel.
Dieu nous offre d'être rendus justes
devant lui, à cause de son amour en Jésus-Christ ; alors
acceptons ce cadeau et allons à Dieu, tels que nous
sommes, et faisons-lui confiance : la croix du Christ
nous a ouvert le chemin de son cœur et ... « nous a
glorifiés » !
Oui, « glorifiés », car bien que nous
cheminions encore sur terre, Dieu nous regarde comme
ceux qui ont déjà atteint au but : puisque le « premier
de cordée » — Jésus Christ — est arrivé dans sa gloire,
il n'y a plus de doutes quant à notre destinée.
Voilà, frères et sœurs, comment « Dieu
vient en aide à notre faiblesse »
Si tu peux croire en la miséricorde
de Dieu, ce n'est pas ton mérite, mais c'est parce que
Dieu t'a fait grâce.
Qu’il nous soit en aide.
Amen.
Dimanche 13 juillets 2008
: Esaïe 55, 6-13
L'avez-vous déjà réalisé ? Dieu est
surprenant.
Il ne se laisse pas enfermer dans des
idées ou dans des définitions, seraient-elles dans la
tête ou sur les lèvres de ceux qui croient en lui !
C'est que Dieu colle rarement avec
nos images de Dieu. Dieu se cache, à moins que ce ne
soit comme un Dieu caché qu'il se fasse connaître…
Oui, notre Dieu est réellement surprenant,
c'est sans doute pourquoi les gens ne le trouvent pas
facilement : ils ne le cherchent peut-être pas au bon
endroit ! Et nous ?…
Les humains pensent que Dieu est au
ciel... et si Dieu n’est pas au ciel, ils se rabattent
alors sur la terre : assurément Dieu est partout…
Si Dieu n’est pas partout, alors les
humains se réfugient dans le concept : certainement
Dieu est grand, Dieu est tout-puissant, Dieu est l'Etre.
Quant à nous, nous sommes touchés par
le néant de la maladie, le néant de toutes sortes de
détresses, nous sommes impuissants devant le monde et
tous ses rouages, et même, nous sommes impuissants devant
le moindre de nos semblables.
Nous sommes des petits, et ceux qui
se croient grands ne sont guère différents des autres.
Si Dieu est tellement grand, et nous
si petits, un tel dieu doit être bien dangereux, la
distance entre sa majesté et notre petitesse est bien
trop grande pour nous.
A moins qu'il ne soit trop près.
Si Dieu est trop près, les humains
se noient alors dans la culpabilité !
Dans ce cas-là, Dieu est notre juge,
le Dieu grand s'est approché, et tout ce qui nous arrive
se révèle alors n'être que la sanction de notre misère.
La venue de Dieu est pour le jugement, et voici la condamnation
qui arrive. Qui donc serait trouvé pur, blanc comme
neige, devant ce Dieu-là ? Si ce Dieu existe, qu'il
s'en aille donc loin, oui, qu'il disparaisse de l'horizon
de nos vies !
Mais Dieu n'est rien de tout cela.
Dieu n'est pas un fantasme de l'ère pré-scientifique.
Dieu n'est pas la projection de nos envies ou de nos
peurs. Dieu n'est pas la raison de nos réussites ou
de nos échecs. On ne peut pas non plus enfermer Dieu
dans une doctrine ou théorie scientifique.
Dieu est différent.
Dieu se laisse chercher, Dieu se laisse
trouver.
Dieu dévoile la méchanceté, mais pas
pour la punir : c'est pour la transformer, pour la réduire
!
Dieu n'est pas homme pour se venger,
pour avoir besoin de la puissance, pour vouloir la richesse.
Dieu n'est pas homme pour avoir besoin
qu'on le serve, qu'on lui rende un culte, qu'on lui
sacrifie sa vie.
Dieu est un ami.
- Dieu est un Dieu qui marche, et non
un Dieu qui réside.
- Dieu est un Dieu qui donne, et non
un Dieu qui attend de recevoir.
- Dieu est un Dieu qui parle, et non
un Dieu qui condamne.
Et la marche de Dieu à nos côtés, comme
celle d'un ami, éclaire nos pas et nous soutient.
Et la grâce de Dieu pour nous, comme
le cadeau d'un ami, n'attend rien en retour que la joie
de celui qui reçoit.
Et la parole de Dieu pour nous, comme
celle d'un ami, est faite de silence et de présence,
de compassion et de discrétion.
Mais la parole de Dieu, si faible soit-elle,
comme la parole d'un ami, est une parole agis¬sante,
une parole qui transforme, qui relève, une parole qui,
d'un mot, peut donner un sens ou changer un cap, comme
ça, l'air de rien, juste par amour.
La parole de Dieu, sans fanfare ni
décorum, la parole de Dieu change le monde, mais pas
au-dessus de nos têtes : c'est dans nos cœurs, c'est
dans les circonstances con¬crètes de la vie, que cette
parole retentit. Cette parole, elle se livre à nous,
dans les pages de cette Bible, dans les échos de ce
temple (de cette chapelle).
