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Le
mot du pasteur
Qui
peut célébrer la Sainte-Cène ?
Notre Conseil presbytéral s’est posé la
question : la présence d'un pasteur est-elle
nécessaire pour célébrer la Sainte
Cène ?
En fait, que se passe-t-il quand nous partageons le Repas du Seigneur ?
Nous nous souvenons que le pardon que nous avons reçu a
coûté la mort d'un innocent ; nous nous
réjouissons que cette mort ait fait exploser la mort et
annonce notre propre résurrection ; nous rejoignons
l'immense communauté des chrétiens à
travers les millénaires, les continents et nos infinies
différences ; enfin, nous sommes nourris par ce pain et ce
vin qui nous remplissent de force, de pardon, de joie et de
fraternité.
Il y a plus encore : la présence vivante du Christ
lui-même. Il est présent auprès du
Père et présent parmi nous, invisible mais
vivant, insaisissable mais proche, immatériel mais agissant.
Silencieux, mais parlant à notre oreille, notre
cœur et notre esprit ; silencieux, mais écoutant
nos pauvres mots. Et s'Il est ainsi ressuscité :
présent bien qu'invisible, c'est aussi ainsi qu'Il est
présent lors de la Sainte-Cène à
laquelle Il nous invite ; ainsi qu'Il se présente en
personne à notre foi. Présence réelle,
mais pas matérielle. Ce n'est évidemment plus son
corps de chair qui est présent, mais un corps de gloire,
celui qu’Il a annoncé à son dernier
repas : « Ceci est mon corps, rompu pour vous ; ceci est mon
sang, versé pour vous... ». Et ce qu’Il
dit, c’est : Ceci est autre chose que ce qui se voit, ceci
est autre chose que les atomes qui le composent, ceci est ma
présence parmi vous !
Alors, le pasteur, quel rôle ?
Puisqu'il ne s'agit pas d'un sacrifice à renouveler, il n'y
a pas besoin de prêtre. Puisqu'il ne s'agit pas de
transformer le pain et le vin en changeant ou complétant
leur substance même, il n'y a besoin ni de prêtre,
ni de magicien. Qu'est-ce qui est alors nécessaire pour
qu'une Sainte-Cène ne soit pas une parodie ou un folklore ?
La foi. Celle de ceux qui sont présents, à qui il
est donné de discerner – c'est l'œuvre
du Saint-Esprit – la présence du
ressuscité à travers le pain et le vin.
La foi, et puis les paroles de Jésus rappelées
à chaque communion, qui disent que pain et vin sont signes
de cette présence du Christ qui vient s'offrir à
ceux qui communient.
Le pasteur n'est donc pas indispensable ? Non : une
Sainte-Cène entre chrétiens, sans
prêtre ni pasteur, est légitime. Le pasteur est-il
inutile ? Non plus ! Il n'est pas indispensable, mais il relie ce qui
se passe dans ce moment-là à l'Eglise d'hier et
de demain, l'Eglise d’ici et de l'autre bout du monde,
l'Eglise de tous les chrétiens, catholiques, orthodoxes,
protestants, évangéliques, coptes,
arméniens, syriaques... Il garantit cette communion avec
l'Eglise universelle, qui devient le nouveau corps du Christ et
à laquelle nous appartenons.
C'est pour cela que le pasteur est « ordonné
», à plus grand que lui : pour être
inscrit, et inscrire la communauté où il sert,
dans cette Eglise et cette transmission millénaire des
paroles de Jésus.
En pratique :
- une Sainte-Cène peut donc être
célébrée sans pasteur ;
- elle peut-être co-célébrée
avec plusieurs pasteurs et prêtres ensemble ;
- ou encore co-présidée par un pasteur et un
(une) laïc.
Dans ce dernier cas, pasteur plus laïc, trois rôles
se conjuguent :
- le pasteur représente l’inscription dans
l'Eglise universelle ;
- le laïc représente la foi de la
communauté, qui seule permet la
réalité de cette présence du Christ ;
- les paroles, l'appel au Saint-Esprit, rompre le pain
représentent le moment où le Christ se tient
présent et frappe à la porte. Si personne dans
l'assemblée n'y répond par la foi, le Christ
s'efface, se retire, et la Sainte-Cène n'est plus qu'un
rituel, un simulacre de sa présence.
Mais pour tous ceux qui répondent par leur foi, le Christ
s'approche, les nourrit, leur offre sa vie, et ils deviennent,
émerveillés, les témoins de la mort et
de la résurrection de Jésus-Christ !
Jean-Paul
Morley
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