C'est que Dieu, oui, le Dieu du ciel
qui n'est pas dans le ciel, s'est fait proche, proche
de nous, d'une proximité qui n'est pas celle de la terre.
Dieu se laisse trouver quand on le
cherche, lui, et non pas un autre dieu.
Si c'est la science qui le cherche,
elle ne le trouvera pas.
Si c'est la philosophie, elle se convaincra
de son inexistence.
Si c'est la soif de mystère ou de magie,
la soif de puissance de celui qui en manque ou de celui
qui l'exerce, alors beaucoup de dieux se présenteront,
mais aucun ne sera le vrai ; il ne se trouvera là que
des mensonges, des vanités…
Qu'est-ce qui, en nous, doit chercher
Dieu pour le trouver si près, lui, le vrai Dieu ? C'est
la repentance, ou la conversion, dites-le comme vous
voulez : c'est un seul mot dans la Bible !
Celui qui, en Dieu, cherche sa justice,
celui qui, en Dieu, cherche l'ami qui lui parlera, le
Père qui le nommera et qui l'appellera, celui-là est
heureux : Dieu se laisse trouver, Dieu se révèle pour
ce qu'il est, le Père miséricordieux, l'ami fidèle.
Mais à cela il faut bien une distance,
la distance pour parler sans assourdir, et néanmoins
être entendu. Il faut une distance parce qu'il faut
une parole. Sans elle, la repentance ne serait qu'écrasement
; la conversion nouvel esclavage.
Dieu est donc distant et proche, et
sa Parole, envoyée vers nous, agit en nous et nous tourne
vers lui, comme les tournesols se tournent vers le soleil,
et c'est bien ce qui les définit, c'est bien ce qui
leur a donné un nom.
Il en est de même pour les chrétiens,
puisque la parole envoyée vers nous s'appelle Christ,
et que cette parole nous tourne vers le Père, dans le
mouvement même de l'Esprit qui est la foi.
Dieu n'est pas en nous, sinon il ne
pourrait être Père et nous ne pourrions être engendrés
par lui à une vie nouvelle, à une identité nouvelle,
d'enfant de Dieu. Et Dieu n'est pas si loin que son
amour ne nous parvienne pas.
C'est qu'entre lui et nous, il y a
Christ, vrai Dieu et vrai homme. Non pas un autre Dieu
que le Père. Non pas d'une autre humanité que la nôtre.
Lieu vivant de la rencontre vivante
entre Dieu et l'homme, entre le péché et le pardon,
entre la misère et la justice. Vers ce lieu, tous sont
appelés, Esaïe déjà le savait sans encore le connaître.
Liée à cet appel qui concerne tous
les hommes, il y a une promesse pour ceux qui y répondent,
pour ceux qui sont ainsi rencontrés par la Parole de
Dieu. Cette promesse, ce n'est pas d'être un héros de
la morale ou de la foi, ce n'est pas de devenir bon
et pieux, encore que ça ne fasse de mal à personne…
La promesse de Dieu, frères et sœurs,
ce sont quatre choses.
Les deux premières sont la joie et
la paix.
Elles sont les fruits de la Parole
de Dieu en nous. Les fruits de la rencontre, en Jésus-Christ,
de Dieu et de cet être humain particulier que je suis.
Les fruits de la foi, donc.
La joie et la paix ne se fabriquent
pas et ne se perdent pas, elles se supportent mutuellement
et permettent aussi de faire face aux moins joyeux des
événements, aux plus violents des traumatismes.
De plus, elles sont communicatives
! Et voici la troisième promesse : elles le sont à toute
la création. Montagnes et arbres deviendront eux-mêmes
joyeux et pacifiés, lorsque nous, nous le serons, lorsque
nous, nous le sommes… Ceci n'est pas dit pour souligner
notre responsabilité et donc alourdir notre responsabilité,
sinon ce serait une étrange joie, une drôle de paix.
C'est bel et bien une promesse, un fruit de l'Esprit,
là encore.
L'écologie biblique nous dit bien que
la nature dépend de nous, mais dans ce sens bien spécial
: notre
salut la fait éclater de joie !
Enfin, tout culmine avec la quatrième
promesse, le quatrième fruit de la rencontre entre Dieu
et nous : c'est que nous, nous qui recevons notre nom
de Dieu, nous serons pour lui le nom par lequel il sera
connu.
C'est donc bien une vraie adoption,
et pas seulement un acte de charité. En nous voyant,
on ne se dira plus sur Dieu qu'il est ici ou là et comme
si ou comme ça. On se dira, le monde et ses habitants
se diront : Dieu ? C'est leur Père !
Aussi, frères et sœurs, quand vous
parlez, quand vous agissez, quand vous vous tenez quelque
part, quand vous respirez !, laissez la Parole de Dieu
porter fruit en vous, afin d'être vous-mêmes le témoignage
que Dieu se rend dans le monde qui est le nôtre.
Mieux que les étoiles, la raison, la
morale ou la puissance, c'est vous qui êtes la "renommée
[de Dieu], un signe perpétuel qui ne sera pas retranché".
Amen.
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